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Dossier – La Mémoire

Dossier d’Anh Tuan dans l’épisode #28

 

Notes de l’auteur : Me suis vraiment lâché sur ce sujet …

Ca commence bien, j’ai déjà oublié de quoi je voulais vous parler aujourd’hui … Ah oui ! La mémoire ! Bon d’accord, c’est pas la meilleure introduction que j’ai faite mais elle me faisait déjà rire rien qu’en l’écrivant. A l’oral, ça passe moins bien, mais c’est pas grave, j’assume ^^

Plus sérieusement, la mémoire est un sujet que mon ami Khamphis du podcast “Les Projets du Web ” m’a gentiment proposé. Il s’étonnait de la capacité de son cerveau à emmagasiner des connaissances sans visiblement en perdre. Me suis dit : “Whaouu super sujet” ! Donc Khamphis, je te remercie pour l’idée de dossier.

Alors comment fonctionne la mémoire ? Où est-elle située dans notre cerveau ? Y-a-t-il plusieurs types de mémoires ? Vous saurez absolument tout dans la suite de l’épisode

Alors, tout d’abord, la mémoire se passe dans notre cerveau, et comme tout ce qui touche cet organe, elle est encore très très mal connue. Mais la science avance, petit à petit et on commence à en savoir un peu plus.

Petit récapitulatif de nos connaissances :

  • La mémoire est intimement liée à l’hippocampe cette structure cérébrale enfouie dans notre cerveau. Il serait en quelque sorte l’organisateur des informations à stocker.
  • Ces informations seraient ensuite dispatchées, envoyées en périphérie de notre cerveau, ce qu’on appelle le cortex ou plus simplement : la célèbre matière grise
  • A chaque mémorisation, les neurones de ce cortex créent entre eux des connections et ce sont ces circuits qui stockeraient l’information.

Ce stockage en périphérie ne se fait pas au hasard, les images sont stockées près de l’aire visuelle du cerveau. Il en est de même des sons à côté de l’aire auditive, etc, etc … Plutôt pratique pour réutiliser ce souvenir par la suite. Le cerveau est quand même magnifiquement fait !

Ah et vous savez quel stimulus on mémorise le mieux ? Contrairement à ce que l’on pense, c’est le monde evanescent des odeurs que l’on capture le mieux dans notre cerveau. Et l’explication est une fois de plus biologique. Devinez où est située l’aire olfactive. Bingo ! Pile devant l’hippocampe. C’est pour ça qu’on a une mémoire quasi absolue quoique associative des odeurs.

A ce sujet, une fois n’est pas coutume, petite parenthèse. Je vous conseille un roman fabuleux de Patrick Suskind : le Parfum. Il traite merveilleusement bien du royaume des odeurs, c’est un régal à lire. Ca doit être un de mes livres préférés. Fin de la parenthèse.

Voilà, maintenant qu’on en sait un peu plus sur la biologie de la mémoire, intéressons-nous à la façon de mémoriser.

Pour ça, on va faire un petit jeu.

“Ladies and Gentlemen, faites un tonnerre d’applaudissements pour mon ami … Mathieu !”  (Il n’était pas du tout au courant)

(Séries de Questions-Réponses pour installer l’ambiance plateau de Jeu)

  1. Bonjour Mathieu, qu’est-ce que vous faîtes dans la vie ?
  2. Ca va ? Pas trop le trac ?

Ecoutez-moi bien, Mathieu, je vous explique les règles qui sont toutes simples. Je vais vous donner 3 défis. Si vous répondez Juste, vous gagnez le Méga-Prix qui est, je le rappelle à nos chers spectateurs, un abonnement A VIE au magnifique PodcastScience ! Beau cadeau n’est-ce pas ? Si vous répondez Faux … bah, on vous offre quand même l’abonnement, c’est comme ça, la maison est généreuse ^^

Vous êtes prêt Mathieu ?

  1. Défi n°1 : Mémorisez cette suite de chiffres : 1 4 6 3 5 7 9. Récitez-les maintenant.
  2. Défi n° 2: Combien font 24+15 ?
  3. Ultime Défi n°3 : Redonnez moi la série de chiffres du défi n°1

(Logiquement, il ne devrait pas y arriver mais on ne sait jamais, notre Mathieu est un phénomène !)

Quel dommage ! Vous étiez à deux doigts d’y arriver ! De toute façon, on vous offre cet abonnement donc tout le monde est content, hein ! Voilà, vous pouvez l’applaudir bien fort, merci Mathieu.

Bon plus sérieusement, que nous apprend ce jeu podcastique au budget époustouflant ? Il nous confirme l’existence d’une mémoire à court terme. Pour ça, j’ai utilisé la méthode de l’empan mnésique qui mesure le nombre d’éléments que l’on peut retenir. La limite est normalement de 5 ou 6. En fait, Mathieu, tu partais perdant dès le départ. Sans rancune ?

Cette MCT, mémoire à court terme est indispensable. Elle ne dure pas très longtemps, une trentaine de secondes, mais nous permet des choses très utile comme taper un numéro après l’avoir lu sur un bout de papier, lire ou plus généralement apprendre.

En effet, la MCT est la première phase de traitement de l’information. Une fois dans ce circuit, si on veut la retenir, on a deux choix :

  • auto-répétition de maintien : On répète et répète encore cette information, ce qui la maintient dans la mémoire à court terme
  • auto-répétition d’intégration : On l’associe avec une information déjà connue

Grâce à ces deux méthodes, l’information se grave des chemins dans l’autre type de mémoire : la mémoire à long terme (MLT)

Et c’est là que ça devient intéressant. Cette mémoire est notre façon habituelle de stocker sur la durée les informations. C’est grâce à elle que je sais que : “Pon Ten Ven Sal Haz Di Se Ve” sont les impératifs irréguliers de la langue Espagnole. C’est encore grâce à elle que Professeur Von peut vous chanter le générique de Goldorak.

La MLT se divise d’ailleurs en 3 catégories :

  1. Mémoire épisodique : Celle de nos souvenirs personnels. Paradoxalement, cette mémoire est la moins fiable puisqu’elle se base sur notre ressenti qui peut, avec le temps, transformer le souvenir.
  2. Mémoire sémantique : C’est celle des faits et des connaissances encyclopédiques. Beaucoup plus fiable que la mémoire épisodique, c’est elle qui stocke par exemple, notre vocabulaire, nos langues, etc …
  3. Et enfin, la dernière : la Mémoire procédurale. C’est celle qui est communément appelé mémoire musculaire. Elle regroupe tous les gestes appris et qui ne nécessitent pas un contrôle conscient. C’est grâce à elle qu’on dit que : “Le Vélo, ça ne s’oublie pas !”

Pour résumer, la répétition est la clé de la mémorisation. Elle permet de passer de la mémoire à court terme à la mémoire à long terme. Ces données sont ensuite stockées sous forme de réseaux de neurones. Et l’oubli vient quand ces connections ne sont plus assez souvent stimulées en remémorant l’information. Les réseaux de neurones s’estompent.

Au lycée, un de mes professeurs me disait d’ailleurs : “Apprendre, c’est oublier 3 fois.” Et il avait bien raison.

Je conclus d’ailleurs ce dossier par un lien qui répertorie une liste de moyens mnémotechniques très utiles en science. Vous pourrez ainsi retenir les décimales de Pi ou le tableau périodique des éléments grâce à des associations d’idées.

C’était Anh Tuan pour PodcastScience : A vous les studios !

 

 

 

 

 

Dossier – La suite de Fibonacci et le nombre d’or

 

Disclaimer :

Ouh-la, cet article du tout début de notre site est un peu étrange ! On s’était apparement laissé un peu avoir par la nombre-d’or-mania et, avec quelques années de recul, on est pas extrêmement fier de son contenu.  On vous propose donc plutôt d’aller voir ce billet de l’excellent blog Choux romanesco, Vache qui rit et intégrales curvilignes intitulé Le plus doré de tous les nombres qui en parle bien mieux que nous le faisons ici.

L’équipe de Podcast Science

Dossier de Mathieu dans l’épisode #28.

La suite de Fibonacci doit son nom au mathématicien italien Leonardo Fibonacci qui a vécut au XIIème et XIIIème siècle. Il est connu pour avoir introduit et popularisé en Europe et en Occident la numérotation indo-arabe qui a remplacé pour les calculs la notation romaine peu pratique aux opérations arithmétiques.

Mais il est aussi connu pour avoir mis en évidence une suite mathématique qui porte désormais son nom. Dans la suite de Fibonacci, il n’est pas nécessaire de mémoriser chacun des termes ou nombres de la suite (qui est d’ailleurs infinie). Il suffit de se rappeler sa règle de construction: à l’exception des deux premiers, chaque terme de la suite est égal à la somme des deux termes qui le précèdent immédiatement, dit autrement il s’agit d’une suite de nombres dans laquelle tout nombre (à partir du troisième) est égal à la somme des deux précédents:

1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89,…

Il suffit de prendre deux nombres de départ. Les ajouter donne le troisième, puis le deuxième + le troisième donne le quatrième et ainsi de suite. Les termes de cette suite sont appelés nombres de Fibonacci.

