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Antibiotiques versus bactéries !

Dossier de Franck dans l’épisode #76.

 

Virus
Bactéries
Champignons
Et autres eucaryotes…
Cette liste noire est celle de nos derniers prédateurs, et parasites 🙂 Cette liste n’a pas du tout de valeur concernant la classification du vivant, pour ça je vous renvois à ce dossier : L’arbre du vivant.
Alors, bien sûr, de temps à autre un requin bouffe un surfeur (celui-ci est impressionnant), mais ça n’est pas le sujet 🙂

Outre les requins, on pourrait rajouter à ces catégories les prions également, mais ceux-ci ne sont absolument pas des espèces vivantes, donc je n’en parlerais pas. C’est une catégorie très anecdotique, responsable notamment de la maladie de Creuzfeldt-Jacob, ou maladie de la vache folle, qui n’est pas notre sujet.  Quant la question de l’appartenance des virus au monde vivant, des objections philosophiques existent également, mais nous ferons comme si, pour ce dossier 😀

Voilà donc nos prédateurs : virus, bactéries, champignons et eucaryotes. Chacun de ces catégories possède des caractéristiques biologiques très différentes qui influent sur nos moyens de défenses. Mais en première ligne, notre première arme, c’est le système immunitaire. Ce système, hyper complexe, a beaucoup évolué depuis les origines de la vie, pour s’adapter à toute forme d’intrusion hostile dans notre organisme. Le système immunitaire est un sujet passionnant, sur lequel je ferai volontiers un dossier, mais qui n’est pas le sujet d’aujourd’hui. Aujourd’hui, j’aimerai vous parler de nos moyens pour pallier à ses insuffisances. Mais avant, je vais vous présenter rapidement les différentes catégories auxquelles appartiennent nos adversaires.

Les virus

Les virus, par exemple, sont des germes microscopiques, de composition vraiment minimaliste. Les seuls éléments qu’on retrouve dans tous les virus, et parfois on ne retrouve que ceux là, sont :
1) une enveloppe
2) un génome
C’est vraiment minimaliste, nan ?.
Et leur information génétique est réduite pareillement : le virus de l’hépatite B, qui infecte 300 millions de personnes sur la planète, a un génome qui tient sur le recto d’une feuille de papier (3200 caractères). Avouez que la formule est assez efficace.
Le secret de cette simplicité est que pour tout ce qui manque au virus, comme par exemple des enzymes, qui permettent de catalyser des réactions chimiques, permettant de fabriquer ses propres constituants, ou des récepteurs, qui permettent d’interagir avec l’environnement, et donc d’y capter des nutriments, par exemple, ils utilisent le matériel de la cellule infectée. Plus besoin de s’occuper de quoi que ce soit, on prend sur place !
Et cela rend les virus également très difficile à atteindre. En effet, pour être efficaces, nos médicaments ont besoin de cibles. Lorsque l’adversaire possède des enzymes ou des récepteurs, on peut fabriquer des molécules qui vont s’y accrocher pour les bloquer, et engendrer des dégâts à la cible.. Mais dans le cas des virus donc, très peu de cibles : le virus utilise les infrastructures de la cellule pour proliférer, si on les cible, on attaque nos propres cellules. Voilà pourquoi on dispose de très peu de médicaments contre les virus.

Et le Tamiflu ?

On a vu que les virus contenaient très peu de matériel, une enveloppe et un génome au minimum. Fort heureusement, souvent, à ce strict minimum, ils rajoutent quelques babioles qui leurs sont bien utiles, et qu’on peut cibler pour les détruire.
Le virus de la grippe, par exemple, possède une neuraminidase : c’est le N de H5N1 🙂 Cette neuraminidase lui sert à faire le ménage quand il veut sortir de la cellule qu’il a infecté, en détruisant les molécules entourant la cellule. Bien, bah, le Tamiflu, ou oseltamivir, pour la molécule, bloque cette neuraminidase. C’est un inhibiteur de neuraminidase 😀
Si vous voulez vérifier, voici un lien vers la fiche technique de l’oseltamivir sur le site de L’Afssaps ! Ce site de l’afssaps est excellent si vous voulez éviter d’aller sur doctissimo quand vous cherchez des infos sur un médicament !
En fait, on a en tout et pour tout 3 molécules dirigées contre le virus de la grippe. Heureusement que ce virus est dangereux principalement parce qu’il favorise les co-infections, dues à d’autres germes que nous pouvons, eux combattre.

Bon, tout ça c’était pour vous expliquer pourquoi on avait du mal à cibler les virus : ils ont peu d’éléments caractéristiques qu’on peut attaquer, car ils utilisent le matériel de nos cellules, qu’on ne peut pas attaquer, sinon on se ferait du mal à nous-même !
Le virus de la grippe n’a que 2 types de récepteurs différents à sa surface, le H et le N, indiqués dans son petit nom :). Nos cellules en ont, au bas mot, plusieurs centaines, et les lymphocytes, nos globules blancs en chefs, disposent de plus de 10 000 0000 de récepteurs différents pour choper tout ce qui se balade dans la circulation. Aucun de nos lymphocytes n’a les 10 000 000 de récepteurs a lui seul, il serait tiraillé de toute part, mais c’est pour vous montrer à quel point 2 types de récepteurs différents, c’est rien du tout.

Champignons, et autres eucaryotes

Les autres membres de la liste étaient : bactéries, champignons et eucaryotes. Comme je vais revenir par la suite sur les bactéries, je vais brièvement vous parler des champignons et des parasites eucaryotes qui nous infectent.
Les champignons sont donc encore des prédateurs pour l’homme, dans certaines circonstances : dans les cas sévères d’immunodépression, en cas de chimiothérapie très agressive ou de contamination par le vih, notre circulation sanguine peut se voir gagnée par des champignons microscopiques tels que Candida albicans, ou Aspergillus, qui se propagent initialement dans la bouche par exemple, dans le vagin, parfois même dans l’oreille, on parle d’otomycoses. Ces champignons ont besoin d’humidité et de matière organique pour se développer, et ils trouvent sur nous tout ce dont ils ont besoin.
Les eucaryotes sont des espèces vivantes possédant un noyau. Parmi elles, Certains de nos prédateurs, qui sont également des animaux, comme nous, ils peuvent être très gros. Ce sont généralement des vers, mais il y a également des formes unicellulaires (comme le paludisme par exemple qui est un petit animal unicellulaire appellé plasmodie). Quand on parle de parasites, il est inévitable de montrer des choses vraiment gores :
Ici des ascaris intestinaux!
J’ai pas vraiment envie de m’attarder sur ces parasites, même si il y aurait beaucoup de choses à dire, il faudrait faire un dossier dessus, éventuellement  ! Pour, eux, pas de problème non plus, on a des molécules qui fonctionnent bien. Allez un dernier, pour la route :
Vous avez reconnus ces petites horreurs, Pediculus humanus, le poux !

Je disais que le virus de la grippe était surtout dangereux par les co-infections qu’il convoyait : en effet, quand on étudie un virus, on regarde un paramètre appellé l’effet cytopathogène : il s’agit de voir si le virus tue les cellules qu’il infecte.
Souvent, ça n’est pas le cas, le virus ne fait que se multiplier dans les cellules, en les laissant en vie. Dans le cas de la grippe, l’effet cytopathogène est très faible. Quel est le problème dans ce cas ? On pourrait laisser le virus gambader en paix et tout irait bien dans le meilleur des mondes ?
C’est ce qu’on fait pour certains virus, comme le cytomegalovirus. Environ la moitié de la population est porteuse de ce virus, et on ne fait rien. Pourquoi, parce qu’il sait se faire discret. Il ne se réplique quasiment pas, et n’infecte que certains types cellulaires. Bref, c’est un hôte courtois, ce cytomegalovirus. Le virus de la grippe quant à lui, est beaucoup plus lourd. S’il ne tue pas nos cellules, il les désorganise, et surtout, il génére une importante réaction immunitaire à son égard, qui fatigue nos globules blancs.
Ces deux effets conjoints vont avoir un effet potentiellement dramatique, car notre appareil respiratoire est alors affaibli, à la merci des premiers venus. Si le virus de la grippe n’est pas trop méchant, il y a en revanche tout un tas d’indésirables qui n’attendent qu’une chose, qu’on leur laisse une fenêtre de tir pour venir proliférer : les bactéries.

Bactéries

Finalement, elles ont beau être relativement anciennes, je crois bien que ce sont elles qui nous donnent le plus de mal, et c’est sur elles que je vais m’attarder le plus.
Vous le savez surement déjà, notre bouche, notre nez, notre gorge, contiennent une quantité énorme de bactéries. Certaines, la plupart, sont absolument inoffensives, et d’autres le sont beaucoup moins. Tout ce petit monde cohabite gentiment, avec l’aimable tolérance de l’hôte, à savoir nous. On parle de flore commensale. Pourquoi notre organisme tolère que tout ce petit monde squatte ? D’abord, parce que ça serait vraiment fatiguant de virer toutes les bactéries qui se pointent, ça serait peut-être possible, comme dans le cas de l’oeil par exemple, là on fait le ménage, avec un succès relatif, mais faut que ça reste propre. Donc le tube digestif, par exemple, est rempli de bactéries commensales. Certaines nous sont mêmes devenues indispensables !

Et l’appareil respiratoire ?
C’est pareil, avec les 10 000 litres d’air que l’on respire chaque jour, on chope également plein de bactéries en suspension. Mais là attention, on fait un peu plus gaffe quand même. Si notre nez et notre gorge sont pleins de bactéries, à partir du larynx, plus on descend dans les bronches, moins y en a, et quand on descend vraiment dans les plus petites bronchioles, aux fins fonds de nos poumons, y a plus rien. Aucune bactérie, c’est un quartier de très haute sécurité!

La raisons est que l’épithélium, (l’épithélium, c’est le nom savant donné pour une surface extérieure, le contraire étant endothélium, une surface intérieur, comme la surface à l’intérieur de nos vaisseaux sanguins, qui sont des endothéliums), l’épithélium respiratoire est bourré de petits pièges gentils à bactérie : cils, mucus collant, anticorps et enzyme destructrices. Je dis gentil, parce-que les vrais bouledogues, les macrophages, cellules destructrices de bactéries, sont tout au fond des poumons, dans les alvéoles pulmonaires, là où c’est censé être devenu stérile, et ou la paroi vers l’intérieur des poumons est la plus fragile.
Donc, si ces systèmes de défense sont désorganisés, par la présence d’un virus de la grippe par exemple, les bactéries, tolérées dans la partie supérieure de l’arbre respiratoire : bouche, nasopharynx, pharynx, vont commencer à se faire de plus en plus envahissantes, et descendre dans les bronches. C’est alors une bronchite, qui n’est pas trop grave en soi, car les bactéries ne franchissent pas l’épithélium et restent cantonnées à la “surface” intérieure des poumons.
Si parmi elles se cachent une méchante, le mot scientifique pour méchante, c’est virulente, donc si parmi elles se cache une bactérie virulente, celle-ci va être capable, par divers moyens, qu’on appelle des facteurs de virulence, de franchir la barrière épithéliale (la frontière formée par l’épithélium), et d’aller coloniser toutes les cellules du poumons, dont, entre autre les cellules des vaisseaux sanguins, ce qui équivaut à une dissémination dans tout l’organisme… Lorsque la bactérie franchit la barrière épithéliale, on parle de pneumonie, et autant vous dire que l’heure n’est pas à la rigolade si on en arrive jusque là.

Les antibiotiques

Mais rassurez-vous, la cavalerie rapplique. Récapitulons, tout commence par une grippe. A ce moment, quand on est à la place du malade, on ne ressent que des signes habituels d’activation du système immunitaire : fièvre modérée, fatigue, douleurs musculaires. Ces signes font partie de notre réponse normale à l’infection : ils vont avoir pour effet qu’on va rester au chaud sous la couette : au chaud parce que la fièvre est associée à une sensation de froid, et sous la couette, parce qu’on est fatigué. Donc ça fait les affaires de l’organisme qui n’a plus à lutter contre le froid et l’exercice, il peut consacrer toutes son énergie à lutter contre le petit virus indésirable.
Mais, comme je vous l’ai décrit, bientôt une bronchite arrive : elle correspond à la réaction générique de nos bronches. C’est la réaction inflammatoire. On tousse, on produit des glaires pour évacuer l’intrus, quel qu’il soit, hors des bronches.

