Podcast science 48 – La prosopagnosie

On 17.08.2011, in Notes d'émission, by Podcast Science
VN:F [1.9.17_1161]
Rating: 5.0/5 (1 vote cast)

Salut todos!

Le dossier de la semaine

La petite news de la semaine qui réveille le dimanche matin

via notre ami Ben (de l’excellent Niptech Podcast) :
Le physicien du CERN Dragan Slavkov Hajdukovic postule que la matière noire serait une illusion causée par le vide quantique.

Les explications du professeur Mathieu:

Il y a désormais 3 écoles pour expliquer la vitesse de rotation plus rapide qu’attendue des galaxies:

  • La première école invoque l’existence de la matière noire.
  • La deuxième école invoque une modification de la loi de la gravitation (théorie MOND).
  • La troisième voie proposée par Hajdukovic n’introduit ni la matière noire, ni la modification de la loi de la gravitation.

Selon cette nouvelle théorie, il y aurait 2 types de charges gravitationnelles:

  • La charge gravitationnelle positive de la matière – La particule virtuelle a une charge gravitationnelle positive.
  • La charge gravitationnelle négative de l’antimatière – L’antiparticule virtuelle a une charge gravitationnelle négative.

Ces charges gravitationnelles de signe opposé généreraient des dipôles gravitationnels dans le vide quantique. Le tout prenant une forme de fluide dipolaire responsable de l’effet gravitationnel agissant sur la vitesse de rotation des galaxies qui est plus élevée que celle attendue.

Retour sur l’émission de la semaine dernière

Les quotes de Mathieu

A nouveau deux pour le prix d’une seule:

  • Ce qui nous manque le plus, ce n’est pas la connaissance de ce que nous ignorons, mais l’aptitude à penser ce que nous savons. – Edgar Morin
  • L’avenir de l’espèce humaine dépend non de ses découvertes, mais de ce qu’elle en fera. – Inconnu.

Ce qui entraîne un petit plug de Mathieu pour le concept de “Slow Science” issu d’un mouvement plus global Slow Movement (Slow Food) :

  • http://slow-science.org/ Le manifeste en deux mots:
    • La science a besoin de temps pour penser et digérer ses découvertes.
    • Faire appel à l’interdisciplinarité pour remettre une découverte dans son contexte global.
    • La science doit être un processus méticuleux. Il ne faut pas espérer des scientifiques des pansements, des patchs rapides à appliquer aux problèmes de la société.
    • La slow science s’appuie sur un recherche scientifique conduite par la curiosité , plutôt que par des objectifs de performance.
Rendez-vous la semaine prochaine avec notre ami Pierre Kerner qui nous mijote un petit dossier de derrière les fagots!
VN:F [1.9.17_1161]
Rating: 5.0/5 (1 vote cast)

Podcast science 48 – La prosopagnosie (mp3)

On 17.08.2011, in mp3, by Podcast Science
VN:F [1.9.17_1161]
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

Cette semaine, nous parlons de la prosopagnosie, une affection neurologique qui interdit la reconnaissance des visages.

VN:F [1.9.17_1161]
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)
VN:F [1.9.17_1161]
Rating: 4.3/5 (4 votes cast)

