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Mini-dossier publié dans le cadre de la soirée radio-dessinée “L’Amour est dans la Pipette“, enregistrée en public à Paris, à l’Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes avec le collectif Strip Science le 23 mars 2013

Intox bien sûr!

Par contre, il est vrai les hommes y pensent plus souvent que les femmes…

Selon un mythe dont je n’ai malheureusement pas réussi à retrouver la source, mais qui est tenace sur l’Internet et les talkshows nocturnes américains,  les mâles Homo Sapiens seraient complètement obsédés par le sexe et envahis d’une pensée coupable toutes les 7 secondes en moyenne pendant les quelque 16 heures par jour de leur temps de veille. Rapide calcul: 16 heures x 60 minutes x 60 secondes. 57’600 secondes. 57’600 ÷ 7 (car ce n’est pas  à chaque seconde, hein, seulement une sur 7) = 8’228 pensées par jour!!

Bon, le mythe a des variantes… Selon les sources, ça peut aussi être une fois toutes les 15 secondes ou toutes les 3 minutes. Dans toutes les variantes, un semblant de statistique donne une allure scientifique à l’histoire, comme d’hab… Il faut parer l’histoire d’un minimum d’atours d’autorité si on veut que ça passe. Mais bon, pas besoin de passer dans un scanner: n’importe quel mec pourra vous affirmer, sans bluffer, que ce n’est juste pas possible.

Ce genre de mythe est bien ancré dans les cultures populaires. Si les ventes sont un peu retombées aujourd’hui, le livre  What Every Man Thinks About Apart From Sex (à quoi pensent les hommes quand ils ne pensent pas au sexe?) publié lors de la Saint Valentin 2011 a connu un joli succès de librairie: il était classé 744e dans les meilleures ventes d’Amazon au faite de son succès en 2011). Le livre consiste en tout et pour tout en 200 pages blanches. Je vous laisse méditer sur le sujet…

Kinsey (image Wikipédia)Selon la FAQ de l’Institut Kinsey (un institut de recherche spécialisé dans les questions de sexe, de genre, et de reproduction), 54% des hommes pensent au sexe chaque jour ou plusieurs fois par jour, 43% quelques fois par mois ou par semaine et 4% moins d’une fois par mois. Ce qui semble tout de suite plus réaliste, pas vrai Messieurs? Ces chiffres se basent sur une étude de 1948, l’une des plus complètes du genre, qui fait encore autorité aujourd’hui à bien des égards.

Compteur manuel (source: Wikipédia)Mais ce n’est pas la dernière en date. Début 2012, une autre étude a fait pas mal de bruit. Conduite par la psychologue Terri Fischer, de l’Université d’Etat de l’Ohio et publiée dans le Journal of Sex Research, cette recherche porte sur 283 étudiants (163 femmes et 120 hommes) à qui on a demandé, pour une grosse moitié d’entre eux (60%),  de compter toutes leurs pensées portant sur le sexe, et à une petite moitié (40%), de compter leur pensées relatives à la bouffe ou au sommeil (des besoins primaires, quoi…),  à l’aide d’un petit compteur manuel.

Les résultats de cette étude indiquent que les hommes disent effectivement penser au sexe davantage que les femmes, mais les scores respectifs ne rivalisent en rien avec le chiffre de plus de 8’000 pensées par jour annoncé il y a un instant… On parle de… 18 pensées par jour pour les hommes vs 10 seulement pour les femmes… Avec un record à 388 pensées en une journée pour un Monsieur particulièrement excité.

Ce qui est intéressant, c’est qu’on trouve le même genre de ratio pour les autres besoins primaires, manger et dormir. Les hommes disent y penser plus que les femmes.

Les chercheurs ont deux hypothèses pour expliquer le phénomène: soit les hommes sont plus conscients de leur état physique à tout instant, ou alors, ils sont plus à l’aise pour cliquer sur le bouton du compteur pour consigner leurs pensées relatives aux besoins du corps.

En résumé, donc, les hommes pensent plus au sexe que les femmes, mais ils pensent aussi davantage à manger et dormir. Et ils y pensent 457 fois moins souvent que la légende ne le prétend… un peu plus d’une fois par heure au lieu d’une fois toutes les 7 secondes…

Ceci dit, l’étude ne dit pas si ces pensées durent 1 seconde ou une demi-heure ;)

Sources:

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Cette semaine, nous avons recevons Caroline Graap, psychologue clinicienne et marraine du podcast

Carl Rogers (image Wikipédia)L’approche centrée sur la personne est un courant majeur en psychologie clinique. Appelée à ses début dans les années 40 l’« approche non directive », son origine et ses principes expliqués au travers du récit de la vie de son fondateur, le grand psychologue Carl Rogers, précurseur également de la recherche sur l’efficacité des psychothérapies.

Le dossier de la semaine

» Psychologie: Carl Rogers et l’approche centrée sur la personne

Les illustrations de Nico

Le dossier de la semaine prochaine

Le pitch de Xavier en audio


Si 1 personne sur 3 s’estime allergique à certains aliments, seuls 2 à 3% de la population le sont en réalité. On confond souvent allergie et intolérance, voire intoxication. Alors, quelle est la différence entre allergie et intolérance? Est-il vrai que 90% des asiatiques ne supportent pas le lactose et sont malades au lendemain d’une bonne fondue? Qu’est-ce que le lait délactosé? Entre convergence évolutive et tracas quotidiens, je vous emmène dans un dossier qui partira du Caucase il y a ~10’000 ans pour arriver dans les yaourts probiotiques de votre petit déjeuner de ce matin.

Le son de la semaine

Koshik, l’éléphant qui parle le coréen

» Tous les détails dans le billet dédié

 

Retour sur les émissions précédentes

  • Alexis, du blog Homo Fabulus nous a entendu parler de conditionnement de genres la semaine dernière, lors de notre discussion avec Florence Porcel, et ça lui a inspiré un billet, pas du tout politiquement correct, sur les préférences des filles et des garçons dans les choix des jouets, et qui ne semblent pas être liés à un conditionnement culturel. Les garçons et les jeunes macaques mâles préfèrent les petites voitures aux poupées ;)
    http://homofabulus.com/les-macaques-males-aussi-preferent-jouer-aux-petites-voitures/
  • Commentaire d’Ethaniel sur la tartine beurrée:
    “Le calcul de la hauteur minimale de la table pour que la tartine fasse au moins 3/4 de tour (pas besoin d’un tour complet pour la sauver) est d’ailleurs un exercice classique en Maths sup ;) .”
  • Sinon, un petit coucou à https://twitter.com/Darthder qui vient de nous découvrir et qui a décidé de rattraper son retard à raison de 3 épisodes par jour jusqu’au numéro courant. Darthder, merci :) Et bon courage! Si mes calculs sont corrects, tu entendras ce message à Noël, soit une semaine après la fin du monde. Si c’est bien le cas, fais-nous un petit coucou, on t’enverra un petit cadeau :)
  • Enfin, last but not least, c’est pas exactement un plug, mais un appel au secours! Je suis un peu débordé ces temps. Et on a 2-3 soucis sur le site dont je n’arrive pas à m’occuper. La page “épisodes”, par exemple, qui est censée afficher la liste d’épisodes en partant d’un flux RSS, ne fonctionne pas à tous les coups. On a un problème avec les commentaires depuis quelques jours: il semble qu’on ne puisse plus poster de commentaires depuis d’autres navigateurs que chrome. Tout cela est important et urgent, mais je n’ai juste pas le temps de m’en occuper. Est-ce que qqun avec des compétences WordPress pourrait donner un coup de main? Ce serait vraiment formidable. Contactez-moi par n’importe quel moyen (twitter, facebook, formulaire contact, mail…), je vous accueille à bras ouverts :)

Quizz de la semaine

  • Le nouveau quizz de cette semaine:
    • “Lorsque des femmes vivent ensemble, il existe une tendance à la synchronisation des règles”. Info ou intox?

Enregistrez votre réponse sous forme de commentaire écrit ou audio sur le site www.podcastscience.fm. Soyez pas timides, on se charge de l’explication scientifique, dites-nous juste ce que vous en pensez :)

La quote de la semaine, par Caro

Life, at its best, is a flowing, changing process in which nothing is fixed (Rogers, 1961)
« La vie à son meilleur est un processus fluide et changeant dans lequel rien n’est fixé. »

Plugs/annonces

  • Projet des étudiants du Centre de Recherches Interdisciplinaires de Paris. Ça s’appelle “Draw Me Why” et il s’agit de doodles de vulgarisation scientifique, soit des mini-films d’animation pour expliquer un concept, comme ce qu’on peut voir sur minutephysics par exemple, sauf qu’à terme, ça pourrait être dans d’autres langues que l’anglais.
    Le groupe d’étudiants a appris il y a 15 jours que l’UE lançait un concours pour inciter plus de femmes à choisir une carrière scientifique. Ni une ni deux, ils ont produit leur première vidéo complètement sous pression et avec les moyens du bord. Le résultat n’est pas encore pro, évidemment, mais c’est franchement déjà très encourageant. Et s’ils gagnent le concours, ils remportent 1’500 €, ce qui leur permettra de faire des choses encore plus abouties les prochaines fois. Je vous invite à voter pour ce projet avant le 28 novembre (il faut faire vite) à l’adresse suivante:
    http://promoshq.wildfireapp.com/website/6/contests/298231/voteable_entries/61712142
    Vous pourrez bien sûr partager la vidéo sur les réseaux sociaux pour la faire connaître et vous pouvez suivre Draw Me Why sur Twitter https://twitter.com/DrawMeWhy et Facebook: http://www.facebook.com/pages/DrawMeWhy/516252581720031?ref=hl
  • Retrouvez David chez JM Abrassart dans l’épisode 180 de Scepticisme Scientifique, le balado de la Science et de la Raison, où l’on parle de mémétique: http://pangolia.com/blog/?p=1248
  • Un blog découvert 2 minutes avant le début de l’émission: http://scienceabilly.com/, un “kit  de survie dans une jungle remplie de couillons”. Extrait de la page “à propos”:

Parce que la pub pense que nous avons le QI d’une huître, parce que nos politiques traitent des enjeux de société  comme un pamplemousse traiterait de l’idéalisme transcendantal dans la philosophie kantienne, parce que vous avez été traumatisé par les mitochondries au lycée et que depuis vous êtes allergiques aux sciences, parce que vous avez le sentiment qu’on nous prend parfois pour des pigeons mais sans vraiment arriver à expliquer pourquoi, parce que la science c’est beau, parce que la science c’est de la poésie, parce que je voudrais juste me coucher un peu moins cornichon ce soir, SCIENCEABILLY vous offre une tranche de science dans le gâteau de la société. Bon appétit !

À la semaine prochaine, prochaine émission: 29 novembre 2012: Yaourts, évolution et fondue, par Xavier Durussel

Chatroom

[20:22] == Xilrian [webchat@gre92-3-82-225-206-26.fbx.proxad.net] has joined #podcastscience

[20:26] == Tolaria[webchat@91.180.201.128] has quit [Ping timeout]

[20:28] == Staulott [webchat@ppp-seco11pa2-46-193-131.219.wb.wifirst.net] has joined #podcastscience

[20:28] <Staulott> Bonsoir

[20:28] <Bubar> Bonsoir

[20:29] <Pingouin> Salut à tous !

[20:29] <Pingouin> Je sens que ça va commencer un peu en retard, non ? ^^

[20:30] <Staulott> ça va devenir comme l’ADC

[20:31] <Alan__> Salut tout le monde! On arrive tout de suite :)

[20:32] == Dave__ [webchat@5-166.106-92.cust.bluewin.ch] has joined #podcastscience

[20:34] <Alan__> Bon, on a perdu Robin

[20:34] <Alan__> et on attend Nico

[20:34] <Alan__> A part ça tout va bien

[20:35] == peremptoire[webchat@abo-236-27-68.rns.modulonet.fr] has joined#podcastscience

[20:35] <peremptoire> Bonsoir :3

[20:35] <Xilrian> bonsoir tout le monde ^^

[20:35] == Dave__ [webchat@5-166.106-92.cust.bluewin.ch] has quit [Quit: Page closed]

[20:35] <Pingouin> Les traditions ne se perdent pas Alan :-)

[20:36] == Dave__ [webchat@5-166.106-92.cust.bluewin.ch] has joined #podcastscience

[20:36] == ben__ [webchat@208-183.104-92.cust.bluewin.ch] has joined #podcastscience

[20:36] <ben__> bonsoir

[20:37] == Taupo [webchat@mar75-11-78-225-122-121.fbx.proxad.net] has joined #podcastscience

[20:37] <Dave__> bel echo

[20:37] <Pingouin> On vous entend mais en Alan est en écho !

[20:37] <Bubar> Oui oui mais un peu d’echo

[20:37] <Staulott> on entend mais gros echos

[20:37] <Taupo> Y’a de l’écho pour Alan

[20:37] <Taupo> Que pour Alan

[20:37] <Pingouin> Toujours la meme chose

[20:37] <Pingouin> seulement pour Alan

[20:38] <Taupo> Y’a que toi Alan qui fait de l’écho

[20:38] == Robin__ [webchat@85-168-101-77.rev.numericable.fr] has quit [Quit: Page closed]

[20:38] <Pingouin> Tu n’as pas 2 instances ouvertes ?

[20:38] <peremptoire> ouaip, un peu d’écho

[20:38] <Taupo> Ben ça fait un peu l’attaque des clones

[20:38] <Taupo> un double

[20:38] <Bubar> double

[20:38] <Staulott> double

[20:38] <Pingouin> on entend en double, aussi fort les 2 voix

[20:38] <peremptoire> ca arrive aussi quand je fais des lives :/

[20:38] <Taupo> Ben ptet

[20:39] <peremptoire> tout dépend de votre installation

[20:39] <Taupo> Tu veux pas redémarrer Alan

[20:39] <Taupo> ?

[20:40] <Taupo> Putain c’est à pein bitable

[20:40] <Taupo> Débranche ton micro

[20:40] <peremptoire> le son est surement lancé deux fois ?

[20:40] <Taupo> non

[20:40] <Bubar> pas mieux

[20:40] <Pingouin> non pas de changement

[20:40] <Taupo> nope

[20:41] <peremptoire> sinon il faut faire attention a la sortie son

[20:41] <Pingouin> pas de soucis Alan

[20:41] <peremptoire> moi je fais le podcast par mumble

[20:42] <peremptoire> du coup je connais pas des masses pour skype

[20:42] <peremptoire> ce que je fais c’est que j’utilise 2 pc

[20:42] <peremptoire> un qui diffuse tout le son qu’il recoit, donc voix + jingle

[20:43] <peremptoire> et un autre que j’utilise uniquement pour parler

[20:44] <ben__>  t utilises quoi pour enregistrer, alan?

[20:44] == Tolaria[webchat@91.180.201.128] has joined #podcastscience

[20:46] == Gaetan[webchat@127.247.203.77.rev.sfr.net] has joined #podcastscience

[20:46] == Nicotupe[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has joined#podcastscience

[20:46] <Nicotupe> Saluuuuut

[20:46] == Robin__ [webchat@85-168-101-77.rev.numericable.fr] has joined #podcastscience

[20:47] <Dave__> il suffisait de ne dire des mots formés par le redoublement d’une syllabe et de n’en dire qu’une.  (sisi, quinquin, planplan, barbare, bonbon, pousse-pousse)

[20:47] <Xilrian> La prochaine foi on tente ca :p

[20:49] <Xilrian> On devrait vraiment commencer d’un instant à l’autre ^^

[20:49] <Dave__> on y croit

[20:50] <Xilrian> je maintient la tension pour vous faire patienter

[20:50] <Xilrian> :p

[20:50] <Dave__> vou n’avez jamais pensez à revenir au télégraphe

[20:51] <Dave__> je suis certain qu’il y avait moins de problème

[20:52] == Alan__[webchat@85.218.109.18] has quit [Ping timeout]

[20:52] <Bubar> moins de podcast aussi probablement

[20:52] <Xilrian> Bon a cause de toi nico est entrain de repartir sur des maths

[20:52] == ALan__[webchat@85.218.109.18] has joined #podcastscience

[20:53] <Xilrian> On relance :p

[20:53] <Dave__> cool

[20:53] <Xilrian> d’une seconde à l’autre ^^

[20:55] <Dave__> c’est mieux

[20:55] <Taupo> Pas d’écho

[20:55] <Bubar> Bien mieux

[20:55] <Pingouin> Ah voilà !!!

[20:55] <Taupo> si si

[20:55] <Pingouin> plus d’écho

[20:55] == Staulott [webchat@ppp-seco11pa2-46-193-131.219.wb.wifirst.net] has quit [Quit: Page closed]

[20:56] <ben__> hourrah

[20:56] == Staulott [webchat@ppp-seco11pa2-46-193-131.219.wb.wifirst.net] has joined #podcastscience

[20:56] <Taupo> Pas de mitraillette?

[20:56] <Taupo> roooooooooooooooooooooooh

[20:56] <Taupo> C’est quoi ces gros mots?

[20:57] <Taupo> Boh si quand même

[20:57] <Taupo> je révendique

[20:57] <Pingouin> Le son a l’air pas mal, il y a juste quelques parasites (mais pas trop genants)

[20:58] <Pingouin> Vous pouvez aller directement sur http://webchat.quakenet.org peut etre ?

[20:59] <Pingouin> pffff :-)

[20:59] == Nicotupe_[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has joined#podcastscience

[20:59] <Pingouin> lol

[21:00] <Taupo> C’était bordélique quand Alan était pas là

[21:00] <Nicotupe_> c’est faux

[21:00] <Taupo> (Signé le mauvais esprit)

[21:00] <Nicotupe_> Oh je suis double, salut Nicotupe

[21:00] <Nicotupe> Salut

[21:03] <Taupo> Il manque Nicotriple

[21:03] == Nicotriple[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has joined#podcastscience

[21:04] <Nicotriple> salut

[21:04] <Taupo> Il manque Léguman

[21:04] == Nicotriple[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has quit [Quit: Page closed]

[21:05] == Legumaaaan[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has joined#podcastscience

[21:05] <Legumaaaan> Les objets sont en danger, l’aspirateur veut tous les manegr

[21:05] <Legumaaaan> les carottes sont elles cuites?

[21:05] <Taupo> Il manque 1 million d’euros à mon compte en banque…

[21:06] == Tolaria[webchat@91.180.201.128] has quit [Ping timeout]

[21:06] <ALan__> Ooh! on a Leguman dans la chatroom? Quel honneur! Big fan!

[21:07] <Taupo> Il est trop occupé à changer de pseudo

[21:07] <Nicotupe_> meuh non

[21:07] <Xilrian> Tu veux dire que Legumaaaan serait …. ?

