Mini-dossier publié dans le cadre de la soirée radio-dessinée “L’Amour est dans la Pipette“, enregistrée en public à Paris, à l’Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes avec le collectif Strip Science le 23 mars 2013
Intox bien sûr!
Par contre, il est vrai les hommes y pensent plus souvent que les femmes…
Selon un mythe dont je n’ai malheureusement pas réussi à retrouver la source, mais qui est tenace sur l’Internet et les talkshows nocturnes américains, les mâles Homo Sapiens seraient complètement obsédés par le sexe et envahis d’une pensée coupable toutes les 7 secondes en moyenne pendant les quelque 16 heures par jour de leur temps de veille. Rapide calcul: 16 heures x 60 minutes x 60 secondes. 57’600 secondes. 57’600 ÷ 7 (car ce n’est pas à chaque seconde, hein, seulement une sur 7) = 8’228 pensées par jour!!
Bon, le mythe a des variantes… Selon les sources, ça peut aussi être une fois toutes les 15 secondes ou toutes les 3 minutes. Dans toutes les variantes, un semblant de statistique donne une allure scientifique à l’histoire, comme d’hab… Il faut parer l’histoire d’un minimum d’atours d’autorité si on veut que ça passe. Mais bon, pas besoin de passer dans un scanner: n’importe quel mec pourra vous affirmer, sans bluffer, que ce n’est juste pas possible.
Ce genre de mythe est bien ancré dans les cultures populaires. Si les ventes sont un peu retombées aujourd’hui, le livre What Every Man Thinks About Apart From Sex (à quoi pensent les hommes quand ils ne pensent pas au sexe?) publié lors de la Saint Valentin 2011 a connu un joli succès de librairie: il était classé 744e dans les meilleures ventes d’Amazon au faite de son succès en 2011). Le livre consiste en tout et pour tout en 200 pages blanches. Je vous laisse méditer sur le sujet…
Selon la FAQ de l’Institut Kinsey (un institut de recherche spécialisé dans les questions de sexe, de genre, et de reproduction), 54% des hommes pensent au sexe chaque jour ou plusieurs fois par jour, 43% quelques fois par mois ou par semaine et 4% moins d’une fois par mois. Ce qui semble tout de suite plus réaliste, pas vrai Messieurs? Ces chiffres se basent sur une étude de 1948, l’une des plus complètes du genre, qui fait encore autorité aujourd’hui à bien des égards.
Mais ce n’est pas la dernière en date. Début 2012, une autre étude a fait pas mal de bruit. Conduite par la psychologue Terri Fischer, de l’Université d’Etat de l’Ohio et publiée dans le Journal of Sex Research, cette recherche porte sur 283 étudiants (163 femmes et 120 hommes) à qui on a demandé, pour une grosse moitié d’entre eux (60%), de compter toutes leurs pensées portant sur le sexe, et à une petite moitié (40%), de compter leur pensées relatives à la bouffe ou au sommeil (des besoins primaires, quoi…), à l’aide d’un petit compteur manuel.
Les résultats de cette étude indiquent que les hommes disent effectivement penser au sexe davantage que les femmes, mais les scores respectifs ne rivalisent en rien avec le chiffre de plus de 8’000 pensées par jour annoncé il y a un instant… On parle de… 18 pensées par jour pour les hommes vs 10 seulement pour les femmes… Avec un record à 388 pensées en une journée pour un Monsieur particulièrement excité.
Ce qui est intéressant, c’est qu’on trouve le même genre de ratio pour les autres besoins primaires, manger et dormir. Les hommes disent y penser plus que les femmes.
Les chercheurs ont deux hypothèses pour expliquer le phénomène: soit les hommes sont plus conscients de leur état physique à tout instant, ou alors, ils sont plus à l’aise pour cliquer sur le bouton du compteur pour consigner leurs pensées relatives aux besoins du corps.
En résumé, donc, les hommes pensent plus au sexe que les femmes, mais ils pensent aussi davantage à manger et dormir. Et ils y pensent 457 fois moins souvent que la légende ne le prétend… un peu plus d’une fois par heure au lieu d’une fois toutes les 7 secondes…
Ceci dit, l’étude ne dit pas si ces pensées durent 1 seconde ou une demi-heure
Sources:
- Comme souvent pour cette rubrique, l’excellent Snopes: http://www.snopes.com/science/stats/thinksex.asp
- Sur le succès de livre aux pages blanches: article SocialHype
- L’étude de 1948: Sexual behavior in the human male AC Kinsey, WB Pomeroy, CE Martin
- L’abstract de l’étude de Fisher: http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/00224499.2011.565429
- Un très bon article en français qui comment cette étude: http://www.slate.fr/lien/35773/homme-lorsquil-ne-pense-pas-au-sexe
- Et l’interview sur la quelle il se base (en anglais): http://www.livescience.com/14040-men-sex-thoughts.html
Cette semaine, nous avons recevons Caroline Graap, psychologue clinicienne et marraine du podcast
L’approche centrée sur la personne est un courant majeur en psychologie clinique. Appelée à ses début dans les années 40 l’« approche non directive », son origine et ses principes expliqués au travers du récit de la vie de son fondateur, le grand psychologue Carl Rogers, précurseur également de la recherche sur l’efficacité des psychothérapies.
Le dossier de la semaine
» Psychologie: Carl Rogers et l’approche centrée sur la personne
Les illustrations de Nico
Le dossier de la semaine prochaine
Le pitch de Xavier en audio
Si 1 personne sur 3 s’estime allergique à certains aliments, seuls 2 à 3% de la population le sont en réalité. On confond souvent allergie et intolérance, voire intoxication. Alors, quelle est la différence entre allergie et intolérance? Est-il vrai que 90% des asiatiques ne supportent pas le lactose et sont malades au lendemain d’une bonne fondue? Qu’est-ce que le lait délactosé? Entre convergence évolutive et tracas quotidiens, je vous emmène dans un dossier qui partira du Caucase il y a ~10’000 ans pour arriver dans les yaourts probiotiques de votre petit déjeuner de ce matin.
Le son de la semaine
Koshik, l’éléphant qui parle le coréen
» Tous les détails dans le billet dédié
Retour sur les émissions précédentes
- Alexis, du blog Homo Fabulus nous a entendu parler de conditionnement de genres la semaine dernière, lors de notre discussion avec Florence Porcel, et ça lui a inspiré un billet, pas du tout politiquement correct, sur les préférences des filles et des garçons dans les choix des jouets, et qui ne semblent pas être liés à un conditionnement culturel. Les garçons et les jeunes macaques mâles préfèrent les petites voitures aux poupées

http://homofabulus.com/les-macaques-males-aussi-preferent-jouer-aux-petites-voitures/ - Commentaire d’Ethaniel sur la tartine beurrée:
“Le calcul de la hauteur minimale de la table pour que la tartine fasse au moins 3/4 de tour (pas besoin d’un tour complet pour la sauver) est d’ailleurs un exercice classique en Maths sup
.”
- Sinon, un petit coucou à https://twitter.com/Darthder qui vient de nous découvrir et qui a décidé de rattraper son retard à raison de 3 épisodes par jour jusqu’au numéro courant. Darthder, merci
Et bon courage! Si mes calculs sont corrects, tu entendras ce message à Noël, soit une semaine après la fin du monde. Si c’est bien le cas, fais-nous un petit coucou, on t’enverra un petit cadeau
- Enfin, last but not least, c’est pas exactement un plug, mais un appel au secours! Je suis un peu débordé ces temps. Et on a 2-3 soucis sur le site dont je n’arrive pas à m’occuper. La page “épisodes”, par exemple, qui est censée afficher la liste d’épisodes en partant d’un flux RSS, ne fonctionne pas à tous les coups. On a un problème avec les commentaires depuis quelques jours: il semble qu’on ne puisse plus poster de commentaires depuis d’autres navigateurs que chrome. Tout cela est important et urgent, mais je n’ai juste pas le temps de m’en occuper. Est-ce que qqun avec des compétences WordPress pourrait donner un coup de main? Ce serait vraiment formidable. Contactez-moi par n’importe quel moyen (twitter, facebook, formulaire contact, mail…), je vous accueille à bras ouverts
Quizz de la semaine
- Réponse au quizz lancé la semaine dernière
- Le nouveau quizz de cette semaine:
- “Lorsque des femmes vivent ensemble, il existe une tendance à la synchronisation des règles”. Info ou intox?
Enregistrez votre réponse sous forme de commentaire écrit ou audio sur le site www.podcastscience.fm. Soyez pas timides, on se charge de l’explication scientifique, dites-nous juste ce que vous en pensez
La quote de la semaine, par Caro
Life, at its best, is a flowing, changing process in which nothing is fixed (Rogers, 1961)
« La vie à son meilleur est un processus fluide et changeant dans lequel rien n’est fixé. »
Plugs/annonces
- Projet des étudiants du Centre de Recherches Interdisciplinaires de Paris. Ça s’appelle “Draw Me Why” et il s’agit de doodles de vulgarisation scientifique, soit des mini-films d’animation pour expliquer un concept, comme ce qu’on peut voir sur minutephysics par exemple, sauf qu’à terme, ça pourrait être dans d’autres langues que l’anglais.
Le groupe d’étudiants a appris il y a 15 jours que l’UE lançait un concours pour inciter plus de femmes à choisir une carrière scientifique. Ni une ni deux, ils ont produit leur première vidéo complètement sous pression et avec les moyens du bord. Le résultat n’est pas encore pro, évidemment, mais c’est franchement déjà très encourageant. Et s’ils gagnent le concours, ils remportent 1’500 €, ce qui leur permettra de faire des choses encore plus abouties les prochaines fois. Je vous invite à voter pour ce projet avant le 28 novembre (il faut faire vite) à l’adresse suivante:
http://promoshq.wildfireapp.com/website/6/contests/298231/voteable_entries/61712142
Vous pourrez bien sûr partager la vidéo sur les réseaux sociaux pour la faire connaître et vous pouvez suivre Draw Me Why sur Twitter https://twitter.com/DrawMeWhy et Facebook: http://www.facebook.com/pages/DrawMeWhy/516252581720031?ref=hl - Retrouvez David chez JM Abrassart dans l’épisode 180 de Scepticisme Scientifique, le balado de la Science et de la Raison, où l’on parle de mémétique: http://pangolia.com/blog/?p=1248
- Un blog découvert 2 minutes avant le début de l’émission: http://scienceabilly.com/, un “kit de survie dans une jungle remplie de couillons”. Extrait de la page “à propos”:
Parce que la pub pense que nous avons le QI d’une huître, parce que nos politiques traitent des enjeux de société comme un pamplemousse traiterait de l’idéalisme transcendantal dans la philosophie kantienne, parce que vous avez été traumatisé par les mitochondries au lycée et que depuis vous êtes allergiques aux sciences, parce que vous avez le sentiment qu’on nous prend parfois pour des pigeons mais sans vraiment arriver à expliquer pourquoi, parce que la science c’est beau, parce que la science c’est de la poésie, parce que je voudrais juste me coucher un peu moins cornichon ce soir, SCIENCEABILLY vous offre une tranche de science dans le gâteau de la société. Bon appétit !