La prosopagnosie

Prosopagnosie: piqué sur flickr http://farm6.static.flickr.com/5308/5603929787_cd20071f13_m.jpg (cc 2.0)Pouvez-vous imaginer que vous vous leviez le matin entouré(e) de clones? Imaginez que tout le monde, la personne dans votre lit, vos propres enfants, vos parents, vos voisins, vos collègues, tous les passants aient exactement la même tête! Tous les acteurs d’un film (Kathy Bates ou Jodie Foster, même combat!)… Tous les animateurs TV…  La pharmacienne, le boucher… Tous identiques! Impossible, avec la meilleure volonté du monde, de vous souvenir à qui vous avez déjà dit bonjour ou pas. Impossible de comprendre pourquoi la personne en face de vous vous sourit tendrement… Ah oui, c’est peut-être votre moitié… Ça fait un peu science-fiction, comme ça, c’est pourtant la réalité pour une personne sur 40 (2.5% de la population selon une étude de 2008 http://www.experimental-psychology.de/ccc/docs/pubs/GrueterGrueterCarbon2008.pdf). Soit un problème aussi courant que la dyslexie ou la dyscalculie et dont on ne parle pourtant pas autant. On reviendra sur ce chiffre d’une personne sur 40, je ne suis pas entièrement convaincu qu’on puisse le prendre pour argent comptant. Cette condition socialement handicapante est de mieux en mieux documentée et porte le doux nom de prosopagnosie. Je n’ai jamais réussi à la placer dans une conversation, du coup, hop, j’en ai fait un petit sujet de podcast après m’être assuré pendant notre petite virée au CERN que cela intéressait bel et bien nos auditeurs. Le mot prosopagnosie vient du grec prosopon (visage) et agnosia (non-reconnaissance ou non-savoir). Avant d’explorer en détail la prosopagnosie, parlons un peu reconnaissance des visages.

La perception des visages

Ça n’a l’air de rien tant on le fait en général naturellement, mais la perception des visages est un processus cognitif assez élaboré implicant tout un réseau de zones cérébrales et qui est assez ancien sur le plan de l’évolution puisqu’on a pu l’observer également chez les macaques. Notre dernier ancêtre commun, qui vivait il y a quelque 25 millions, était donc déjà très probablement équipé pour cette tâche complexe. Des chercheurs anglais, Vicki Bruce et Andy Young ont proposé en 1986 un modèlepour expliquer le processus, modèle qui reste la référence aujourd’hui. En gros, le processus normal se déroule en plusieurs temps.

  1. La phase de détection permet de reconnaître qu’on a affaire à un visage (en général la présence de 2 yeux, un nez, une bouche sont un indice assez sérieux: je plaisante, mais nous sommes en fait extrêmement sensibles à ces repères. On voit souvent des patterns là où il n’y en a pas. Deux rondelles de tomates, un nez en champignon, une bouche en tranche de poivron et vous avez transformé votre pizza en bonhomme… Même plus prosaïquement, il suffit de dessiner dans un cercle deux petits cercles pour les yeux et un petit trait horizontal pour la bouche et on voit également un visage. Sans parler du visage de la lune ou du visage sur Mars… Notre circuit de reconnaissance des visages est décidément à l’affût du moindre du signe… ); piqué sur Flickr (en CC 2.0) http://www.flickr.com/photos/slimjim/4905107642/ piquée sur WikipédiaLe visage de Mars, piqué sur Wikipédia
  2. Dans un deuxième temps, l’information faciale est décodée (expression émotionnelle, suivi du regard, sexe, âge, état de santé);
  3. L’information ainsi recueillie est comparée à une grille d’images et de modèles mentaux de visages.

À l’issue du processus, on sait s’il s’agit d’un visage familier ou pas et, cas échéant, à qui il appartient. En 1991, le psychologue britannique Tim Valentine a proposé que les modèles mentaux auxquels on compare les visages seraient en fait des matrices vectorielles multidimensionnelles, des sortes de prototypes de tous les visages qu’on a connu. Cette hypothèse expliquerait d’ailleurs ce qu’on appelle le biais (ou effet) interethnique. Une petite digression s’impose.

