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Un temple gallo-romain carré

Chronique de Cleora présentée dans le cadre de l’émission
PS536 – Servir carrément la science

J’aimerais vous parlez d’un type de temple gallo-romain qui a la particularité d’être carré. Et l’idée que je vienne parler d’un truc aussi spécifique ne vient pas de nulle part. En fait, il y en a un pas loin de chez moi, de là où j’habite, en pleine forêt. Des ruines, en tout cas. Parce que quand on parle de gallo-romain, ça veut dire du temps des romains et des gaulois autour du premier et deuxième siècles de notre ère. Ce qu’il en reste aujourd’hui, il n’y a donc plus grand-chose. Tout est caché et bien tapissé sous la forêt. Pour commencer, j’aimerais alors vous raconter la petite histoire de sa découverte.

Gaston Le Breton

Comment on sait qu’un temple gallo-romain existait là au beau milieu de nulle part ? Hé bah, on le doit à un riche gugusse qui avait l’habitude de chasser avec ces riches copains à la fin du XIXème siècle dans cette forêt. La forêt d’Eawy de son petit nom. Elle était et est encore un terrain de chasse historique apprécié par les riches du coin. On raconte même que Churchill serait aussi venu chasser par là. Mais bref.

Le riche gugusse de notre histoire, lui, s’appelle Gaston Le Breton. Un haut bourgeois normand. Un comble pour un normand de s’appeler Le Breton, mais passons… Comme il ne travaillait pas depuis son enfance, il avait plein de temps pour lui et plein de passions, comme voyager, chasser donc et… fouiller des trucs pour les ramener chez lui dans ses musées (Gogny, 2005). Ouais parce que, à l’occasion, Gaston était directeur de plusieurs musées de Rouen.

Et il aurait trouvé le lieu paumé en pleine forêt intéressant à fouiller, à côté de chez moi, par lenom porté par ce lieu-dit qui est : le Teurtre. Teurtre venant de tertre, c’est-à-dire une colline de terre. Qu’elle soit naturelle ou artificielle. Le mot tertre peut en effet faire référence à un tumulus préhistorique. En 1891 (et publié en 1892) notre Gaston revient alors sur les lieux non pas pour chasser, mais pour se la jouer Lara Croft en venant fouiller (Bulletin de la commission des antiquites de la Seine-Inferieure, p.267).

Et si je détaille l’anecdote, c’est parce que l’improviste archéologue se la jouait vraiment Lara Croft. Par exemple, juste sur ces fouilles là, il aurait découvert des vestiges gallo-romains, un tumulus préhistorique, avec ses sépultures, et surtout il serait même entré dans une grotte de calcaire préhistorique – tenez-vous bien – par le trou d’un terrier de renard, selon ses dires. Je clos le spectacle en le citant : « Mon apparition [dans la grotte] fit sortir des lapins qui passèrent effrayés entre mes jambes, tandis que des chauves-souris, qui tapissaient la voûte, me frôlaient la figure de leurs ailes. » On ne sait plus si on lit une description scientifique ou le scenario d’un futur Indiana Jones. Bref.

Fanum

Au milieu de ses aventures rocambolesques, il décrit les ruines d’un bâtiment manifestement gallo-romain en y retrouvant sur-place les tuiles typiques associées à cette époque, en plus d’autre mobilier typiquement gallo-romain que je ne décrirai pas ici. Ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est le bâtiment. Et ce qu’il en reste, ce sont donc des murs qui dessinent un carré. Pour mon exemple local, un carré d’environ 7 mètres de côté. Voilà un temple gallo-romain qu’on catégorise comme être un fanum (fana au pluriel pour les puristes du latin).

Un fanum, est donc un temple gallo-romain majoritairement carré, de quelques 10 mètres de côté en moyenne. Ils ont été décrits et catégorisés par un autre normand Léon de Vesly en 1909. Des catégories qu’on utilisent encore aujourd’hui. Et le petite temple à côté de chez moi n’est pas un cas isolé. On en dénombre plusieurs centaines ici et là. De la Bretagne à la Belgique en descendant jusqu’en Suisse. Rien qu’en France, on en compte plus de 800 découverts (Isabelle Fauduet (2010) Les temples de tradition celtique en Gaule romaine).

Toute cette zone où on retrouve ce genre de temples, regroupe les territoires des peuples celtes et belges que l’empire romain appelaient gaulois. Et ces petites temples ce sont construits après que les romains aient conquis les Gaules. Et même plus particulièrement, environ un siècle après, à partir des années 40 ou 50 du premier siècle. C’est donc sous domination romaine, que ce genre de temples sont apparus dans les Gaules rurales lointaines.

Temple rural

Voilà une première particularité de ce temple carré. On ne le retrouve pas partout. C’est une temple typiquement gallo-romain. C’est à la fois gaulois et romain. Ainsi, sur la Côte-d’Azur actuelle qui appartenait à une province bien plus proche de Rome, il en existe aucun ou très peu. À la limite, il existe bien des temples qui ont la même fonction mais beaucoup plus citadins et greco-romains. On peut citer par exemple la Maison carrée à Nîmes qui date à peu près de cette même époque.

La Maison carrée à Nîmes (2019)
Photo de Krzysztof Golik partagée sur Wikipedia

La Maison carrée c’est un temple typiquement romain, encore debout aujourd’hui, et classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Il est certainement un des mieux conservés au monde, avec ses colonnes typiques dont les romains raffolaient, donnant un petit style grec à la manière d’un mini Parthénon. Maison carrée qui n’est pas carrée d’ailleurs mais rectangulaire… Mais bref.

Par rapport à un fanum gallo-romain rural, le temple romain citadin a beau avoir un peu la même fonction, un peu la même structure de base, c’est quand même fortement différent. Le fanum n’aurait pas eu la même tronche architecturale. La seule chose similaire, c’est que c’est un temple en l’honneur d’une divinité donc, parfois surélevé sur un podium, et dont l’intérieur est strictement sacré, réservé à la divinité. Dedans souvent on y mettait une statue la représentant. Un espace clos interdit au public dont seul les prêtres pouvaient accéder. Cet espace clos on l’appelle la cella.

Le fanum en 3D

Voilà ce qu’il y a de commun entre un temple romain et un fanum gallo-romain. La cella construite en rectangle ou en carré est un espace réservé et sacré. Par contre son architecture et même les rituels réalisés étaient différents. Pour savoir à quoi ressemblait un fanum, on ne peut donc pas se fier à la Maison carré de Nîmes qui est purement romain et citadin. À quoi ça ressemblerait du coup un fanum ? Hé bah… on ne sait pas trop.