[21:07] <Nicotupe_> j’ai po d’idées :(

[21:07] == Legumaaaan[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has quit [Quit: Page closed]

[21:08] <Taupo> T’as qu’à dessiner Leguman

[21:08] <ALan__> :)

[21:08] <Taupo> La psycho à la ferme

[21:09] <Taupo> Je vois un dessin avec un cochon sur un divan

[21:11] == LaurentDo[webchat@men75-12-88-183-198-129.fbx.proxad.net] has joined#podcastscience

[21:17] == ben__ [webchat@208-183.104-92.cust.bluewin.ch] has quit [Ping timeout]

[21:19] <LaurentDo> Vincennes n’a pas été fermé mais transféré à St Denis…

[21:19] == Taupo [webchat@mar75-11-78-225-122-121.fbx.proxad.net] has quit [Quit: Page closed]

[21:20] <LaurentDo> Ca se retrouve un peu quand même. L’idée de faire cours les portes ouvertes

[21:20] <LaurentDo> étaient encore en vigueur dans certaines UFR (arts, psy, etc…)

[21:20] <LaurentDo> (St Denis est Paris 8)

[21:21] <Xilrian> <<<<

[21:21] <Xilrian> Yep ^^

[21:22] <Xilrian> Franck Lepage parlait de tout ca il me semble

[21:22] <Robin__> Ouaip

[21:22] <Xilrian> (dans son spectacle millitant inculture)

[21:22] <Robin__> C’est par lui que j’en ai entendu parlé la dernière fois

[21:22] <Xilrian> de même ^^

[21:22] <Robin__> Mais il en était question aussi dans un film sur de jeunes qui se lancent en politique vers 80

[21:23] <Xilrian> si t’as le titre ca m’intéresse ^^

[21:24] <Robin__> ça me fait aussi penser pas mal au “maitre ignorant” de Rancière

[21:24] <Robin__> Sur l’aspect une approche différente pour chacun

[21:25] <Robin__> “l’école du pouvoir”, téléfilm en deux parties

[21:25] <Robin__> pas mal du tout

[21:25] == Spydemon[~spydemon@81.31.87.92] has joined #podcastscience

[21:26] <Robin__> pas mal le dessin !!

[21:26] <Bubar> 800 personnes faut un grand divan…

[21:29] <Robin__> fait pas mal penser à Russel aussi

[21:30] <Robin__> écoloe libertaire, lutte pour la paix dans le monde…

[21:30] <Xilrian> j’essaye de trouver ca ^^

[21:34] <Nicotupe_> le prochain dessin sera une blague de matheux, c’est pour toi Robin__

[21:34] <Robin__> merci

[21:35] <Robin__> je suis touché

[21:38] <Robin__> ça valait le coup d’attendre !!

[21:38] <Robin__> Mais c’est vraiment pour les happy few, non ?

[21:39] <Nicotupe_> oui

[21:39] <Nicotupe> Moi j’ai compris

[21:39] <Robin__> Et tu as aimé ?

[21:40] <Nicotupe> en meme temps je me doutais ps qu’on utilisait congruence en dehors du monde des math

[21:40] <Robin__> Les maths sont partout

[21:41] <Pingouin> Comment peut on évaluer scientifiquement le résultat d’une thérapie ? La satisfaction du patient ?

[21:41] <Pingouin> (qui est une mesure subjective ?)

[21:44] <Bubar> La subjectivité dans ce cas est elle réellement un problème?

[21:46] == barBe [~barBe@rob76-7-88-184-99-104.fbx.proxad.net] has joined #podcastscience

[21:46] <barBe> bonsoir

[21:46] <Bubar> Dans la mesure où on se veut centré sur la personne, j’imagine que son ressenti est à prendre en compte forcément…

[21:46] <Bubar> (c’est en tout cas le cas pour l’évaluation de la douleur)

[21:47] <Pingouin> ok ok merci pour la réponse c’est intéressant !

[21:47] == Nicotupe[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has left#podcastscience []

[21:49] == peremptoire[webchat@abo-236-27-68.rns.modulonet.fr] has quit [Ping timeout]

[21:49] <Pingouin> Je posais la question car on accuse souvent les psychothérapies d’être dogmatiques et pas scientifiques ! Mais s’il y a des évaluations et des études qui prouvent l’efficacité cela change tout

[21:50] <Dave__> si pour autant que l’étude soit fiable, et dans ce domaine c’est toujours difficile

[21:51] <barBe> petu etre hors sujet mais

[21:52] <Robin__> En meme temps, dire qu’on s’adapte à chacun, et que c’est le rapport humain plus que la méthode, c’est se placer au moins aux marges de la science

[21:52] <barBe> j’ai l’impression que, de plus en plus, on a mis de coté le coté absolu de la medecine, et maintenant, on s’adapte a chaque personne.

[21:52] <barBe> que ce soit au niveau pharmacologique, psychologique ou autre

[21:53] <Pingouin> Barbe : tu parles des médicaments qui seront personnalisés ?

[21:53] <Dave__> heureusement, sauf dans le cas de pathologie qui sont surement bien défini

[21:54] <Dave__> mais là on parle de psychologie et non de psychiatrie

[21:56] <barBe> Pingouin je parle de posologie, de pédagogie etc

[21:57] <barBe> prendre en compte l’individu et non plus croire que nous sommes tous des clones pour qui la methode A est la seule à appliquer.

[21:58] <Pingouin> ok Barbe

[21:59] <LaurentDo> Est ce qu’on garde pas notre côté cartésien tellement français ?

[21:59] <Pingouin> Au contraire la psychanalyse n’est pas forcément très rationnelle, d’après un ami psy… (spécialiste des thérapies courtes)

[22:00] <Pingouin> Difficile de savoir si un thérapeute suit cette aproche centrée sur la personne, non ?

[22:00] <barBe> il faut surement discuter avec lui de sa methode

[22:00] <Robin__> j’avais entendu dire que la psychanalyse se plaçait en réaction à la science

[22:00] <Robin__> en protection, si on veut

[22:00] <barBe> mais, vous pensez que maintenant, il y a une sorte de “tyranie” de la psychanalise?

[22:01] <Robin__> pas d’idée sur la question

[22:01] <Robin__> connais pas assez….

[22:01] <Pingouin> dossier très intéressant une nouvelle fois ! merci Caro ! ^^

[22:01] <Robin__> ouaip, merci, passionnant

[22:01] <LaurentDo> Si demain au travail je dis nonante je saurais pourquoi… :)

[22:02] <Robin__> par contre, j’aurais plus dit octante que huitante, non ?

[22:03] <barBe> la raclette vaincra

[22:03] <Nicotupe_> mouais

[22:03] <Nicotupe_> huitante, octante…

[22:03] <Pingouin> lol le beluga :)

[22:03] <Nicotupe_> vive les chocolatines

[22:03] <Nicotupe_> et ceci n’est pas un message politique

[22:04] <Pingouin> “annyong haseyo”

[22:05] <LaurentDo> Y’a des gens qui en ont moins… :)

[22:09] <LaurentDo> Barbie a une voiture…

[22:09] <Dave__> une voiture rose

[22:09] <Pingouin> y’a pas de roues  et de trucs qui bougent dans le choix de faire une des études scientifiques …

[22:10] <Pingouin> (faire des)

[22:10] <Dave__> les fraises tournes

[22:13] <Robin__> waow, l’image du L de tetris, j’adore !

[22:14] <Robin__> j’utiliserai !!

[22:17] <barBe> info. ça serait tellement rigolo

[22:17] <LaurentDo> Info c’est une superbe Bd de…

[22:17] <LaurentDo> Mince j’ai oublié le nom !

[22:17] <Pingouin> j’ai entendu ça !  a propos d’internats…

[22:19] <Bubar> Info

[22:19] == Gaetan[webchat@127.247.203.77.rev.sfr.net] has quit [Ping timeout]

[22:19] <Bubar> j’ai fait un stage en maison d’arret, l’équipe infirmière avait l’air de dire que c’est vrai

[22:20] <Staulott> info je crois que ça été mentionné sur “tu moura moins bête”

[22:21] <LaurentDo> Voilà c’est la BD que je cherchais !!!

[22:21] <LaurentDo> Merci Staulott !

[22:21] <Staulott> de rien

[22:22] <Staulott>http://tumourrasmoinsbete.blogspot.fr/2012/04/vendredi-reglologie.html

[22:24] <LaurentDo> La tête du mec dans la classe est irresistible ! ;D

[22:25] <LaurentDo> C’est Staulott ! C’est pas moi !

[22:26] <Staulott> c’est pas bien grave

[22:27] <ALan__> oops pardon

[22:30] == Alexandru_[webchat@67.41.12.93.rev.sfr.net] has joined #podcastscience

[22:31] == Alexandru_[webchat@67.41.12.93.rev.sfr.net] has quit [Quit: Page closed]

[22:32] == Alxandru[webchat@67.41.12.93.rev.sfr.net] has joined #podcastscience

[22:32] <Alxandru> Zut jarrive trop tard

[22:33] == Staulott [webchat@ppp-seco11pa2-46-193-131.219.wb.wifirst.net] has left#podcastscience []

[22:33] == LaurentDo[webchat@men75-12-88-183-198-129.fbx.proxad.net] has quit [Quit: Page closed]

[22:34] == barBe [~barBe@rob76-7-88-184-99-104.fbx.proxad.net] has left #podcastscience []

[22:34] <ALan__> Ah oui, on vient de finir ;)


[22:37] <Bubar> Merci bien en tout cas! Pour mon premier live un sujet à ma porté d’infirmier psy

[22:38] <Bubar> Parce que j’avoue avoir saigné du nez en écoutant les nombres premiers hier (je découvre le podcast)

[22:40] <Bubar> Continuez, au revoir et bonne nuit!

[22:40] == Bubar [webchat@roa76-2-82-224-77-71.fbx.proxad.net] has quit [Quit: Page closed]

[22:45] == Dave__ [webchat@5-166.106-92.cust.bluewin.ch] has quit [Quit: Page closed]

[22:47] == Alxandru[webchat@67.41.12.93.rev.sfr.net] has quit [Ping timeout]

[22:57] == Nicotupe_[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has quit [Ping timeout]

[22:58] == pigu_ [webchat@208-183.104-92.cust.bluewin.ch] has joined #podcastscience

[22:59] == pigu_ [webchat@208-183.104-92.cust.bluewin.ch] has quit [Quit: Page closed]

[23:03] == noleia [webchat@208-183.104-92.cust.bluewin.ch] has quit [Quit: Page closed]

[23:04] == Pingouin[webchat@148.198.73.86.rev.sfr.net] has quit [Quit: Page closed]

[23:28] == Spydemon[~spydemon@81.31.87.92] has quit [EOF from client]

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Tout d’abord, pourquoi ce thème ? L’approche centrée sur la personne (ACP) s’est développée à partir des années 40 aux Etats-Unis et est devenue l’un des principaux courants de la psychologie clinique aux USA, alors qu’en Europe francophone,  elle ne figure pas parmi les courants les plus représentés chez les cliniciens et restent relativement méconnue du grand public. Elle est à la base de ce qui constitue le courant humaniste, et bien des obédiences lui accordent volontiers une place dans leur genèse.

Rogers est un fondateur majeur de la recherche scientifique en psychothérapie : il est le premier à s’être intéressé de façon systématique à l’étude des facteurs explicatifs de l’efficacité de la psychothérapie. Paradoxalement, il est actuellement chez nous l’un des moins enseignés à l’université.

Quelques rapides mots sur la psychologie clinique

Commençons par situer le champ de la psychologie clinique. La psychologie clinique se distingue par exemple de la psychologie sociale, de la psychologie expérimentale ou encore de la psychologie du développement, et elle se situait à ses débuts à l’intersection de la psychiatrie, de la psychologie générale et expérimentale, et des philosophies humanistes. Concrètement et de manière très schématique, je dirai que la psychologie clinique implique une relation entre un thérapeute et une personne, et ceci avec des visées thérapeutiques principalement (car il y a aussi des courants de recherche en psychologie clinique).

Contexte de la psychologie et de la psychiatrie avec quelques dates :

L’Approche Centrée sur la Personne (ACP) en quelques mots

Le parcours de Carl Rogers est assez atypique, comme nous le verrons dans un instant, mais ce qui le différencie grandement d’autres grands psychologues ou psychiatres influents, c’est que dès le début de sa carrière de psychologue, il s’est intéressé à ce qui pourrait favoriser le développement positif d’une personne, et son regard s’est particulièrement porté sur la personne du thérapeute. Ainsi dès les années 40, il a cherché à découvrir comment il pouvait parvenir à créer une relation que la personne puisse utiliser au développement de sa personnalité. Lorsqu’on parle de l’ACP, 3 conditions sont communément citées pour résumer les qualités dont doit faire preuve le thérapeute : il s’agit de l’empathie, du regard positif inconditionnel, et de la congruence (à comprendre dans le sens de l’authenticité du thérapeute). Rogers pensait que chaque personne a en elle la capacité de se comprendre, d’avancer et de savoir intuitivement ce qui est important pour elle.

Comme d’autres, Rogers refuse les conceptions voulant réduire l’être humain à un déterminisme en fonction de ses expériences douloureuses du passé. D’ailleurs dans l’appellation même de son approche, l’ACP, on perçoit la conception que Rogers a de l’être humain : il utilise dans un premier temps le terme « centré sur le client », ou « centré sur l’étudiant » dans le cadre de l’université, pour finalement employer « centré sur la personne ». Il y a là une nette volonté de donner la place à la personne, à son autonomie, en refusant la réduction qu’impliquent les termes tels que « patient » ou « malade ».

Carl Ransom Rogers

Carl Rogers (image Wikipédia)Carl Ransom Rogers est né en 1902 dans la banlieue de Chicago aux Etats-Unis. Il est le 4ème de 6 enfants, et grandit dans un foyer aimant, dont l’atmosphère se veut très religieuse, avec des règles strictes et des contacts sociaux restreints. Alors que le jeune Carl a 12 ans, le père décide de changer de profession : d’homme d’affaires reconnu dans la construction mécanique, il devient responsable d’une grande ferme qu’il est bien décidé à gérer de manière aussi scientifique que possible. Un des motifs du déménagement était que les parents souhaitaient protéger leurs enfants (alors adolescents) des tentations de la ville. Encouragé par son père, Carl développe de réelles expériences scientifiques qui lui permettent d’acquérir des connaissances méthodologiques. Tout naturellement au moment d’entrer à l’université, il choisit l’agronomie. Quittant le foyer familial, l’expérience de l’université se révèle libératrice. Carl s’engage dans un groupe de catéchistes géré par un professeur qui encourage le groupe à prendre ses décisions et qui refuse d’assumer le rôle de dirigeant. Cet exemple de leadership participatif a probablement eu un impact sur le développement futur de la vision de Carl Rogers.

Avant la fin de sa 2ème année à l’université, il est convaincu qu’il est appelé à devenir pasteur et change donc de faculté. Avec une douzaine d’autres étudiants américains, Carl est désigné pour prendre part à la conférence de la Fédération mondiale des étudiants chrétiens qui se tient à Pékin. Ce séjour de 6 mois représente une ouverture dans son développement spirituel et intellectuel. Il y développe son autonomie personnelle et découvre une culture totalement différente. Il prend conscience que des gens sincères et honnêtes peuvent avoir des conceptions religieuses et philosophiques très différentes des siennes. Progressivement Carl rompt avec ses références intellectuelles et religieuses passées, et c’est dans la profondeur de son expérience de la vie de groupe qu’il devient capable d’appréhender et d’apprécier les différences individuelles. (Ce dernier point est très intéressant car Rogers dira plus tard que c’est lorsque que la personne est en contact avec ce qui fait d’elle un être unique, qu’elle se rapproche des valeurs universelles.)

À son retour aux Etats-Unis, tout en poursuivant ses études en théologie, il s’inscrit à un cours par correspondance de psychologie. Ayant l’intention de devenir pasteur, Carl sert comme pasteur dans une petite ville durant sa première année au séminaire. Il réalise qu’il ne parvient pas à prêcher plus de vingt minutes, et surtout qu’il éprouve de la réticence à imposer ses vues à d’autres et de la répugnance à dire aux autres ce qu’ils devraient faire ou croire. Durant sa deuxième année au séminaire, Rogers et d’autres étudiants demandent la permission d’organiser un cours officiel sans professeur dont le programme serait uniquement élaboré à partir des questions des étudiants. Ce cours « sans dirigeant » se transforme en révélation puisque lorsqu’ils ont considéré honnêtement les questions soulevées, la plupart des participants de sont distancés de l’engagement pastoral. C’est à ce moment que Rogers réalise que son profond engagement à améliorer la vie sociale des individus l’empêche d’occuper une position qui exigerait de lui qu’il croie en une doctrine spécifique. Inquiet par ses découvertes, parallèlement à ses études religieuses, il suit quelques cours de psychologie au Teachers’ College de Columbia. Un cours de psychologie clinique lui permet de faire ses premières expériences avec des enfants perturbés. Progressivement Rogers abandonne l’idée de devenir pasteur et entreprend des études de psychologie (clinique et pédagogique). Quelques années plus tard, il consacre son travail de doctorat à la création d’un test de mesure de la capacité d’adaptation d’enfants de 9 à 13 ans. Son intérêt pour le travail avec les enfants lui permet d’obtenir une place à l’institut de guidance de l’enfant. Il est alors content de prendre un peu ses distances d’avec le Teachers’s College très influencé par la psychanalyse. Rogers refuse de s’allier à l’un ou l’autre des courants dominants de psychologie.

En 1928, il décroche son premier emploi en tant que psychologue au département d’études de l’enfant. Il est mal payé, pour un travail dans un domaine sans éclat et loin de la vie universitaire, mais est très satisfait de sa décision qu’il a prise de manière très intuitive. Ce point est intéressant puisque plus tard Rogers insistera pour que chacun fasse confiance à son propre « lieu d’évaluation interne » avant de prendre une décision ou d’évaluer une situation affective complexe. Sa pratique quotidienne lui fait réaliser que dans une situation pressante, même les théories les plus brillantes ne résistent pas au test de la réalité. Il découvre alors qu’il peut se considérer comme pionnier et prendre le risque de formuler ses propres idées à partir de son expérience et de ses rencontres quotidiennes avec les personnes venues chercher de l’aide. Il passe 12 années à Rochester, durant lesquelles il en vient à croire que chaque individu est capable de trouver sa propre route. Dès lors il se rend compte que pour la conduite de la thérapie, la tâche du thérapeute est de se fier au client. Il identifie quatre caractéristiques fondamentales de tout thérapeute : l’objectivité, le respect de l’individu, la compréhension de soi, et un savoir psychologique (c’est-à-dire une connaissance fondamentale du comportement humain et de ses déterminants physiques, sociaux et psychologiques).