À la semaine prochaine, prochaine émission: 29 novembre 2012: Yaourts, évolution et fondue, par Xavier Durussel
Chatroom
[20:22] == Xilrian [webchat@gre92-3-82-225-206-26.fbx.proxad.net] has joined #podcastscience
[20:26] == Tolaria[webchat@91.180.201.128] has quit [Ping timeout]
[20:28] == Staulott [webchat@ppp-seco11pa2-46-193-131.219.wb.wifirst.net] has joined #podcastscience
[20:28] <Staulott> Bonsoir
[20:28] <Bubar> Bonsoir
[20:29] <Pingouin> Salut à tous !
[20:29] <Pingouin> Je sens que ça va commencer un peu en retard, non ? ^^
[20:30] <Staulott> ça va devenir comme l’ADC
[20:31] <Alan__> Salut tout le monde! On arrive tout de suite
[20:32] == Dave__ [webchat@5-166.106-92.cust.bluewin.ch] has joined #podcastscience
[20:34] <Alan__> Bon, on a perdu Robin
[20:34] <Alan__> et on attend Nico
[20:34] <Alan__> A part ça tout va bien
[20:35] == peremptoire[webchat@abo-236-27-68.rns.modulonet.fr] has joined#podcastscience
[20:35] <peremptoire> Bonsoir :3
[20:35] <Xilrian> bonsoir tout le monde ^^
[20:35] == Dave__ [webchat@5-166.106-92.cust.bluewin.ch] has quit [Quit: Page closed]
[20:35] <Pingouin> Les traditions ne se perdent pas Alan
[20:36] == Dave__ [webchat@5-166.106-92.cust.bluewin.ch] has joined #podcastscience
[20:36] == ben__ [webchat@208-183.104-92.cust.bluewin.ch] has joined #podcastscience
[20:36] <ben__> bonsoir
[20:37] == Taupo [webchat@mar75-11-78-225-122-121.fbx.proxad.net] has joined #podcastscience
[20:37] <Dave__> bel echo
[20:37] <Pingouin> On vous entend mais en Alan est en écho !
[20:37] <Bubar> Oui oui mais un peu d’echo
[20:37] <Staulott> on entend mais gros echos
[20:37] <Taupo> Y’a de l’écho pour Alan
[20:37] <Taupo> Que pour Alan
[20:37] <Pingouin> Toujours la meme chose
[20:37] <Pingouin> seulement pour Alan
[20:38] <Taupo> Y’a que toi Alan qui fait de l’écho
[20:38] == Robin__ [webchat@85-168-101-77.rev.numericable.fr] has quit [Quit: Page closed]
[20:38] <Pingouin> Tu n’as pas 2 instances ouvertes ?
[20:38] <peremptoire> ouaip, un peu d’écho
[20:38] <Taupo> Ben ça fait un peu l’attaque des clones
[20:38] <Taupo> un double
[20:38] <Bubar> double
[20:38] <Staulott> double
[20:38] <Pingouin> on entend en double, aussi fort les 2 voix
[20:38] <peremptoire> ca arrive aussi quand je fais des lives :/
[20:38] <Taupo> Ben ptet
[20:39] <peremptoire> tout dépend de votre installation
[20:39] <Taupo> Tu veux pas redémarrer Alan
[20:39] <Taupo> ?
[20:40] <Taupo> Putain c’est à pein bitable
[20:40] <Taupo> Débranche ton micro
[20:40] <peremptoire> le son est surement lancé deux fois ?
[20:40] <Taupo> non
[20:40] <Bubar> pas mieux
[20:40] <Pingouin> non pas de changement
[20:40] <Taupo> nope
[20:41] <peremptoire> sinon il faut faire attention a la sortie son
[20:41] <Pingouin> pas de soucis Alan
[20:41] <peremptoire> moi je fais le podcast par mumble
[20:42] <peremptoire> du coup je connais pas des masses pour skype
[20:42] <peremptoire> ce que je fais c’est que j’utilise 2 pc
[20:42] <peremptoire> un qui diffuse tout le son qu’il recoit, donc voix + jingle
[20:43] <peremptoire> et un autre que j’utilise uniquement pour parler
[20:44] <ben__> t utilises quoi pour enregistrer, alan?
[20:44] == Tolaria[webchat@91.180.201.128] has joined #podcastscience
[20:46] == Gaetan[webchat@127.247.203.77.rev.sfr.net] has joined #podcastscience
[20:46] == Nicotupe[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has joined#podcastscience
[20:46] <Nicotupe> Saluuuuut
[20:46] == Robin__ [webchat@85-168-101-77.rev.numericable.fr] has joined #podcastscience
[20:47] <Dave__> il suffisait de ne dire des mots formés par le redoublement d’une syllabe et de n’en dire qu’une. (sisi, quinquin, planplan, barbare, bonbon, pousse-pousse)
[20:47] <Xilrian> La prochaine foi on tente ca :p
[20:49] <Xilrian> On devrait vraiment commencer d’un instant à l’autre ^^
[20:49] <Dave__> on y croit
[20:50] <Xilrian> je maintient la tension pour vous faire patienter
[20:50] <Xilrian> :p
[20:50] <Dave__> vou n’avez jamais pensez à revenir au télégraphe
[20:51] <Dave__> je suis certain qu’il y avait moins de problème
[20:52] == Alan__[webchat@85.218.109.18] has quit [Ping timeout]
[20:52] <Bubar> moins de podcast aussi probablement
[20:52] <Xilrian> Bon a cause de toi nico est entrain de repartir sur des maths
[20:52] == ALan__[webchat@85.218.109.18] has joined #podcastscience
[20:53] <Xilrian> On relance :p
[20:53] <Dave__> cool
[20:53] <Xilrian> d’une seconde à l’autre ^^
[20:55] <Dave__> c’est mieux
[20:55] <Taupo> Pas d’écho
[20:55] <Bubar> Bien mieux
[20:55] <Pingouin> Ah voilà !!!
[20:55] <Taupo> si si
[20:55] <Pingouin> plus d’écho
[20:55] == Staulott [webchat@ppp-seco11pa2-46-193-131.219.wb.wifirst.net] has quit [Quit: Page closed]
[20:56] <ben__> hourrah
[20:56] == Staulott [webchat@ppp-seco11pa2-46-193-131.219.wb.wifirst.net] has joined #podcastscience
[20:56] <Taupo> Pas de mitraillette?
[20:56] <Taupo> roooooooooooooooooooooooh
[20:56] <Taupo> C’est quoi ces gros mots?
[20:57] <Taupo> Boh si quand même
[20:57] <Taupo> je révendique
[20:57] <Pingouin> Le son a l’air pas mal, il y a juste quelques parasites (mais pas trop genants)
[20:58] <Pingouin> Vous pouvez aller directement sur http://webchat.quakenet.org peut etre ?
[20:59] <Pingouin> pffff
[20:59] == Nicotupe_[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has joined#podcastscience
[20:59] <Pingouin> lol
[21:00] <Taupo> C’était bordélique quand Alan était pas là
[21:00] <Nicotupe_> c’est faux
[21:00] <Taupo> (Signé le mauvais esprit)
[21:00] <Nicotupe_> Oh je suis double, salut Nicotupe
[21:00] <Nicotupe> Salut
[21:03] <Taupo> Il manque Nicotriple
[21:03] == Nicotriple[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has joined#podcastscience
[21:04] <Nicotriple> salut
[21:04] <Taupo> Il manque Léguman
[21:04] == Nicotriple[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has quit [Quit: Page closed]
[21:05] == Legumaaaan[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has joined#podcastscience
[21:05] <Legumaaaan> Les objets sont en danger, l’aspirateur veut tous les manegr
[21:05] <Legumaaaan> les carottes sont elles cuites?
[21:05] <Taupo> Il manque 1 million d’euros à mon compte en banque…
[21:06] == Tolaria[webchat@91.180.201.128] has quit [Ping timeout]
[21:06] <ALan__> Ooh! on a Leguman dans la chatroom? Quel honneur! Big fan!
[21:07] <Taupo> Il est trop occupé à changer de pseudo
[21:07] <Nicotupe_> meuh non
[21:07] <Xilrian> Tu veux dire que Legumaaaan serait …. ?
[21:07] <Nicotupe_> j’ai po d’idées
[21:07] == Legumaaaan[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has quit [Quit: Page closed]
[21:08] <Taupo> T’as qu’à dessiner Leguman
[21:08] <ALan__>
[21:08] <Taupo> La psycho à la ferme
[21:09] <Taupo> Je vois un dessin avec un cochon sur un divan
[21:11] == LaurentDo[webchat@men75-12-88-183-198-129.fbx.proxad.net] has joined#podcastscience
[21:17] == ben__ [webchat@208-183.104-92.cust.bluewin.ch] has quit [Ping timeout]
[21:19] <LaurentDo> Vincennes n’a pas été fermé mais transféré à St Denis…
[21:19] == Taupo [webchat@mar75-11-78-225-122-121.fbx.proxad.net] has quit [Quit: Page closed]
[21:20] <LaurentDo> Ca se retrouve un peu quand même. L’idée de faire cours les portes ouvertes
[21:20] <LaurentDo> étaient encore en vigueur dans certaines UFR (arts, psy, etc…)
[21:20] <LaurentDo> (St Denis est Paris 8)
[21:21] <Xilrian> <<<<
[21:21] <Xilrian> Yep ^^
[21:22] <Xilrian> Franck Lepage parlait de tout ca il me semble
[21:22] <Robin__> Ouaip
[21:22] <Xilrian> (dans son spectacle millitant inculture)
[21:22] <Robin__> C’est par lui que j’en ai entendu parlé la dernière fois
[21:22] <Xilrian> de même ^^
[21:22] <Robin__> Mais il en était question aussi dans un film sur de jeunes qui se lancent en politique vers 80
[21:23] <Xilrian> si t’as le titre ca m’intéresse ^^
[21:24] <Robin__> ça me fait aussi penser pas mal au “maitre ignorant” de Rancière
[21:24] <Robin__> Sur l’aspect une approche différente pour chacun
[21:25] <Robin__> “l’école du pouvoir”, téléfilm en deux parties
[21:25] <Robin__> pas mal du tout
[21:25] == Spydemon[~spydemon@81.31.87.92] has joined #podcastscience
[21:26] <Robin__> pas mal le dessin !!
