Deuxième partie du dossier de Franck sur la bioéthique.
Le concept de dignité humaine joue un rôle central dans les principes bioéthiques modernes.
Comment ce concept est-il apparu ? Quelles sont ses répercussions légales ?
Les sources
Institut pour une culture de sécurité industrielle : les analyses coût-bénéfice
Carte des signataires de la convention d’Oviedo
Commentaire de la convention d’Oviedo par Patrick Fraissex
Les dernières lois de bioéthique en France
“Human dignity is useless” dans le British Medical Journal
Dignité et bioéthique, approche philosophique par Gilbert Hottois
Droit comparé en bioéthique, par l’agence française de biomédecine
News & Plugs
- Transit de Vénus le 6 juin prochain (de très bonne heure).
Un transit de Vénus devant le Soleil se produit lors du passage de la planète Vénus exactement entre la Terre et le Soleil, occultant une petite partie du disque solaire. Les transits de Vénus font partie des phénomènes astronomiques prévisibles les moins fréquents et se produisent actuellement suivant une séquence qui se répète tous les 243 ans, avec des paires de transits espacés de 8 ans séparées par 121,5 puis 105,5 ans. (le dernier était il y a 8 ans, en 2004). Les prochains transits auront lieu en 2117 et 2125 . Pour la voir de Paris, il faudra se lever à 6h du mat’ le mardi 6 juin.
Soirée exceptionnelle autour des thèmes de la Science, de la BD et de l’humour! Les illustrateurs du collectif Strip Science et du projet des Bulles du Labo vont tenter de vous convaincre que Science et humour font bon ménage! Venez nombreux!
- Evenement Maths : Salon Culture & Jeux Mathématiques 2012
Nico y sera dimanche, contactez-le si vous voulez le rencontrer. Et il y sera sûrement aussi vendredi soir pour la soirée ” Maths en Scènes”. Ce Vendredi 1er juin 2012 (demain, donc) de 19h00 – 21h00, Dans l’UMPC – Paris Place Jussieu – Amphithéâtre n° 15
Quote de Franck
“Tout découverte de la science pure est subversive en puissance ; toute science doit parfois être traitée comme un ennemi possible !” – Aldous Huxley
Le dossier écrit devrait sortir d’ici ce week-end… Pour notre prochain rendez-vous , ça sera mercredi prochain. Bonne semaine à tous !
Première partie du dossier de Franck sur la bioéthique.
Dans cette partie il aborde la bioéthique dans l’histoire occidentale.
Les sources
Histoire du développement de la biologie dans excellent bouquin d’un biologiste néerlandais, quasi complet, vraiment très intéressant sur les passages de l’histoire de la dissection.
Portraits de médecins historiques
Histoire de la médecine au XVIIème et XVIIIème siècles
Un excellent pdf sur les fondements juridiques de l’éthique médicale
Les expérimentations médicales dans les camps nazis
Plug:
- Nouveau livre de Nicolas Gauvrit:” Comme par hasard !” (Coïncidences et loi des séries)
- Le dernier épisode de 12 minutes de… http://12minutesde.com/2012/05/episode-10-12-minutes-dalcoolisation/
- Soirée Science, BD et Humour le 14 juin 2012 à 18h30, à l’Espace Pierre-Gilles de Gennes – ESPCI ParisTech 10, rue Vauquelin – 75005 Paris
- Du jeudi 24 mai (ce soir) au dimanche 3 juin, notre ami Xavier Durussel est au théâtre des 3 petits tours à Morges (Suisse): http://merrick.laraignee.net
- Bon anniversaire Lucile! (le 25 mai)
Quote de Marco en anglais
“With great power, there must also come… Great responsibility!” – Stan Lee
A la semaine prochaine pour la suite du dossier!
Illustration de Nico
Nous vous proposons dès ce jeudi une nouvelle version du LIVE et un retour au son de bonne qualité. Enfin.. On espère… Mais il n’y a pas de raison, hein?