En 1939, bien qu’engagé comme directeur du Centre de guidance, Rogers accepte un poste de professeur à l’université de l’Etat d’Ohio. Dès la prise de ses nouvelles fonctions, Rogers est très actif et productif : il organise des stages en consultations et en psychothérapie, participe à divers comités, et propose de nombreuses publications et conférences. Il critique  les vieilles méthodes et s’intéresse aux nouveaux domaines de la psychologie et à une nouvelle conception de la psychologie dont le but n’est pas de résoudre des problèmes mais davantage d’aider des individus à grandir et à mûrir pour mieux s’intégrer dans la vie en général. Parmi les autres aspects qu’il aborde, il y a l’importance accordée aux sentiments et aux émotions plutôt qu’aux aspects cognitifs d’une situation, l’attention portée au présent plutôt qu’au passé, et l’importance essentielle de la relation thérapeutique elle-même comme élément primordial dans l’évolution de la personne. Il commence à se faire une place, et son deuxième ouvrage « Councelling and psychotherapy » reçoit un accueil divisé du public : certains le considère très novateur et intéressant, alors que d’autres se sentent menacés dans leur position de thérapeute tout-puissant face aux patients. Son rôle de professeur à l’université se démarque également de celui de ses confrères : il manifeste encouragements et respect envers ses étudiants qu’il traite en égaux, leur permettant souvent d’évaluer eux-mêmes leur travail.

En 1945, Rogers rejoint l’université de Chicago pour y créer un centre d’aide personnelle (centre de consultation). Fidèle à ses principes et croyant dans la capacité du groupe à trouver sa propre route, il refuse d’exercer son autorité de manière habituelle et œuvre à établir un climat démocratique où le partage du pouvoir devient une réalité (il rencontre néanmoins des difficultés pour que l’administration de l’université accepte son refus de diriger le centre de manière traditionnelle).

Dans son 3ème ouvrage parut en 1951, « Client Centered Therapy », il traite des applications de l’approche centrée sur le client non seulement à la thérapie individuelle, mais aussi à la thérapie par le jeu, au travail de groupe, au leadership, aux rôles administratifs, à l’enseignement et à la formation. Son livre remporte un énorme succès, et en 1956 il reçoit le prix de la contribution scientifique décerné par l’American Psychological Association. Durant ses 12 années d’activités au centre d’aide de Chicago, il contribue largement à démystifier les relations thérapeutiques et à les rendre accessible à un public plus large que uniquement celui des chercheurs scientifiques. C’est à cette période qu’il élabore ce qu’il appelle « les conditions nécessaires et suffisantes pour un changement thérapeutique de la personnalité » (conditions qui seront évoquées plus loin).

En 1961 il publie « On becoming a person », (un de ses ouvrages les plus connus encore aujourd’hui), qui le propulse du jour au lendemain sur le devant de la scène et lui apporte une réputation et influence bien au-delà du monde professionnel de la psychologie. Il profite de ce succès pour quitter l’université et rejoindre en Californie (en 1963) un de ses anciens étudiants ayant créé l’ « Institut des sciences du comportement de l’Ouest », principalement intéressé par la recherche avec une orientation humaniste. Considéré alors dans toute l’Amérique comme un vieux routard de la rencontre, il s’engage à fond dans les groupes, et retrouve plaisir à travailler avec une population « normale ». Il fait confiance à la sagesse des petits groupes avec la même assurance que celle qu’il a pour les clients individuels. Il découvre qu’il lui est aussi possible d’utiliser le cadre des groupes pour son propre développement. Il exprime de mieux en mieux ses propres sentiments et prend davantage de « risques » personnels dans ses relations. Ces changements s’accompagnent d’un intérêt croissant pour l’application des principes de « centration sur le client » à d’autres structures que le cabinet de thérapie.

Rogers quitte ensuite l’institut pour fonder avec d’autres « le Centre de recherche sur la personne ». Le centre réunit très vite 40 personnes, toutes venues de disciplines différentes. L’organisation du centre est telle que chaque membre est libre de faire ce qui l’intéresse tout en bénéficiant de personnes se trouvant dans les mêmes dispositions. C’est dans ces conditions que Rogers poursuit une vie professionnelle très active pour les 20 années qui suivent. Au cours de cette dernière période, Rogers ne revient qu’épisodiquement sur les problèmes de la psychothérapie individuelle, son intérêt se portant de plus en plus vers les soucis de la vie de tous les jours ou vers les problèmes auxquels se trouve confrontée la communauté humaine toute entière. Pendant cette période, et souvent avec l’aide de sa fille Natalie, il entreprend des séries de stages de grands groupes, où son approche est appliquée à des groupes de 75 à 800 personnes. Il se sert de plus en plus de l’expression « centré sur la personne » lorsqu’il applique son approche à des structures autres que la psychothérapie. Cette évolution le conduit finalement à envisager sa méthode dans le cadre de conflits internationaux. Effectivement, dans les dernières années de sa vie, Rogers se montre très soucieux de faire quelque chose pour la paix mondiale et pour le dépassement des frontières culturelles ou raciales. À plus de 70 ans, puis plus de 80, Rogers traverse le monde et répand ses idées là où les tensions et conflits forment une réalité quotidienne (Irlande du Nord, Afrique du Sud, Pologne, Russie, etc.). Dans chaque pays il parle de son œuvre, mais aussi il participe activement à des stages ou des séminaires de manière à ce que les gens aient la possibilité, même brièvement, de réagir les uns aux autres d’une manière centrée sur la personne. A la fin de 1985, il parvient à réunir en Autriche un certain nombre de dirigeants importants de 17 pays dans le cadre d’une conférence sur « le défi de l’Amérique centrale ». Cette conférence fournit un bel exemple de son engagement à œuvrer pour la paix mondiale. Quelques mois avant sa mort, Rogers affirme que son activité pour la paix (il a crée le « Peace Project » alors qu’il était âgé de 82 ans) fait partie de ses toutes premières priorités. Lorsque Rogers meurt en 1987, il vient d’être proposer pour le prix Nobel de la Paix.

Au cours de sa vie, Carl Rogers a écrit 16 ouvrages et plus de 200 articles. Toute sa vie il a lutté contre les dogmatismes et les rigidités théoriques et pratiques. Parmi ses importantes contributions, on peut noter le « counselling », les groupes de rencontres, les grands séminaires (workshops) de communication personnelle (interpersonnelle). Il s’est montré également un précurseur en ce qui concerne les modalités fines d’évaluation et des processus de formation favorisant l’autonomie et la progression personnelle. Dans le domaine de la recherche, sa voie non directive a également permis de nouveaux développements (enquêtes).

Les fondements théoriques de l’Approche Centrée sur la personne

L’actualisation :
Comme énoncé précédemment, Rogers pensait que chaque être humain est en mesure de savoir ce qui est bon pour lui. Selon lui il existe donc chez tous les organismes vivants une tendance à l’actualisation, ou à la réalisation de soi. Cette tendance à l’actualisation représente un des fondements de l’ACP, comme une confiance qu’il existe chez chacun une force directionnelle constructive allant vers la réalisation de son potentiel. En ACP, le thérapeute est donc convaincu que les individus et les groupes sont en mesure de définir leurs propres buts et décider de leur propre cheminement. Ce point est intéressant dans des contextes relatifs à l’enfance, la formation ou le monde professionnel où les systèmes dominants ont tendance à manifester un besoin constant de contrôle, de guidance ou de surveillance.

On voit donc que dans le contexte des années 50, où les courants principaux et dominants étaient ceux de la psychanalyse et du behaviorisme, Rogers se démarquait clairement par son approche résolument humaniste, positive et bienveillante.

Les conditions nécessaires et suffisantes d’une modification thérapeutique de la personnalité :

  1. L’existence d’un contact psychologique entre 2 personnes (relation entre 2 personnes)
  2. L’existence chez la première, appelée client, d’une discordance intérieure, d’une vulnérabilité ou d’une anxiété (l’état du client – la présence d’une divergence entre le véritable vécu de l’organisme et la manière dont le sujet se représente dans ce vécu)
  3. L’existence chez la seconde, appelée thérapeute, d’une concordance intérieure – congruence – ou d’une véritable intégrité relationnelle (authenticité relationnelle du thérapeute)
  4. L’existence chez le thérapeute d’une considération – ou d’un regard – inconditionnellement positif (opposé d’une attitude d’évaluation par exemple)
  5. L’existence, chez le thérapeute, d’une compréhension empathique du système de références propre au client et la volonté de lui faire partager cette compréhension (« pénétrer dans l’univers intime du client comme s’il s’agissant du sien, mais sans jamais perdre de vue le « comme si » – élément essentiel de la thérapie)
  6. La perception, au moins embryonnaire, par le client de la compréhension empathique et de la considération positive inconditionnelle que lui porte le thérapeute

Rogers et la recherche

La théorie et la recherche ont occupé une place centrale durant les 35 premières années de la carrière de Rogers. Conjointement avec 2 confrères, il a d’ailleurs reçu en 1956, le prix de l’American Psychological Association en reconnaissance d’une contribution scientifique de premier plan.

La recherche sur la psychothérapie
Rogers et un de ses étudiants avaient mis au point leur propre dispositif d’enregistrement. Ils avaient donc enregistré puis retranscrit une centaine d’entretiens, et en 1942 ils ont publié intégralement le « cas d’Herbert Ryan ». Ceci a permis aux professionnels de prendre conscience de l’apport considérable de ce nouvel outil aux progrès de la psychothérapie.

Pour situer ceci dans le contexte de la fin des années 30 – début des années 40, pour procéder à des enregistrements intégraux des entretiens, Rogers et son comparse avaient besoin de deux phonographes, dont le second prenait le relais du premier toutes les 3 minutes environ, ceci pendant qu’on retournait ou enlevait les disques. Très rapidement, Rogers et Covner (le comparse) ont rassemblé une collection de plus de 400 disques double face. Cette technique s’est ensuite développée (et heureusement améliorée !) et sa diffusion à entraîné de nouvelles impulsions pour les recherches de Rogers comme pour celles d’autres psychologues ou chercheurs. Après l’enregistrement, la transcription de ces entretiens permettait ensuite la conduite de recherches plus systématiques, d’étudier chaque échange, d’en observer l’impact, etc. Il trouvait aussi cette technique très utile pour la formation des futurs thérapeutes à l’université.
L’analyse de ces enregistrements ont permis une nouvelle compréhension des concepts de résistance et d’insight par exemple (la résistance représenterait une sorte de force psychique activée par le patient afin de ne pas accéder à son propre inconscient, une sorte de résistance aux propositions et interprétations du psychanalyste). En ce qui concerne la résistance, phénomène trop souvent imputé à la personne et souffrant du jugement du thérapeute, Rogers et ses collègues arrivent à la conclusion que le thérapeute est entièrement responsable de cette résistance, qu’elle résulte d’une investigation trop poussée ou d’une interprétation prématurée par exemple. En tout les cas, en ACP, lorsque la personne manifeste des résistances, c’est que le thérapeute n’a pas su écouter suffisamment finement ce qui lui était dit. En ce qui concerne l’« insight », où la compréhension de soi en quelque sorte, les enregistrements ont également permis de repérer clairement les progrès de l’auto-compréhension et l’évolution positive de la personne entretien après entretien (ou comment sa perception et sa représentation d’elle-même se modifient – modification du processus de symbolisation).

Rogers a donc largement contribué au développement de la recherche, en particulier sur l’efficacité des thérapies et la place du thérapeute, ainsi que sur ce qui lui permettait de développer sa conception de l’être humain. Il a également travaillé au développement de différents outils d’évaluation. Au cours de ses recherches, Rogers a évidemment cherché à découvrir si ce qui n’était au départ que des hypothèses était susceptible d’être validé. Dès la fin des années 40, il s’est donc intéressé aux travaux de ses contemporains. Ainsi par exemple il estime que ses « 6 conditions nécessaires et suffisantes pour le développement positif d’une personne » font l’objet de validations (il cite entre autres des travaux qui confirment la place centrale de la communication empathique et de l’importance d’un regard inconditionnellement positif perçu comme tel par la personne.) Il recourt à la même démarche pour ce qui concerne les caractéristiques du processus thérapeutique, démarche qui lui permet de trouver des validations chez des auteurs différents et variés.

L’ACP s’est développée dans des domaines autres que la psychothérapie, et le courant humaniste en psychologie a grandement bénéficié de son influence. D’ailleurs le succès des psychothérapies humanistes se mesure par le fait que nombre de leurs concepts ont été largement repris. On peut retrouver certaines de ses idées dans de nombreuses autres approches : dans les années 80, reprise d’éléments des thérapies humanistes par la psychanalyse relationnelle, l’entretien motivationnel, voire les TCC, et plus récemment, c’est la psychologie positive qui a repris les postulats humanistes, ou encore par exemple : l’importance de l’émotion, intégrée comme fondamentale dans les thérapies humanistes, est confirmé actuellement par les courants de recherche d’orientations diverses.

Les études actuelles confirment ce que Rogers a avancé depuis de nombreuses décennies à savoir l’importance de l’empathie et de la relation thérapeutique. Par exemple, Norcross (2002), Lambert et Ogles (2004) affirment que les intervenants les plus efficaces en psychothérapie sont ceux qui arrivent à créer une relation significative de qualité avec leurs clients). Une méta-analyse de Cooper (2004) présente les preuves du caractère central des facteurs liés à la relation pour la réussite des thérapies. Sans oublier Wampold (2001) qui avance que 8% de la variance du changement thérapeutique s’explique par l’utilisation de techniques spécifiques, et 92%, par les facteurs communs à toutes les psychothérapies.

Et pour terminer une petite quote (Rogers, 1961): ;-)

« Life, at its best, is a flowing, changing process in which nothing is fixed. » (« La vie à son meilleur est un processus fluide et changeant dans lequel rien n’est fixé. »)

Petite bibliographie

  • Rogers, C., (2001) « L’approche centrée sur la personne – Anthologie de textes présenté par Howard Kirschenbaum et Valérie Land Henderson », Lausanne : Editions Randin
  • Un article sur l’écoute selon l’approche centrée sur la personne par J.-M. Randin : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2008-1-p-71.htm
  • Thorne B., (1994), « Comprendre Carl Rogers », Toulouse : Editions Privat
  • Tous les ouvrages de Carl Rogers bien sûr !

Et un lien intéressant permettant de découvrir Carl Rogers à l’œuvre dans une émission de 1965 qui se proposait de présenter trois approches en psychothérapie :

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Le “Cocktail-Party Effect”

On 25.10.2012, in Dossiers, by Alan Vonlanthen
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Dossier diffusé dans le cadre de notre live public à l’ESPGG “les sciences de l’apéro

De mon côté, si j’avais parlé d’alcool, ça aurait certainement été pour évoquer ses ravages… Et je ne voulais pas plomber l’ambiance… Du coup, je me suis rabattu sur un autre sujet scientifique qui contient le mot cocktail. Élégant, non?

Avez-vous déjà essayé de comprendre ce que dit votre interlocuteur dans un brouhaha comme celui-ci, lorsque tout le monde parle en même temps, de tout, et bien sûr, tous plus fort les uns que les autres ?

Ce soir, je vais vous parler du Cocktail Party Effect, une capacité étonnante du cerveau humain à se concentrer sur une conversation en particulier malgré le bruit environnant. Le matériel électronique plus sophistiqué est encore parfaitement incapable de réaliser une telle prouesse.

Vous ne croyez pas que le cerveau humain ait cette capacité que les ordinateurs cherchent encore à imiter ? Démonstration.

Trouvez un être humain, petit, gros, moyen, mâle ou femelle, n’importe quel spécimen doué d’audition fera l’affaire. Et faites-lui écouter ceci.

Brouhahesque, hein? Et bien maintenant, refaites-lui écouter la séquence en lui passant la consigne suivante:

Repérer la voix qui dit “Johnny” et indiquer quel chiffre et quelle couleur sont énoncés.

En fonction de la qualité de l’enregistrement, votre humain devra peut-être s’y reprendre à deux ou trois fois. Mais il y parviendra.

Vérification:

C’était juste? Passons maintenant à la seconde consigne:

Repérer la voix qui dit “Lapin” et indiquer le chiffre et la couleur

Il a trouvé? On vérifie :

L’air de rien, ça demande du processeur ce truc-là. L’oreille convertit l’onde sonore en une onde électrique et transmet cette dernière au cerveau, comme le ferait un microphone. C’est purement mécanique, il n’y a aucune intelligence dans le processus.

L’oreille ne peut pas faire sens de ce qu’elle perçoit. Elle reçoit un brouhaha en entrée? Elle renvoie un brouhaha en sortie, au cerveau.

Si vous faites du montage audio par ordinateur, vous savez qu’à moins de travailler avec des pistes distinctes, isoler les différents sons d’un enregistrement relève pratiquement de l’impossible. Si on veut un résultat décent, cela demande des heures et des heures de travail pour quelques minutes d’enregistrement. Et pourtant, votre cerveau fait cela en temps réel sans même que vous ne vous en aperceviez.

Epatant, non?

Manchot Royal (Wikipédia)Bon vous devez sans doute vous dire que ce n’est pas n’importe quel cerveau. C’est qu’il a du CPU, l’Homo Sapiens… Et bien, dans ce cas, il n’est pas le seul! Figurez-vous que nous partageons cette propriété suprenante avec certains oiseaux, dont le manchot royal. Question d’élégance, sans doute; c’est l’une des rares créatures à porter le smoking.

Dans une colonie de 80’000 individus, tous blottis les uns contre les autres, et piaillant à qui mieux mieux, c’est par un phénomène tout à fait similaire que les parents et les petits parviennent à se reconnaître et se retrouver.

De la psychologie aux neurosciences

Cela fait un moment que les psychologues connaissaient cette capacité du cerveau humain à l’attention sélective. Le britannique Donald Broadbent avait modélisé en 1958 déjà le concept de “filtre attentionnel”, soit cette aptitude consistant à éliminer ce sur quoi nous ne cherchons pas à focaliser notre attention.

Son oeuvre a servi de point de départ à des travaux ultérieurs, notamment ceux d’Anne Treisman, également psychologue et britannique, qui préférait parler de modèle d’atténuation. Son approche propose que le cerveau continue de prêter une oreille – si j’ose dire – au reste du spectre sonore. Une sorte de mode veille qui fait basculer notre attention lorsque certains mots-clés – comme notre propre nom, par exemple, surgissent dans la conversation d’à-côté. Depuis 60 ans, ce modèle théorique n’a jamais cessé d’évoluer. On vient par exemple de découvrir qu’on ne fait pas attention à un son qui disparaît. Tandis qu’un son qui apparaît, en revanche, mobilise immédiatement l’attention (ce qui fait sens quand on y pense. Un son qui apparaît peut signifier un danger, mieux vaut être vigilant!)

Pour en revenir au Cocktail Party Effect:  jusqu’à récemment, les neurosciences n’avaient pas pu confirmer les modèles des psychologues. En effet, tout ce qui touche au langage va beaucoup trop vite pour être observé sous IRM fonctionnelle (cette fameuse technique qui permet de voir s’activer les zones cérébrales en temps réel mais qui souffre d’un petit temps de latence).

Dans un étude publiée dans la revue Nature au printemps 2012, une équipe de chercheurs de l’Université de Californie à San Francisco a donc eu la brillante idée de tester des personnes qui avaient déjà des électrodes implantées dans le cerveau, dans le cadre de la surveillance de crises d’épilepsie avant une intervention chirurgicale.

Les sujets ont dû se livrer au même exercice que notre Homo Sapiens de tout à l’heure (trouver le Johnny rouge et le lapin vert).