[21:26] <Bubar> 800 personnes faut un grand divan…
[21:29] <Robin__> fait pas mal penser à Russel aussi
[21:30] <Robin__> écoloe libertaire, lutte pour la paix dans le monde…
[21:30] <Xilrian> j’essaye de trouver ca ^^
[21:34] <Nicotupe_> le prochain dessin sera une blague de matheux, c’est pour toi Robin__
[21:34] <Robin__> merci
[21:35] <Robin__> je suis touché
[21:38] <Robin__> ça valait le coup d’attendre !!
[21:38] <Robin__> Mais c’est vraiment pour les happy few, non ?
[21:39] <Nicotupe_> oui
[21:39] <Nicotupe> Moi j’ai compris
[21:39] <Robin__> Et tu as aimé ?
[21:40] <Nicotupe> en meme temps je me doutais ps qu’on utilisait congruence en dehors du monde des math
[21:40] <Robin__> Les maths sont partout
[21:41] <Pingouin> Comment peut on évaluer scientifiquement le résultat d’une thérapie ? La satisfaction du patient ?
[21:41] <Pingouin> (qui est une mesure subjective ?)
[21:44] <Bubar> La subjectivité dans ce cas est elle réellement un problème?
[21:46] == barBe [~barBe@rob76-7-88-184-99-104.fbx.proxad.net] has joined #podcastscience
[21:46] <barBe> bonsoir
[21:46] <Bubar> Dans la mesure où on se veut centré sur la personne, j’imagine que son ressenti est à prendre en compte forcément…
[21:46] <Bubar> (c’est en tout cas le cas pour l’évaluation de la douleur)
[21:47] <Pingouin> ok ok merci pour la réponse c’est intéressant !
[21:47] == Nicotupe[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has left#podcastscience []
[21:49] == peremptoire[webchat@abo-236-27-68.rns.modulonet.fr] has quit [Ping timeout]
[21:49] <Pingouin> Je posais la question car on accuse souvent les psychothérapies d’être dogmatiques et pas scientifiques ! Mais s’il y a des évaluations et des études qui prouvent l’efficacité cela change tout
[21:50] <Dave__> si pour autant que l’étude soit fiable, et dans ce domaine c’est toujours difficile
[21:51] <barBe> petu etre hors sujet mais
[21:52] <Robin__> En meme temps, dire qu’on s’adapte à chacun, et que c’est le rapport humain plus que la méthode, c’est se placer au moins aux marges de la science
[21:52] <barBe> j’ai l’impression que, de plus en plus, on a mis de coté le coté absolu de la medecine, et maintenant, on s’adapte a chaque personne.
[21:52] <barBe> que ce soit au niveau pharmacologique, psychologique ou autre
[21:53] <Pingouin> Barbe : tu parles des médicaments qui seront personnalisés ?
[21:53] <Dave__> heureusement, sauf dans le cas de pathologie qui sont surement bien défini
[21:54] <Dave__> mais là on parle de psychologie et non de psychiatrie
[21:56] <barBe> Pingouin je parle de posologie, de pédagogie etc
[21:57] <barBe> prendre en compte l’individu et non plus croire que nous sommes tous des clones pour qui la methode A est la seule à appliquer.
[21:58] <Pingouin> ok Barbe
[21:59] <LaurentDo> Est ce qu’on garde pas notre côté cartésien tellement français ?
[21:59] <Pingouin> Au contraire la psychanalyse n’est pas forcément très rationnelle, d’après un ami psy… (spécialiste des thérapies courtes)
[22:00] <Pingouin> Difficile de savoir si un thérapeute suit cette aproche centrée sur la personne, non ?
[22:00] <barBe> il faut surement discuter avec lui de sa methode
[22:00] <Robin__> j’avais entendu dire que la psychanalyse se plaçait en réaction à la science
[22:00] <Robin__> en protection, si on veut
[22:00] <barBe> mais, vous pensez que maintenant, il y a une sorte de “tyranie” de la psychanalise?
[22:01] <Robin__> pas d’idée sur la question
[22:01] <Robin__> connais pas assez….
[22:01] <Pingouin> dossier très intéressant une nouvelle fois ! merci Caro ! ^^
[22:01] <Robin__> ouaip, merci, passionnant
[22:01] <LaurentDo> Si demain au travail je dis nonante je saurais pourquoi…
[22:02] <Robin__> par contre, j’aurais plus dit octante que huitante, non ?
[22:03] <barBe> la raclette vaincra
[22:03] <Nicotupe_> mouais
[22:03] <Nicotupe_> huitante, octante…
[22:03] <Pingouin> lol le beluga
[22:03] <Nicotupe_> vive les chocolatines
[22:03] <Nicotupe_> et ceci n’est pas un message politique
[22:04] <Pingouin> “annyong haseyo”
[22:05] <LaurentDo> Y’a des gens qui en ont moins…
[22:09] <LaurentDo> Barbie a une voiture…
[22:09] <Dave__> une voiture rose
[22:09] <Pingouin> y’a pas de roues et de trucs qui bougent dans le choix de faire une des études scientifiques …
[22:10] <Pingouin> (faire des)
[22:10] <Dave__> les fraises tournes
[22:13] <Robin__> waow, l’image du L de tetris, j’adore !
[22:14] <Robin__> j’utiliserai !!
[22:17] <barBe> info. ça serait tellement rigolo
[22:17] <LaurentDo> Info c’est une superbe Bd de…
[22:17] <LaurentDo> Mince j’ai oublié le nom !
[22:17] <Pingouin> j’ai entendu ça ! a propos d’internats…
[22:19] <Bubar> Info
[22:19] == Gaetan[webchat@127.247.203.77.rev.sfr.net] has quit [Ping timeout]
[22:19] <Bubar> j’ai fait un stage en maison d’arret, l’équipe infirmière avait l’air de dire que c’est vrai
[22:20] <Staulott> info je crois que ça été mentionné sur “tu moura moins bête”
[22:21] <LaurentDo> Voilà c’est la BD que je cherchais !!!
[22:21] <LaurentDo> Merci Staulott !
[22:21] <Staulott> de rien
[22:22] <Staulott>http://tumourrasmoinsbete.blogspot.fr/2012/04/vendredi-reglologie.html
[22:24] <LaurentDo> La tête du mec dans la classe est irresistible ! ;D
[22:25] <LaurentDo> C’est Staulott ! C’est pas moi !
[22:26] <Staulott> c’est pas bien grave
[22:27] <ALan__> oops pardon
[22:30] == Alexandru_[webchat@67.41.12.93.rev.sfr.net] has joined #podcastscience
[22:31] == Alexandru_[webchat@67.41.12.93.rev.sfr.net] has quit [Quit: Page closed]
[22:32] == Alxandru[webchat@67.41.12.93.rev.sfr.net] has joined #podcastscience
[22:32] <Alxandru> Zut jarrive trop tard
[22:33] == Staulott [webchat@ppp-seco11pa2-46-193-131.219.wb.wifirst.net] has left#podcastscience []
[22:33] == LaurentDo[webchat@men75-12-88-183-198-129.fbx.proxad.net] has quit [Quit: Page closed]
[22:34] == barBe [~barBe@rob76-7-88-184-99-104.fbx.proxad.net] has left #podcastscience []
[22:34] <ALan__> Ah oui, on vient de finir
[22:37] <Bubar> Merci bien en tout cas! Pour mon premier live un sujet à ma porté d’infirmier psy
[22:38] <Bubar> Parce que j’avoue avoir saigné du nez en écoutant les nombres premiers hier (je découvre le podcast)
[22:40] <Bubar> Continuez, au revoir et bonne nuit!
[22:40] == Bubar [webchat@roa76-2-82-224-77-71.fbx.proxad.net] has quit [Quit: Page closed]
[22:45] == Dave__ [webchat@5-166.106-92.cust.bluewin.ch] has quit [Quit: Page closed]
[22:47] == Alxandru[webchat@67.41.12.93.rev.sfr.net] has quit [Ping timeout]
[22:57] == Nicotupe_[webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has quit [Ping timeout]
[22:58] == pigu_ [webchat@208-183.104-92.cust.bluewin.ch] has joined #podcastscience
[22:59] == pigu_ [webchat@208-183.104-92.cust.bluewin.ch] has quit [Quit: Page closed]
[23:03] == noleia [webchat@208-183.104-92.cust.bluewin.ch] has quit [Quit: Page closed]
[23:04] == Pingouin[webchat@148.198.73.86.rev.sfr.net] has quit [Quit: Page closed]
[23:28] == Spydemon[~spydemon@81.31.87.92] has quit [EOF from client]
Tout d’abord, pourquoi ce thème ? L’approche centrée sur la personne (ACP) s’est développée à partir des années 40 aux Etats-Unis et est devenue l’un des principaux courants de la psychologie clinique aux USA, alors qu’en Europe francophone, elle ne figure pas parmi les courants les plus représentés chez les cliniciens et restent relativement méconnue du grand public. Elle est à la base de ce qui constitue le courant humaniste, et bien des obédiences lui accordent volontiers une place dans leur genèse.
Rogers est un fondateur majeur de la recherche scientifique en psychothérapie : il est le premier à s’être intéressé de façon systématique à l’étude des facteurs explicatifs de l’efficacité de la psychothérapie. Paradoxalement, il est actuellement chez nous l’un des moins enseignés à l’université.
Quelques rapides mots sur la psychologie clinique
Commençons par situer le champ de la psychologie clinique. La psychologie clinique se distingue par exemple de la psychologie sociale, de la psychologie expérimentale ou encore de la psychologie du développement, et elle se situait à ses débuts à l’intersection de la psychiatrie, de la psychologie générale et expérimentale, et des philosophies humanistes. Concrètement et de manière très schématique, je dirai que la psychologie clinique implique une relation entre un thérapeute et une personne, et ceci avec des visées thérapeutiques principalement (car il y a aussi des courants de recherche en psychologie clinique).