C’est toute la difficulté de l’archéologie. On a beau avoir les traces des fondations des murs, la forme réelle que le bâtiment faisait dans tout son volume, dans toute sa hauteur, bah on ne peut pas deviner magiquement à quoi ça ressemblerait. On aucun exemple d’un fanum qui est resté debout. Sauf un. Un seul exemple où des murs existent encore. Celui du temple Janus en Saône-et-Loire, où deux murs en équerre s’élèvent encore de ses 24 mètres de haut.

Le Temple Janus
Photo partagée par Benjamin Smith (2025) sur Wikipedia

La première idée qu’on ait d’un fanum est donc d’un bâtiment d’une petite base carrée de 7 mètres de côté (3 à 9 m de côté), avec des murs qui s’élevaient verticalement à plus de 20 mètres de haut. Ça semblait si haut que, pour l’anecdote, avant qu’on comprenne que ce soit un temple, les archéologues de l’époque imaginaient que ça puisse être une tour défensive ou une tour de guet.

La cella

Un fanum c’est donc une simple tour, renfermant un espace sacré carré : ce qu’on appelle la cella. Un espace clos, avec très peu d’ouverture, et une seule porte toujours dirigée vers l’est et dont le toit était toujours en tuiles romaines. L’intérieur logeait une statue représentant la divinité et les murs auraient été très neutres genre tout en blanc. De toute façon, personne entrait à l’intérieur sauf événements exceptionnels et les initiés.

L’extérieur des murs en revanche était bien plus coloré. Sur mon exemple local, on retrouve des traces d’un enduit jaune, sur d’autres proche de Rouen des motifs dessinés en rouge, et sur des trouvailles plus précieuses des fleurs et des représentations humaines (Stanislas Bossard, 2024).

Un carré dans un carré

Voilà à quoi ressemblerait un fanum : un bâtiment carré fermé tourné vers l’est. Mais c’est le cas pour une petite minorité des fanums. Parce qu’en réalité, on a en plus une structure supplémentaire que je n’ai pas encore évoquée. Sur la grande majorité des vestiges archéologiques de ce genre de temple, quand on fouille le sol, les fondations des murs qu’on observe ne dessinent pas un carré mais deux ! Un carré emboîté dans l’autre. Le plus petit carré c’est celui que j’ai décrit jusqu’ici. Le carré de la cella, c’est-à-dire l’espace sacré dont les murs s’élèvent telle une tour.

Le deuxième carré externe de quelques mètres à peine, est un mur qui l’entoure une fois de plus. Celui-ci s’élèverait moins haut et aurait permis de soutenir un portique ou un préau collé à la tour. Ça permettait alors d’offrir un espace abrité collé à l’espace sacré, tout autour. Ce nouvel espace entourant la cella, on l’appelle la galerie. C’était en fait une sorte de couloir, un déambulatoire.

Vestige d’un fanum au sud de Rouen
https://la-londe-rouvray-historique.e-monsite.com/pages/les-temples-gallo-romains.html

La galerie périphérique

Et ça, c’est typique des temples gallo-romains, de ces fanums. On ne le retrouve pas sur les temples romains, comme le Maison carrée à Nîmes. Autrement dit, ce besoin d’avoir un couloir périphérique longeant le bâtiment sacré (d’une dizaine de mètres de côté) devait être quelque chose spécifiquement liée à la culture gauloise.

Dans les faits on ne sait pas trop à quoi ce couloir périphérique servait. La meilleure hypothèse qu’on en garde, c’est qu’un rituel celte de base aurait été de tourner autour du lieu de culte. Rituel qui aurait été gardé au temps gallo-romain et dont les temples ont été structurellement adaptés. Ce second carré renfermerait donc un couloir déambulatoire à proprement parler. Chez les gallo-romains donc, ça n’tourne pas rond, on tourne en carré… Un des arguments allant dans ce sens étant l’usure des sols tellement qu’il était foulé (Stanislas Bossard, 2024).

« La question du mode de fermeture de la galerie fait aussi débat, puisqu’on ne peut souvent déterminer si elle est à claire-voie, formant un véritable portique, agrémenté de colonnes ou de piliers et qui enveloppe la cella centrale, ou bien si elle est fermée par des murs percés de baies. En revanche, il est assuré que plusieurs temples ont été ceints d’une colonnade en bois ou en pierre. L. de Vesly a ainsi rapporté avoir mis au jour une base tronconique en pierre » (2024)

Source principale de cette chronique : Stanislas Bossard (2024) Chapitre 1 – Composantes architecturales et organisation spatiale des lieux de culte dans “Sanctuaires et paysage religieux des cités du centre et de l’Ouest de la Gaule Lyonnaise” : https://doi.org/10.4000/12pph

Un culte romanisé

Je me répète mais on parle donc bien d’un temple gallo-romain mélangeant un peu des deux cultures, celle gauloise celte (ou belge) et celle romaine s’imposant au quotidien. Avec un gros mot, on parle de romanisation (et de monumentalisation). L’empire romain se réapproprie les sites religieux celtes pour les remettre à sa sauce. Quitte à faire des mélanges entre les divinités locales (Sirona, Rosmerta, Toutatis, Cernunnos…) et les divinités romaines (Mercure, Apollon, Minerve, Jupiter…). Dans la pratique, de ce que j’en comprends, on mixait littéralement un peu tout. Par exemple Mercure, Mars ou Apollon étaient souvent vénérés sous leur noms romains mixés aux noms de divinités celtes locales. Une sorte de créolisation, de syncrétisme, de métissage culturel. (Isabelle Fauduet, 2020 Fait religieux et pratiques cultuelles en Gaule romaine : https://doi.org/10.4000/nda.9892 ; Les religions dans le monde romain (2019) sous la direction de Marie-Odile Charles-Laforge : https://doi.org/10.4000/books.apu.742 ; INRAP 2016)

Et même chose au niveau de l’architecture donc, où la standardisation romaine s’adapte aux rituels celtes locaux. Depuis l’occupation romaine, on remplace les lieux de cultes celtes ouverts et en bois, par un temple, en dur, en pierre, maçonné et fermé. Ce fameux fanum. Mais en gardant un certain couloir ouvert. Le fanum est donc plus qu’un indice de lieu de culte, c’est un indice archéologique de romanisation des Gaules. Avoir son petite temple fermé, son autel et sa statue de divinité, tout ça, c’est très romain.

