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Bienvenue sur cette page du “balado qui fait aimer la science“. He oui, nous avons désormais une tagline. On va essayer de s’y tenir :)

Le dossier de la semaine

Une fois n’est pas coutume, nous parlons sciences économiques dans ce numéro, et un Mathieu presque convaincu tente de convaincre un Alan très sceptique de la scientificité de la discipline… Dans tous les cas, on apprend plein plein de choses grâce au dossier  de Mathieu: le keynésianisme contre le néolibéralisme

 

Retour sur l’émission précédente

Mathieu n’étant pas là, il n’avait pas pu poser à André Kuhn la question qui lui brûlait les lèvres. André Kuhn étant extrêmement sympa même s’il est extrêmement occupé, il a eu la gentillesse d’y répondre par mail. Voici l’échange:

La question de Mathieu

Des recherches ont constaté que les souvenirs étaient beaucoup plus fragiles et malléables que ce que l’on pensait.

  • On a remarqué par exemple que la façon dont on pose une question sur le passé d’un individu pouvait modifier le souvenir de l’expérience que raconte cet individu.
  • La psychologue Elisabeth Loftus, chercheuse en science cognitive à l’Université de Californie-Irvine, a effectué des recherches sur les fonctions basiques de la mémoire humaine, et comment le cerveau classe et se rappelle l’information:
  • Elle a mis en évidence que sur des témoins oculaires lors de procès (judiciaires), lorsque ceux-ci se retrouvent face à une situation de stress émotionnel, ils peuvent arriver à s’imaginer des expériences qui s’inscrivent dans leur mémoire comme si elles avaient réellement eu lieu.
  • Dans plus de 250 cas de prisonniers libérés grâce à une analyse ADN qui a démontré leur innocence, on a constaté que la plus grande partie avaient été initialement accusés par des déclarations de “mémoire fausse” de la part de témoins oculaires.
  • Elisabeth Loftus va encore plus loin, car selon ses travaux, des abus, des expérience traumatisantes, et beaucoup des souvenirs revécus lors des sessions de psychothérapie peuvent ne pas correspondre à des souvenirs que l’on avait réprimés ou oubliés, sinon qu’ils auraient pu avoir été implantés à postériori ou même induit par le thérapeute.
  • La Dr. Loftus a participé à plus de 200 procès, et non sans controverse certains témoins oculaires ont été rejetés lorsqu’elle a suspecté une mémoire ‘implantée’…
La réponse d’André Khun

Il va de soi que les recherches sur la mémoire intéressent tout particulièrement les criminologues qui s’intéressent au témoignage, ainsi que ceux qui traitent de l’effet de l’ordre d’apparition des témoins au procès sur le verdict du juge.Pour ce qui est du premier élément, il est bien connu des autorités de poursuite pénale que non seulement trois témoignages sur un même accident de circulation ne concordent pas toujours, mais qu’ils font parfois même penser que les témoins en question ont vu trois accidents très différents… C’est ainsi que, comme tout moyen de preuve, un témoignage ne peut être qu’un indice et que l’intime conviction du juge ne se construira que sur la base d’un faisceau d’indices confinant à la certitude. En d’autres termes, ni le témoignage d’une seule personne, ni une concordance d’ADN entre une trace trouvée sur les lieux d’un crime et une personne ne permettent à eux seuls de condamner un individu. Il sera toujours nécessaire d’avoir plusieurs indices qui convergent vers le même suspect pour être en mesure d’en faire un coupable.Pour ce qui est de l’effet d’ordre, des études ont en effet montré que des effets de primauté (= le premier témoignage est plus fortement ancré dans la mémoire du juge que les autres) et de récence (= le dernier témoignage est celui dont on se souvient le mieux et qui influence donc le plus le verdict) existent. C’est ainsi que pour éviter les erreurs judiciaires, il serait judicieux de laisser au prévenu (et non au juge ou au procureur) le choix de l’ordre d’apparition des témoignages devant le tribunal.