Contexte de la psychologie et de la psychiatrie avec quelques dates :
- Sigmund Freud (1856-1939)
- Carl Jung (1875-1961)
- Jean Piaget (1896-1980)
- Lev Vygotski (1896-1934)
- Carl Rogers (1902-1987)
- Pavlov (1849-1936) et
- B. F. Skinner (1904-1990)
L’Approche Centrée sur la Personne (ACP) en quelques mots
Le parcours de Carl Rogers est assez atypique, comme nous le verrons dans un instant, mais ce qui le différencie grandement d’autres grands psychologues ou psychiatres influents, c’est que dès le début de sa carrière de psychologue, il s’est intéressé à ce qui pourrait favoriser le développement positif d’une personne, et son regard s’est particulièrement porté sur la personne du thérapeute. Ainsi dès les années 40, il a cherché à découvrir comment il pouvait parvenir à créer une relation que la personne puisse utiliser au développement de sa personnalité. Lorsqu’on parle de l’ACP, 3 conditions sont communément citées pour résumer les qualités dont doit faire preuve le thérapeute : il s’agit de l’empathie, du regard positif inconditionnel, et de la congruence (à comprendre dans le sens de l’authenticité du thérapeute). Rogers pensait que chaque personne a en elle la capacité de se comprendre, d’avancer et de savoir intuitivement ce qui est important pour elle.
Comme d’autres, Rogers refuse les conceptions voulant réduire l’être humain à un déterminisme en fonction de ses expériences douloureuses du passé. D’ailleurs dans l’appellation même de son approche, l’ACP, on perçoit la conception que Rogers a de l’être humain : il utilise dans un premier temps le terme « centré sur le client », ou « centré sur l’étudiant » dans le cadre de l’université, pour finalement employer « centré sur la personne ». Il y a là une nette volonté de donner la place à la personne, à son autonomie, en refusant la réduction qu’impliquent les termes tels que « patient » ou « malade ».
Carl Ransom Rogers
Carl Ransom Rogers est né en 1902 dans la banlieue de Chicago aux Etats-Unis. Il est le 4ème de 6 enfants, et grandit dans un foyer aimant, dont l’atmosphère se veut très religieuse, avec des règles strictes et des contacts sociaux restreints. Alors que le jeune Carl a 12 ans, le père décide de changer de profession : d’homme d’affaires reconnu dans la construction mécanique, il devient responsable d’une grande ferme qu’il est bien décidé à gérer de manière aussi scientifique que possible. Un des motifs du déménagement était que les parents souhaitaient protéger leurs enfants (alors adolescents) des tentations de la ville. Encouragé par son père, Carl développe de réelles expériences scientifiques qui lui permettent d’acquérir des connaissances méthodologiques. Tout naturellement au moment d’entrer à l’université, il choisit l’agronomie. Quittant le foyer familial, l’expérience de l’université se révèle libératrice. Carl s’engage dans un groupe de catéchistes géré par un professeur qui encourage le groupe à prendre ses décisions et qui refuse d’assumer le rôle de dirigeant. Cet exemple de leadership participatif a probablement eu un impact sur le développement futur de la vision de Carl Rogers.
Avant la fin de sa 2ème année à l’université, il est convaincu qu’il est appelé à devenir pasteur et change donc de faculté. Avec une douzaine d’autres étudiants américains, Carl est désigné pour prendre part à la conférence de la Fédération mondiale des étudiants chrétiens qui se tient à Pékin. Ce séjour de 6 mois représente une ouverture dans son développement spirituel et intellectuel. Il y développe son autonomie personnelle et découvre une culture totalement différente. Il prend conscience que des gens sincères et honnêtes peuvent avoir des conceptions religieuses et philosophiques très différentes des siennes. Progressivement Carl rompt avec ses références intellectuelles et religieuses passées, et c’est dans la profondeur de son expérience de la vie de groupe qu’il devient capable d’appréhender et d’apprécier les différences individuelles. (Ce dernier point est très intéressant car Rogers dira plus tard que c’est lorsque que la personne est en contact avec ce qui fait d’elle un être unique, qu’elle se rapproche des valeurs universelles.)
À son retour aux Etats-Unis, tout en poursuivant ses études en théologie, il s’inscrit à un cours par correspondance de psychologie. Ayant l’intention de devenir pasteur, Carl sert comme pasteur dans une petite ville durant sa première année au séminaire. Il réalise qu’il ne parvient pas à prêcher plus de vingt minutes, et surtout qu’il éprouve de la réticence à imposer ses vues à d’autres et de la répugnance à dire aux autres ce qu’ils devraient faire ou croire. Durant sa deuxième année au séminaire, Rogers et d’autres étudiants demandent la permission d’organiser un cours officiel sans professeur dont le programme serait uniquement élaboré à partir des questions des étudiants. Ce cours « sans dirigeant » se transforme en révélation puisque lorsqu’ils ont considéré honnêtement les questions soulevées, la plupart des participants de sont distancés de l’engagement pastoral. C’est à ce moment que Rogers réalise que son profond engagement à améliorer la vie sociale des individus l’empêche d’occuper une position qui exigerait de lui qu’il croie en une doctrine spécifique. Inquiet par ses découvertes, parallèlement à ses études religieuses, il suit quelques cours de psychologie au Teachers’ College de Columbia. Un cours de psychologie clinique lui permet de faire ses premières expériences avec des enfants perturbés. Progressivement Rogers abandonne l’idée de devenir pasteur et entreprend des études de psychologie (clinique et pédagogique). Quelques années plus tard, il consacre son travail de doctorat à la création d’un test de mesure de la capacité d’adaptation d’enfants de 9 à 13 ans. Son intérêt pour le travail avec les enfants lui permet d’obtenir une place à l’institut de guidance de l’enfant. Il est alors content de prendre un peu ses distances d’avec le Teachers’s College très influencé par la psychanalyse. Rogers refuse de s’allier à l’un ou l’autre des courants dominants de psychologie.
En 1928, il décroche son premier emploi en tant que psychologue au département d’études de l’enfant. Il est mal payé, pour un travail dans un domaine sans éclat et loin de la vie universitaire, mais est très satisfait de sa décision qu’il a prise de manière très intuitive. Ce point est intéressant puisque plus tard Rogers insistera pour que chacun fasse confiance à son propre « lieu d’évaluation interne » avant de prendre une décision ou d’évaluer une situation affective complexe. Sa pratique quotidienne lui fait réaliser que dans une situation pressante, même les théories les plus brillantes ne résistent pas au test de la réalité. Il découvre alors qu’il peut se considérer comme pionnier et prendre le risque de formuler ses propres idées à partir de son expérience et de ses rencontres quotidiennes avec les personnes venues chercher de l’aide. Il passe 12 années à Rochester, durant lesquelles il en vient à croire que chaque individu est capable de trouver sa propre route. Dès lors il se rend compte que pour la conduite de la thérapie, la tâche du thérapeute est de se fier au client. Il identifie quatre caractéristiques fondamentales de tout thérapeute : l’objectivité, le respect de l’individu, la compréhension de soi, et un savoir psychologique (c’est-à-dire une connaissance fondamentale du comportement humain et de ses déterminants physiques, sociaux et psychologiques).
En 1939, bien qu’engagé comme directeur du Centre de guidance, Rogers accepte un poste de professeur à l’université de l’Etat d’Ohio. Dès la prise de ses nouvelles fonctions, Rogers est très actif et productif : il organise des stages en consultations et en psychothérapie, participe à divers comités, et propose de nombreuses publications et conférences. Il critique les vieilles méthodes et s’intéresse aux nouveaux domaines de la psychologie et à une nouvelle conception de la psychologie dont le but n’est pas de résoudre des problèmes mais davantage d’aider des individus à grandir et à mûrir pour mieux s’intégrer dans la vie en général. Parmi les autres aspects qu’il aborde, il y a l’importance accordée aux sentiments et aux émotions plutôt qu’aux aspects cognitifs d’une situation, l’attention portée au présent plutôt qu’au passé, et l’importance essentielle de la relation thérapeutique elle-même comme élément primordial dans l’évolution de la personne. Il commence à se faire une place, et son deuxième ouvrage « Councelling and psychotherapy » reçoit un accueil divisé du public : certains le considère très novateur et intéressant, alors que d’autres se sentent menacés dans leur position de thérapeute tout-puissant face aux patients. Son rôle de professeur à l’université se démarque également de celui de ses confrères : il manifeste encouragements et respect envers ses étudiants qu’il traite en égaux, leur permettant souvent d’évaluer eux-mêmes leur travail.
En 1945, Rogers rejoint l’université de Chicago pour y créer un centre d’aide personnelle (centre de consultation). Fidèle à ses principes et croyant dans la capacité du groupe à trouver sa propre route, il refuse d’exercer son autorité de manière habituelle et œuvre à établir un climat démocratique où le partage du pouvoir devient une réalité (il rencontre néanmoins des difficultés pour que l’administration de l’université accepte son refus de diriger le centre de manière traditionnelle).
Dans son 3ème ouvrage parut en 1951, « Client Centered Therapy », il traite des applications de l’approche centrée sur le client non seulement à la thérapie individuelle, mais aussi à la thérapie par le jeu, au travail de groupe, au leadership, aux rôles administratifs, à l’enseignement et à la formation. Son livre remporte un énorme succès, et en 1956 il reçoit le prix de la contribution scientifique décerné par l’American Psychological Association. Durant ses 12 années d’activités au centre d’aide de Chicago, il contribue largement à démystifier les relations thérapeutiques et à les rendre accessible à un public plus large que uniquement celui des chercheurs scientifiques. C’est à cette période qu’il élabore ce qu’il appelle « les conditions nécessaires et suffisantes pour un changement thérapeutique de la personnalité » (conditions qui seront évoquées plus loin).
En 1961 il publie « On becoming a person », (un de ses ouvrages les plus connus encore aujourd’hui), qui le propulse du jour au lendemain sur le devant de la scène et lui apporte une réputation et influence bien au-delà du monde professionnel de la psychologie. Il profite de ce succès pour quitter l’université et rejoindre en Californie (en 1963) un de ses anciens étudiants ayant créé l’ « Institut des sciences du comportement de l’Ouest », principalement intéressé par la recherche avec une orientation humaniste. Considéré alors dans toute l’Amérique comme un vieux routard de la rencontre, il s’engage à fond dans les groupes, et retrouve plaisir à travailler avec une population « normale ». Il fait confiance à la sagesse des petits groupes avec la même assurance que celle qu’il a pour les clients individuels. Il découvre qu’il lui est aussi possible d’utiliser le cadre des groupes pour son propre développement. Il exprime de mieux en mieux ses propres sentiments et prend davantage de « risques » personnels dans ses relations. Ces changements s’accompagnent d’un intérêt croissant pour l’application des principes de « centration sur le client » à d’autres structures que le cabinet de thérapie.