La suite de Fibonacci possède de nombreuses propriétés très utilisées en mathématiques. Une d’entre elles est que le rapport de deux nombres consécutifs de la suite est alternativement supérieur et inférieur au nombre d’or, un nombre remarquable qui vaut exactement 1.61803398…

nombre d'or
En effet: 13/8 = 1.625 ; 21/13 = 1.61538… ; 34/21 = 1.61904…et ainsi de suite…plus on avance dans la suite de Fibonacci, plus l’écart s’amenuise, et plus le rapport des deux nombres successifs (le plus grand / le plus petit) tend vers la valeur du nombre d’or 1,61803…!

En géométrie, le nombre d’or est la valeur qui correspond au rapport entre deux longueurs a (la plus grande) et b (la plus petite) telles que (a+b)/a = a/b.

Le nombre d’or était déjà utilisé par les Grecs, comme par exemple dans le Parthénon (le temple que les Grecs consacraient à certains de leurs dieux) dont le fronton est inscrit dans un rectangle dont les longueurs des côtés adjacents ont le nombre d’or comme rapport. Les peintres et architectes comme Botticelli, Dali ou Le Corbusier, pour ne citer qu’eux, l’ont utilisé dans leurs oeuvres. Le nombre d’or est souvent associé à des qualités esthétiques particulières et à des proportions harmonieuses. On constate aussi généralement que le rapport de la taille d’une personne avec la hauteur de son nombril est proche du nombre d’or…

Dans la nature, on retrouve très souvent des motifs basé sur la suite Fibonacci et sur le nombre d’or. Il semblerait que la nature marque une prédilection pour la suite de Fibonacci et pour le nombre d’or.

  • les pommes de pins (pives)
  • les marguerites
  • les ananas
  • les tournesols
  • les cactus
  • les étoiles de mer
  • les coquilles de mollusques
  • les galaxies
  • les cyclones météorologiques
  • …

On remarque par exemple que le nombre de pétales des fleurs est souvent un des nombres de la suite de Fibonacci: 3, 5, 8, 13, 21, 34 ou 55. Par exemple, les lis ont 3 pétales, les boutons d’or en ont 5, les chicorées en ont 21, les marguerites ont souvent 34 ou 55 pétales, etc…

Dans certains objets de la nature, on observe aussi très souvent des spirales (spirales logarithmique) dans lesquelles intervient le nombre d’or. Cette spirale d’or s’inscrit dans un rectangle dont les proportions (rapport de la longueur sur la hauteur) correspondent au nombre d’or (on peut construire une spirale d’or en traçant des 1/4 de cercle dans chaque carré).

spirale logarithmique

coquille mollusque

galaxie

cyclone

On observe de même sur de nombreux objets naturels que ces spirales forment des hélices et que le nombre d’hélices est intimement lié à la suite de Fibonacci. Si on observe l’arrangement des écailles qui s’alignent et s’enroulent autour d’une pomme de pin, on constate que chaque écaille appartient à deux hélices qui tournent en sens opposés, l’hélice “gauche” et l’hélice “droite”. Si on compte le nombre d’hélices droites et le nombre d’hélices gauches, on remarque que le couple de nombres que l’on obtient est formé de deux représentants successifs de la suite de Fibonacci:

Dans la photo ci-dessous, on compte 8 ou 5 spirales tournant respectivement vers la droite ou la gauche.

pomme de pin

Les graines de tournesol forment aussi des hélices en spirale comme la pomme de pin.

tournesol

Pour expliquer pourquoi la nature semble si proche des mathématiques, il faut prendre en compte la question d’efficacité dans ces arrangements géométriques, par exemple pour favoriser le processus de croissance des plantes et l’optimisation du remplissage de l’espace. On peut se poser la question si l”esthétique géométrique n’aurait-elle pas le même effet sur les abeilles que les couleurs des fleurs, aidant ainsi à la pollénisation et donc à la reproduction des plantes? Cette fonction esthétique de la suite de Fibonacci n’a en réalité pas clairement été démontrée…

En finance dans l’analyse technique des marchés financiers, on utilise un outil appelé retracement de Fibonacci. Les retracements de Fibonacci correspondent généralement à des supports ou à des résistances naturelles sur lesquels les prix vont buter. On se base donc sur l’idée que l’on peut prédire les mouvements boursiers en fonction de ratios ou seuils qui font référence à la suite de Fibonacci. Les ratios sont obtenus en divisant un nombre de la suite de Fibonacci par le nombre suivant. Sachant que tous les analystes financiers et les traders de la planète regardent ces ratios, ils ont de fait un caractère auto-réalisateur.

Dans le morceau Lateralus du groupe américain de rock progressif Tool, le rythme et le nombre de syllabes des paroles suivent la suite de Fibonacci.

Sources:

http://www.futura-sciences.com/fr/doc/t/mathematiques/d/larithmetique-et-les-plantes_63/c3/221/p3/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_d’or

Podcast science 27 – la bosse des maths et les bactériophages

[ACTUALISATION: il est possible que votre lecteur de podcast ait téléchargé un épisode mp3 erroné provenant de France Culture que nous avons mentionné dans notre émission et non le dernier épisode de podcastscience. Pour télécharger correctement notre dernier épisode, c’est ici]

Mini-sommaire:

Bonjour à toutes et à tous, plein de choses au menu pour ce second numéro de la journée!

Dossier d’Anh Tuan: la bosse des maths, mythe ou réalité?

Dossier d’Alan, complété par Lia: les bactériophages, le futur des antibiotiques?

Mathieu relaie les news partagées par les amis du podcast sur Facebook:

    • Un article envoyé par Olivier Tripet paru dans le journal suisse le Matin intitulé “ils sont fous, ces savants”. Le journaliste Laurent Lemire s’est amusé à faire le tour d’horizon des «Savants fous» de notre histoire, d’Archimède à nos jours.
      http://www.lematin.ch/loisirs/culture/fous-savants-388066
    • Une vidéo partagée par Eric Noël qui nous montre comment faire scintiller des fleurs dans l’obscurité à la lumière ultraviolette en utilisant un colorant fluorescent:
      http://www.youtube.com/watch?v=2vhcHuaArdg
    • Un scientifique de la NASA aurait découvert une preuve de vie extra-terrestre sur des restes de météorite, il s’agirait de fossiles démontrant l’existence de vie bactérienne hors de la planète Terre. Une news à nouveau très controversée par la communauté scientifique et à prendre avec des pincettes. Cette annonce relance chez certains l’idée et les fantasmes que la vie sur Terre ne serait peut-être pas apparue d’elle-même, mais aurait comme origine des microbactéries présentes dans des comètes, météorites et dans la poussière interstellaire qui auraient fécondé notre planète.
      Mais attention, restons vigilants! Mathieu a mené l’enquête! Détails:

       

      • La recherche n’a pas été effectuée par la NASA, mais par un astrobiologiste de la NASA à titre personnel.
      • Cette recherche a été originellement publiée dans une obscure revue en ligne Journal of Cosmology, qui n’est absolument pas un référence en terme de publication d’études scientifiques et dont on méconnaît totalement la procédure de révision.
      • La revue est éditée par Chandra Wickramasinghe, un grand défenseur de la théorie de la Panspermie, une théorie qui affirme que la Terre aurait été fécondée de l’extérieur, par des moyens extraterrestres.
      • Il semblerait que cette revue va fermer d’ici quelques semaines, serait-ce un dernier coup de pub?
      • Dans l’article, le chercheur accuse avec un ton conspirationniste l’orthodoxie scientifique de ne pas accepter les preuves de sa découverte…ça me rappelle un petit dossier sur le dénialisme scientifique.

http://www.foxnews.com/scitech/2011/03/05/exclusive-nasa-scientists-claims-evidence-alien-life-meteorite/


La quote de Mathieu

La démarche scientifique c’est utiliser la science comme méthode et la raison comme outil. (formulée par Jean-Michel Abrassart – http://scepticismescientifique.blogspot.com/)

Enfin, le lien sur le podcast évoqué par Mathieu, portant sur la sérendipité dans les sciences. Il s’agissait du numéro du 25 février de Science publique, l’émission scientifique de France Culture, téléchargeable à l’adresse suivante:   http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10192-25.02.2011-ITEMA_20271008-0.mp3

Prochain enregistrement le jeudi 17 mars.

D’ici là, une excellente semaine à toutes et à tous!

Dossier – Bactériophages (phages) : le futur des antibiotiques?

Dossier d’Alan dans l’épisode #27.