 

Autres petites news: la tagline et les prochains sujets

  • vote des poditeurs sur la tagline lors de la sortie au CERN :
    • 1. Le balado qui fait aimer la science (18 votes)
    • 2. S’amuser à comprendre (17 votes)
    • 3. Simple comme une soupe (14)
    • 4. On en apprend tous les jours (13)
    • 5. Pour décortiquer le monde (11)
    • 6. Vous allez aimer la science (9)
    • 7. La science facile (8)
    • 8. Le podcast scientifique sans prise de tête (6)
    • 9ex. Le podcast scientifique relax et accessible (5)
    • 9ex. On a toujours un truc à apprendre (5)
    • 9ex. La science pour les nuls (5)
    • 10. Pour comprendre facilement (4)
    • 11. Démystifions la science (2)
    • 12. Le podcast scientifique à la fresh
  • sujets plébiscités par les poditeurs:
    • 1. La prosopagnosie (23 votes) (Alan s’en occupe dans 2-3 semaines)
    • 2. Le langage chez l’humain (21 votes) (Mathieu s’y attèle dès que possible)
    • 3. La musique: pourquoi les ordinateurs n’arrivent pas à reproduire le groove (Lia abordera la question dans son sujet sur la science de la musique la semaine prochaine) (16)
    • 4. Stratégies et procédures gouvernementales si des aliens étaient vraiment découverts (12)
    • 5ex. Les taches solaires (11)
    • 5ex. Exobiologie et exoplanètes (11)
    • 6ex. Le transhumanisme (9)
    • 6ex. Intelligence artificielle et domotique, la place de l’humain? (9)
    • 7ex. L’empathie (7)
    • 7ex. L’influence du sport sur la croissance (7)
    • 8. La graisse brune (6)
    • 9. Le sommeil et l’importance des heures avant minuit (5)
    • 10. L’importance des mathématiques en informatique (4)

Le petit plug de la semaine…

… Pour nos amis de Niptech, initiateurs du concept et du nom de la quote de la semaine (ça faisait trop longtemps)… Bientôt la 100e! http://www.niptech.com/

 La quote de Mathieu de la semaine

Mesure ce qui est mesurable et rend mesurable ce qui ne l’est pas – Galilée

On va essayer ;)

Bonne semaine!

Prochain enregistrement le jeudi 11 août 2011 avec Lia Rosso 

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Parler d’économie dans podcastscience peut surprendre, surtout pour tous les amateurs de sciences dures. Néanmoins l’économie s’inscrit dans le cadre des sciences humaines, un domaine des sciences que nous avons déjà abordé à quelques occasions dans ce podcast. L’idée m’est venue de revenir sur les thèses fondamentales de l’économie suite au visonnage d’une série de vidéos passionnantes et réellement inspirantes du professeur espagnol Julián Pavón de l’Université Polytechnique de Madrid. Ces vidéos dont je me suis amplement insiprées pour rédiger ce dossier reviennent sur les principes fondateurs de la macroéconomie qui ont été appliqués dans notre histoire récente du XXème siècle et dans la première décennie du XXIème siècle. Elles nous aident à mieux comprendre quels sont les fondamentaux qui nous ont amené à la situation de crise actuelle et à envisager quels sont les enjeux économiques avenirs.

Le keynésianisme et la demande agrégée

Keynes

Le keynésianisme est une école de pensée économique fondée par l’économiste britannique John Maynard Keynes (5 juin 1883 – 21 avril 1946). Pour les keynésiens, les marchés laissés à eux-mêmes ne conduisent pas forcément à l’optimum économique. En outre, l’État aurait un rôle à jouer dans le domaine économique notamment dans le cadre de politique de relance. Keynes est reconnu comme le fondateur de la macroéconomie moderne.

Un des principe fondamentaux sur lequel repose la politique économique keynésienne est la demande agrégée (notée  Y \ ) qui représente la demande totale dans une économie. Elle est composée 4 paramètres :

 Yd = C + I + G + NX \

  •  C \  est la consommation des ménages (demande des biens de consommation des familles)
  •  I \  est l’investissement (demande des biens d’investissement de la part des entreprises)
  •  G \  représente les dépenses des Administrations publiques (demande du secteur public)
  •  NX = X - M \  est le solde commercial (demande des marchés internationaux)
  •  X \  : exportation
  •  M \  : importation

Pour simplifier et mieux comprendre la demande agrégée, nous allons la noter de la manière suivante:

Demande agrégée = Consommation des ménages + Investissement + Dépenses des Administrations publiques + Solde commercial

