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Si l’on observe les sociétés humaines qui peuplent la planète à l’heure actuelle, on observe de grandes différences en termes de richesse et de développement humain : certaines sociétés sont complètement alphabétisées, d’autres moins, certaines utilisent des technologies de pointe, d’autres sont principalement agricoles, et quelques rares groupes humains subsistent de la chasse, de la cueillette et du troc.

Actuellement, les populations eurasiennes dominent le monde de leur richesse et de leur puissance. Les peuples anciennement colonisés se sont défaits de leur domination mais restent encore loin de cette richesse et de cette puissance.

Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi toutes les sociétés humaines n’ont pas évolué de la même manière et ne disposaient pas, à un instant T, des mêmes outils ou de la même organisation sociale ? Pourquoi certaines sociétés ont pu tirer leur épingle du jeu mieux que d’autres ? Est-ce le résultat de choix délibérés ou est-ce parce que certains sont mieux « dotés » que d’autres ?

Un exemple de collision civilisationnelle : la rencontre entre  Atahualpa et Pizarro

Pour entrer dans le vif du sujet, voici un épisode historique qui illustre la rencontre de deux sociétés ayant évolué séparément pendant des millénaires et le gouffre qui les sépare.

Atahualpa (Wikipédia)

Atahualpa (Wikipédia)

Francisco Pizarro (Wikipédia)

Francisco Pizarro (Wikipédia)

Cet épisode se déroule le 16 novembre 1532. Ce jour-là a lieu la rencontre entre l’empereur inca Atahualpa, monarque absolu de l’empire le plus vaste et le plus avancé du nouveau monde, et le conquistador espagnol Francisco Pizarro, représentant de Charles Quint, monarque du plus puissant Etat d’Europe.

Pizarro est à la tête de 168 soldats terrorisés et complètement isolés, à 1600 km des renforts les plus proches, sur une terre inconnue. Atahualpa est chez lui, à la tête d’un empire de plusieurs millions de sujets, entouré d’une armée de 80 000 soldats.

Malgré des troupes 500 fois plus nombreuses, quelques minutes à peine après la rencontre, l’empereur Atahualpa est fait prisonnier.

Plus incroyable encore, les Incas ne se rebellent pas et acceptent de se faire extorquer la plus forte rançon de l’histoire en échange de sa libération : on parle de 6 tonnes d’or et de 12 tonnes d’argent, qu’ils mettront 8 mois à rassembler.

Une fois la rançon empochée, Pizarro ne tient pas sa promesse de libération de l’empereur et il exécute Atahualpa– qui obtient pour ultime privilège de mourir étranglé plutôt que brûlé vif puisqu’il a accepté de se convertir au christianisme.

Cet événement est intéressant parce que les facteurs qui ont permis la capture d’Atahualpa sont fondamentalement les mêmes qui, à de nombreuses reprises, déterminèrent l’issue de collisions semblables entre colons et indigènes.

L’événement de la capture d’Atahualpa amène à se poser plusieurs questions :

Pourquoi est-ce que ce n’est pas Atahualpa qui est venu en Espagne capturer Charles Quint ?

L’intuition pousse immédiatement à penser à l’avantage technologique des Européens : la technologie maritime nécessaire pour atteindre le continent américain, des armes puissantes et la connaissance des récits des voyages de Christophe Colomb.

Pourquoi Atahualpa s’est-il laissé berner aussi facilement ?

Atahualpa était très mal renseigné sur les Espagnols, sur leur force militaire et leurs intentions. La connaissance de l’écriture était confiée à de très petites élites et il semble qu’Atahualpa n’ait pas été au courant de l’existence des Espagnols avant l’arrivée de Pizarro, alors même que Christophe Colomb avait débarqué 40 ans auparavant.

Atahualpa n’avait aucune expérience ni récit d’envahisseurs d’outre-mer là où Pizarro, bien qu’illettré lui-même, appartenait à une civilisation lettrée qui lui avait légué un immense héritage de connaissances sur l’histoire et les comportements humains.