Si on plaçait “infections nosocomiales” dans une conversation il y a 10 ou 20 ans, on passait presque forcément pour un extra-terrestre pédant ou un fou. Aujourd’hui, malheureusement, tout le monde ou presque sait ce qu’est une infection nosocomiale: c’est une infection par un germe qu’on “attrape” à l’hôpital. On y entre avec une maladie et on en ressort avec une autre (heureusement pas systématiquement!) en raison de la résistance de plus en plus efficace des bactéries face aux antibiotiques. Pas plus tard que le mois dernier, en février, le service de chirurgie de l’hôpital de Broye, en Suisse, puis le prestigieux Centre Universitaire Hospitalier Vaudois, le CHUV, à Lausanne, toujours en Suisse, ont été touchés par une bactérie contagieuse résistante à l’un des derniers antiobiotiques qui fonctionnaient encore jusque-là, la vancomycine. Idem à Marseille, en France, où la terrible bactérie Acinetobacter baumannii, résistante à tous les antibiotiques, découverte pour la première fois en 2001 a fait un retour fracassant chez un patient hospitalisé à l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille (APHM) comme nous le rappelait Futura-Sciences.

La fin du miracle des antibiotiques

Depuis la découverte de la pénicilline en 1928 par l’écossais Alexander Fleming (en fait, loi de Stigler oblige, la découverte a été faite 32 ans plus tôt par le français Ernest Duchesne, mais Alexander Fleming a été le premier à en comprendre le potentiel pour la médecine), depuis la pénicilline, donc, les antibiotiques ont fait des miracles, sauvé des millions de vies (en 1900, la pneumonie, la tuberculose, la gastroentérite et la diphtérie étaient à elles seules la cause d’un tiers de la mortalité humaine). Mais le miracle a ses limites. Les bactéries se sont adaptées par les mécanismes de l’évolution aux environnements les plus improbables depuis 2.5 à 3.5 milliards d’années! Ce ne sont pas quelques champignons habilement manipulés par l’homme pendant quelques dizaines d’années qui allaient stopper le mouvement. Nos moyens sont dérisoires à cette échelle-là. D’autant plus que, si la recherche était extrêmement prolifique à ses débuts, les laboratoires ont de plus en plus de mal à sortir de nouvelles classes d’antibiotiques. Si entre 1935 et 1968, on découvrait une nouvelle classe tous le 3 ans en moyenne, on n’en a en revanche découvert aucune entre 1968 et 2000, soit 32 ans! Et encore, selon un article du Times de l’année dernière qui relayait l’annonce de la découverte d’une nouvelle classe d’antibiotiques fin 2009, la dernière découverte d’une classe d’antibiotiques remontait à 1962 (les autres molécules découvertes en étaient dérivées). D’un côté: 90 ans de recherche, dont 50 passées à pédaler dans la choucroute. De l’autre: plusieurs milliards d’années d’adaptations selon les mécanismes de la sélection naturelle. A votre avis, qui a le plus de chance de gagner la bataille? Les recherches sur les antibiotiques continuent, évidemment, et il faut qu’elles continuent. Nous ne sommes de loin pas encore prêts à nous en passer. Mais il est temps de commencer à réfléchir à d’autres solutions.

Déjà entendu parler des bactériophages et de la phagothérapie?

On va commencer par poser le décor. Les bactériophages, c’est quoi? Wiki à la rescousse!

Un bactériophage (ou phage) est un virus n’infectant que des bactéries. En grec, phageton signifie nourriture/consommation. On les appelle également virus bactériens. Ce sont des outils fondamentaux de recherche et d’étude en génétique moléculaire. Les bactériophages servent entre autres, de vecteurs de clonage de gènes.

Bactériophage (wikipedia)

Les bactériophages sont présents dans l’ensemble de la biosphère. En effet, ils sont présents partout, mais en quantité plus importante dans les excréments, le sol et les eaux d’égout. La découverte des bactériophages se fait en 1915 par Frederick W. Twort (à Londres) qui remarque que des colonies de microcoques prenaient parfois un aspect vitreux, dû à une destruction des cellules bactériennes, et que cette caractéristique était transmissible à des colonies normales par simple contact. Puis Félix d’Hérelle fait la même observation dans des selles de malades atteints de dysenterie bacillaire (maladie du colon). Le support génomique des bactériophages peut être un ADN ou un ARN.

On résume: un bactériophage est un virus qui ne s’attaque qu’aux bactéries. On voit tout de suite en quoi les phages peuvent être intéressants! D’ailleurs, historiquement, jusqu’à la découverte des propriétés antibiotiques de la pénicilline par Fleming, les recherches dans la lutte contre germes infectieux portaient plutôt sur les bactériophages, mais ce volet a été complètement abandonné aux Etats-Unis et en Europe occidentale tant la piste des antibiotiques était prometteuse. Et on a un peu oublié de s’y remettre… Alors que ce ne serait pas bête du tout de s’y intéresser d’un peu plus près…

Parlons un peu phagothérapie

Mais pour commencer, nous allons suivre une histoire vraie, dénichée sur le site du magazine Popular Science, Popsci.com:

Cela n’avait l’air de rien au premier abord. La tache rouge apparue sur la cuisse de Roy Brillon aurait pu être une morsure d’araignée. Mais les semaines passant, la tache n’a cessé de grandir. En décembre 2004, la petite bosse aux airs innocents était devenue une plaie ouverte de la taille de la palme de sa main. Le médecin de Brillon, Randy Wolcott, lui a prescrit successivement tous les antibiotiques qu’il connaissait pour traiter l’infection, mais la lésion ne faisait que s’aggraver. “C’était vraiment terrible” dit Brillon, un peintre en bâtiment retraité, de 62 ans, de Lubbock au Texas. “J’ai dû arrêter le travail parce que je ne pouvais plus monter sur des échelles.”

Brillon avait le sentiment de se faire littéralement dévorer de l’intérieur. Et c’est effectivement ce qui était en train de se passer. Si on ne parvient pas à les maîtriser, des bactéries comme les streptocoques et les staphylocoques dévorent les tissus mous environnants pour se maintenir en vie, creusant un peu plus la plaie chaque jour, avec une efficacité terrifiante. La douleur était insupportable et même la morphine n’y faisait rien.

Wolcott connaissait bien le pronostic pour les patients souffrant d’une infection résistante aux antibiotiques comme celle de Brillon: la gangrène, l’amputation puis, pour quelque 100’000 américains chaque année, la mort. Wolcott ne supportait plus cette barbarie et dévorait toutes les revues médicales qui lui tombaient sous la main pour essayer de trouver quelque chose, n’importe quoi de plus efficace face à ce type d’infections.

Lorsque Brillon se présenta à son rendez-vous de suivi, trois semaines plus tard, Wolcott entra dans la pièce avec une pipette dans une main et une fiole de liquide dans l’autre, liquide qui ressemblait à s’y méprendre à l’eau d’un étang. Wolcott tenait en fait dans sa main le “quelque chose”, le “n’importe quoi de plus efficace” qu’il était prêt à tenter: une mixture dégoûtante de virus mangeurs de bactéries, des bactériophages.

Wolcott expliqua à Brillon que les médecins d’Europe de l’est utilisaient les bactériophages (ou phages) sans risques depuis les années 1920 pour soigner les affections contre lesquelles les antibiotiques ne pouvaient plus rien, de la tuberculose aux plaies infectées ouvertes comme la sienne. Même les groupes pharmaceutiques américains les vendaient jusqu’au début des années 1940. Mais la pénicilline, plus efficace, plus propre et plus rentable a fini par être préférée et généralisée. “Ces virus ne vont peut-être pas aider” s’est dit Wolcott, “mais s’ils ne font pas de mal, pourquoi ne pas essayer?”

Ce ne fut pas difficile de convaincre Brillon. Par contre, convaincre la FDA, (la Food and Drug Administration, l’autorité de régulation des denrées alimentaires et des médicaments aux Etats-Unis), était une autre histoire. Depuis 1963, chaque médicament vendu sur le territoire américain est soumis à un processus très strict d’approbation. La phagothérapie (c’est-à-dire le traitement via des bactériophages) n’ayant pas encore été soumise à ce processus, Wolcott a dû convaincre les instances compétentes de son Etat de l’autoriser à administrer le traitement aux seuls patients pour lesquels toutes les autres options avaient échoué. Ensuite, comme on ne trouve pas de bactériophages dans les pharmacies américaines, il a dû se rendre jusque dans une ex-république soviétique caucasienne, la Géorgie, pour trouver les précieuses bébêtes. Là, on les trouve en ventes libre, comme des collyres ou des sprays nasaux. Wolcott s’en est procuré 3 bouteilles en verre, pour 2$ chacune, contenant toutes des centaines de types de bactériophages.

Le hic, c’est que l’une des caractéristiques qui rend les bactériophages si efficaces, c’est leur capacité à changer de forme, ce qui n’aide pas  à soigner leur réputation auprès des autorités de régulations américaines. Bien qu’aucun effet secondaire n’ait été constaté en lien avec leurs mutations, les bactériophages ne se trouvent pas naturellement dans le corps humain et on a peur qu’ils puissent échanger des gènes avec d’autres micro-organismes et affecter d’une manière ou d’une autre le système immunitaire. Il est impossible de prévoir comment les bactériophages vont se comporter et évoluer en fonction de leur exposition à telle ou telle bactérie.