Selon Keynes, la variable fondamentale qui dynamise l’activité économique est la demande agrégée. Et à travers cette formule toute simple, il propose de combattre les deux problèmes fondamentaux de toute économie:

  1. Le chômage.
  2. L’inflation.

Pour Keynes, le chômage est le produit d’un manque de demande agrégée, et pour le combattre il suffit donc d’augmenter la demande agrégée en agissant sur les termes de l’équation:

  • Stimuler la consommation en baissant les impôts et les taxes pour que les familles aient plus d’argent pour consommer.
  • Baisser les taux d’intérêt, c’est-à-dire le prix de l’argent, pour que les entrepreneurs puissent investir plus.
  • Augementer les dépenses publiques au-travers du budget de l’Etat, afin de créer de nouveaux services publics (écoles, hôpitaux…).
  • Favoriser les exportations en baissant le taux de change de la monnaie.
Pour combattre l‘inflation dont l’augmentation des prix est dûe à une demande excessive, il faut appliquer une politique inverse à celle appliquée pour combattre le chômage, il faut donc tenter de contrôler et réduire la demande agrégée:
  • Baisser la consommation des ménages en augmentant les impôts.
  • Diminuer l’investissement en augmentant les taux d’intérêt.
  • Diminuer les dépenses publiques de la part des Administrations.
  • Promouvoir une augmentation du taux de change de la monnaie.
On voit bien que pour Keynes, chômage et inflation ne peuvent pas coexister !! En effet, si le chômage est dû à un manque de demande, alors les prix ont tendance à baisser, donc pour Keynes le chômage est directement lié à une déflation. Et s’il y a inflation et donc excès de demande, l’excès de demande tire l’offre globale vers le haut, et plus d’offre a donc tendance à réduire le chômage.

Le choc pétrolier et l’inflation des coûts

Pétrole

Cette recette keynésienne a fonctionner parfaitement de 1945 jusqu’à 1973. Et que s’est-il passé en 1973? Le choc pétrolier ! Et dans la crise pétrolière des années 1970, pour la première fois dans l’histoire économique moderne vont coexister chômage et inflation. Situation que n’avait pas prévue Keynes. Et comment est-ce possible que coexistent chômage et inflation? Simplement parce que l’inflation qui apparaît en 1973, n’est pas une inflation dûe à une demande agrégée excessive, mais une inflation dûe au coûts.

Les prix montent parce que le prix de l’énergie et du pétrole montent, le prix du baril est passé de $2 à $35. Donc malgré un manque de demande et un contexte de crise économique et donc de chômage, les prix ont continué de monter amenant l’inflation à coexister avec le chômage. L’inflation de demande s’est transformée en une inflation des coûts et Keynes ne donne pas de réponse sur comment combattre une inflation des coûts.

La transition vers une politique économique néolibérale

Les politiques keynésiennes sont alors remplacées par des politiques néolibérales, théorisées principalement par Milton Friedman, qui considèrent que le budget public de l’Etat doit être neutre, les dépenses publiques doivent être équilibrées par les revenus de l’Etat, et qu’il faut uniquement agir sur les taux d’intérêt pour contrôler l’économie. De plus, ces politiques libérales préconisent que l’accent doit être mis sur le microéconomie et non plus sur la macroéconomie comme le préconisait Keynes.

S’il faut combattre l’inflation des coûts, ces coûts peuvent seulement être combattus au niveau microéconomique, c’est-à-dire au niveau des sociétés et des entreprises, en combattant l’augmentation des coûts salariaux et des coûts de production au moyen de l’innovation, d’une meilleure productivité, d’une meilleure compétitivité, d’une meilleure qualité, etc…

Keynes vs Hayek

keynes vs hayek

On voit que deux écoles de pensée ont surgies dans les pays démocratiques organisés autour d’une économie de marché:

Keynes propose une politique économique basée sur les principes suivants:
  • un Etat interventionniste en terme économique.
  • des marchés très régulés.
  • une politique fiscale active de dépenses publiques.
  • une politique économique à court terme.
  • une orientation vers la macroéconomie (régulation de la demande globale).
  • L’élément dynamisant d’une économie est la capacité de l’Etat à effectuer des dépenses publiques.
Friedrich Hayek (8 mai 1899, Vienne – 23 mars 1992, Fribourg) est un économiste de l’École autrichienne, promoteur du néolibéralisme. Il postule le contraire de Keynes:
  • une intervention minimume de l’Etat.
  • des marchés peu régulés.
  • un équilibre budgétaire à outrance.
  • une politique économique à long terme.
  • une orientation vers la microéconomie (l’application de politiques de compétivité).
  • L’élément dynamisant d’une économie est l’entrepreneur et l’innovation.