Si vous allez voir le médecin à ce stade, il fera rapidement le diagnostic d’une grippe, et si vous êtes une personne pas trop fragile, c’est à dire pas un nourrisson, une personne âgée, ou une personne avec d’autres maladies plus graves associées, il vous prescrira quelques amuse-bouche, comme du paracétamol et un sirop pour la toux, et vous dira de vous reposer. Et il aura raison.
Mais quelle question principale se sera-t-il posée intérieurement ? Il se demandera :  Y a-t-il bronchite, ou pneumonie ? La différence est majeure, car si les bactéries ont franchi le rubicon de la barrière épithéliale, il faut intervenir sans plus attendre, et dégainer les antibiotiques.

Les antibiotiques

Les antibiotiques ont fait de nombreuses apparitions précoces dans l’histoire de la médecine, mais leur utilisation massive est très récente, datant de moins d’un siècle.

C’est à Fleming, un scientifique écossais, que l’histoire a attribué la paternité de la découverte du premier d’entre eux : la pénicilline. Pour la petite histoire, cette découverte s’est faite par hasard en 1928: Fleming est parti en vacances, et en revenant, il a remarqué que ses cultures bactériennes avaient été contaminées par un champignon du genre Penicillium. D’abord, ça l’a mis en colère. Ensuite, il a remarqué que les champignons avaient empêchés la croissance des bactéries à leurs alentours. Il a analysé le contenu de ses culture, et a isolé un composé qui permettait d’empêcher à certaines bactéries de se multiplier… Quelques années plus tard, le premier antibiotique sortait!

J’ai bien résumé l’histoire, en réalité c’est une histoire très compliqué mais assez amusante sur les rivalités entre anglais et américains, sur fond de deuxième guerre mondiale, un petit peu comme la paternité du VIH que les américains ont essayé de nous piquer. Plus d’infos par ici!

Mais alors, qu’est-ce-que la pénicilline, et comment fonctionne-t-elle ?

Les bactéries sont des organismes qui ressemblent beaucoup à chacune de nos cellules. La principale différence est qu’elles ne possèdent pas de noyau, alors que nos cellules possèdent quasiment toutes un noyau. On dit que les bactéries sont des procaryotes, alors que nos cellules, et donc nous, sommes des eucaryotes. C’est une distinction assez fondamentale dans le monde du vivant : les procaryotes, et les eucaryotes. Une autre différence importante entre les bactéries et nos cellules est que les première ont une membrane beaucoup plus épaisse que celle de nos cellules. Les bactéries, qui sont des êtres unicellulaires confrontés à un milieu extérieur hostile, ont besoin d’un gros, gros, manteau, en comparaison à nos cellules qui sont finalement dans des conditions environnementales toujours relativement calmes et controlées.

D’ailleurs, les mots le montrent bien, dans le cas de nos cellules, on parle de membrane cellulaire, ou membrane plasmique, alors que pour les bactéries, on parle de paroi bactérienne. Pour construire cette paroi, les bactéries sont relativement embêtées, car en réalité, elles disposent d’une membrane, comme la notre, et à l’extérieur de celle ci, elles rajoutent une couche, beaucoup plus épaisse d’éléments protecteurs, qui forment la paroi. Elles sont embêtées car cette paroi est composée d’énormes molécules, ce sont des polymères (répétitions de pleins de petites molécules identiques), très longues, et ces molécules ne peuvent pas sortir par la première membrane cellulaire, elles sont beaucoup trop grosses. Comment faire donc ? La solution trouvée par la bactérie est de faire sortir les petites briques élémentaires des polymères, les monomères, pour ensuite les assembler à l’extérieur, en faisant sortir les enzymes nécessaires. J’ai deux images pour vous aider à vous représenter les choses : les maquettes de bateaux dans les bouteilles en verre, pour contourner le problème du goulot, on rentre les pièces, puis on les assemble à l’intérieur, et 2ème image l’assemblage de la station spatiale internationale en orbite : on envoie d’abord les éléments un par un, puis on assemble dans l’espace, car tout envoyer d’un coup serait trop cher, et plus difficile.
Bref, donc, la bactérie fait sortir les petites briques, d’une part, et les enzymes necessaires à l’assemblage d’autre part, pour construire sa paroi. Je vous passe le nom des composants de la paroi, il n’a pas grande importance, en revanche, savez-vous comment sont appellées les enzymes utilisées pour assembler les briques de la paroi ? On les appelle les PLP, ou Protéines Liant la Pénicilline.

Voilà, vous avez compris, la pénicilline se lie à ces enzymes, et empêche leur fonctionnement. La bactérie est incapable de synthétiser sa paroi, et de l’entretenir, ce qui est indispensable à sa survie. La pénicilline a un effet bactéricide : elle tue les bactéries.

Les résistances aux antibiotiques

Donc, les pénicillines, les, parce qu’il y en a plusieurs apparentées :), les pénicillines tuent les bactéries. Toutes les bactéries ? Non, loin de là.

Vous souvenez-vous de la manière dont on les a découvertes ? Les pénicillines étaient présentes dans le milieu de culture du Dr Fleming, contaminé par le champignon du genre Penicillium. En fait, les pénicillines sont synthétisées par les champignons, dans le but d’empêcher les bactéries de venir digérer leurs nutriments : oui, les champignons et certaines bactéries occupent la même niche écologique : la fermentation des sucres.
Donc les champignons et les bactéries sont en guerre pour les susucres, depuis, disons, des millions d’années pour être gentil, et les pénicillines sont l’arme ultime développée par les champignons pour renvoyer les bactéries dans les abîmes insondables d’où elles proviennent 🙂

A noter qu’on aurait apprécié que les bactéries aient la gentillesse de nous synthétiser également des composés anti-champignons, dits anti-fongiques, pour qu’on puisse leur piquer, comme les pénicillines ! Mais non ! Quelle vulgarité ces bactéries 🙂 D’ailleurs, ironiquement, la plupart des composés antifongiques dont on dispose nous sont fournis par les champignons eux-mêmes qui ont en revanche le bon goût de s’en mettre plein la poire entre eux de ce coté-là. Quand il s’agit de susucre, y a plus de famille qui tienne, c’est chacun pour soit 😀

Enfin tout ça pour dire que si les bactéries n’ont pas la civilité de nous avoir préparé des comp

osés antifongiques au fil de l’évolution, elles ont même l’outrecuidance d’avoir trouvé des moyens de résister aux pénicillines… Et force est de reconnaître que le contraire aurait été étonnant, depuis le temps qu’elles y sont confrontées.

Donc vous l’aurez compris, les pénicillines ne sont pas actives sur toutes les bactéries. La pénicilline G, benzylpénicilline, qui est la première de toutes les pénicillines commercialisées a un spectre d’action limité à certaines bactéries.

D’abord, certaines bactéries ont une paroi un petit peu plus complexe que cette que je vous ai décrite précédemment, à savoir, une membrane comme celle de nos cellules, on l’appelle membrane plasmique, recouverte par une couche épaisse, le protéoglycane.

Voilà finalement je ne vous aurais pas fait grâce du nom de cette paroi 😀 Les bactéries qui ont cette structure de paroi : membrane plasmique + protéoglycane sont dites GRAM +. Là cette appellation, si vous voulez retenir un truc important dans ce dossier, c’est cette notion de Gram + et, on va y venir, gram -. C’est fondamental en bactériologie. C’est comme la différence entre les plantes et les animaux, presque : Gram+ et Gram-.
Et ça s’appelle Gram parce-que c’est le nom du chercheur qui a mis au point la méthode permettant de révéler cette distinction. L’autre groupe de bactéries, les GRAM – donc, a une architecture plus complexe à savoir : une membrane plasmique, un protéoglycane, pour l’instant c’est comme les GRAM +, et l’ensemble recouvert par une troisième membrane, appellée membrane externe, et qui ressemble à la première, ou membrane plasmique.

Donc je récapitule, les bactéries GRAM + ont une membrane plasmique, recouverte par le protéoglycane. Les bactéries GRAM – ont une membrane plasmique, le protéoglycane, et une troisième couche, la membrane externe.
Notez bien que certaines bactéries ne sont ni Gram +, ni Gram -, mais elles sont un peu rares, et donc on va les laisser tranquille pour cette émission. C’est le cas par exemple du bacille de Koch responsable de la tuberculose. Lui il a une paroi encore plus épaisse que tout le monde, c’est un vrai tank. Enfin bref, je m’égare.

La pénicilline G agit donc en bloquant les enzymes de synthèse du protéoglycane, vous vous souvenez ? A priori, elles devraient agir sur les Gram + et les gram -, puisque les deux catégories ont cette couche de protéoglycane !
Raté, les Gram négatives sont résistantes naturellement : pourquoi ? La raison est toute simple : la troisième couche, la membrane externe qu’elles possèdent en plus des gram +, bloque l’accès de la pénicilline G au peptidoglycane.

Sacré avantage pour les Gram – !

Mais pour ce qui est de la résistance aux pénicillines, on va voir que les Gram + ne sont pas en reste, et ont trouvé, bien avant notre arrivée dans la bataille, des mécanismes pour échapper à ces pénicillines.

Les pénicillines ne sont pas stables, c’est la leur moindre défaut. Ce sont des composés chimiques un peu improbables avec notamment un cycle à 4 côtés, un carré en fait, dans leur structure.

Petit apparté pour éclaircir ce que je viens de dire, une structure cyclique en chimie, c’est le contraire d’une structure linéaire. Les atomes qui constituent le cycle sont liés ensemble pour former un cycle, comme des enfants qui se donnent la main en faisant la ronde.
Ces structures cycliques en chimie sont très fréquentes, mais les cycles sont stables lorsqu’ils ont 5 sommets minimum, en-dessous, ça devient un peu instable. Pour simplifier, on pourrait dire que les sommets des cycles sont constitués par les noyaux, et les cotés du cycle sont formés par les électrons. Et quand le nombre de sommet diminue, l’angle entre les cotés diminue également, donc les électrons se rapprochent, et vous savez que les électrons n’aiment pas se rapprocher. Donc voilà, quand on rapproche trop les électrons, le cycle se casse !

Fin de l’apparté, donc les pénicillines, avec leur cycle à 4 cotés, appelé cycle béta-lactame, sont très instables. Et les bactéries Gram + ont trouvé une parade grâce à cette propriété : elles synthétisent une enzyme qui permet de détruire les pénicillines, c’est très facile, puisque le cycle bétalactame est très fragile !
Cette enzyme s’appelle une bétalactamase, et en la secrétant autour d’elle, la bactérie détruit toute forme de pénicilline G qui oserait s’approcher. Voilà de quoi être tranquille ^^
Pour résumer, voir si vous vous souvenez de tout, la pénicilline bloque la synthèse du protéoglycane bactérien, constituant essentiel de la paroi, en agissant sur les PLP, protéines liant la pénicilline, responsables de sa synthèse. Cependant les bactéries à Gram négatif possèdent une membrane externe qui les protège contre l’action des pénicillines, et certaines bactéries gram positif possède une enzyme appellé bétalactamase qui les protège également en détruisant le fragile cycle bétalactame des pénicillines.
Voilà, plus ou moins, l’état des lieux à notre arrivée dans la bataille entre champignons et bactéries.
La plupart des bactéries gram + ne possèdent pas de bétalactamase, car fabriquer une enzyme coûte de l’énergie à la bactérie, et finalement, il y a plein d’endroits où on est pas embété avec ces histoires de pénicilline.

Après avoir compris comment fonctionnait les pénicillines, on a également découvert comment certaines bactéries avaient trouvé le moyen de se prémunir contre elles, avec ces bétalactamases. Et c’est là que l’homme a commencé à mettre son petit grain de sel…

Les chimistes ont cherché à synthétiser une molécule qui résistait à ces bétalactamases, et, assez rapidement, ils ont trouvé : la méticilline. Quel est le principe de cette résistance aux bétalactamases ?
En fait, en rajoutant une chaîne très longue et très encombrante à la pénicilline G originelle, on bloquait l’accès de la bétalactamase à la pénicilline, et la bétalactamase perdait son efficacité tandis que la pénicilline, en l’occurence la méticilline, la retrouvait ! C’est comme quand on mettait du chewing-gum dans la serrure de la salle où on allait avoir un contrôle de maths. Encore que pour que l’exemple colle parfaitement, il aurait fallu pouvoir mettre le chewing-gum sur la clé. Dans cette exemple, la bétalactamase serait la serrure, et la clé serait la pénicilline. On rajoute un gros chewing-gum, et le tour est joué, la clé ne rentre plus dans la serrure 😀

L’homme venait de faire son entrée dans la bataille. C’était en 1959, avec la découverte de la méticilline. On appelle les molécules dérivées de cette méticilline, les pénicillines M, logique non ?