Rogers quitte ensuite l’institut pour fonder avec d’autres « le Centre de recherche sur la personne ». Le centre réunit très vite 40 personnes, toutes venues de disciplines différentes. L’organisation du centre est telle que chaque membre est libre de faire ce qui l’intéresse tout en bénéficiant de personnes se trouvant dans les mêmes dispositions. C’est dans ces conditions que Rogers poursuit une vie professionnelle très active pour les 20 années qui suivent. Au cours de cette dernière période, Rogers ne revient qu’épisodiquement sur les problèmes de la psychothérapie individuelle, son intérêt se portant de plus en plus vers les soucis de la vie de tous les jours ou vers les problèmes auxquels se trouve confrontée la communauté humaine toute entière. Pendant cette période, et souvent avec l’aide de sa fille Natalie, il entreprend des séries de stages de grands groupes, où son approche est appliquée à des groupes de 75 à 800 personnes. Il se sert de plus en plus de l’expression « centré sur la personne » lorsqu’il applique son approche à des structures autres que la psychothérapie. Cette évolution le conduit finalement à envisager sa méthode dans le cadre de conflits internationaux. Effectivement, dans les dernières années de sa vie, Rogers se montre très soucieux de faire quelque chose pour la paix mondiale et pour le dépassement des frontières culturelles ou raciales. À plus de 70 ans, puis plus de 80, Rogers traverse le monde et répand ses idées là où les tensions et conflits forment une réalité quotidienne (Irlande du Nord, Afrique du Sud, Pologne, Russie, etc.). Dans chaque pays il parle de son œuvre, mais aussi il participe activement à des stages ou des séminaires de manière à ce que les gens aient la possibilité, même brièvement, de réagir les uns aux autres d’une manière centrée sur la personne. A la fin de 1985, il parvient à réunir en Autriche un certain nombre de dirigeants importants de 17 pays dans le cadre d’une conférence sur « le défi de l’Amérique centrale ». Cette conférence fournit un bel exemple de son engagement à œuvrer pour la paix mondiale. Quelques mois avant sa mort, Rogers affirme que son activité pour la paix (il a crée le « Peace Project » alors qu’il était âgé de 82 ans) fait partie de ses toutes premières priorités. Lorsque Rogers meurt en 1987, il vient d’être proposer pour le prix Nobel de la Paix.
Au cours de sa vie, Carl Rogers a écrit 16 ouvrages et plus de 200 articles. Toute sa vie il a lutté contre les dogmatismes et les rigidités théoriques et pratiques. Parmi ses importantes contributions, on peut noter le « counselling », les groupes de rencontres, les grands séminaires (workshops) de communication personnelle (interpersonnelle). Il s’est montré également un précurseur en ce qui concerne les modalités fines d’évaluation et des processus de formation favorisant l’autonomie et la progression personnelle. Dans le domaine de la recherche, sa voie non directive a également permis de nouveaux développements (enquêtes).
Les fondements théoriques de l’Approche Centrée sur la personne
L’actualisation :
Comme énoncé précédemment, Rogers pensait que chaque être humain est en mesure de savoir ce qui est bon pour lui. Selon lui il existe donc chez tous les organismes vivants une tendance à l’actualisation, ou à la réalisation de soi. Cette tendance à l’actualisation représente un des fondements de l’ACP, comme une confiance qu’il existe chez chacun une force directionnelle constructive allant vers la réalisation de son potentiel. En ACP, le thérapeute est donc convaincu que les individus et les groupes sont en mesure de définir leurs propres buts et décider de leur propre cheminement. Ce point est intéressant dans des contextes relatifs à l’enfance, la formation ou le monde professionnel où les systèmes dominants ont tendance à manifester un besoin constant de contrôle, de guidance ou de surveillance.
On voit donc que dans le contexte des années 50, où les courants principaux et dominants étaient ceux de la psychanalyse et du behaviorisme, Rogers se démarquait clairement par son approche résolument humaniste, positive et bienveillante.
Les conditions nécessaires et suffisantes d’une modification thérapeutique de la personnalité :
- L’existence d’un contact psychologique entre 2 personnes (relation entre 2 personnes)
- L’existence chez la première, appelée client, d’une discordance intérieure, d’une vulnérabilité ou d’une anxiété (l’état du client – la présence d’une divergence entre le véritable vécu de l’organisme et la manière dont le sujet se représente dans ce vécu)
- L’existence chez la seconde, appelée thérapeute, d’une concordance intérieure – congruence – ou d’une véritable intégrité relationnelle (authenticité relationnelle du thérapeute)
- L’existence chez le thérapeute d’une considération – ou d’un regard – inconditionnellement positif (opposé d’une attitude d’évaluation par exemple)
- L’existence, chez le thérapeute, d’une compréhension empathique du système de références propre au client et la volonté de lui faire partager cette compréhension (« pénétrer dans l’univers intime du client comme s’il s’agissant du sien, mais sans jamais perdre de vue le « comme si » – élément essentiel de la thérapie)
- La perception, au moins embryonnaire, par le client de la compréhension empathique et de la considération positive inconditionnelle que lui porte le thérapeute
Rogers et la recherche
La théorie et la recherche ont occupé une place centrale durant les 35 premières années de la carrière de Rogers. Conjointement avec 2 confrères, il a d’ailleurs reçu en 1956, le prix de l’American Psychological Association en reconnaissance d’une contribution scientifique de premier plan.
La recherche sur la psychothérapie
Rogers et un de ses étudiants avaient mis au point leur propre dispositif d’enregistrement. Ils avaient donc enregistré puis retranscrit une centaine d’entretiens, et en 1942 ils ont publié intégralement le « cas d’Herbert Ryan ». Ceci a permis aux professionnels de prendre conscience de l’apport considérable de ce nouvel outil aux progrès de la psychothérapie.
Pour situer ceci dans le contexte de la fin des années 30 – début des années 40, pour procéder à des enregistrements intégraux des entretiens, Rogers et son comparse avaient besoin de deux phonographes, dont le second prenait le relais du premier toutes les 3 minutes environ, ceci pendant qu’on retournait ou enlevait les disques. Très rapidement, Rogers et Covner (le comparse) ont rassemblé une collection de plus de 400 disques double face. Cette technique s’est ensuite développée (et heureusement améliorée !) et sa diffusion à entraîné de nouvelles impulsions pour les recherches de Rogers comme pour celles d’autres psychologues ou chercheurs. Après l’enregistrement, la transcription de ces entretiens permettait ensuite la conduite de recherches plus systématiques, d’étudier chaque échange, d’en observer l’impact, etc. Il trouvait aussi cette technique très utile pour la formation des futurs thérapeutes à l’université.
L’analyse de ces enregistrements ont permis une nouvelle compréhension des concepts de résistance et d’insight par exemple (la résistance représenterait une sorte de force psychique activée par le patient afin de ne pas accéder à son propre inconscient, une sorte de résistance aux propositions et interprétations du psychanalyste). En ce qui concerne la résistance, phénomène trop souvent imputé à la personne et souffrant du jugement du thérapeute, Rogers et ses collègues arrivent à la conclusion que le thérapeute est entièrement responsable de cette résistance, qu’elle résulte d’une investigation trop poussée ou d’une interprétation prématurée par exemple. En tout les cas, en ACP, lorsque la personne manifeste des résistances, c’est que le thérapeute n’a pas su écouter suffisamment finement ce qui lui était dit. En ce qui concerne l’« insight », où la compréhension de soi en quelque sorte, les enregistrements ont également permis de repérer clairement les progrès de l’auto-compréhension et l’évolution positive de la personne entretien après entretien (ou comment sa perception et sa représentation d’elle-même se modifient – modification du processus de symbolisation).
Rogers a donc largement contribué au développement de la recherche, en particulier sur l’efficacité des thérapies et la place du thérapeute, ainsi que sur ce qui lui permettait de développer sa conception de l’être humain. Il a également travaillé au développement de différents outils d’évaluation. Au cours de ses recherches, Rogers a évidemment cherché à découvrir si ce qui n’était au départ que des hypothèses était susceptible d’être validé. Dès la fin des années 40, il s’est donc intéressé aux travaux de ses contemporains. Ainsi par exemple il estime que ses « 6 conditions nécessaires et suffisantes pour le développement positif d’une personne » font l’objet de validations (il cite entre autres des travaux qui confirment la place centrale de la communication empathique et de l’importance d’un regard inconditionnellement positif perçu comme tel par la personne.) Il recourt à la même démarche pour ce qui concerne les caractéristiques du processus thérapeutique, démarche qui lui permet de trouver des validations chez des auteurs différents et variés.
L’ACP s’est développée dans des domaines autres que la psychothérapie, et le courant humaniste en psychologie a grandement bénéficié de son influence. D’ailleurs le succès des psychothérapies humanistes se mesure par le fait que nombre de leurs concepts ont été largement repris. On peut retrouver certaines de ses idées dans de nombreuses autres approches : dans les années 80, reprise d’éléments des thérapies humanistes par la psychanalyse relationnelle, l’entretien motivationnel, voire les TCC, et plus récemment, c’est la psychologie positive qui a repris les postulats humanistes, ou encore par exemple : l’importance de l’émotion, intégrée comme fondamentale dans les thérapies humanistes, est confirmé actuellement par les courants de recherche d’orientations diverses.
Les études actuelles confirment ce que Rogers a avancé depuis de nombreuses décennies à savoir l’importance de l’empathie et de la relation thérapeutique. Par exemple, Norcross (2002), Lambert et Ogles (2004) affirment que les intervenants les plus efficaces en psychothérapie sont ceux qui arrivent à créer une relation significative de qualité avec leurs clients). Une méta-analyse de Cooper (2004) présente les preuves du caractère central des facteurs liés à la relation pour la réussite des thérapies. Sans oublier Wampold (2001) qui avance que 8% de la variance du changement thérapeutique s’explique par l’utilisation de techniques spécifiques, et 92%, par les facteurs communs à toutes les psychothérapies.
Et pour terminer une petite quote (Rogers, 1961):
« Life, at its best, is a flowing, changing process in which nothing is fixed. » (« La vie à son meilleur est un processus fluide et changeant dans lequel rien n’est fixé. »)
Petite bibliographie
- Rogers, C., (2001) « L’approche centrée sur la personne – Anthologie de textes présenté par Howard Kirschenbaum et Valérie Land Henderson », Lausanne : Editions Randin
- Un article sur l’écoute selon l’approche centrée sur la personne par J.-M. Randin : http://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2008-1-p-71.htm
- Thorne B., (1994), « Comprendre Carl Rogers », Toulouse : Editions Privat
- Tous les ouvrages de Carl Rogers bien sûr !