A nos yeux, il paraît  assez naïf en pensant être libéré après le paiement d’une rançon. Mais si on se met quelques instants à sa place au moment de sa rencontre avec les étrangers, le scénario de la prise d’otages apparaît beaucoup plus vraisemblable que celui de la conquête permanente de tout un continent.

Il y a donc un gouffre entre Pizarro et Atahualpa du point de vue des informations à leur disposition, mais également un gouffre sur le plan de l’armement:

D’un côté on a des gourdins, des haches et des lance-pierres, de l’autre des épées en métal, des fusils et des chevaux.

Ce ne sont pas vraiment les fusils qui ont fait la différence puisque Pizarro en possédait à peine une douzaine, des arquebuses, difficiles à charger et à manipuler. Les fusils ont donc surtout servi à instaurer une terreur psychologique. La vraie différence joue plutôt sur les chevaux et les armes blanches tranchantes et les armures d’acier face aux armes des Indiens qui permettaient rarement de donner la mort. Les chevaux procurent un avantage considérable puisqu’ils permettent de se déplacer rapidement, en rattrapant éventuellement les sentinelles qui pourraient donner l’alerte, et d’avoir une position surélevée et protectrice pendant le combat.

La disparité technologique est si grande que les seuls indigènes qui ont réussi à résister à l’envahisseur sont ceux qui ont appris à se servir des fusils et à monter à cheval, comme les Sioux et les Indiens des Plaines.

Les épisodes similaires à la capture d’Atahualpa se suivent et se ressemblent dans les récits de bataille de Pizarro contre les Incas ou de Cortès contre les Aztèques : à chaque fois, il y a des milliers de morts côté indigènes, et aucun du côté des colons.

Cela dit, l’immense majorité des Indiens n’a pas péri par les armes mais par les maladies infectieuses apportées par les colons. L’épidémie de petite vérole a également eu un effet inattendu mais que Pizarro avait perçu en déclenchant une guerre de succession : le précédent empereur avait été terrassé et Atahualpa était aux prises avec une guerre civile qui laissait les Incas divisés et vulnérables.

On commence à mieux cerner les facteurs de supériorité des Espagnols : les technologies, les chevaux, l’écriture (apparue notamment chez les Zapotèques et les Mayas mais limitée à un système de comptabilité, le quipu, chez les Incas) et des germes très puissants.

Jared Diamond, professeur à l’université de Los Angeles, et auteur de l’ouvrage “De l’inégalité parmi les sociétés” qui lui a valu le prix Pulitzer à sa sortie en 1998, est allé plus loin dans cette analyse en s’interrogeant sur les facteurs ayant conduit à ce que certaines sociétés, comme la civilisation inca, soient mieux dotées en termes de technologie et de germes à transmettre.

Sur la ligne de départ

Pour répondre à ces questions, remettons les compteurs à zéro : vers 11 000 avant notre ère, c’est la fin du dernier âge glaciaire, tous les peuples du monde disposaient des mêmes outils et vivaient de la chasse et de la cueillette.

11 000 ans avant notre ère, l’humain est sorti d’Afrique, son berceau originel. Il est présent sur l’ensemble des continents, y compris en Amérique où il est arrivé à pied par le détroit de Béring.

Si l’on se replace sur cette ligne de départ imaginaire d’une course à la richesse et à la puissance, est-il possible de prédire le classement de l’avenir des participants ?

Assurément, le départ en tête n’est pas l’élément déterminant puisque l’Afrique, avec ses cinq millions d’années d’existence protohumaine, aurait dû partir avec un avantage considérable…

Pour Jared Diamond, la situation internationale actuelle est le résultat de processus entamés à cette période. Selon lui, les facteurs de succès sont avant tout les facteurs géographiques et biogéographiques qui conditionnent notamment l’apparition de l’agriculture dans une région donnée.