Une autre des améliorations que l’homme a apporté à la pénicilline est la faculté d’aller s’attaquer aux bactéries Gram -, qui, on l’a vu tout à l’heure, semblaient protégées grâce à leur membrane externe.
En fait, cette membrane externe est porée à de nombreux endroits, pour laisser passer l’eau et la bidoche les constituants dont la bactérie à besoin pour survivre. En 1961, les chimistes ont réussi à synthétiser une nouvelle pénicilline qui pouvait se frayer un chemin à travers la membrane externe des bactéries gram -, pour aller bloquer la synthèse de leur protéoglycane. C’était l’ampicilline, chef de file des pénicillines A. Vous connaissez l’amoxicilline ? bah c’est la p’tite p’tite p’tite fillote de l’ampicilline, une pénicilline A. Son nom commercial, le Clamoxyl®.
Avec la méticilline, chef de file des pénicillines M, qui pouvait s’attaquer à toutes les bactéries gram positives, même celles qui ont une bétalactamase, et l’ampicilline, chef de file des pénicillines A, qui pouvait s’attaquer aux bactéries gram négatives, on semblait être en mesure de neutraliser n’importe quelle bactérie ! Mais rapidement on a déchanté.

Staphylococcus Aureus, une bactérie gram positive a développé une résistance, par un nouveau mécanisme, à la méticilline, à peine 2 ans après la découverte de celle-ci. Tout le monde était un peu surpris par la coriacité de ces bactéries, et c’était loin d’être fini. On lui a donné un nom du coup, Staphylococcus Aureus Résistant à la Méticilline, où SARM. C’est un peu une star, chez les bactéries, un genre de Vercingétorix, quoi.
En fait, tout simplement, elle modifiait ses PLP. Les enzymes de fabrication de la paroi : bah elle en changeait, et du coup, les pénicillines ne les retrouvaient plus 🙁

Quant aux bactéries gram négatives, idem, on s’est aperçu qu’elles étaient également productrices de bétalactamases. Et les pénicillines A ne sont pas protégées contre les bétalactamases, par une grosse chaîne encombrante, comme les pénicillines M …
On ne peut pas rajouter de grosses chaînes encombrantes aux pénicillines A pour les rendre inaccessibles, car si on le faisait, elles ne pourraient plus passer par les pores de la membrane externe des bactéries gram -. Ca se complique, hein ?

Dans les deux cas, on tombait sur un os. Pour les PLP qui changent, on est coincé, y a rien à faire, par contre, pour les bétalactamases des Gram – …

On a trouvé une autre solution : on crée un leure à bétalactamases. En ajoutant aux pénicillines A une petite molécule qui a beaucoup d’affinitié pour les bétalactamases, on occupe celles-ci pendant que la pénicilline A peut aller faire son boulot en bloquant les PLP, et on a gagné ! Cette petite molécule qui inhibe les bétalactamases, c’est par exemple l’acide clavulanique, sorti au début des années 1980, ou bien, le tazobactam, sorti au début des années 1990. Ces deux molécules appartiennent à la famille des inhibiteurs de bétalactamases. Grâce à eux, les pénicillines A retrouvent leur activité sur les bactéries Gram négatives, et positives.

Cette association pénicilline A + inhibiteur de bétalactamase est un des antibiotiques les plus prescrit. En molécule, cela donne amoxicilline + acide clavulanique. C’est l’Augmentin®, vous connaissez non ?

Ensemble, ces deux molécules restent actives sur la grande majorité des germes auxquels nous sommes confrontés. Je vous ai dit que l’acide clavulanique a été découvert il y a une trentaine d’année, et il marche toujours, mais je vous tromperai si je ne vous en parlais pas, toutes les études sont formelles, les résistances progressent. Et les journalistes ne se privent pas pour en parler.

Bientôt plus d’antibiotiques ?

Qu’en est-il vraiment ?

Il y a beaucoup d’études alarmistes sur l’évolution des résistances aux antibiotiques, et grosso modo, cela représenterai un travail monstre d’en faire le bilan. Cependant, on peut dire avec pas mal de certitude, que globalement, le pourcentage de bactéries isolées de certains prélèvements (sang, pus, etc), augmente assez lentement, d’années en années.
Mais cette augmentation n’est pas inexorable : les politiques de santé publique destinées à faire baisser les résistances sont généralement utiles, et lorsqu’on arrète d’utiliser une molécule à tout bout de champ, le pourcentage de résistance diminue au sein de la population bactérienne.

Un peu de sélection naturelle

Pourquoi ?
La réponse est très simple : sélection naturelle !

Vous vous souvenez, la sélection naturelle, c’est trois principes : variation, adaptation, et hérédité. Ici, la variation est la présence au sein de la population d’un mécanisme de résistance. Certaines bactéries l’ont, d’autre pas. Ensuite, l’adaptation : cette variation permet, dans les écosystèmes un peu hostiles où les antibiotiques sont fréquents, à la bactérie possédant le gène de résistance de survivre mieux et se reproduire mieux que celles ne l’ayant pas. Et enfin, hérédité, la bactérie transmet ce gène à sa descendance : moralité : la fréquence du gène de résistance augmente au sein de la population bactérienne, si la population est soumise à l’antibiotique.

A contrario, dans un environnement où l’antibiotique n’est pas présent, posséder le gène de résistance n’apporte aucun avantage adaptatif, voire un désavantage. Et c’est pour ça que quand on arrête d’utiliser une molécule, le taux de résistance redescend.

Ce mécanisme est aussi responsable de ce qu’on appelle l’effet barrière de la flore commensale.  L’un des avantages à héberger gracieusement tout plein de bactéries sur nous, c’est qu’elles nous protégent également contre des bactéries éventuellement plus virulentes, en les empêchant tout simplement d’occuper le terrain, et en les soumettant à la sélection naturelle !

Et empiler des enzymes de résistance aux antibiotiques n’est pas un atout pour s’imposer au milieu des bactéries, au contraire, c’est plutôt un caractère négatif, tant que la population bactérienne n’est pas au contact des antibiotiques en question ! Voilà pourquoi lorsqu’on utilise moins, et à bon escient, une molécule antibiotique, les bactéries qui possèdent des enzymes de résistance à cette bactérie vont voir leur nombre progressivement diminuer au sein d’une population. On se sert de la guerre que se font les bactéries entre elles pour préserver nos armes… Diviser pour mieux régner !

Donc il y a deux règles qui se dégagent de ces principes de biologie :
1) en utilisant le moins possible une molécule antibiotique, on diminue la fréquence des mutants : ” les antibiotiques, c’est pas automatique”
2) Deuxième idée importante: les mécanismes de résistances émergent plus facilement lorsque les populations sont soumis à des doses faibles, pendant de courte durée. De cette manière, la résistance peut émerger progressivement, et les bactéries “ont le temps” de trouver des mécanismes qui fonctionnent. Alors que si on soumet directement une population à une grosse dose d’antibiotique pendant une longue durée, tout les bactéries cassent leur pipe et personne ne résiste. C’est pour cela qu’il est important de poursuivre les traitements jusqu’au bout, même si on va mieux : pour bien toutes les bactéries jusqu’à la dernière qui seraient en train de commencer à tenter de résister à l’antibiotique.

Antibiotiques d’élevage

C’est une des raisons pour laquelle l’utilisation d’antibiotique dans l’élevage fait grincer des dents. Plus de la moitié des antibiotiques produits dans le monde sont destinés aux animaux d’élevage ! Et autant vous dire que si on prive une maman d’antibiotique quand son bébé va pas bien, c’est difficile de lui faire accepter qu’on les distribue à la pelle aux veaux, vaches, cochons, poulets, de par le monde ^^

Aux Etats-Unis, par exemple, les antibiotiques sont même utilisés comme facteurs de croissance : en diminuant la flore commensale, ils améliorent l’absorption des nutriments par les animaux d’élevage, ce qui augmente les revenus de l’éleveur, qui peut ainsi faire des économies sur la ration alimentaire de l’animal.
En Europe, les règles sont un peu plus strictes : on n’utilise aucun antibiotique utilisé également chez l’homme pour soigner ou prévenir les infections chez les animaux. Et l’utilisation des antibiotiques comme facteurs de croissance est interdite.

De cette manière, vue que les bactéries qui infectent l’homme et les animaux d’élevage ne sont pas toujours les mêmes, et que les antibiotiques ne sont pas les mêmes du tout, on limite l’impact sur l’évolution des résistances. Mais ces mesures sont insuffisantes, et on a montré que les résistances développées par les bactéries d’animaux d’élevage, pouvaient par différents mécanismes, augmenter les résistances des bactéries humaines aux antibiotiques.

La question est donc loin d’être résolu… C’est plus une question de société qu’une question scientifique, je crois…

Mais revenons-en à l’émergence des résistances chez les bactéries humaines

La tendance globale reste à l’augmentation des résistances.

Rassurez-vous, cette augmentation est lente, d’une part, et d’autre part, plus ou moins controllée. L’une des stratégies utilisée à l’échelon public pour lutter contre les bactéries et d’”user” toujours les mêmes molécules : les recommandations conseillent toujours d’utiliser les molécules les plus simples et les moins évoluées.
De cette manière, les résistances peuvent éventuellement progresser, mais quelque part, on s’en fiche, car on fait exprès de se garder sous les coudes des molécules dont on se sert jamais, et qui ont, elles une efficacité foudroyante sur les germes qui deviendraient trop gênants. La plupart du temps, on a pas besoin de se servir de ces molécules, car l’immunité naturelle et les antibiotiques de première ligne suffise à venir à bout de la bactérie. Et de ce fait, les résistances n’apparaissent pas.

L’exemple parfait est celui des carbapénèmes : c’est une famille de molécule dont les résistances sont rarissimes en France, parce-qu’on utilise la molécule à bon escient. En revanche, les résistances importées sont rares, mais existent. Parce-que si on utilise la molécule à tout bout de champ, inévitablement des résistances émergent.

http://cid.oxfordjournals.org/content/42/5/657.long

Voici un rapport paru dans le Clinical Infectious Diseases Oxford Journal. Ce rapport présente une liste des bactéries qui risquent de poser des problèmes dans les années à venir, en résistant à nos antibiotiques les plus performants : parmi elles, ce bon vieux SARM, vous vous souvenez ? Il avait surpris tout le monde en devenant résistant à la trouvaille des chimistes, les pénicillines M, pour bloquer ses bétalactamase, à peine 2 ans après leur découverte. Bah il nous donne encore du fil à retordre…

Bref, ce rapport nous permet de comprendre le noeud du problème, qui est avant tout économique. En fait, les antibiotiques dont nous disposons, et je ne vous ai décrit qu’un bout de la principale famille, suffisent largement à traiter les bactéries du commun des mortels.

Le problème est statistique. Tant que nos antibiotiques existants suffiront à combattre l’immense majorité des bactéries, comme c’est le cas actuellement, les grands laboratoires n’auront aucun intérêt à développer de nouvelles molécules, qui coûtent très chères à développer, et qui finalement ne rapportent pas grand chose, puisque la politique serait de s’en servir le moins possible… Et c’est le cas actuellement, les molécules en cours de développement sont rares. Et c’est la raison pour laquelle les médecins ne cessent de tirer la sonette d’alarme !

Evidemment, les souches nosocomiales, constamment confrontées aux antibiotiques dans les unités de soins intensifs finissent par empiler les mécanismes de résistances et, il arrive que des souches deviennent totorésistantes, c’est à dire, résistantes à tout. Mais les laboratoires ne développent pas de nouvelles molécules pour des cas sporadiques. C’est cynique, mais finalement, ça se comprend. Une des solutions serait de permettre aux laboratoires de faire entrer le coût de la recherche dans le prix des médicaments qu’ils commercialisent. Mais là, ça couterait très cher, et deviendrait une charge très lourde pour les caisses d’assurance maladie. Le prix des boîtes peut atteindre facilement plusieurs milliers de dollars, lorsque le laboratoire doit répercuter le coût de la recherche…  La question est plus une question de société, qu’une question scientifique, à mes yeux…

Pour finir et pour conclure, vous vous souvenez du SARM ? Bon, bah pour s’en débarasser, on utilise un antibiotique qui s’appelle la vancomycine. Et vous savez depuis combien de temps on utilise cette antibiotique ? Depuis 1956, et ça continue de marcher, malgré une utilisation intensive dans l’élevage, en plus !

