Le dossier de la semaine
Lia n’a malheureusement pas pu venir présenter son dossier sur les émotions chez les animaux, mais ce n’est que partie remise. En attendant, Alan voulait en avoir le coeur net sur ces fameux neutrinos et a mijoté un petit dossier.
Le scoop de la semaine
Mathieu confirme son départ, déjà annoncé sur le blog.
Un immense merci de vos réactions et commentaires, notamment:
Sur Twitter:
@bcurdy Benoit Curdy
@podcastscience Wow… Quel choc.
@MrClem_NW MrClem
@podcastscience arf dommage, bonne courage pour la suite.
@addinquy Christophe Addinquy
@podcastscience Ah ! Dur !! Mathieu, tu vas nous manquer. Vraiment.
@XavierAgnes Xavier Agnès
@podcastscience Ah! Quel choc! Mais je te comprend @mfavez. Déjà tout se travail effectué c’est extra!
En commentaire:
Jonkalak:
Je ne dirais qu’une chose : merci Mathieu et bon vent pour la suite de ton parcours personnel
(bon je sais ça fait 2 choses en fait)
Guillaume Lebrun:
Bonjour,
Je suis peiné de lire cette bien triste nouvelle, vous formiez une très bonne équipe !
Pour le recrutement, je suis toujours disposé à te donner un coup de main, mais comme tu as pus le remarquer, je met du temps pour la préparation des dossiers ! Oups … Rhô mais un par mois c’est encore gérable !
Alors n’hésites pas à me contacter !
Amicalement !
Forza Pedro
Merci Mathieu en tout cas !
draculito
Mince, je pensais que la nouvelle formule vous permettrait de souffler suffisamment pour continuer l’aventure. Bravo et merci Mathieu pour tous ces excellents dossiers, pour ta curiosité et tes questions pertinentes et pour ta qualité d’animation.
Mentine
Ouch! Maintenant, qui va poser des questions “bêtes” qu’on a toujours envie de poser et qui ne sont pas si bêtes que ça? Votre duo fonctionnait très bien, le(a) remplaçant(e) aura une barre haute à franchir…
Bravo Mathieu pour tous tes dossiers très variés, complets et bien construits. En espérant que tu trouves le temps pour revenir en chroniqueur occasionnel?
Be seeing you,
Mentine
De nombreux chroniqueurs potentiels occasionnels se sont manifestés, pour présenter un dossier de temps en temps,
Résultat des courses, après quelques jours seulement:
- éventuellement intéressés:
- @dlouapre (David Louapre, blog Sciences étonnantes http://sciencetonnante.wordpress.com/),
- @Glb92 (Guillaume Lebrun était venu faire un dossier sur les extrêmophiles, PS 42 http://www.podcastscience.fm/emission/2011/06/23/podcast-science-42-les-extremophiles/
- OK pour présenter un dossier exceptionnellement:
- @pierrekerner,
- @fuzzyraptor (Marion Sabourdy),
- @tomroud (idéalement après sa tenure)
- Décline, faute de temps
- @MrPourquoi (Blog Pourquoi le ciel est bleu http://pourquoilecielestbleu.blogspot.com)
- Et surtout… Nous avons une candidature qui dépasse ce qu’on pouvait imaginer. Que diriez-vous d’une présence féminine dans le podcast? L’auteure de l’excellent blog http://www.sciencesaucinema.fr a très envie de faire un bout de chemin avec nous. Hélène Arnal (surqualifiée pour le poste) va venir faire un épisode d’essai avec nous le 7 décembre prochain. Si tout se passe bien, on la retrouvera régulièrement aux commandes du podcast l’année prochaine
Le reste de l’actu de la semaine
- Bienvenue au nouveau podcast “Vie artificielle“, hosté et animé par Xilrian (qu’on a pu entendre dans le podcast Bazingcast).
- Notre liste de livres est enfin en ligne (http://www.podcastscience.fm/livres/). Vous pouvez la mettre à jour vous-même, il suffit de nous demander le lien via le formulaire de contact ou les moyens habituels
- Un courrier de lecteur spécialement intéressant:
Message de Guillaume (Bonnot), intitulé “Vrac et plus encore”:
Bonjour, j’adore ce que vous faites. Cela fait un bon bout de temps que je vous ecoute, et je ne m’en lasse pas.
Je me joint a tous les auditeurs pour dire a Marco qu’il fait un tres bon travail, et que ses chroniques sur l’évolution sont tres intéressantes.Mais surtout, je viens de tomber sur un épisode de la tête au carre tout simplement hallucinant. En l’écoutant, j’ai directement pensé au prix Nobel.
En gros il y a un chercheur qui a reussi a remplacer une lettre de l’alphabet de l’ADN (T) dans une cellule. jusque la rien de bien exitant. Sauf que le processus de remplacement est issue du processus de l’evolution.
Ils ont cree une machine a repliquer la cellule de base, et ils ont fait baisser les proportions de T et ont injecte du C (enfin il a utilise un autre nom, mais c’est trop complique a ecrire donc je dirais du C). Les cellules sont donc rentrés en competition pour avoir du T, et au bout de 5 mois, TOUTES les cellules avaient incorpore le C dans leur ADN a la place du T. Il faut aussi préciser que la machine répondait a la demande de C ou T des cellules, sauf qu’elle donnait toujours moins de T que désiré, alors qu’elle fournissait du C en illimité. Les cellules demandant du C étaient alors avantagés d’ou le résultat de 100% de cellules adaptes. Bref un bel exemple d’évolution en a peine 5 mois.
http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-cellule-artificielle-et-transhumanisme
- Et enfin, un événément qui mérite le détour:
Le Grand Mix hacke la science le 4 novembre à la CantineLa recherche a longtemps été un domaine réservé aux élites sociales ou intellectuelles et la science une richesse à partager avec parcimonie. Aujourd’hui encore, les projets de science citoyenne viennent « d’en haut ». Rares sont les initiatives qui, calquées sur la dynamique du web 2.0 et le « bazar » cher aux geeks, viendraient mettre sens dessus dessous la « cathédrale » scientifique.