Pour la FDA, le sérum dont Randy Wolcott allait asperger la jambe de son patient, était nouveau et n’avait pas fait ses preuves. Mais pour les scientifiques travaillant à l’Institut George Eliava de bactériophages, microbiologie et virologie à Tbilissi, en république de Géorgie, il s’agissait-là d’un médicament aussi sûr que l’aspirine. Depuis 1923, quand l’Institut fut fondé, les scientifiques qui y travaillent ont traité avec succès des millions de patients et ont présenté plus de 100 recherches dans des conférences internationales attestant de l’efficacité clinique de la phagothérapie.

“C’est tout?” demanda Brillon après que Wolcott eut fait couler quelques gouttes du liquide jaunâtre sur sa plaie. Pas grand chose ne se produisit pendant les jours suivants et Brillon s’attendait à une nouvelle désillusion. Mais plus les jours passaient et plus la plaie rosissait. Un premier îlot de peau saine fit son apparition, puis d’autres… Au final, en trois semaines, la plaie était complètement guérie. “Vous devriez prendre des photos” dit Brillon à Wolcott “ou personne ne va le croire!”

Le rétablissement de Brillon fut étonnant, mais il ne fut pas unique. Wolcott avait également donné sa solution de bactériophages à 10 de ses patients les plus atteints, et beaucoup d’entre eux présentèrent des résultats similaires. Si les phages ont marché pour eux, se dit Wolcott, ne pourraient-ils pas fonctionner également pour les millions de patients aux Etat-Unis vivant avec une infection résistante aux antibiotiques? Ses patients en étaient la preuve vivante. La vraie question était: pourrait-il ou non convaincre la FDA?

A ma connaissance, Wolcott n’a toujours pas convaincu la FDA et Brillon avait, au moment de la rédaction de l’article cité, en 2009, d’autres problèmes de santé, indépendants de sa plaie et des phages.

Mais cette jolie histoire nous donne une bonne idée du potentiel formidable de l’approche. Les bactériophages sont partout dans la nature, ce serait même les organismes les plus nombreux sur la planète. Et l’équilibre phages / bactéries (selon wikipedia)  est stable depuis des milliards d’années alors qu’elles évoluent dans les mêmes environnements (partout où on trouve des bactéries, on trouve des phages…), laissant supposer que leurs stratégies d’évolution sont synchronisées: les bactéries n’arrivent pas à prendre d’avance comme elles en ont pris dans leur lutte contre les antibiotiques.

La phagothérapie, contrairement à l’antibiothérapie, est extrêmement bien ciblée: on peut sélectionner très finement la bactérie à traiter sans rien affecter dans les alentours et sans effets secondaires.

Panacée donc?

Pas forcément… Les législations vont mettre du temps à s’adapter car réglementer l’utilisation d’un organisme vivant en perpétuelle mutation est un vrai casse-tête technico-administratif…

Des problèmes éthiques apparemment insolubles sont également à mentionner: comme on l’a vu dans l’exemple de Wolcott et de Brillon, on expérimente sur des sujets humains. Certes condamnés mais tout de même!

D’autre part, on ne sait pas trop dans quelles conditions les recherches  soviétiques ont été conduites…

Il faut savoir aussi que les bactériophages sont utilisés dans un autre contexte, celui de la thérapie génique: ils ont la capacité d’utiliser la bactérie attaquée pour répliquer leur propre matériel génétique (c’est même leur mode d’attaque!) Dans le cadre des thérapies géniques, on se sert de bactériophages comme véritables seringues à ADN. Enormément d’espoirs sont placés dans ces recherches et on peut déjà imaginer qu’énormément de business risque d’en découler. Pour la petite histoire, lorsque le très controversé Craig Venter a annoncé avoir mis au point l’année dernière la première cellule vivante dont l’ADN, plus ou moins synthétique, qui contenait notamment des citations littéraires, c’est avec un bactériophage qu’il a transféré l’ADN.

Enfin, je me demande si on ne risque pas de finir par reproduire avec les bactériophages, les mêmes bêtises que nous avons faites (et continuons de faire!) avec les antibiotiques. Jusqu’en 1999, en Europe, on gavait “préventivement” les animaux d’élevage en batterie d’antibiotiques, tellement leur condition épouvantable les expose aux maladies! La pratique est désormais interdite, mais rien que pour la France, en 2009, plus de 1000 tonnes d’antibiotiques ont été vendues pour soutenir la production animale (voir un excellent article du Point sur le sujet). Si on fait les mêmes conneries avec les phages au nom de la rentabilité, je crois qu’on n’est pas sorti de l’auberge.

Je suis très heureux que Lia ait pu apporter sa perspective de scientifique dans le podcast. Si nous mettons la main sur une retranscription de son intervention, elle apparaîtra ici.

Bactériophages en action:

Pour aller plus loin:

Amazon.fr: Des virus pour combattre les infections : La phagothérapie : renouveau d'un traitement au secours des antibiotiques

Dossier – La Bosse des Maths

Dossier d’Ahn Tuan dans l’épisode #27.

 

Alors que je m’apprêtais à faire mon footing, je voulais joindre l’utile à l’agréable et j’ai donc pioché dans les liens de Podcast Science pour trouver un podcast à écouter.

Je suis donc tombé sur “La tête au carré” et un épisode intitulé : “La Bosse des Maths“. De quoi vraiment éveiller ma curiosité. Après écoute, je vous conseille vivement cet épisode précis dont je vais grandement m’inspirer pour mon dossier de ce soir.

La bosse des maths … cette expression est vraiment ancrée dans la langue française. Mais savez-vous d’où elle vient ? En fait, c’est à la phrénologie qu’on doit cet abus de langage. La phrénologie, c’est cette pseudo-science du XIXeme siècle qui établissait une relation entre la forme du cerveau et nos capacités intellectuelles. Quelqu’un de très gentil ou d’honnête avait donc un crâne de forme différente à quelqu’un de méchant. Imaginez le délit de faciès !

Frantz Gall, inventeur de cette pseudo-science avait alors identifié le front comme le siège des nombres : de là était née la croyance qu’une bosse des maths existait vraiment et qu’on n’en était pas tous pourvu. De quoi traumatiser des milliers d’enfants devant les tables de multiplication. Mais vous l’aurez compris, ce n’est que pure affabulation due à une méconnaissance de notre cerveau. La bosse des maths n’existe pas ou plutôt, on a tous le sens des nombres.

Je suis d’ailleurs conscient que cette affirmation peut choquer les plus récalcitrants aux mathématiques mais c’est un fait scientifique démontré. On a tous le sens des maths. On partage d’ailleurs ce sens avec de nombreux animaux, ce qui prouverait l’existence d’une aire cérébrale dédiée et très ancienne.

En effet, prenez les poissons par exemple. Vous vous demandez bien sûr comment on a pu démontrer qu’ils savent compter. Vous allez voir, le protocole est très simple (un article dessus ici). Les poissons sont des animaux sociaux, ils ont l’habitude de se déplacer en bancs, en groupe pour se protéger des prédateurs.

On a donc placé un de ces poissons dans un aquarium avec de chaque côté de la vitre deux bancs de taille différente. Systématiquement, le cobaye allait vers le banc contenant le plus de ses congénères. Après s’être assuré qu’aucun autre facteur que le nombre ne pouvait influer sur la décision du poisson, on a alors confirmé que le poisson savait compter.

Bien sûr, s’il peut distinguer 12 poissons de 22, il est bien plus difficile pour lui de choisir entre 12 et 13 de ses congénères. Cette capacité à discerner avec précision les quantités s’appelle l’acuité numérique.

Chez l’Homme, cette acuité se développe au cours de la petite enfance. Elle est d’ailleurs grandement facilitée par notre culture numérique. En effet, si savoir évaluer les quantités est indéniablement un plus pour survivre, nous avons développé un système numérique qui permet de précisément distinguer chaque nombre.

Grâce aux chiffres, plus de difficulté à discerner les nombres 2934 et 2935 par exemple. Chose impossible pour les animaux. Enfin, plus de difficulté, ça dépend pour qui. Vous vous rappelez que j’ai dit qu’on avait tous le sens des nombres. Et bien, ce n’est pas entièrement vrai. Comme sa cousine, la dyslexie pour les lettres, il existe bel et bien la dyscalculie pour les nombres.

Malheureusement, ce trouble est bien moins compris que la dyslexie. Toutefois, il n’en est pas moins fréquent. Imaginez la détresse de ceux qui en souffrent. Pour vous donner une idée, en voici quelques symptômes :

  • Difficultés à comprendre le concept du temps et à estimer le temps qui passe. Souvent en retard ou en avance.
  • Difficulté avec les tables de multiplication, de soustraction, d’addition, de division, en calcul mental, etc.
  • Incapacité à lire une suite de nombres, ou peut l’inverser lorsqu’il le répète, comme dire 56 pour 65.

Heureusement la recherche avance, notamment en France avec le logiciel : La course aux nombres développé par l’INSERM-CEA, que vous pouvez télécharger gratuitement et qui permet d’améliorer la condition des petits dyscalculiques de 4 à 8 ans.

