Numéro spécial tout entier consacré aux biais statistiques (ou comment on fait parfois dire n’importe quoi aux chiffres) avec un invité de marque, Nicolas Gauvrit, mathématicien, psychologue, diplômé en sciences cognitives et dont la biographie sur Futura Sciences figure en belle place aux côtés, entre autres de Darwin, De Vinci et Galilée. Qui dit mieux?
Nicolas nous livre dans cet épisode les subtilités des biais statistiques, et c’est passionnant (même pour les non-matheux!)
Voici les liens évoqués pendant l’émission:
- http://psymath.blogspot.com/ le blog de Nicolas Gauvrit
- http://scepticismescientifique.blogspot.com/ le balado de la science et de la raison, que Nicolas anime une fois sur quatre, en alternance avec notre ami Jean-Michel Abrassart (invité de notre hors-série du 11 mars dernier)
- Et enfin, les livres grand public écrits par Nicolas:

Vous avez dit hasard? Entre mathématiques et psychologie. De Nicolas Gauvrit (Belin - Pour la science)
Les deux autres livres évoqués (sur la numérologie et sur la psychanalyse) sont malheureusement épuisés. [UPDATE]: oooops corrélation illusoire du prof. von
Indisponible sur Amazon ne veut pas dire épuisé!! Merci François d’avoir corrigé le tir. Les livres sont dispo sur le site de l’éditeur:
- Numérologie: http://www.book-e-book.com/index.asp?fx=2&p_id=141
- Psychanalyse: http://www.book-e-book.com/index.asp?fx=2&p_id=147
La quote de Mathieu cette semaine n’en est pas une, mais plutôt une petite démonstration recourant aux calculs de probabilité:
Supposons, ce qui est très modeste, que M. Paul connaisse 1000 personnes (connaisse au sens très large où il connaît par exemple JeanPaul II) dont il apprendra le décès durant les 30 prochaines années. Supposons aussi, ce qui est très, très modeste, que M. Paul ne songe à chacune de ces 1000 personnes qu’une fois en 30 ans. La question est de savoir quelle est la probabilité qu’il pense à une de ces personnes et que, dans les cinq minutes qui suivent, il apprenne son décès. Le calcul des probabilités permet de déterminer que cette probabilité est faible: un peu plus de trois chances sur 10 000. Mais M. Paul habite un pays de 50 millions d’habitants. Pour cette population, il y aura 16 000 “mystérieuses prémonitions” en 30 ans. Ce qui fait tout de même 530 cas par an: plus d’une par jour.
Déniché dans un autre ouvrage hautement recommandé:
À méditer! Bonne semaine
PS: toutes nos excuses pour les coupures. Petit souci d’enregistrement chez Mathieu, nous avons dû utiliser mon enregistrement de secours et ma ligne était assez moyenne pour cet épisode…
Mini-sommaire:
- Des nouvelles partagées par nos amis de facebook
- Dossier de Mathieu sur la suite de Fibonacci
- Dossier d’un Anh Tuan très très en forme sur la mémoire
- La quote de Mathieu
Les liens Facebook pour commencer:
- Une sortie ensemble au musée? Proposition de Xavier Agnès. Il s’agit du museum d’histoire naturelle de Neuchâtel. Thème de l’expo: croire ou savoir.
La Terre est ronde bien sûr, mais l’espace, est-il courbé ? Et le temps, existe-t-il vraiment ? Qui croire ? Nous dit-on la vérité ? Comment s’y retrouver dans l’avalanche d’informations scientifiques contradictoires qui se déversent sur nous ? Mettez-vous dans la peau du scientifique et expérimentez vous-même ! Une exposition sur la science, ses méthodes et ses limites, entre savoirs et croyances.
Du 13 mars 2011 au 21 décembre 2012 - À l’occasion de l’année internationale de la chimie, Marc Montangero, prof. de de chimie au gymnase (lycée) de Morges, en Suisse, propose chaque samedi de 2011 une expérience de chimie simple et sans danger à réaliser chez soi, avec des produits ménagers courants: la chimie pour les nuls (via Olivier Tripet)
www.chimie.ch/nuls/ - Une carte de la collaboration scientifique dans le monde (via Eric Noël)
- Une vidéo très poétique: 5 minutes dans l’espace, sur Youtube (via Forza Pedro)
- Xavier Agnès, toujours lui, a également partagé une vidéo extraordinaire: un sujet de 36.9° (émission scientifique de la TSR) sur un exemple mortel de dénialisme scientifique qui nous rappelle qu’écouter des charlatans plutôt que des médecins en cas de cancer est un raccourci vers la mort. Malheurement, la vidéo n’est déjà plus en ligne, mais en principe encore accessible par podcast (lien RSS | lien iTunes)
- Encore une vidéo, partagée par Forza Pedro cette fois: l’interview Daniel Tammet, atteint du syndrôme d’Asperger, capable de réciter par coeur 22’514 décimales de Pi (ça dure 5 heures). Quand il pense aux chiffres, il voit des couleurs! Proprement fascinant! http://www.dailymotion.com/video/x89o6c_daniel-tammet-dans-c-est-au-program_tech#from=embed
- Le collisionneur de hadrons du CERN, le LHC, reprend du service (Olivier Tripet et François Udrea)
- La journée terrestre est raccourcie de 1.8 ms à cause du tremblement de terre au Japon (Olivier Tripet)
- François Udrea nous rappelle que des prophètes pseudo-scientifiques avaient bien sûr prédit la catastrophe en raison d’un aligmenent particulier des planètes…
- Une vidéo géniale sur l’effet Placebo (Olivier Tripet toujours)
- Une news de Xavier Agnès sur la sonde messenger (Xavier Agnès)
- Les fourmis zombie (via Forza Pedro) + en lien bonus, la vidéo de David (et non pas Richard!) Attenborough:
- Enfin last but not least avant d’attaquer les sujets de la semaine, le lien sur l’épisode sur la synesthésie du podcast “Sur les épaules de Darwin” http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/sur-les-epaules-de-darwin/index.php?id=101280
Les dossiers de la semaine
- Mathieu: la suite de Fibonacci et le nombre d’or
- Anh Tuan: la mémoire
La quote de Mathieu
- Au niveau le plus fondamental, la nature, pour une raison inconnue, préfère le beau – David Gross
- Le beau est la splendeur du vrai – Platon
Prochain enregistrement le 24 mars, avec un invité. D’ici là, une excellente semaine!