Lorsque les sujets arrivaient à se concentrer, les chercheurs voyaient distinctement qu’un canal était comme effacé dans le cerveau des patients, comme si la 2e voix n’existait simplement pas. Après quelques répétitions, les chercheurs pouvaient même savoir, sans rien entendre, juste en monitorant l’activité cérébrale des sujets, sur laquelle des deux voix leur attention était fixée!

Cette recherche a confirmé deux choses: d’une part, le Cocktail Party Effect, tel que modélisé pas les psychologues, est bel et bien observable au niveau neurologique.

D’autre part, le son est traité à peine parvenu dans le cerveau. Les premières zones du cortex ne proposent pas simplement une représentation du stimulus original, mais déjà une représentation filtrée, soit ce que le sujet en fait!  Epatant, non?

Alors lors de votre prochaine conversation dans un bar bruyant, si vous avez un peu de peine à capter certaines fins de phrases, ne râlez pas contre vos oreilles. Parce qu’elles n’y sont pour rien… Mais réjouissez-vous de l’équipement formidable qui se trouve entre deux… Qu’il s’agisse de votre cerveau ou de celui des manchots, non seulement, les ordinateurs ne lui arrivent pas à la cheville… Mais en plus, ils sont ridicules en tenue de soirée!

Le Cocktail Party Effect n’est pas à la portée du premier venu… Cela demande définitivement une certaine classe!

Sources :

 

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La science des introvertis

On 20.09.2012, in Dossiers, by Alan Vonlanthen
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Cet été, j’ai eu le temps de me mettre à jour dans mes podcasts. En écoutant le dernier Place de la Toile de la saison (en passant, c’est une excellente émission de Xavier Delaporte sur France Culture, qui s’intéresse aux liens entre technologies et société qu’il est vivement recommandé de podcaster), j’ai eu l’occasion d’entendre une interview de Clive Thomson, un journaliste tech canadien qui réfléchit beaucoup sur les questions numériques et qui cassait pour l’occasion quelques idées reçues sur les formes de communication numérique qui nuiraient à la communication en face à face. Il n’arrêtait pas de répéter que la science avait découvert ceci et cela au sujet des introvertis et de leur rapport aux technologies en citant un livre de Susan Cain.

Cela a titillé en moi aussi bien l’introverti que le fan de sciences : la science a-t-elle effectivement quelque chose à dire sur les introvertis? Qui est cette Susan Cain? En tout cas un truc est sûr, au sujet des nouvelles technologies, c’est qu’elles vous simplifient parfois pas mal la vie. Je me trouvais au bord de la Baltique à mille milles de toute librairie anglophone et paf, 30 secondes après avoir dégainé ma liseuse 3G, j’étais en train de feuilleter ma nouvelle acquisition intitulée “Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking” (ou Silencieux: le pouvoir des introvertis dans un monde qui ne peut s’arrêter de parler)”. J’en ai eu pour mon argent car il s’agit en fait de 3 livres en 1. Un ouvrage de self-help typiquement américain (genre comment gérer vos gosses introvertis sans faire de dégâts), bof. Une espèce de journal initiatico-intime où l’auteure raconte son propre parcours d’introvertie dans un monde où l’extraversion règne en norme, rebof. Et enfin, un bon bouquin de science populaire, représentant des années de recherche et d’enquête soigneusement documentées et agréablement présentées (même si on sent que c’est son premier essai du genre. J’ai quand même eu peu mal aux yeux en lisant que les souris et les rats étaient des mammifères primitifs, par exemple, entre autres boulettes du genre…)

C’est bien sûr de ce 3e aspect du livre que nous allons parler. J’y ai appris un nombre de trucs incroyables, que je soupçonnais sans doute intuitivement pour certains d’entre eux mais sans les avoir vraiment considérés sous cet angle, comme par exemple, que les bureaux en open-space réduisent la productivité et affectent la mémoire. Que les entreprises qui fonctionnent le mieux ne sont pas celles dont les patrons charismatiques écrasent tout le monde de leur égo gigantesque. Qu’introversion et timidité n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Que l’extraversion n’a pas toujours été la norme. Que 30-50% de la population américaine est introvertie malgré les apparences et préférerait souvent lire un bon bouquin peinard plutôt que de socialiser à tours de bras. Que certaines cultures, notamment orientales, valorisent l’introversion…

Une petite mise en garde s’impose, bien sûr, les travaux présentés dans ce livre ne sont pas de la physique newtonienne. Amateurs de sciences dures, il est encore temps de fuir. Les travaux en psycho, s’ils respectent rigoureusement la démarche et la rigueur scientifique, sont si complexes dans leurs postulats et dans le nombre de variables influençant leurs résultats que de nouveaux faits ou de nouveaux éclairages peuvent plus souvent encore que dans d’autres domaines les remettre en question. Ce que vous lirez ici n’est pas à graver dans le marbre.

L’idéal extraverti

L’introversion, dans la lignée de la sensibilité, du sérieux et de la timidité, est devenue selon l’expression de l’auteure, un trait de personnalité de seconde zone, quelque part entre la déception et la pathologie. Les introvertis vivant dans une culture qu’elle appelle “de l’idéal extraverti” sont un peu comme des femmes dans un monde d’hommes, marginalisés à cause d’une composante essentielle de leur identité. L’extraversion est un style de personnalité extrêmement attirant, mais c’est également devenu un standard oppressant auquel la plupart d’entre nous pensent devoir se conformer. L’idéal extraverti a été documenté dans de nombreuses recherches, bien que cela n’ait jamais constitué un corpus regroupé sous cette bannière-là. Les gens bavards par exemple, sont jugés plus intelligents, plus présentables, plus intéressants et plus désirables en tant qu’amis. La rapidité d’élocution est aussi importante que le volume: nous considérons les locuteurs rapides comme plus compétents et plus appréciables que les locuteurs plus lents.  Même le mot “introverti” est stigmatisé. Et pourtant, sans introvertis, nous n’aurions pas la Loi Universelle de la Gravitation, ni la Théorie de la Relativité Générale, les Nocturnes de Chopin, (à) la Recherche du Temps Perdu, Peter Pan, 1984, E.T., Google, Harry Potter. Qu’on ait besoin d’être au calme pour bien travailler ou pas, la plupart d’entre nous travaillons au sein d’organisations qui insistent pour que nous travaillions en équipes, dans des bureaux sans murs, pour des employeurs qui valorisent “les compétences interpersonnelles” par-dessus tout. Pour progresser dans nos carrières, nous devons assurer notre propre promotion sans vergogne.

Qu’entend-on exactement par extraverti et introverti?

Pour définir intro- et extraversion, l’auteure part du concept popularisé par le psychiatre suisse-allemand Carl Gustav Jung en 1921 dans ses types psychologiques: Jung voyait l’introversion et l’extraversion comme les briques de base de la personnalité: les introvertis sont attirés par le monde intérieur des idées et des émotions. Les extravertis sont attirés  par la vie sociale et les activités. Les introvertis se concentrent sur le sens qu’ils donnent aux événements qui les entourent, les extravertis plongent au coeur des événements eux-mêmes. Les introvertis rechargent leurs batteries en étant seuls tandis que les extravertis ressentent le besoin de les recharger lorsqu’ils ne socialisent pas assez. Le fameux test de personnalisé Myers-Briggs Indicator, massivement utilisé aux Etats-Unis, est basé sur la typologie de Jung. On notera au passage que si le test lui-même et ses indicateurs sont évidemment controversés dans la communauté scientifique, l’axe Introversion-Extraversion a été reconnu en 1991 par l’Académie Nationale des Sciences (américaine) comme jouissant d’une forte validité. Et les psychologues modernes semblent tomber d’accord sur le fait qu’ introvertis et extravertis diffèrent quant au niveau de stimulation extérieure dont ils ont besoin pour fonctionner de manière optimale. Les introvertis se sentent “juste bien” avec un niveau réduit de stimulation, par exemple en buvant un verre avec un(e) ami(e), en jouant aux mots croisés, en lisant un livre. Les extravertis se sentent dans leur élément quand ils rencontrent de nouvelles personnes, prennent des risques ou mettent la musique à fond. L’auteure y va de quelques raccourcis, histoire de fixer rapidement le décor:

Les extravertis ajoutent de la vie aux dîners, rient volontiers à vos blagues. Ils tendent à être affirmés, dominants et ont un grand besoin de compagnie. Ils pensent à haute-voix, ont les pieds bien sur terre, préfèrent parler à écouter, sont rarement à court de sujets de conversation et occasionnellement disent des choses qu’ils ne pensaient pas. Ils sont à l’aise avec le conflit, mais pas avec la solitude. Les introvertis, en revanche, peuvent être doués de bonnes compétences sociales, apprécier les fêtes et les réunions de travail, mais après un petit moment, souhaiteraient être chez eux, dans leur pyjama. Ils préfèrent consacrer leur énergie sociale à leurs amis, collègues et famille. Ils écoutent plus qu’ils ne parlent. Réfléchissent avant de parler et ont souvent l’impression de s’exprimer mieux par écrit que par oral. Ils n’aiment pas trop le conflit. Beaucoup tiennent en horreur les conversations sur la pluie et le beau temps et apprécient les discussions profondes.

Mais attention à ne pas confondre introversion et timidité: tous les introvertis ne sont pas nécessairement timides. La timidité est une peur de la réprobation ou de l’humiliation publique, tandis que l’introversion est une préférence pour les environnements qui ne sont pas sur-stimulants. La timidité est intrinsèquement pénible. L’introversion pas. On peut être introverti sans être timide du tout, comme Bill Gates par exemple qui semble totalement imperturbable face à l’opinion des autres. Enfin, la plupart des introvertis sont hyper-sensibles. Ou plutôt, on ne sait pas combien d’introvertis sont hyper-sensibles mais on sait que 70% des hyper-sensibles sont introvertis. La première partie du livre raconte comment et quand l’extraversion est devenue une norme aux Etats-Unis. C’est très intéressant, mais je vous propose de zapper. Concentrons-nous sur la partie suivante.

L’introversion, innée ou acquise?

L’introversion a-t-elle un fondement génétique? C’est la question que se sont posé des chercheurs. Notamment Jerome Kagan, un ponte de la  psychologie du développement, octogénaire, et toujours actif! Il a consacré sa longue carrière à étudier le développement émotionnel et cognitif chez les enfants. Il a réalisé une série d’études longitudinales qui lui ont permis de suivre les mêmes personnes de leur naissance à leur vie adulte, tout en documentant les aspects de leur physiologie et de leur personnalités.  Pour l’une de ces études, démarrée en 1989 et toujours en cours, Kagan et son équipe ont réuni 500 enfants de 4 mois dans leur laboratoire de Harvard en pensant pouvoir prédire, au terme d’une évaluation de 45 minutes, quels bébés avaient le plus de chances de devenir introvertis ou extravertis. Ça paraît un peu gonflé pour quiconque connaît les bébés de 4 mois mais Kagan avait déjà de la bouteille en 1989 et avait sa petite hypothèse en tête. L’évaluation en question consistait à faire écouter aux bébés des enregistrements de voix fortes et de ballons en train d’éclater,  leur montrer des mobiles colorés bougeant à toute vitesse sous leurs yeux et enfin leur faire sentir des cotons-tiges imbibés d’alcool. Et les observations ont été systématiquement recueillies. Environ 20% des enfants ont pleuré vigoureusement en remuant bras et jambes. Kagan a baptisé ce groupe les “hautement réactifs”. Environ 40% des enfants sont restés tranquilles malgré les stimuli. Kagan leur a collé l’étiquette “faiblement réactifs”. Enfin, les 40% restants tombaient entre les deux extrêmes. Kagan a prédit que les enfants hautement réactifs (les plus agités, donc) seraient probablement les adolescents les plus réservés. Ces enfants sont retournés régulièrement dans le labo de Kagan. A deux ans, ils ont rencontré une dame portant un masque à gaz, puis un clown et un robot télécommandé. A sept ans, ils devaient jouer avec des enfants qu’ils n’avaient encore jamais rencontrés. À 11 ans, ils devaient raconter leur vie à un adulte qu’ils ne connaissaient pas. L’équipe de Kagan a soigneusement noté toutes ses observations du comportement des enfants face à ces situations étranges: de leur langage corporel à la spontanéité de leur rire, leur langage, leur sourire. Ils ont également interviewé les enfants et leur parents pour avoir une idée de leur comportement hors du labo. Préféraient-ils jouer avec un ou deux copains ou faire la fête avec tout le quartier? Aimaient-ils visiter des lieux inconnus? Avaient-ils tendance à prendre des risques ou à être prudents? Se voyaient-ils plutôt timides ou hardis?

Beaucoup de ces enfants sont devenus exactement ce que Kagan avait prévu. Les 20% d’enfants hautement réactifs, très agités en présence de stimuli excitants ont développé une personnalité sérieuse et prudente. Les enfants  faiblement réactifs, ceux qui restaient imperturbables malgré le bruit, les couleurs, les mouvements et les odeurs, ont développé une personnalité confiante et décontractée. La haute et la faible réactivité tendaient  à correspondre, en d’autres termes, à l’introversion et respectivement l’extraversion.

Les psychologues insistent sur la différence entre “tempérament” et “personnalité”. Le tempérament fait référence à des types de réponses émotionnelles et comportementales innées, observées dans la petite enfance. La personnalité est l’infusion complexe qui émerge une fois que l’influence culturelle et l’expérience personnelle ont laissé leur empreinte.  Si le tempérament représente les fondations, la personnalité représente le bâtiment. Les travaux de Kagan ont permis d’établir un lien entre certains tempéraments d’enfants et leur styles de personnalités d’adolescents.

La physiologie de l’introversion

Amygdales vues du dessous (Wikipédia)En plus de mesurer le comportement des enfants face à ces situations étranges, l’équipe de Kagan a également mesuré leurs rythmes cardiaques, tension artérielle, température digitale et d’autres propriétés du système nerveux. Kagan a choisi ces indicateurs car on pense qu’ils sont contrôlés par un organe puissant au sein du cerveau appelé l’amygdale (ou le complexe amygdalien), commun à tous les mammifères, au sein du système limbique et qui contrôle mémoire, émotions, réponses aux stresses. L’amygdale est en quelque sorte la table d’aiguillage des émotions, elle reçoit l’information via les sens et commande les réponses au système nerveux. La fameuse réponse “combat-fuite” (fight or flight) en est le meilleur exemple. Face à un tigre aux dents de sabre, on n’a pas 2h pour réfléchir à 36 variantes de stratégies. Il faut soit l’affronter soit s’enfuir. C’est l’amygdale qui se charge de cette décision quasi-réflexe chez les mammifères.

L’hypothèse de Kagan était que les enfants nés avec une amygdale particulièrement sensible seraient ceux qui s’agitent face à des stimuli inhabituels et qui grandiraient de sorte à devenir vigilants lors de rencontres avec des inconnus. Et c’est exactement ce qu’il a trouvé. Plus l’amygdale d’un enfant est sensible aux stimuli et plus les réponses physiologiques sont élevées (rythme cardiaque rapide, production importante de cortisol, l’hormone du stress, et globalement plus grande agitation.)

Attention, ceci dit, ne nous emballons pas. Kagan n’a pas observé une relation 1:1 entre les hautement réactifs et les introvertis. Il s’agit d’une prédisposition. Et on sait en psychologie qu’aucune prédisposition physiologique ne permet de prédire un quelconque comportement avec un taux de plus de 50%.

Le destin des hautement réactifs est influencé à parts égales par leur environnement. Peut-être plus encore que pour la moyenne des enfants, selon une nouvelle théorie appelée l’hypothèse de l’orchidée.

L’hypothèse de l’orchidée

L’hypothèse de l’orchidée, c’est le nom qu’a donné un journaliste américain, David Dobbs dans un article de l’Atlantic à une nouvelle théorie qui bouleverse plein d’idées dans l’éducation. L’idée en gros, est la suivante: la plupart des enfants sont un peu comme de la dent-de-lion (si si, c’est l’exemple du texte original ;) ). Quelles que soient les conditions, ils se débrouillent toujours pour trouver ce dont ils ont besoin, se développer et, en quelque sorte, fleurir. Mais d’autres, incluant les hautement réactifs de Kagan, sont davantage comme des orchidées: ils dépérissent pour un rien, mais dans des conditions favorables, ils peuvent devenir superbes. Perso, j’ai toujours un peu de mal avec ces images, je trouve la métaphore mal choisie, mais je saisis l’idée. Selon Jay Belsky, professeur de psychologie à l’Université de Londres, expert en éducation de la petite enfance, et  l’un des principaux partisans de cette théorie, le système nerveux de ces enfants les rend rapidement submergés par les adversités de l’enfance, mais leur permet également de tirer parti d’un environnement favorable plus que d’autres enfants. En d’autres termes, ces “enfants-orchidée” sont impactés de manière plus prononcée que les autres par leurs expériences, aussi bien positives que négatives.

On savait depuis longtemps que les tempéraments hautement réactifs sont vulnérables à de nombreux risques et qu’ils ont plus de chances que leurs pairs de réagir à de grosses difficultés de l’enfance telles que des tensions conjugales permanentes ou la mort d’un parent, par exemple, par des épisodes de dépression, de l’anxiété ou de la timidité. Et en effet, environ un quart des enfants hautement réactifs de Kagan souffrent à divers degrés de phobies sociales. La nouveauté qu’amène cette théorie, et c’est confirmé par des études, c’est que l’inverse est également possible. Dans le bon environnement, ces enfants tendent à avoir moins de problèmes émotionnels et davantage de compétences sociales que leurs pairs faiblement réactifs. Ils sont empathiques, coopératifs, facilement perturbés par la cruauté, l’injustice et l’irresponsabilité et leurs entreprises sont couronnées de succès lorsqu’elles concernent des choses qui comptent vraiment pour eux.

L’une des découvertes les plus intéressantes rapportées dans l’article de Dobbs vient du monde des macaques rhésus, génétiquement très proches de nous et dont les structures sociales ressemblent aux nôtres. Nous partageons notamment le gène 5-HTTLPR, impliqué dans le transport de la sérotonine, un neurotransmetteur qui affecte l’humeur. Ce gène existe en deux versions, l’allèle long et l’allèle court. La version courte est associée avec la haute-réactivité et l’introversion, mais également avec la dépression chez les humains qui ont une vie difficile. Lorsque des bébés rhésus avec l’allèle court ont été soumis à des stresses importants (par exemple, être séparés de leur mère et élevés comme des orphelins), ils ont traité la sérotonine de manière moins efficace que les singes à l’allèle long soumis au même traitement, et c’est un facteur de risque important pour la dépression et l’anxiété. Par contre, les jeunes singes avec le même profil génétique, et donc le même risque, élevés par des mères aimantes, s’en sont sortis aussi bien voire mieux que leurs pairs à l’allèle long (même lorsqu’ils ont été élevés dans un environnement sécure comparable) dans l’accomplissement de tâches sociales comme trouver des compagnons de jeu, forger des alliances, et gérer des conflits. Ils sont souvent devenus des leaders de leur groupes et leur traitement de la sérotonine était plus efficace. Selon Stephen Suomi, l’éthologue qui a conduit ces recherches, les singes hautement réactifs doivent leur succès à d’énormes quantités de temps passé à observer plutôt qu’à participer, intégrant au niveau le plus profond les lois de la dynamique sociale avant de la mettre en pratique.