L’innovation et le design peuvent-ils nous aider à repenser le processus de recherche ? Comment remettre à plat les relations de pouvoir en science ? Les citoyens ont-ils le devoir de se mêler de la recherche qu’ils financent et de son devenir ? Quelle autonomie reste-t-il aux chercheurs professionnels ou amateurs pour « jouer » avec les codes et les normes ?
Un an après son premier mix entre culture scientifique et culture numérique, le collectif du Grand Mix (C@fé des sciences, Knowtex, Pris(m)e de tête, Sciences et démocratie et Recherche en cours) retrouve Silicon Sentier pour une soirée « Le Grand Mix hacke la science ». Au programme : rencontres et discussions entre les acteurs de la recherche, du numérique, ceux qui les étudient ou qui voudraient les rejoindre.Les présentations à proprement parler auront lieu au format “pitch”, de 20h à 21h
le vendredi 4 novembre de 19 heures à 22h30
à La Cantine
151, rue Montmartre, 75002 ParisInscriptions en ligne sur le site de La Cantine (attention, nombre de places limité)
Sur Twitter, le hashtag de la soirée sera #lemix.
Et enfin, la quote de Mathieu
Une croyance n’est rien d’autre qu’un espoir déguisé – Xavier Agnès
Prochain enregistrement le mercredi 3 novembre. D’ici là, une excellente semaine!
Vous vous en souvenez sans doute, la nouvelle a défrayé la chronique le 22 septembre dernier, se propageant à la vitesse de la lumière, bien au-delà des cercles scientifiques: Einstein s’était lamentablement planté; des neutrinos avaient été flashés entre la Suisse et l’Italie, au-dessus de la vitesse limite autorisée par la relativité restreinte! La passion retombée, j’ai bien envie de revenir un peu sur cette histoire qui, je pense, a été présentée n’importe comment dans les médias traditionnels au risque d’écorner une nouvelle fois l’image de la science auprès du grand public. Nous allons commencer par parler de l’expérience à proprement parler (comment elle a été réalisée et l’esprit dans lequel les résultats ont été rendus publics) et nous verrons un peu si et en quoi Einstein s’est planté, s’il s’est planté. 
Avant de parler de l’expérience: qu’est-ce qu’un neutrino?
Mathieu en avait parlé dans son dossier sur la matière noire (Podcast Science 31). Nous en avions reparlé dans le dossier sur le CERN (Podcast Science 43). Un petit retour aux fondamentaux s’impose: lorsqu’on demandait à Richard Feynman, l’un des plus grands physiciens de tous les temps, “quel est le savoir scientifique le plus important de tous?” il répondait simplement “tout est fait d’atomes”. Le mot atome vient du grec ancien “atomos” qui signifie “indivisible”. Sans instruments de mesure adéquats, les Grecs étaient déjà drôlement doués d’avoir postulé l’existence des atomes. Il aura fallu encore quelques milliers d’années pour qu’on s’aperçoive qu’ils ne sont pas, en fait, indivisibles. En effet, les atomes sont constitués d’électrons qui gravitent autour d’un noyau. L’électron est – pour ce qu’on en sait aujourd’hui – effectivement indivisible. Par contre, le noyau, est constitué de particules plus petites: les protons et les neutrons, eux-mêmes constitués de quarks. Je n’aborde même pas la question des bosons. (Si jamais, l’article “Particule élémentaire” de Wikipédia explique tout cela en détail). Revenons à l’électron. Il fait partie d’une plus grande famille de particules élémentaires, les leptons. Et les neutrinos, justement, sont une sorte de leptons. Leur existence a été postulée de manière totalement théorique, en 1930, par Wolfgang Pauli, qui étudiait une forme particulière de radioactivité: la désintégration bêta (Podcast Science 32 si jamais). Et il n’arrivait pas à expliquer le phénomène avec les seules particules connues à l’époque. Ce n’est qu’en 1956 qu’on a pu détecter des neutrinos pour la première fois. Depuis, ils n’ont jamais cessé d’intriguer les chercheurs. On a longtemps cru par exemple qu’ils n’avaient pas de masse. Or on sait aujourd’hui qu’ils en ont une, toute petite, même si on n’arrive pas encore à la mesurer.
Comment intercepte-t-on des neutrinos?
Les neutrinos ont toutes sortes de particularités. Notamment, ils n’interagissent pas avec la matière. Ils traversent tout, rien ne les arrête. Du coup, on a pu se demander comment l’expérience du CERN a bien pu faire pour mesurer leur vitesse: on n’a pas pu les taguer. Et comment mesurer la vitesse de quelque chose qui n’interagit avec rien? Lorsque des coureurs franchissent la ligne d’arrivée, par exemple, ils coupent physiquement le faisceau d’un dispositif photoélectrique pour déclencher le chronomètre. Lorsqu’un radar vous chope en excès de vitesse sur l’autoroute, c’est bien parce que votre carrosserie a fait rebondir son signal radio. Qu’est-ce qui peut bien déclencher le chronomètre lors de l’arrivée de neutrinos, s’ils n’interagissent avec rien? Et bien, ce n’est pas tout à fait vrai qu’ils n’interagissent avec rien. Lorsqu’un neutrino rencontre un atome de chlore, il le transforme en atome d’argon. Ceci dit, ce n’est pas comme ça qu’on mesure la vitesse des neutrinos (cette technique de détection, la plus ancienne, nécessite la présence d’un réservoir rempli de plusieurs tonnes de tétrachlorure de carbone. Après le passage soupçonné des neutrinos, on purge le fluide avec de l’hélium, qui enlève l’argon. En refroidissant l’hélium, on récupère l’argon s’il y en a. Et s’il y en a, c’est qu’un neutrino est passé par là. Un peu archaïque comme méthode de détection. Heureusement, il y en a d’autres, comme le détecteur à film photographique, justement utilisé dans l’expérience OPERA: des couches photographiques sont alternées avec des feuilles de plomb, afin de détecter l’oscillation du neutrino muonique en neutrino tauique (deux des trois saveurs existantes de neutrinos). Le développement des films photographiques permet de reconstruire la topologie de l’interaction. Si certains détails vous échappent, rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls. Mais cela a au moins le mérite de répondre à une question qui en tarabustait sans doute plus d’un et qui m’obsédait légèrement.