« [La] répartition spatiale des différents types identifiés, étendue, indique les partis architecturaux ne sont pas spécifiques à certaines cités, mais que les formules adoptées lors de la conception des temples sont souvent sélectionnées parmi une gamme préexistante de plans. » (Stanislas Bossard, 2024) (« D’autres lieux de culte ont été indubitablement construits, par exemple, à l’emplacement d’une agglomération gauloise désertée ou d’une nécropole protohistorique. »)

Une idée de reconstitution
https://la-londe-rouvray-historique.e-monsite.com/pages/les-temples-gallo-romains.html

Un culte romanisé
Ça c’est dans la structure et l’architecture, mais dans la pratique et les rituels là aussi tout est romanisé. Je viens d’évoquer les divinités mixés et mélangés, mais on peut parler aussi des cérémonies religieuses par le feu. Au sein de la cella, l’espace clôt sacré, on y faisait brûler un feu. Qu’est-ce qu’on y brûlait ? Sûrement des offrandes, animale ou végétale. Peut-être de l’encens pour créer une ambiance. Peut-être même était-ce un feu continuellement brûlé, telle la flamme olympique. Rien n’est certain. Dans tous les cas, que le feu ait une place au sein du lieu de culte semble assez nouveaux pour les celtes. C’est plus la culture romaine qui aurait petit à petit imposée l’idée.Dernier indice de romanisation des rituels, après le feu vient celui de l’eau. Dans la culture romaine l’eau prend une place importante. De l’hygiène des thermes, au drainage des sols au passant par les célèbres aqueducs. Les lieux de culte ne dérogent pas à la règle. Par l’eau on purifie les offrandes et on purifie le corps en se lavant les mains. Que les vestiges d’un fanum se retrouvent aujourd’hui quasiment toujours à côté d’un point d’eau (artificiel ou naturel) n’est donc pas un hasard.

Organisation spatiale

De manière encore plus générale, c’est toute l’organisation spatiale du sanctuaire qui s’est petit à petit modifié aux normes romaines : à côté d’un point d’eau, pas loin d’une voie romaine et très souvent en hauteur. Enfin, pour terminer, plus vastement le terrain sur lequel le temple est construit est lui aussi sacré et délimité, telle une parcelle de cadastre. (C’était déjà le cas durant l’époque celte. On parle d’enclos et de péribole). Et, comme si on avait pas assez de carrés dans cette chronique, cette délimitation de parcelle pouvait quelques fois elle-même aussi être carrée (Stanislas Bossard, 2024).

Pour résumer, un fanum est une tour carrée, entourée d’un déambulatoire carré, et qui pouvait parfois être construit sur une parcelle sacrée elle-même délimitée de manière carrée. Mais ce n’est pas une généralité. Pour être très carré et honnête dans ma chronique, en réalité un fanum peut être construit sous d’autres formes. Certes le carré est la forme majoritaire qu’on retrouve, mais il pouvait tout aussi bien être rectangulaire, octogonal ou circulaire.

Voilà donc si vous habitez en Europe de l’ouest et que vous trouvez les vestiges d’un carré emboîté dans un autre – que ce soit en forêt, dans un champ ou sur une image satellite – bah il y a des choses que ce soit un fanum, ce fameux temple gallo-romain.

Podcast Science 535 – Sensibles par nature

Sans les croisements de petits pois réalisés par Gregor Mendel, nous aurions eu beaucoup de difficultés à comprendre les fondements de l’hérédité génétique, comme par exemple le phénomène de crossing-over. C’est donc tout à propos que pour cet épisode entièrement botanique, nous vous proposions un cross-over entre le podcast Restez pas Planté là et Podcast Science !

Nous sommes le Mercredi 22 octobre 2025, et vous écoutez le 535 ème épisode de Podcast Science, bienvenue !

Tour de table

  • Le champêtre Cléora depuis la Normandie
  • Le buissonnant Gaël depuis Paris
  • La verdoyante Eléa depuis les Diablerets, en Suisse aux côtés de l’enraciné Robin Jamet
  • La maquisarde Julie depuis Nice
  • La florale Alexa depuis Montpellier
  • Votre serviteur depuis Paris, Taupo, qui joue le rôle de MC de cette émission (et celui de zoologiste contradictoire)
  • Et nos invitées depuis Paris : Delphine Arbelet-Bonnin et Lucia Sylvain Bonfanti

Liens et Références

Le podcast “Restez pas Planté là !”
https://restezpasplantela.fr/

L’ouvrage “Sensibles par nature” :
https://restezpasplantela.fr/le-livre-sensibles-par-nature


Citations

C’est bien leur dénier la vie que de leur en contester la qualité importante et caractéristique, la sensibilité.

Raoul Francé en 1937 à propos des plantes

Venir à la prochaine
Radio-Dessinée

29 novembre 2025 16h00
au Musée de l’Histoire de la Médecine à Paris
Pour s’inscrire gratuitement c’est par ici :
my.weezevent.com/radio-dessinee-podcast-science-chronophoto-laura-de-marey

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Podcast Science 534 – Ça piaille sur les réseaux

Préparez vos meilleurs gifs, envoyez votre story, parce qu’en cet épisode, on va parler réseaux sociaux. De cette énorme toile d’utilisateurs et utilisatrices connectés, on a toujours un flux continue d’informations débité. Dans tout ce bruit incessant, qu’est-ce qu’on peut en tirer scientifiquement ? Vaste question dont effleura quelques réponses grâce à Gilles Brachotte, chercheur dans le domaine en sciences de l’information. Nous sommes le mercredi 8 octobre 2025. Vous êtes bien sur Podcast Science. Bienvenue !

Tour de table

  • Pascal du côté de Mulhouse
  • Irène en Haute-Savoie
  • Julie du côté Nice
  • Moi-même Cleora depuis la Normandie
  • Et enfin surtout notre invité du jour Gilles Brachotte

Liens et Références

Citations

L’information est un pouvoir, mais
un pouvoir sans effet sans la connaissance.

 Manuel Castells

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Les cercles de pierre préhistoriques

Chronique de Clara présentée dans le cadre de l’émission PS532 – Le cercle du 10 Septembre 2025

Si je vous dis cercle pierres et préhistoire à quel site pensez vous ?