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Podcast Science 75 – L’ornithorynque est-il un cousin de Donald Duck?

Un dossier de Marco, inspiré de Stephen Jay Gould, sur cet animal extraordinaire qui a été (trop) longtemps mal considéré

Bonne écoute!

Les liens de la semaine:

Le lien audio:

Le dossier écrit:

Les news:

Quote:

  • “La science consiste à passer d’un étonnement à un autre” – Aristote
  • “Dieu a le sens de l’humour. La preuve : regardez les Ornithorynques” – Tirée du film Dogma
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L’ornithorynque est-il un cousin de Donald?

Dossier de Marco dans l’épisode #75.

 

Animal très curieux que cet ornithorynque, connu de son nom technique par ornithorhynchus anatinus, venant du grec ornitho qui signifie “oiseau” et rhynkhos “le bec”, anatinus signifiant pour sa part, “comme un canard”. Autrement dit, le “bec d’oiseau semblable à un canard”.

L’ornithorynque est un étrange mélange entre caractères reptiliens (ou aviaires) et caractères proprement mammaliens. Et le comble est que le caractère qui suggéra en premier que l’ornithorynque avait des caractères non mammaliens, était son “bec de canard”, qui n’est en réalité aucunement un bec, mais une adaptation à l’alimentation en eau douce purement mammalienne.

l'ornithorynque

Dans un contexte historique, où les navigateurs se faisaient souvent escroquer par les empailleurs chinois, qui leur refourguaient des têtes ou des troncs de singes accolés à des parties arrières de poissons, on peut facilement comprendre la réaction très prudente de Georges Shaw qui fut le premier à décrire l’ornithorynque:

“De tous les mammifères connus jusqu’ici, il me semble être le plus extraordinaire par son anatomie, dans la mesure où il présente un bec ressemblant parfaitement à celui d’un canard, greffé sur une tête de quadrupède. La ressemblance est si poussée qu’à première vue elle fait penser à une préparation truquée”

 

L’ornithorynque, victime des idées reçues

Ce fameux “bec” a donc suscité de nombreux étonnements, mais la partie arrière est elle aussi très stupéfiante, car l’ornithorynque  possède, comme les reptiles, un cloaque, c’est à dire un orifice unique par lequel s’opèrent toutes les fonctions liées à l’excrétion et à la reproduction. Et cela contrairement aux mammifères qui possèdent des orifices distincts pour les processus de reproduction et d’excrétion. (cela explique l’origine de “monotrème” qui est le nom que l’on donne à la famille de l’ornithorynque et des échidnés, puisque monotrème signifie “un seul trou”)

Au niveau de l’anatomie interne, les oviductes (conduits qui acheminent les ovocytes issu des ovaires, et qu’on appelle trompe de Fallope chez les mammifères) ne se réunissent pas en un utérus (comme chez les mammifères), mais gagnent séparément le tube cloacal. Aussi, comme chez les oiseaux, l’ovaire droit des femelles ornithorynques est devenu rudimentaire et tous les ovules se forment dans l’ovaire gauche.

Ces caractéristiques étaient très troublantes pour les biologistes de l’époque, d’autant plus que nous sommes avant Darwin et que les animaux sont considérés comme appartenant à des catégories statiques ne pouvant donc pas présenter de caractéristiques intermédiaires. Les marsupiaux, également d’Australie, avaient déjà porté un sérieux coup à ce que l’on croyait être caractéristique des mammifères, et survient alors l’ornithorynque et son anatomie qui suggérait donc quelque chose d’impensable pour un mammifère: la ponte d’œufs! (Ses œufs n’avaient pas encore été découverts, c’est pour cela que j’emploie le terme “suggérer”)

En dehors des traits liés à la reproduction, l’ornithorynque paraît pourtant être un parfait mammifère : Il possède une fourrure complète et une caractéristique anatomique typique des mammifères: le présence d’un seul os à la mâchoire inférieure (le dentaire) et celle de trois osselets dans l’oreille moyenne (marteau, enclume, étrier). Les reptiles ont eux une mâchoire inférieure composée de plusieurs os et leurs oreilles n’en contiennent qu’un seul.

Mais malgré tout, même en dehors du système de reproduction, l’ornithorynque possède des caractéristiques reptiliennes, en particulier un os inter-claviculaire au niveau de l’épaule, que possèdent les reptiles et que ne présente aucun mammifère. Enfin il a également la démarche d’un reptile avec des pattes situées sur le côté du corps et non pas en dessous.

Ce mélange fantastique de caractéristiques animales fit que tous les grands biologistes de l’époque se fascinaient pour cet animal, et un débat commença à se centrer autour de sa reproduction (car comme dit plus haut, aucun œuf n’avait été retrouvé), et trois possibilités se dégageaient, avec chacune des défenseurs célèbres.

Pour l’anatomiste allemand Johann Friedrich Meckel et le français Blainville, l’ornithorynque était quand même vivipare. On ne retrouverait donc jamais d’œufs et les ornithorynques sont des mammifères ordinaires.

Pour l’anatomiste anglais Richard Owen, et Everard Home qui fut le premier à décrire en détail l’ornithorynque en 1802, l’ornithorynque serait ovovivipare, et si l’on n’avait pas retrouvé d’œufs, c’était parce que ceux-ci se dissolvaient dans le ventre de la femelle.

Mais pour les premiers évolutionnistes français, Lamarck et Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, l’anatomie ne pouvait pas mentir et l’ornithorynque devait donc être ovipare, et ils pensaient donc qu’on finirait un jour ou l’autre à trouver des œufs.

Au début du XIXe siècle, on n’avait toujours pas trouvé non plus, de glandes mammaires chez la femelle ornithorynque. puis en 1824, Meckel les découvrit. Mais comme l’ornithorynque ne fait rien comme tout le monde, ces glandes mammaires étaient assez spéciales, ce qui contribua à amplifier les débats plutôt qu’à les arrêter.Les glandes mammaires de l’ornithorynque sont énormes et s’étendent presque depuis les pattes antérieures jusqu’au pattes postérieures, mais la femelle n’ayant pas de tétine ou mamelle, les canaux lactifères ne conduisent pas à des orifices communs. En fait, la femelle excrète le lait par de nombreux pores disséminés sur une partie de la face ventrale que les progénitures viennent lécher. Mais cela fut découvert bien plus tard, si bien que Saint-Hilaire, qui en tant que partisan de l’oviparité, tenait à éloigner l’ornithorynque le plus possible des mammifères, et soutint donc que les glandes découvertes par Meckel n’étaient pas des organes mammaires, mais l’homologue des glandes odoriférantes qui figurent sur le flanc des musaraignes servant à sécréter des substances pour attirer les mâles. Puis lorsque Meckel réussit à extraire une substance lactée, Geoffroy admit que cela pouvait être une substance alimentaire mais qu’il pouvait s’agir de mucus qui fournirait de la nourriture aux jeunes ornithorynques, plutôt que du lait.

Et c’est un jeune biologiste britannique qui résolu l’énigme en 1884, qui put recueillir quelques œufs aidé de 150 aborigènes. Mais cela ne fit qu’aggraver le problème général, car cela prouvait que l’ornithorynque était un mélange et que par conséquent, il ne pouvait être assigné à aucun des grands groupes de vertébrés sans ambiguïté: Geoffroy avait eu raison au sujet des œufs et Meckel au sujet des glandes mammaires. Avant, il était difficile de concevoir, la Nature sans catégories établies et bien distinctes. C’est pour cela que Geoffroy militait pour les œufs et l’absence de lait et Meckel pour le lait et la mise bas.La découverte de Caldwell a lieu vingt ans après la publication de Darwin, la notion d’évolution avait rendu acceptable l’idée de formes intermédiaires et de mélanges de caractères.

 

Un mammifère primitif?

Mais à peine délivré d’un carcan, l’ornithorynque dut en supporter un autre, puisqu’il fut accusé de “primitivité”. On le considérait comme un mammifère à présent, mais comme une pauvre créature pitoyable marquée de la flétrissure reptilienne. Mais comme j’ai pu déjà le dire lors de mon premier passage dans le podcast, l’évolution n’est aucunement une échelle montante du progrès. L’évolution procède par branchements et bien qu’une lignée de reptiles ait effectivement donné, par évolution, les mammifères, les reptiles sont toujours là et se débrouillent parfaitement bien à leur manière. Et la présence de caractères reptiliens chez l’ornithorynque signifie simplement que la branche des monotrèmes s’est détachée précocement de celles conduisant aux mammifères placentaires, après que les traits fondamentaux des mammifères soient apparus. Les caractères reptiliens des ornithorynques sont donc le signe de ce branchement précoce et non une marque d’arriération: vieux ne signifie par arriéré dans le monde darwinien.

Si l’on met de côté ce mythe de la primitivité, on peut alors mieux apprécier les élégantes adaptions de l’ornithorynque et reconnaître son organisation anatomique performante. Il faut distinguer les adaptations propres aux mammifères et celles particulières à l’ornithorynque.

Dans la première catégorie, l’on trouve la fourrure qui protège l’ornithorynque des eaux souvent froides des rivières. Celle-ci étant imperméable, elle emprisonne même une couche d’air au-dessus de la peau, procurant ainsi une isolation supplémentaire. Toujours concernant la protection en eaux froides, l’ornithorynque est capable de maintenir sa température corporelle à un niveau élevé comme la plupart des mammifères. (La découverte de cette faculté a été retardée jusqu’en 1973, justement à cause de l’image primitive qu’avait l’animal jusque-là. La plupart des biologistes soutenaient que la température interne de l’ornithorynque baissait beaucoup en eau froide, l’obligeant à des retours fréquents au terrier pour se réchauffer. Ces caractéristiques sont donc typiquement mammalienne, mais ce qui nous intéresse réellement pour justifier que l’ornithorynque est le résultat d’une évolution ayant obéi à ses intérêts particuliers, et non pas un animal primitif, ce sont ses propres adaptions.

L’ornithorynque est un animal qui passe la plus grande partie de son temps dans l’eau, à la recherche de nourriture, principalement des larves d’insectes et d’autres petits invertébrés, en fouillant avec son “bec” dans les sédiments au fond des cours d’eau. Ses adaptations particulières lui permettent de faire face aux impératifs de la vie aquatique: un corps bien caréné qui lui permet de se déplacer aisément dans l’eau, ses pattes avant sont palmées pour une meilleure propulsion tandis que la queue et ses pattes arrières, qui sont partiellement palmées, lui servent de gouvernail.

D’autres traits ont sans doute une utilité d’un point de vue de la sélection sexuelle, même si cet aspect est relativement méconnu encore. Par exemple, le mâle porte des éperons creux au niveau de chaque cheville, reliés par un canal à une glande à poison située au niveau des cuisses. Ces éperons sont probablement utilisés lors des combats entre mâles, car ils deviennent plus gros lors de la saison de reproduction, et en captivité on a déjà vu des mâles tuer leurs concurrents au moyen de leur éperons venimeux.

 

Enfin reconnu à sa juste valeur!

Mais voici l’ironie suprême: le trait qui plaide le plus en faveur de l’adaptation particulière de cet animal est la structure même qui lui a valu son statut mythique de primitif: Il s’agit du mal-nommé “bec de canard”. C’est la plus belle invention propre à l’ornithorynque. Ce bec n’est aucunement l’homologue de celui des oiseaux. Il s’agit d’une structure originale apparue par évolution uniquement chez les monotrèmes (l’échidné en possède une version différente sous forme d’un long museau pointu). Il ne s’agit pas d’un simple organe dur, inerte et corné. Son armature rigide est recouverte d’une fine peau qui contient de nombreux organes sensoriels. Étrangement, lorsque l’ornithorynque est sous l’eau, il exclut tous ses autres systèmes sensoriels: des voiles de peau recouvrent ses minuscules yeux et ses oreilles, tandis qu’une paire de valves clôt les narines. Il ne  fait alors appel plus qu’à son bec pour localiser obstacles et nourritures.