Venons-en à l’expérience à proprement parler
Depuis 2006, le supersynchrotron à protons du CERN – un petit accélérateur également nommé SPS, nous en avions parlé dans le dossier sur le CERN - envoie des neutrinos au laboratoire du Gran Sasso, à l’Aquila, dans les Abruzzes, à 130 km au N-E de Rome. Pas besoin de tunnel pour envoyer les neutrinos, puisqu’ils traversent la matière. Par l’autoroute: 940 km (j’ai testé sur Google Maps). Pour les neutrinos, qui traversent en ligne droite sans s’embêter avec la courbure de la Terre: 732 km. 
L’expérience internationale OPERA, qui se déroule dans le laboratoire du Gran Sasso, étudie les oscillations de neutrinos. C’est pour cette raison que le CERN lui fournit les précieuses bêbêtes. En 2009, quelqu’un a eu la bonne idée de se demander à quelle vitesse les neutrinos envoyés depuis Genève circulaient, sans doute pour s’assurer qu’ils n’étaient pas ralentis dans leur course par une interaction quelconque ou des douaniers bégueules. Ralentis, tu parles. Ils sont arrivés plus vite que ne l’auraient fait des photons circulant à la vitesse de la lumière dans un tunnel sous vide. Personne n’a cru au résultat bien entendu. Et c’est là que ça devient intéressant. Le papier publié sur Arxiv.org le 22 septembre par le CERN raconte tout en détail. Il contient tout sauf des airs de triomphe face à une relativité remise en question.
L’esprit de la publication
Les 24 pages que compte l’article du CERN commencent par deux pleines pages de signatures. Pas moins de 174 scientifiques ont participé à l’expérience. 174! Ce n’est pas juste un professeur Tournesol tout seul dans son coin, on parle ici de proportions démentes! Ces 174 chercheurs sont tous partis du principe – commun en sciences – que les résultats étaient invalides et qu’il n’y avait qu’à le démontrer. Si les données donnaient un résultat pareil, c’est qu’il y a avait une erreur dans les données. Pour qu’il y ait erreur dans les données – pourtant systématiquement rigoureusement identiques – il fallait qu’il y ait erreur dans les mesures. Ils ont passé 3 ans à traquer systématiquement toutes les erreurs qui pouvaient expliquer la différence entre les résultats attendus et les résultats observés. On a commencé par équiper les deux laboratoires d’horloges atomiques synchronisées dont la précision a été validée par 3 instituts métrologiques indépendants. On a recalibré tout ce qui oscille ou vibre. On s’est assuré qu’on mesurait bien les faisceaux à partir du bon point de départ jusqu’au bon point d’arrivée, au millimètre près. On a placé les antennes GPS à 10 mètres du point de départ et d’arrivée. On a corrigé les cartes à l’issue d’une campagne géodésique dédiée, s’assurant d’une précision au millième de millimètre. On a tenu compte des marées, des rayonnements cosmiques, du déplacement de la croûte terrestre suite au tremblement de Terre d’avril 2009 dans les Abruzzes… Chacun de ces points a bien sûr été assorti d’une marge d’erreur. Rien n’y a fait: en additionnant toutes les erreurs maximales possibles, on obtient toujours une différence. Les neutrinos arrivent toujours 60 nano-secondes trop tôt, soit 1/40’000e trop vite, malgré une marge d’erreur cumulée de ± 7.4 ns. À ce stade, les chercheurs estiment avoir pensé à tout. Après 16’111 essais, ils n’ont plus aucun boulon à resserrer, plus aucun calibrage à re-régler. Mais ils n’arrivent toujours pas à y croire: il doit y avoir une autre explication. C’est dans cet esprit qu’ils ont livré leurs conclusions à la vindicte de leurs collègues scientifiques du reste du monde: “Nous avons fait tout ce que nous avons pu, merci de prendre le relais si vous avez des idées plus fraîches”.
Les conséquences en termes de communication
Évidemment, ce n’est pas comme ça que les médias grand public ont relayé l’information, mais plutôt à grands renforts de titres sensationnalistes genre “L’univers mis sens dessus dessous! Einstein s’est planté!” comme s’il s’agissait d’une certitude. Et évidemment, quand les chercheurs viennent après ces gros titres en affirmant “en fait, on ne sait pas, on n’est pas sûrs”, ils passent pour des rigolos. D’où l’indignation de certains scientifiques qui estiment que ces résultats n’auraient jamais dû être communiqués, comme l’astrophysicien et cosmologiste Martin Rees de l’Université de Cambridge (l’auteur de “Just 6 Numbers“, un best-seller sur les constantes fondamentales), qui rappelle que toute découverte extraordinaire doit être accompagnée de preuves extraordinaires, ou encore le physicien américain Lawrence Krauss (l’auteur de “The Physics of Star Trek“) qui estime qu’il n’était pas raisonnable de publier ces résultats sans fournir un modèle explicatif.
(D’autres réactions sur http://www.scientificamerican.com/article.cfm?id=ftl-neutrinos)
De nombreux spécialistes considèrent détenir déjà la preuve que ces résultats sont impossibles à cause d’une autre expérience grandeur nature: en 1987, une puissante supernova a inondé la terre de lumière et de neutrinos. Les détecteurs ont observé l’arrivée de neutrinos 3 heures avant l’arrivée de la lumière! Cela est dû à la légèreté des neutrinos qui leur a permis de partir plus tôt en s’échappant du noyau de l’étoile en train d’exploser, tandis que les photons, absorbés et réémis à plusieurs reprises n’ont pas pu prendre cette avance. Si l’effet mesuré par OPERA est réel, eh bien, les neutrinos de 1987 auraient dû avoir 4 heures ans d’avance sur la lumière et pas 3 heures! (Voir l’article de Wired qui récapitule très bien tout ça et merci à Jorj X. McKie d’avoir repéré mon erreur. On parle bien de 4 ans et pas de 4 heures!)