Certainement le cercle mégalithique le plus connu au monde : Stonehenge, un site qui a été construit entre 3000 et 1100 avant notre ère. Cette construction composée de pierres levées est connue pour être un des plus beaux sites de cercles de pierre et des articles sortent régulièrement sur les dernières découvertes mises à jour par les archéologues. Je vais donc parler de cercles de pierre préhistoriques parfois nommés cromlech en français et datant généralement du milieu du néolithique au début de l’âge du Bronze.

En fait Stonehenge, ce qui signifie « hanging stone » en saxon (pierres suspendues), n’est pas qu’un cercle de pierres. Le site est très grand et a l’aspect d’un paysage rituel plus étendu, possédant d’autres types de structures. 

Si je pars du centre de la structure connue on y trouve la pierre d’autel en grès vert qui proviendrait d’Ecosse à 700km de là (Anthony et al . 2024). Alors attention ce n’était peut-etre pas sa fonction c’était peut-etre une pierre dressée elle aussi qui serait tombée. Autour de celle-ci on observe un double cercle de mégalithes de grès gris appellées pierres de Sarsen (grès local) et entre, et au milieu des pierres bleues aussi agencées de manière circulaire. Alors pour y être allée elles sont quand même vachement grises… mais bleutées diront nous en comparaison aux autres. Ces pierres ne sont pas locales et leur origine a fait couler beaucoup d’encre, les fouilles menées par Mike Parker Pearson en 2017 et 2018 ont donné pour origine un autre cercle de pierre du Pays de Galles. C’est parmi les megalithes du cercle interne que l’on retrouve des trilithes qui sont ces portiques si caractéristiques de Stonehenge. Juste autour des 2 cercles de pierre on a trouvé 2 cercles de 30 trous puis plus loin et toujours concentrique les 56 trous dit d’Aubrey en honneur de John Aubray écrivain du 17eme considéré comme un des pères de l’archéologie. Ces trous sont espacés d’environ 5m et contenant dans un remplissage de craie, des fragments de charbon de bois, d’os humains carbonisés, de petits objets en os et silex taillé. Il y a plusieurs tombes à incinération dont certains trous d’Aubrey qui semblent indiquer des rites funéraires. 

Il y a aussi 2 pierres dressées un peu particulières hors des cercles, 4 station stones montrant des directions opposées et des tumulis, le tout inséré dans un henge. Le mot Henge en archéologie correspond à une très grande enceinte circulaire (souvent >20m de diamètre) mais définie par un talus de terre et un fossé à l’intérieur avec quelques ouvertures soit une on parle alors de henge de classe I, soit 2 opposées les classe II soit 4, une à chaque quart qu’on appelle classe III. Ce type de structure date généralement du Néolithique/début de l’âge du Bronze et n’a pas de vocation défensive. Elle peut contenir d’autres structures à l’intérieur de l’enclos défini, comme par exemple des cercles de pierre et c’est d’ailleurs le cas des 3 plus grand cercles de pierres de GrandeBretagne, mais pas d’habitation. On pense pour cela plutôt à des utilisations type rituelles, ludiques, cérémonielles ou autre. D’ailleurs même si en réalité à stonehenge le fossé est particulier puisqu’il est à l’extérieur du talus, c’est à partir du mot « Stonehenge » que le mot « henge » a été choisi pour définir ces structures. Couper un mot pour en créer un autre, ça a un nom en français, c’est une dérivation régressive ou troncation ce que je ne savais absolument pas avant de faire cette chronique, donc je partage.

A partie de cette partie appelée Stonehenge on trouve de nombreuses autres structures réparties sur plusieurs km². Déjà il y a une l’Avenue, gigantesque allée qui amène jusqu’à la rivière Avon qui se situe à 3km. On pense que c’est par cette avenue que les pierres bleues ont été ramenées sur le site. On retrouve aussi le Cursus un enclos mégalithique de 3km de long à juste 700m de là. A environ 3km au nord est on trouve aussi l’enceinte de Durrington Wall et une zone appelée Woodhenge dont je reparlerai et aussi des tombes éparses découvertes généralement lors de projets routiers car on est juste à côté de l’autoroute et il y a régulièrement des travaux dans la zone alors que l’on sait très bien que le site est hyper étendu et que par conséquent on risque de le détruire. 

Il faut comprendre qu’il y a eu une évolution dans le temps du site avec déplacement de certaines pierres, création de nouveaux cercles, disparition des anciens, etc. je me contente donc de quelque chose de non exhaustif car c’est un site très riche et complexe.

On pourrait parler des heures de Stonehenge mais en réalité il existe beaucoup d’autres cercles de pierres dressées ou cromlech, particulièrement en grande bretagne et Irlande où on en retrouve plus d’un millier et datant majoritairement de la fin du neolithique au début de l’âge du bronze – voire plus récent lorsqu’on s’éloigne de cette zone géographique. Ceux-ci sont tout aussi intéressants mais souvent moins étudiés. C’est pourquoi mon professeur d’archéologie en Erasmus en Angleterre nous avait dit : Si vous voulez vraiment faire avancer l’archéologie du Neolithique au Royaume Uni, let’s blow up Stonehenge ! Faites sauter Stonehenge c’est biensur un petit peu provocateur mais ce site est tellement connu et touristique qu’il concentre en effet surement une grosse partie de l’argent alloué…

Ces autres cercles de pierre ne sont pas forcément corrélés à un henge et par ailleurs leur centre n’est pas forcément libre ou avec un autel, on en trouve par exemple autour de constructions circulaires comme c’est le cas à Clava Cairn un très beau site libre d’accès du côté d’Inverness. De même leur fonction n’est pas forcément connue puisque il n’y a pas d’écrits à ce sujet, seulement les indices archéologiques. Des alignements solaires et lunaire ont parfois été démontrés comme à Stonehenge dont l’alignement du solstice est particulièrement connu, mais ce n’est pas le cas de tous les cercles et certains alignements sont remis en cause régulièrement comme c’est souvent le cas en astroarchéologie. De même les fonctions rituelles ne sont pas toujours claires même si on retrouve parfois des quantités d’ossements laissant à penser que des offrandes ou des sacrifices ont eu lieu. D’autres cercles entourent des zones de sépultures. L’archéologue Jacques Briard utilise le terme d « enclos sacré » afin de regrouper finalement toutes les possibilités autour de ces structures qui peuvent recouvrir des aspects architecturaux et culturels très variés.