Et un lien intéressant permettant de découvrir Carl Rogers à l’œuvre dans une émission de 1965 qui se proposait de présenter trois approches en psychothérapie :
Dossier diffusé dans le cadre de notre live public à l’ESPGG “les sciences de l’apéro“
De mon côté, si j’avais parlé d’alcool, ça aurait certainement été pour évoquer ses ravages… Et je ne voulais pas plomber l’ambiance… Du coup, je me suis rabattu sur un autre sujet scientifique qui contient le mot cocktail. Élégant, non?
Avez-vous déjà essayé de comprendre ce que dit votre interlocuteur dans un brouhaha comme celui-ci, lorsque tout le monde parle en même temps, de tout, et bien sûr, tous plus fort les uns que les autres ?
Ce soir, je vais vous parler du Cocktail Party Effect, une capacité étonnante du cerveau humain à se concentrer sur une conversation en particulier malgré le bruit environnant. Le matériel électronique plus sophistiqué est encore parfaitement incapable de réaliser une telle prouesse.
Vous ne croyez pas que le cerveau humain ait cette capacité que les ordinateurs cherchent encore à imiter ? Démonstration.
Trouvez un être humain, petit, gros, moyen, mâle ou femelle, n’importe quel spécimen doué d’audition fera l’affaire. Et faites-lui écouter ceci.
Brouhahesque, hein? Et bien maintenant, refaites-lui écouter la séquence en lui passant la consigne suivante:
Repérer la voix qui dit “Johnny” et indiquer quel chiffre et quelle couleur sont énoncés.
En fonction de la qualité de l’enregistrement, votre humain devra peut-être s’y reprendre à deux ou trois fois. Mais il y parviendra.
Vérification:
C’était juste? Passons maintenant à la seconde consigne:
Repérer la voix qui dit “Lapin” et indiquer le chiffre et la couleur
Il a trouvé? On vérifie :
L’air de rien, ça demande du processeur ce truc-là. L’oreille convertit l’onde sonore en une onde électrique et transmet cette dernière au cerveau, comme le ferait un microphone. C’est purement mécanique, il n’y a aucune intelligence dans le processus.
L’oreille ne peut pas faire sens de ce qu’elle perçoit. Elle reçoit un brouhaha en entrée? Elle renvoie un brouhaha en sortie, au cerveau.
Si vous faites du montage audio par ordinateur, vous savez qu’à moins de travailler avec des pistes distinctes, isoler les différents sons d’un enregistrement relève pratiquement de l’impossible. Si on veut un résultat décent, cela demande des heures et des heures de travail pour quelques minutes d’enregistrement. Et pourtant, votre cerveau fait cela en temps réel sans même que vous ne vous en aperceviez.
Epatant, non?
Bon vous devez sans doute vous dire que ce n’est pas n’importe quel cerveau. C’est qu’il a du CPU, l’Homo Sapiens… Et bien, dans ce cas, il n’est pas le seul! Figurez-vous que nous partageons cette propriété suprenante avec certains oiseaux, dont le manchot royal. Question d’élégance, sans doute; c’est l’une des rares créatures à porter le smoking.
De la psychologie aux neurosciences
Cela fait un moment que les psychologues connaissaient cette capacité du cerveau humain à l’attention sélective. Le britannique Donald Broadbent avait modélisé en 1958 déjà le concept de “filtre attentionnel”, soit cette aptitude consistant à éliminer ce sur quoi nous ne cherchons pas à focaliser notre attention.
Son oeuvre a servi de point de départ à des travaux ultérieurs, notamment ceux d’Anne Treisman, également psychologue et britannique, qui préférait parler de modèle d’atténuation. Son approche propose que le cerveau continue de prêter une oreille – si j’ose dire – au reste du spectre sonore. Une sorte de mode veille qui fait basculer notre attention lorsque certains mots-clés – comme notre propre nom, par exemple, surgissent dans la conversation d’à-côté. Depuis 60 ans, ce modèle théorique n’a jamais cessé d’évoluer. On vient par exemple de découvrir qu’on ne fait pas attention à un son qui disparaît. Tandis qu’un son qui apparaît, en revanche, mobilise immédiatement l’attention (ce qui fait sens quand on y pense. Un son qui apparaît peut signifier un danger, mieux vaut être vigilant!)
Pour en revenir au Cocktail Party Effect: jusqu’à récemment, les neurosciences n’avaient pas pu confirmer les modèles des psychologues. En effet, tout ce qui touche au langage va beaucoup trop vite pour être observé sous IRM fonctionnelle (cette fameuse technique qui permet de voir s’activer les zones cérébrales en temps réel mais qui souffre d’un petit temps de latence).
Dans un étude publiée dans la revue Nature au printemps 2012, une équipe de chercheurs de l’Université de Californie à San Francisco a donc eu la brillante idée de tester des personnes qui avaient déjà des électrodes implantées dans le cerveau, dans le cadre de la surveillance de crises d’épilepsie avant une intervention chirurgicale.
Les sujets ont dû se livrer au même exercice que notre Homo Sapiens de tout à l’heure (trouver le Johnny rouge et le lapin vert).
Lorsque les sujets arrivaient à se concentrer, les chercheurs voyaient distinctement qu’un canal était comme effacé dans le cerveau des patients, comme si la 2e voix n’existait simplement pas. Après quelques répétitions, les chercheurs pouvaient même savoir, sans rien entendre, juste en monitorant l’activité cérébrale des sujets, sur laquelle des deux voix leur attention était fixée!
Cette recherche a confirmé deux choses: d’une part, le Cocktail Party Effect, tel que modélisé pas les psychologues, est bel et bien observable au niveau neurologique.
D’autre part, le son est traité à peine parvenu dans le cerveau. Les premières zones du cortex ne proposent pas simplement une représentation du stimulus original, mais déjà une représentation filtrée, soit ce que le sujet en fait! Epatant, non?
Alors lors de votre prochaine conversation dans un bar bruyant, si vous avez un peu de peine à capter certaines fins de phrases, ne râlez pas contre vos oreilles. Parce qu’elles n’y sont pour rien… Mais réjouissez-vous de l’équipement formidable qui se trouve entre deux… Qu’il s’agisse de votre cerveau ou de celui des manchots, non seulement, les ordinateurs ne lui arrivent pas à la cheville… Mais en plus, ils sont ridicules en tenue de soirée!
Le Cocktail Party Effect n’est pas à la portée du premier venu… Cela demande définitivement une certaine classe!

Sources :
- http://en.wikipedia.org/wiki/Cocktail_party_effect
- http://www.scientificamerican.com/podcast/episode.cfm?id=when-we-hear-a-sound-12-10-01
- http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0046167
- http://www.nature.com/news/brain-discards-voices-to-cope-with-cocktail-party-1.10466
- http://www.nature.com/news/1999/990701/full/news990701-12.html
Cet été, j’ai eu le temps de me mettre à jour dans mes podcasts. En écoutant le dernier Place de la Toile de la saison (en passant, c’est une excellente émission de Xavier Delaporte sur France Culture, qui s’intéresse aux liens entre technologies et société qu’il est vivement recommandé de podcaster), j’ai eu l’occasion d’entendre une interview de Clive Thomson, un journaliste tech canadien qui réfléchit beaucoup sur les questions numériques et qui cassait pour l’occasion quelques idées reçues sur les formes de communication numérique qui nuiraient à la communication en face à face. Il n’arrêtait pas de répéter que la science avait découvert ceci et cela au sujet des introvertis et de leur rapport aux technologies en citant un livre de Susan Cain.
Cela a titillé en moi aussi bien l’introverti que le fan de sciences : la science a-t-elle effectivement quelque chose à dire sur les introvertis? Qui est cette Susan Cain? En tout cas un truc est sûr, au sujet des nouvelles technologies, c’est qu’elles vous simplifient parfois pas mal la vie. Je me trouvais au bord de la Baltique à mille milles de toute librairie anglophone et paf, 30 secondes après avoir dégainé ma liseuse 3G, j’étais en train de feuilleter ma nouvelle acquisition intitulée “Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking” (ou Silencieux: le pouvoir des introvertis dans un monde qui ne peut s’arrêter de parler)”. J’en ai eu pour mon argent car il s’agit en fait de 3 livres en 1. Un ouvrage de self-help typiquement américain (genre comment gérer vos gosses introvertis sans faire de dégâts), bof. Une espèce de journal initiatico-intime où l’auteure raconte son propre parcours d’introvertie dans un monde où l’extraversion règne en norme, rebof. Et enfin, un bon bouquin de science populaire, représentant des années de recherche et d’enquête soigneusement documentées et agréablement présentées (même si on sent que c’est son premier essai du genre. J’ai quand même eu peu mal aux yeux en lisant que les souris et les rats étaient des mammifères primitifs, par exemple, entre autres boulettes du genre…)
C’est bien sûr de ce 3e aspect du livre que nous allons parler. J’y ai appris un nombre de trucs incroyables, que je soupçonnais sans doute intuitivement pour certains d’entre eux mais sans les avoir vraiment considérés sous cet angle, comme par exemple, que les bureaux en open-space réduisent la productivité et affectent la mémoire. Que les entreprises qui fonctionnent le mieux ne sont pas celles dont les patrons charismatiques écrasent tout le monde de leur égo gigantesque. Qu’introversion et timidité n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Que l’extraversion n’a pas toujours été la norme. Que 30-50% de la population américaine est introvertie malgré les apparences et préférerait souvent lire un bon bouquin peinard plutôt que de socialiser à tours de bras. Que certaines cultures, notamment orientales, valorisent l’introversion…
Une petite mise en garde s’impose, bien sûr, les travaux présentés dans ce livre ne sont pas de la physique newtonienne. Amateurs de sciences dures, il est encore temps de fuir. Les travaux en psycho, s’ils respectent rigoureusement la démarche et la rigueur scientifique, sont si complexes dans leurs postulats et dans le nombre de variables influençant leurs résultats que de nouveaux faits ou de nouveaux éclairages peuvent plus souvent encore que dans d’autres domaines les remettre en question. Ce que vous lirez ici n’est pas à graver dans le marbre.