En effet, depuis que nous étions passé au Live en janvier dernier, la qualité du son (Live et Podcast) s’en était nettement ressentie. Il faut dire que nous nous trouvons dans une configuration particulière: éparpillés entre la France, la Suisse et l’Espagne, il ne nous est pas possible de nous réunir dans un studio pour assurer l’enregistrement dans de bonnes conditions. Et le studio virtuel qui avait été généreusement mis à notre disposition par Neweez – même s’il était très prometteur – n’était pas vraiment prévu pour de telles spécificités.
Finie donc cette période pénible durant laquelle nous avons cassé vos oreilles! Nous avons trouvé une nouvelle solution
Comment nous écouter?
- Rendez-vous sur la page http://www.podcastscience.fm/live (ou http://bit.ly/PS-live) au moment du live et ça se passera tout seul.
- Si vous préférez nous écouter via Itunes, votre I-chose, VLC ou votre lecteur multimédia préféré, voici le lien en mode Playlist MP3: http://statslive.infomaniak.com/playlist/podcastscience/podcastscience-96.mp3/playlist.m3u (ou http://bit.ly/PS-live96kM3U)
- Et s’il vous fait le lien en streaming MP3, le voilou: (ou http://bit.ly/PS-live96kMP3 )
Enfin, s’il vous faut différents formats de player, en principe, ils sont tous là…
Player universel
Player HTML5
Et ce n’est pas tout!
Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, Nico nous mijote en outre une petite surprise: les soirs où il est là, il va nous faire des illustrations à la volée, pendant le dossier! Si si! Il a décidément tous les talents, ce garçon.
Nous espérons vous retrouver nombreux dans notre nouvelle chatroom
Prochain LIVE: le jeudi 17 mai 2012 à 20h30. “Des Fourmis et des Hommes”
A bientôt!

Ça va décoiffer!
Au menu de cette journée conçue par notre Nico national:
- Dès 11h00: Apéro/Brunch/pic-nic (en fonction de ce que chacun apportera), allée Marcel-Proust à Paris (plan ci-dessous) avec casse-têtes mathématiques (et sans doute des desserts ou des t-shirts à gagner).
- (Plan B en cas de déluge: on se réfugie dans le hall du Palais)
- À 13h30, envahissement du Palais de la Découverte:
- électromagnétisme
- loterie de l’hérédité
- balade dans le palais (salle Pi, homme de verre, liquide ferro-magnétique, salle lumière, salle d’astrophysique)
- Coriolis et pendule de Foucault
- Après la visite: afters dans un bar de la capitale
(Nico et Alan seront présents du début à la fin. Ln sera des nôtres l’après-midi pour la visite du Palais. Franck en sera le soir pour les afters. Malheureusement, Marco et Mathieu n’ont pas pu être de la partie)
Pour vous inscrire:
- Soit via les commentaires (ci-dessous)
- Ou via le formulaire de contact
- Ou par mail (en trouvant dans quel ordre mettre les mots ”gmail”, ”@”, ”podcastscience” et “.com” pour que le message nous parvienne)
- Ou enfin par Facebook, Twitter, Google+ ou tout autre moyen qui vous viendrait à l’esprit
Sur les aspects pratiques:
- L’entrée du Palais est payante (~10€, on vous redira quand on saura précisément), Podcast Science achète le ticket groupé pour les personnes inscrites (on s’arrange après);
- Indiquez-nous si vous participez à l’apéro/picnic/brunch. On se donne RDV à l’heure à laquelle vous arrivez
- Indiquez-nous si vous avez besoin d’un hébergement et/ou si vous pouvez héberger quelqu’un;
- Pour trouver l’allée et le Palais, plan et métro ci-dessous;
- And that’s it
Accès Picnic/Apéro Allée Marcel Proust:
- Entre les Champs-Elysées et l’Av. Gabriel
- Métro: Champs Elysées-Clemenceau (Lignes 1 et 13)
Accès Palais de la découverte:
- Adresse: Avenue Franklin Delano Roosevelt 75008 Paris
- Autobus: lignes 28, 42, 52, 63, 72, 73, 80, 83, 93
- R.E.R. C: Invalides
- Métro: Champs Elysées-Clemenceau (Lignes 1 et 13) ou Franklin-D.-Roosevelt (lignes 1 et 9)
Nous trépignons d’impatience à l’idée de vous rencontrer!