(On a observé le même type de corélation chez les humains, évidemment pas dans les mêmes conditions, mais on ne va pas les développer ici.)

En conclusion

J’ai repris ici quelques-uns des éléments du livre bien sûr, j’aurais pu en prendre d’autres. Les expériences d’Eysink en 1967 par exemple, qui montraient que les réactions physiologiques des introvertis et des extravertis à qui on faisait lécher du citron étaient objectivement très différentes… Il y aurait encore beaucoup à dire, mais on est partis pour des dossiers plus courts en saison 3; on verra combien de temps on arrivera à se tenir à cette nouvelle résolution. Et si vous souhaitez approfondir, le livre est dispo dans toutes les bonnes librairies.

J’en ai retenu pour ma part qu’effectivement, nous vivons dans un monde où l’extraversion est mieux perçue que l’introversion. Les chercheurs trouvent leurs financements grâce à la qualité de leur pitch, les politiciens sont élus sur leur tchatche, les patrons le deviennent grâce à leur charisme. Mais l’introversion n’est pas une tare pour autant. On n’est pas forcément sociopathe parce qu’on n’aime pas le réseautage ou les conversations sur la pluie et le beau temps. En tant que geek solitaire, je trouve que c’est une bonne nouvelle. Que j’avais envie de partager, me disant que si vous écoutez des podcasts scientifiques là où d’autres papotent, ça vous fait sans doute plaisir aussi. On peut voir l’introversion comme une stratégie évolutive différente. On trouve dans le monde animal des dizaines d’exemples d’organisation complémentaires entre des attitudes prudentes et réservées privilégiant l’observation à l’action et des attitudes plus intrépides, résolues, téméraires. Et qu’il s’agisse de la drosophile, du chat domestique, de la chèvre de montagne, d’oiseaux, de poissons, de primates, les chercheurs ont constaté qu’on y trouve toujours quelque 20% d’individus lents au démarrage et quelque 80% prompts à passer à l’action. Nous sommes probablement la seule espèce à avoir oublié en quoi ces stratégies différentes pouvaient être complémentaires et à quel point il peut être intelligent de les faire co-exister.

Référence: Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking, de Susan Cain. Editions Crown, publication le 24 janvier 2012 ISBN 978-0-307-35214-9

Les bonus

Présentation TED de Susan Cain: “Le pouvoir des introvertis” (avec sous-titre français):

 

Interview de Stephen Suomi et expériences de la théorie de l’orchidée sur les rhésus (pas de sous-titre, désolés…)

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Le dossier de la semaine

Suite et fin cette semaine du grand dossier de Mathieu consacré au langage chez l’humain

Mais encore…

  • Ne manquez pas la nouvelle illustration de Lucile, particulièrement inspirée cette semaine, qui explique le succès évolutif de la méduse :)
  • Pierre a retrouvé ce qu’il voulait nous dire dans le 1er épisode de sa saga sur l’arbre du vivant: on ne peut définir qu’un organisme est en vie grâce ou à cause de sa capacité à mourir en raison du concept d’immortalité biologique. On constate en effet que certaines cellules cancéreuses ne sont pas soumises au vieillissement biologique. Que les tardigrades peuvent potentiellement vivre éternellement (d’ailleurs une équipe de chercheurs russes en enverra en décembre 2011 sur Phobos, l’une des deux lunes de Mars pour tester la théorie de la panspermie (http://www.cosmosmagazine.com/features/online/4413/round-trip-a-martian-moon?page=0%2C0), certaines méduses ont des capacités de régénération cellulaires qui leur permet également, au moins tant qu’elles n’ont pas d’accident, de vivre éternellement. Leurs cousines les hydres ne semblent pas non plus soumises au vieillissement (même si les mécanismes ne sont pas encore totalement expliqués). Enfin, les bactéries, théoriquement, tant qu’elles sont en groupe peuvent elles aussi vivre éternellement. Le concept, donc, s’appelle l’immortalité biologique.
  • Précisions concernant les commentaires Itunes. Si vous voulez mettre un commentaire:
    • Dans l’application Itunes installée sur votre ordinateur, choisissez l’option “Itunes Store” (pour acheter de la musique et trouver de nouveaux podcasts).
    • Dans la barre de navigation horizontale du haut de la page, cliquez sur Podcasts => Science & médecine
    • Dans les résultats, filtrer par “podcasts audio”
      Si le logo de podcast science n’apparaît pas d’emblée, cliquer sur “Tout afficher” (dans la partie actualités, pas nouveautés).
    • Dérouler jusqu’à l’apparition du logo du podcast et cliquer dessus.
    • Là, vous pouvez ajouter des petites étoiles et votre commentaire.
  • Du coup, nous avons vu les deux derniers sur l’Itunes Store Suisse:
    • Dave460 qui en avait marre d’écouter de la musique sur les chantiers et qui nous a trouvés en cherchant des podcasts sur des thèmes qui l’intéressent: “Ça a l’air bête à dire, mais mes journées sont devenues plus belles et c’est grâce à vous, alors je ne peux que vous dire MERCI”
    • Benoit Curdy qui nous dit ceci “Podcastscience m’ouvre chaque semaine à des mondes fascinants. Alan, Mathieu et leurs chroniqueurs font un travail incroyable et parviennent à expliquer les thèmes les plus complexes avec une facilité surprenante… J’adore, et à mon avis, c’est tout simplement le meilleur podcast francophone”.
  • Quelques petits plugs s’imposent ;)
    • www.niptech.com, tous les lundis à 21h en live sur ustream. Podcast sur la tech, le monde des startups, les nouveaux usages.
    • http://escapevelocity.is/, avec Hrishi Ballal, en anglais. Le podcast des entreprises qui changent le monde. Vraiment génial! Par exemple, l’invité de la semaine dernière était Yasser Ansari, qui est derrière le projet Noah: c’est de la science citoyenne matérialisée par une app (iphone ou android) qui permet entre autres d’apporter sa contribution au recensement de la biodiversité
Et enfin… Roulement de tambour…

La quote de Mathieu

Le langage est cette invention si humaine qui permet ce qui en principe ne devrait pas être possible: voir à travers les yeux d’une autre personne – Oliver Sacks
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Dossier – Le langage chez l’humain

On 05.10.2011, in Dossiers, by Mathieu
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Traiter du langage chez l’humain est un vaste chantier, car on se trouve au carrefour de plusieurs disciplines, sciences sociales, biologie, neurosciences, anthropologie, communication, culture…nous allons dans ce dossier tenter d’aborder sous différents angles plusieurs aspects du langage chez l’humain.

langage

Histoire des langues

C’est l’Homo habilis, il y a plus de deux millions d’années, qui pourrait être le plus ancien préhumain à avoir employé un langage articuléOn suppose aussi la préexistence d’une proto-langue chantée chez l’homme de Néandertal, qui, au niveau de connaissance actuelle, ne possédait pas de syntaxe. L’apparition il y a 200 000 ans de l’Homo sapiens a été accompagné de la conjonction de nombreux facteurs pour expliquer l’apparition du langage chez l’homme:

  • la maitrise du feu (environ 500 000 ans avant notre ère) qui a permis d’alimenter un cerveau de taille croissante;
  • l’augmentation de la masse de l’encéphale;
  • le redressement du pharynx qui a permis la vocalisation plus poussée de la parole.
  • la mutation d’un gène dit de la parole.
Les recherches récentes en paléo-linguistique ont identifié un fond de 27 mots communs à la racine de toutes les langues terrestres écrites au début du XXIème siècle, ce qui renforce le scénario « Out of Africa » (monogenèse), selon lequel l’ancêtre de nos langues serait sorti d’Afrique. En effet, si des sources et des orgines distinctes avaient donné naissance à nos différentes langues actuelles, elles n’auraient pas eu de raison d’adopter toutes par hasard la même proto-langue de départ basé sur ces 27 mots.

 

Evolution de l'homme

 

 

Evolution de l'homme

 

Le langage a pris depuis environ 7 000 ans une forme écrite dans un certain nombre de langues qui se sont alors imposées comme les langues dominantes.

Une étude comparée des langues nous enseigne par exemple que bien que d’apparence très proches (par l’écriture et le lexique), deux langues comme l’arabe et le persan n’ont aucun lien de parenté. D’ailleurs le persan appartient à la même grande famille que le français ou encore, plus lointainement, l’islandais. Parmi les principales familles de langues, on peut citer les langues indo-européennesafro-asiatiquessino-tibétainesnigéro-congolaises ou encore austronésiennes.

La diversité linguistique

Un article sur le blog Science étonnante (un blog que je recommande à tous nos poditeurs qui propose d’excellents articles de vulgarisation scientifique sur des thèmes aussi originaux et que surprenants) nous en apprend un peu plus sur le processus qui a engendré la diversité linguistique. On sait que l’Homo Sapiens a émigré d’Afrique il y a environ 60’000 ans. Parmi les nombreux éléments à l’appui de cette thèse, il y a le fait que la diversité génétique des populations décroît à mesure que l’on s’éloigne d’Afrique, c’est ce qu’on appelle l’effet fondateur en série. On a montré aussi qu’il en va de même pour la diversité des langues parlées dans le monde. Les langues africaines sont ainsi phonétiquement bien plus riches que les langues européennes.

L’effet fondateur est un phénomène qui explique pourquoi les migrations géographiques s’accompagnent d’une perte de diversité génétique. Quand une migration se produit à partir d’une population, elle est souvent le fait d’un petit nombre de pionniers, qui emportent avec eux seulement une faible fraction de la diversité génétique de leur population d’origine. Une fois établis, ils se reproduisent entre eux, et la nouvelle population qu’ils vont ainsi engendrer sera moins variée génétiquement que celle de départ. Et lorsque des migrations ont lieu les unes à la suite des autres, on parle d‘effet fondateur en série. Dans ce cas, la diversité génétique des populations décroît au fur et à mesure des migrations successives. Ce scénario amène donc une perte de diversité génétique des populations actuelles à mesure que l’on s’éloigne de l’Afrique. Cette décroissance de la diversité expliquerait aussi l’incompatibilité du scénario qui autoriserait l’apparition d’homo sapiens à un autre endroit que l’Afrique.

Effet fondateur en serie

Une analyse similaire à celle portée sur la diversité génétique s’est intéressée à la diversité phonémique des langages, en utilisant le World Atlas of Language Structure. Le nombre de phonèmes différents est un indicateur de la diversité du langage. En analysant 504 langages du WALS, on a pu montrer que la diversité phonémique des langages décroît quand on s’éloigne d’Afrique. La corrélation avec la diversité du génôme est bien là, mais moins évidente aussi car d’autres facteurs sont aussi responsable de la diversité phonémique d’un langage, comme la taille de la population qui le pratique.

Une manière intéressante de visualiser cet effet, c’est de regarder ces types de phonèmes qu’on appelle les tons. Dans certaines langues, dites langues à tons, la hauteur (au sens musical « aigu/grave ») d’un son peut influer sur le sens qu’on donne au mot. C’est difficile à imaginer pour nous-autres francophones, puisque le français n’est pas une langue à tons, mais beaucoup de langues extra-européennes sont tonales. Dans la carte ci-dessous, on constate qu’une plus grande diversité des langues tonales se trouve en Afrique, ce qui renforce le scénario que l’ancêtre de nos langues est sorti d’Afrique.

Diversité de ton

Le langage comme technologie sociale

Dans une conférence TED, le biologiste Mark Pagel propose une théorie pour expliquer comment est apparu le langage chez les hommes et comment il a évolué et s’est complexifié au fil du temps. Il suggère que le langage est une pièce de technologie sociale qui a permis aux premiers hommes vivant en tribu d’accéder un nouvel outil très puissant: la cooperation.

Il y a 200’000 ans avant notre ère, vivait le Néandertal qui était un artisan de la pierre. L’homme de Néanderthal travaillait et utilisait la pierre pour toute sorte de fonctions (casser, râcler, tailler, couper…). Les hommes de cette époque apprenaient à fabriquer toute sorte d’outils à base de pierre simplement en observant et reproduisant les techniques appliquées par leurs congénères et leurs pairs. Un apprentissage réciproque s’est mis en place. Cette époque marque le début de l’apprentissage basé sur des relations sociales de partage et coopération (social learning).

Pierre Néanderthal

Au fil du temps, les populations se sont adaptées cultuellement à cette forme d’apprentissage social basée sur l’imitation et la copie, et le problème du vol visuel (visual theft) s’est posé:

  • En regardant comment travaillent les autres on peut voler leurs idées!
  • Le social learning a induit en quelque sorte le vol visuel.
Pour résoudre ce dilemme entre le progrès qu’apporte le social learning et le risque que suppose le vol visuel, deux options se sont posées:
  • Option 1: Revenir à de petits groupes familiaux, petites tribus ou communautés dans lesquelles on va préserver une pratique sans la divulguer à l’extérieur afin d’en faire bénéficier ceux du groupe. Mais se replier sur sois-même pour éviter le vol visuel et revivre comme nos ancètres ne nous aurait pas permis d’évoluer tel qu’on l’a fait, on serait toujours en train de vivre comme les Néanderthals. Dans les petits groupes, il y a moins d’idées, moins d’innovation…les petits groupes sont aussi plus sensibles aux accidents avec le risque qu’une pratique puisse disparaître.
  • Option 2: Développer un système de communication afin de pouvoir mieux partager nos idées et ainsi mieux coopérer. Un système de communication qui permetterait que cette énorme ferme de connaissance accumulée depuis la nuit des temps devienne accessible à tous. C’est cette option que l’humanité a choisie et qui a donné naissance au langage.

Le langage est une pièce de la technologie sociale qui améliore les possibilités de coopération et qui permet de prévenir le vol visuel:

  • Le langage permet d’établir un accord ou une négociation afin de protégéer les intérêts de l’un ou de l’autre.
  • Le langage permet de mieux coordoner les activités.

Le langage a amené un explosion de créativité et prospérité. L’apprentissage social accompagné du langage nous a permis de transformer l’environnement pour qu’il satisfasse à nos besoins. Cependant on constate qu’il existe tout de même entre 7000-8000 langues sur la terre. On pourrait penser que c’est naturel que la diversité des langages correspond à la divergence des populations sur terre. Mais la plus grande diversité de langage sur terre provient de populations très concentrées. Par exemple, rien que la Papouasie-Nouvelle Guinée possède près de mille langues différentes. Mark Pagel, le biologiste qui soutient cette théorie du langage comme pièce de technologie sociale nous avertit que, selon lui, plusieurs langues sont une barrière à l’échange d’idées, de coopération…Pour conserver la prospérité du monde moderne, il faut se poser la question radicale de la standarisation linguistique, l’idée qui dirait que notre destinée est celle d’un seul monde avec une seule langue!!

Je ne sais pas si Mark Pagel est favorable à ce que tout le monde parle l’esperanto, mais à mon avis la diversité et le métissage au sens général et linguistique engendrent évidemment plus de prospérité et de richesse que l’uniformisation…j’en profite pour rappeler la quote de Walter Lippmann que j’avais évoquée dans l’épisode 21 de podcastscience: ”Quand tous les hommes pensent pareil, plus personne ne pense beaucoup” – “When all men think alike, no one thinks very much”.

Cerveau et langage

Dans une des émissions

 
, Jean-Claude Ameisen nous donne quelques pistes sur la relation entre la structure du cerveau et le langage. On y apprend qu’en 1861, Paul Broca identifia une aire cérébrale dans l’hémisphère gauche du cerveau indispensable au langage parlé. Une lésion dans cette aire, appelée aire de Broca, fait perdre la capacité de parler. Puis quelques années plus tard, Carl Wernicke identifie dans le même hémisphère gauche une autre aire indispensable elle à la compréhension du langage oral, c’est l’aire de Wernicke. Une lésion dans cette aire de Wernicke fait perdre la capacité de comprendre le langage parlé. En 1887, le neurologue français Jules Dejerine identifie toujours dans le même hémisphère gauche une aire indispensable à la lecture des lettres et des mots. Un lésion de cette aire fait perdre la capacité de lire, une personne ayant cette lésion peut continuer de parler, de comprendre le langage oral, peut même continuer à être capable d’écrire correctement, mais ne peut plus lire, y compris ce qu’elle écrit elle-même. Un siècle après les découvertes de Broca, Wernicke et Dejerine, l’imagerie fonctionnelle cérébrale qui permet l’étude en temps réelle des activités du cerveau confirmera l’activation de ces différents régions de l’hémisphère gauche induite par la prononciation d’un mot, l’écoute d’un mot ou la lecture d’un mot. Néanmoins dés 1869, quelques années après la découvert de Broca, il y a eu des débats concernant l’interprétation du rôle précis de ces aires. Le neurologue anglais John Jackson dira à Broca que localiser une lésion qui détruit la parole n’est pas la même chose que localiser la parole dans le cerveau, et 20 ans plus tard Freud souligera aussi que ces aires sont l’un des éléments indispensables à un vaste réseau cérébral impliqué dans la parole et la lecture.

Aire de Broca

Il semblerait aussi qu’une mutation génétique de plusieurs gènes dominants dont le gène FOXP2 aient joué un rôle dans le développement de la capacité cognitive liée à la parole. Ce gène FOXP2 prend des formes variables selon les espèces, et dans la forme humaine, il aurait donné la capacité pour l’homme de passer des mots à la syntaxe. On sait que la substitution d’un seul des 715 acides aminés du gène FOXP2 entraîne de sérieuses pathologies affectant la phonation et, plus généralement, la forme du larynx. La mutation de ce gène FOXP2 intervenue chez l’Homo sapiens il y a cent à deux cent mille ans a donc certainement dû être déterminante dans l’apparition de la parole chez l’homme.

Ces gènes seraient aussi à l’origine de la maturation de l’aire de Broca et de l’aire de Wernicke dans le cerveau.

L’aphasie

L’aphasie, parfois appelée mutisme, est la perte de la capacité de parler. On parle d’aphasie quand un individu a perdu totalement ou partiellement la capacité de communiquer par le langage, c’est-à-dire de parler et/ou de comprendre ce qu’on lui dit.

Aphasie

La plupart des personnes aphasiques n’ont pas perdu complètement l’usage de la parole. L’aphasie est, plus précisément, un trouble du langage qui peut présenter des différences considérables : certains patients ne montrent que des incertitudes légères, pour trouver leurs mots par exemple, alors que d’autres ont presque totalement perdu la faculté de s’exprimer par le langage, de comprendre ce qu’on leur dit, de lire et/ou d’écrire, alors que d’autres facultés, comme la mémoire ou l’orientation, sont préservées. Il existe plusieurs sortes d’aphasie dans lesquelles ces diverses facultés peuvent être différemment diminuées. Les orthophonistes (spécialistes du langage) font une différence entre l’articulation, la parole et le langage: si un individu éprouve des difficultés pour prononcer des sons (quelle que soit leur place dans le mot) on dira qu’il a un trouble de l’articulation ; s’il éprouve des difficultés à combiner les sons pour faire des mots (ajouts, substitutions, altérations, omissions de sons en fonction de leur place dans le mot), il s’agira d’un trouble de la parole; s’il éprouve des difficultés à choisir ses mots, à les combiner pour faire des phrases ou même à comprendre leur sens, on dira plutôt qu’il a un problème de langage. L’aphasie est un trouble du langage acquis, c’est-à-dire qu’elle survient chez un individu qui avait auparavant un langage normal et se distingue donc des problèmes pouvant apparaître lors du développement du langage chez l’enfant (par exemple, une dyslexie développementale ou un bégaiement).