Maintenant, voyons comment le sens des nombres apparaît dans notre cerveau. Grâce à l’imagerie médicale, on a pu constater que des circuits neuronaux dans les deux hémisphères s’activaient lorsqu’on manipulait des nombres. Plus fort encore, on a pu voir que les circuits étaient spécifiques à des nombres donnés. Par exemple, si vous pensez au nombre 3, des zones uniques de votre cerveau vont s’activer et ne le seront pas à l’évocation du nombre 4 par exemple.

De plus, ces neurones des nombres sont entourés de neurones liés à la représentation dans l’espace. Cette relation entre nombre et espace est fascinante. C’est elle qui nous permet réellement d’appréhender les mathématiques.

En effet, on a tous, par exemple cette représentation de la ligne numérique. Les nombres sont comme sur une flèche avec les petits à gauche et les grands à droite. Cette représentation spatiale est alors très utile pour amener des concepts qui n’existent pas dans la nature : les nombres négatifs par exemple.

Il suffit juste de les imaginer encore plus à gauche sur notre ligne numérique. Ca a l’air facile comme ça mais de grandes batailles entre mathématiciens de génies se sont produites à cause de ces nombres négatifs. Pour la petite histoire, ils n’ont été communément acceptés qu’au début du XIXème siècle ! Et cette bataille, tous les enfants la vivent encore de nos jours lors de l’apprentissage des mathématiques. Nombres négatifs, fractions, nombres imaginaires, tous ces concepts qui n’existent bien sûr par dans la nature ont été inventés par l’Homme pour appréhender le monde.

On comprend alors pourquoi la représentation spatiale a été aussi primordiale pour comprendre ces principes mathématiques. Sans cette structure cérébrale, les maths seraient bien pauvres.

Ah j’ai commencé ce dossier par casser le mythe de la bosse des maths, je vais finir en brisant une autre légende urbaine. Il n’y a pas de différences génétiques et physiologiques dans l’appréhension des mathématiques pour les hommes et pour les femmes. C’est tout simplement une idée reçue qui est vraiment tenace ! Bien sûr, si dès le plus jeune âge, on vous dit que de toute façon, vous serez mauvais en maths, vous finissez fatalement par le devenir réellement. Faute à ce stéréotype sexuel.

Pour tout vous dire, quand j’étais en primaire, j’avais énormément de mal avec les maths. Maintenant, je fais des études dans ce domaine là. C’est bien la preuve que rien n’est joué d’avance.

 

 

Podcast Science hors-série – Crossover avec Scepticisme scientifique – le balado de la science et de la raison

Numéro spécial, croisé, entre Mathieu/Alan pour Podcast Science et Jean-Michel Abrassart pour Scepticisme scientifique – le balado de la science et de la raison.

Ce numéro a eu lieu à l’initiative de Jean-Michel à la suite de notre numéro spécial sur le dénialisme scientifique et la discussion s’est révélée bien intéressante!

Les liens évoqués durant l’entretien:

Bonne écoute!

Podcast science 26 – Du mystère de l’eau bleue depuis un cyber-café de Barcelone

Bonjour à toutes et à tous,

Episode court et mouvementé cette semaine. Pas d’Anh Tuan au moment de l’enregistrement: il était aux urgences avec une personne de sa famille, accidentée. Heureusement, tout est bien qui finit bien, mais il n’a pas pu participer à cet épisode.

Puis coupure de courant chez Mathieu au moment où nous allions démarrer… Mathieu a dû se rendre dans un cybercafé pour pouvoir se connecter… Bref, du coup, on a fait court, light dans l’atmosphère chaleureuse d’un café catalan.

  • Des petites nouvelles du CERN d’abord: nous en sommes à 26 inscrits pour 24 places. Alors si jamais quelqu’un ne veut/peut plus venir, merci de libérer la place 🙂
  • Un extrait des nouvelles  que vous avez partagées sur facebook, twitter ou envoyées par signaux de fumée:
    • Beaucoup de réactions encourageants suite au gros dossier de la semaine dernière, sur le site et sur knowtex. Un tout grand merci!
    • La proposition la plus incongrue qu’on nous ait faite:  Jean-Pierre sur Facebook “J’ai 62 ans et, curieux des Sciences, votre vulgarisation cool me comble. Puis-je adopter l’un de vous ?” 🙂
    • Des tonnes de news, proposées essentiellement par Forza Pedro, Olivier Tripet et Xavier Agnès, allant des vents solaires à l’énergie noire, un wiki pour référencer les wiki en biologie, une pseudo-science: la cryptozoologie, l’abbé qui a inventé le terme de Big Bang (abbé Lemaitre), des exercices de maths, un scoop: l’antimatière lévite! Des réflexions sur un univers à 4 dimensions, les mini-trous noirs de Jean-Pierre Luminet… L’amarrage de l’ATV2 à l’ISS (c’était en live), un billet sur les mécanismes de l’oubli, les fluides non-newtonniens, un plug pour le no hors-série de philosophie magazine sur le cosmos des philosophes, un lien sur le dernier 36.9 qui portait notamment sur la plasticité neuronale illustrée par la vision retrouvée d’une personne aveugle (dont les zones cérébrales de la vision sont détruites… Episode génial), le décollage de la navette vu d’avion, une animation géniale montrant comment l’araignée tisse sa toile ou encore la distance terre-lune à l’échelle…  Tout ça sur notre page Facebook, une mine d’or!
    • Sur  Facebook toujours: notre ami François Udrea nous propose
      1. de réécouter les podcasts des conférences du jardin des sciences (de l’Université de Strasbourg), notamment les épisodes sur le LHC, même s’ils datent un peu (octobre 2008);
      2. “Bonjour, à ceux qui s’intéresse à l’astronomie je signale les “Rencontres Astronomique du Printemps” une (ou la) plus forte concentration d’instruments d’observation en Europe, il y a aussi des conférences. Attention ce n’est pas une manifestation publique il faut s’inscrire ! plus de détails sur http://www.astrorap.fr/“
    • Sur Twitter,
    • Et enfin un petit coucou à Vincent de Zürich qui a convaincu sa maman, de Genève, 64 ans de nous écouter sur Itunes. Elle nous adore! Une bise à la maman de Vincent 🙂
    • Une dernière chose à signaler, le podcast “les années-lumière” sur Radio Canada, proposé par JxM (feed rss: http://rss.radio-canada.ca/balado/radio/lumiere.xml, lien itunes: itpc://rss.radio-canada.ca/balado/radio/lumiere.xml

Les dossiers de la semaine:

Last but not least, la QUOOOOTE!

Madurar es darte cuenta de que ya no vas a ser astronauta (ChumelTorres sur Twitter)

Traduction: Devenir adulte, c’est réaliser que l’on ne va jamais être astronaute.

Semaine prochaine, un double épisode pour compenser, c’est promis!

(prochains enregistrements le vendredi 11 mars 2011)

Dossier – pourquoi la couleur de l’océan est-elle bleue?

Dossier de Mathieu dans l’épisode #26.

Introduction

  • On constate aisément que l’eau qu’on se sert dans un verre ou celle qu’on utilise pour se laver les mains est transparente.
  • Mais on remarque aussi que l’eau douce d’un lac ou l’eau salée de mer ou d’un océan est de couleur bleue.
  • On a l’habitude de manière erronée d’expliquer que l’on voit les grandes étendues d’eau de couleur bleue à cause de sa superficie qui reflèterait la lumière du ciel, ou encore à cause d’une substance dissoute dans l’eau qui lui donnerait cette couleur, mais c’est en partie une légende urbaine.
    • On estime que dans un cas idéal, d’une mer calme sous un ciel bleu d’été, la contribution du bleu du ciel dans la couleur de l’eau s’élève au maximum à 2%.
  • On voit les océans de couleur bleue, simplement car l’eau est de couleur bleue, bienque dans certains cas (verre d’eau) on peut la percevoir autrement.
  • Certains facteurs peuvent affecter notre pérception de la couleur de l’eau:
    • la présence de sédiments de couleur marron dans les fleuves et rivières.
    • une grande concentration de minéraux ou métaux lourds.
    • la présence d’algues peut donner une couleur verte à l’eau.
    • …

La lumière du Soleil

  • On sait que la lumière blanche qui nous parvient du Soleil est en réalité composée de toutes les fréquences du spectre visible.
    • Observé par Isaac Newton lors de son expérience d’un rayon de lumière au-travers d’un prisme en verre.
  • Chaque fréquence qui compose la lumière du Soleil correspond à une couleur du spectre de l’arc-en-ciel, du violet jusqu’au rouge en passant par le bleu, le vert, le jaune et l’orange.
  • Lorsque la lumière blanche incidente atteint un objet, celui-ci absorbe un ensemble déterminé de couleurs (de fréquences):
    • une partie de la lumière est absorbée par l’objet, et le reste de la lumière non absobée est transmise, réfléchie ou dispersée.
    • Par exemple, si les feuilles d’un arbre sont vertes, c’est parce qu’elles absorbent toutes les couleurs du spectre visible, sauf la couleur verte (ou la fréquence correspondant à la couleur verte) qui est réfléchie et que nous pouvons percevoir grâce à nos yeux.