Ceci dit, on a pu lire des choses marrantes depuis l’annonce, comme le physicien Chang Kee Jung qui a annoncé publiquement qu’il ne parierait pas sa femme et ses enfants mais qu’il pariait volontiers sa maison que les résultats sont erronés. Ou plus modeste, le Professeur Jim Al-Khalili de l’Université du Surrey, qui s’est déclaré prêt à manger son caleçon si les résultats sont corrects.
Mais bon, malgré ces anecdotes, un constat s’impose: la communication n’a pas été particulièrement adroite. C’est peut-être les limitations de l’effet d’annonce par Twitter… 160 signes pour donner du contexte, c’est un peu court. (L’annonce originale a été faite via un tweet de Reuters)
Quelles conséquences si les observations sont correctes?
Difficile à dire, évidemment, chacun y va de sa petite hypothèse.
J’aime bien la tentative du Dr Karl, le Monsieur Sciences de la radio australienne. Il n’échappe pas au consensus en estimant qu’il y a 99.9% de chance qu’il y ait une erreur dans les résultats et un 0.1% de chance que ce soit correct. Interrogé sur les conséquences qu’il envisageait si les résultats se vérifient, voici ce qu’il a raconté (dans un podcast de la BBC, à 5 minutes environ du début):
Au début du XIXe siècle, on avait cet énorme problème: en se basant sur les mathématiques et la physique de l’époque, le soleil était plus jeune que la Terre. Plus jeune! C’est fou! Les géologues disaient: “La Terre est vraiment vieille. Elle a bien plus que 6’000 ans. Elle a au moins 20 million d’années! (On sait aujourd’hui qu’elle est bien plus vieille encore que cela) Et les physiciens répliquaient: OK, nous, on connaît la taille du soleil, on connaît sa distance. S’il est fait d’une énergie comme le charbon par exemple, il se serait totalement consumé en 100’000 ans environ.” D’où l’énorme problème, puisqu’on savait qu’il égayait joyeusement la terre de ses rayons depuis au moins 20 millions d’années.” Pour régler ce problème, et comprendre comment fonctionne le soleil, il a fallu découvrir la radioactivité. La radioactivité nous a donné la physique quantique. La physique quantique nous a donné l’électronique. L’électronique nous a donné la situation qui veut que n’importe qui puisse utiliser un satellite pour trouver un bar à pizza le samedi soir. Sans cette découverte – la radioactivité – , on n’aurait pas d’électronique donc pas de GPS. De la même manière, si cette histoire de neutrinos devait déboucher sur une nouvelle physique, cela ouvrirait le monde à un éventail insoupçonné d’applications. Par exemple, cela pourrait être le méta-transfert instantané, d’Europe en Australie. Qui sait? On n’en sait rien… Comme les chercheurs du XIXe, nous ne savons pas encore dans quelle direction chercher, nous n’avons pas encore les bons outils.
En d’autres termes, si on passe à côté de quelque chose, eh bien, par définition, on ne sait pas de quoi il s’agit. Et quand on le saura, on verra le monde avec un regard complètement différent.
Antonino Zichichi, un physicien théorique et professeur émérite de l’Université de Bologne estime quant à lui que si les résultats sont corrects, cela veut peut-être dire que les neutrinos détectés par Opera ont “glissé” à travers des dimensions spatiales supplémentaires avant d’arriver, comme le prévoit la théorie des cordes.
Et Einstein dans tout ça?
La théorie de la relativité restreinte, formalisée en 1905 par Albert Einstein a permis d’établir les liens intrinsèques entre le temps et l’espace. Einstein a pu démontrer que le temps n’est pas une notion absolue mais relative. L’observateur ne subit pas le temps de la même manière selon qu’il se déplace ou non dans l’espace: les horloges ralentissent dès lors qu’elles sont en mouvement. L’exemple le plus frappant est le fameux paradoxe des jumeaux: on prend deux jumeaux, on en envoie un faire un petit tour de la galaxie en fusée à un vitesse proche de la vitesse de la lumière tandis que l’autre reste sur terre. Et bien, au bout de quelques dizaines d’années, quand la fusée revient, l’individu qui a voyagé n’a pris que quelques rides, tandis que son jumeau resté sur terre est déjà un vieillard grabataire. Car le temps ne s’est pas écoulé à la même vitesse pour les deux. (Update: merci à Ethaniel pour son commentaire. Effectivement, le paradoxe ne réside pas là. Mais on en parlera une autre fois; je voulais juste illustrer le fait que le temps passe plus vite pour celui qui se déplace par rapport à celui qui reste en phase avec son référentiel galiléen) Plus on se déplace vite dans l’espace et plus le temps ralentit. Cette théorie a été maintes fois démontrée, ne serait-ce que par le GPS: le temps ne s’écoule pas à la même vitesse selon que l’horloge se trouve sur terre ou en orbite à 20’000 km de celle-ci. La relativité restreinte indique que l’horloge embarquée dans chacun des 24 satellites va retarder par rapport à celle qui se trouve sur terre. Retarder de beaucoup. La relativité générale indique au contraire qu’elle va avancer en raison de la faible gravitation. Avancer d’un tout petit peu. L’une dans l’autre, les horloges doivent être resynchronisées en permanence en tenant compte des calculs des deux théories. Sans cette compensation “relativiste”, le système GPS perdrait en précision de quelque 10 km par jour, ce qui le rendrait tout à fait inutile.
Et bien, pour fonctionner, la théorie de la relativité restreinte prévoit que la vitesse de la lumière est une limite absolue que rien ne saurait dépasser. Et la relativité générale démontre qu’il faudrait à un objet une quantité infinie d’énergie pour dépasser la vitesse de la lumière, ce qui pose un petit problème de ressources.