Si les cercles de pierre levées britanniques sont particulièrement nombreux, ils sont en réalité présents dans d’autres régions d’Europe et du monde. Certains archéologues soutiennent qu’ils seraient apparus au nord-ouest de la France vers 5000ans avant notre ère avant de se transmettre au reste de l’Europe cependant d’autres soutiennent que les structures et bâtisseurs seraient indépendants. En France déjà où l’on peut citer entre autres le cromlech de Crucuno dans le Morbilhan, celui d’Oeuillet vers Grandville, mais aussi en Occitanie plus particulièrement vers la frontière espagnole comme le sarrat de cousseillot qui comporte 4 cercles et puis en Espagne juste de l’autre côté de la frontière Pyrénnéenne en Navarre et au Pays basque il y en a de nombreux exemple comme le Cromlech du col d’Ibardin, les cromlechs d’Errekaleku, celui d’Eteneta et bien d’autres. Au-delà on en retrouve ailleurs en Espagne mais aussi au Portugal, en Allemagne (j’avoue ne pas avoir mis les nom car ma prononciation est déplorable), en Pologne, en Bulgarie, en Suède même si le site suédois d’Ale’s stones n’est pas vraiment circulaire mais plutôt ovale. Et puis on peut sortir d’Europe et retrouver des cercles de pierre en Afrique au Maroc il y a Mzourah Cromlech qui date de 5000-4000 BCE, et puis autre exemple le site mégalithique de Sénégambie à la frontière entre le Sénégal et la Gambie et classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. On n’en entend pas parler mais c’est un site énorme qui avait certainement une fonction funéraire contrairement aux sites anglosaxons, avec en tout plus de 1000 monuments mégalithiques répartis sur 4 sites avec 93 cercles d’un diamètre de 4 à 6 mètres formés chacun de 8 à 14 pierres verticales. 

Si l’on se dirige un peu plus à l’Est il y a le site sousmarin de Atlit-Yam en Israel qui remonte lui à 6900 and 6300 BC . Plus récent il y a le site de Rujm el-hiri (known as the “Wheel of Ghosts”)dans l’actuelle Syrie qui présente plus de 42000 pierres basaltiques disposées en cercles concentriques autour d’un tumulus en pierres. On pensait que ce site avait des fonctions astronomiques cependant cela été réfuté récemment dans un article de 2024 (Khabaroba et al.) qui soutient plutôt une hypothèse de fonction funéraire même si aucun reste humain n’y a été retrouvé. Il y a aussi Carahunge en Arménie surnommé « Armenian Stonehenge » dont certains disent que c’est le plus vieil observatoire astronomique, affirmation qui donne lieu à pas mal de controverse. Gerald Hawkins qui a mené les études sur Stonehenge a soutenu en tous cas l’hypothèse d’une fonction astronomique. Certains réfutent et d’autres ne se mouillent pas trop en proposant que le site avait surement plusieurs rôle à la fois funéraire et aussi astronomique. 

En Asie on retrouve peu de cercles de pierres mais il faut aussi noter celui d’Oyu au Japon surnommé « le stonehenge japonais » dans la région de Tohoku et construit lors de la période Jomon entre 2000 et 1500 avant notre ère, qui présente 2 cercles de pierre. En Australie les aborigènes ont aussi créé des cercles en pierre comme par exemple les « Bora rings » qui sont 2 cercles de pierres de tailles différentes utilisés dans les rites de passage des jeunes hommes à l’âge adulte. Même si de nouveau malgré une ressemblance certaine entre tous ces sites, les pratiques culturelles y étant liées étaient surement excessivement variées.

Changeons encore de continent, en Amérique du Sud on retrouve dans le parc archéologique du solstice au Brésil un cercle de pierre surnommé le « Stonehenge de l’Amapa », et constitué de 127 blocs de granite de 4m de haut formant un cercle de plus de 30m de diamètre, et dont on ne sait pas plus que les autres la fonction réelle.  

L’amérique du nord n’est pas en reste si l’on prend en compte ce qu’on pourrait qualifier de pétroformes circulaires donc pas forcément des pierres dressés très hautes mais des formes circulaires délimitées par des pierres comme entre autres les roues de médecines qui sont des constructions sacrées pour les populations indigènes d’amérique du Nord ayant une symbolique qui va varier selon les cultures mais est liée à la vie, la santé, l’harmonie, le cosmos etc On y retrouve donc des rituels de guérisons, des danses cérémonielles, de l’astronomie…. Il y a une très grande variété de roues de la médecine qui se présentent comme généralement – mais pas seulement – au moins un cercle divisé par des rayons souvent au nombre de 28 mais pas forcément délimitant des zones qui vont représenter diverses choses selon la culture que ça soit le cycle de la lune (et oui 28) ou les saisons par exemple. Un alignement avec les points cardinaux est fréquent mais aussi parfois avec des phénomènes astronomiques. Une des plus anciennes roues date de 3200BCE, elle a été utilisés sur des longues périodes de temps mais aussi abandonnée et pour cela les archéologues pensent que les fonctions culturelles ont surement changées. Il y a eu plus récemment pas mal d’appropriation culturelle en particulier New Age autour de ces roues de la médecine MAIS c’est à la base des structures qui existent depuis des milliers d’années et dont on ne peut connaitre pour sur la signification.

On se rend donc compte que si une très grande concentration de cromlech se retrouve en Europe et plus particulièrement en Irlande et Uk et aux alentour ce type de structure circulaire se retrouve un peu partout. Evidemment on peut soupçonner qu’une partie des cercles de pierre existant ont été détruits pour de nouvelles constructions par exemple. Il est aussi intéressant de se demander si c’est l’unique forme de ces structures. Si vous vous souvenez j’ai parlé d’un woodhenge à stonehenge situé à environ 3km de la structure principale. Ce sont 6 cercles (enfin ovales) concentriques non pas délimité par des pierres mais des poteaux en bois avec au centre une sépulture d’enfant qui a été interprétée comme une offrande mais les restes ayant été détruits pendant le Blitz on ne saura jamais vraiment. Alors bien évidemment le bois se dégrade donc on ne peut pas l’observer aussi facilement que des roches de quelques tonnes. Mais les archéologues trouvent ce qui s’appelle des « trous de poteaux ». En effet là où se tenait le poteaux un trou s’est constitué lorsque celui-ci est tombé ou a été enlevé et a pu se remplir d’un sédiment différent ou bien il a pu pourrir à l’intérieur ce qui a créé de même un trou au remplissage différent du reste du sol à cet endroit. Lors de la fouille l’archéologue peut repérer ces zones différentes et révéler ainsi des structures boisées ayant disparues. On ne peut bien évidemment pas dire s’il s’agissait uniquement de poteaux ou si une structure de type toit était tenue. Cependant les timber circle (en anglais) sont aussi assez courant, un des plus connu étant Seahenge une structure retrouvée dans la mer, je vous conseille d’aller voir les photos. Il est supposé que les poteaux pouvaient être remplacés régulièrement pour conserver la structure et que certains de ces cercles ont été remplacés par des cercles de pierre qui se conservent tout de même beaucoup mieux dans le temps. Tout comme les cercles de pierre on retrouve des cercles en bois dans plusieurs civilisations à différentes époques par exemple on retrouve de nombreux cercle de poteaux chez les nord-amérindiens dans la culture Hopewell ou sur le site de Poverty point en Louisianne qui date de 2000BCE. Il y a même des témoignages écrits du 16ème siècle décrivant des danses autour de poteaux disposés en cercles.