A bientôt!
Votre team Podcast Science
Cette semaine c’est Marco qui nous a préparé un dossier pour nous décrire la célèbre expérience de Lenski, avec des bactéries Escherichia Coli (une bactérie qui vit dans nos intestins)
Cette expérience, qui met en évidence l’évolution et la sélection naturelle, dure depuis 1988 et a vu se succéder plus de 60 000 générations de bactéries.
Retrouvez le dossier écrit en cliquant ici ou pour ceux qui ne veulent pas fatiguer leur yeux, il vous reste à écouter l’épisode audio
Liens évoqués pendant l’émission:
- la machine à évolution du professeur Church, lien fourni par Jorj X. Mc Kie et qui finalement n’était pas ce qu’il cherchait
- The Lenski Affair ou comment un créationniste acharné a essayé
La quote de Marco en anglais:
- “When the seagulls follow the trawler, it’s because they think sardines will be thrown into the sea” – Eric Cantona
La quote un peu plus scientifique de Marco:
- “La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent.” Albert Einstein
Prochaine émission : jeudi 17 mai, Alan – Des fourmis et des hommes
Tout le monde a certainement déjà entendu parler de la bactérie Escherichia Coli, au moins dernièrement lors de cas d’intoxications alimentaires par certaines souches. Mais la plupart d’entre-elles sont inoffensives, voire bénéfiques, puisque nous en avons tous environ 1 milliard dans nos intestins.

Le contexte
L’avantage d’une expérience sur des bactéries est que leur cycle de reproduction se mesure en heures (voire en minutes). Le bactériologiste Richard Lenski et ses collègues de l’université du Michigan ont tiré parti de ce fait, en réalisant des essais contrôlés en laboratoire.
L’expérience a débuté en 1988. Lenski a pris une population d’E.Coli et a infecté douze flacons par des colonies identiques, tous remplis d’un liquide nutritif de même composition, riche en glucose. Au départ on avait donc douze flacons identiques, possédant des populations identiques.
(Enfin, presque identique car les bactéries possèdent un gène nommé Ara, qui se présente sous deux formes Ara+ et Ara-. Sans trop rentrer dans les détails, la différence entre ces deux allèles ne se voit que lorsque l’on ensemence les bactéries avec un mélange d’arabinose [sucre] et d’un colorant chimique, le tétrazolium. Les bactéries Ara+ se voient sous forme de colonies blanches alors que les bactéries Ara- se voient sous forme de colonies rouges. Ce gène constitue en quelque sorte un marqueur de couleur. Lenski et son équipe ont en fait organisé leurs populations de bactéries de façon à ce que six de leurs tribus possédaient l’allèle Ara+ et les six autres Ara-. Ainsi ils prenaient soin de manipuler alternativement les flacons Ara+ et Ara-, ce qui leur permettait de voir s’ils avaient fait une erreur de manipulation, par éclaboussure par exemple. Mais cela avait également une autre utilité fondamentale que l’on verra plus tard…)
Ces flacons ont ensuite été placés dans un incubateur-agitateur, ce qui permettait de maintenir les bactéries bien au chaud et de les agiter pour qu’elles restent bien réparties dans le liquide.

Mais chaque jour, pour chacune des douze “tribus”, un nouveau flacon vierge était infecté du flacon de la veille. Un petit échantillon, précisément le centième du volume de l’ancien flacon, était prélevé et placé dans le nouveau qui contenait une nouvelle réserve de liquide nutritif riche en glucose. La population de bactérie dans le nouveau flacon augmentait alors très rapidement, jusqu’à stagner le lendemain, quand la réserve de nourriture s’épuisait. Et à ce moment-là un nouvel échantillon était prélevé, et le cycle recommençait le lendemain
L’expérience ayant duré près de vingt-cinq années, imaginez donc le nombre de flacons utilisés: douze rangées de plus de huit milles flacons! Et si l’on considère une moyenne de 6 à 7 générations de bactéries par jour, cela donne environ 55 000 générations de bactéries (Le cap des 50 000 ayant été atteint en février 2010)
Pour chaque flacon étaient également prélevés des échantillons, destinés à être analysés afin de voir comment progressait l’évolution, mais aussi des échantillons étaient congelés et l’on verra plus tard leur utilité.