Notes de l’auteur : Me suis vraiment lâché sur ce sujet …
Ca commence bien, j’ai déjà oublié de quoi je voulais vous parler aujourd’hui … Ah oui ! La mémoire ! Bon d’accord, c’est pas la meilleure introduction que j’ai faite mais elle me faisait déjà rire rien qu’en l’écrivant. A l’oral, ça passe moins bien, mais c’est pas grave, j’assume ^^
Plus sérieusement, la mémoire est un sujet que mon ami Khamphis du podcast “Les Projets du Web ” m’a gentiment proposé. Il s’étonnait de la capacité de son cerveau à emmagasiner des connaissances sans visiblement en perdre. Me suis dit : “Whaouu super sujet” ! Donc Khamphis, je te remercie pour l’idée de dossier.
Alors comment fonctionne la mémoire ? Où est-elle située dans notre cerveau ? Y-a-t-il plusieurs types de mémoires ? Vous saurez absolument tout dans la suite de l’épisode
Alors, tout d’abord, la mémoire se passe dans notre cerveau, et comme tout ce qui touche cet organe, elle est encore très très mal connue. Mais la science avance, petit à petit et on commence à en savoir un peu plus.
Petit récapitulatif de nos connaissances :
- La mémoire est intimement liée à l’hippocampe cette structure cérébrale enfouie dans notre cerveau. Il serait en quelque sorte l’organisateur des informations à stocker.
- Ces informations seraient ensuite dispatchées, envoyées en périphérie de notre cerveau, ce qu’on appelle le cortex ou plus simplement : la célèbre matière grise
- A chaque mémorisation, les neurones de ce cortex créent entre eux des connections et ce sont ces circuits qui stockeraient l’information.
Ce stockage en périphérie ne se fait pas au hasard, les images sont stockées près de l’aire visuelle du cerveau. Il en est de même des sons à côté de l’aire auditive, etc, etc … Plutôt pratique pour réutiliser ce souvenir par la suite. Le cerveau est quand même magnifiquement fait !
Ah et vous savez quel stimulus on mémorise le mieux ? Contrairement à ce que l’on pense, c’est le monde evanescent des odeurs que l’on capture le mieux dans notre cerveau. Et l’explication est une fois de plus biologique. Devinez où est située l’aire olfactive. Bingo ! Pile devant l’hippocampe. C’est pour ça qu’on a une mémoire quasi absolue quoique associative des odeurs.
A ce sujet, une fois n’est pas coutume, petite parenthèse. Je vous conseille un roman fabuleux de Patrick Suskind : le Parfum. Il traite merveilleusement bien du royaume des odeurs, c’est un régal à lire. Ca doit être un de mes livres préférés. Fin de la parenthèse.
Voilà, maintenant qu’on en sait un peu plus sur la biologie de la mémoire, intéressons-nous à la façon de mémoriser.
Pour ça, on va faire un petit jeu.
“Ladies and Gentlemen, faites un tonnerre d’applaudissements pour mon ami … Mathieu !” (Il n’était pas du tout au courant)
(Séries de Questions-Réponses pour installer l’ambiance plateau de Jeu)
- Bonjour Mathieu, qu’est-ce que vous faîtes dans la vie ?
- Ca va ? Pas trop le trac ?
Ecoutez-moi bien, Mathieu, je vous explique les règles qui sont toutes simples. Je vais vous donner 3 défis. Si vous répondez Juste, vous gagnez le Méga-Prix qui est, je le rappelle à nos chers spectateurs, un abonnement A VIE au magnifique PodcastScience ! Beau cadeau n’est-ce pas ? Si vous répondez Faux … bah, on vous offre quand même l’abonnement, c’est comme ça, la maison est généreuse ^^
Vous êtes prêt Mathieu ?
- Défi n°1 : Mémorisez cette suite de chiffres : 1 4 6 3 5 7 9. Récitez-les maintenant.
- Défi n° 2: Combien font 24+15 ?
- Ultime Défi n°3 : Redonnez moi la série de chiffres du défi n°1
(Logiquement, il ne devrait pas y arriver mais on ne sait jamais, notre Mathieu est un phénomène !)
Quel dommage ! Vous étiez à deux doigts d’y arriver ! De toute façon, on vous offre cet abonnement donc tout le monde est content, hein ! Voilà, vous pouvez l’applaudir bien fort, merci Mathieu.
Bon plus sérieusement, que nous apprend ce jeu podcastique au budget époustouflant ? Il nous confirme l’existence d’une mémoire à court terme. Pour ça, j’ai utilisé la méthode de l’empan mnésique qui mesure le nombre d’éléments que l’on peut retenir. La limite est normalement de 5 ou 6. En fait, Mathieu, tu partais perdant dès le départ. Sans rancune ?
Cette MCT, mémoire à court terme est indispensable. Elle ne dure pas très longtemps, une trentaine de secondes, mais nous permet des choses très utile comme taper un numéro après l’avoir lu sur un bout de papier, lire ou plus généralement apprendre.
En effet, la MCT est la première phase de traitement de l’information. Une fois dans ce circuit, si on veut la retenir, on a deux choix :
- auto-répétition de maintien : On répète et répète encore cette information, ce qui la maintient dans la mémoire à court terme
- auto-répétition d’intégration : On l’associe avec une information déjà connue
Grâce à ces deux méthodes, l’information se grave des chemins dans l’autre type de mémoire : la mémoire à long terme (MLT)
Et c’est là que ça devient intéressant. Cette mémoire est notre façon habituelle de stocker sur la durée les informations. C’est grâce à elle que je sais que : “Pon Ten Ven Sal Haz Di Se Ve” sont les impératifs irréguliers de la langue Espagnole. C’est encore grâce à elle que Professeur Von peut vous chanter le générique de Goldorak.
La MLT se divise d’ailleurs en 3 catégories :
- Mémoire épisodique : Celle de nos souvenirs personnels. Paradoxalement, cette mémoire est la moins fiable puisqu’elle se base sur notre ressenti qui peut, avec le temps, transformer le souvenir.
- Mémoire sémantique : C’est celle des faits et des connaissances encyclopédiques. Beaucoup plus fiable que la mémoire épisodique, c’est elle qui stocke par exemple, notre vocabulaire, nos langues, etc …
- Et enfin, la dernière : la Mémoire procédurale. C’est celle qui est communément appelé mémoire musculaire. Elle regroupe tous les gestes appris et qui ne nécessitent pas un contrôle conscient. C’est grâce à elle qu’on dit que : “Le Vélo, ça ne s’oublie pas !”