Ces structures en pierre ou bois semblent disparaitre en Europe du moins sous cette forme lors de l’âge du Bronze sans qu’une raison ait été particulièrement identifiée, changement culturel ? utilisation d’anciens sites ? Pas d’obsolescence programmée avec les rochers… en tous cas les structures architecturales circulaires aillant des rôles  cérémoniels, culturels, spirituels, ludique ont continué d’exister que l’on parle des temples grecs ronds à colonnes comme le Tholos de Delphes, de plusieurs scènes ou zones de spectacles comme the Globe à Londres ou encore certaines arènes sans oublier les cercles et demi-cercles dans des lieux de délibération, de prise de paroles et de décision comme par exemple notre hémicycle en France. Le cercle permet à tout le monde de voir un point d’intérêt central, mais aussi de voir tout le monde comme lorsque les enfants se mettent en cercle, ses fonctions peuvent être extrêmement diverses et plus on remonte dans le temps et moins il est facile d’interpréter la fonction sociétale de ces structures. Et en parlant de temps, puisqu’il m’en reste un peu, allons le remonter jusqu’à 176 500 ans dans la grotte de Bruniquel (Jaubert et al. 2016). Ça serait dommage de ne pas évoquer ce site incroyable quand on parle de cercle de pierre même si on s’éloigne un peu. Dans cette grotte occupée par les néanderthaliens les scientifiques ont retrouvé 2 structures circulaires, enfin annulaire car il manque une petite partie, créées à partir de stalagmites cassées et agencées de cette manière. Donc il y a plus de 175 000 ans un homininé créait déjà volontairement des cercles de roches.

J’espère que vous y penserez la prochaine fois que vous vous assiérez en cercle entre amis.

En savoir plus :

Anthony J. I. Clarke, Christopher L. Kirkland, Richard E. Bevins et Nick J. G. Pearce, « A Scottish provenance for the Altar Stone of Stonehenge », Nature, vol. 632, no 8025,‎ août 2024, p. 570–575

Jaubert, J., Verheyden, S., Genty, D. et al. Early Neanderthal constructions deep in Bruniquel Cave in southwestern France. Nature 534, 111–114 (2016). https://doi-org.insu.bib.cnrs.fr/10.1038/nature18291 Khabarova et al. 2024 “Discussion Points of the Remote Sensing Study and Integrated Analysis of the Archaeological Landscape of Rujm el-Hiri” Remote Sens.16(22), 4239; DOI: 10.3390/rs16224239

C’est l’histoire de la vie…. Le cercle éternel !

Chronique de Gaël présentée dans le cadre de l’émission PS532 – Le cercle du 10 Septembre 2025

Quand on me parle de cercle, il y a un truc auquel je pense (en chantant) : c’est l’histoire de la vie, le cycle éternel !

Parce que oui, le plus beau cercle, c’est bien celui de la vie.

Ce cercle de la vie, c’est le cycle de la cellule. Une cellule qui suit tout un parcours pour croitre, dupliquer son ADN, puis se diviser en deux cellules filles identiques. Et chacune de ces cellules filles dupliquera bientôt son ADN, avant de se diviser elle aussi en deux cellules filles identiques.

Et ce processus, on le schématise souvent en cercle. Pourquoi ? Parce qu’on a devant nous un processus qui recommence encore et encore. De la toute première cellule à l’origine de l’embryon jusqu’aux milliards de cellules qui composent le corps actuellement en train d’écouter cet épisode de Podcast Science.

Mais si je vous disais que cette représentation n’était qu’un mensonge ? Que ce cercle était en réalité un trompe-l’oeil ? Qu’à chaque tour complet, on s’approchait un peu plus de la fin de l’attraction ?

Ce trompe-l’oeil, c’est Leonard Hayflick qui va le découvrir.

En 1961, Leonard Hayflick tente de percer les mystères du vivant grâce à une avancée scientifique récente : la culture de cellules.

Pendant des décennies, les biologistes ont tenté de récupérer des cellules de divers organismes et de les faire survivre dans des boites de Pétri. Mais la tâche s’est révélée bien plus compliquée que prévue.

Ce n’est qu’en 1951 que cet exploit est réussi pour la première fois. La première lignée de cellules humaines, appelée HeLa est née. Son nom vient d’Henrietta Lacks, la femme dont a prélevé les cellules pour obtenir la lignée. Cette lignée de cellules va révolutionner la recherche scientifique et est encore aujourd’hui utilisée dans de très nombreux laboratoires. Des cellules récupérées d’ailleurs sans le consentement d’Henrietta Lacks. Evidemment, ni elle ni sa famille ne toucheront le moindre centime pour ces cellules, qui ont elles, générées des milliards de dollars de profit.

Le cercle… du capitalisme là.

Mais revenons en à ces cellules. Des dizaines de lignées de cellules vont être mises au point. Des lignées au pouvoir formidable : elles sont capables d’effectuer le cercle de la vie… à l’infini.

Mais cet exploit cache un terrible secret. Ces cellules sont des chimères : des cellules immortelles oui, mais cancéreuses. A l’ADN et aux processus cellulaires déformés. Mais parfois très éloignées des cellules qui composent votre corps. Ce qui est un problème pour comprendre le vivant et votre corps qui lui est tout à fait normal.

Mais pour Leonard Hayflick, c’est un défi excitant à relever. Dans son labo de Philadelphie, il tente de cultiver des cellules humaines non cancéreuses. Et s’il finit par réussir à cultiver ces cellules, il fait face à un autre problème.