Ceci dit, ce ne serait pas la première fois qu’une théorie – pourtant vérifiée systématiquement – serait revue et corrigée à la lumière d’un éclairage nouveau. La relativité générale d’Einstein avait déjà supplanté la gravitation de Newton. Ou plutôt, elle l’a intégrée. La gravitation newtonnienne a été englobée dans un modèle plus large. On sait aujourd’hui que la relativité est un modèle suffisant pour expliquer la réalité à une certaine échelle – la nôtre -, mais qu’elle n’est pas compatible avec la mécanique quantique – dans l’infiniment petit – et on ne sait pas très bien comment elle s’articule avec les notions de l’infiniment grand comme l’énergie noire par exemple. On sait depuis longtemps qu’elle est vouée à être remise en question tôt ou tard. La ou plutôt les théories des cordes, la théorie M, la gravité quantique à boucles sont autant de pistes pour expliquer la réalité à toutes les échelles, mais aucune n’a encore pu être formellement démontrée. Il faudra pourtant bien un modèle théorique permettant d’expliquer ce qui est déjà observé aujourd’hui, comme l’intrication quantique soit la communication (update: merci à tous de vos remarques. Il ne s’agit pas de communication, ce qui impliquerait le principe de localité, qu’on n’observe justement pas dans le cas de l’intrication!) l’interaction instantanée entre deux particules, non seulement au niveau quantique, mais également à notre échelle… Quelle que soit la distance qui les sépare. (Par “instantané”, il faut entendre: plus rapide que la lumière…)
Qui sait… Tout cela va peut-être conduire la relativité à se retrouver englobée dans un modèle plus large à son tour. Et peut-être pas… L’avenir nous le dira
La suite des opérations
L’expérience MINOS, du Fermilab près de Chicago, va passer les 6 prochains mois à chercher, de son côté, à reproduire l’expérience de manière complètement indépendante, pour comparer les résultats. On notera toutefois que l’expérience MINOS fut la première, en 2007, à trouver un résultat similaire (les neutrinos sont arrivés plus vite que prévus), mais personne ne s’est acharné à vérifier tous les paramètres, comme au CERN. On a conclu à l’époque à une erreur de mesure et on a classé l’affaire.
L’expérience T2K, au Japon, va également chercher à reproduire l’expérience.
Et bien sûr, l’expérience OPERA se poursuit.
Affaire à suivre, donc. On reviendra sans doute dessus dès qu’il y a du nouveau.
Encore une petite ressource pour la route:
Une vidéo d’Univers Science TV (17 min): Interview de Jacques Marteau (l’un des chercheurs d’Opéra)
UPDATE: LE RECRUTEMENT EST DÉSORMAIS FERMÉ. UN IMMENSE MERCI DE VOTRE PARTICIPATION MASSIVE
UNE PAGE SE TOURNE
Les meilleures choses ont une fin. La participation de Mathieu au podcast ne fait malheureusement pas exception à la règle: nous entendrons sa dernière quote vers Noël.
Le podcast ne serait pas ce qu’il est sans ce comparse du premier instant et n’existerait peut-être même pas. Un immense merci à celui qui a su relever les défis de vulgarisation les plus fous et nous livrer pratiquement toutes les semaines une citation inspirée, inspirante et toujours très à propos. Mathieu, “merci” n’est pas assez fort, mais c’est ce qu’on fait de mieux. Tu vas nous manquer!
PODCAST SCIENCE RECRUTE!
Il ne s’agit pas de remplacer Mathieu, c’est bien sûr impossible. Mais Podcast Science, à moitié orphelin, a tout de même besoin de quelqu’un pour continuer d’exister.
On va peut-être garder la même formule, peut-être pas, en fonction du profil, de la disponibilité et éventuellement du nombre de candidat/e/s qui se presseront au portillon. Dans l’idéal, je cherche:
- un/e passionné/e de science, scientifique ou pas, journaliste ou pas, prof de SVT ou pas
- capable de se mettre dans les pompes d’un auditeur intelligent et cultivé qui a peut-être choisi une autre spécialité dans la vie que la voie scientifique mais qui ne demande qu’à s’intéresser à la science pour autant qu’on évite d’être pédants et barbants
- disposé/e à rédiger un dossier par mois en moyenne
- disponible au moins deux soirs par mois – 1x pour présenter son dossier, 1x pour co-animer l’émission lorsque je présente le mien – mais idéalement une fois par semaine. Prévoir encore un peu de temps pour répondre aux commentaires d’auditeurs, sur le site et les réseaux sociaux
- idéalement toujours: disposé/e à trouver des invités passionnants et participer à la préparation des interviews
- disposant d’une bonne connexion Internet et d’un bon micro
- facultatif: possédant une ressource intarissable de bonnes quotes
- Episodes téléchargés en moyenne 1’500-2’500 fois (1’000 downloads après 1 semaine)
- Trafic site web: 8’700 visites/mois, en augmentation
le dossier de la semaine
Pas de dossier cette semaine, mais les compléments d’information d’un expert du langage, Thierry Raeber, Assistant Doctorant (Chaire de linguistique et analyse du discours, Institut des Sciences du langage et de la communication, Université de Neuchâtel, Suisse)
Toutes ses contributions sont disponibles en tant que citations dans le dossier de Mathieu sur langage chez l’humain.
Le reste de l’actualité
- Ouverture de www.votonspourlascience.fr
Votons pour la science est un projet du C@fé des sciences et de Deuxième labo conduit en collaboration avec Volta, Sciences et démocratie et des anciens étudiants du double cursus sciences et sciences sociales (UPMC – Sciences Po) afin de permettre à tous de suivre le débat politique sur les problématiques scientifiques. Son but est de faire de la science un enjeu politique et d’offrir la parole à un électorat qui se pose des questions sur les propositions des candidats à la présidentielle 2012 en matière de science et d’innovation.
Réponses pour le moment: Arnaud Montebourg, François Hollande, Martine Aubry. - Sortie d’Ithaque #2. Ithaque est un nouveau journal suisse qui se propose de revenir aux fondamentaux de journalisme et de prendre un peu de temps… Pour écrire et pour lire. Moins vite, plus loin! Vous y retrouverez en avant-dernière page quelques considérations d’Alan sur les nouveaux codes de communication de la science, en différé du World Science Festival de New York
Abonnez-vous: http://www.itha.ch/
Vente au n°: http://www.itha.ch/trouver-ithaque/
- Encouragements à Marco:
- Taupo: “Excellente émission! Bravo à toute l’équipe et bien entendu tout particulièrement à votre nouveau chroniqueur: Marco!”