Pour résumer, la répétition est la clé de la mémorisation. Elle permet de passer de la mémoire à court terme à la mémoire à long terme. Ces données sont ensuite stockées sous forme de réseaux de neurones. Et l’oubli vient quand ces connections ne sont plus assez souvent stimulées en remémorant l’information. Les réseaux de neurones s’estompent.
Au lycée, un de mes professeurs me disait d’ailleurs : “Apprendre, c’est oublier 3 fois.” Et il avait bien raison.
Je conclus d’ailleurs ce dossier par un lien qui répertorie une liste de moyens mnémotechniques très utiles en science. Vous pourrez ainsi retenir les décimales de Pi ou le tableau périodique des éléments grâce à des associations d’idées.
C’était Anh Tuan pour PodcastScience : A vous les studios !
La suite de Fibonacci doit son nom au mathématicien italien Leonardo Fibonacci qui a vécut au XIIème et XIIIème siècle. Il est connu pour avoir introduit et popularisé en Europe et en Occident la numérotation indo-arabe qui a remplacé pour les calculs la notation romaine peu pratique aux opérations arithmétiques.
Mais il est aussi connu pour avoir mis en évidence une suite mathématique qui porte désormais son nom. Dans la suite de Fibonacci, il n’est pas nécessaire de mémoriser chacun des termes ou nombres de la suite (qui est d’ailleurs infinie). Il suffit de se rappeler sa règle de construction: à l’exception des deux premiers, chaque terme de la suite est égal à la somme des deux termes qui le précèdent immédiatement, dit autrement il s’agit d’une suite de nombres dans laquelle tout nombre (à partir du troisième) est égal à la somme des deux précédents:
1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89,…
Il suffit de prendre deux nombres de départ. Les ajouter donne le troisième, puis le deuxième + le troisième donne le quatrième et ainsi de suite. Les termes de cette suite sont appelés nombres de Fibonacci.
La suite de Fibonacci possède de nombreuses propriétés très utilisées en mathématiques. Une d’entre elles est que le rapport de deux nombres consécutifs de la suite est alternativement supérieur et inférieur au nombre d’or, un nombre remarquable qui vaut exactement 1.61803398…
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En effet: 13/8 = 1.625 ; 21/13 = 1.61538… ; 34/21 = 1.61904…et ainsi de suite…plus on avance dans la suite de Fibonacci, plus l’écart s’amenuise, et plus le rapport des deux nombres successifs (le plus grand / le plus petit) tend vers la valeur du nombre d’or 1,61803…!
En géométrie, le nombre d’or est la valeur qui correspond au rapport entre deux longueurs a (la plus grande) et b (la plus petite) telles que (a+b)/a = a/b.
Le nombre d’or était déjà utilisé par les Grecs, comme par exemple dans le Parthénon (le temple que les Grecs consacraient à certains de leurs dieux) dont le fronton est inscrit dans un rectangle dont les longueurs des côtés adjacents ont le nombre d’or comme rapport. Les peintres et architectes comme Botticelli, Dali ou Le Corbusier, pour ne citer qu’eux, l’ont utilisé dans leurs oeuvres. Le nombre d’or est souvent associé à des qualités esthétiques particulières et à des proportions harmonieuses. On constate aussi généralement que le rapport de la taille d’une personne avec la hauteur de son nombril est proche du nombre d’or…
Dans la nature, on retrouve très souvent des motifs basé sur la suite Fibonacci et sur le nombre d’or. Il semblerait que la nature marque une prédilection pour la suite de Fibonacci et pour le nombre d’or.
- les pommes de pins (pives)
- les marguerites
- les ananas
- les tournesols
- les cactus
- les étoiles de mer
- les coquilles de mollusques
- les galaxies
- les cyclones météorologiques
- …
On remarque par exemple que le nombre de pétales des fleurs est souvent un des nombres de la suite de Fibonacci: 3, 5, 8, 13, 21, 34 ou 55. Par exemple, les lis ont 3 pétales, les boutons d’or en ont 5, les chicorées en ont 21, les marguerites ont souvent 34 ou 55 pétales, etc…
Dans certains objets de la nature, on observe aussi très souvent des spirales (spirales logarithmique) dans lesquelles intervient le nombre d’or. Cette spirale d’or s’inscrit dans un rectangle dont les proportions (rapport de la longueur sur la hauteur) correspondent au nombre d’or (on peut construire une spirale d’or en traçant des 1/4 de cercle dans chaque carré).
On observe de même sur de nombreux objets naturels que ces spirales forment des hélices et que le nombre d’hélices est intimement lié à la suite de Fibonacci. Si on observe l’arrangement des écailles qui s’alignent et s’enroulent autour d’une pomme de pin, on constate que chaque écaille appartient à deux hélices qui tournent en sens opposés, l’hélice “gauche” et l’hélice “droite”. Si on compte le nombre d’hélices droites et le nombre d’hélices gauches, on remarque que le couple de nombres que l’on obtient est formé de deux représentants successifs de la suite de Fibonacci:
Dans la photo ci-dessous, on compte 8 ou 5 spirales tournant respectivement vers la droite ou la gauche.
Les graines de tournesol forment aussi des hélices en spirale comme la pomme de pin.
Pour expliquer pourquoi la nature semble si proche des mathématiques, il faut prendre en compte la question d’efficacité dans ces arrangements géométriques, par exemple pour favoriser le processus de croissance des plantes et l’optimisation du remplissage de l’espace. On peut se poser la question si l”esthétique géométrique n’aurait-elle pas le même effet sur les abeilles que les couleurs des fleurs, aidant ainsi à la pollénisation et donc à la reproduction des plantes? Cette fonction esthétique de la suite de Fibonacci n’a en réalité pas clairement été démontrée…
En finance dans l’analyse technique des marchés financiers, on utilise un outil appelé retracement de Fibonacci. Les retracements de Fibonacci correspondent généralement à des supports ou à des résistances naturelles sur lesquels les prix vont buter. On se base donc sur l’idée que l’on peut prédire les mouvements boursiers en fonction de ratios ou seuils qui font référence à la suite de Fibonacci. Les ratios sont obtenus en divisant un nombre de la suite de Fibonacci par le nombre suivant. Sachant que tous les analystes financiers et les traders de la planète regardent ces ratios, ils ont de fait un caractère auto-réalisateur.