L’effet interethnique

L’effet interethnique est la tendance pour les personnes d’une certaine ethnie à éprouver de la difficulté à reconnaître les visages et les expressions faciales de membres d’un autre groupe ethnique. Pour revenir un peu sur la criminologie dont nous avions parlé il y a quelques temps avec André Kuhn, il faut savoir que 75% des condamnés faussement accusés aux Etats-Unis et réhabilités (pour autant qu’ils n’aient pas déjà été exécutés s’entend) grâce à des tests ADN, s’étaient retrouvés derrière les barreaux à cause d’un témoignage visuel. Et dans au moins 40% de ces cas, ce témoignage était le fait d’un témoin d’une autre ethnie. Ça fait un peu froid dans le dos. Plus de détail sur le site innoncence.org À un tout autre niveau, c’est arrivé dernièrement à notre ami Xavier Agnès qui comme beaucoup de monde en Suisse romande est d’origine européenne et vit entouré essentiellement d’européens. Il a posté un billet sur son blogpour raconter sa petite mésaventure: il s’est retrouvé extrêmement honteux et confus d’avoir confondu deux serveuses dans un restaurant. On imagine son grand moment de solitude lorsque cherchant à convaincre la seconde qu’elle avait déjà pris note de sa commande, il s’est rendu compte qu’il l’avait en réalité passée auprès de la première! Lorsqu’on se retrouve soudain plongé dans un environnement auquel on n’est pas du tout habitué, on subit une forme assez légère de prosopagnosie mais celle-ci est temporaire: on met rapidement à jour nos modèles mentaux, et au bout de quelques heures, voire de quelques jours, on est à nouveau capable de distinguer clairement les visages les uns des autres. Enfin, tout cela, c’est bien sûr quand le système de reconnaissance des visages fonctionne bien. Pour les personnes chez qui ce n’est pas le cas, c’est une tout autre histoire.

Les différents types de prosopagnosie

On peut naître prosopagnosique ou le devenir à la suite de lésions cérébrales. Pour la prosopagnosie acquise, la première documentation remonte à 1947, on la doit à un neurologue allemand, Joachim Bodamer, qui publia une description détaillée de deux soldats qui avaient du mal à reconnaître les visages suite à des lésions cérébrales sévères durant la deuxième Guerre Mondiale. Pas très vieux tout cela. Pour la prosopagnosie congénitale, c’est encore plus récent. C’est en 1976 seulement qu’Helen McConachie, une neurologue anglaise, publia un premier papier sur le sujet. On sait depuis 1999 que le problème peut être héréditaire. Le nombre d’études a explosé au début des années 2000, notamment grâce au web qui a permis aux chercheurs et aux prosopagnosiques d’entrer plus facilement en contact et grâce aux progrès de l’imagerie cérébrale qui ont permis de comprendre ce qui se passe dans le cerveau. Depuis 2006, on pense que le problème touche 2.5% de la population. 2.47% pour être précis, selon une importante étude allemandepubliée dans le American Journal of Medical Genetics. J’avais dit en introduction que je reviendrais sur ce chiffre car, malgré le consensus (c’est apparemment le seul chiffre disponible aujourd’hui), je trouve un peu risqué d’extrapoler à partir de là. En effet, le test concernait une population de 689 élèves d’une région particulière d’Allemagne dans laquelle on a trouvé 17 cas de prosopagnosie. L’échantillon me paraît trop peu représentatif pour tirer des conclusions concernant les presque 7 milliards d’êtres humains qui peuplent joyeusement notre planète.

Ce qui se passe dans le cerveau

Qu’on se le dise tout de suite, la plasticité neuronale, cette formidable capacité d’adaptation du cerveau qui permet parfois à une zone du cerveau de prendre le relais d’un autre zone spécialisée endommagée et dont nous avions parlé dans Podcast science n° 16, la plasticité, donc, ne vient jamais au secours des sujets prosopagnosiques. Chacun déploie des stratégies de compensation, bien sûr, en s’appuyant sur différents indices (coupe et couleurs de cheveux, bijoux, vêtements, pose du corps, mouvements, odeurs, et surtout des indices auditifs, notamment le son de la voix). Dans un excellent n° de Radiolab (excellent comme toujours) recommandé par le non moins excellent Pierre Kerner  – qui nous mijote d’ailleurs un dossier spécial pour la semaine prochaine - , j’ai même entendu le grand neurologue Oliver Sacks, dont Lia nous parlait la semaine dernière et qui est lui-même atteint de prosopagnosie, indiquer qu’il reconnaissait ses voisins, dans l’ascenseur, grâce à leurs chiens!). Chacun y va de ses petits moyens, mais la compensation ne se fait jamais automatiquement. En se basant sur les dernières techniques d’imagerie cérébrale, notamment la résonance magnétique fonctionnelle, les chercheurspensent que c’est parce qu’il y a trop de fonctions hautement spécialisées touchées en même temps. En effet, la reconnaissance des visages n’est pas le fait d’une seule aire cérébrale mais de plusieurs, toutes situées dans l’hémisphère droit du cerveau, il s’agit de  :