L’idéal extraverti
L’introversion, dans la lignée de la sensibilité, du sérieux et de la timidité, est devenue selon l’expression de l’auteure, un trait de personnalité de seconde zone, quelque part entre la déception et la pathologie. Les introvertis vivant dans une culture qu’elle appelle “de l’idéal extraverti” sont un peu comme des femmes dans un monde d’hommes, marginalisés à cause d’une composante essentielle de leur identité. L’extraversion est un style de personnalité extrêmement attirant, mais c’est également devenu un standard oppressant auquel la plupart d’entre nous pensent devoir se conformer. L’idéal extraverti a été documenté dans de nombreuses recherches, bien que cela n’ait jamais constitué un corpus regroupé sous cette bannière-là. Les gens bavards par exemple, sont jugés plus intelligents, plus présentables, plus intéressants et plus désirables en tant qu’amis. La rapidité d’élocution est aussi importante que le volume: nous considérons les locuteurs rapides comme plus compétents et plus appréciables que les locuteurs plus lents. Même le mot “introverti” est stigmatisé. Et pourtant, sans introvertis, nous n’aurions pas la Loi Universelle de la Gravitation, ni la Théorie de la Relativité Générale, les Nocturnes de Chopin, (à) la Recherche du Temps Perdu, Peter Pan, 1984, E.T., Google, Harry Potter. Qu’on ait besoin d’être au calme pour bien travailler ou pas, la plupart d’entre nous travaillons au sein d’organisations qui insistent pour que nous travaillions en équipes, dans des bureaux sans murs, pour des employeurs qui valorisent “les compétences interpersonnelles” par-dessus tout. Pour progresser dans nos carrières, nous devons assurer notre propre promotion sans vergogne.
Qu’entend-on exactement par extraverti et introverti?
Pour définir intro- et extraversion, l’auteure part du concept popularisé par le psychiatre suisse-allemand Carl Gustav Jung en 1921 dans ses types psychologiques: Jung voyait l’introversion et l’extraversion comme les briques de base de la personnalité: les introvertis sont attirés par le monde intérieur des idées et des émotions. Les extravertis sont attirés par la vie sociale et les activités. Les introvertis se concentrent sur le sens qu’ils donnent aux événements qui les entourent, les extravertis plongent au coeur des événements eux-mêmes. Les introvertis rechargent leurs batteries en étant seuls tandis que les extravertis ressentent le besoin de les recharger lorsqu’ils ne socialisent pas assez. Le fameux test de personnalisé Myers-Briggs Indicator, massivement utilisé aux Etats-Unis, est basé sur la typologie de Jung. On notera au passage que si le test lui-même et ses indicateurs sont évidemment controversés dans la communauté scientifique, l’axe Introversion-Extraversion a été reconnu en 1991 par l’Académie Nationale des Sciences (américaine) comme jouissant d’une forte validité. Et les psychologues modernes semblent tomber d’accord sur le fait qu’ introvertis et extravertis diffèrent quant au niveau de stimulation extérieure dont ils ont besoin pour fonctionner de manière optimale. Les introvertis se sentent “juste bien” avec un niveau réduit de stimulation, par exemple en buvant un verre avec un(e) ami(e), en jouant aux mots croisés, en lisant un livre. Les extravertis se sentent dans leur élément quand ils rencontrent de nouvelles personnes, prennent des risques ou mettent la musique à fond. L’auteure y va de quelques raccourcis, histoire de fixer rapidement le décor:
Les extravertis ajoutent de la vie aux dîners, rient volontiers à vos blagues. Ils tendent à être affirmés, dominants et ont un grand besoin de compagnie. Ils pensent à haute-voix, ont les pieds bien sur terre, préfèrent parler à écouter, sont rarement à court de sujets de conversation et occasionnellement disent des choses qu’ils ne pensaient pas. Ils sont à l’aise avec le conflit, mais pas avec la solitude. Les introvertis, en revanche, peuvent être doués de bonnes compétences sociales, apprécier les fêtes et les réunions de travail, mais après un petit moment, souhaiteraient être chez eux, dans leur pyjama. Ils préfèrent consacrer leur énergie sociale à leurs amis, collègues et famille. Ils écoutent plus qu’ils ne parlent. Réfléchissent avant de parler et ont souvent l’impression de s’exprimer mieux par écrit que par oral. Ils n’aiment pas trop le conflit. Beaucoup tiennent en horreur les conversations sur la pluie et le beau temps et apprécient les discussions profondes.
Mais attention à ne pas confondre introversion et timidité: tous les introvertis ne sont pas nécessairement timides. La timidité est une peur de la réprobation ou de l’humiliation publique, tandis que l’introversion est une préférence pour les environnements qui ne sont pas sur-stimulants. La timidité est intrinsèquement pénible. L’introversion pas. On peut être introverti sans être timide du tout, comme Bill Gates par exemple qui semble totalement imperturbable face à l’opinion des autres. Enfin, la plupart des introvertis sont hyper-sensibles. Ou plutôt, on ne sait pas combien d’introvertis sont hyper-sensibles mais on sait que 70% des hyper-sensibles sont introvertis. La première partie du livre raconte comment et quand l’extraversion est devenue une norme aux Etats-Unis. C’est très intéressant, mais je vous propose de zapper. Concentrons-nous sur la partie suivante.
L’introversion, innée ou acquise?
L’introversion a-t-elle un fondement génétique? C’est la question que se sont posé des chercheurs. Notamment Jerome Kagan, un ponte de la psychologie du développement, octogénaire, et toujours actif! Il a consacré sa longue carrière à étudier le développement émotionnel et cognitif chez les enfants. Il a réalisé une série d’études longitudinales qui lui ont permis de suivre les mêmes personnes de leur naissance à leur vie adulte, tout en documentant les aspects de leur physiologie et de leur personnalités. Pour l’une de ces études, démarrée en 1989 et toujours en cours, Kagan et son équipe ont réuni 500 enfants de 4 mois dans leur laboratoire de Harvard en pensant pouvoir prédire, au terme d’une évaluation de 45 minutes, quels bébés avaient le plus de chances de devenir introvertis ou extravertis. Ça paraît un peu gonflé pour quiconque connaît les bébés de 4 mois mais Kagan avait déjà de la bouteille en 1989 et avait sa petite hypothèse en tête. L’évaluation en question consistait à faire écouter aux bébés des enregistrements de voix fortes et de ballons en train d’éclater, leur montrer des mobiles colorés bougeant à toute vitesse sous leurs yeux et enfin leur faire sentir des cotons-tiges imbibés d’alcool. Et les observations ont été systématiquement recueillies. Environ 20% des enfants ont pleuré vigoureusement en remuant bras et jambes. Kagan a baptisé ce groupe les “hautement réactifs”. Environ 40% des enfants sont restés tranquilles malgré les stimuli. Kagan leur a collé l’étiquette “faiblement réactifs”. Enfin, les 40% restants tombaient entre les deux extrêmes. Kagan a prédit que les enfants hautement réactifs (les plus agités, donc) seraient probablement les adolescents les plus réservés. Ces enfants sont retournés régulièrement dans le labo de Kagan. A deux ans, ils ont rencontré une dame portant un masque à gaz, puis un clown et un robot télécommandé. A sept ans, ils devaient jouer avec des enfants qu’ils n’avaient encore jamais rencontrés. À 11 ans, ils devaient raconter leur vie à un adulte qu’ils ne connaissaient pas. L’équipe de Kagan a soigneusement noté toutes ses observations du comportement des enfants face à ces situations étranges: de leur langage corporel à la spontanéité de leur rire, leur langage, leur sourire. Ils ont également interviewé les enfants et leur parents pour avoir une idée de leur comportement hors du labo. Préféraient-ils jouer avec un ou deux copains ou faire la fête avec tout le quartier? Aimaient-ils visiter des lieux inconnus? Avaient-ils tendance à prendre des risques ou à être prudents? Se voyaient-ils plutôt timides ou hardis?
Beaucoup de ces enfants sont devenus exactement ce que Kagan avait prévu. Les 20% d’enfants hautement réactifs, très agités en présence de stimuli excitants ont développé une personnalité sérieuse et prudente. Les enfants faiblement réactifs, ceux qui restaient imperturbables malgré le bruit, les couleurs, les mouvements et les odeurs, ont développé une personnalité confiante et décontractée. La haute et la faible réactivité tendaient à correspondre, en d’autres termes, à l’introversion et respectivement l’extraversion.
Les psychologues insistent sur la différence entre “tempérament” et “personnalité”. Le tempérament fait référence à des types de réponses émotionnelles et comportementales innées, observées dans la petite enfance. La personnalité est l’infusion complexe qui émerge une fois que l’influence culturelle et l’expérience personnelle ont laissé leur empreinte. Si le tempérament représente les fondations, la personnalité représente le bâtiment. Les travaux de Kagan ont permis d’établir un lien entre certains tempéraments d’enfants et leur styles de personnalités d’adolescents.
La physiologie de l’introversion
En plus de mesurer le comportement des enfants face à ces situations étranges, l’équipe de Kagan a également mesuré leurs rythmes cardiaques, tension artérielle, température digitale et d’autres propriétés du système nerveux. Kagan a choisi ces indicateurs car on pense qu’ils sont contrôlés par un organe puissant au sein du cerveau appelé l’amygdale (ou le complexe amygdalien), commun à tous les mammifères, au sein du système limbique et qui contrôle mémoire, émotions, réponses aux stresses. L’amygdale est en quelque sorte la table d’aiguillage des émotions, elle reçoit l’information via les sens et commande les réponses au système nerveux. La fameuse réponse “combat-fuite” (fight or flight) en est le meilleur exemple. Face à un tigre aux dents de sabre, on n’a pas 2h pour réfléchir à 36 variantes de stratégies. Il faut soit l’affronter soit s’enfuir. C’est l’amygdale qui se charge de cette décision quasi-réflexe chez les mammifères.
L’hypothèse de Kagan était que les enfants nés avec une amygdale particulièrement sensible seraient ceux qui s’agitent face à des stimuli inhabituels et qui grandiraient de sorte à devenir vigilants lors de rencontres avec des inconnus. Et c’est exactement ce qu’il a trouvé. Plus l’amygdale d’un enfant est sensible aux stimuli et plus les réponses physiologiques sont élevées (rythme cardiaque rapide, production importante de cortisol, l’hormone du stress, et globalement plus grande agitation.)
Attention, ceci dit, ne nous emballons pas. Kagan n’a pas observé une relation 1:1 entre les hautement réactifs et les introvertis. Il s’agit d’une prédisposition. Et on sait en psychologie qu’aucune prédisposition physiologique ne permet de prédire un quelconque comportement avec un taux de plus de 50%.
Le destin des hautement réactifs est influencé à parts égales par leur environnement. Peut-être plus encore que pour la moyenne des enfants, selon une nouvelle théorie appelée l’hypothèse de l’orchidée.