Les dissection réalisées sur des crânes avaient d’ailleurs montré que les nerfs optiques et olfactifs sont presque rudimentaires, alors que les nerfs trijumeaux, qui apportent au cerveau les informations sensorielles en provenance de la face, sont remarquablement développés!

Des expériences en neurophysiologie moderne ont davantage souligné le caractère finement adapté du bec de l’ornithorynque: Des colonnes de cellules épithéliales (chacune étant sous-tendue d’un réseau complexe de récepteurs nerveux) sont distribuées sur toute la surface du bec et leur densité est quatre à six fois plus grande à l’avant de la partie supérieure du “bec”, là où se font les premiers contacts avec les obstacles et les pièces alimentaires.

Différents types de récepteurs nerveux ont également été mis en évidence, ce qui suggère que l’ornithorynque est capable de distinguer différentes sortes de signaux.

Les neurophysiologistes savent repérer les aires responsables de l’activation de parties définies du corps et délimiter ainsi une “carte” cérébrale du corps. Ces cartes cérébrales mettent en évidence l’importance d’organes particulièrement développés, car ils sont représentés par des aires extrêmement larges à la surface du cortex. Chez l’ornithorynque, les cartes cérébrales se ramènent presque entièrement à une représentation du bec.

L’ornithorynque a donc longtemps souffert d’une image dégradée mais il a finalement réussi à faire admettre sa valeur, notamment grâce à son bec. Et grâce aux importantes études qui ont eu lieu depuis les années 1970, nous avons appris à reconnaître que l’ornithorynque est un bijou d’adaptation…

 

Données complémentaires: L’ornithorynque est un animal relativement petit (le plus gros spécimen connu pesait 2,2 kg et dépassait à peine 60 cm de la tête à la queue). Il construit des terriers aux bords des ruisseaux et des rivières. les plus grands servent de nids à l’époque de la reproduction et peuvent faire jusqu’à 3,60mètres de long, d’autres sont plus petits et servent à l’usage quotidien.

Source: “La foire aux dinosaures” – Stephen Jay Gould

Podcast Science 74 – L’infini : quand il n’y en a plus, il y a Cantor

Dossier d’intronisation pour Nico – L’infini : quand il n’y en a plus, il y a Cantor !

Retrouvez le dossier par ici !

Le mp3 de l’émission, par ici, mais également en haut ou en bas !

Et cette semaine, on a le bonheur d’avoir une illustration de Lucile,

sur l’infini” href=”https://www.podcastscience.fm/illustrations/2012/02/22/illustration-bref-jai-essaye-dexpliquer-une-blague-de-math/” target=”_blank”>par ici

. C’est un bref-like en image, bref, nous on adore !

En bonus, une p’tite vidéo sur le paradoxe de l’hôtel de Hilbert !

Le lien vers le billet de Science étonnante dont on parle pendant l’émission !

Et enfin la fameuse quote, de Marco cette semaine :

L’éternité c’est long, surtout vers la fin

Woody Allen, ou Kafka, on est pas sur ! Si vous avez des informations, on est preneur !

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Illustration : Bref, j'ai essayé d'expliquer une blague de math

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j'ai essayé d'expliquer une blague de math” src=”https://www.podcastscience.fm/wp-content/uploads/2012/02/Bref-Math3-590×1983.jpg” alt=”Illustration : bref j'ai essayé d'expliquer une blague de math” width=”590″ height=”1983″ />

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L’infini… Quand il n’y en a plus, il y a Cantor!

Premier épisode de Nico, dans le dossier #74.

L’infini est depuis toujours dans la tête des hommes sans pour autant qu’ils arrivent à l’appréhender. Parfois objet de fantasme, on le croise dans beaucoup de publicités allant des forfaits téléphoniques illimités aux restaurants à volonté. D’autres fois objet d’inquiétude devant son immensité comme a eu l’occasion de le dire Pascal :

Le silence éternel de ces espaces infinis me terrifie – Pascal

L’infini peut être très grand, mais aussi très petit. Dans l’antiquité, Zénon d’Élée présente une première approche de cet infiniment petit par le biais d’un paradoxe. Prenons deux points A et B représentés sur la figure ci-dessous.

Ce paradoxe explique qu’un objet ne peut aller de A à B en un temps fini. En effet, pour atteindre B en partant de A, cet objet doit passer par le milieu M du segment. Puis il doit passer par le milieu M’ de MB, puis par le milieu M” de M’B et ainsi de suite… L’objet doit donc passer par une infinité de points, ce qui est impossible (selon Zenon) en un temps fini.

Ce très vieux paradoxe illustre que l’on peut aussi croiser l’infini dans des espaces finis (ici le segment AB) en pratiquant une simple opération de découpage par deux. Pour plus de détails sur ce paradoxe et sa résolution, je vous invite à aller écouter le petit dossier de Mathieu sur le sujet dans le n°9 du podcast.

Chez les mathématiciens, l’infini a été un des plus importants sujets de discorde de l’histoire. Il y a un siècle seulement a eu lieu un véritable tremblement de terre au sein de la communauté mathématique au point que certains ont voulu éliminer l’infini des limites autorisées dans cette science! Tout cela à cause des travaux d’un seul homme, Georg Cantor, qui pour la première fois dans l’histoire réussissait à appréhender l’infini avec rigueur, mais certains de ses résultats remirent en cause les bases sur lesquelles se fondaient les mathématiques depuis des siècles.

Ce dossier présente les principaux résultats de ce “corrupteur de jeunesse” (c’est le nom que lui donnait un autre scientifique célèbre de l’époque, Kronecker) et quelques-unes de leurs implications.

Réapprendre à compter

Une des premières rencontres avec l’infini se fait très tôt, en répondant à la question “jusqu’à quel nombre sais-tu compter?”. Contrairement à l’affirmation commune, on n’arrive jamais à compter jusqu’à l’infini, mais on connait une méthode pour à partir d’un nombre donner, trouver le chiffre suivant. Roman Opalka, un artiste contemporain, a bien essayé de compter jusqu’à l’infini (une de ses peintures ci dessous), mais après 40 ans de travail, il trouve toujours le chiffre suivant!

Il n’est donc pas possible en temps fini de compter tous les nombres. Mais est-il possible de savoir s’il y a plus de nombres entiers :

0,1,2,3,4,5,6,7,8,...

que de nombres pairs :

0,2,4,6,8,10,12,14,16...

La réponse semble être évidemment qu’il y a plus de nombres entiers que de nombres pairs étant donné que les nombres pairs sont strictement inclus dans les nombres, mais comment en être sûr?

Toutes les personnes ayant invité le temps d’une soirée des amis ont déjà trouvé, sans s’en rendre compte, une solution pour comparer efficacement des ensembles, même infinis! Pour qu’une soirée soit réussie, il est préférable que chaque invité ait un verre. On peut, bien sûr, compter le nombre des verres et le comparer avec le décompte du nombre d’invités. Étrangement, cette solution est rarement la plus efficace, que ce soit à cause d’un ami enfermé aux toilettes ou d’une erreur de compte pour cause d’ébriété.
Une méthode autrement plus efficace est de donner un verre à chaque invité. Si alors il reste des verres, c’est qu’il y a plus de verres que d’invité et inversement si des invités n’ont pas de verre c’est qu’il y a moins de verre que d’invité.

Pour comparer “l’ensemble des verres” et “l’ensemble des invités”, on a ainsi essayé d’associer à chaque invité un verre. Inversement, on sait retrouver à quel invité appartient le verre en regardant qui est au bout du bras qui le tient. Ce type d’application s’appelle en mathématique une “bijection”. Une bijection est une application entre deux espaces, elle associe à chaque élément de l’espace de départ (ici un invité) un unique élément de l’espace d’arrivée (ici un verre) et inversement à chaque élément de l’espace d’arrivée est associé un unique élément de l’espace de départ.

L’intérêt de ce type de transformation est de pouvoir comparer des ensembles. Ainsi, si chaque invité à un verre, on pourra dire que l’ensemble des verres contient autant d’éléments que l’ensemble des invités.

Armés de cette “bijection”, nous sommes à même de comparer des ensembles qu’ils soient finis ou infinis. Et c’est grâce à ce simple outil que Cantor a pu fabriquer sa théorie de l’infini.

Le merveilleux hôtel de Hilbert

Pour enseigner les nouvelles théories de Cantor, Hilbert, déjà un mathématicien célèbre à l’époque, propose une métaphore qui depuis porte son nom : l’Hôtel de Hilbert.

Cet hôtel est un lieu merveilleux puisqu’il contient une infinité de chambres. Et sa renommée à travers l’univers a fait ses preuves à tel point qu’aujourd’hui chacune des chambres est pleine. C’est-à-dire que quel que soit le numéro de chambre (par exemple la chambre n°1 345 765), il y a quelqu’un à l’intérieur. Un jour, se présente à la réception une personne souhaitant une chambre pour la nuit. Un propriétaire d’hôtel fini serait obligé de refuser cette nouvelle personne, mais le propriétaire de l’hôtel infini a plus d’un tour dans son sac. Il prend son micro et lance une annonce pour tous les résidents de l’hôtel :

“A chaque locataire, la direction a besoin de réorganiser l’hôtel, veuillez immédiatement rejoindre la chambre dont le numéro est immédiatement supérieur au vôtre. En nous excusant du dérangement”.

Ainsi, le locataire de la chambre 1 est maintenant dans la chambre 2
celui de la chambre 2 est maintenant dans la chambre 3
celui de la chambre 3 est maintenant dans la chambre 4
…
celui de la chambre 1 345 765 est maintenant dans la chambre 1 345 766
…
et ainsi de suite. Étant donné que chaque entier a un entier qui lui est directement supérieur, tous les locataires ont une chambre! Plus étonnant encore, grâce à cette réorganisation, il y a maintenant une place disponible dans la première chambre, on a donc

\infty=\infty+1
Ce résultat était connu de longue date et a perturbé beaucoup de scientifiques. En particulier, il est contraire à un des postulats de Galilée :

“Le tout est toujours plus grand que n’importe laquelle de ses parties”

Ici “le tout” est l’ensemble des entiers naturel strictement positifs, noté \mathbb{N}^+ :

\mathbb{N}^+=\{1,2,3,...\}

et “une de ses partie” est l’ensemble des entiers plus grand ou égal à 2 :

\mathbb{N}^+\setminus\{1\}=\{2,3,4,...\}
Déplier pour comprendre la notation du deuxième ensemble.

Dans cette notation, \mathbb{N} désigne l’ensemble des entiers naturels. \{1\} désigne l’ensemble qui ne contient que le chiffre 1 et l’opération “\setminus” consiste à retirer les éléments du deuxième ensemble (ici 1) du premier (ici les entiers naturels).

L’ensemble \{2,3,4,...\} est contenu dans \{1,2,3,...\} et devrait donc, selon Galilée, être plus petit que \mathbb{N}. Or, le propriétaire de l’hôtel de Hilbert a trouvé une “bijection” entre les deux ensembles. Cette “bijection” que l’on va noter b associe à un entier l’entier qui le suit. Par exemple

b(1)=2
b(2)=3
b(3)=4
…
b(1 345 765)=1 345 766
…

Cette application associe bien à chaque entier de \{1,2,3,...\} un unique entier de \{2,3,4,...\}. Ces deux ensembles ont donc le même nombre d’éléments.

Revenons-en à l’hôtel infini. Devant ce succès pour loger le nouvel arrivant, par le bouche à oreilles, le mois suivant un bus infini arrive à l’hôtel encore une fois complet! Gardant son flegme légendaire, le propriétaire lance l’annonce suivante :

“A chaque locataire, la direction a besoin de réorganiser l’hôtel, veuillez immédiatement rejoindre la chambre dont le numéro correspond au double de votre numéro de chambre actuel. En nous excusant du dérangement”.

Ainsi, le locataire de la chambre 1 est maintenant dans la chambre 2
celui de la chambre 2 est maintenant dans la chambre 4
celui de la chambre 3 est maintenant dans la chambre 6
…
celui de la chambre 1 345 765 est maintenant dans la chambre 2 691 530 (celui-ci aura un peu plus de marche que les autres).
…
et ainsi de suite.

Le propriétaire a ainsi libéré toutes les chambres ayant un numéro impair \{1,3,5,...\} en envoyant tous ses locataires dans les chambres paires \{2,4,6,...\}, il reste donc une infinité de places libres pour loger les nouveaux arrivant. Ce qui permet d’affirmer

\infty=\infty+\infty
Et en particulier, il y a autant d’éléments dans l’ensemble des nombres pairs que dans l’ensemble de tous les nombres.