Dans le morceau Lateralus du groupe américain de rock progressif Tool, le rythme et le nombre de syllabes des paroles suivent la suite de Fibonacci.
Sources:
http://www.futura-sciences.com/fr/doc/t/mathematiques/d/larithmetique-et-les-plantes_63/c3/221/p3/
Bonjour,
J’ai fait une bêtise! Nous avons parlé d’un numéro spécial de Science publique sur France Culture dans le dernier podcast et j’ai mis le lien dans les notes de l’émission en plus du MP3 de l’épisode. Et lequel pensez-vous qu’iTunes ait pris? mhh? Celui de France Culture évidemment… No comment!
Bref, toutes mes excuses. Revoici le bon fichier mp3!
Bonne écoute!
Prof. Von
[ACTUALISATION: il est possible que votre lecteur de podcast ait téléchargé un épisode mp3 erroné provenant de France Culture que nous avons mentionné dans notre émission et non le dernier épisode de podcastscience. Pour télécharger correctement notre dernier épisode, c'est ici]
Mini-sommaire:
- Des nouvelles partagées par nos amis de facebook
- Dossier d’Anh Tuan sur la bosse des maths
- Dossier d’Alan complété par Lia sur les bactériophages
- La quote de Mathieu
Bonjour à toutes et à tous, plein de choses au menu pour ce second numéro de la journée!
Mathieu relaie les news partagées par les amis du podcast sur Facebook:
- Un article envoyé par Olivier Tripet paru dans le journal suisse le Matin intitulé “ils sont fous, ces savants”. Le journaliste Laurent Lemire s’est amusé à faire le tour d’horizon des «Savants fous» de notre histoire, d’Archimède à nos jours.
http://www.lematin.ch/loisirs/culture/fous-savants-388066 - Une vidéo partagée par Eric Noël qui nous montre comment faire scintiller des fleurs dans l’obscurité à la lumière ultraviolette en utilisant un colorant fluorescent:
http://www.youtube.com/watch?v=2vhcHuaArdg - Un scientifique de la NASA aurait découvert une preuve de vie extra-terrestre sur des restes de météorite, il s’agirait de fossiles démontrant l’existence de vie bactérienne hors de la planète Terre. Une news à nouveau très controversée par la communauté scientifique et à prendre avec des pincettes. Cette annonce relance chez certains l’idée et les fantasmes que la vie sur Terre ne serait peut-être pas apparue d’elle-même, mais aurait comme origine des microbactéries présentes dans des comètes, météorites et dans la poussière interstellaire qui auraient fécondé notre planète.
Mais attention, restons vigilants! Mathieu a mené l’enquête! Détails:- La recherche n’a pas été effectuée par la NASA, mais par un astrobiologiste de la NASA à titre personnel.
- Cette recherche a été originellement publiée dans une obscure revue en ligne Journal of Cosmology, qui n’est absolument pas un référence en terme de publication d’études scientifiques et dont on méconnaît totalement la procédure de révision.
- La revue est éditée par Chandra Wickramasinghe, un grand défenseur de la théorie de la Panspermie, une théorie qui affirme que la Terre aurait été fécondée de l’extérieur, par des moyens extraterrestres.
- Il semblerait que cette revue va fermer d’ici quelques semaines, serait-ce un dernier coup de pub?
- Dans l’article, le chercheur accuse avec un ton conspirationniste l’orthodoxie scientifique de ne pas accepter les preuves de sa découverte…ça me rappelle un petit dossier sur le dénialisme scientifique.
- Olivier Tripet nous avise d’un documentaire intitulé “E = mc2, une biographie de l’équation”, diffusé le samedi 12 mars, 20h40 sur Arte. On partira sur les traces de la plus célèbre équation du monde et des illustres scientifiques qui ont contribué à la faire éclore. Une odyssée au coeur de la science moderne.
http://www.arte.tv/fr/semaine/244,broadcastingNum=1245988,day=1,week=11,year=2011.html - Xavier Agnès qui a partagé une découverte sur le cannibalisme guerrier de Gough’s Cave, une découverte pas très appétissante et qui a suscité pas mal de réactions amusées sur Facebook. Il s’agit d’une découverte en Angleterre de trois crânes transformés en coupes à boire datant de 15 000 ans qui révèle, d’une part, le savoir-faire de leurs artisans, et, d’autre part, des pratiques cannibales.
http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-le-cannibalisme-guerrier-de-gough-s-cave-26611.php - Olivier Tripet – à nouveau lui – nous recommande le fil Twitter http://twitter.com/quantum_diaries qui nous parle de l’actualité récente quantique.
Dossier d’Anh Tuan: la bosse des maths, mythe ou réalité?
Dossier d’Alan, complété par Lia: les bactériophages, le futur des antibiotiques?
La démarche scientifique c’est utiliser la science comme méthode et la raison comme outil. (formulée par Jean-Michel Abrassart - http://scepticismescientifique.blogspot.com/)
Enfin, le lien sur le podcast évoqué par Mathieu, portant sur la sérendipité dans les sciences. Il s’agissait du numéro du 25 février de Science publique, l’émission scientifique de France Culture, téléchargeable à l’adresse suivante: http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10192-25.02.2011-ITEMA_20271008-0.mp3
Prochain enregistrement le jeudi 17 mars.
D’ici là, une excellente semaine à toutes et à tous!
Si on plaçait “infections nosocomiales” dans une conversation il y a 10 ou 20 ans, on passait presque forcément pour un extra-terrestre pédant ou un fou. Aujourd’hui, malheureusement, tout le monde ou presque sait ce qu’est une infection nosocomiale: c’est une infection par un germe qu’on “attrape” à l’hôpital. On y entre avec une maladie et on en ressort avec une autre (heureusement pas systématiquement!) en raison de la résistance de plus en plus efficace des bactéries face aux antibiotiques. Pas plus tard que le mois dernier, en février, le service de chirurgie de l’hôpital de Broye, en Suisse, puis le prestigieux Centre Universitaire Hospitalier Vaudois, le CHUV, à Lausanne, toujours en Suisse, ont été touchés par une bactérie contagieuse résistante à l’un des derniers antiobiotiques qui fonctionnaient encore jusque-là, la vancomycine. Idem à Marseille, en France, où la terrible bactérie Acinetobacter baumannii, résistante à tous les antibiotiques, découverte pour la première fois en 2001 a fait un retour fracassant chez un patient hospitalisé à l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille (APHM) comme nous le rappelait Futura-Sciences.