Les premiers résultats
Le décor étant posé, la question intéressante de cette expérience était de savoir si les nouvelles générations de bactéries resteraient identiques à leurs ancêtres, ou bien si elles évolueraient. Et si elles évoluaient, est-ce que les douze colonies évolueraient de la même façon ou selon des schémas différents?
Comme dit précédemment, le liquide nutritif contenait du glucose. Ce n’était pas le seul aliment s’y trouvant, mais c’était la ressource limitante. C’était le facteur qui limitait la taille de la population. Ainsi, si une mutation devait survenir sur une bactérie, permettant à celle-ci d’exploiter le glucose plus efficacement, on devrait s’attendre à ce que, grâce à la sélection naturelle, les individus mutants se reproduisent statistiquement mieux que les non-mutants. Et donc ce nouveau type de bactérie devrait se retrouver de plus en plus souvent dans les flacons, jusqu’à retrouver des bactéries de plus en plus efficace à l’exploitation du glucose.
Hé bien, c’est exactement ce qui s’est passé dans les douze lignées de flacons. Elles ont su de mieux en mieux utiliser le glucose. Mais le point le plus intéressant à relever, est qu’elles l’ont fait selon des modes différents! C’est à dire qu’elles se sont développées grâce à des mutations différentes… Pour le savoir, les chercheurs ont comparé la fitness (=”valeur sélective” en français, c’est une mesure de la réussite reproductive) de chaque échantillon aux populations “fossiles” échantillonnées dans la population fondatrice d’origine. D’où l’utilité de la congélation d’échantillons mentionnée précédemment… Ces échantillons “fossiles”, une fois décongelés, se remettent à vivre et à se reproduire normalement.
Ainsi Lenski et son équipe, ont placé dans un flacon vierge un échantillon de la population supposée évoluée avec une échantillon de la population ancestrale décongelée. Cela donne donc un nouveau flacon expérimental, contenant deux souches en concurrence. Et pour pouvoir distinguer laquelle de ces populations va dépasser l’autre, Lenski a pu utiliser la propriété du gène Ara: En mélangeant une population Ara- avec une population Ara+, il devient très facile de voir quelle population l’emporte grâce à leur différence de couleur en ensemençant les bactéries avec le mélange d’arabinose et tétrazolium (Bien sûr des travaux antérieurs avaient montré que les allèles Ara n’avaient aucune influence sur la fitness).
Ainsi la fitness moyenne des douze populations a augmenté au fil des milliers de générations, elles ont toutes amélioré leur capacité de survie dans une situation limite de glucose, et leur taille corporelle moyenne. Si l’on regarde l’évolution de la taille corporelle pour une lignée, la courbe d’évolution ressemble de très près à une hyperbole, c’est à dire que, grosso-modo, la courbe montre que la plus grande augmentation de la taille corporelle se produit dans les 2000 premières générations environ puis semble tendre vers un plateau. Mais ce qui est intéressant, c’est que si l’on compare les 12 courbes d’évolution, on remarque que l’évolution des tailles est assez différents pour chacune. Elles donnent toutes l’impression de s’approcher d’un plateau, mais le plus élevé des douze plateaux est presque deux fois plus élevé que le moins élevé.
De plus, les courbes ont des formes différentes, car celle qui atteint la valeur la plus élevée à la génération 10 000, commence par augmenter plus lentement que certaines autres, puis les dépasse toutes avant la génération 7000.