Ce résultat est correct, mais il est normal de ne pas l’accepter tout de suite, il va à l’encontre de l’intuition. Pourtant il est fondé, contrairement à l’intuition, sur un raisonnement logique. La vidéo ci-dessous résume avec brio ce qui vient d’être dit :

A ce stade, on a réussi à faire rentrer dans l’hôtel un ensemble infini qui paraissaient plus grand. On pourrait faire la même chose avec un bus infini qui possède une infinité d’étages, et ainsi de suite avec plusieurs ensembles infinis. En fait, les ensembles infinis “qui rentrent dans l’hôtel” ou, en termes plus mathématiques, les ensemble infinis pour lesquels il existe une bijection avec l’ensemble des entiers \mathbb{N}=\{0,1,2,3,...\} sont des ensembles “dénombrables”.

Une fois l’infini dénombrable identifié et défini, il en suit automatiquement une autre question : existe-t-il d’autres types d’infinis? C’est la réponse à cette question qui constitue le résultat le plus connu de Cantor.

La bibliothèque de Babel

“La bibliothèque de Babel” est une nouvelle de Jorge Luis Borges. L’auteur y présente une bibliothèque dont l’une des caractéristiques est de contenir tous les livres pouvant exister. Plaçons-nous dans une telle bibliothèque et étendons les limites proposées par Borges (il ne considérait que des livres avec un nombre fini de pages). Imaginons que cette bibliothèque contient une infinité de livres qui chacun contiennent une infinité de pages. Comme Borges l’imagine, supposons alors que cette bibliothèque contient tous les textes possibles qu’ils soient lisibles ou non.

C’est-à-dire que quelque soit la suite (infini) de lettres ou “phrase” choisie :

\text{abzhiosdmjgaokmqljkfldqhkflqjhdgklmdlkflsklfmdkmklgJSDLMGjkmglqd...}

on pourra trouver un livre de la bibliothèque qui lui correspond. Avec les exemples de l’hôtel de la partie précédente, on sait que l’on peut dénombrer les livres de la bibliothèque. On peut donc numéroter chacune des phrases infinies contenues dans chacun des livres de la bibliothèque :

\begin{array}{lcl}\text{Livre 1 }&\text{: }& \text{ahfjklhjkemjagkejrflzamnbgjlknvefjklavefjkzljkefjkmlqghjlee...} \\  \text{Livre 2 }&\text{: }& \text{AuxamesbienneesLavaleurnattendpointlenombredesanneesfhzjkeh...} \\  \text{Livre 3 }&\text{: }& \text{zbvlabjklnfklekvzmebfvkljtnzaghrebqlmasjefqklafjklnkjnnjkln...} \\  \text{Livre 4 }&\text{: }& \text{jfzoejlekpodcastsciencetouslesmercredisgfdshjldmmpoinklefzk...} \\  \text{Livre 5 }&\text{: }& \text{hefzjkLexpositionserafermeedurantlexpositiondjhsklsdfjqkfdh...} \\  \text{ ... }&\text{ }& \text{ } \end{array}

Construisons alors la phrase constituée de la première lettre du premier livre 1, la deuxième du livre 2, la troisième du livre 3 et ainsi de suite (en gras ci dessous)…

\begin{array}{lccccccl}\text{Livre 1 }&\text{: }& \textbf{a}&\text{h}&\text{f}&\text{j}&\text{k}&\text{lhjkemjagkejrflzamnbgjlknvefjklave...} \\  \text{Livre 2 }&\text{: }& \text{A}&\textbf{u}&\text{x}&\text{a}&\text{m}&\text{esbienneesLavaleurnattendpointleno...} \\  \text{Livre 3 }&\text{: }& \text{z}&\text{b}&\textbf{v}&\text{l}&\text{a}&\text{bjklnfklekvzmebfvkljtnzaghrebqlmas...} \\  \text{Livre 4 }&\text{: }& \text{j}&\text{f}&\text{z}&\textbf{o}&\text{e}&\text{jlekpodcastsciencetouslesmercredis...} \\  \text{Livre 5 }&\text{: }& \text{h}&\text{e}&\text{f}&\text{z}&\textbf{j}&\text{kLexpositionserafermeedurantlexpos...} \\  \text{ ... }&\text{ }& \text{ } \end{array}

On obtient la phrase qui commence par “auvoj…”. Maintenant, choisissons pour chaque lettre de cette phrase la suivante dans l’alphabet (si la lettre est un “z”, on choisira un “a”). La phrase obtenue commençant par “bvwpk…” ne peut pas être dans le livre 1, car la première lettre ne correspond pas, ne peut pas être dans le livre 2, car la deuxième lettre ne correspond pas, ne peut pas être dans le livre 3, car la troisième lettre ne correspond pas, etc. Cette phrase ne correspond à aucun livre que contient la bibliothèque!

La seule hypothèse que nous avons pourtant faite est que la bibliothèque de Babel contient toutes les phrases possibles, c’est donc cette hypothèse qui est fausse. L’ensemble de toutes les phrases possible est un infini plus grand encore que l’infini dénombrable de l’ensemble des livres de la bibliothèque de Babel.

L’argument de la diagonale utilisé ici a été trouvé par Cantor en 1874. Pour la première fois, on distinguait deux infinis, l’infini dénombrable et l’infini indénombrable.

  • L’infini dénombrable est celui de l’ensemble des entiers \mathbb{N}=\{0,1,2,3,...\} et de tous les ensembles en bijection avec celui-ci.
  • L’infini dit “continu” est celui de l’ensemble de toutes les phrases que l’on peut former ou encore celui de l’ensemble des nombres décimaux entre 0 et 1 ou encore l’ensemble des réels (c’est à dire l’ensemble des nombres décimaux avec une infinité de décimales).

Pour le lien entre l'ensemble des phrases et les décimaux entre 0 et 1 ou des réels, déplier!


Les phrases correspondent à des suites de caractères. Chaque caractère est défini dans un alphabet de n lettres (dans la langue française sans accents ni majuscules ni ponctuation, n=26). D’autre part, un nombre entre 0 et 1 peut s’écrire en commençant par “0,” puis en continuant avec des chiffres choisis parmi \{0,1,2,3,4,5,6,7,8,9\}. Il correspond donc à un alphabet de 10 lettres.

On peut même amener l’ensemble des décimaux entre 0 et 1 (un segment) sur les réels (la droite). On va montrer ici comment associer les décimaux entre 0 et 1 sur la demi-droite positive. Une manière de faire est d’associer à chaque nombre x de ]0,1] son inverse \frac{1}{x}. Cela amène le segment sur la demi-droite positive.

Cantor ne s’est pas arrêté là, il a montré qu’il existe d’autres infinis plus grands. En fait, il a donné une méthode pour, à partir d’un espace, construire un autre espace plus grand (n’étant pas en bijection). Cela permet de montrer qu’il y a en fait une infinité d’ensembles infinis plus grands les uns que les autres.

Sa méthode consiste à considérer “l’ensemble des parties” d’un ensemble. Prenons un exemple, l’ensemble qui contient les trois premiers entiers non nuls,

E=\{1,2,3\}
L'”ensemble des parties de E” contient tous les ensembles inclus dans E. Il contient donc

E=\{\{1\},\{2\},\{3\},\{1,2\},\{1,3\},\{2,3\},\{1,2,3\},\emptyset\}
C’est à dire :

  • Les ensembles ne contenant qu’un seul élément comme \{1\}
  • Les ensembles contenant deux éléments comme \{1,2\}
  • Les ensembles contenant trois éléments soit E
  • L’ensemble vide noté \emptyset. Celui là est plus compliqué que les autres et pourrait être l’objet de nombreuses discussions… Pour le sujet qui nous interresse, il suffit de comprendre qu’il est inclus dans tous les ensemble et qu’il ne contient aucun élément. Si l’on imagine que l’ensemble E est un groupe de personnes (disons les membres de la même équipe de football), alors l’ensemble des parties de E correspond à la liste de tous les groupes de personnes différents que l’on peut créer (y compris celui ne contenant personne!).

De l’ensemble à trois éléments E, on passe donc à huit éléments pour l'”ensemble des parties de E”. On peut en fait démonter que si un ensemble fini contient n éléments, l’ensemble de ses parties en contient 2^n. On remarque donc que dans le cas des ensembles de taille finies, l’ensemble des parties de E contient toujours plus d’éléments que E lui-même.

Cantor a démontré que cela se généralise aux ensembles de taille infinie. Ce résultat a même pris son nom, c’est le Théorème de Cantor. Sa démonstration n’est encore une fois pas compliquée à comprendre mais un peu plus à accepter.
Etant un peu plus technique, je laisse les plus courageux cliquer ici pour dérouler cette démonstration.

Pour démontrer que l’ensemble des parties de E, que nous noterons maintenant P(E) ne peut pas être mis en bijection avec E, on va encore une fois raisonner par l’absurde en supposant que cela est possible.

Si ces deux ensembles peuvent être mis en bijection, alors il existe une bijection b qui à chaque élément de E associe un élément de P(E). C’est à dire, en gardant l’image de l’équipe de foot, qui à chaque individus associe un groupe de membres de l’équipe. Il peut alors se passer deux choses pour un membre de l’équipe donné :

    • soit il fait parti du groupe qui lui est associé par la bijection
    • soit il ne fait pas parti du groupe qui lui est associé par la bijection

Cantor propose alors de définir l’ensemble D des personnes qui ne sont pas dans le groupe qui leur est associé par la bijection. Mathématiquement, on le noterai

D=\{x\in E,x\notin b(x)\}
littéralement : l’ensemble des éléments x de E tels que x n’appartient pas à b(x). Ou encore, avec l’équipe de foot, les membres de l’équipe qui ne sont pas dans le groupe qui leur est associé par la bijection. D est un groupe de membres de l’équipe de foot, donc en toute logique, on doit pouvoir trouver un membre de l’équipe, que l’on appelera y a qui on associe D par la bijection, c’est à dire tel que b(y)=D. Or :

        • Soit y est dans D, alors y n’appartient pas à b(y)=D donc il n’appartient pas à D.
        • Soit y n’est pas dans D, alors par définition y appartient à b(y)=D, donc il appartient à D!

D’où la contradiction! Très proche d’un paradoxe présenté par Russel, cette démonstration n’est pas des plus simples à accepter.

Le résultat du théorème de Cantor donne donc une méthode pour construire à partir d’un ensemble E un ensemble strictement plus grand P(E) et prouve donc qu’il existe une infinité d”infinis!

Ces démonstrations sur les infinis vont à l’encontre de l’intuition, mais sont parfaitement logiques. Les mathématiciens de l’époque ont été très perturbés et certains ont même cherché à bannir l’infini des mathématiques, mais la démonstration était là et était rigoureuse. Cantor lui-même, venant de démontrer un résultat similaire envoie un courrier célèbre à Dedekind, un de ses collègues avec qui il partageait ses résultats :

Tant que vous ne m’aurez pas approuvé, je ne puis que dire : je le vois, mais je ne le crois pas.

en d’autres termes, sa démonstration a prouvé le résultat, mais son esprit ne l’accepte pas encore.

Le problème irrésolu de Cantor

Après avoir montré que l’infini des réels était plus grand que l’infini des entiers, Cantor s’est demandé s’il existait des espaces entre ces deux infinis : avec strictement plus d’éléments que l’ensemble des entiers, mais moins que l’ensemble des réels. Il était convaincu qu’il n’existait aucun espace entre les entiers et les réels, cette hypothèse s’appelle “l’hypothèse du continu”. La démonstration de cette hypothèse l’occupa jusqu’à la fin de sa vie et ce n’est que 20 années après sa mort que tomba le résultat, l’hypothèse du continu est “indécidable”.

Une proposition indécidable (ou indépendante) est une proposition dont on ne peut ni montrer qu’elle est vraie ni montrer qu’elle est fausse. L’exemple le plus célèbre de proposition indécidable est l’axiome des parallèles d’Euclide :

Par un point extérieur à une droite, on ne peut tracer qu’une seule droite parallèle

Dans son livre “Les Elements”, Euclide pose les bases de sa géométrie, les axiomes. Les axiomes sont des hypothèses admises du type “tous les angles droits sont égaux” ou encore “entre deux points on peut toujours tracer un segment”. Le 12e axiome d’Euclide, énoncé ci-dessus, paraît beaucoup plus complexe que les autres. Beaucoup de mathématiciens se sont donc demandé si on ne pouvait pas le démontrer grâce aux onze autres. Il a été montré qu’il était indécidable et on peut l’illustrer en présentant un exemple où cet axiome est faux (alors que les 11 autres restent vrais).