La fin du miracle des antibiotiques
Depuis la découverte de la pénicilline en 1928 par l’écossais Alexander Fleming (en fait, loi de Stigler oblige, la découverte a été faite 32 ans plus tôt par le français Ernest Duchesne, mais Alexander Fleming a été le premier à en comprendre le potentiel pour la médecine), depuis la pénicilline, donc, les antibiotiques ont fait des miracles, sauvé des millions de vies (en 1900, la pneumonie, la tuberculose, la gastroentérite et la diphtérie étaient à elles seules la cause d’un tiers de la mortalité humaine). Mais le miracle a ses limites. Les bactéries se sont adaptées par les mécanismes de l’évolution aux environnements les plus improbables depuis 2.5 à 3.5 milliards d’années! Ce ne sont pas quelques champignons habilement manipulés par l’homme pendant quelques dizaines d’années qui allaient stopper le mouvement. Nos moyens sont dérisoires à cette échelle-là. D’autant plus que, si la recherche était extrêmement prolifique à ses débuts, les laboratoires ont de plus en plus de mal à sortir de nouvelles classes d’antibiotiques. Si entre 1935 et 1968, on découvrait une nouvelle classe tous le 3 ans en moyenne, on n’en a en revanche découvert aucune entre 1968 et 2000, soit 32 ans! Et encore, selon un article du Times de l’année dernière qui relayait l’annonce de la découverte d’une nouvelle classe d’antibiotiques fin 2009, la dernière découverte d’une classe d’antibiotiques remontait à 1962 (les autres molécules découvertes en étaient dérivées). D’un côté: 90 ans de recherche, dont 50 passées à pédaler dans la choucroute. De l’autre: plusieurs milliards d’années d’adaptations selon les mécanismes de la sélection naturelle. A votre avis, qui a le plus de chance de gagner la bataille? Les recherches sur les antibiotiques continuent, évidemment, et il faut qu’elles continuent. Nous ne sommes de loin pas encore prêts à nous en passer. Mais il est temps de commencer à réfléchir à d’autres solutions.
Déjà entendu parler des bactériophages et de la phagothérapie?
On va commencer par poser le décor. Les bactériophages, c’est quoi? Wiki à la rescousse!
Un bactériophage (ou phage) est un virus n’infectant que des bactéries. En grec, phageton signifie nourriture/consommation. On les appelle également virus bactériens. Ce sont des outils fondamentaux de recherche et d’étude en génétique moléculaire. Les bactériophages servent entre autres, de vecteurs de clonage de gènes.
Les bactériophages sont présents dans l’ensemble de la biosphère. En effet, ils sont présents partout, mais en quantité plus importante dans les excréments, le sol et les eaux d’égout. La découverte des bactériophages se fait en 1915 par Frederick W. Twort (à Londres) qui remarque que des colonies de microcoques prenaient parfois un aspect vitreux, dû à une destruction des cellules bactériennes, et que cette caractéristique était transmissible à des colonies normales par simple contact. Puis Félix d’Hérelle fait la même observation dans des selles de malades atteints de dysenterie bacillaire (maladie du colon). Le support génomique des bactériophages peut être un ADN ou un ARN.
On résume: un bactériophage est un virus qui ne s’attaque qu’aux bactéries. On voit tout de suite en quoi les phages peuvent être intéressants! D’ailleurs, historiquement, jusqu’à la découverte des propriétés antibiotiques de la pénicilline par Fleming, les recherches dans la lutte contre germes infectieux portaient plutôt sur les bactériophages, mais ce volet a été complètement abandonné aux Etats-Unis et en Europe occidentale tant la piste des antibiotiques était prometteuse. Et on a un peu oublié de s’y remettre… Alors que ce ne serait pas bête du tout de s’y intéresser d’un peu plus près…
Parlons un peu phagothérapie
Mais pour commencer, nous allons suivre une histoire vraie, dénichée sur le site du magazine Popular Science, Popsci.com:
Cela n’avait l’air de rien au premier abord. La tache rouge apparue sur la cuisse de Roy Brillon aurait pu être une morsure d’araignée. Mais les semaines passant, la tache n’a cessé de grandir. En décembre 2004, la petite bosse aux airs innocents était devenue une plaie ouverte de la taille de la palme de sa main. Le médecin de Brillon, Randy Wolcott, lui a prescrit successivement tous les antibiotiques qu’il connaissait pour traiter l’infection, mais la lésion ne faisait que s’aggraver. “C’était vraiment terrible” dit Brillon, un peintre en bâtiment retraité, de 62 ans, de Lubbock au Texas. “J’ai dû arrêter le travail parce que je ne pouvais plus monter sur des échelles.”
Brillon avait le sentiment de se faire littéralement dévorer de l’intérieur. Et c’est effectivement ce qui était en train de se passer. Si on ne parvient pas à les maîtriser, des bactéries comme les streptocoques et les staphylocoques dévorent les tissus mous environnants pour se maintenir en vie, creusant un peu plus la plaie chaque jour, avec une efficacité terrifiante. La douleur était insupportable et même la morphine n’y faisait rien.
Wolcott connaissait bien le pronostic pour les patients souffrant d’une infection résistante aux antibiotiques comme celle de Brillon: la gangrène, l’amputation puis, pour quelque 100’000 américains chaque année, la mort. Wolcott ne supportait plus cette barbarie et dévorait toutes les revues médicales qui lui tombaient sous la main pour essayer de trouver quelque chose, n’importe quoi de plus efficace face à ce type d’infections.
Lorsque Brillon se présenta à son rendez-vous de suivi, trois semaines plus tard, Wolcott entra dans la pièce avec une pipette dans une main et une fiole de liquide dans l’autre, liquide qui ressemblait à s’y méprendre à l’eau d’un étang. Wolcott tenait en fait dans sa main le “quelque chose”, le “n’importe quoi de plus efficace” qu’il était prêt à tenter: une mixture dégoûtante de virus mangeurs de bactéries, des bactériophages.