On a vu que l’hémisphère gauche pour les droitiers est responsable du langage (expression, compréhension, lecture et écriture), sauf pour certaines langues orientales, qui ont un autre mode de fonctionnement (chinois, japonais), et ceci étant dû au système de représentation graphique de la langue qui s’appuie plus sur une idée (idéogramme) que sur un fonctionnement du type un signe égale un phonéme. Plus spécifiquement, dans environ 90 à 95 % des cas de troubles du langage post-lésionnels (aphasies), le dommage est localisé dans l’hémisphère cérébral gauche. Les atteintes de l’hémisphère droit sont responsables des 5 à 10 % restants des cas d’aphasie.

Ceux qui utilisent le langage gestuel peuvent aussi présenter une aphasie à la suite d’une atteinte cérébrale: il existe le cas d’un jeune homme qui avait été élevé par des parents sourds-muets, et qui était devenu aphasique à la suite d’un accident. Avant l’accident, il communiquait aussi bien par langage par signes que par le langage parlé. Après l’accident, il éprouvait des troubles tout aussi graves dans son langage parlé que dans son langage gestuel.

Les individus aphasiques bilingues ou polyglottes présentent généralement des atteintes dans toutes les langues qu’ils parlent: On peut se poser la question si des lésions cérébrales produisent-elles des dommages similaires dans toutes les langues? Des langues très différentes utilisent-elles les mêmes systèmes neuronaux? Dans la forme la plus courante d’aphasie, présentée par presque la moitié des cas de sujets bilingues, les deux langues sont affectées de façon analogue, et la récupération est la même dans les deux cas.

L’influence du langage sur la perception des couleurs

Un documentaire de la BBC nous explique comment la perception des couleurs est influencée par le langage utilisé pour définir les couleurs. On y apprend que des chercheurs ont comparé notre vocabulaire habituel utilisé pour catégoriser les couleurs (rouge, bleu, vert, jaune, etc…) avec celui employé par la tribu africaine Himba vivant au nord de la Namibie. Les Himbas classent les couleurs d’une autre façon que nous: ils utilisent le mot “zoozu” pour les couleurs foncées correspondant au rouge, vert, bleu et pourpre, le mot “vapa” pour le blanc et certains types de jaune, le mot “borou” pour certaines teintes de vert et de bleu, ou encore le mot “dumbu” pour des teintes de vert, rouge et brun…On voit que linguistiquement, ils réunissent sous un même mot des couleurs pour lesquelles on a des mots différents, et ils différencient verbalement en plusieurs couleurs, une couleur qui pour nous est unique.

Les Himbas décrivent les couleurs différemment, mais les percoivent-ils de la même manière que nous? On a réalisé une expérience dans laquelle on présente à un sujet de la tribu Himba plusieurs carrés colorés, tous sont de la même couleur sauf un, et on demande au sujet de déterminer quel est celui de couleur différente. Si on présente 12 carrés colorés en vert, dont un seul d’entre eux est un vert teinté un peu différents des 11 autres, pour le sujet Himba c’est très facile de déterminer lequel est différent des autres car ils utilisent des mots différents pour ces deux variantes de vert, alors que pour nous c’est plus difficile, car la différence de teinte dans le vert est très légère. Si par contre on présente une série de carrés colorés en vert dont seulement l’un d’entre eux est bleu, de telle façon que le vert et le bleu utilisés soient définis par le même mot dans la langue des Himbas, c’est très difficile pour les Himbas de détecter lequel des carrés est bleu parmi les verts, alors que pour nous qui utilisons des mots différents pour le vert et le bleu c’est très facile de trouver l’intru.

On peut conclure suite à cette expérience que la perception des couleurs dans notre cerveau peut être modulée par notre langage et que les Himbas perçoivent donc le monde d’une manière bien différente de la nôtre.

La linguistique et psycholinguistique

Wikipedia nous dit que la linguistique désigne l’étude du langage humain. La linguistique théorique est souvent divisée en domaines séparés et plus ou moins indépendants:

  • phonétique : étude des différents sons produits par l’appareil phonatoire humain ;
  • phonologie : étude des éléments d’articulation de deuxième niveau, ou phonèmes, d’une langue donnée ;
    • Les phonèmes sont en gros les sons élémentaires associés à une langue, ceux que l’on représente à l’aide de l’alphabet phonétique (voyelles + consonnes + combinaisons). Il y a en général plus de phonèmes que de lettres, puisque certaines lettres peuvent se prononcer de plusieurs manières différentes, et que certaines combinaisons de lettres peuvent donner des phonèmes nouveaux (par exemple « ch »). On en compte plus ou moins 36 en français, mais beaucoup plus dans certaines langues.
  • morphologie : étude de la structure interne des mots ;
  • syntaxe : étude des rapports entre unités lexicales dont la combinaison forme des phrases ;
  • sémantique : étude du sens des mots et des énoncés ;
    • Dans les hiéroglyphes, les pictogrammes, les idéogrammes, l’image du mot donne son sens, mais rien dans le mot n’indique comment il se prononce. Si on a appris le code visuel du mot, on peut comprendre une même écriture quelque soit sa langue orale. En Chine les 50’000 idéogrammes distincts, 4000-5000 en usage courant, se lisent et se comprennent dans toutes les provinces dont les langues orales sont différentes et incompréhensibles à ceux qui ne les ont pas apprises.
  • stylistique : étude du style d’un énoncé littéraire ;
  • pragmatique : étude de l’utilisation (littérale, figurée ou autre) des énoncés. Elle s’intéresse aux éléments du langage dont la signification ne peut être comprise qu’en connaissant le contexte de leur emploi;

La psycholinguistique est l’étude des processus cognitifs mis en œuvre dans le traitement et la production du langage. Fondée dans les années 1950, la psycholinguistique fait appel à de nombreuses disciplines, telles la linguistique, la neurologie, la neurobiologie, la psychologie et les sciences cognitives. La psycholinguistique est donc interdisciplinaire par nature.

Les méthodes de recherche dans cette discipline se basent principalement sur des expériences comportementales ou de neuroimagerie:

  • Au moyen d’électrodes placées sur un sujet, on peut ainsi déduire que l’activité cérébrale sémantique chez un sujet sain précède l’activité syntaxique
  • Chez les patients ayant une aphasie, leur accès à l’information sémantique serait plus lent.

Faculté innée ou acquise?

Un des psycholinguistes les plus connus est Noam Chomsky. Chomsky pense que les humains ont une grammaire universelle innée:
  • Cette grammaire universelle contiendrait les règles grammaticales permettant de parler toutes les langues, c’est-à-dire des structures communes à toutes les langues, inhérentes à l’esprit humain et à l’apprentissage du langage chez l’enfant.
  • Les structures linguistiques seraient d’ores et déjà codées dans le cerveau. Les différentes “langues” parlées sur la planète ne seraient que des adaptations somme toute cosmétiques de ce langage cérébral fondamental.
  • Les enfants sont donc supposés avoir une connaissance innée de la grammaire élémentaire commune à tous les langages humains.
  • Les principes grammaticaux sous-tendant les langages sont donc innés et fixés.
  • D’ailleurs pour expliquer le fait que les enfants sont capables d’apprendre une langue qui a une grammaire complexe en un laps de temps relativement court, tout se passe comme si nous étions prédisposés à apprendre une grammaire qui comporte ce genre de règles
  • Cette grammaire formelle qu’il propose expliquerait aussi la productivité de la langue: avec un jeu réduit de règles de grammaire et un ensemble fini de termes, les humains peuvent produire un nombre infini de phrases. Il existe et il existera donc toujours des phrases qui n’ont jamais été dites.
  • Chomsky stipule donc que cette connaissance d’une grammaire universelle est déjà inscrite dans la structure de la faculté du langage.
Chomsky a fondé la linguistique générative:
  • Observation: On a constaté que les enfants commettent des erreurs caractéristiques quand ils apprennent leur première langue, tandis que d’autres types d’erreur apparemment logiques ne se produisent jamais. Ces erreurs d’apprentissage faites par un grand pourcentage d’enfants tendent à démontrer qu’il existe un processus de généralisation des règles inhérent à l’apprentissage (exemple : ils sontaient au lieu de ils étaient).
  • Interprétation: l’enfant n’apprend pas par mimétisme puisque l’erreur n’a pas été copiée d’un “professeur” mais produite par l’enfant lui-même.
  • Observation: la progression dans l’apprentissage semble être temporellement ordonnée. Les enfants commencent par analyser la structure prosodique (accents, intonations) vers 3 mois, puis la structure segmentale, suivie de la structure syllabique, le lexique et enfin, la syntaxe.
  • Interprétation: la faculté d’apprentissage du langage est structurée et dépend donc d’un système cognitif. De plus, le fait que cet ordre ne varie guère en fonction des enfants semble indiquer que ce système soit universel, c’est-à-dire que le mécanisme d’apprentissage n’est en général pas spécifique à une langue.

Selon la théorie générative de Chomsky, la faculté de langage est un processus cognitif. La faculté de langage est une capacité innée spécialisée de l’espèce humaine, qui permet l’acquisition du langage. Même si aucun enfant ne naît avec la capacité de parler directement, tous naissent avec la capacité d’acquisition du langage qui leur permet d’apprendre le langage rapidement dans leurs premières années. Il existerait par conséquent un module cognitif humain universel qui sert de base à la faculté de langage et pouvant expliquer la rapide acquisition de la langue maternelle, et ce, peu importe la langue.

A la théorie générative, développée par Chomsky, s’opposent d’autres théories sur l’apprentissage comme le béhaviorisme (comportementalisme).

  • Les béhavioristes (comportementalistes) donnent une part plus importante à la non-spécialisation des structures d’apprentissage et au rôle des stimuli externes, des imitations (cas des “enfants sauvages”).
  • Pour les béhavioristes, le langage est un ensemble d’habitudes conditionnées par le phénomène stimulus-réponse, permettant la mémorisation. Il en découle que toute action de la parole est soit un acte de répétition, soit une analogie.
  • Ils réfutent l’existence d’un dispositif d’acquisition innée du langage, stipulé par Chomsky.
Le point de vue de la grammaire universelle et la théorie générative postulée par Chomsky est aussi récusée notamment par le courant du connexionnisme:
  • Le connexionnisme ramène la langue à un cas particulier des processus généraux du cerveau.
  • Les connexionnistes modélisent les phénomènes mentaux ou comportementaux comme des processus émergents de réseaux d’unités simples interconnectées.
  • La forme des connexions et des unités peut varier selon les modèles.
    • Par exemple, les unités d’un réseau peuvent représenter des neurones et les connexions peuvent représenter des synapses.
    • Un autre type de modèle pourrait faire que chaque unité du réseau soit un mot et que chaque connexion soit un indicateur de la similarité sémantique.
  • Le plus souvent les connexionnistes modélisent ces phénomènes à l’aide de réseaux neuronaux.

Cependant comme on l’a vu, le gène FOXP2 et l’imagerie cérébrale (aire de Wernicke et aire de Broca) ont tout de même permis de mettre en avant, en tout cas en partie, la caractéristique innée du langage chez l’homme.

Acquisition du langage

bébé

L’acquisition du langage est une étape importante du développement de l’enfant qui se déroule généralement entre les âges de un et trois ans. Au cours du développement humain, le langage est précédé par des modes de communication non-verbaux (jeux d’imitations réciproques entre la mère et le bébé par exemple). Dès la naissance (déjà quelques minutes après la naissance) le bébé détecte si les personnes qui l’entourent sont en train d’interagir avec lui ou non. Si c’est le cas, le bébé répond et est stimulé par cette interaction : il s’agit alors de communication préverbale. Par la suite, cette communication non-verbale reste présente lors de la communication verbale : par exemple on discute en se comprenant d’autant mieux qu’on se regarde l’un l’autre. Les crises du nouveau-né ne sont pas encore du langage, il ne s’agit que d’expressions de malaise ou de souffrance sans intention de signification ou de communication. Mais s’ils n’ont pas de sens pour le bébé, son entourage va leur en donner un. Le bébé va alors pouvoir établir un lien dans son cerveau entre ses cris et la vue des adultes, il va les utiliser comme des signaux adressés à son entourage pour qu’il agisse sur lui. Progressivement, l’enfant va reconnaître les personnes et établir un lien entre les paroles qu’elles prononcent et certains objets qu’elles désignent. Vers trois mois l’enfant comprend des mots simples comme “papa”. Il est important de signaler ici que l’un des facteurs fondamentaux permettant le développement de la communication linguistique est la communication non-verbale (imitation, communication affective). Pour que l’enfant parle il faut qu’il le désire, il faut qu’il soit stimulé. Vers le quatrième mois on peut entendre les premiers gazouillis, le bébé produit d’abord des sons de façon accidentelle, c’est en général un fort stimulant pour les adultes en train d’interagir avec le bébé, qui commentent les sons, les répètent, y réagissent. C’est donc l’interaction adulte-bébé elle-même qui est stimulée et donc le bébé est fortement incité à persévérer. Le bébé reproduira alors certains sons de façon constante et répétée. Vers la fin de la première année, le babillage est plus clair et on constate la répétition intentionnelle de certaines sonorités, l’enfant a alors la possibilité de prononcer les premiers mots.

On peut donc considérer qu’il y a deux moments principaux dans l’acquisition du langage:

  • Dans un premier temps, la capacité d’articuler certains phonèmes indépendamment de leur signification.
  • Dans un deuxième temps, la capacité de leur donner un sens relativement à la langue parlée par l’entourage.

On a aussi montré que chaque nouveau né a la capacité d’apprendre n’importe quelle langue, mais cette capacité ne peut se manifester que s’il est engagé dans un dialogue actif. Il apprendera alors sa langue et aura tendance à perdre la capacité à distinguer la richesse et la subtilité des autres langues. A 6 mois, dit Stanislas Dehaene, l’espace des voyelles se rétrécit à la langue maternelle, puis à l’âge d’un an celui des consonnes. C’est à cet âge, par exemple, qu’un enfant japonais apprenant sa langue perd sa capacité à distinguer le R du L. Tous se passe comme si l’acquisition d’une langue n’était possible qu’au prix d’un oubli. Mais cette appropriation de la richesse et de la singularité de sa langue maternelle a tendance, si on n’apprend pas d’autres langues, à rendre indistinctes ces autres langues qui deviennent comme du bruit imcompréhensible. D’où l’expression des Grecs de l’Antiquité pour désigner les étrangers, les barbares, parce qu’ils leur semblaient qu’ils ne savaient pas parler, n’avaient pas de langage, mais seulement la capacité d’articuler des sons sans signification: “Bar”, “Bar”, “Bar”…une sorte de prosopagnosie appliquée aux langues.

J’avais annoncé il y quelques épisodes mon intention de rédiger un dossier sur le langage chez l’humain et Thierry Raeber, un des nos poditeurs, en a profité pour nous envoyer un message pour partager avec nous quelques recherches plus approfondies sur ce thème de l’apprentissage du langage chez le bébé.

Alors déjà, le fait que les bébés sont initialement capable d’apprendre n’importe quelle langue, mais qu’ils se spécifient est tout à fait exact ! Ça se joue en fait principalement sur le fait que contrairement aux adultes, ils sont à la base capable de maîtriser tous les sons de toutes les langues. C’est la raison pour laquelle on les appelles les “phonéticiens universels”. Or ce dont on s’est rendu compte, c’est que dès l’age de 10 mois (oui oui, même pas un an), ils commencent à perdre cette capacité à tout reconnaître. Ils se spécifient. Autrement dit, ils commencent à perdre la capacité de discriminer tous les sons, en se concentrant exclusivement sur les sons de la langue de leur environnement. Ils le font entre autre à l’aide de ce qu’on appelle le babillage (ces sons un peu chaotiques propres aux bébés :-) ). Ce processus s’appelle l’”apprentissage par l’oubli” ou l’élagage linguistique. Petit à petit, ils deviennent de plus en plus performants à distinguer les sons de leur langue maternelle, mais ne parviennent plus à faire la différences entre des phonèmes qui ne sont pas différenciés  (comme la différence entre R et L que les chinois ne comprennent pas).

Voilà en gros quelques compléments qui pourraient vous intéresser pour votre prochaine émission. Je joins tout de même quelques références à mes propos, parce qu’il ne faut pas me croire sur parole :D

La première est une très intéressante vidéo sur le sujet : http://www.ted.com/talks/lang/eng/patricia_kuhl_the_linguistic_genius_of_babies.html

Ca résume assez bien l’idée avec encore d’autres infos intéressantes.

- Discriminer les langues
Les méthodes expérimentales bien inventives ont permis de montrer que les bébés savent bien distinguer deux langues différentes, et qu’ils préfèrent choisir la langue qui correspond à leur environnement pratiquemment dès leur naissance !

Jacques MEHLER[1] a montré grâce à la technique de la succion non nutritive, que les nourrissons français, dès 4 jours, distinguent le russe du français, et préfèrent entendre du français  (Mehler et al., 1988). Les bébés “avaient à comparer” des passages lus par une bilingue franco-russe en indiquant leurs préférences via une tétine non nutritive.

[1] « Naitre humain » (Mehler et Dupoux, 1990) : En gros mehler semble être un innéiste très nativiste (pas maturationniste). Si on ne peut pas apprendre, on peut désapprendre : le bon exemple est la segmentation des syllabes dans toutes les langues possibles, une compétences  que les bébés perdent ensuite pour ne reconnaître que leurs propres syllabes de leur propre langue et de ce fait, ils se mettent à babiller et à apprendre leur propre langue. On peut certes apprendre à écrire, à faire des maths etc. mais cet apprentissage repose sur des mécanismes universels qui sont définis par le bagage génétique de l’espèce.

Là encore, les performances des bébés reposaient sur les indices prosodiques ( la partie de la grammaire qui traite de la quantité syllabique et de l’accent.) présents dans les passages en russe et en français. Ce résultat est robuste et à été retrouvé dans d’autres études : les bébés distinguent entre leur langue maternelle et une autre langue (Barick & Pickens, 1988), et les bébés préfèrent leur langue maternelle (voir Dehaene-Lambertz &Houston, 1998, pour une procédure testant directement la préférence).

Dispositif expérimental :

1) Succion non nutritive = une technique d’habituation et réaction à la nouveauté
- Une tétine reliée à un ordinateur qui va enregistrer à chaque fois que le bébé tète sa tétine plus rapidement.
- Cette technique s’appuie sur un principe simple et universel : le désintérêt progressif que nous manifestons pour une scène familière ET le regain d’attention que nous avons pour une scène nouvelle. En d’autres termes, plus on connaît un stimulus, moins on le regarde. Au contraire, plus un stimulus est nouveau, plus on le regarde. Avec la succion, plus un bébé est interessé plus il tète, plus il se désinteresse moins il tète. En d’autres termes l’habituation s’installe.
- On passe au bébé les différentes langues et on regarde au travers du rythme de succion si  (1) il perçoit des différences (2) sur quelle langue il s’arrête le plus, laquelle est la plus intéressante pour lui.