L’apparition de l’agriculture serait donc la clé du succès puisque la domestication des plantes et des animaux est synonyme d’accroissement des calories disponibles et des populations humaines. Et ce seraient les excédents alimentaires et la possibilité de transporter ces excédents qui auraient permis l’essor de sociétés sédentaires, politiquement centralisées, socialement stratifiées, économiquement complexes et technologiquement novatrices.

Une apparition de la production alimentaire déterminée par une dotation régionale inégale en plantes et en animaux domesticables

L’agriculture est née de la sélection des espèces de la biomasse disponible, dont l’immense majorité n’est pas comestible : à l’époque moderne, sur les dizaines de milliers d’espèces de plantes sauvages disponibles, une douzaine d’espèces seulement représente 80 % des espèces cultivées sur la planète (blé, riz,soja, banane…).

La domestication des plantes et des animaux

Mis à part quelques baies, comme les fraises des bois, les espèces sauvages sont radicalement différentes de leur version domestiquées.

Pour effectuer cette transformation, il a fallu faire évoluer ces plantes pour les rendre utiles à l’homme, en accentuant les caractéristiques recherchées (taille, goût, graines, fibres…) mais également maîtriser leur reproduction.

Mis à part les plantes qui se reproduisent de manière végétatives, comme les tubercules, l’immense majorité des plantes sont :

  • soit des hermaphrodites auto-incompatibles, c’est-à-dire incapables de s’autoféconder et qui doivent donc se mêler à d’autres hermaphrodites pour pouvoir se reproduire ;
  • soit des individus dioïques, c’est-à-dire strictement mono-sexués mâle ou femelle, qui se reproduisent avec des individus du sexe opposé et génétiquement différents d’eux.
l'intérieur peu appétissant d'une banane sauvage (Wikipédia)

L’intérieur peu appétissant d’une banane sauvage (Wikipédia)

Dans le premier cas, l’intervention de l’homme a consisté à sélectionner des variétés mutantes de plantes qui développaient des fruits sans même avoir été pollinisés (c’est le cas des bananes, du raisin et des oranges).

Dans le deuxième cas à sélectionner des hermaphrodites mutants ayant perdu leur auto-incompatibilité et donc capables de s’autoféconder, donnant par la même naissance à un nouvel individu strictement identique.

En ce qui concerne la domestication des animaux, on en voit tout-de-suite l’intérêt : ils peuvent servir à faire de la viande, du cuir, des produits laitiers, des œufs, mais également servir comme moyen de transport voire véhicule d’assaut militaire.

Il faut distinguer le simple domptage, comme pour l’éléphant capturé, de la domestication, qui implique un élevage et une sélection par l’être humain, qui contrôle son alimentation et sa reproduction.

Pour les animaux, comme pour les plantes, le nombre de candidats à la domestication est très restreint et les animaux domestiqués ont largement divergé de leur ancêtre sauvage : en général ils ont des cerveaux moins lourds et des sens moins aiguisés que leur ancêtre sauvage.

A première vue, ce ne sont pas les animaux qui manquent sur la planète, et pourtant seule une infime partie d’entre eux a été domestiquée. Les gros mammifères domestiqués sont un nombre très restreint, ils se limitent – en caricaturant-  au cheval, à la chèvre, au mouton, au cochon et à la vache (domestiqués il  entre – 8000 et – 6000).

Domestication_Egypte_Ancienne_Wikipedia

La domestication était déjà une tradition courante dans l’Egypte Ancienne (image Wikipedia)

De quoi dépend la domestication d’un animal ?