Du point de vue historique, les keynésianistes ont eu leur époque dorée jusqu’à la crise prétrolière et monétaire des années 1970. A partir de cette époque, les politiques économiques keynésiennes ont été alors mises de côté suite à la crise des années 1970, et le néolibéralisme prend le relais avec l’élection de Ronald Reagan aux USA et Maragret Thatcher en Grande-Bretagne qui inauguent l’âge d’or des politiques néolibérales à partir des années 1980 jusqu’en 2008.

La théorie du double déficit

Si un pays possède un déficit public très élevé, c’est-à-dire s’il dépense beaucoup plus que ce qu’il encaisse, alors le pays doit s’endetter pour que son déficit public soit couvert par une dette publique. Et lorsqu’un pays a un grand besoin d’émettre une dette publique pour couvrir son déficit, ce qu’il doit faire c’est d’élever les taux d’intérêt pour intérsser les investisseurs à souscrire à l’émission de la dette publique. Cette augmentation des taux d’intérêt attire naturellement une grande quantité d’investissements, et ces investissements vont automatiquement augmenter la demande de la monnaie d’émission de la dette, ce qui provoque à son tour une augmentation du taux de change de la monnaie en question, et la monnaie se révalue. La révaluation de la monnaie affecte alors les exportations (qui se renchérissent et diminuent) et les importations (qui deviennent meilleur marché et augmentent). Donc si les exportations diminuent et les importations augmentent, on génère un déficit commercial (balance commerciale des paiements). On voit alors qu’une augmentation du déficit public induit une augmentation du déficit commercial.

dollar faible

Le cas des Etats-Unis

Il faut savoir que Hayek (néolibéral) considère que l’origine d’une phase dépressive d’un cycle économique se produit lorsqu’il y a une période prolongée des taux d’intérêt très bas, ce qui provoque une augmentation considérable des investissements, qui peut engendrer un surinvestissement qui ne devient plus rentable, c’est-à dire un excès dans l’offre. Dans ce cas de figure, on voit des investisseurs comme des personnes, des familles et des entrepreneurs qui profitent du faible coût de l’argent, et qui s’endettent exagérément et qui au bout du compte ne sont plus capables de retourner les prêts accordés.

Si on prend on considération le cas des Etats-Unis, une période exagérément prolongée de faibles taux d’intérêt a provoqué une situation de surinvestissement, spécialement sur le marché immobilier dans lequel on a construit d’innombrables maisons qui n’ont pa pu être vendues. On a en parallèle aussi généré des hypothèques poubelles sous formes de crédits qu’on a vendus à des entreprises et familles qui n’ont pas pu les rembourser. Concrètement, les banques, qui ont été dérégulées selon la théorie néolibérale, ont prêté de l’argent exagérément d’une part aux promoteurs immobiliers et d’autre part aux familles pour qu’elles puissent acheter les maisons construites par les promoteurs immobiliers. Mais ces mêmes banques se sont endettées auprès d’autres banques pour continuer à prêter aux promoteurs et aux familles afin de profiter de ce contexte de bas taux d’intérêt.

Mais les Etats-Unis ont aussi un déficit public élevé situé entre le 5% et 10% du PIB, comment est-ce possible que les taux d’intérêt aient été si bas durant si longtemps aux Etats-Unis, contredisant ainsi la théorie du double déficit qui nous dit qu’un déficit élevé induit une augmentation des taux d’intérêt? Et bien la raison est simple et s’appelle la Chine

Le rôle de la Chine

Le grand débat économique de la deuxième partie du XXème siècle, après la deuxième guerre mondiale est celui qui confronte une organisation de la société basée sur les marchés contre celle qui organise la société sur une base de planification centrale.