prisme

Spectre optique

Le cas de l’eau

Dans le cas de l’eau, si l’on considère uniquement la partie visible du spectre:

  • Elle absorbe principalement les couleur de basse fréquence (celles associées au rouge et à l’orange).
  • Elle transmet intégralement la couleur bleue.
  • Mais pour que nous puissions voir la couleur bleue depuis l’extérieur de l’eau, il faut que quelque chose puisse nous retourner ces rayons bleus à la superficie:
    • c’est grâce au phénomène de diffusion: le phénomène par lequel un rayonnement, comme la lumière, est dévié dans de multiples directions par une interaction avec d’autres objets.
    • Dans le cas de l’eau, la lumière bleue est alors dispersée dans toutes les directions par des particules se trouvant en suspension dans l’eau et aussi par les propres molécules d’eau elles-même, permettant ainsi qu’on puisse percevoir l’eau bleue depuis l’extérieur de l’eau.
  • Un rayon de lumière qui voyage au-travers d’une grande masse d’eau est donc privé des tons rouges et sera perçu comme un ton bleu.
  • Une conséquence curieuse à ce phénomène est que les poissons et objets qui sont rouges hors de l’eau, sont perçus comme noirs au fond de la mer.
    • La lumière qui les atteint ne possède plus la couleur rouge, qui a été absorbée par l’eau, et ils ne peuvent donc pas la refléchir.
    • Un plongeur verrait ces poissons ou ces objets de couleur noire, ils absorbent toute les fréquences de la lumière incidente qui n’on pas été absrobées par l’eau.

Pourquoi voit-on l’eau transaparente dans un verre?

  • L’absorbtion du rouge par l’eau est très faible.
  • Il est nécessaire que le rayon de lumière traverse un grande distance d’eau pour que le rouge soit absorbé.
  • Certaines expériences ont montré qu’avec de l’eau très pure, sa caractéristique de ton bleu est observée à partir d’une colonne d’eau de 3 mètres.
  • C’est pour cette raison que sur une plage, l’eau se voit transparente en bord de mer ou d’un lac, là où la profondeur est faible (on peut voir le fond):
    • elle transmet intégralement toute la lumière (il n’y a pas d’absorbtion de fréquences).
    • plus au large, l’eau devient bleue (des fréquences corrrespondant au rouge on été absorbées).

Les propriétés singulières de l’eau

  • Généralement la propriété de couleur tire son origine dans l’intéraction de la lumière avec les électronsd’une substance ou d’un objet.
    • La lumière incidente (la radiation électro-magnétique) sur un corps permet aux électrons de ce corps d’absorber l’énergie de la radiation incidente.
    • Les électrons acquièrent donc plus d’énergie et sont excités.
    • Mais les éléctrons n’absorbent pas n’importe quelle quantité d’énergie. Ils absorbent uniquement les énergies correspondant à des fréquences particulières, c’est-à-dire ils absorbent uniquement des couleurs particulières.
    • Le reste de la radiation qui n’a pas été absorbée par les électrons est celle qui donne la couleur au corps ou à l’objet.
    • Postérieurement, les électrons excités par le rayonnement lumineux retrouveront leur état énergétique initial en retournant l’énergie absorbée via l’émission d’une nouvelle radiation de basse fréquence, dans la gamme des infrarouges.
  • La couleur de l’eau ne se génère pas de cette manière:
    • La radiation incidente absorbée est principalement utilisée pour faire vibrer les molécules d’eau, et non pour exciter ses électrons.
    • Uniquement l’absorbtion des fréquences associées à la couleur rouge a lieu lors de l’activation des vibrations moléculaires de l’eau.
    • Les molécules d’autres substances peuvent aussi vibrer plus rapidemment lors de l’absorbtion d’une radiation, mais uniquement dans des gammes de fréquences au-delà de l’infrarouge, hors du spectre visible. Dans ces cas, aucune couleur liée à cette excitation moléculaire n’est donc perçue.

Source:

http://cienciaes.com/oceanos/2011/02/17/agua-azul-planeta-azul/

Le dessin de Lucile:

Podcast science 25 – Unis contre le dénialisme scientifique

Bonjour à toutes et à tous, Numéro exceptionnel de Podcast Science ce soir, avec deux invités:

  • Lia Rosso, scientifique, ex-chercheuse à l’UNIL, qui a tout lâché pour se lancer dans la vulgarisation scientifique et qui écrit régulièrement dans le Temps;
  • Pascal Diethelm, président d’Oxyromandie, et co-auteur d’un papier extraordinaire sur le négationnisme scientifique présenté par Alan

Pas de point “House Keeping” ce soir faute de temps, nous reviendrons sur notre actu la semaine prochaine. Juste tout de même deux mots pour dire que:

  1. Nous avons déjà 23 inscrits sur les 24 places disponibles pour notre sortie au CERN le samedi 9 juillet à 14h. Toute dernière chance! Contactez-nous vite (au pire, on fera une liste d’attente car il y aura peut-être des désistements);
  2. Dans un mois, il y a 3 semaines sans et une semaine avec. C’est une semaine avec, il fallait marquer le coup: le neuvième épisode de C’est Pas Faux, le podcast vidéo d’Anh Tuan, est en ligne et s’intitule “L’équation de l’amour”, si vous ne vous y êtes encore jamais précipité(e), courez-y d’urgence!

L’interview de Lia nous en dit plus sur qui elle est, son parcours et quels sont ses projets.

Puis nous retroussons nos manches et nous attaquons à l’épineux problème du dénialisme scientifique, dossier commenté par nos deux invités.

Tous les liens indiqués dans le dossier d’Alan sont disponibles directement dans la page du dossier (y compris une vidéo plutôt inspirante de Michael Specter). Y figurent également les liens proposés par Pascal Diethelm. Et l’excellente vidéo dont nous a parlé Mathieu (Colloque “Sciences et croyances”, organisé par le Centre d’Action Laïque en Belgique) est disponible ici: http://youtu.be/77–U-ILlKM

Enfin, tradition oblige, la quote de Mathieu, un peu moins commentée cette semaine, allez savoir pourquoi 😉 C’est une double-quote en fait:

  • Il y a 3 sortes de mensonges: les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques – Mark Twain Benjamin Disraeli (Merci Pingouin pour la précision, dans la chatroom de l’épisode 105)
  • Les faits sont tétus, il est plus facile de s’arranger avec les statistiques

Prochain enregistrement le jeudi 3 mars 2011. D’ici là, une excellente semaine à toutes et à tous!

Dossier – le dénialisme scientifique (ou négationnisme de la science)

Dossier de l’épisode #25.

Quand on pense aux ennemis de la science et à l’obscurantisme, on a souvent en tête les créationnistes et autres courants religieux fondamentalistes. Pour la petite histoire, de nombreux théologiens ont décortiqué la bible au 17e siècle, pour dater l’origine du monde. L’un des plus célèbres d’entre eux, un certain James Ussher, a élaboré une chronologie basée sur les différents récits du livre sacré qui établit l’origine de la Terre au 23 octobre -4004. Et l’idée est restée longtemps dans les esprits, car c’est un peu tout ce dont on disposait à l’époque, avant la science moderne qui, en utilisant des outils tels que la datation radiométrique a pu faire remonter l’âge de notre planète à quelque 4.54 milliards d’années.

Les créationnistes d’aujourd’hui inventent tout et n’importe quoi pour faire tenir la réalité qu’on observe tous les jours dans cette ancienne vision du monde qu’ils veulent tenir pour vraie. C’est ce qu’on appelle un dogme: l’idée prime, et la réalité n’a qu’à s’en accommoder. Il faut laisser aux créationnistes qu’ils ont pas mal d’imagination pour expliquer, à l’instar de Sarah Palin, que les dinosaures et les hommes auraient cohabité sur la planète il y a quelque 4000 ans en dépit de toutes les preuves qui indiquent que plus aucun dinosaure n’a foulé le sol de la terre depuis 65.5 millions d’années (à part les oiseaux modernes qui en descendent directement, mais ça c’est une autre histoire)…

Ça, c’est pour les créationnistes, mais il y a d’autres négationnistes de la science. Dans la mesure où celle-ci ne prétend pas détenir de vérités, et comme elle se remet tout le temps en question, elle offre plein de brèches béantes dans lesquelles les détenteurs de semi-vérités simplistes, rassurantes ou sexy ne demandent qu’à s’engouffrer… Il y a plusieurs catégories de ces détenteurs de semi-vérités, pour n’en citer que quelques uns en plus des fanatiques religieux, les idéologues de tous bois (qui cherchent à faire passer des idées politiques ou défendre des intérêts économiques), les charlatans pseudo-scientifiques, des alter-scientifiques, bref… Plutôt que de se livrer à l’exercice modeste et difficile d’observer les phénomènes avec un maximum d’objectivité, à tenter de les expliquer en se basant sur la somme de connaissances déjà validées et les théoriser au point de pouvoir les prédire avec un taux raisonnable de succès, tous ces gens ont en commun de partir d’un dogme, d’une certitude quelconque, d’une idée fixe et d’essayer, de la manière la plus convaincante possible, d’y faire entrer la réalité.