Tout cela laisse donc penser que dans le cas présent, devenir plus gros présente un avantage pour survivre dans cet environnement alternativement riche et pauvre en glucose. Peu importe quelle en est la raison, mais on a en tout cas l’impression qu’il fallait qu’il en soit ainsi puisque c’est ce qu’il s’est produit dans les douze lignées différentes. Quoi qu’il en soit, il n’existe pas une façon unique de grossir, différents ensembles de mutations peuvent en être responsable. C’est ce que montrent les différentes courbes
Jusqu’ici, cette expérience de Lenski et de ses collègues universitaires montre donc la réalité de l’évolution. Mais la suite va révéler un résultat encore plus surprenant et qui va conforter cette réalité.
Mais le plus surprenant reste à venir…
Pour résumer, je vous ai dit que dans les douze lignées, une amélioration de la fitness avait été observée, et que cette évolution s’est faite de la même façon avec simplement des différences dans les détails (Plus lentement chez certaines tribus, plus rapides chez d’autres).
Mais un peu après la génération 33 000, quelque chose de très surprenant s’est produit: Une des douze lignées (qui portait le nom d’Ara-3) a vu sa densité de population maximale (le plateau qu’on atteint une fois les ressources épuisées) totalement exploser! Pour vous donner des chiffres un peu parlants, on va prendre la densité optique, qui est une mesure de la population. Avant la génération 33 000 cette densité optique était sensiblement constante autour de 0,04 (peu importe ce que signifie cette valeur, ce n’est pas important ici) Puis juste après la génération 33 000, pour la population Ara-3, la densité optique est passée en quelques dizaines de générations à 0,25, soit six fois plus! C’était comme si on avait rajouté du glucose dans les flacons des colonies Ara-3. Mais ce n’était pas le cas.
Alors que s’est-il passé dans la population Ara-3?

Lenski a bien sûr cherché à la savoir, et il a trouvé. Vous vous souvenez que le glucose est la ressource limitant l’expansion des populations dans les flacons, mais le glucose n’était pas le seul nutriment présent. Il y en avait un autre qui est du citrate (apparenté à la substance qui rend les citrons acides). Le liquide contenait beaucoup de citrate, et normalement E. Coli ne peut pas l’utiliser (du moins pas en présence d’oxygène). Mais la tribu Ara-3 a tout à coup acquis l’aptitude d’absorber le citrate aussi bien que le glucose. La quantité de nourriture disponible dans chaque flacon a donc considérablement augmenté
La question qui en découlait, était de savoir quelle(s) mutation(s) avai(en)t conduit à cette situation.
Lenski a émis l’hypothèse que cela était dû à au moins 2 mutations (il avait calculé que 30 000 générations était suffisantes pour que chaque gène ait muté au moins une fois dans chacune des douze lignées, et donc que si cela était dû à une seule mutation, il est probable que d’autres tribus auraient acquis la même capacité). On va appeler, pour simplifier, ces mutation A et B. Pour que la capacité d’absorber le citrate se manifeste, il faut vraiment qu’il y ait les deux mutations.
L’hypothèse de Lenski est donc qu’à un certain moment inconnu, la tribu Ara-3 aurait subi la mutation A qui n’a pas donné d’effet décelable, puis plus tard l’autre mutation nécessaire, la mutation B. Il est probable que la mutation A ou la mutation B ait pu apparaître dans n’importe laquelle des autres tribus, cela s’est certainement produit, mais les deux mutations seraient présentes uniquement dans la tribu Ara-3 à partir de la génération 33 000.
Un des élèves de Lenski s’est alors vu attribuer une tâche assez pénible, qui était de vérifier cette hypothèse en retrouvant le moment où aurait eu lieu la première mutation. Pour cela il fallait décongeler les échantillons des tribus ancestrales, et observer celles pour qui la probabilité de “découvrir” comment gérer le citrate, est la plus élevée. Il a ainsi été montré que la première mutation a eu lieu approximativement à la génération 20 000. Tous les clones décongelés après la génération 20 000 ont montré une plus grande probabilité d’acquérir la capacité d’absorber le citrate, cette probabilité est d’ailleurs la même pour toutes les générations du moment qu’elles datent d’après la génération 20 000.