Sur une sphère (la terre par exemple), les “droites” sont les cercles qui ont pour diamètre le diamètre de la sphère. Sur le dessin ci dessous (trouvé sur Wikipedia) par exemple M et D sont deux “droites”

Deux droites parallèles sont définies par Euclide comme deux droites qui ne s’interserctent jamais. Sur la sphère pour un point extérieur à une droite il n’existe aucune droite parallèle. Toutes les droites étant des grands cercles (du diamètre de la sphère), elles s’intersectent nécessairement en au moins deux points. Cantor avait passé la fin de sa vie à essayer de démontrer une proposition qu’on ne pouvait démontrer.

Pour en savoir plus :
– CANTOR de Jean-Pierre Belna : Livre dont je me suis beaucoup servi, mais dont je déconseille la lecture à quelqu’un qui n’a pas l’habitude de lire des mathématiques, il n’est pas très pédagogique.
– Gödel Escher et Bach de hofstadter : Un livre immense, mais passionnant et accessible pour tout le monde. Il contient un petit passage sur la diagonale de Cantor
– “The Infinite Book” ou “Une brève histoire de l’infini” de Barrow : en anglais, mais très accessible et très intéressant si le sujet de l’infini vous intéresse.
– Gödel de Pierre Cassou-Noguès : c’est dans ce livre où j’ai trouvé l’idée d’utiliser la bibliothèque de Babel pour montrer que l’infini continu et dénombrable n’avaient pas la même taille.
– Six Books of Euclid de Byrne aux éditions Taschen : Le livre d’Euclide où il définit les éléments et présente les axiomes nécessaires à sa géométrie. La particularité de cette édition est d’avoir remplacé toutes les variables par des couleurs. Ceci simplifie la lecture et en fait un très bel objet.
– La villa des hommes de Denis Guedj : Je ne l’ai pas encore lu, mais il m’a été conseillé. C’est une fiction très largement inspirée de la vie de Cantor.

Un merci à Robin pour les discussions que nous avons eu sur ce sujet!

Et pour accéder directement aux livres cités sur Amazon, c’est ici :

Podcast science 73 – Crossover avec le podcast Vie Artificielle. Transhumanisme: prêts à uploader votre conscience chez Google?

Le dossier de la semaine

Cette semaine, David, alias Xilrian, du Podcast Alife Vie Artificielle nous parle de transhumanisme et de posthumanisme.

Quelques petits liens

Notamment ceux de Pierre Kerner

Pour les plus parisiens les plus rapides: RDV demain jeudi 16 février à la Taverne du Croissant, 146 rue Montmartre dans le 2e pour le 13e apéro du grand mix sciences & web où Pierre, justement, nous parlera de son projet Strip Science.
http://www.legrandmix.net/apero-sciences-web-13/

Podcast Science y envoie sa petite délégation (Franck et Alan), venez nombreux!

La quote de la semaine

By Ln:

Le principe de l’évolution est beaucoup plus rapide en informatique que chez le bipède. Jean Dion, Journaliste québecois

Rendez-vous la semaine prochain avec Nicotupe, qui nous parlera de l’infini en mathématiques!

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Posthumanisme et Transhumanisme

Dossier de David présenté dans le podcast #73.

Quelques définitions :

L’idée directrice du transhumanisme est que nous approchons d’un tournant où la science et la technique vont rendre possible la création d’un homme pas – ou moins – soumis au vieillissement, et qui aura des capacités intellectuelles et physiques supérieures. Un post-humain ! En découle une volonté de changer l’homme. Pour les transhumanistes, cet objectif sera rendu possible par les progrès de la technique et aboutira au changement de la nature humaine. Derrière le post humanisme se cache une grande confiance en la science et une croyance en l’existence d’un progrès. Et si le terme n’était pas connoté négativement je dirais que le post humanisme est une forme de scientisme. Au passage vous vous demandez sûrement s’il faut faire une distinction entre “trans” et “post” humanisme.

Il me semble que dans le monde anglo-saxon le terme transhumanisme est beaucoup plus utilisé. Il me semble aussi qu’il n’y a pas de définition universellement admise faisant une distinction claire entre ces deux concepts. Mais le terme transhumanisme insiste naturellement plus sur la transition c’est à dire l’amélioration de l’homme actuel. Tandis que  le terme post humanisme peut faire référence à un posthumain ayant éventuellement quitté son statut d’humain.

La singularité est une idée, attribuée à John Von Neumann un brillant savant américain des années 40-50 dont les auditeurs de vie artificielle ont déjà entendu parler. JVN est l’un des pères de l’informatique avec Alan Turing et c’est aussi le créateur du concept de singularité technologique. Le concept de la singularité est qu’il y a une «accélération accélérée» du progrès technologique humain et que, si l’on représente ce progrès par une courbe, on approche d’une sorte de tangente verticale. Pour les partisans de la singularité, quand on passera ce point, cette tangente, la singularité, les progrès technologique seront si importants que l’on aboutira à une sorte d’explosion de l’intelligence dont les conséquences sont quasi impossibles à imaginer. La singularité est souvent présentée comme reliée à l’informatique : aux lois de Moore et à des Intelligence Artificielles ou des machine capables de créer des versions améliorées d’elles-mêmes. Ce qui est dans la droite lignée des travaux de John Von Neumann. Il est aisé d’imaginer que la singularité technologique puisse être conçue comme un moyen de créer des posthumains.

L’extropie, que l’on va aussi retrouver chez certains transhumanistes est l’idée que l’on soit capable, par la technique d’inverser l’entropie de l’univers. Ce qui semble pour le moins utopique.

Rapide historique

Les gens qui présentent le transhumanisme signalent généralement, il me semble à juste titre… Qu’il s’inscrit dans la droite lignée de traditions scientifico-mystiques  bien plus anciennes qui, elles aussi, cherchaient à découvrir les moyens d’accéder à l’immortalité. On peut citer la tradition gnostique du Christianisme, les recherches des alchimistes, certaines religions orientales… La légende de Gilgamesh. Héro sumérien cherchant à acquérir l’immortalité est aussi très fréquemment citée.

Plus récemment le transhumanisme est aussi un descendant de l’humanisme et des lumières dans le sens où il se conçoit comme étant une idéologie fondamentalement rationnelle. Et qu’il met l’amélioration de la vie humaine au centre de son dispositif idéologique.

Le terme transhumanisme apparaît à la fin des années 50. Mais le transhumanisme tel qu’on le connaît aujourd’hui ne se structure en organisation que dans les années 90 sur des idées provenant des 60 à 80  comme la vague hippie. Ou des idées comme la sémantique générale qui postule qu’on peut changer l’homme, l’améliorer, en changeant le langage. On retrouve dans les mouvements transhumanistes les influences de trois idéologies qui s’entrecroisent : une gauche humaniste, un libertarianisme individualiste et un mouvement hippie en quête de sens…
En revenant un petit peu sur le mouvement hippie je vais vous parler de Timothy Leary qui représente assez bien l’excroissance technophile de ce mouvement. Il est connu pour avoir été l’un des prophètes du LSD. Mais aussi un scientifique reconnu pendant une partie de sa vie. Il développa peu avant sa mort un projet prônant l’augmentation de l’espérance de vie ainsi que l’extension de l’intelligence humaine, le tout associé à de la conquête spatiale. Trois thématiques qu’il est à mon sens cohérent d’associer et que l’on retrouvera dans le mouvement transhumaniste.
Les idées qui intéressent les transhumanistes sont souvent à la frontière de la science. Leurs idées ne sont pas franchement dans les pseudosciences, mais elles restent souvent assez marginales. L’imagerie transhumaniste provient en grande partie la SF et du cyberpunk. Mais je ne vais pas du tout développer cet aspect dans ce dossier. On peut tout de même citer le neuromancien de William Gibson comme œuvre ayant inspiré le mouvement et Serial Experiments Lain comme exemple d’œuvre inspirée par les idées transhumanistes.

Les organisations transhumanistes des années 90 à nos jours :

La première organisation transhumaniste à apparaître est l’extropy institute qui est fondée en 1992 et qui a disparu depuis. On retrouve ici, au moins dans le nom choisi pour l’association, un objectif particulièrement ambitieux, voire irréaliste. Par ailleurs, politiquement, l’institute était semble-t-il particulièrement libertarien et sans doute plutôt à droite. L’organisation a disparu en 2007 même si sa mailing-list reste plutôt active.
De l’autre côté, avec des ambitions affichées beaucoup plus raisonnable, apparaît en 1998 l’association mondiale de transhumanisme world transumanism association qui s’est depuis renommée humanity+. Elle propose deux définitions complémentaires du transhumanisme :

Le mouvement culturel et intellectuel qui affirme qu’il est possible et désirable d’améliorer fondamentalement la condition humaine par l’usage de la raison, en particulier en développant et diffusant largement les techniques visant à éliminer le vieillissement et à améliorer de manière significative les capacités intellectuelles, physiques et psychologiques de l’être humain.

L’étude des répercussions, des promesses et des dangers potentiels de techniques qui nous permettront de surpasser des contraintes inhérentes à la nature humaine ainsi que l’étude des problèmes éthiques que soulèvent l’élaboration et l’usage de telles techniques.

On voit donc ici que l’association se place non seulement en promoteur de la technique mais aussi comme un lieu de réflexions aux conséquences éthique de l’arrivée d’un post humain.
Dans la même lignée peut être encore un peu plus orienté vers le centre gauche si il faut la situer politiquement on trouve aussi une association française qui s’appelle Technoprog‘.
Enfin à l’opposé, je dis à l’opposé car le monsieur ne me semble pas forcément outre mesure sympathique, il y a la singularity university de Ray Kurzweil. Le projet est en grande partie financé la NASA et par Google et son directeur Larry Page. L’association organise entre autre une Université d’été où les places sont extrêmement prisées. Le projet semble intéressant mais vu d’assez loin j’ai l’impression qu’il est très, trop orienté business et Networking. Ça semble davantage être l’endroit pour trouver comment commercialiser une invention révolutionnaire qu’un rassemblement de chercheurs.
Le deuxième point négatif tient pour moi à la personnalité de Ray Kurzweil : Ray se comporte comme un commercial. On a fréquemment l’impression qu’il cherche à vendre quelque chose. Et c’est souvent réellement le cas. L’homme nous vend une singularité que nous allons voir dans quelques année, il se vend lui même comme un génie alors que ses réalisations semblent assez modeste. J’ai lu en partie l’un de ses ouvrages les plus connu Fantastic Voyage, en français serons-nous immortels ? Je m’attendais à me trouver face à un livre de prospective me ventant des technologies qui allaient augmenter notre espérance de vie… Il y a de ça, un tout petit peu mais le livre est surtout un livre de régimes se proposant de nous expliquer comment nous alimenter pour augmenter notre espérance de vie. C’est déjà assez décevant. Mais en plus Kurzweil suggère dans le régime qu’il propose, d’acheter une série de compléments alimentaires, compléments alimentaires vendu par une société… De Kurzweil lui-même.
L’homme ressemble un peu à un richissime propriétaire de plusieurs restaurants étoilés qui s’apprêterait à écrire un guide des meilleurs restaurants… On ne peut s’empêcher de trouver ça suspect.
Gravite aussi autour de la singularity university des gens comme Craig Venter. Un scientifique ayant grandement contribué au séquençage du génome humain et étant devenu riche suite à la revente de son entreprise.  L’homme travaille actuellement sur la biologie de synthèse et a plus ou moins créé la première cellule vivante artificielle. J’ai une citation de lui qui m’avait été retransmise lors de l’ECAL11  (une conférence européenne bisannuelle sur la vie artificielle) mais dont je n’ai pas retrouvé la trace. Elle résume néanmoins assez bien le personnage. Une journaliste l’interroge et lui demande: “Don’t you think you are playing god modifying life like this? And Craig answers: But who said we are playing?” Venter reste quelqu’un d’intéressant. De même, je n’ai rien contre Google, au contraire. Mais l’association Google Venter Kurzweil NASA donne un sentiment un peu mitigé à l’ensemble on sent poindre quelque chose d’assez médiatique, mégalo et business. Il existe au moins une dernière association transhumaniste, dans laquelle est aussi impliqué Kurzweil, le singularity Institute.