Chez les sujets ayant acquis leur prosopagnosie, l’une ou plusieurs de ces trois zones a été lésée (en général d’ailleurs, en même temps que d’autres. C’est ainsi que la plupart du temps, la prosopagnosie acquise est combinée avec du daltonisme, la zone du traitement des couleurs étant toute proche). Pour la prosopagnosie congénitale en revanche, on n’a jamais constaté aucune lésion de ces régions, mais on constate un déficit d’activité. Ceci étant dit, les recherches en sont encore à leur balbutiement. On a juste compris quelles zones s’activent, et émis un certain nombre de suppositions, mais on est encore loin de comprendre comment tout cela fonctionne. Sur le plan génétique, on n’est pas beaucoup plus avancés. On sait qu’un ou plusieurs gènes sont incriminés dans la prosopagnosie de naissance (à moins que le problème ne soit causée par une hypoxie, soit un manque d’oxygène à la naissance, ce qui est rare mais possible), mais on ne sait pas du tout encore lesquels.

Comment se soigner?

À l’heure actuelle, la prosopagnosie est incurable. Si vous faites partie des 2.47% de la population concernée, c’est juste pas de bol. Il faut apprendre à vivre avec. Et c’est pour cela qu’il me semblait important d’y consacrer un petit dossier. Je trouve que cela vaut la peine de penser “prosopagnosie” avant de penser “quel con prétentieux machin, il fait semblant de ne pas me reconnaître”. Ça peut être le cas bien sûr, mais pas forcément.

Quelques cas célèbres

Pierre Kerner, encore lui, m’a aiguillé sur la page Wikipédia en anglais sur la prosopagnosie, qui recèle une section “célébrités” où on apprend qu’en plus d’Oliver Sacks, de nombreux autres scientifiques célèbres en sont ou en étaient atteints:

  • Paul Dirac, l’un des pères de la physique quantique. C’est lui qui a prédit l’anti-matière;
  • Jane Goodall, la primatologue qui a complètement bouleversé notre rapport aux chimpanzés;
  • mon idole, Dr Karl (le Monsieur Science de la radio australienne).

Hors monde scientifique, plus près de nous, on apprend également que l’acteur français Thierry Lhermittesouffre du problème et qu’il joue volontiers les cobayes dans l’espoir de faire avancer la science sur le sujet.

Autodiagnostic

À prendre avec des baguettes bien sûr, cela ne vaut bien sûr pas un diagnostic clinique, mais en attendant d’aller voir votre médecin, si vous avez un doute quant à votre capacité à reconnaître les visages, vous pouvez faire ce test en ligne. Ça prend un peu de temps, c’est assez difficile à faire d’ailleurs, il faut se concentrer ai-je trouvé, mais cela vous donnera une idée des compétences de votre gyrus fusiforme ;)  http://www.faceblind.org/facetests/index.php

Pour en savoir plus

J’ai sagement balisé toutes mes affirmations des études qui les étaient, le gros de cet article étant inspiré d’un papier te Thomas Grüter, Martina Grüter et Claus-Chrisian Carbon de l’Université de Vienne, publié dans le British Psychological Society en 2008.