Wolcott expliqua à Brillon que les médecins d’Europe de l’est utilisaient les bactériophages (ou phages) sans risques depuis les années 1920 pour soigner les affections contre lesquelles les antibiotiques ne pouvaient plus rien, de la tuberculose aux plaies infectées ouvertes comme la sienne. Même les groupes pharmaceutiques américains les vendaient jusqu’au début des années 1940. Mais la pénicilline, plus efficace, plus propre et plus rentable a fini par être préférée et généralisée. “Ces virus ne vont peut-être pas aider” s’est dit Wolcott, “mais s’ils ne font pas de mal, pourquoi ne pas essayer?”
Ce ne fut pas difficile de convaincre Brillon. Par contre, convaincre la FDA, (la Food and Drug Administration, l’autorité de régulation des denrées alimentaires et des médicaments aux Etats-Unis), était une autre histoire. Depuis 1963, chaque médicament vendu sur le territoire américain est soumis à un processus très strict d’approbation. La phagothérapie (c’est-à-dire le traitement via des bactériophages) n’ayant pas encore été soumise à ce processus, Wolcott a dû convaincre les instances compétentes de son Etat de l’autoriser à administrer le traitement aux seuls patients pour lesquels toutes les autres options avaient échoué. Ensuite, comme on ne trouve pas de bactériophages dans les pharmacies américaines, il a dû se rendre jusque dans une ex-république soviétique caucasienne, la Géorgie, pour trouver les précieuses bébêtes. Là, on les trouve en ventes libre, comme des collyres ou des sprays nasaux. Wolcott s’en est procuré 3 bouteilles en verre, pour 2$ chacune, contenant toutes des centaines de types de bactériophages.
Le hic, c’est que l’une des caractéristiques qui rend les bactériophages si efficaces, c’est leur capacité à changer de forme, ce qui n’aide pas à soigner leur réputation auprès des autorités de régulations américaines. Bien qu’aucun effet secondaire n’ait été constaté en lien avec leurs mutations, les bactériophages ne se trouvent pas naturellement dans le corps humain et on a peur qu’ils puissent échanger des gènes avec d’autres micro-organismes et affecter d’une manière ou d’une autre le système immunitaire. Il est impossible de prévoir comment les bactériophages vont se comporter et évoluer en fonction de leur exposition à telle ou telle bactérie.
Pour la FDA, le sérum dont Randy Wolcott allait asperger la jambe de son patient, était nouveau et n’avait pas fait ses preuves. Mais pour les scientifiques travaillant à l’Institut George Eliava de bactériophages, microbiologie et virologie à Tbilissi, en république de Géorgie, il s’agissait-là d’un médicament aussi sûr que l’aspirine. Depuis 1923, quand l’Institut fut fondé, les scientifiques qui y travaillent ont traité avec succès des millions de patients et ont présenté plus de 100 recherches dans des conférences internationales attestant de l’efficacité clinique de la phagothérapie.
“C’est tout?” demanda Brillon après que Wolcott eut fait couler quelques gouttes du liquide jaunâtre sur sa plaie. Pas grand chose ne se produisit pendant les jours suivants et Brillon s’attendait à une nouvelle désillusion. Mais plus les jours passaient et plus la plaie rosissait. Un premier îlot de peau saine fit son apparition, puis d’autres… Au final, en trois semaines, la plaie était complètement guérie. “Vous devriez prendre des photos” dit Brillon à Wolcott “ou personne ne va le croire!”
Le rétablissement de Brillon fut étonnant, mais il ne fut pas unique. Wolcott avait également donné sa solution de bactériophages à 10 de ses patients les plus atteints, et beaucoup d’entre eux présentèrent des résultats similaires. Si les phages ont marché pour eux, se dit Wolcott, ne pourraient-ils pas fonctionner également pour les millions de patients aux Etat-Unis vivant avec une infection résistante aux antibiotiques? Ses patients en étaient la preuve vivante. La vraie question était: pourrait-il ou non convaincre la FDA?
A ma connaissance, Wolcott n’a toujours pas convaincu la FDA et Brillon avait, au moment de la rédaction de l’article cité, en 2009, d’autres problèmes de santé, indépendants de sa plaie et des phages.
Mais cette jolie histoire nous donne une bonne idée du potentiel formidable de l’approche. Les bactériophages sont partout dans la nature, ce serait même les organismes les plus nombreux sur la planète. Et l’équilibre phages / bactéries (selon wikipedia) est stable depuis des milliards d’années alors qu’elles évoluent dans les mêmes environnements (partout où on trouve des bactéries, on trouve des phages…), laissant supposer que leurs stratégies d’évolution sont synchronisées: les bactéries n’arrivent pas à prendre d’avance comme elles en ont pris dans leur lutte contre les antibiotiques.
La phagothérapie, contrairement à l’antibiothérapie, est extrêmement bien ciblée: on peut sélectionner très finement la bactérie à traiter sans rien affecter dans les alentours et sans effets secondaires.
Panacée donc?
Pas forcément… Les législations vont mettre du temps à s’adapter car réglementer l’utilisation d’un organisme vivant en perpétuelle mutation est un vrai casse-tête technico-administratif…
Des problèmes éthiques apparemment insolubles sont également à mentionner: comme on l’a vu dans l’exemple de Wolcott et de Brillon, on expérimente sur des sujets humains. Certes condamnés mais tout de même!
D’autre part, on ne sait pas trop dans quelles conditions les recherches soviétiques ont été conduites…
Il faut savoir aussi que les bactériophages sont utilisés dans un autre contexte, celui de la thérapie génique: ils ont la capacité d’utiliser la bactérie attaquée pour répliquer leur propre matériel génétique (c’est même leur mode d’attaque!) Dans le cadre des thérapies géniques, on se sert de bactériophages comme véritables seringues à ADN. Enormément d’espoirs sont placés dans ces recherches et on peut déjà imaginer qu’énormément de business risque d’en découler. Pour la petite histoire, lorsque le très controversé Craig Venter a annoncé avoir mis au point l’année dernière la première cellule vivante dont l’ADN, plus ou moins synthétique, qui contenait notamment des citations littéraires, c’est avec un bactériophage qu’il a transféré l’ADN.
Enfin, je me demande si on ne risque pas de finir par reproduire avec les bactériophages, les mêmes bêtises que nous avons faites (et continuons de faire!) avec les antibiotiques. Jusqu’en 1999, en Europe, on gavait “préventivement” les animaux d’élevage en batterie d’antibiotiques, tellement leur condition épouvantable les expose aux maladies! La pratique est désormais interdite, mais rien que pour la France, en 2009, plus de 1000 tonnes d’antibiotiques ont été vendues pour soutenir la production animale (voir un excellent article du Point sur le sujet). Si on fait les mêmes conneries avec les phages au nom de la rentabilité, je crois qu’on n’est pas sorti de l’auberge.