  • il faut que l’animal ait un régime alimentaire pas trop compliqué et assez rentable : pour faire 450 kilos de vache il faut 4500 kilos d’aliments, le rendement est donc de 10% ; par comparaison l’élevage de pandas géants est d’office éliminé puisque cet animal d’une centaine de kilos mange près de 20 kilos de bambou par jour ;
  • il faut que l’animal ait un rythme de croissance rapide, ce qui explique qu’on continue largement à capturer les éléphants qui mettent 15 ans à atteindre l’âge adulte plutôt que de les élever ;
  • il faut que l’animal se reproduise facilement en captivité, ce qui est encore très difficile pour de nombreuses espèces, d’autant plus que les mâles supportent rarement la proximité les uns des autres ;
  • il ne faut pas que l’animal soit trop dangereux pour l’homme – et là on abandonne rapidement tous les projets d’élevage de grizzlis ou d’hippopotames ;
  • Enfin, il est beaucoup plus facile de domestiquer les animaux ayant tendance à chercher la sécurité au sein d’un troupeau, qui supportent bien le fait d’être parqués, et qui respectent une hiérarchie qu’ils reportent en captivité sur l’homme au lieu de suivre le mâle ou la femelle dominante. C’est le cas de la majorité des animaux qui ont étés domestiqués.

 

carte de la  domestication animale

carte de la domestication animale de -10’000 au XIXe s environ
(source: museum.agropolis.fr )

Un exemple d’échec de tentative de domestication

Toutes les tentatives de domestication des gazelles, programmées pour fuir au moindre danger, ont échoué : dans un enclos, l’animal tente de fuir à 80 km/h en faisant des bonds de plusieurs mètres de haut – donc soit les gazelles réussissent leur fuite, soit elles s’assomment jusqu’à se donner la mort…

Répartition géographique des candidats à la domestication 

La base du régime alimentaire humain est constituée de céréales (qui constituent toujours plus de la moitié des calories ingurgitées dans le monde) et de légumes à gousse, comme les lentilles ou le soja, qui viennent compenser le déficit en protéines des céréales.

Leur répartition est très inégale :

Selon le botaniste Mark Blumler, parmi les variétés d’herbacées à grosses graines, autrement dit les céréales, 60 % des espèces se trouvaient dans le croissant fertile, 20 % dans les Amériques et 3 % en Australie.

La région du croissant fertile, actuel proche Orient, où sont apparues les premières traces de domestication autour de –8500 avant notre ère présente indéniablement de gros avantages : sont déjà présentes à l’état sauvage 3 céréales (dont le blé et l’orge) et 4 légumes à gousse (pois) et 4 des animaux les plus utiles à l’homme qui ont été domestiqués rapidement : la chèvre, le mouton, la vache, le cochon.

Il faut dire que les importantes variations de températures du climat méditerranéen sélectionnent les plantes annuelles qui produisent de grosses graines pour pouvoir survivre sous forme de graines à la saison sèche et croître rapidement au retour des pluies. Cette inhibition de la germination facilite également le stockage des graines : il suffit de les garder au sec.

En plus le croissant fertile comptait des espèces de céréales  déjà très productives à l’état sauvage, nécessitant peu de modifications pour être domestiquées. Pour le blé par exemple, il a suffit d’une modification sur un gène, celui qui faisait tomber les grains une fois mûres afin qu’ils attendent sur pied d’être récoltés.

Enfin, le croissant fertile compte une proportion très élevée de plantes hermaphrodites capables de se féconder elles-mêmes ou d’être hybridées avec une autre espèce

la téosinte (à gauche), l'ancêtre "naturel" du maïs (à droite)

la téosinte (à gauche), l’ancêtre “naturel” du maïs (à droite), image piquée sur ssaft.com

En Amérique, pas de blé ou d’orge : le maïs est la principale culture céréalière. A l’état sauvage, l’ancêtre du maïs, la téosinte, quelques centimètres de long et était littéralement immangeable. Par opposition aux vertus immédiates du blé, l’ancêtre du maïs a dû subir de nombreuses modifications génétiques, y compris dans sa biologie reproductrice. Selon les biologistes, cette transformation a pris plusieurs milliers d’années.