Alors qu’un jeune enfant peut apprendre une ou plusieurs langues avec facilité, l’acquisition d’une langue tardive à l’âge adulte est particulièrement difficile. Pourquoi ? Parce que pour apprendre parfaitement une langue, on élague les autres. On devient spécialistes pour reconnaître notre langue et pour la parler, mais on devient tellement spécialiste qu’on est plus capables de discriminer les subtilités d’une langue étrangère.

DUPOUX travaille sur cette question. Pour lui, cette difficulté est due, au moins en partie, à une spécialisation des processus perceptifs au contact avec la ou les langues maternelles. Cette spécialisation deviendrait permanente après un certain âge critique.

= à la naissance, nous sommes des phonéticiens universels… à 10 mois, nous ne sommes plus « citoyens du monde » (Kuhl et al., 1992 ; Kuhl, 1998).
(12-18 mois: production d’un babillement typique de notre langue d’immersion)
= surdité phonologique des adultes (exemple des difficultés des japonais à différencier les /r/ et les /l/ (Goto, 1971; Miyawaki et al., 1975)
= et donc difficulté à apprendre parfaitement une autre langue.

 - Discriminer les syllabes
Tout a commencé avec les études de Peter EIMAS (1934-2005) un psycholinguiste qui a participé à fonder le courant des compétences précoces a montré en 1971, avec une expérience qui a lancé un véritable pavé dans la mare, que le bébé était capable à 1MOIS seulement, de discriminer les différentes syllabes prononcées.

EIMAS > publié dans le Science.

Avec cette technique, Eimas montre que le nourrisson sait faire la différence entre les syllabes (pa et ba par exemple) mais aussi toutes les unités phonétiques de TOUTES les langues !

Le nouveau-né est bien un phonéticien universel. Dès la naissance, tous les bébés de tous les pays du monde peuvent distinguer les son R et L.

Pourtant, après quelques mois, par exemple l’enfant japonais aura oublié cette distinction, qui sera élaguée car elle n’est pas pertinente dans l’environnement langagier japonais ! En effet il est assez connu qu’il est difficile pour les japonais d’apprendre l’anglais car ils ne font pas la distinction entre les sons R et L, cela n’existe juste pas dans leur langue. (Goto, 1971, Stranhe et Dittmann, 1984 ; Logan, Lively et Pisoni, 1991).

Comment on explique ce phénomène d’élagage?

En fait ce sont les cerveaux qui diffèrent. L’immersion dans une certaine langue modifie le cerveau. En d’autres termes, les bébés entament processus d’élagage pour mieux se focaliser sur la langue maternelle, qui devient très vite évidemment la plus pertinente à reconnaître.
Ils se mettent à trier les sons pour devenir attentifs à la langue maternelle. En nous écoutant parler, les bébés classent activement les sons dans les bonnes catégories, celles propres à la langue de leur environnement.

Les tout jeunes bébés font donc la différence entre les sons quelque soit a personne qui parle (Kuhl, 1985) mais attention plus les adultes, ni même les enfants à partir de 10 mois !

Du coup, entre 12 et 18 mois, les bébés de cultures différentes commencent à produire des sons en lien avec les caractéristiques de leur communauté. Les bébés chinois babillent d’une manière qui sonne chinoise, les suédois d’une manière suédoise…

Comment fait-on pour discriminer les différentes langues et apprendre celle qui est la plus pertinente ?

L’explication des sciences cognitive est multifactorielle : 3 facteurs principaux.

Attention, on ne retrouve pas ces trois facteurs seulement pour l’apprentissage du langage, mais dans toutes sortes d’apprentissage (comment on apprends sur les choses, comment on apprend sur autrui..)

- (1) Des compétences innées
Les êtres humains sont équipés dès la naissance de mécanismes spécialisés qui nous présent pour nous aider à comprendre le langage, bien avant évidemment de savoir parler. Ils naissent avec des programmes puissants déjà installés et prêts à fonctionner. Pour Pinker par exemple, qui reprend certaines idées de Chomsky[1], tous les nouveaux nés viennent au monde avec des compétences linguistiques, comme le montre l’expérience célèbre de EIMAS qui a montré que les nouveaux nés bien avant de savoir parler savent discriminer les syllabes.

Pinker est un évolutionniste et donc pense que le langage a un caractère évolutif.

ça veut dire que cette compétence a été sélectionnée par l’évolution pour nous permettre de répondre à des problèmes particuliers, sociaux ou écologiques, ceci pour nous permettre de survivre dans notre environnment. En d’autres termes, si le langage et la communication ne nous avaient pas apporté de bénéfices, la communication  aurait tout simplement disparu !

Quels sont les avantages du langage ?

- Le premier avantage du langage est de nous permettre de communiquer et de coordonner nos actions avec celles des autres membres de notre groupe.
- Le fait que nous parlions des langues différentes permets de nous différencier des autres, c’est un moyen comme un autre de savoir qui partage son groupe et qui est étranger (empêcher ses ennemis d’obtenir une certaine information peut être aussi crucial que partager une information avec ses alliés). Remettre cette remarque au moment ou cette compétence de nous différencier était pertinente permet de mieux comprendre. Nos ancêtres devaient reconnaître impérativement leurs ennemis pour des question de survie, on a hérité de cette compétence qui ne veut pas dire qu’elle est aujourd’hui pertinente.
- Le développement du langage est certainement lié au développement de notre capacité à apprendre sur les gens et sur les choses. Le langage nous permet de profiter de tout ce que les autres personnes ont fait avant nous.

Donc il y a bien sûr une base innée, des modules qui sont là « tout prêts », mais ceci est compatible avec d’autres types de mécanismes qui viennent s’ajouter, notamment d’apprentissage culturel.

- (2) Une capacité à apprendre considérable
Notre cerveau est une machine à apprendre. Nous sommes « programmés » pour apprendre tout au long de notre vie. Les enfants ne fonctionnent pas avec un programme unique, mais avec une succession de programmes de plus en plus puissants et spécialisés. Apprendre en quelque sorte, c’est s’auto-reprogrammer en fait !

Dans point de vue évolutionniste, on peut se dire la soif de savoir et l’appétit d’explications a plus de poids,  que les dangers de l’exploration par soi même. Le langage nous permet de profiter de tout ce que les autres personnes ont fait avant nous.

- (3) Rôle de l’entourage: Des leçons implicites données par les gens qui les entourent.
Les adultes sont programmés pour aider les enfants à apprendre. Ils agissent spontanément d’une façon qui encourage les apprentissages, la plupart du temps de manière totalement inconsciente.

Un des bons exemples c’est le parler maternant ou « MOTHERESE »:

Terme anglo-saxon utilisé pour désigner le langage modulé de la mère envers son enfant quand il est en période d’acuisition langagière.

Cependant, on a pas besoin d’être la mère d’un enfant pour commencer à parler le motherese.

Exemple du motherese : prenez des notes puis groupe.

http://www.youtube.com/watch?v=FR3y4TNGIjo

Quelles sont les modifications que vous remarquez ?

Il y a plusieurs modifications quand on parle le motherese :
- La prosodie : elle est plus accentuée, plus chantante afin de faire ressortir le discours et de capter l’attention de l’enfant,
- Le lexique : il est aussi adapté à celui de l’enfant,
- Les phrases : elles sont plus courtes et bien formulées (Ferguson, 1964 ; Snow, 1977 ; Snow et Ferguson, 1977), ce qui est probablement une aide à intégrer les mots et à assimiler la grammaire de la langue.
- L’articulation : elle a un débit plus ralenti et plus de pauses. Les parents parlent bien plus distinctement quand ils utilisent le motherese (Kuhl et al., 1997).
- Le discours est en général plus redondant : par exemple on va expliquer et montrer du doigt en même temps.. dans le but de se faire comprendre.

Les bébés préfèrent entendre des voix de parler « bébé ». C’est en quelque sorte un langage universel, intuitif. C’est un processus naturel et inconscient, souvent on ne rend pas compte qu’on commence à parler de cette manière !

———————–

[1]Presque toutes les phrases que nous entendons sont inédites, et pourtant nous les comprenons toutes.  Pour Chomsky, connaitre une langue implique de connaître des règles, mais qui ne ressemblent en rien à celles de la grammaire traditionnelle : ce sont des règles naturelles, que nous appliquons inconsciemment. Nous serions programmés pour absorber des suites de sons et les traduire en représentations sensées, de la même manière que nous sommes programmés pour absorber des informations sensorielles et les traduire en représentations d’objets, et pour absorber des représentations faciales et les traduire en représentations de sentiments.

Conclusion

Des questions restent cependant encore ouvertes ou ne sont qu’en partie résolues:

  • La capacité à utiliser le langage est-elle apparue brusquement (position défendue par Noam Chomsky) ou grâce à la sélection naturelle (position défendue par Steven Pinker) ?
  • Quelles facultés nécessaires au langage sont modulaires ?
  • Y a-t-il une période critique pour apprendre à parler (voir la question des enfants sauvages)?
  • Notre langue influence-t-elle notre façon de penser (voir Hypothèse Sapir-Whorf) ?
    • décrit le rôle du langage dans la pensée.
    • la façon dont on perçoit le monde dépenderait du langage, autrement dit que les représentations mentales dépendent des catégories linguistiques (l’influence du langage sur la perception des couleurs chez la tribu Himba).
    • Le mot Américain peut prendre un sens différent selon la langue.
      • En français, un Américain sera presque toujours compris comme « un habitant des États-Unis d’Amérique ».
      • En espagnol, un Americano signifiera toujours « un habitant de l’ensemble du continent américain », dû au lien culturel entre l’Espagne et les pays hispanophones du continent latino-américain.
      • Le terme Américain courant en français se traduira en espagnol par estadounidense (de Estados Unidos), traduisible en «Étasunien».
    • la “réalité” serait, dans une grande mesure, inconsciemment construite à partir des habitudes linguistiques du groupe. Deux langues ne sont jamais suffisamment semblables pour être considérées comme représentant la même réalité sociale. Les mondes où vivent des sociétés différentes sont des mondes distincts, pas simplement le même monde avec d’autres étiquettes.
    • cette thèse de Sapir-Whorf qui dit que notre langue influence notre façon de penser est au coeur d’une controverse:
      • Au début des années 1960, les psychologues Roger Brown et Eric Lenneberg ont entrepris de véritablement tester l’hypothèse Sapir-Whorf à partir d’observations expérimentales et montrèrent que le lexique des couleurs semblait avoir une influence réelle sur la perception et la mémoire de celles-ci par des locuteurs parlant des langues différentes.
      • Par contre une étude à large échelle comparant les termes de couleurs dans plusieurs dizaines de langues menée par les anthropologues Brent Berlin et Paul Kay a montré que l’organisation hiérarchique du lexique des couleurs est quasi universelle. Ils conclurent donc à l’inverse de la thèse de Sapir-Whorf que c’était l’organisation des catégories mentales qui déterminait les catégories linguistiques.
    • Dans tous les cas, la pensée d’un individu est, au moins en partie, dépendante des langues qu’il connaît, et en particulier de leur précision. Ce que l’on appelle « apprendre une langue », c’est la création d’une série de liens entre signifiants (mots) et signifiés (concepts). Si un signifiant est absent (si nous ne connaissons pas l’existence d’un mot), alors le signifié (le concept exprimé par ce mot) pourra parfois être également absent. Mais à l’inverse, il est aussi possible de ne pas trouver un mot correspondant à un concept que l’on a en tête.
  • Quels sont les processus cognitifs associés à l’apprentissage et acquisition d’une seconde langue?
    • On voit que les enfants apprenant une deuxième langue sont plus aptes à la parler couramment que les adultes.
    • En général, c’est très rare qu’une personne parlant une deuxième langue soit complètement bilingue et passe pour un autochtone.
  • Les animaux ont-ils des facultés langagières ?Chimpanzé langage
    • On a pu montrer dès les années 1970 que les vervets (singes verts), alors qu’ils étaient captifs dans une réserve du Kenya, étaient capables de moduler leur cri d’alerte afin d’induire des stratégies défensives appropriées: s’enfoncer dans la végétation à l’approche d’un aigle, au contraire grimper le plus haut possible à l’approche d’un léopard, ou encore scruter le sol avec attention pour choisir le bon arbre à l’approche d’un python ; on notera que la sémantique de ces cris n’est pas innée mais est enseignée aux jeunes singes par leurs parents.
    • C’est ce type de communication, qui devait sans doute exister chez les Australopithèques et même leurs prédécesseurs, qui a dû se développer sensiblement chez l’homo habilis pour lui permettre d’organiser ses activités collectives.
    • La danse des abeilles est utilisée pour communiquer la distance de la source de nourriture.
    • Le chant des oiseaux qui est articulé.
    • Le chant des baleines qui fait réagir d’autres poissons. On a constaté que lorsqu’on fait écouter artificiellement un cri de baleine à un groupe de poissons, celui-ci répondera au son en s’éloigant de la source, même si aucune baleine n’est présente.
    • Communication animale ou langage? Ou se situe la frontière entre le langage et d’autres formes de communication?
    • Un certain nombre de propriétés du langage humain ont été mis en avant pour le séparer de la communication animale comme par exemple:
      • Transmission culturelle: le langage est passé de l’un à l’autre consciemment ou inconsciemment.
      • Elément discrets: le langage est composé d’unités discrètes qui sont utilisées en combinaison pour créer du sens.
      • Déplacement: le langage peut être utilisé pour communiquer sur des choses qui sont ou qui ne sont pas dans notre voisinage spatial et temporel immédiat.
      • Métalinguistique: la capacité de discuter du propre langage.
      • Productivité: un nombre fini d’unités peuvent être utilisées pour créer un nombre infini d’occurences.
      • Capacité à l’alternance: c’est ce qui permet un aller-retour entre les interlocuteurs dans une véritable communication à double sens. La différence avec le langage animal dont les signaux émis unilatéralement déclenchent une réaction plutôt que d’entrer en relation sur le mode du langage.
      • Capacité à exprimer le possible et non seulement le réel présent: c’est la condition sine qua non de la capacité d’abstraction.
      • Capacité à exprimer des liens logiques: elle permet que naisse l’argumentation.
      • Capacité à exprimer la mémoire du passé: l’aboutissement le plus achevé de cette capacité est l’écriture, mais la transmission orale existait antérieurement, usant de cette même capacité.
    • Des recherches sur les singes suggèrent qu’ils sont capables d’utiliser le langage de manière à satisfaire certains des critères cités auparavant, comme la transmission culturelle, un langage construit d’unités discrètes, un langage productif…cependant aucune expérience n’a montré qu’ils étaient capables de couvrir tous ces critères en même temps. Par exemple le chimpanzé peut “parler” à ses congénères afin d’aviser de l’approche d’un danger, mais dans ce cas il s’agit uniquement d’un langage lié à un événement observable, ce qui montre un manque de faculté langagière de déplacement de la part de celui-ci.
Pour conclure et pour ceux qui veulent aller encore plus loin sur cette thématique, je vous invite en premier lieu à écouter une
 
 (la voix qui nous relie à notre identité, et qui serait une faculté propre à la condition humaine), et je vous renvoie aussi à un article publié sur Internet Actu qui traite des recherches effectuées actuellement sur l’évolution du langage chez les robots.

Notre poditeur Thierry Raeber revient également en renfort pour approfondir les travaux effectués sur la relation entre le langage et la percéption du monde:

Si vous permettez toutefois que je joue mon linguiste de service :-) , je me permets de revenir sur cette histoire de découpage des couleurs dans le langage. Pour ce faire, commençons par rappeler que comme vous l’avez dit, c’est sujet à discussion. Plus précisément, deux grandes visions s’affrontent ici. Il y a d’un coté le courant que l’on appelle le “relativisme linguistique”, digne descendant du structuralisme saussurien, et de l’autre côté ce que nous pourrions appeler l’universalisme, ou le nativisme, ou l’innéisme, à choix ;-) . Le premier courant considère que le langage est notre grille de lecture du monde, que ce découpage est totalement arbitraire, et que par conséquent nous percevons différemment le réel en fonction de notre langue maternelle. C’est ce qu’on appelle l’hypothèse Sappir-Whorf, du nom des instigateurs de ce courant. Le second considère que notre système perceptif et conceptuel répond à des contraintes cognitives, qui sont donc universelles, et que malgré les différents “découpages”, nous voyons tous les choses globalement de la même manière (l’un des premiers acteurs de ce courant étant Noam Chomsky).

Il faut également savoir que le relativisme fait de moins en moins d’adeptes à l’heure actuelle. La raison en est qu’un grand nombre de mythes sur lesquelles ce courant se basait ont été falsifié par de récentes recherches en sciences cognitives. Je pense notamment au mythe très connu et souvent cité des 32/46/80/400 (à choix selon les travaux) mots pour dire “blanc” en Inuit, idem pour décrire la neige. Ces expériences menées dans les débuts de la recherche ethnographique ont été refaites avec des outils méthodologiques plus solides, et ces conclusions se sont avérées erronées. Il existe en réalité deux mots pour dire “blanc” (ce qui est déjà le double du français, ce n’est pas rien :-) ), et qu’un seul terme pour dire “neige”, sachant que tous les autres termes sont des sous-classes (tout comme le français à le terme de base “neige”, et un tas de sous-termes comme “poudreuse, petche, poudre, carton, grésil, etc.). Le second mythe à l’appui de la thèse relativiste est la langue des Hopi, une tribu d’Amazonie. Selon certaines études, cette tribu n’aurait pas de conception du temps car leur langue n’a pas de temps verbaux. Cela part déjà d’un postulat selon lequel ce qui n’est pas dans la langue n’est pas conceptualisé, ce qui est très discutable. De plus, d’autres études, réalisées cette fois par des linguistes et non des ethnologues, ont montré que s’ils n’ont effectivement pas de temps verbaux, il ont en revanche tout un système d’adverbes de temps qui leur permettent malgré tout de décrire la dimension temporelle. Sans oublier que le Chinois présente la meme particularité de n’avoir que des adverbes pour décrire le temps, et personne n’oserait soutenir qu’ils n’ont pas de notion du temps…

Venons-en maintenant aux couleurs. Pour cette question également, un très grand nombre d’études ont été réalisées un peu partout pour montrer que le découpage particulier du spectre influençait notre perception. Or, s’il est tout a fait vrai que toutes les langues ne découpent pas de la meme manière le spectre lumineux, une colossale étude intitulée ” Basic color terms” menée par deux linguistes et ethnologues, Brent Berlin et Paul Kay, et publiée de mémoire en 1969 (en plein relativisme!) a montré qu’il existe une régularité tout a fait frappante dans l’apparition des couleurs dans la langue. Je m’explique. La plupart des langues occidentales ont 11 termes dits “primaires”, “basiques” ou “focaux” (je sais, ça fait beaucoup de choix :-) ). La liste étant (de mémoire toujours) la suivante : noire, blanc, rouge,jaune, vert, bleu, orange, rose, brun, gris, violet. On entend par “couleur basique” une couleur qui n’est pas une sous-catégorie d’une autre au niveau conceptuel, pas d’un point de vue physique. Le brun n’est pas un type précis de bleu, l’orange n’est pas un type particulier de rouge, contrairement au carmin, au pourpre, au beige, etc. Or, la première observation est qu’aucune langue ne dispose de davantage de couleurs basiques. 11 est, pour l’instant du moins, il faut rester prudent, le maximum observé. Cependant, un grand nombre de langues en ont moins que 11. Certaines n’en ont que 2 ! Mais les recherches de Berlin et Kay ont montré que l’apparition de ces couleurs se fait toujours dans le meme ordre. Imaginez une culture dont la langue ne contient que 2 termes pour différencier les couleurs. Alors ce sera toujours un distinction du type blanc/noir, ou disons plutôt clair/foncé, voire couleurs chaudes/couleurs froides. Prenez maintenant les cultures disposant de 3 termes de couleur. Elles auront toutes le rouge comme couleur supplémentaire, les deux premières restant un regroupement plus ou moins précis des couleurs mentionnées clair/foncé. La quatrième couleur est toujours le jaune. A partir de la cinquième, ça se corse, on voit apparaitre la couleur “blert”, qui regroupe le bleu et le vert en une seule couleur. Ce n’est que lorsque la 6ème couleur apparait que l’on fait la différence entre le bleu et le vert (mais cette sixième vient toujours faire la séparation entre bleu et vert, jamais autre chose). A partir de là, les couleurs restantes apparaissent de manière moins régulière. Parfois le gris apparaît avant le brun, parfois c’est l’inverse. Cette étude a été dans sa version d’origine menée sur plus de 160 langues, mais les travaux se sont depuis poursuivis et jusqu’à ce jour, aucune exception n’a été trouvée. Aucune langue n’a de mot pour dire “jaune” sans en avoir un pour dire “rouge”, ni de mot pour dire “brun” sans en avoir un pour dire “bleu”. Pour le dire en termes plus mathématiques, la couleur de rang n n’apparait que si il existe déjà un terme pour décrire toutes les couleurs de rang n-1, n-2, etc.