En conclusion…
Ce travail effectué par Lenski et son équipe montre un grand nombre des composants essentiels de l’évolution: Les mutations aléatoires soumises à une sélection naturelle non aléatoire, l’adaptation à un environnement par des voies différentes, la façon dont des mutations successives peuvent s’additionner pour opérer une modification évolutive, ou encore que certains gènes ont besoin d’autres gènes pour s’exprimer.
Vous comprendrez donc pourquoi cette expérience qui fait voler en éclat le dogme de la complexité irréductible n’est jamais évoquée par ses détracteurs…
Sources:
- “Le plus grand spectacle du monde”, Richard Dawkins
- http://en.wikipedia.org/wiki/E._coli_long-term_evolution_experiment
Je vais donc essayer de vous parler de l’introduction du tirage au sort dans les systèmes de décisions collectives. A première vue l’idée semble absurde et le hasard semble être le choix le moins instinctif et le moins rationnel. Et pourtant cette option, appelé Stochocratie depuis la fin des années 90 a des militants en France.
Je vais tenter en quelques minutes de faire trois choses :
- Vous présenter rapidement l’origine cette idée sans prétendre le moins du monde être exhaustif
- Ensuite vous expliquer qu’elle mérite considération
- Enfin vous montrer qu’elle pose elle aussi un certain nombre de problèmes
Les origines de l’idée
Comme vous le savez sûrement le tirage au sort des dirigeant était utilisé dans la démocratie athénienne. Même si cela ne concernait que certains dirigeants. Dans la définition que donne Aristote de la démocratie (qu’il ne portait pas vraiment dans son coeur) il y fait d’ailleurs explicitement référence. L’usage du tirage au sort à l’époque de la grandeur d’Athènes était malgré tout grandement limité. Plus tard, le même système a, semble-t-il, été largement utilisé dans les république de Venise et Florence.
De façon plus contemporaine, on utilise, à l’heure actuelle, dans de nombreux pays le tirage au sort pour désigner des jurés lors de procès. Et aussi parfois, en cas de faible disponibilité d’un médicament ou dans des cas de transfert d’organes.
En France son militant le plus actif et sans doute le plus radical est sûrement Etienne Chouard. Je précise tout de suite que pour moi Etienne Chouard est un personnage plus que contestable. C’est un professeur de lycée qui s’est rendu célèbre en écrivant un texte appelant à voter contre le traité constitutionnel européen de 2005 ce que je ne porte pas à son crédit. Il a par la suite relayé certaines thèses des conspirationistes du 11 septembre. Malgré cela sa défense du tirage au sort en politique mérite, il me semble d’être considérée.
les avantages de ce système
Déjà un petit mot sur quelque chose que je ne vais pas aborder par la suite: Le tirage au sort pour trancher entre différentes décisions. En dehors du domaine politique, Jon Elster, titulaire de la Chaire de Rationalité et sciences sociales au collège de France qui s’intéresse entre autre aux systèmes de décisions collectives et au tirage au sort donne un exemple intéressant. Dans le cadre de la garde de l’enfant suite à un divorce il propose de l’attribuer, quand les deux parents souhaitent l’obtenir et hors cas extrême, par tirage au sort. Une fois encore l’idée semble à première vue absurde il y a néanmoins au moins deux avantages :
- La rapidité de ce mode décision : et donc réduire la période d’instabilité reconnue semble-t-il comme néfaste pour l’enfant.
- Eviter au parent qui ne recevra pas la garde l’humiliation d’avoir été jugé comme incompétent.
Mais je ne vais donc pas parler de la prise de décision par tirage au sort mais plutôt du tirage au sort comme mode de choix des représentants.