- Jonkalak: bienvenue à Marco et bravo pour ses 2 chroniques. L’évolution n’est pas le sujet qui me passionne le plus mais là j’ai pris du plaisir à écouter
- Xavier Agnès
- Commentaire de Kritikos:
Jean Kritikos Bonjour, j’ai découvert votre podcast il y a peu il est vraiment bien j’y apprends beaucoup… Je vous invite à venir voir ce site sur la vulgarisation de la science, beaucoup de sujets sont abordés : www.e-scio.net
Merci et bonne continuation
- Thomas:
Je fais échos au dossier du langage chez l’humain avec ce reportage d’arte (de ce soir (titré: L’ADN, nos ancêtres et nous), je le regarde en même temps que je vous écris) sur la génétique.
Il est fait mention d’un appauvrissement génétique au fur et à mesure que l’être humain s’est éloigné de l’Afrique. En dehors de ce parallèle direct avec ce dossier, je trouve ce reportage intéressant et vous le conseille.
Et merci pour vos podcasts dont la qualité ne cesse de se vérifier! - Enfin, last but not least: Podcast Science est partenaire de la nouvelle web radio www.quadriviumradio.com
- Web radio démarrée lundi dernier (17.10) : bâtir la radio de l’expérience. Scientifique et musicale.
- “Nous voulons proposer à nos auditeurs du contenu de qualité dans les 2 domaines.”
- Le quadrivium désigne l’ensemble des quatre sciences mathématiques dans la théorie antique : arithmétique, musique, géométrie,astronomie.
- En privilégiant la liberté de ton du Web et en choisissant des contenus innovants comme Podcast Science, quadrivium cherche à inventer un nouveau format de radio.
- La radio a également d’autres partenaires : De Vive Voix (maison d’éditions de livres audio), Solénopole (1h sur la musique expérimentale)…
- www.quadriviumradio.com
Bienvenue et longue vie à cette excellente initiative
Enfin, la quote de la semaine de Mathieu
L’homme crée (fabrique) l’outil, et l’outil façonne l’homme – Inconnu
À méditer
Prochain enregistrement le jeudi 27 octobre 2011 avec Lia qui nous parlera des émotions chez les animaux. Bonne semaine!
Le dossier de la semaine
Nous accueillons Marco pour ses premières chroniques en tant que membre de la bande. Cette semaine:
Mais encore…
Complément d’information de Xochipilli, auteur de l’excellent webinet des curiosités en rapport avec le dossier sur le language:
J’adore votre podcast, bravo, c’est excellent!
Concernant le phénomène fascinant de l’apprentissage du langage par “l’oubli” progressif des phonèmes non significatifs dans la langue maternel, il semble que ce soit un processus assez général d’apprentissage: on identifié le même principe dans la reconnaissance des visages (c’est ce qui fait que l’on a plus de mal à distinguer deux visages chinois quand on est un adulte européen, alors que les bébés européen n’ont pas de problème). C’est aussi ce qui se passe quand on apprend à lire: on désapprend l’équivalence “gauche-droite” qui est inné pour savoir dans quel sens il faut lire ou écrire une lettre. Et même l’apprentissage d’une tâche se fait apparemment plutôt par désapprentissage de tous les réflexes antagonistes à cette tâche. Bref, pour apprendre, il faut commencer par désapprendre. Une belle image je trouve…
(Plus sur ce sujet sur mon blog – un petit coup d’autopromo!- http://webinet.blogspot.com/2011/02/toublies-or-not-to-be.html)
Bonne continuation!
Enfin, notre ami @Jonkalak nous invite à un petit quizz sur Futura-Science. Score un peu piteux d’Alan: 14/20 Et vous?
http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/vie-du-site/d/fdls-defiez-notre-quizz-sur-20-annees-de-science_33951/#xtor=AL-26-1[ACTU]-33951[fdls_:_defiez_notre_quizz_sur_20_annees_de_science
Recommandations de vote
N’oubliez pas de VOTER FUNKY pour le Golden Blog Awards! http://www.golden-blog-awards.fr/blogs/strange-stuff-and-funky-things.html
La quote de la semaine de Mathieu
It is not the strongest of the species that survives, nor the most intelligent, but the one most responsive to change - Charles Darwin
Traduction libre: “Ce ne sont pas les plus forts qui survivent au sein des espèces, ni les plus intelligents, mais ceux qui répondent le mieux aux changements”
Prochain enregistrement le mercredi 19 octobre 2011. D’ici là, une excellente semaine!
Tout naturaliste a son exemple favori d’adaptation surprenante. Pour Stephen Jay Gould, il s’agit du “poisson” que l’on trouve chez certaines espèces de moules d’eau douce, les Lampsilis.
Lampsilis vit comme presque tous les coquillages, à demi enfouis dans le sable avec la partie postérieure qui émerge. Au sommet de cette partie se trouve une structure qui a la forme d’un tout petit poisson, avec des nageoires latérales bien apparentes, une queue et même un œil. Plus incroyable encore, les nageoires ondulent en rythme, imitant les mouvements de la nage.
Presque tous les coquillages se reproduisent en libérant leur œufs dans l’eau, où ils seront fécondés puis où se déroulera le développement embryonnaire.
Mais les femelles de moules d’eau douce gardent leurs œufs en elles, où ils seront fécondés par le sperme que les mâles voisins laissent échapper dans l’eau. Les œufs se développent alors dans les branchies et forment une poche, nommé le marsupium (en langage technique les moules d’eau douces forment la famille des unionidés, qui se divise aujourd’hui en 2 genres: les anodontes avec généralement des coquilles fines et vivant en eaux calmes. Et les Unios avec une coquille épaisse et résistant aux eaux plus vives)
Chez les Lampsilis, le marsupium des femelles est gonflé et forme le corps ce poisson-fake. Des 2 côtés du poisson se trouvent des extensions du manteau (le manteau est ce qui englobe le corps entier de la moule et forme un sorte de peau qui protège les organes de l’animal, en ne dépassant généralement pas les bords de la coquille)
Par leur forme et leur couleur, ces extensions ressemblent à un poisson avec une queue. Cette structure complexe (qui est donc formée du marsupium et des extensions du manteau) ne se contente pas seulement d’avoir l’apparence d’un poisson, mais elle en a également les mouvements. Un ganglion spécial situé à l’intérieur du manteau, innerve les nageoires. Pendant que les nageoires bougent rythmiquement, une pulsation, naissant à la queue, se propage le long du corps.