Organisation de la société basée sur les marchés:

  • Pays: USA, Europe de l’Ouest, Japon.
  • Les marchés s’organisent autour de la démocratie.
Organisation de la société sur une base de planification centrale:
  • Pays: URSS, Chine.
  • La planification centrale s’organise autour de la dictature du prolétariat.

Ce que nous a montré l’histoire, c’est qu’une organisation économique autour des marchés est plus efficace qu’un organisation basée sur la planification centrale. Les marchés et le libéralisme économique ont gagné la bataille contre la planification centrale, et la démocratie la bataille contre le communisme.

A partir de la chute du mur de Berlin en 1989:

  • l’URSS se décompose et se transforme, pour le moins formellement, en une structure démocratique et accueille une économie de marché.
  • La Chine, par contre, maintient la dictature du prolétariat, mais adopte une économie de marché.
On se trouve alors dans le cas de la Chine dans une situation inédite, que n’avait prévue aucun économiste, une realité dans laquelle le marché ne s’appuient pas sur la démocratie, mais sur un système de parti unique chinois. Un système hybride entre économie de marché et dictature a donc émergé !!

Chine

On a vu que la période prolongée des bas taux d’intérêt aux Etats-Unis, alors que le pays était soumis à un déficit public élevé, allait clairement à l’encontre de la théorie du double déficit et des recommandations de Hayek pour éviter un cycle économique dépressif? Pourquoi donc a eu lieu cette période prolongée de taux d’intérêt bas? Pour le comprendre, il faut considérer que la Chine adopta une décision stratégique dans les années 1990, suite à la chute du mur de Berlin. Elle décida d’adopter une économie de marché et d’acheter de la dette des Etats-Unis. Les Etats-Unis ont alors pu vivre avec un haut déficit public sans avoir le besoin d’élever les taux d’intérêt (contrairement à ce que recommande la théorie du double déficit), car l’émission de sa dette était en permanence couverte par la Chine. Mais alors pouquoi les Chinois avaient-ils intérêt à ce que les taux d’intérêt américains ne montent pas? Les Chinois avaient intérêt à lier leur monnaie, le yuan, au dollar, car si le dollar est bas, le taux de change avec le yuan est aussi bas, ce qui favorise les exportations chinoises.

Le système hybride entre économie de marché et dictature permet donc à la Chine d’appliquer une politique économique basée sur deux composantes fondamentales:

  1. Le dumping social mis en place par le régime de parti unique qui permet d’appliquer des conditions de travail qui seraient inadmissibles dans les pays et marchés occidentaux, induisant des coûts du travail extrêmement bas.
  2. Un yuan dévalué connecté avec un dollar aussi dévalué pour attaquer les marchés étrangers, grâce à l’achat de dette américaine.

La Chine est, pour le mieux ou pour le pire, le grand événement politico-économique du XXIème siècle. La Chine est à l’origine de la crise économique, mais probablement aussi la solution apparente à celle-ci comme on va le voir.

La résurrection de Keynes

La crise financière de 2008 a dans un premier temps évolué vers un nouveau panormama économique dans lequel la situation du chômage en augmentation ne coexistait pas avec une situation inflationniste comme dans les années 1970 lors du choc pétrolier, mais avec une situation déflationniste. Le chômage coexistait, juste après la crise, à nouveau avec une baisse des prix. Néanmoins la déflation peut être très dangereuse, la baisse des prix correspond à une réduction de consommation, et si les prix baissent exagérément, en dessous des coûts de production, les sociétés font alors des pertes ce qui peut engendrer un risque économique majeur. Mais comme on l’a vu, Keynes a la réponse pour combattre simultanément ce scénario de chômage accompagné d’une déflation: stimuler la demande agrégée.

Demande agrégée = Consommation des ménages + Investissement + Dépenses des Administrations publiques + Solde commercial

La politique économique keynésienne à appliquer serait donc:

  • Baisser les impôts pour favoriser la consommation.
  • Baisser les taux d’intérêt pour stimuler les investissements.
  • Augmenter les dépenses publiques.
  • Diminuer le taux de change de la monnaie pour rendre plus compétitive les exportations.