- Quelle est donc l’idée de base : et bien que pour de nombreuses raisons nos dirigeants sont à l’heure actuelle sélectionnés non pas sur leurs capacités à gouverner mais sur leurs capacités à se faire élire. Argument qui semble en effet se vérifier lorsqu’on suit les débats de l’Assemblée nationale sur un sujet dans lequel on a une certaine expertise. Comme certains l’on fait par exemple lors des délibérations autours d’Hadopi. De toute façon il serait tout bonnement impossible d’élire des représentant ayant des expertises en tout.
Dans le système actuel nos représentant sont donc censés acquérir une expertise en se renseignant sur les sujets abordés. On peut considérer que cela est aussi à la portée d’un citoyen normal. Ce point est un élément capital, qui met en valeur une certaine équivalence, mais sûrement pas une raison de changer de système.
Cherchons donc d’autres arguments :
- Pour l’élection de dirigeants dans un petit groupe par exemple une association, on pourrait ré évoquer le fait de chercher à éviter le sentiment de frustration et d’humiliation qui accompagne la défaite. Et ainsi empêcher que des questions d’ego nuisent ensuite à l’intérêt collectif. Mais cet argument semble moins valable au niveau de la politique nationale. Même si Nicolas Hulot a semble-t-il abandonné la politique après sa défaite face à Eva Joly a la primaire écologique.
- Le tirage sort permet de limiter à priori la professionnalisation et le carriérisme du monde monde politique : or ses partisans considèrent généralement que la professionnalisation encourage ou permet la corruption, l’influence des lobby et la négociation (c’est à dire l’échange de voix de type : je t’échange un vote sur une loi sur la suppression des radars que je trouve plutôt mauvaise contre un vote sur une loi sur les logements HLM que je trouve très importante) . L’idée est aussi qu’il existe une usure du pouvoir et qu’un dirigeant initialement bon ne le restera pas indéfiniment. Par ailleurs les partisans du tirage au sort considèrent que désirer ardemment exercer le pouvoir, ce qui est une caractéristique importante des politiciens professionnels, serait en soit une attitude suspecte. Enfin l’élection amène les politiciens à avoir une logique clientéliste et à soutenir des projets de loi qui maximiseront leur chance d’être réélus plutôt que ceux qui vont dans le sens de l’intérêt collectif.
- De manière évidente le tirage au sort réglerait aussi les question de parité ou de représentation des minorités. De même il permettrait d’éviter l’homogénéité des formations (effet science po l’ENA), Dans ce cadre les questions du cumul des mandats et du non renouvellement des mandats ne se posent plus vraiment non plus.
- Enfin le processus est beaucoup plus rapide et beaucoup moins coûteux que l’organisation d’une élection… A priori ça semble être un détail mais ce détail peu revêtir une importance capitale car il permet par exemple de renouveler une assemblée tout les six mois de façon à éviter certains travers déjà évoqués. Ou de réunir des assemblées de façon thématique.
Les limites du tirages au sort
J’espère vous avoir convaincu que le système mérite considération. Attardons-nous maintenant sur les défauts.
- Le premier généralement évoqué est de tirer au sort des incompétents ou des gens dangereux. Cette crainte me semble justifiée si l’on parle de tirer au sort l’exécutif ce qui me semble de toute façon dangereux et irréaliste. Mais ça ne l’est absolument pas si l’on tire au sort une assemblée. Ou en tout cas çå ne l’est pas plus que la proportionnelle.
- Pour écarter le tirage au sort de l’exécutif qui semble défendu par Etienne Chouard j’avancerais un autre contre argument. Souvent un ministre dirige une administration, on peut difficilement imaginer qu’un citoyen tiré au sort puisse avoir de l’autorité sur des hauts fonctionnaires. Diriger le ministère des Affaires étrangères nécessite des compétences particulières. Tirer au sort des citoyens pour exercer ces fonction aboutirait sans doute à laisser le pouvoir à l’administration de ces ministères et mènerait à un système finalement bien peu démocratique.
Il faut aussi remarquer qu’il existe une multitudes de façons d’introduire le tirage au sort en politique. Nico en a d’ailleurs proposé une tout à l’heure qui cumule vote et tirage au sort et qui présente un certain nombre d’avantages comme celui d’inciter les citoyens à ne pas se livrer à des calculs politiques et à exprimer pleinement leur avis.