Qu’est ce que tout ceci veut dire? Simplement que malgré les thèses relativistes qui défendent une vision du monde basée sur le découpage totalement arbitraire de la langue, il semble que notre vision du monde soit très fortement contrainte par notre structure cérébrale qui répertorie les couleurs basiques toujours de la meme manière. Alors bien entendu, cela n’empêche pas que certaines adaptations dues à la langue maternelle s’opèrent, comme cela semble être le cas de la tribu des Himba. Il faut toutefois savoir que le cas des Himba est également très connu, et que de nombreuses recherches sont menées pour comprendre ce cas. Or un grand nombre d’entre elles (Regier et Kay notamment) apportent d’autres explications aux phénomènes observés. A noter également que cette langue ne failli pas à la règle d’apparition des couleurs !

Je dois toutefois apporter quelques corrections à ce que j’ai dit. J’ai écrit ça hier soir un peu en vitesse, et après vérification de quelques points dont je n’était pas certain, je vois que j’ai fait quelques imprécisions :
L’ordre des couleurs est un chouïa différent : on a donc dans l’ordre :1.  Clair/foncé
2.  Rouge
3.  Jaune ou “blert” (“blert” = bleu-vert)
4.  Jaune et “blert”
5.  Séparation de “blert” en bleu/vert.
6.  Brun
7.  Violet ou rose ou orange
8.  Violet ou rose ou orange, selon ce qui est déjà apparu en 7.
9.  Idem selon ce qui a été choisi  en 7 et 8
10. Gris.Ce qui fait donc bien 11 couleurs, comptant que la première ligne en compte 2…De plus, j’ai surestimé le nombre de langues sur lesquels ces observations ont été faites dans la version d’origine. Je crois que ce n’est qu’une vingtaine de langues. Il reste toutefois vrai qu’à l’heure actuelle cette observation s’est vérifiée sur toutes les langues observées, celles-ci étant considérablement plus nombreuses.Et finalement, il faut bien comprendre que le relativisme linguistique affirme que c’est la culture qui influe sur notre perception du monde. Or cette thèse a été assez massivement falsifiée, ne serait-ce parce que l’idée de “culture” est trop floue. Ce n’est pas une force magique qui flotte dans l’air et qui vient nous transformer de l’intérieur. Si un paramètre peut modifier notre perception, il doit être clairement identifiable, pour des raisons de plausabilité et de falsifiabilité. Le lexique est un bon exemple. Il peut grandement varier selon les langues, et il entraine effectivement, dans une certaine mesure, une modification de notre perception. Mais cela n’a rien de culturel. Ca reste un phénomène mental en ceci qu’il est raisonnable de penser que selon le découpage opéré par les mots de notre langue, les connexions neuronales sollicitées par notre appareil conceptuel s’en trouvent modifiées, et par conséquent notre perception également. C’est un phénomène absolument fascinant, qui s’observe dans d’autres cas que les couleurs (par exemple la représentation temporelle). Mais d’une part, les différences ne sont pas aussi grandes que certains veulent bien le croire. Si les Himbas ont plus de peine à différencier certaines couleurs appartenant à la même catégorie lexicale dans leur langue, ils perçoivent globalement les couleurs de la même façon que n’importe quel être humain. De plus,  soutenir que c’est notre culture qui modifie notre perception n’a en fait pas vraiment de sens, car ça n’explique en rien comment cette modification se produit. C’est en cela que réside la grande fracture entre relativisme et naturalisme.
Premièrement, tu parlais du langage animal et de la distinction avec le langage humain. Tout d’abord, parmi les spécificités que tu cites, on peut rajouter une capacité propre à l’être humain qui, si elle n’est pas directement propre au langage, est indispensable pour que celui-ci soit opérationnel tel qu’il l’est pour l’homme : il s’agit des méta-representations, et plus particulièrement des attributions d’intention. En effet, un singe est capable un comprendre un message de danger, tel que “attention, un danger arrive depuis le sol”. Il peut ainsi se réfugier dans un arbre. Mais ce qu’il n’est vraisemblablement pas capable de faire, c’est de se dire “mon congénère pense qu’un danger vient du sol”, ou meme “mon congénère souhaite me communiquer qu’un danger vient du sol”. Alors la question se pose : l’humain fait-il ça dans la conversation quotidienne ? La première réponse est “on s’en fiche, il peut le faire, c’est tout ce qui compte…”. Un peu frustrant quand même, non ? Une réponse plus constructive est de dire que oui, mais pas toujours de manière consciente. Toutefois cette capacité à attribuer à l’autre des croyances, des intentions et des états mentaux est indispensable ! Pour illustrer mon propos, considérons un fait de langue bien connu : l’ironie. Imaginez que je suis un conducteur connu pour etre très prudent. Je roule calment en voiture avec un ami à mon bord. J’arrive au croisement d’une route parfaitement droite et dégagée, avec seulement une voiture qui est encore très loin du croisement. Je m’apprête à m’engager lorsque mon ami me dit “attention, il y a une voiture qui arrive !”. Pour comprendre l’ironie de mon ami, et donc son intention communicative, je suis obligé de faire des hypothèses sur ses propres croyances et pensées. Je dois postuler qu’il ne prend pas véritablement au sérieux le risque que représente cette voiture au loin. Je postule également qu’il me sait être très prudent. Je postule qu’il postule que je suis capable de lui attribuer les bonnes intentions. Etc. Ceci n’étant qu’une partie des informations que je dois lui imputer pour arriver au final à comprendre la critique cachée qui est que je suis excessivement prudent et que ça l’agace.
Le cas de l’ironie est particulier, mais il montre bien en quoi il est nécessaire, pour parvenir à obtenir le sens que voulait communiquer mon ami, de faire des suppositions sur les pensées qui l’animent lorsqu’il communique. Et ce processus n’est pas une exception propre à l’ironie, mais est le cas général de notre conversation quotidienne. Nous devons en permanence faire des hypothèses sur les états mentaux de nos interlocuteurs pour parvenir à refaire le chemin entre ce qui est verbalisé (les mots qui sortent de la bouche) et la véritable intention communicative (qui est dans la quasi totalité des cas bien plus riche que le contenu verbalisé). Et l’étude de ces processus où l’on “rajoute” l’informations non verbalisée s’appelle la pragmatique, dont vous avez parlé, et qui échappe totalement aux animaux, même aux grands singes.
Maintenant s’il est intéressant de se demander ce que l’homme peut faire avec le langage, que l’animal de peut pas faire, il est également intéressant de se demander si le langage humain, indépendamment de ses différentes fonctions, diffère par sa nature de celui de de l’animal. Et la réponse est oui! C’est d’ailleurs l’argument le plus fort. Le langage humain de distingue du langage animal en ceci qu’il dispose d’une syntaxe. Évidemment, il faut s’entendre sur ce qu’est une syntaxe. La syntaxe, comme vous l’avez très bien dit, est l’ensemble des règles qui régissent la bonne construction des phrases. Mais il ne faut pas croire que dès qu’on se met à aligner des unités de sens (pour l’homme, des mots), on a une syntaxe. L’animal dispose d’un ensemble, parfois assez vaste, de signes ( qui est comme vous l’avez dit la réunion d’un signifiant, le mot ou le son correspondant, et d’un signifié, qui est le concept) qui permet de décrire différentes choses. Par exemple, “attention danger sol”. La réunion de ces trois signes forme une informtion unifiée qui est interprétable. Mais on n’a pas encore de syntaxe. La syntaxe, telle qu’on la trouve par exemple dans le langage humain, mais également dans les langages informatiques, a comme propriété de pouvoir générer, sur la base d’un nombre limité de règles, des phrases infinies. C’est l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui … La limite des phrases n’est pas liée par la syntaxe, mais simplement par notre capacité de mémorisation. Au bout d’un moment, on “perd le fil”. Mais ce n’est pas dû à une limite de notre système langagier. Cette syntaxe permet également de générer un nombre virtuellement infini de phrases différentes, mais qui restent tout à fait compréhensibles dès la première écoute. Cette syntaxe, qui n’est pas une fonction, mais une propriété du langage humain, est totalement absente de tout langage animal.Cette (longue) précision étant faite, je reviens sur une question d’Alan qui demandait ce que c’était que cette grammaire générative. Je pense que ça mérite précision car à premier abord, c’est totalement contre intuitif de se dire qu’on a une grammaire encodé dans notre cerveau dès la naissance. Mais là encore, il faut se demander ce que l’on entend par grammaire. Il n’est pas question de dire que l’accord du participe passé, la formation des verbes irréguliers, ou la construction “aller chez le coiffeur” plutôt que “aller au coiffeur” est inscrit dans notre code génétique. L’idée est simplement que contrairement aux apparences, il existent entre toutes les langues du monde davantages de similitudes que de différences, et que certaines de ces similitudes sont universelles, et donc vraisemblablement imposées par notre système cognitif et conceptuel. Commençons par des choses simples : toutes les langues ont des verbes, des noms, des adjectifs, des prépositions, des adverbes. Est-ce un hasard ? Pourquoi, avec tout le brassage linguistique, ne trouve-t-on aucune langue qui dispose de catégories grammaticales différentes ? Si l’on regarde maintenant de plus près, On trouve le même genre de faits étonnants dans la syntaxe. Prenons l’exemple de la coréférence des pronoms : si je dis ” Pierre dit qu’il est heureux”, le pronom “il” peut reprendre “Pierre”. Mais si je dis “il dit que Pierre est heureux”, “il” ne peut plus reprendre Pierre. Jusque là, rien de bien sorcier, on a envie de dire “ben ouais, et alors ?”. Ici, le linguiste répondra “et alors pourquoi ??”. La première observation est de dire que cette coréférence ne se fait pas n’importe comment. Il y a, apparemment, des règles, et on veut savoir lesquelles !! Première hypothèse : un pronom ne peut pas reprendre ce qui vient après dans la phrase. Dans le second cas, Pierre est post-posé, la reprise est donc impossible. Ouais, sauf que dans “lorsqu’il joue avec ses enfants, Pierre est heureux”, la coréférence est tout à fait possible… Bon, il faut trouver autre chose. On creuse, on creuse, et on finit par se rendre contre que la règle est assez compliquée. Contentons-nous ici de dire qu’un pronom ne peut jamais reprendre un élément qui est contenu dans le syntagme c-commandé par le pronom. Pas la peine de comprendre ce que cela veut dire, il suffit de noter deux choses très importantes. La première est que cette règle complexe, dont il est quasi impossible d’être conscient sans s’y attarder longuement, est présente dans toutes les langues du monde. Aucune langue ne viole cette règle de coréférence. D’ailleurs, lorsqu’on apprend une langue étrangère, on ne fait jamais ce genre d’erreur. On en fait plein, mais pas ça… L’existence de cette règle universelle, parmi beaucoup d’autres, est un premier argument pour la grammaire générative. Le second argument est que l’enfant maitrise cette règle très tôt, vers les 2-3 ans. Or sans un dispositif préétablit qui permette d’interioriser ces règles très compliquées, il est difficile d’expliquer comment un enfant, par la simple écoute de phrases prononcées par ses parents, et qui ne sont en réalité pas suffisantes pour justifier les thèses behavioristes, parvienne à maitriser aussi vite la syntaxe de sa langue. Il devient en fait beaucoup plus vraisemblable que l’être humain dispose d’une contrainte cognitive, ce qu’on appelle la grammaire générative, et qui vienne supporter et accueillir la langue maternelle de l’enfant, en imposant un certain nombre de limites et de règles qu’aucune langue ne viole. Et c’est sur la base de cette grammaire innée, mais minimale, que viennent se développer les différentes langues du monde. On dispose donc d’un ensemble de règles innées, qu’on appelle des “principes”, depuis lesquels on peut opérer des variations, qu’on appelle des “paramètres” (la place du verbe dans une phrase, la position du complément d’objets, etc.). Ainsi, le cerveau est comme un grand tableau électrique avec des commutateurs. On part des principes, et on fait varier les paramètres. En changeant le commutateur de la place du verbe, on passe du français à l’allemand. En changeant le paramètre de la position du complément d’objets pour le mettre en début de phrase, on obtient le turc. Mais on garde toujours les principes inchangés. Et c’est l’ensemble de ces principes qui forment la grammaire générative.
Sources:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Linguistique

http://fr.wikipedia.org/wiki/Linguistique_compar%C3%A9e

http://fr.wikipedia.org/wiki/Acquisition_du_langage

http://fr.wikipedia.org/wiki/Psycholinguistique

http://fr.wikipedia.org/wiki/Noam_Chomsky

http://www.youtube.com/watch?v=ImQrUjlyHUg

http://sciencetonnante.wordpress.com/2011/07/04/out-of-africa-pour-le-langage-aussi/ 

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Aphasie

http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_langues

http://scienceblogs.com/pharyngula/2011/09/wiring_the_brain.php

 

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Numéro spécial tout entier consacré aux biais statistiques (ou comment on fait parfois dire n’importe quoi aux chiffres) avec un invité de marque, Nicolas Gauvrit, mathématicien, psychologue, diplômé en sciences cognitives et dont la biographie sur Futura Sciences figure en belle place aux côtés, entre autres de Darwin, De Vinci et Galilée. Qui dit mieux?
Nicolas nous livre dans cet épisode les subtilités des biais statistiques, et c’est passionnant (même pour les non-matheux!)

Voici les liens évoqués pendant l’émission:

Statistiques - Méfiez-vous! De Nicolas Gauvrit

Statistiques : Méfiez-vous ! De Nicolas Gauvrit (Ellipses)

Vous avez dit hasard? Entre mathématiques et psychologie

Vous avez dit hasard? Entre mathématiques et psychologie. De Nicolas Gauvrit (Belin - Pour la science)

Les deux autres livres évoqués (sur la numérologie et sur la psychanalyse) sont malheureusement épuisés. [UPDATE]: oooops corrélation illusoire du prof. von ;) Indisponible sur Amazon ne veut pas dire épuisé!! Merci François d’avoir corrigé le tir. Les livres sont dispo sur le site de l’éditeur:

La quote de Mathieu cette semaine n’en est pas une, mais plutôt une petite démonstration recourant aux calculs de probabilité:

Supposons, ce qui est très modeste, que M. Paul connaisse 1000 personnes (connaisse au sens très large où il connaît par exemple Jean­Paul II) dont il apprendra le décès durant les 30 prochaines années. Supposons aussi, ce qui est très, très modeste, que M. Paul ne songe à chacune de ces 1000 personnes qu’une fois en 30 ans. La question est de savoir quelle est la probabilité qu’il pense à une de ces   personnes et que, dans les cinq minutes   qui suivent, il apprenne son décès. Le calcul des probabilités permet de déterminer que cette probabilité est faible: un peu plus de trois chances sur 10 000. Mais M. Paul habite un pays de 50 millions d’habitants. Pour cette population, il y aura 16 000 “mystérieuses prémonitions” en 30 ans. Ce qui fait tout de même 530 cas par an: plus d’une par jour.
Déniché dans un autre ouvrage hautement recommandé:

Petit cours d'autodéfense intellectuelle
Petit cours d’autodéfense intellectuelle. De Normand Baillargeon et Charb (illustrations), paru chez Lux

À méditer! Bonne semaine :)

PS: toutes nos excuses pour les coupures. Petit souci d’enregistrement chez Mathieu,  nous avons dû utiliser mon enregistrement de secours et ma ligne était assez moyenne pour cet épisode…

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Podcast science 29 – Les biais statistiques (mp3)

On 24.03.2011, in mp3, by Podcast Science
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Numéro spécial avec Nicolas Gauvrit sur les biais statistiques

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Cette semaine, on s’est lâchés! 3 dossiers + 1 illustration, la totale!

  • Mais avant de commencer, Mathieu nous parle rapidement de Google Science Fair, une initiative de Google, en partenariat avec le CERN, le groupe Lego, le National Geographic et le Scientific American. C’est une possibilité donnée aux scientifiques en herbe de présenter leur projet et éventuellement de gagner de 50’000 USD. Le concours est ouvert aux jeunes seuls ou en équipe de 2-3. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 4 avril 2011. Le seul hic, c’est que tout est en anglais.
    Les détails en vidéo:
  • Dossier numéro 1: les paradoxes temporels, par Anh Tuan
  • Dossier numéro 2: l’effet placebo, par Alan,  thème magnifiquement illustré par Lucile
  • Dossier numéro 3 enfin: la loi de Benford (avec un petit détour par la loi de Stigler) par Mathieu
  • Last but bot least, la quote de Mathieu, magistrale cette semaine:

“I guess I think of lotteries as a tax on the mathematically challenged” – Roger Jones
Traduction libre: “La loterie est un impôt volontaire pour ceux qui ont de la peine avec les mathématiques”.

Prochain enregistrement le jeudi 20 janvier 2010. Une excellente semaine à toutes et à tous!!

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