Vidéo sur Lampsilis:
Pour comprendre pourquoi ce coquillage donne naissance à ce leurre de poisson, il faut s’intéresser à la biologie de la reproduction de la Lampsilis.
Les larves d’unionidés (donc des moules d’eau douce) ne peuvent se développer si elles ne se fixent pas à un poisson au début de leur croissance.
Presque toutes les larves d’unionidés possèdent deux petits crochets. Une fois sortie du marsupium de leur mère, elles tombent au fond de l’eau et attendent le passage d’un poisson.
Mais les larves de Lampsilis n’ont pas de crochet et ne peuvent donc pas se fixer d’elles-mêmes aux poissons.
Pour survivre, il leur faut pénétrer dans la bouche d’un poisson et se frayer un chemin jusqu’aux branchies.
Lorsqu’un poisson approche, attiré par les mouvements du leurre, la Lampsilis propulse des larves hors du marsupium. Le poisson en avale quelques-unes et celles-ci se fixent sur les branchies.
On ne peut pas vraiment mettre en doute la fonction adaptative du poisson-leurre, mais comment est-il apparu? Comment le manteau et le marsupium se sont-ils réunis pour produire ce trompe-l’œil?
Il n’est pas très intuitif de répondre que cela s’est fait par une évolution progressive en passant par des étapes intermédiaires qui ne devaient guère ressembler à un poisson, et le “bon sens” nous amènerait à croire que cela faisaient partie des plans d’un grand Designer
En effet le poisson complexe de la Lampsilis est l’illustration parfaite de l’un des problème fondamentaux de la théorie Darwinienne: “Peut-on mettre en lumière la valeur adaptative des étapes intermédiaires de cette structure?” (Cela ressemble en quelques sorte à une question souvent posée par les créationnistes: “A quoi sert une demi-aile?”)
Pour résoudre ce problème, les évolutionnistes s’appuient sur une idée, appelé “préadaptation”, qui est un terme très mal choisi, puisque ce terme laisse suggérer que les espèces s’adapteraient en prévision d’une future évolution, alors que c’est exactement le contraire que veulent décrire les évolutionnistes.
La préadaptation permet de résoudre le problème de la fonction des stades intermédiaires en admettant que ces formes ne jouaient pas le même rôle que leur descendantes.
Par exemple, les premiers poissons étaient des agnathes, c’est à dire qu’ils ne possédaient pas de mâchoire (comme la lamproie de nos jours) Mais les os qui donneront un peu plus tard les premières mâchoires de poisson existaient déjà, ils avaient simplement une autre fonction: ils servaient de support à une voute de branchies situées à l’arrière de la bouche. Ils étaient alors parfaitement adaptés à cette fonction et ne savaient rien du rôle qu’ils seraient un jour amenés à remplir. La structure était déjà là, mais elle intervenait dans le mécanisme de respiration et ne servait pas à manger.
On y reviendra dans un autre podcast que je ferai certainement plus tard où on abordera l’évolution de cette structure qui forme également la mâchoire des reptiles, mais qui forme les os de l’oreille moyenne chez les mammifères (marteau et enclume).
Bref, d’après le principe de la préadaptation, une structure peut changer radicalement de fonction. Il devient alors possible de résoudre le problème des étapes intermédiaires en affirmant que les fonctions antérieures subsistent pendant que les nouvelles se mettent en place.
La préadaptation peut-elle nous aider à comprendre comment la Lampsilis a donné naissance à son poisson?
C’est possible à 2 conditions: D’une part, il faut découvrir une forme intermédiaire, comprenant au moins quelques éléments du “poisson” et ayant une autre fonction. Et d’autre part il faut mettre en évidence le rôle joué par le “poisson” pendant que se perfectionnait progressivement sa ressemblance.
La Ligumia nasuta, une proche parente de la Lampsilis, remplit la 1ere condition. Dans cette espèce, le manteau n’a pas d’extension chez les femelles enceintes. En revanche, elles présentent des membranes de couleurs foncées entre les deux parties de la coquille, lorsque celle-ci est entrouverte. La Ligumia se sert de ces membranes pour produire un mouvement rythmique assez étrange. Les bords opposés des membranes se séparent, laissant libre un espace long de quelques millimètres au milieu de la coquille. On aperçoit alors l’intérieur blanc de l’animal se détachant nettement sur la couleur foncée des membranes. Ce point blanc semble reculer vers l’arrière de la coquille, pendant qu’une onde de séparation se propage le long des membranes. Il semble que ce mouvement se produise environ une fois toutes les deux secondes.
Vidéo sur Ligulia nasuta:
Donc chez cette espèce de moule, nous retrouvons le même type de mouvement du manteau, mais sans les extensions de celui-ci. Cette structure attire également les poissons, mais d’après la meilleure spécialiste du sujet, Louise Russet Kraemer, les mouvements du manteau n’ont pas pour fonction première d’attirer les poissons, mais ces pulsations seraient destinées à aérer les larves qui se trouvent à l’intérieur du marsupium. La ressemblance avec les mouvements d’un poisson peut donc être considérer comme une préadaptation. Ainsi la ressemblance très imparfaite à l’origine, pouvait être améliorée par la sélection naturelle.
Et voici une vidéo montrant différentes formes plus ou moins intermédiaires du “poisson”
Pour conclure sur ce sujet, Gould nous ramène à notre supposé “bon sens”, en disant une phrase à laquelle j’adhère totalement: “Le bon sens ne peut servir de guide à l’analyse scientifique car il relève davantage des préjugés culturels que de l’honnêteté naturelle de l’enfant devant ce qu’il ignore”
qui rappelle la conclusion de Darwin sur son chapitre consacré à l’œil, qui dit plein de sagesse:
“Quand on a affirmé pour la première fois que le soleil était immobile et que le monde tournait autour, le bon sens s’est élevé contre cette doctrine; mais comme le savent tous les philosophes, le vieux proverbe Vox populi, vox dei n’a pas sa place dans la réflexion scientifique”
source: Darwin et les grandes énigmes de la vie – Stephen Jay Gould
Lien vers l’excellent blog de Pierre Kerner sur le dossier des unionidés: http://ssaft.com/Blog/dotclear/index.php?post/2009/04/23/[Le-mercredi-on-converge]-L-attaque-des-moules-parasites!#comments
Attention au contre-sens!