Je suis très heureux que Lia ait pu apporter sa perspective de scientifique dans le podcast. Si nous mettons la main sur une retranscription de son intervention, elle apparaîtra ici.
Bactériophages en action:
Pour aller plus loin:
Alors que je m’apprêtais à faire mon footing, je voulais joindre l’utile à l’agréable et j’ai donc pioché dans les liens de Podcast Science pour trouver un podcast à écouter.
Je suis donc tombé sur “La tête au carré” et un épisode intitulé : “La Bosse des Maths“. De quoi vraiment éveiller ma curiosité. Après écoute, je vous conseille vivement cet épisode précis dont je vais grandement m’inspirer pour mon dossier de ce soir.
La bosse des maths … cette expression est vraiment ancrée dans la langue française. Mais savez-vous d’où elle vient ? En fait, c’est à la phrénologie qu’on doit cet abus de langage. La phrénologie, c’est cette pseudo-science du XIXeme siècle qui établissait une relation entre la forme du cerveau et nos capacités intellectuelles. Quelqu’un de très gentil ou d’honnête avait donc un crâne de forme différente à quelqu’un de méchant. Imaginez le délit de faciès !
Frantz Gall, inventeur de cette pseudo-science avait alors identifié le front comme le siège des nombres : de là était née la croyance qu’une bosse des maths existait vraiment et qu’on n’en était pas tous pourvu. De quoi traumatiser des milliers d’enfants devant les tables de multiplication. Mais vous l’aurez compris, ce n’est que pure affabulation due à une méconnaissance de notre cerveau. La bosse des maths n’existe pas ou plutôt, on a tous le sens des nombres.
Je suis d’ailleurs conscient que cette affirmation peut choquer les plus récalcitrants aux mathématiques mais c’est un fait scientifique démontré. On a tous le sens des maths. On partage d’ailleurs ce sens avec de nombreux animaux, ce qui prouverait l’existence d’une aire cérébrale dédiée et très ancienne.
En effet, prenez les poissons par exemple. Vous vous demandez bien sûr comment on a pu démontrer qu’ils savent compter. Vous allez voir, le protocole est très simple (un article dessus ici). Les poissons sont des animaux sociaux, ils ont l’habitude de se déplacer en bancs, en groupe pour se protéger des prédateurs.
On a donc placé un de ces poissons dans un aquarium avec de chaque côté de la vitre deux bancs de taille différente. Systématiquement, le cobaye allait vers le banc contenant le plus de ses congénères. Après s’être assuré qu’aucun autre facteur que le nombre ne pouvait influer sur la décision du poisson, on a alors confirmé que le poisson savait compter.
Bien sûr, s’il peut distinguer 12 poissons de 22, il est bien plus difficile pour lui de choisir entre 12 et 13 de ses congénères. Cette capacité à discerner avec précision les quantités s’appelle l’acuité numérique.
Chez l’Homme, cette acuité se développe au cours de la petite enfance. Elle est d’ailleurs grandement facilitée par notre culture numérique. En effet, si savoir évaluer les quantités est indéniablement un plus pour survivre, nous avons développé un système numérique qui permet de précisément distinguer chaque nombre.
Grâce aux chiffres, plus de difficulté à discerner les nombres 2934 et 2935 par exemple. Chose impossible pour les animaux. Enfin, plus de difficulté, ça dépend pour qui. Vous vous rappelez que j’ai dit qu’on avait tous le sens des nombres. Et bien, ce n’est pas entièrement vrai. Comme sa cousine, la dyslexie pour les lettres, il existe bel et bien la dyscalculie pour les nombres.
Malheureusement, ce trouble est bien moins compris que la dyslexie. Toutefois, il n’en est pas moins fréquent. Imaginez la détresse de ceux qui en souffrent. Pour vous donner une idée, en voici quelques symptômes :
- Difficultés à comprendre le concept du temps et à estimer le temps qui passe. Souvent en retard ou en avance.
- Difficulté avec les tables de multiplication, de soustraction, d’addition, de division, en calcul mental, etc.
- Incapacité à lire une suite de nombres, ou peut l’inverser lorsqu’il le répète, comme dire 56 pour 65.
Heureusement la recherche avance, notamment en France avec le logiciel : La course aux nombres développé par l’INSERM-CEA, que vous pouvez télécharger gratuitement et qui permet d’améliorer la condition des petits dyscalculiques de 4 à 8 ans.
Maintenant, voyons comment le sens des nombres apparaît dans notre cerveau. Grâce à l’imagerie médicale, on a pu constater que des circuits neuronaux dans les deux hémisphères s’activaient lorsqu’on manipulait des nombres. Plus fort encore, on a pu voir que les circuits étaient spécifiques à des nombres donnés. Par exemple, si vous pensez au nombre 3, des zones uniques de votre cerveau vont s’activer et ne le seront pas à l’évocation du nombre 4 par exemple.
De plus, ces neurones des nombres sont entourés de neurones liés à la représentation dans l’espace. Cette relation entre nombre et espace est fascinante. C’est elle qui nous permet réellement d’appréhender les mathématiques.
En effet, on a tous, par exemple cette représentation de la ligne numérique. Les nombres sont comme sur une flèche avec les petits à gauche et les grands à droite. Cette représentation spatiale est alors très utile pour amener des concepts qui n’existent pas dans la nature : les nombres négatifs par exemple.
Il suffit juste de les imaginer encore plus à gauche sur notre ligne numérique. Ca a l’air facile comme ça mais de grandes batailles entre mathématiciens de génies se sont produites à cause de ces nombres négatifs. Pour la petite histoire, ils n’ont été communément acceptés qu’au début du XIXème siècle ! Et cette bataille, tous les enfants la vivent encore de nos jours lors de l’apprentissage des mathématiques. Nombres négatifs, fractions, nombres imaginaires, tous ces concepts qui n’existent bien sûr par dans la nature ont été inventés par l’Homme pour appréhender le monde.
On comprend alors pourquoi la représentation spatiale a été aussi primordiale pour comprendre ces principes mathématiques. Sans cette structure cérébrale, les maths seraient bien pauvres.