Attardons-nous maintenant sur le tirage au sort d’une assemblée :
- Se pose déjà le problème de la légitimité est-ce qu’un parlement tiré au sort serait perçu comme légitime… A l’heure actuelle, il me semble que la réponse est non néanmoins si cette solution est vraiment la meilleure il est possible d’augmenter la légitime d’un tel système par l’éducation et l’explication de ses avantages.
- Je me souviens qu’en école d’ingé on nous expliquait qu’on allait nous apprendre à apprendre et il me semble que si le système actuel ne sélectionne pas nos dirigeants sur leur capacité à gouverner il existe un filtre implicite sur le niveau de diplôme et que ce filtre permet d’avoir une population qui a, par les études, été au moins un peu sélectionné sur sa capacité à apprendre.
- Ça reste à prouver, et on n’est pas non plus obligé de penser que ce serait une mauvaise chose, mais il est possible d’imaginer qu’un parlement tiré au sort subirait davantage l’influence des médias.
Ensuite si l’on choisit de mettre en place un tel parlement un certain nombre de problème pratiques se posent :
- Doit-il être consultatif, avoir un véto suspensif, avoir tout le pouvoir législatif, le partager avec un parlement élu…
- Doit on tirer au sort dans l’ensemble de la population ou parmi des candidats ? – Tirer au sort parmi les volontaires inciterait les partis politiques à maximiser leurs chances en présentant un maximum de candidats tandis que tirer au sort dans l’ensemble de la population risque de sélectionner des parlementaires faiblement motivés.
- Si l’on tire au sort parmi l’ensemble de la population faut-il laisser aux gens la possibilité de refuser de participer ?
- Si l’on accepte le refus, faut-il, en cas de refus retirer au sort dans l’ensemble de la population ou remplacer un artiste unijambiste protestant de plus de 50 ans par un autre artiste unijambiste protestant de plus de 50 ans ? – La solution semble irréaliste surtout sans fichage de la population tandis que la première introduit un biais
- faut-il exclure les prisonniers, les schizophrènes, les personnes possédant un casier judiciaire ?
- De quelle taille doit être l’assemblée ? – une assemblée trop grande empêche ses membres de réellement débattre entre eux tandis qu’une assemblée trop petite risque de ne pas être représentative.
- D’ailleurs faut-il que ces membres débattent entre eux, leur délibérations doivent-elles être publique ? Leur nom doit-il être communiqué à la population ? Leur vote doit il être anonyme ?
- De quelle durée doit être le mandat d’une telle assemblée ? – un mandat trop long risque de réintroduire la négociation et le lobbying tandis qu’un mandat trop court ne laissera pas aux parlementaires le temps nécessaire pour acquérir une expertise sur les sujets sur lesquels ils seront amenés à se prononcer.
- Faut-il tirer au sort un unique parlement se prononçant sur tout type de questions ou une assemblée par domaine traité voire par proposition de loi.
Je vais vous laisser méditer sur cette longue liste de question sans y apporter de réponse pour l’instant même si bien sûr j’ai mon avis, et conclurai en affirmant que si le tirage sort présente un certain nombre d’avantages non négligeables, les modalités de sa mise en laissent apparaîtrais des dangers potentiels comparables à ceux de la sélection classique des représentants par le vote.
Après cette réponse de normand :
Si vous voulez en savoir plus je vous recommande le cours de Jon Elster sur les décisions collectives qui évoque le sujet.
Vous pouvez aussi regarder les vidéos d’Etienne Chouard qui contiennent des éléments intéressants mais aussi des affirmations gratuites.
Enfin je vous conseille tout particulièrement une note d’une trentaine de pages de Gil Delannoi, un chercheur du Centre de recherches politiques de Sciences Po, pour Fondapol et s’intitulant : le retour du tirage au sort en politique.

Pour la première émission sur notre 
























Derniers commentaires