L’article peut être acheté ici http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1348/174866407X231001/full ou piqué gratuitement ici: http://www.experimental-psychology.de/ccc/docs/pubs/GrueterGrueterCarbon2008.pdf, à choix ;)

Sinon, je vous recommande le visionnage de l’émission 36.9°, qui y avait consacré un sujet il y a quelques temps (Merci à Xavier Agnès pour le lien): http://www.tsr.ch/emissions/36-9/936037-ne-pas-reconnaitre-un-visage-un-handicap-social-meconnu.html

Enfin, dans un registre un peu différent, encore que… Comment fonctionnent les systèmes de reconnaissance faciale informatiques? Cela donne une petite idée de la complexité du processus, même si la comparaison s’arrête là. Un excellent article très bien documenté (en anglais): http://electronics.howstuffworks.com/gadgets/high-tech-gadgets/facial-recognition.htm

VN:F [1.9.17_1161]
Rating: 4.3/5 (4 votes cast)
VN:F [1.9.17_1161]
Rating: 5.0/5 (1 vote cast)

Musique, sciences et émotions… C’est la playlist du jour de notre amie Lia

VN:F [1.9.17_1161]
Rating: 5.0/5 (1 vote cast)
Tagged with:  
VN:F [1.9.17_1161]
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

Bienvenue sur cette page du “balado qui fait aimer la science” (à chaque fois un plaisir, cette tagline ;) ).

Le dossier de la semaine

Cette semaine, c’est notre amie Lia qui se livre pour nous au délicat exercice de conciliation de la musique, de la science (neurosciences en particulier) et des émotions. Elle en profite pour nous expliquer les raisons de son break du champ des neurosciences, besoin de poésie en somme… Son dossier, avec toutes les références et les liens ici : Musique, sciences et émotions

Retour sur l’émission précédente

Pas mal de réactions, comme vous pouvez vous en douter, sur le dossier de Mathieu de la semaine dernière (sciences économiques: keynésianisme vs néolibéralisme). Nous vous donnons rendez-vous dans la section “commentaires” du dossier.

Et comme mentionné à l’oral, nous vous proposons de jeter un coup d’oeil au blog de Brainfisch, qui a passablement contribué aux commentaires sur de nombreux dossiers. http://brainfisch.wordpress.com/

Les quotes de Mathieu de la semaine

Yep, cette semaine, c’est deux pour le prix d’une: une pour chaque hémisphère cérébral:

  • La musique est une pratique cachée de l’arithmétique, l’esprit n’ayant pas conscience qu’il compte – Gottfried Leibniz
  • La musique donne une âme a nos coeur et des ailes à la pensée – Platon

Ça doit dépendre de la playlist ;)

Bonne semaine!

Prochain enregistrement le mercredi 17 août 2011.

VN:F [1.9.17_1161]
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)
Tagged with:  

Dossier – Musique, sciences et émotions

On 12.08.2011, in Dossiers, by Lia Rosso (invitée)
VN:F [1.9.17_1161]
Rating: 3.0/5 (2 votes cast)

On était devant le CERN lors de la visite guidée et on discutait avec le professeur Von, quand l’idée nous est venue de faire un podcast dont le thème principal serait la musique. Ça va être probablement un peu différent des autres podcast, mais pour vous expliquer le pourquoi du choix de ce soir je vais vous parler un tout petit peu de moi et de mon parcours.
Après avoir été plusieurs années dans le monde des neurosciences j’ai découvert la musique, et je peux vous dire que ça a été une sorte de révélation, assez tardive mais néanmoins fondamentale dans ma vie. Bien sûr j’aimais déjà écouter la musique. Comme pour beaucoup d’entre nous, certains morceaux ou certaines chansons m’ont donné et me donnent des émotions agréables. Plusieurs fois une chanson m’a carrément aidée à surmonter un moment un peu difficile ou m’a donné la pèche. Disons que depuis 2008 j’ai l’impression d’être un peu « rentrée » dans la musique : je me suis acheté une guitare, j’ai appris un tout petit peu à jouer j’ai commencé et composer mes chansons.

Là je suis en train de vivre une sorte d’année sabbatique, où je regarde la science autrement sans plus la vivre de l’intérieur. Alors je me consacre à l’écriture ainsi qu’à la composition. Bref j’aime la musique, je l’aime avec mon cœur et je la fait avec le cœur.
Jusqu’à quelque mois, tant que je portais la casquette de scientifique je disais souvent que je ne voyais pas d’incompatibilité entre l’art et la science car elles proviennent d’une même source, c’est-à-dire le besoin d’explorer la vie et de comprendre ce que nous sommes.