La stagflation

Cependant en quelques mois la situation a à nouveau changé, l’augmentation des prix du pétrole, des matières premières et du prix des aliments amènent une augmentation des prix, donc une forte inflation, qui coexiste à nouveau avec un chômage élevé, c’est ce qu’on appelle la stagflation. Comme durant la crise pétrolière des années 1970, l’inflation n’est pas due à une demande excessive, mais plutôt à des coûts trop élevés. Faut-il donc prioriser le problème du chômage ou celui de l’inflation? Keynes ne donne pas de réponse, car selon sa théorie ces deux problèmes ne peuvent apparaître simultanément. Les néolibéraux préconisent que pour lutter contre l’inflation des coûts, il faut migrer du niveau macroéconomique keynésien vers le niveau microéconomique des entreprises qui est l’endroit où réellement se produisent les coûts. Et ils proposent donc d’agir directement au sein des entrepises, afin de pouvoir diminuer les coûts de production, réduire les salaires, diminuer les coûts énergétiques, diminuer les coûts financiers, augmenter la productivité via l’incorporation de nouvelles technologies, et augmenter la compétitivité grâce à l’innovation.

On voit se dessiner deux postures distinctes pour résoudre cette situation de stagflation:

  1. La posture des Etats-Unis.
  2. La position de l’Union Européenne.

La position des Etats-Unis

Les Etats-Unis ont deux problèmes majeurs:

  1. Un déficit public et une dette publique très élevée.
  2. Un chômage élevé oscillant autour des 9%, alors que habituellement le chômage américain se situe aux alentours de 5%.

Entre le problème de la dette et du chômage, les Etats-Unis optent pour donner priorité à la résolution du problème de chômage, entre autre parce qu’Obama sait que pour être réélu en 2012, le taux de chômage doit passer de 9% à moins de 7%. Et pour baisser le chômage, on sait depuis Keynes qu’il faut stimuler la demande globale. La position des Etats-Unis est donc typiquement keynésienne. Pour appliquer cette posture keynésienne, le Etats-Unis doivent donc baisser les impôts, maintenir les taux d’intérêt bas (au dessous de 1%), augmenter les dépenses publiques, et maintenir un dollar dévalué.

Mais Obama a été confronté à un problème pour augmenter les dépenses publiques, car le déficit public américain est déjà abyssal et les républicains, de tradition néolibérale, ont la majorité à la chambre des représentants, et ces derniers sont traditionnellement hostiles à l’augmentation des dépenses publiques. Obama a dû alors faire une concession et clarifier quelle dépense publique il désirait augmenter. Les dépenses publiques ont fondamentalement deux composantes:

  1. Les dépenses courantes (par exemple les salaires des fonctionnaires…).
  2. Les dépenses d’investissement public (comme par exemple l’amélioration des infrastructures publiques, les investissements énergétiques, les télécommunications, etc…).

Obama a dû se limiter à augmenter les dépenses d’investissement public et se compromettre à diminuer au maximum les dépenses courantes (diminuer le nombre de fonctionnaires, les salaires de ceux-ci, etc…). Mais les Etats-Unis peuvent dormir tranquillement, ils ont la Chine qui va continuer à acheter leur dette publique générée par l’augmentation du déficit et des dépenses publiques américaines. Car comme on l’a vu, les Chinois ont intérêt à ce que les taux d’intérêt des Etats-Unis ne montent pas, afin que le taux de change du dollar lié au yuan ne change pas, ce qui favorise leurs exportations. D’ailleurs les journalistes ont demandé lors d’une conférence de presse à Hillary Clinton si les Etats-Unis avaient l’intention de faire pression sur la Chine en ce qui concerne les droits de l’homme et la révaluation du yuan…et la réponse de Hillary Clinton a été: “C’est très difficile de faire pression sur notre banquier!“. Cette dépendance des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine est très dangereuse et va sans aucun doute conditionner l’histoire du XXIème siècle.

Dette USA

La position de l’Union Européenne

Actuellement les pays intégrés dans la zone Euro ne peuvent plus utiliser les intruments de politique monétaire que propose Keynes dans son équation. Les pays de la zone Euro n’ont plus le contrôle ni sur les taux d’intérêt, qui est délégué à la BCE, et ni sur les taux de change par dévaluation de la monnaie, vu que l’euro est la monnaie commune à tous les pays. Les instruments de politique économique dont disposent les pays de l’Union Européenne sont uniquement des instruments fiscaux: les impôts et les dépenses publiques. Le problème qui surgit alors pour ces pays avec une telle compétence économique limitée est que l’augmentation de la demande agrégée peut uniquement passer par une baisse des impôts et une augmentation des dépenses publiques qui génère un déficit public et une dette publique.