Quand on cultive des cellules, il faut régulièrement les transférer dans une nouvelle boîte avec tous les nutriments pour qu’elles survivent. Et si on peut passer les cellules cancéreuses un nombre infini de fois, Leonard Hayflick n’arrive pas à le faire avec les cellules non cancéreuses. Et si lui et ses collègues croient, au départ, à des contaminations par des virus ou des problèmes dans leur méthode, une conclusion finit par s’imposer en 1965 : on ne peut pas faire plus de 40 à 50 transferts pour ces cellules. Au-delà, elles arrêtent de se diviser voire meurent.

Ce cercle qu’est censé être la vie d’une cellule n’en est pas un. Au-delà de cette limite de 40 à 50 cycles, ce cercle se brise.

Mais biologiquement parlant, qu’est-ce qui impose cette limite ? Pourquoi le cercle se brise-t-il ?

La réponse se cache dans la machinerie de la cellule, et plus particulièrement dans celle qui lui permet de dupliquer son ADN. A chaque cycle cellulaire, la cellule réplique l’intégralité de son matériel génétique. Problème : le tout début du brin d’ADN n’est pas répliqué dans le brin d’ADN nouvellement copié. A chaque réplication, c’est donc un petit fragment d’ADN qui manque. Et cycle après cycle, le brin d’ADN est grignoté lors de la réplication.

Et puisque ce brin d’ADN contient le manuel d’instructions de la cellule, cela voudrait dire des instructions qui disparaissent à chaque nouveau cycle de la cellule. Pas idéal clairement.

La cellule a donc une parade : l’extrémité des molécules d’ADN n’est pas composée du manuel d’instructions, mais d’une suite de lettres qui ne servent à rien. Cette suite de lettres va être grignotée cycle après cycle, sans endommager le manuel d’instructions. Une sorte de 1ère et 4e pages de couverture. Cette couverture, c’est ce qu’on appelle un télomère, du grec telos fin et meros partie.

Mais après 40 à 50 cycles de division cellulaire, le télomère est complètement grignoté. La cellule arrête de se diviser. Voilà donc l’explication de la limite observée par Hayflick en 1965.

Mais si cette limite pouvait être franchie ? Et si ce grignotage des télomères n’était pas irréversible ?

C’est justement la question qui tarode Elizabeth Blackburn en 1978. La chercheuse d’origien australienne vient de caractériser avec précision la composition des télomères pour la première fois. Elle collabore alors avec Jack Szosta, un chercheur à la Harvard Medical School. Ensemble, ils font une découverte qui va tout changer : chez la levure, ils observent que les télomères peuvent être rallongés. Le grignotage de ces séquences ADN ne serait pas une fatalité.

Et c’est la doctorante d’Elizabeth Blackburn, Carol Greider qui va réussir à identifier et extraire la machine cellulaire capable de rallonger les télomères : la télomérase. Cette télomérase, on la retrouve aussi chez nous, humains.

Ensemble, Elizabeth Blackburn, Carol Greider et Jack Szosta recevront en 2009 le prix Nobel de physiologie ou médecine pour ces travaux.

La télomérase, c’est la protéine capable de rendre le cycle de la vie éternel. Si bien qu’elle est justement l’un des piliers de nombreuses cellules cancéreuses. Là où la télomérase n’est presque pas exprimée dans nos cellules saines, elle est réactivée dans les cellules cancéreuses. Les voilà qui se débarrassent alors du problème de la limite des 40 à 50 divisions.

Résultat, plus des trois quarts des cancers activeraient la télomérase, facilitant la division cellulaire à l’infini des cellules cancéreuses.

La télomérase semble donc une cible idéale contre laquelle développer de nouveaux traitements contre les cancers. Mais pour l’instant… ça n’a pas vraiment fonctionné. Toutes les stratégies testées ont amenées à des résultats non concluants lors des essais cliniques chez l’humain. Mais peut-être qu’une thérapie permettra un jour de cibler efficacement la télomérase pour venir au bout des cancers. Pour briser le cercle… de la maladie !

Sources :


www-nature-com.proxy.insermbiblio.inist.fr
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www-sciencedirect-com.proxy.insermbiblio.inist.fr
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Podcast Science 533 – Histoire(s) de cerveaux

Le cerveau, on en a tous un, mais est-ce que vous le connaissez bien ? Installez-vous confortablement dans le meilleur de vos sillons cérébraux, dans cet épisode où vous serez bercés par la voix de Taupo qui nous contera l’histoire du cerveau. Vous êtes bien sur Podcast Science épisode 533, tenez-vous prêts au récit décortiqué du cortical. Nous sommes le mercredi 24 septembre 2025. Bienvenue !

Tour de table

  • Julie, depuis Nice
  • Cléora, depuis la Normandie
  • Taupo depuis Paris

Chroniques

Citations

“To explicate the uses of the Brain seems as difficult a task as to paint the Soul, of which it is commonly said, that it understands all things but itself.”

“Expliquer les fonctions du cerveau semble être une tâche aussi difficile que de peindre l’âme, dont on dit généralement qu’elle comprend tout sauf elle-même.”

Thomas Willis, The Anatomy of the Brain and Nerves (1664)

Références

L’étonnante histoire de la médecine du cerveau, vidéo de Nota bene

Gabriel Gandolfo et Olivier Deschaux (2010) Histoire de la découverte du cerveau et de l’évolution des méthodes d’exploration

Carl Zimmer (2005)  https://carlzimmer.com/books/soul-made-flesh

André Vésale (1543) De humani corporis fabrica

Robert Hooke (1665) Micrographia

Notre émission sur Planète de virus de Carl Zimmer

Thomas Willis (1664) Cerebri anatome

Notre épisode : Y a de la science dans l’air

Notre épisode : Quintessence

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Podcast Science 532 – Cercle

En ce mois de Septembre 2025, après un hiatus estival, l’équipe de Podcast Science revient au micro en très bonne forme. La forme, ce sera d’ailleurs la thématique de nos émissions à chroniques de cette nouvelle saison qui débute. Ainsi, on vous prépare des chroniques à point nommé, qu’on mettra en ligne après avoir triangulé les infos scientifiques les plus carrées possibles. Mais avant les émissions point, ligne, triangle et carré, on commence par une forme que de nombreux savants pensaient parfaite. Mettez-vous en cercle, et ouvrez bien vos oreilles : nous sommes le Lundi 10/09/2025 et c’est l’émission 532 de Podcast Science qui ouvre la 16ème saison. Bienvenue !