Aujourd’hui, en ayant laissé de côté la casquette de scientifique pour prendre celle d’artiste j’avoue avoir parfois du mal à vivre cette compatibilité entre art et science.

Faire de la musique demande une participation totale. Quand on chante, ce sont nos propres cordes vocales qui vibrent et qui émettent des sons, quand on joue un instrument c’est notre corps qui doit bouger pour faire vibrer l’instrument. Bref, quand on fait de la musique, à mon avis on « devient » musique avec tout ce qu’on est, notre corps mais aussi nos pensées, émotions et nos sensations.

Quand on fait des expériences scientifiques au contraire on doit rester partiellement détaché de ce qu’on fait. On doit travailler et s’investir autant mais qu’avec certaines parties de nous même. Les émotions ou les pensées de la vie doivent être écartées. Et pour ce qui concerne le corps, on se limite souvent à en utiliser que les yeux et les mains. Tout qui peut perturber l’expérimentateur et la reproductibilité d’une expérience doit rester loin. La science a besoin d’objectivité car elle recherche une compréhension des choses qui soit reproductible et indépendante de l’expérimentateur.

Personnellement, même si utile, je crois que comprendre la vie d’une façon détachée soit une limitation. Peut-être que la vie doit être « comprise » en la vivant, et avant tout en communicant avec elle.

C’est pour ça que j’aime la musique et que j’ai décidé de faire ce podcast, car je suis poussée par l’envie de communiquer et partager des connaissances.

Bien avant de me pencher sur la question d’un point de vue scientifique, j’ai senti que faire de la musique, et écrire des chansons était une façon rapide et directe pour atteindre le cœur des gens et donc de communiquer. Et en me regardant autour je vois que je ne suis pas la seule à penser ça. Dans son livre «This is your brain on Music », Daniel Levitin, Professeur à l’Université de McGill au Canada, ainsi que musicien, explique que l’industrie de la musique est une des plus grandes aux Etats Unis. D’après lui, les américains dépensent plus d’argent pour la musique que pour s’acheter des médicaments. Mais pourquoi la musique est si importante ? Pourquoi dépensons –nous autant d’argent pour acheter des CD ou aller à des concerts ? D’après Daniel Levitin, en comprenant pourquoi on aime la musique on peut arriver à dévoiler une partie de l’essence de la nature humaine.

Link : www.yourbrainonmusic.com/
http://db.hautetfort.com/tag/daniel%20levitin
http://bcgstpe.canalblog.com/archives/2007/12/16/7256542.html

D’un point de vue neurobiologique, il est d’ailleurs intéressant de remarquer que d’après des nombreuses études menées dans le laboratoire de Daniel Levitin (ainsi que dans d’autres laboratoires), la musique est une affaire de tout le cerveau et de tous les neurones. Contrairement à la notion commune et un peu simpliste que l’art et la musique sont traitées par l’hémisphère droit, alors que le langage et les mathématiques dans le gauche, écouter de la musique, la composer ou la jouer impliquent pratiquement toutes les aires du cerveau découvertes et identifiées jusqu’à présent.

Quand j’ai commencé à écrire ce podcast je voulais dire que la musique était un langage universel. Même si la plupart des informations que j’ai lu confirment en quelque sorte l’universalité de la musique, il me semble important de souligner qu’il y a aussi des personnes atteintes d’ « amusie », un déficit de perception de la musique et qui sont incapables d’apprécier et de reproduire la musique, bien que leurs oreilles et leurs fonctions langagières soient intactes. Ce trouble méconnu affecte néanmoins, selon les rares données sur la question, une part non négligeable de la population, soit environ 5 %, voir plus selon le chercheur Marie-Andrée Lebrun, qui s’est penché sur la question. Les causes sont inconnues, parfois liées à un accident, parfois la personne est amusique de naissance.

Tel était le cas de Che Guevara. On raconte que conscient de son infirmité, une fois lors d’un bal, il demanda à un ami de lui donner un coup de coude pour le prévenir lorsque les musiciens joueraient un tango afin qu’il puisse inviter à danser une infirmière qu’il trouvait à son goût.