Zone Euro

De plus, les pays de la zone Euro ont tous signé le Traité de Maastricht de stabilité économique qui les oblige à contrôler et limiter le déficit public (3% du PIB) et la dette publique (60% du PIB). Pour diminuer le chômage, une politique fiscale expansive keynésienne soutenue dans le temps de baisse des impôts et d’augmentation des dépenses publiques afin de stimuler l’économie est donc interdite aux pays de la zone Euro.

Donc face à la recette keynésienne des Etats-Unis pour résoudre la crise, on voit que l’Union Européenne est contrainte à appliquer une recette néolibérale qui est d’ailleurs soutenue par l’Allemagne et Angela Merkel. Car l’Allemagne n’a pas de problème de chômage, celui-ci se situe entre 6-7%. Angela Merkel n’a donc pas intérêt à vouloir lutter contre le chômage qui se porte relativement bien dans son pays, elle doit prioriser la résolution du problème de déficit public et de dette publique. Hors il faut rappeler que lutter contre le chômage et lutter contre le déficit public sont deux politiques économiquement incompatibles selon Keynes:

Demande agrégée = Consommation des ménages + Investissement + Dépenses des Administrations publiques + Solde commercial

Lutter contre le déficit et la dette publique implique augmenter les impôts et réduire les dépenses publiques, deux pratiques qui vont à l’encontre de l’augmentation de la demande agrégée que recommande Keynes pour lutter contre le chômage.

La discipline de la politique budgétaire européenne soutenue par l’Allemagne oblige certains pays comme la Grèce, le Portugal, et l’Espagne…dont le déficit public dépasse actuellement les 10% du PIB à le réduire pour arriver à 3%, alors que le chômage est extrêmement élevé dans ces pays (20% en Espagne – 40% chez les jeunes). Hors, comme on l’a vu, réduire le déficit public implique augmenter les impôts et réduire les dépenses publiques ce qui a pour conséquence de générer encore plus le chômage au lieu de le diminuer, comme l’a expliqué Keynes dans sa fameuse équation de demande agrégée.

Les pays en difficulté de la zone Euro se trouvent donc dans une situation dans laquelle ils devraient, en accord avec une politique keynésienne, appliquer une politique expansive d’endettement, mais leur appartenance à l’Union Européenne les oblige à appliquer une politique économique restricitve.

Pour lutter contre l’inflation, Jean-Claude Trichet et la BCE sont sur la voie d’augmenter les taux d’intérêt. Hors comme on l’a dit l’inflation présente actuellement en Europe est une inflation des coûts et non une inflation due à une demande excessive. On sait grâce à la théorie du double déficit, qu’une augmentation des taux d’intérêt va amener une revalorisation de l’euro. Et une revalorisation de l’euro va engendrer une diminution des investissements et des exportations, ce qui va provoquer une diminution de la demande agrégée de Keynes, et donc diminuer la déjà faible croissance que possède l’Union Européenne, ce qui va induire une augmentation du chômage dans les pays périphériques européens. Sans compter le fait qu’une augmentation des taux d’intérêt dans un contexte d’inflation des coûts va augmenter les charges financières des entreprises qui devraient justement tout au contraire pouvoir reduire cette charge financière afin de diminuer leurs coûts et donc l’inflation qui en découle. La décision de la BCE d’augmenter les taux d’intérêt semble donc aller dans le sens des intérêts de l’Allemagne et dans une moindre mesure de la France, mais va totalement à l’encontre de la situation de stagflation que vivent les pays européens pris dans leur ensemble.

Signalons aussi que l’Allemagne impose sa politique économique aux autres pays européens subissant une crise importante, parce que les banques de ces pays actuellement en crise ont demandé d’énormes quantités de crédits aux banques allemandes. Un excès de politique néolibérale durant les années 2000 (comme aux Etats-Unis) a permis un endettement démesuré de certaines banques et caisses d’épargne auprès des banques allemandes, dans le but de financer l’accès au crédit facile accordé aux citoyens des pays actuellement en crise. Et l’Allemagne désire nettoyer le système financier de ces pays européens en crise afin que les banques de ceux-ci puissent rembourser leurs dettes contractées auprès des banques allemandes.