L’hypothèse de l’orchidée
L’hypothèse de l’orchidée, c’est le nom qu’a donné un journaliste américain, David Dobbs dans un article de l’Atlantic à une nouvelle théorie qui bouleverse plein d’idées dans l’éducation. L’idée en gros, est la suivante: la plupart des enfants sont un peu comme de la dent-de-lion (si si, c’est l’exemple du texte original
). Quelles que soient les conditions, ils se débrouillent toujours pour trouver ce dont ils ont besoin, se développer et, en quelque sorte, fleurir. Mais d’autres, incluant les hautement réactifs de Kagan, sont davantage comme des orchidées: ils dépérissent pour un rien, mais dans des conditions favorables, ils peuvent devenir superbes. Perso, j’ai toujours un peu de mal avec ces images, je trouve la métaphore mal choisie, mais je saisis l’idée. Selon Jay Belsky, professeur de psychologie à l’Université de Londres, expert en éducation de la petite enfance, et l’un des principaux partisans de cette théorie, le système nerveux de ces enfants les rend rapidement submergés par les adversités de l’enfance, mais leur permet également de tirer parti d’un environnement favorable plus que d’autres enfants. En d’autres termes, ces “enfants-orchidée” sont impactés de manière plus prononcée que les autres par leurs expériences, aussi bien positives que négatives.
On savait depuis longtemps que les tempéraments hautement réactifs sont vulnérables à de nombreux risques et qu’ils ont plus de chances que leurs pairs de réagir à de grosses difficultés de l’enfance telles que des tensions conjugales permanentes ou la mort d’un parent, par exemple, par des épisodes de dépression, de l’anxiété ou de la timidité. Et en effet, environ un quart des enfants hautement réactifs de Kagan souffrent à divers degrés de phobies sociales. La nouveauté qu’amène cette théorie, et c’est confirmé par des études, c’est que l’inverse est également possible. Dans le bon environnement, ces enfants tendent à avoir moins de problèmes émotionnels et davantage de compétences sociales que leurs pairs faiblement réactifs. Ils sont empathiques, coopératifs, facilement perturbés par la cruauté, l’injustice et l’irresponsabilité et leurs entreprises sont couronnées de succès lorsqu’elles concernent des choses qui comptent vraiment pour eux.
L’une des découvertes les plus intéressantes rapportées dans l’article de Dobbs vient du monde des macaques rhésus, génétiquement très proches de nous et dont les structures sociales ressemblent aux nôtres. Nous partageons notamment le gène 5-HTTLPR, impliqué dans le transport de la sérotonine, un neurotransmetteur qui affecte l’humeur. Ce gène existe en deux versions, l’allèle long et l’allèle court. La version courte est associée avec la haute-réactivité et l’introversion, mais également avec la dépression chez les humains qui ont une vie difficile. Lorsque des bébés rhésus avec l’allèle court ont été soumis à des stresses importants (par exemple, être séparés de leur mère et élevés comme des orphelins), ils ont traité la sérotonine de manière moins efficace que les singes à l’allèle long soumis au même traitement, et c’est un facteur de risque important pour la dépression et l’anxiété. Par contre, les jeunes singes avec le même profil génétique, et donc le même risque, élevés par des mères aimantes, s’en sont sortis aussi bien voire mieux que leurs pairs à l’allèle long (même lorsqu’ils ont été élevés dans un environnement sécure comparable) dans l’accomplissement de tâches sociales comme trouver des compagnons de jeu, forger des alliances, et gérer des conflits. Ils sont souvent devenus des leaders de leur groupes et leur traitement de la sérotonine était plus efficace. Selon Stephen Suomi, l’éthologue qui a conduit ces recherches, les singes hautement réactifs doivent leur succès à d’énormes quantités de temps passé à observer plutôt qu’à participer, intégrant au niveau le plus profond les lois de la dynamique sociale avant de la mettre en pratique.
(On a observé le même type de corélation chez les humains, évidemment pas dans les mêmes conditions, mais on ne va pas les développer ici.)
En conclusion
J’ai repris ici quelques-uns des éléments du livre bien sûr, j’aurais pu en prendre d’autres. Les expériences d’Eysink en 1967 par exemple, qui montraient que les réactions physiologiques des introvertis et des extravertis à qui on faisait lécher du citron étaient objectivement très différentes… Il y aurait encore beaucoup à dire, mais on est partis pour des dossiers plus courts en saison 3; on verra combien de temps on arrivera à se tenir à cette nouvelle résolution. Et si vous souhaitez approfondir, le livre est dispo dans toutes les bonnes librairies.
J’en ai retenu pour ma part qu’effectivement, nous vivons dans un monde où l’extraversion est mieux perçue que l’introversion. Les chercheurs trouvent leurs financements grâce à la qualité de leur pitch, les politiciens sont élus sur leur tchatche, les patrons le deviennent grâce à leur charisme. Mais l’introversion n’est pas une tare pour autant. On n’est pas forcément sociopathe parce qu’on n’aime pas le réseautage ou les conversations sur la pluie et le beau temps. En tant que geek solitaire, je trouve que c’est une bonne nouvelle. Que j’avais envie de partager, me disant que si vous écoutez des podcasts scientifiques là où d’autres papotent, ça vous fait sans doute plaisir aussi. On peut voir l’introversion comme une stratégie évolutive différente. On trouve dans le monde animal des dizaines d’exemples d’organisation complémentaires entre des attitudes prudentes et réservées privilégiant l’observation à l’action et des attitudes plus intrépides, résolues, téméraires. Et qu’il s’agisse de la drosophile, du chat domestique, de la chèvre de montagne, d’oiseaux, de poissons, de primates, les chercheurs ont constaté qu’on y trouve toujours quelque 20% d’individus lents au démarrage et quelque 80% prompts à passer à l’action. Nous sommes probablement la seule espèce à avoir oublié en quoi ces stratégies différentes pouvaient être complémentaires et à quel point il peut être intelligent de les faire co-exister.
Référence: Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking, de Susan Cain. Editions Crown, publication le 24 janvier 2012 ISBN 978-0-307-35214-9
Les bonus
Présentation TED de Susan Cain: “Le pouvoir des introvertis” (avec sous-titre français):
Interview de Stephen Suomi et expériences de la théorie de l’orchidée sur les rhésus (pas de sous-titre, désolés…)
Numéro spécial tout entier consacré aux biais statistiques (ou comment on fait parfois dire n’importe quoi aux chiffres) avec un invité de marque, Nicolas Gauvrit, mathématicien, psychologue, diplômé en sciences cognitives et dont la biographie sur Futura Sciences figure en belle place aux côtés, entre autres de Darwin, De Vinci et Galilée. Qui dit mieux?
Nicolas nous livre dans cet épisode les subtilités des biais statistiques, et c’est passionnant (même pour les non-matheux!)
Voici les liens évoqués pendant l’émission:
- http://psymath.blogspot.com/ le blog de Nicolas Gauvrit
- http://scepticismescientifique.blogspot.com/ le balado de la science et de la raison, que Nicolas anime une fois sur quatre, en alternance avec notre ami Jean-Michel Abrassart (invité de notre hors-série du 11 mars dernier)
- Et enfin, les livres grand public écrits par Nicolas:

Vous avez dit hasard? Entre mathématiques et psychologie. De Nicolas Gauvrit (Belin - Pour la science)
Les deux autres livres évoqués (sur la numérologie et sur la psychanalyse) sont malheureusement épuisés. [UPDATE]: oooops corrélation illusoire du prof. von
Indisponible sur Amazon ne veut pas dire épuisé!! Merci François d’avoir corrigé le tir. Les livres sont dispo sur le site de l’éditeur:
- Numérologie: http://www.book-e-book.com/index.asp?fx=2&p_id=141
- Psychanalyse: http://www.book-e-book.com/index.asp?fx=2&p_id=147
La quote de Mathieu cette semaine n’en est pas une, mais plutôt une petite démonstration recourant aux calculs de probabilité:
Supposons, ce qui est très modeste, que M. Paul connaisse 1000 personnes (connaisse au sens très large où il connaît par exemple JeanPaul II) dont il apprendra le décès durant les 30 prochaines années. Supposons aussi, ce qui est très, très modeste, que M. Paul ne songe à chacune de ces 1000 personnes qu’une fois en 30 ans. La question est de savoir quelle est la probabilité qu’il pense à une de ces personnes et que, dans les cinq minutes qui suivent, il apprenne son décès. Le calcul des probabilités permet de déterminer que cette probabilité est faible: un peu plus de trois chances sur 10 000. Mais M. Paul habite un pays de 50 millions d’habitants. Pour cette population, il y aura 16 000 “mystérieuses prémonitions” en 30 ans. Ce qui fait tout de même 530 cas par an: plus d’une par jour.
Déniché dans un autre ouvrage hautement recommandé:
À méditer! Bonne semaine
PS: toutes nos excuses pour les coupures. Petit souci d’enregistrement chez Mathieu, nous avons dû utiliser mon enregistrement de secours et ma ligne était assez moyenne pour cet épisode…
Podcast Science 29 - Les biais statistiques [ 1:27:39 | 80.27 MB ] Play Now | Play in Popup | Download (3738)Numéro spécial avec Nicolas Gauvrit sur les biais statistiques
Cette semaine, on s’est lâchés! 3 dossiers + 1 illustration, la totale!
- Mais avant de commencer, Mathieu nous parle rapidement de Google Science Fair, une initiative de Google, en partenariat avec le CERN, le groupe Lego, le National Geographic et le Scientific American. C’est une possibilité donnée aux scientifiques en herbe de présenter leur projet et éventuellement de gagner de 50’000 USD. Le concours est ouvert aux jeunes seuls ou en équipe de 2-3. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 4 avril 2011. Le seul hic, c’est que tout est en anglais.
Les détails en vidéo:
- Dossier numéro 1: les paradoxes temporels, par Anh Tuan
- Dossier numéro 2: l’effet placebo, par Alan, thème magnifiquement illustré par Lucile
- Dossier numéro 3 enfin: la loi de Benford (avec un petit détour par la loi de Stigler) par Mathieu
- Last but bot least, la quote de Mathieu, magistrale cette semaine:
“I guess I think of lotteries as a tax on the mathematically challenged” – Roger Jones
Traduction libre: “La loterie est un impôt volontaire pour ceux qui ont de la peine avec les mathématiques”.
Prochain enregistrement le jeudi 20 janvier 2010. Une excellente semaine à toutes et à tous!!



























Derniers commentaires