Denialism, le dernier livre de Michael SpecterIl y a les exemples célèbres:

  • l’ancien président Sud-Africain Thabo Mbeki, par sa conviction stupide qu’il n’y aurait aucun lien entre le virus HIV et la maladie du SIDA, a empêché l’accès aux traitements anti-rétro-viraux de milliers de personnes séropositives et a donc favorisé la transmission du virus à toute une génération et à la suivante alors que cela aurait pu être évité (http://www.samj.org.za/index.php/samj/article/viewFile/606/131). En commençant le nouveau livre de Michael Specter, intitulé “Denialism: How Irrational Thinking Prevents Scientific Progress, Harms the Planet and Threatens Our Lives“, j’ai appris que l’administration Bush, non contente de promouvoir l’enseignement du “dessein intelligent” au lieu de la théorie de l’évolution dans les écoles américaines, a dépensé plus d’un milliard de dollars sur des programmes d’abstinence dans le cadre de la lutte Fédérale contre le SIDA, soit un tiers du budget total, en dépit de toutes les preuves alignées depuis des années et démontrant la totale inutilité de la méthode;
  • les Claude Allègre et autres climato-sceptiques qui sèment le doute dans le grand public sur l’origine humaine du réchauffement climatique quand bien même l’immense majorité des spécialistes s’accorde à la reconnaître;
  • les industriels du pétrole, les cigarettiers qui falsifient des études pour laisser entendre que leur business est parfaitement clean et sans dangers…

Comment définir et reconnaître ceux que les anglophones appellent les “Science Denialists“? C’est-à-dire ceux qui nient la science? (pour la traduction, j’hésite encore entre détracteurs, négationnistes, révisionnistes, mais je trouve que ces expressions sont soit trop faible pour la première ou trop connotées politiquement et historiquement pour les dernières… Peut-être “dénialisme”? L’avenir nous dira quelle traduction a été retenue)

Nous allons examiner en détails un article qui dégrossit bien la problématique, intitulé “Denialism: what is it and how should scientists respond?”, publié dans le Journal Européen de Santé Publique et écrit par Pascal Diethelm et Martin McKee. Pascal Diethelm est le Président d’Oxyromandie, fer de lance de la lutte anti-tabac en Suisse romande (c’est lui qui avait mis au jour en 2001 une des plus fantastiques fraudes de l’industrie du tabac en révélant qu’un prof de l’Université de Genève auteur de nombreuses études qui concluaient toutes à l’inocuité du tabac était en fait payé par Philip Morris depuis des années!). Martin McKee est Professeur de Santé Publique Européenne à la London School of Hygiene & Tropical Medicine, et co-directeur du Centre Européen sur la Santé des Sociétés en transition à l’OMS.

Ce papier, donc, identifie 5 caractéristiques du déni scientifique, qu’on retrouve, d’une manière ou d’une autre, seules ou combinées, dans la démarche de tous les détracteurs de la science:

  1. La première caractéristique du négationnisme scientifique est l’identification de complots
    Lorsque l’immense majorité de la communauté scientifique est d’accord sur un consensus, les négationnistes n’admettent pas que différentes hypothèses vérifiées systématiquement ont conduit à ces conclusions, mais qu’il s’agirait plutôt du résultat d’une conspiration complexe et secrète. Le principe du peer-reviewing (c’est à dire la validation de tout papier scientifique par d’autres scientifiques, experts du domaine) est perçu comme un outil destiné à museler toute forme de dissidence plutôt que comme un filtre permettant d’écarter les papiers insuffisamment étayés par des faits ou qui manquent de logique.
    Il existe également une variante de la théorie du complot, que les auteurs appellent “l’inversonnisme”, dans laquelle certaines caractéristiques et motivations propres sont attribuées à d’autres. Par exemple, les cigarettiers qualifient volontiers de produits de l'”industrie anti-tabac” les recherches académiques qui mettent en évidence les dangers du tabac pour la santé. Les chercheurs ont été décrits comme un “cartel oligopolistique, verticalement intégré, hautement concentré, combiné avec des monopoles publics dont le but est de fabriquer de fausses preuves et suggérer des liens fallacieux entre la fumée et différentes maladies et de diffuser à coup de propagande à un public le plus large possible ces soi-disant  découvertes!” (aussi énorme que ça puisse paraître, ce sont pourtant les mots figurant dans un rapport de la collection Philip Morris en 1983, disponible dans son intégralité sur le site de la Bibliothèque de l’Université de Californie, San Francisco en format PDF);
  2. La deuxième  caractéristique est le recours à de faux experts.
    Il existe de nombreux individus qui se prétendent experts dans un domaine particulier mais dont les points de vue sont en complet désaccord avec les connaissances établies. L’industrie du tabac y a eu recours massivement depuis 1974 lorsqu’un cadre supérieur de RJ Reynolds mit au point un système d’évaluation des scientifiques travaillant sur le tabac en fonction de leur soutien aux positions de l’industrie. Ladite industrie a accueilli ce concept avec enthousiasme dans les années 1980 lorsqu’un cadre supérieur de Philip Morris développa une stratégie pour recruter de tels scientifiques (poétiquement nommés “blouses blanches” dans le milieu) pour les aider à contrecarrer les preuves de plus en plus accablantes des méfaits du tabagisme actif et passif. Cela bien entendu à travers des sociétés écran dont l’affiliation aux cigarettiers était soigneusement dissimulée et sous le contrôle méticuleux des avocats de l’industrie du tabac. (Là aussi, article publié dans The Lancet en 2004, disponible en pdf donne tous les détails). En 1998, l’American Petroleum Institute a développé un plan de communication de science globale du climat, impliquant le recrutement de “scientifiques qui partagent les vues de l’industrie et qui peuvent aider à convaincre les journalistes, politiciens et le public que le réchauffement global est trop incertain pour justifier le contrôle sur les gaz à effets de serre” (les preuves recueillies sont elles aussi accessibles en PDF sur le site de Greenpeace cette fois). Bien sûr, cela n’est pas limité au secteur privé. L’administration Bush s’est à peine cachée de ne promouvoir que les points de vues compatibles avec son idéologie, aussi bien sur le plan religieux que sur celui des petites affiliations entrepreuneuriales (enquête de Martin McKee, en ligne, gratuite). Le conseiller en santé reproductive de la Food and Drug Administration, David Hager, préconisait la lecture de la bible comme réponse au syndrome prémenstruel, comme l’indique un article du Lancet de 2002! Un phénomène lié est la marginalisation de vrais experts. Dans les pires cas, à travers des alliances entre industries et gouvernements (comme ce fut le cas lorsqu’ExxonMobil fit pression (avec succès) contre la reconduction d’un représentant du gouvernement des Etats-Unis au GIEC, voir l’abstract sur le site sciencemag)
  3. La troisième caractéristique est la sélectivité: il s’agit de parler essentiellement de papiers qui remettent en question la pensée dominante en soulignant les défauts du papier le plus faible, jetant ainsi le discrédit sur l’ensemble des chercheurs. Un papier du Lancet décrivant des anormalités intestinales chez 12 enfants autistes et qui suggérait un éventuel vague lien avec la vaccination contre les oreillons, la rougeole et la rubéole et depuis lors retiré de la publication a été utilisé massivement par les militants anti-vaccins. Les négationnistes ne sont pas inhibés par l’extrême isolement dans leurs théories mais y voient plutôt un signe de leur courage intellectuel face à l’orthodoxie dominante et le politiquement correct qui va avec. Ils se comparent volontiers à Galilée.
  4. La quatrième caractéristique est la création d’attentes impossibles par rapport à ce que la recherche peut fournir. Par exemple, les détracteurs du changement climatique pointent du doigt l’absence de données de températures enregistrées avant l’invention du thermomètre. D’autres se servent du principe d’incertitude intrinsèque aux modèles mathématiques pour les rejeter complètement en tant que moyen de comprendre un phénomène. Au début des années 90, Philip Morris a essayé de promouvoir un nouveau standard: la “bonne pratique pour la conduite d’études épidémiologiques”. Selon ces pratiques, les mesures statistiques indiquant une corrélation faible entre deux variables (odds ratio inférieurs ou égaux à 2) étaient tout simplement abandonnées car jugées non représentatives, éliminant ainsi de nombreux liens de causalité entre la clope et les problèmes de santé (voir le papier des mêmes auteurs pour la European Respiratory Society en 2006). Bien que Philip Morris ait finalement laissé tomber son programme de bonne pratique épidémiologique (car aucun scientifique sérieux n’acceptait de travailler selon ce standard), British American Tobacco l’applique encore pour réfuter les risques associés au tabagisme passif (c’est en ligne sur leur site web!)
  5. La cinquième caractéristique, enfin, est l’utilisation de réalités déformées ou de logiques fallacieuses. Par exemple les pro-tabac se sont souvent servis du fait que Hitler soutenait certaines campagnes anti-fumée, faisant ainsi passer les chantres des mesures de contrôle sur le tabac pour des nazis (le terme nico-nazis a même été créé tout spécialement pour eux! Analyse de cette rhétorique particulière ici, en anglais), même si dans la réalité de nombreux cadres nazi étaient fumeurs, luttaient contre la propagande anti-fumée et s’assuraient que les troupes avaient leur ration de clopes en suffisance! (Voir ce papier sur la politique du tabac en Allemagne nazie). Parmi ces erreurs de logique, on notera également l’usage de fausses pistes ou de fausses analogies. On pensera par exemple à l’argument des anti-évolutionnistes: l’univers est extrêmement complexe, une montre est extrêmement complexe. L’univers a donc dû être créé par une sorte d’horloger.