Ah j’ai commencé ce dossier par casser le mythe de la bosse des maths, je vais finir en brisant une autre légende urbaine. Il n’y a pas de différences génétiques et physiologiques dans l’appréhension des mathématiques pour les hommes et pour les femmes. C’est tout simplement une idée reçue qui est vraiment tenace ! Bien sûr, si dès le plus jeune âge, on vous dit que de toute façon, vous serez mauvais en maths, vous finissez fatalement par le devenir réellement. Faute à ce stéréotype sexuel.
Pour tout vous dire, quand j’étais en primaire, j’avais énormément de mal avec les maths. Maintenant, je fais des études dans ce domaine là. C’est bien la preuve que rien n’est joué d’avance.
Numéro spécial, croisé, entre Mathieu/Alan pour Podcast Science et Jean-Michel Abrassart pour Scepticisme scientifique – le balado de la science et de la raison.
Ce numéro a eu lieu à l’initiative de Jean-Michel à la suite de notre numéro spécial sur le dénialisme scientifique et la discussion s’est révélée bien intéressante!
Les liens évoqués durant l’entretien:
- Le site du podcast Scepticisme scientifique: http://scepticismescientifique.blogspot.com/
- La page facebook: http://www.facebook.com/pages/Scepticisme-scientifique/98801084410
- Le site de Nicolas Gauvrit, co-animateur du balado Scepticisme scientifique: http://psymath.blogspot.com/
- Le podcast anglophone de référence : the Skeptic’s Guide to the Universe
- pseudo-sciences.org, le site de l’AFIS (Association française pour l’information scientifique)
- zetetique.fr Le site de l’observatoire zététique
- Le laboratoire de zététique fondé par Henri Broch en 1998
- La page wikipedia d’Edzard Ernst, professeur de médecine complémentaire à l’Université d’Exeter (en anglais)
- Un sceptique francophone spécialisé dans les pseudo-médecines: Jean Brissonet http://www.pseudo-medecines.org/
Bonne écoute!
Bonjour à toutes et à tous,
Episode court et mouvementé cette semaine. Pas d’Anh Tuan au moment de l’enregistrement: il était aux urgences avec une personne de sa famille, accidentée. Heureusement, tout est bien qui finit bien, mais il n’a pas pu participer à cet épisode.
Puis coupure de courant chez Mathieu au moment où nous allions démarrer… Mathieu a dû se rendre dans un cybercafé pour pouvoir se connecter… Bref, du coup, on a fait court, light dans l’atmosphère chaleureuse d’un café catalan.
- Des petites nouvelles du CERN d’abord: nous en sommes à 26 inscrits pour 24 places. Alors si jamais quelqu’un ne veut/peut plus venir, merci de libérer la place
- Un extrait des nouvelles que vous avez partagées sur facebook, twitter ou envoyées par signaux de fumée:
- Beaucoup de réactions encourageants suite au gros dossier de la semaine dernière, sur le site et sur knowtex. Un tout grand merci!
- La proposition la plus incongrue qu’on nous ait faite: Jean-Pierre sur Facebook “J’ai 62 ans et, curieux des Sciences, votre vulgarisation cool me comble. Puis-je adopter l’un de vous ?”
- Des tonnes de news, proposées essentiellement par Forza Pedro, Olivier Tripet et Xavier Agnès, allant des vents solaires à l’énergie noire, un wiki pour référencer les wiki en biologie, une pseudo-science: la cryptozoologie, l’abbé qui a inventé le terme de Big Bang (abbé Lemaitre), des exercices de maths, un scoop: l’antimatière lévite! Des réflexions sur un univers à 4 dimensions, les mini-trous noirs de Jean-Pierre Luminet… L’amarrage de l’ATV2 à l’ISS (c’était en live), un billet sur les mécanismes de l’oubli, les fluides non-newtonniens, un plug pour le no hors-série de philosophie magazine sur le cosmos des philosophes, un lien sur le dernier 36.9 qui portait notamment sur la plasticité neuronale illustrée par la vision retrouvée d’une personne aveugle (dont les zones cérébrales de la vision sont détruites… Episode génial), le décollage de la navette vu d’avion, une animation géniale montrant comment l’araignée tisse sa toile ou encore la distance terre-lune à l’échelle… Tout ça sur notre page Facebook, une mine d’or!
- Sur Facebook toujours: notre ami François Udrea nous propose
- de réécouter les podcasts des conférences du jardin des sciences (de l’Université de Strasbourg), notamment les épisodes sur le LHC, même s’ils datent un peu (octobre 2008);
- “Bonjour, à ceux qui s’intéresse à l’astronomie je signale les “Rencontres Astronomique du Printemps” une (ou la) plus forte concentration d’instruments d’observation en Europe, il y a aussi des conférences. Attention ce n’est pas une manifestation publique il faut s’inscrire ! plus de détails sur http://www.astrorap.fr/“
- Sur Twitter,
- Christyves a partagé une vidéo géniale de Catherine Vidal à TEDx Paris, cassant les idées reçues sur les prétendues différences homme-femme d’un point de vue neurologique avec de belles illustrations de plasticité cérébrale en passant…
- ApertureCorp a partagé un article sur les nouvelles molécules pour écrans tactiles et nous rappelle la création d’UniverSciences, fruit du rapprochement de la Cité des sciences et de l’industrie et le Palais de la découverte
- Et enfin un petit coucou à Vincent de Zürich qui a convaincu sa maman, de Genève, 64 ans de nous écouter sur Itunes. Elle nous adore! Une bise à la maman de Vincent
- Une dernière chose à signaler, le podcast ”les années-lumière” sur Radio Canada, proposé par JxM (feed rss: http://rss.radio-canada.ca/balado/radio/lumiere.xml, lien itunes: itpc://rss.radio-canada.ca/balado/radio/lumiere.xml
Les dossiers de la semaine:
- Mathieu nous explique pourquoi les océans sont bleus (thème magnifiquement illustré par Lucile d’ailleurs)
Last but not least, la QUOOOOTE!
Madurar es darte cuenta de que ya no vas a ser astronauta (ChumelTorres sur Twitter)
Traduction: Devenir adulte, c’est réaliser que l’on ne va jamais être astronaute.
Semaine prochaine, un double épisode pour compenser, c’est promis!
(prochains enregistrements le vendredi 11 mars 2011)






















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