Les avancées techniques qui pourraient caractériser le post humain

Généralement, l’élément avancé est l’espoir dans les technologies convergentes c’est à dire le développement conjoint des nanotechnologies, des bio-technologies et de l’informatique pour changer le monde et l’homme. Les meilleurs exemples et les exemples les plus concrets se retrouvent actuellement dans le traitement du handicap. Je pense par exemple à Oscar Pistorius, cet athlète handicapé qui court aussi vite que les athlètes valides. Difficile de dire dans son cas si ses jambes artificielles lui apportent un avantage ou le handicapent dans sa course. La performance reste comparable à celle des athlètes classiques, mais il semble acquis que les avancées de la techniques permettrons tôt où tard à des athlètes handicapés de courir plus vite que des athlètes valides.

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iv>Mais d’ailleurs on pourrait aussi affirmer que les acteurs valides consommant des produits dopants sont eux aussi des hommes augmentés. En revenant sur le handicap et les réalisations concrètes, on peut aussi penser à l’artificial retina project qui permet de rendre la vue à certains aveugles. C’est une espèce d’œil artificiel qui cumule un implant au niveau des connexions nerveuse et une caméra branchée sur des lunettes de soleil et qui offre déjà une vision en noir et blanc avec une définition d’environs 200 px sur 200 sur les derniers modèles. Nul doute aussi que le développement de ce genre de dispositif pourrait à terme permettre à des aveugles de voir à des distances supérieures.

La cybernétique est très présente dans le mouvement transhumaniste. Il y a aussi par exemple les travaux de Kevin Warwick qui travaille sur la connexion du système nerveux humain à des machines. Si je ne me trompe pas, il a commencé par s’implanter une simple puce qui permettait de le localiser et donc d’effectuer dans son laboratoire quelques interactions sympas mais pas extraordinaires, du type voir les portes s’ouvrir sur son passage ou la lumière s’allumer et s’éteindre. Par la suite, il a réalisé des expériences bien plus impressionnantes. Par exemple après avoir implanté une grille d’électrodes dans un nerf de son bras, il pouvait commander à distance son propre bras via un ordinateur. Il a aussi effectué une «connexion sensorielle» avec sa femme qui s’était implanté une grille d’électrodes similaire. Le monsieur promet que ses recherches pourront déboucher sur de la communication ressemblant à une communication télépathique par ce procédé en 2015… Donc demain.
Après, on peut citer les très nombreuses recherches autours du vieillissement cellulaire comme par exemple les travaux très contesté d’Aubrey de Grey qui identifie 7 causes du vieillissement et qui considère que nous sommes proches de les inverser.
Dans l’arsenal de solutions envisagées par les transhumanistes on retrouve aussi des modifications génétiques sur l’embryon par exemple pour prévenir une maladie génétique. Pour revenir sur les nanotechnologies on retrouve l’idée d’un assembleur moléculaire capable de construire de la matière atome par atome. Voire aussi capable de s’autorépliquer. On imagine que de telles machines auraient de multiples utilités potentielles y compris dans le domaine de la médecine.
On trouve aussi des idées beaucoup plus fantasques telles que la cryogénisation. Dont un détracteur expliquait que si ressusciter une personne cryogénisée n’était pas impossible, la difficulté serait comparable à la reconstitution d’une vache à partir d’un hamburger.
Enfin il y a la question de l’uploading : l’uploading, c’est l’idée qu’on pourra un jour uploader l’esprit humain dans une machine. C’est en quelque sorte la dématérialisation totale de l’essence de notre être. Se transformer en pure information. On est très loin de pouvoir réaliser cet uploading. Mais on arrive déjà à connecter une mémoire électronique à un cerveau de souris. Et certaines personnes envisagent d’utiliser ce genre de techniques pour soigner la maladie d’Alzheimer.
Pour terminer un petit peu sur ces réalisations techniques et pour revenir sur terre, on notera aussi que les projets mis en valeur sur les sites de humanity plus ou de la Singularity University tournent autour de l’empowerment avec par exemple des plan de RepRap sur humanity plus mais aussi du développement durable de l’humanitaire.
Quelques réflexions sur le transhumanisme
Une des thématiques qui revient fréquemment est la création de quelque chose d’autonome capable de se répliquer et de s’améliorer c’est la qu’on retrouve des thématiques proche de la vie artificielle et des recherches en intelligence artificielle.
J’en profite pour ajouter, pour faire le lien avec le précédent dossier, un mot sur que ce que Susan Blackmore appelle des temes. Ce sont des créatures technologiques auto-réplicatrices évoluant par sélection naturelle.
Même si ce mot n’est pas vraiment utilisé par les transhumaniste le concept qu’il couvre est intéressent et recouvre des thématiques et font parti des outils qui intéresse beaucoup les transhumanistes.
Pour rester dans le domaine de la sélection naturelle, les mèmes font aussi partie des thématiques mentionnées par  les transhumanistes. Il y a derrière cela l’idée que comprendre les mèmes pourrait expliquer nos pensées et donc permettre de s’améliorer. Un peu comme la sémantique générale dont je vous parlais précédemment.
Bien évidement, on retrouve une multitude d’autres thématiques telle la convergence homme machine, l’immortalité…
On peut aussi se demander si nous ne sommes pas déjà des hommes augmentés; l’homme est caractérisé par l’utilisation d’outils.En quoi est-ce qu’un aveugle avec des yeux bioniques serait plus transhumain qu’un homme normal avec une paire de jumelles? Est-ce l’implant et la modification physique qui nous rend transhumain ? Alors les personnes tatouées ou avec des pacemakers sont déjà des transhumains…
L’imprimerie a aussi durablement changé l’homme…Et il semble que la pratique du net modifie grandement notre capacité à lire linéairement. Il n’y a mon sens qu’une différence de degrés entre le marteau et l’implant nous rendant télépathe de Warwick.
La question de la différence de nature n’arrive à mon sens qu’avec les modifications génétiques ou l’uploading qui semblent à l’heure actuelle l’un et l’autre assez lointains.
Après, le fait que l’on ait affaire à une différence de degrés et que l’on soit dans un processus largement entamé n’empêche pas de réfléchir aux conséquences de ces changements.
A mon sens le transhumanisme, c’est essentiellement de la prospective technologique et des réflexions sur les conséquences de ces technologies futures. Le tout accompagné d’un regard globalement optimiste sur ces technologies.   C’est un mouvement aussi très tourné vers la liberté individuelle…
Il n’est pas question d’imposer mais de proposer ce changement.
Initialement, c’est quelque chose qui tient quasiment d’une quête personnelle… Et qu’on retrouve dans le côté livre de régime/manuel de développement personnel du livre de Ray Kurzweil où dans le côté auto-expérimentation de Warwick.
Mais on retrouve aussi cela dans la notion d’empowerment et la proximité idéologique avec des mouvements autour des fablab et autres hacklabs. C’est aussi cet aspect très libertarien qui éloigne le projet transhumanisme des dystopies totalitaires, c’est à dire des contre-utopies que sont 1984 d’Orwell et le meilleur des mondes d’Aldous Huxley. D’ailleurs Huxley était proche de Leary et frère du créateur du mot transhumanisme. Il a un peu plus tard écrit un roman l’Ile que je n’ai pas lu pour présenter une utopie technologique positive.
La structuration du mouvement en organisation à partir de la fin des années 90 marque une étape importante dans le passage d’un mouvement culturel individualiste à quelque chose d’un peu plus politique porteur d’une idéologie.
Un mouvement capable de faire du lobbying. Et il me semble aussi que le petit succès politique du transhumanisme répond à un relatif vide idéologique… La lutte entre pays communistes et monde libéralo-capitaliste semble actuellement dépassé et ce qu’il reste de ces deux idéologies ne fait plus rêver.
L’extrémisme religieux revient en force sans doute pour cette même raison mais l’influence des religions sur la société décroît au moins en occident et chez les personnes ayant effectué des études longues (et de mon point de vue c’est une très bonne chose).
Le post humanisme fournit une idéologie pour laquelle on peut envisager de militer, on retrouve d’ailleurs fréquemment des encouragements au prosélytisme sur les sites transhumanistes.
C’est aussi une idéologie potentiellement porteuse d’espoir. Espoir politique dans le sens ou l’on aperçoit un projet politique centré sur le développement de la technique et espoir qui remplace l’immortalité vendu pas les grandes religions puisque le transhumanisme laisse entre-apercevoir un mieux : une immortalité atteignable dans notre monde réel.
Par ailleurs, à mon sens, son antithèse existe aussi dans l’idéologie des mouvements décroissants.   Attention je ne dis pas que le post humanisme c’est la croissance et la consommation… Mais penser que la croissance ne soit pas un indicateur de progrès valable n’est pas une originalité du mouvement décroissant. Par contre une spécificité à mon sens caractéristique de ce mouvement est une forte hostilité à la technique. A noter que quand je parle de décroissance je ne parle pas développement durable d’écologie, ou même de certaine forme de simplicité volontaire, tout cela est tout autant compatible avec le post humanisme qu’avec la décroissance. Mais que j’oppose un mouvement (le posthumanisme) qui cherche le développement et le progrès humain par la technique et un autre mouvement (la décroissance) qui cherche à imaginer un développement sans cette  même technique.
Ce qui est assez ironique c’est que ces mouvements ont tout deux une filiation avec le mouvement hippie des années 70. Filiation idéologique pour le transhumanisme. Et filiation au minimum au niveau de l’image pour les décroissants.
Vous l’aurez compris présenté comme ça je me place plutôt du côté des transhumanistes… Néanmoins ce rêve d’immortalité qui caractérise aussi le transhumanisme pause de nombreux problèmes dont le plus évident est la surpopulation.
On peut imaginer ce problème résolu par un uploading massif mais ce n’est forcément possible ni forcément satisfaisant. Un contre argument que j’ai vu fréquemment avancé par les transhumanistes est la faible natalité des pays où l’espérance de vie est haute. Cet argument me semble assez naïf.
A la rigueur l’option conquête spatiale me semble être un contre-argument plus réaliste mais là encore, un tel projet pourrait difficilement se réaliser avant que le problème de la surpopulation ne se pose.
Le transhumanisme propose aussi, j’ai l’impression, mais ce n’est pas vraiment propre au transhumanisme, une vision utilitariste de la science… La science n’est plus une pure recherche de la connaissance mais un moyen de réaliser une innovation technique qui préexiste virtuellement dans l’imaginaire. De même, la question de l’accès équitable de ces technologies en devenir à l’ensemble de la population se pose.
Il est heureux que des associations transhumanistes posent cette question, il est davantage inquiétant qu’elles ne proposent pas de mécanismes permettant de s’assurer cette équité. À mon sens, le risque est plus là que du côté des dystopies totalitaires.
Conclusion
Pour terminer, on oppose souvent au transhumanisme que la vie immortelle perdrait son charme, sa beauté, deviendrait ennuyeuse… Pourtant, personnellement je peux difficilement imaginer quelque chose de plus charmant, de plus enthousiasmant que d’avoir le temps d’explorer tous les aspects de la culture, de voir progresser les connaissances humaines, et de partir découvrir l’univers…
Et si après avoir occupé quelques milliers d’années on s’ennuie… Alors il sera toujours temps de mourir.
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Podcast science 72 – La vérité sur les lolcats: retour sur la mémétique

L’interview de la semaine:

Nous voulions en avoir le coeur net avec la mémétique alors Franck a invité des experts en la matière. Retour sur la mémétique avec deux invités,

  • Pascal Jouxtel, auteur de “Comment les systèmes pondent” et co-fondateur de la Société Francophone de Mémétique et
  • Charles Mougel, président actuel de ladite société

 

Les liens évoqués pendant l’émis

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La quote de la semaine, par Ln, en avance pour la Saint-Valentin

« La science, comme l’amour, est aveugle. Voilà pourquoi elle se plaît à procéder par tâtonnements. »
(Jean O’Neil, écrivain québécois)

Rendez-vous avant la prochaine singularité!

Bonne semaine à toutes et à tous!

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Podcast science 71 : peut-on retrouver l’âge de sa grand-mère grâce au carbone 14?

Les liens de la semaine:

 La quote de la semaine (piquée à Mathieu):

The good thing about Science is that it’s true whether or not you believe in it – Neil De Grasse Tyson

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