L’article finalement se demande comment on doit répondre au négationnisme scientifique.

“Les négationnistes sont poussés par un éventail assez large de motivations, indiquent les auteurs. Pour certains, c’est juste de l’avidité, appâtée par les largesses des industries du pétrole et du tabac. Pour d’autres, c’est une idéologie, ou la foi, qui leur fait rejeter tout ce qui est incompatible avec leur croyance fondamentale. Enfin, il peut s’agir d’excentricité ou de besoin de se faire remarquer, parfois encouragé par le statut que les médias peuvent conférer  aux rebelles.

Quelle que soit la motivation, il est important de reconnaître le négationnisme lorsqu’on y est confronté. La réponse académique traditionnelle face à un argument contradictoire consiste à s’y intéresser, à tester les forces et faiblesses du point de vue alternatif, avec l’espoir que la vérité émergera du processus de débat. Ceci dit, cela implique que les deux parties obéissent à certaines règles de base communes, telles que la volonté de considérer l’ensemble des preuves, de rejeter toute déformation de la réalité et d’accepter les principes de la logique. Un dialogue pertinent est impossible lorsque l’une des parties ne respecte pas ces règles. Il serait erroné d’empêcher les négationnistes de s’exprimer. En revanche, il est nécessaire, selon les auteurs, dans ces cas, de déplacer le débat du sujet traité et d’exposer au grand jour les tactiques employées par les négationnistes et de démontrer que, justement, ce sont des négationnistes. Une bonne compréhension des 5 tactiques évoquées dans l’article est un bon framework pour y parvenir.”

Pour ma part, je suis totalement d’accord avec les conclusions de l’article. Savoir reconnaître les détracteurs de la science et les dénoncer est sans doute la meilleure attitude possible. L’article se sert de beaucoup d’exemples dans le monde du tabac et de l’industrie pétrolière, mais il y a d’autres formes de déni scientifique. Et le framework proposé marche bien aussi:

On connaît tous les pseudo-sciences (astrologie, numérologie, tarot, etc.): elles répondent toutes au moins au 5e critère: la logique fallacieuse, en bâtissant une théorie fondée sur des liens de causalité complètement arbitraires. Bien souvent, elle répondent également au 1er critère (l’existence d’un complot, comme lorsqu’Elizabeth Teissier annonçait triomphalement au journal suisse Le Matin, en 2007, parlant de ses prédictions sur le cancer, que l’astrologie n’a jamais tué personne contrairement à la médecine!)

Les alter-sciences sont sans doute un peu moins connues, mais répondent également très bien aux critères proposés. On en trouve quelques exemples dans un excellent article d’Alexandre Moatti sur les alterscientifiques et publié sur le site de l’Association Française pour l’Information Scientifique:

  • Guy Berthault (né en 1925), polytechnicien et géologue autoproclamé, travaille dans les supermarchés Viniprix fondés par son père avant de mettre sur le tard sa fortune au profit de ses expériences de géologie créationniste;
  • L’ingénieur Lucien Romani (1909- 1990), directeur d’un bureau d’études, réfléchit à nouveau à la science à 55 ans, à la faveur d’une mauvaise fracture l’immobilisant, et publie dix ans plus tard (1976) chez Albert Blanchard une Théorie générale de l’Univers physique refondant la cosmologie et proposant « d’abandonner la physique surréaliste » – il est aussi anti-darwinien;
  • Maurice Allais est avant tout un économiste, et c’est plus tard, à quarante ans, qu’il commence des expériences de physique avec un « pendule paraconique », censé remettre en cause la mécanique newtonienne;
  • Plus loin de nous, l’ingénieur autrichien Hans Hörbiger (1860-1931), fondateur d’une prospère entreprise de valves hydrauliques et de réfrigération qui existe toujours (un timbre autrichien a été fait à son effigie en 1985) dit avoir eu la révélation que la Lune était un « bloc de glace » : il écrit en 1912 une cosmologie catastrophiste, la « théorie de la glace éternelle ». Dans les années 1920, il finance grâce à sa fortune la propagation de sa théorie dans le grand public, au point que les Nazis en feront leur cosmogonie officielle, où le Walhalla et la « race nordique des Géants » remplacent la Bible, jugée trop « judéo-chrétienne »;

Bref, ce sont des gens assez proches des milieux scientifiques, qui se découvrent une vocation sur le tard, et qui singent le discours et la méthode scientifique sans en comprendre l’essence. Et dans cette catégorie-là, on a le troll qui sévit actuellement sur tous les blogs et réseaux scientifiques francophones. Pas envie de lui faire de la pub, je ne vais pas donner son nom, mais les fidèles de knowtex le reconnaîtront, il est partout, s’est immiscé dans les contacts de pratiquement tout le monde et y publie régulièrement des inepties teintées de paranoïa. C’est un ingénieur qui s’est mis en tête que le modèle de l’atome de Bohr est faux, qui a écrit un bouquin vendu à compte d’auteur dans lequel il assène que les plus grandes découvertes et connaissances scientifiques sont en fait une pure malhonnêteté intellectuelle (il s’en prend entre autres à la gravitation, à la relativité générale, à la physique quantique, à la conservation d’énergie) et répète à tout va que les scientifiques ont peur des nouvelles idées. Dans le même temps, les extraits PDF de son bouquin qu’il distribue généreusement démontrent qu’il n’observe aucune rigueur scientifique (il cherche juste à convaincre, jamais à démontrer; aucune expérience ou observation systématique n’est jamais mentionnée dans ses écrits ou interventions). Dans ses “débats” sur knowtex, de nombreux scientifiques ont pris la peine de lui expliquer ce qui cloche dans sa démarche mais il campe sur ses positions: tous des méchants parce qu’ils auraient peur que le petit confort de leurs vérités soit ébranlé par ses idées révolutionnaires (qui disait que les révisionnistes se prennent pour Galilée déjà?) En tout cas, il colle parfaitement au framework en 5 critères permettant d’identifier les négationnistes. Et j’invite tous les amis de la science à la plus grande vigilance face à ce genre de phénomène.

Pour conclure, je voudrais citer un article d’un blog très intéressant sur lequel je suis tombé en préparant ce dossier: La philosophie du sanglier (ou les réflexions d’un hédoniste matérialiste râleur), l’article s’intitule “Faut-il pénaliser le négationnisme scientifique?” et sa conclusion est sans appel:

“Protéger la science en pénalisant le négationnisme scientifique, c’est prendre le risque d’une dérive inquisitoriale. Que ce passera-t-il si on en vient à protéger tout et n’importe quoi ? La science ne pourra plus avancer. Car la science ne fonctionne pas sur des dogmes. Les critères de vérités de la méthode scientifique moderne sont variés et complexes. Il y a aussi les critères d’admissibilité, tel que la critère de réfutabilité/falsification. Une théorie n’est scientifique que si elle peut être falsifiée. Or, si on protège la théorie par la loi, ou est la réfutabilité ? On entre là dans le domaine de l’épistémologie, et de façon assez pointue.”

En d’autres termes, la science doit pouvoir être remise en question, c’est même comme cela qu’elle avance. Pour rappel, la théorie de la relativité générale a remplacé la théorie newtonienne de la gravitation. Et on a toutes les raisons de croire aujourd’hui qu’elle-même sera remplacée un jour par une autre théorie (certains, comme Eric Verlinde s’y attèlent déjà, et comme il respecte les règles du jeu, cela ne choque personne, au contraire, il faisait même la couverture de Science et Vie il y a quelques semaines!)

Il n’y a aucune certitude ni vérité figée en sciences, et il y aura sans doute toujours plus de questions que de réponses. L’attitude critique voire sceptique est une condition de base du succès de la démarche. En règlementant les attaques qui lui sont faites, la science se tirerait une balle dans le pied.

Il va donc falloir continuer de faire avec les détracteurs, les révisionnistes, les pseudo- et alter-scientifiques, cela fait partie de la donne. Ce qui va faire la différence, c’est l’esprit critique du public averti, pour ne pas confondre ces différentes catégories. Et ça, c’est un peu le boulot de la science, mais beaucoup celui des journalistes et vulgarisateurs de tout poil, professionnels ou passionnés et, pour notre part, nous allons continuer d’y œuvrer sans relâche!

Lectures vivement recommandées pour aller plus loin :

 

 

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