Du côté des animaux, il y n’y a aucune espèce susceptible d’être domestiquée en Amérique du nord, à l’exception du dindon qui a effectivement été domestiqué, et seulement un : le guanaco, qui a donné naissance au lama et à l’Alpaga en Amérique du sud.

Les siècles nécessaires à la transformation génétique du maïs, principale céréale et le faible nombre d’animaux domesticables constituent les raisons pour lesquelles l’agriculture n’a pendant longtemps constitué qu’un complément mineur en Amérique. Elle n’a véritablement commencé que vers –3000 avant notre ère, soit 5000 ans après avoir commencé dans le croissant fertile.

En Nouvelle-Guinée, la seule céréale disponible était la canne à sucre et il n’y a à l’état sauvage ni de légume à gousse, ni aucun animal domesticable. Ce n’est donc pas par manque de connaissance mais par manque de « matériel biologique » que les populations vivant en Nouvelle-Guinée, n’ont pas développé l’agriculture, d’autant plus que ces peuples sont de véritables encyclopédies de la faune et de la flore.

L’effet “boule de neige”

L’agriculture se cumule avec d’autres facteurs de puissance :

Le don fatal du bétail

Les peuples qui entretiennent une relation intime avec le bétail, en buvant leur lait, en dormant à proximité, en manipulant leurs excréments pour faire de l’engrais attrapent des maladies infectieuses qui leurs sont transmises par les animaux. On peut citer la variole, la grippe, la tuberculose, la rougeole ou la peste…

Les microbes sont, comme les autres espèces, le fruit de la sélection naturelle. Le but d’un germe est sa propre survie et son succès se mesure par sa capacité à se reproduire et à se propager, mesurable entre autres par le nombres de victimes contaminées par malade et par son efficacité à se propager.

Dans les sociétés denses et sédentaires, les germes mutent car ils n’ont plus besoin de transiter par la terre ou les animaux sauvages comme ils le font pour atteindre les populations humaines isolées. Ils mutent en de véritables épidémies, des maladies de masse propres à l’homme.

Ainsi, les Espagnols, lorsqu’ils débarquent en Amérique, apportent des germes surpuissants face auxquels le système immunitaire et génétique des Indiens est complètement dépourvu puisque les Indiens n’ont commencé à vivre dans des sociétés denses que tardivement et n’ont pas la même proximité avec les animaux. Au final, dans les 100 ou 200 ans qui suivent l’arrivée de Christophe Colomb, le continent américain se vide de 95% de sa population (le Mexique par exemple voit sa population passer de 20 à 1,5 millions d’habitants).

Attention, les Eurasiens sont loin d’être invincibles et la colonisation de l’Asie du sud et de l’Afrique subsaharienne s’est heurtée à des maladies tropicales, ce qui explique notamment que le partage de l’Afrique a eu lieu 4 siècles après celui de l’Amérique.

L’écriture

L’écriture est une des clés du pouvoir dans la mesure où elle permet de transmettre le savoir de manière précise et détaillée depuis des terres lointaines et des temps reculés.

Elle était absente de l’Australie, les îles du Pacifique, de l’Afrique subéquatoriale et du Nouveau monde – exception faite d’une partie de la Mésoamérique. L’écriture seule ne permet pas toujours d’avoir le dessus : les Romains l’ont appris face aux Huns.

Rares sont les peuples qui ont totalement inventé l’écriture, la plupart des peuples ayant procédé par emprunt et adaptation.

On peut citer les Sumériens, en Mésopotamie, 3000 ans avant notre ère (écriture cunéiforme) et les Indiens du Mexique, 600 ans avant notre ère (signes syllabiques dérivés d’images représentant des mots commençant par la syllabe représentée).

On peut voir dans l’invention de l’écriture une origine agricole car elle est intimement liée aux besoins de gestion des stocks, des échanges et du prélèvement des impôts. Ainsi, 90 % des tablettes des sumériens sont des registres comptables.