Link: http://www.nouvelles.umontreal.ca/recherche/sciences-de-la-sante/20110221-decouverte-du-premier-cas-damusie-congenitale-chez-lenfant.html
http://www.psych.mcgill.ca/labs/levitin/media/vous_detestez_musique.html

Pour 95% des personnes la musique communique donc quelque chose. Il est important de remarquer d’ailleurs que d’après les archéologue et les historiens, toutes les cultures humaines modernes ou anciennes ont produit de la musique et y sont sensibles. D’après Tinaig Clodoré Tissot docteur en préhistoire et archéologie musicale à Paris, le premier instrument de musique conçu par une main humaine date de plus de 35 000 ans, l’époque où vivaient l’ homme de Neandertal et l’homme de Cro-Magnon. Il s’agit d’une flûte en os de vautour retrouvé en septembre 2008, dans la grotte de Hohle Fels (dans le jura Souabe en Allemagne).

Link : http://www.hominides.com/html/dossiers/musique-prehistoire.php
Le pouvoir de la musique de susciter des émotions est d’ailleurs bien exploité dans les publicités, les films, ou encore à la maison, lorsque les mamans bercent leurs enfants en leur chantant des mélodies calmantes ou apaisantes.
Si nos mamans ont donc découvert d’instinct les pouvoirs physiologiques de la musique, au niveau des scientifiques la question semble encore ouverte. Est-ce que la musique suscite ou module réellement des émotions ? Ou est-ce que plutôt nous ne faisons que reconnaitre une émotion associée à une musique sans pour autant la ressentir ?  Un peu comme nous reconnaissons un sourire sur une photo sans que cela nous incite à sourire à notre tour.

D’après ce que j’ai vu les études de ces dernières années semblent pencher plus pour un effet direct de la musique sur nos émotions, même si l’éducation et la culture dans laquelle nous baignons influence nos perceptions et nos choix musicales.

Pour vous donner un exemple de type de recherche menée dans le domaine j’ai choisi de vous parler d’une étude sortie en 2009 par les chercheurs Mathieu Roy, Jean-Philippe Mailhot, et Isabelle Peretz. Ces chercheurs ont mis au point la première expérience qui semble montrer un lien direct entre musique et émotions.

Pour vérifier l’incidence de la musique sur les émotions les chercheurs ont étudié un réflexe émotionnel: le clignement des yeux.

Comme on peut lire sur la page de leur site :

Link : http://www.nouvelles.umontreal.ca/recherche/sciences-sociales-psychologie/la-musique-suscite-bel-et-bien-des-emotions.html

«Le sursaut est un mécanisme de défense inconscient et l’une de ses composantes est le clignement des yeux. Il est bien établi que le clignement est un indicateur du degré d’anxiété de l’individu et du degré d’activité de ce mécanisme. Si différentes musiques peuvent provoquer du stress ou de la joie, cela devrait donc pouvoir s’observer sur le clignement des yeux.»

L’étudiant a soumis une quinzaine de sujets à différentes musiques, les unes reconnues pour être agréables et les autres désagréables. L’audition était entrecoupée de bruits blancs de 100 décibels destinés à provoquer un sursaut et le clignement des yeux. Selon l’hypothèse des chercheurs, les clignements allaient être plus intenses avec la musique désagréable alors que la musique agréable allait inhiber le réflexe.

Les résultats ont confirmé cette hypothèse. «Avec la musique désagréable, les clignements sont plus intenses, plus rapides et plus fréquents qu’avec la musique agréable».
….
Le clignement étant révélateur d’un état de stress, ces données montrent que les sujets ressentaient bel et bien ce stress et que la musique désagréable en était la cause.

«Le réflexe de cligner des yeux est une réponse involontaire liée à l’état émotionnel et qui ne relève pas de la capacité des sujets d’évaluer leur propre état, précise Mathieu Roy. Notre expérience a révélé que la musique peut bel et bien moduler les émotions, ce qui confirme l’approche des émotivistes.»