Tour de table

  • Julie, grande prêtresse des coulisses depuis Nice
  • Pascal, grand gourou des arcanes informatiques depuis le grand Est
  • Cléora, grand président de l’association Podcast Science depuis la Normandie
  • Clara, grande gardienne des secrets martiens depuis Paris
  • Gaël, grand champion de la vulgarisation scientifique depuis Paris
  • Eléa, grande zbeulmaster depuis Strasbourg
  • Et votre humble serviteur, Taupo, qui jouera le petit rôle de MC, et qui vous parle depuis Paris aussi

Chroniques

Citations

“Nous désirons tous ouvrir le cercle de la pensée pour arrêter sa ronde stérile.”

Théodore Monod

Références

L’épisode avec Agatha sur l’éthologie 2.0

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Podcast Science 531 – Quintessence

C’est d’un temps orageux et d’une époque caniculaire que nous enregistrons cet épisode. C’est en bravant les éléments, que nous terminons cette saison. La quinzième. Après avoir outrepassé, dans l’ordre, le feu, l’eau, l’air et la terre… vient le jour de l’apothéose. Poditrices, Poditeurs, il est venu le temps de la quintessence ! Nous sommes le mercredi 02 juillet 2025. Vous écoutez l’épisode 531 de Podcast Science, bienvenue !

Tour de table

  • Nous avons Taupo représentant de l’eau, fluide source de toute vie, de là où nous sommes tous et toutes sortis
  • Johan représentant du feu, notre astronome qui sait lire dans les flammes des plus grandes étoiles et lointains soleils de cet univers
  • Vous entendrez aussi une chronique enregistrée d’Eléa qui, j’imagine, serait représentante de la terre (à défaut du bois), là où s’enrichissent de nombreuses plantes du moindre savoir
  • Moi-même Cleora serait le représentant de l’air, ici sans vraiment être là, à vous parlez des choses pas très matérielles et plutôt volatiles
  • Et enfin Pascal qui pourrait convenir à ce cinquième élément – la quintessence – qui unit et sublime, de sa technique et montages un peu dans l’ombre, les autres éléments.

Chroniques

Citations

“Il est de toute nécessité qu’il existe un corps simple dont la nature soit de se mouvoir selon la translation circulaire, conformément à sa propre nature… En dehors des corps qui nous entourent ici-bas, il existe un autre corps, séparé d’eux, et possédant une nature d’autant plus noble qu’il est plus éloigné de ceux de notre monde.”

Aristote

Podcast Science 530 – Jamais assez d’opiacés !

Alors les poditeurs et poditrices ? Vous êtes encore branchés sur Podcast science pour un nouvel épisode ? Vous seriez pas un peu accro à nous ? On en est très contents hein ! Rassurez-vous ! D’ailleurs ce soir, on va vous parler d’un sujet plus addictif encore que nos épisodes : les opiacés. De drôles de substances qui nous font un peu tourner la tête et qui peuvent nous retourner le cerveau… pour le meilleur ou pour le pire ! Ce soir on se plonge dans l’histoire de l’utilisation des opiacés et on plonge au cœur des mécanismes de l’addiction… Nous sommes le mercredi 18 juin 2025, vous écoutez l’épisode 530 de Podcast Science, bienvenue !

Tour de table

  • Cleora en Normandie à la technique
  • Pierre Kerner depuis Paris
  • Notre invitée Lola Welsch
  • Eléa de Strasbourg pour le rôle de MC

Images et références

· Sujet de thèse : Mu Opioid Receptor-neurons in the Dorsal Raphe Nucleus : Role in reward, affective responses, and morphine abstinence https://crbs.unistra.fr/agenda/soutenance-de-these-de-lola-welsch-umr-1114/

· Exemple d’article sur la crise des opioïdes : https://theconversation.com/etats-unis-la-tragedie-des-opio-des-aggravee-par-un-systeme-de-sante-defaillant-235484

Citation

“ – Alors… Alors comment peux-tu te résigner à ce que ta vie n’ait aucun sens ? Parce que je sais que je suis merveilleux, quoi qu’il advienne.”

Dans Un Psaume pour les recyclés sauvages (2022) de Becky Chambers

Podcast Science 529 – Podcast Science ressort du Placard

Bienvenue sur Podcast Science ! Plein de premières ce soir… C’est notre 1e émission en public depuis Strasbourg. Notre 1e radio-dessinée de l’année. 1er follow-up d’une autre soirée radio-dessinée en direct du mois des fiertés… Souvenez-vous, en juin 2015, Podcast Science sortait du placard. Aujourd’hui, c’est la suite. 10 ans plus tard ! Soirée placée sous le symbole de l’arc-en-ciel, donc, depuis la station LGBTI, en plein cœur de Strasbourg. Vous êtes sur Podcast Science, c’est l’épisode 529. Bonsoir et bienvenue !

Tour de table

” C’est moi, Alan, qui serai votre MC ce soir. Je ne cache pas ma fierté !! Et plein plein plein de monde pour faire de cette émission un moment unique. Les dessinateurs et trices, d’abord, sans qui ces émissions radio-dessinées ne seraient que de simples émissions radio ! Dans le désordre et sous vos applaudissements : Mél, Phiip, Valentine, Hugo, Claire et Eléa. Ces artistes hors-pair vont live-sketcher tout ce que nous racontons et nous ferons des points pour découvrir leurs productions, 3 en tout, pendant l’émission

Et bien sûr les chroniqueurs et queuses, qui sont parfois dessinateurices aussi, certaines personnes ont tous les talents !  Eléa, Gaël, Irène, Pierre alias Taupo, Robin et moi-même Alan, et en guest stars: Hugo et  Vled ! Cleora n’a pas pu être présent avec nous physiquement ce soir, mais il nous a quand même préparé une chronique. Ce soir, on va s’interroger sur la neutralité de la science quand il s’agit de questions LGBT+, on examinera plus en détails les lettres B et T, et on parlera de passé et de présent en nous demandant de ce que cela laisse présager pour l’avenir ! Et Robin nous parlera de maths transgenres pour détendre l’atmosphère 😉 “

Chroniques

Les dessins ♥

Citation

Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.

Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester.

Traduction française d’un poème du pasteur allemand Martin Niemöller (1892–1984)
au moment de l’accession des nazis au pouvoir : « Quand ils sont venus me chercher »