La technologie

Du côté de la technologie, les découvertes naissent partout, les inventions complexes se développent par tâtonnement et cumul de bonnes idées plutôt que par des actes géniaux isolés.

De nombreuses inventions complexes ne sont nées qu’une seules fois et ont été acquises par emprunt puis améliorées. Ainsi, la roue, dont l’apparition attestée pour le première fois vers 3400 av notre ère près de la mer noire s’est rapidement diffusée dans toute l’Europe et l’Asie depuis son unique site d’invention et selon un unique modèle. Les nouvelles technologies se diffusent par le commerce, l’immigration, l’espionnage à l’occasion et la guerre.

En outre, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas la nécessité qui les fait naître, la technologie trouve en réalité ses débouchés après invention plutôt que l’inverse :

Ce n’est qu’après avoir observé que des résidus de sables et de calcium brûlés donnaient une substance vitreuse qu’a vraisemblablement été inventé le verre, tout comme l’usage de l’essence n’a été trouvé qu’après l’avoir considéré comme un déchet des lampes à pétrole pendant des siècles car trop volatile.
L’avantage de l’Eurasie tient notamment  au nombre d’inventeurs potentiels qu’elle abrite et aux dimensions de son territoire, qui n’oppose pas de barrières à la circulation des technologies.Ainsi l’Islam médiéval, au centre de l’Eurasie, a bénéficié des inventions de l’Inde et de la Chine tout en héritant des savoirs de la Grèce Antique.

Cet avantage est accru par l’agriculture qui nourrit plus d’inventeurs potentiels et autorise une partie de la société à se spécialiser dans l’artisanat et la science. De plus, avec la sédentarisation, on peut accumuler des biens non transportables, qui autorisent des inventions, comme le métier à tisser, inaccessibles aux peuples nomades.

L’Etat

Enfin, l’agriculture influence également le mode d’organisation humaine. L’Etat apparaît autour de – 3700 en Mésopotamie et autour de – 300 en Mésoamérique.

Avec l’agriculture naît en effet une notion qui va faire basculer les choses, la notion de propriété. Propriété des meilleurs terres, propriété des biens produits. Si l’on ajoute à cela l’augmentation de la densité de population, cela fait de nombreuses sources de conflit possible.

Une manière de régler ce problème a été de donner le monopole du droit d’employer la force à une autorité, l’Etat, qui devient centralisée et permanente, qui prend les décisions importantes, détient des informations importantes et se dote de lois afin de régler les conflits de manière pacifique.

Et les Etats constitués triomphent systématiquement des entités plus simples, comme les chefferies ou le tribus : ils concentrent les ressources, un avantage technologique et démographique et un mode de commandement centralisé qui permet de concentrer les troupes et les ressources sur un objectif unique.

Ajoutez à cela la force du patriotisme et des religions officielles qui encouragent les hommes à se battre jusqu’à la mort pour écraser le rival ou l’infidèle – il s’agit là d’une rupture radicale dans l’histoire de l’humanité – cela fait des adversaires assez redoutables.

Conclusion

En conclusion, et pour garder l’image d’une course à la richesse et à la puissance, on voit bien que les concurrents présents sur la ligne de départ étaient dotés d’outils bien inégaux pour se développer.

Jared Diamond a opéré un tour de force énorme en proposant une explication de l’histoire de l’humanité en un seul volume.

« De l’intégalité parmi les sociétés » est donc un livre utile, non seulement parce qu’il montre que ce sont des facteurs géographiques et biologiques qui ont conditionné le développement du monde, mais surtout parce qu’il réfute efficacement toute tentative d’explication raciste ou religieuse et toute idée d’une supériorité intellectuelle ou morale de l’homme blanc.

A lire, à regarder :

Enfin, une vidéo d’une conférence TED de Jared Diamond, sur l’effondrement des civilisations:

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Pourquoi certains peuples s’en sortent mieux que d’autres ?, 4.6 out of 5 based on 11 ratings