Le terme “évolution” est un mot qui porte à confusion.
En effet, l’utilisation qui en a été faite dans le passé est responsable aujourd’hui de nombreuses erreurs d’interprétation. Beaucoup de personnes confondent évolution et progrès et n’imaginent donc pas l’évolution comme une suite de changements, mais comme un accroissement de l’intelligence menant, bien sûr, jusqu’à l’homme.
Les plus grands évolutionnistes du XIXe siècle, que sont Darwin, Lamarck et Haeckel n’ont pas utilisé ce mot dans l’édition originale de leurs œuvres.
Darwin parlait de “descendance avec modification”, Lamarck de “transformisme” et Haeckel préférait “théorie des transmutations”.
2 raisons ont fait que Darwin n’a pas utilisé ce mot pour exposer sa théorie:
“évolution” chez les préformationnistes
Tout d’abord ce terme avait déjà un sens technique en biologie qui s’appliquait à une théorie embryologique totalement inconciliable avec les idées de Darwin.
En 1744, le biologiste allemand Albrecht von Haller l’avait utilisé pour désigner une théorie selon laquelle les embryons se développeraient à partir d’homoncules (c’est à dire de minuscules bébés miniatures) contenus dans le sperme où les ovaires. Les tenants de cette théorie étaient les préformationnistes. (eux-même divisés en ovistes et spermistes, tout dépend s’ils plaçaient cet homoncule dans les ovaires ou les testicules) Le principe de cette théorie amenait à une régression à l’infini, puisque les homoncules, possédaient eux-mêmes des homoncules, qui possédaient des homoncules, etc. Toute l’humanité devait donc être contenue dans les ovaires d’Ève ou les testicules d’Adam, emboîtées comme des poupées russes. (cette théorie peut nous paraitre aujourd’hui ridicule, mais les choses doivent être jugées dans leur contexte)
Haller avait donc choisi le mot “évolution” pour décrire sa théorie, car ce terme vient du latin evolvere qui signifie “dérouler”, exprimant alors l’idée d’un déballage d’une structure déjà existante sous une forme compacte.
L’évolution de Haller n’a donc rien à voir avec l’idée de “descendance avec modifications” de Darwin et est même en contradiction, car comment alors la sélection naturelle pourrait-elle avoir un rôle à jouer si toute l’histoire de la race humaine se trouve préemballée dans les ovaires d’Ève?
Évolution # progrès
Ensuite Darwin employait très rarement ce mot, car il laisse sous-entendre une notion de progrès et c’est ce qu’il voulait bannir. Darwin disait qu’il s’interdisait d’employer les qualificatifs “supérieur” ou “inférieur” lorsqu’il décrit la structure des organismes.
Pouvons-nous prétendre que nous sommes supérieurs à l’amibe, qui est aussi bien adaptée à son environnement que nous le sommes au nôtre?
Il l’utilise en conclusion de son livre: “N’y a-t-il pas de la grandeur dans cette manière d’envisager la vie, avec ses diverses potentialités d’abord recelées dans un petit nombre de formes, voire une seule; puis tandis que notre planète continuait ses révolutions, obéissant à la loi immuable de la gravitation, à partir d’un si humble commencement, d’innombrables formes toujours belles et plus merveilleuses n’ont cessé d’évoluer et, aujourd’hui encore, évoluent”
Mais ici, Darwin l’utilise dans son sens courant, et veut opposer le caractère mouvant de la transformation organique au caractère statique des lois physiques telles que la gravitation.
Darwin évita donc de recourir au mot “évolution” d’une part parce que son sens technique heurtait ses convictions, et d’autre part parce que son sens courant était inséparable de la notion de progrès.
Mais alors pourquoi “évolution”?
La question qui en découle alors est “Comment se fait-il que ce terme est employé aujourd’hui dans un sens technique différent de celui de Haller?”
Voici l’explication: Vers 1859, la théorie de Haller était à l’abandon, le mot “évolution” allait donc pouvoir resservir.Et grâce à Herbert Spencer, un philosophe anglais dont la réputation de l’époque rivalisait avec celle de Darwin, ce mot allait faire son entrée dans la langue anglaise en tant que synonyme de “descendance avec modification”
Il a toujours employé le terme pour décrire les transformations organiques dans son ouvrage célèbre , Principes de biologie. Ensuite il ne considérait pas le progrès comme une propriété intrinsèque de la matière, mais comme le résultat d’une sorte de “collaboration” entre des principes internes et externes.
Ses points de vue s’adaptaient bien aux idées des savants évolutionnistes anglais de l’époque qui avaient tendance à confondre changement organique et progrès organique. La majorité d’entre-eux pensaient que le changement organique conduisait inévitablement à un accroissement de la complexité, et s’approprièrent alors la formulation de Spencer.
L’ironie du sort est que Darwin était presque seul à soutenir que le changement organique à pour unique résultat d’améliorer l’adaptation des organismes à leur environnement, et n’est pas conforme avec une idée abstraite de progrès ou d’augmentation de la complexité.
Les scientifiques évolutionnistes ont abandonné depuis longtemps l’idée de progrès dans l’évolution, mais cette confusion persiste encore malheureusement de nos jours, chez les non-initiés
Cette confusion a même été à l’origine des abus de ce qu’on appelait le darwinisme social, dont Darwin se méfiait beaucoup.
Cette théorie, aujourd’hui discréditée, classait les groupes humains et les cultures en fonction de leur supposé niveau d’évolution. Évidemment les Européens se classaient au sommet et les habitants de leurs colonies en bas.
Cette arrogance se retrouve aujourd’hui encore dans notre tendance à vouloir dominer le million d’espèces qui vivent sur Terre, sous le prétexte que l’on serait supérieur…
source: Darwin et les grandes énigmes de la vie – Stephen Jay Gould





























Derniers commentaires