L’euro comme monnaie unique appliquée à des pays dont les structures économiques sont différentes (Allemagne vs Grèce) génère inévitablement des chocs asymétriques, car leurs économies ne croissent pas de la même manière. La politique économique restrictive adéquate pour l’Allemagne devient contre-productive pour d’autres pays européeens. Et le prix Nobel d’économie de 1999 Robert Mundell l’avait prédit. Mundell expliqua que pour qu’une zone monéraire unique soit optimale il faut remplir un certain nombre de critères:

  • La convergence des amplitudes macroéconomiques entre les différents pays (même inflation, mêmes taux d’intérêt, déficit public -3% du PIB- et dette publique -60% du PIB- semblables)
  • La liberté de mouvement de tous les facteurs productifs entre les pays:
    • Facteur travail (libre circulation des personnes)
    • Facteur capital (libre circulation des flux financiers)

Et dans le cadre le zone Euro, tous ces critères de Mundell sont remplis, sauf celui de la liberté de circulation des personnes, qui est en théorie existe, mais en pratique est confrontée à des barrières culturelles. Par exemple dans le cas de l’Espagne avec un 40% de chômage chez les jeunes, l’Allemagne propose aux étudiants espagnols d’émigrer en Allemagne pour trouver du travail, soutenu par le programme Erasmus et de Bologne pour l’harmonisation et la reconnaissance des diplômes. Mais ce programme s’addresse uniquement aux étudiants qualifiés et universitaires, sans compter les barrières linguistiques qui sont un frein supplémentaire à la mobilité des personnes.

Conclusion

Ce qui a fait s’écrouler le keynésianisme et le néolibéralisme ce ne sont pas leurs politiques, mais leurs excès qui ont donné naissances aux plus grandes crises économiques récentes:

  • Excès du keynésianisme: une croissance démesurée du secteur public a converti beaucoup d’économies capitalistes en économies inefficaces lors de la crise pétrolière et monétaire des années 1970.
  • Excès du néolibéralisme: la dérégulation des marchés financiers est à l’origine de la crise financière de 2008 et de la crise des subprimes.

De la même manière que des cendres du keynésianisme a surgi triomphalement le néolibéralisme de Friedman et Hayek dans les années 1980, on constate actuellement que des cendres des excès du néolibéralisme resurgit une politique économique keynésienne au-travers des Etats qui a permis de réinjecter d’énormes quantités d’argent dans le système financier néolibéral pour le sauver et éviter que la récession économique se convertisse en grande dépression. Mais cette injection massive d’argent public a converti le problème de dette privée liée au marché financiers en un problème de dette publique des Etats.

Malgré le fait, comme on l’a vu, que la Chine soit à l’origine de la crise économique actuelle, elle est aussi à la base de la politique économique d’endettement qu’Obama met en place aux Etats-Unis. Il suffit aussi de se promener dans les différentes capitales européennes et dans les différents polygones industriels pour constater que la Chine applique implacablement son modèle d’expansion économique, qui consiste à créer des entreprise chinoises qui emploient des Chinois pour vendre des produits chinois fabriqué par des Chinois en Chine. Les revenus générés par ces entreprises chinoises installées dans les pays européens et consommées par des européens sont versés dans des banques chinoises qui renvoie cet argent en Chine. Ce modèle permet d’augmenter en permanence les reserves en devises de la Chine qui s’élèvent actuellement à 13 billions de dollars (13 mille milliards). Et avec cet argent la Chine peut acheter le monde, de fait la Chine est en train de racheter des sociétés qui contrôlent les matières premières stratégiques (matériaux, minéraux) présents en Afrique et en Amérique latine…la Chine est donc en train d’obtenir le contrôle de l’économie mondiale.

Pour ne pas terminer sur une note trop noire et se détendre un peu, voici 2 vidéos (en anglais) excellement produites sous forme de rap qui mettent en perspectives les théories de Keynes vs Hayek:

Sources:

http://efectoesponja.com/keynes-vs-hayek-china-y-julian-pavon/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Demande_agr%C3%A9g%C3%A9e

http://fr.wikipedia.org/wiki/Keyn%C3%A9sianisme

http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9olib%C3%A9ralisme

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