Ces résultats vont dans le même sens que d’autres travaux qu’il avait lui-même menés auparavant et qui ont montré que la musique agréable permet de réduire la douleur grâce à l’émotion positive qu’elle engendre.
Selon les deux jeunes chercheurs, les résultats obtenus sont une nouvelle validation du recours à la musique en thérapie. Si la musique peut susciter des émotions qui réduisent l’activité des mécanismes de défense, elle peut donc être utilisée pour alléger des états émotionnels déplaisants comme l’anxiété, la dépression ou la douleur…

D’ailleurs, Daniel Levitin, dit dans une interview :
« Le cerveau comprend une sorte de siège du plaisir, qui s’active lorsqu’on gagne beaucoup d’argent, par exemple, qu’on prend de la cocaïne ou qu’on atteint un orgasme. On le savait depuis des années, mais j’ai découvert avec mon collègue Vinod Menon de la

Faculté de médecine que cette partie du cerveau réagit aussi à la musique agréable. Les gens disent volontiers qu’ils aiment la musique, mais on est surpris quand même quand on la voit littéralement jouer sur une image cérébrale. »

Link :  http://www.innovationcanada.ca/fr/articles/i2eye-with-neuroscientist-daniel-levitin

La musique interfère donc dans nos émotions et provoque dans notre cerveau une sorte de “chorégraphie de neurotransmetteurs”, comme l’appelle Daniel Levitin. “La satisfaction et le plaisir liés à la musique découlent de l’augmentation de la dopamine dans le noyau accumbens, à laquelle participe le cervelet en régulant les émotions grâce à ses connexions avec le lobe frontal et le système limbique”.

A propos de plaisir et d’émotions positives stimulés par la musique, je voudrais parler aussi un tout petit peu de la musicothérapie.

La musicothérapie a des racines très anciennes. Avant même qu’on la baptise ainsi, on utilisait consciemment la musique pour adoucir la douleur ou la souffrance psychologique, rappelons nous de nos mamans qui nous chantaient des berceuses.

La musicothérapie moderne est née entre la Première et la Seconde Guerre mondiales aux Etats-Unis. D’après ce que j’ai pu voir elle est utilisée efficacement pour traiter des troubles neurologiques divers. Cela va de la maladie d’Alzheimer à la maladie de Parkinson, en passant par des troubles du langage, l’autisme et d’autres troubles du comportement. D’ailleurs comme le note Oliver Sacks, important neurologue et auteur du livre Musicophilie : «une musique convenablement sélectionnée est capable d’apporter beaucoup plus aux patients, en termes d’orientation et d’ancrage, que la plupart des autres thérapies».

Link : http://www.planet-techno-science.com/biologie/la-musicotherapie-soulage-les-symptomes-de-la-fibromyalgie-et-ameliore-la-qualite-de-vie-des-malades/
http://www.hebdo.ch/musique_et_cerveau_des_connexions_inattendues_43382_.html

J’aimerais finir ce podcast en rappelant que des nombreux chercheurs se sont amusés à traduire en musique les séquences de nos gènes. J’ai aussi écouté une transposition en note du nombre pi. Les musiques parfois sont assez surprenantes.

Link :
http://www.petergena.com/FR/ADNmus.html
http://www.avoision.com/experiments/pi10k/index.php

Je pense aussi à la musique faite par la nature. Il y a un orgue qui joue avec l’eau de la mer à Zara en Croatie. Je n’ai jamais eu l’occasion de le voir ou plutôt de l’écouter, mais les amis qui l’ont vu m’ont dit que c’est assez impressionnant.

Link : http://en.wikipedia.org/wiki/Sea_organ

Je me rends compte que le domaine est très vaste. Par exemple, je n’ai pas abordé le sujet du groove, demandé par un auditeur. Je vais alors passer la parole au professeur Von qui va peut-être en discuter un tout petit peu…

Link : http://fr.wikipedia.org/wiki/Groove

VN:F [1.9.17_1161]
Rating: 3.0/5 (2 votes cast)
Tagged with:  
*