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542 – Voyage à bord de la Ligne Podcast Science

Chers podcasteurs bonjour, je vous souhaite la bienvenue à bord de notre épisode Podcast n°542 à destination de la connaissance. Je suis votre chef de bord Eléa, accompagnée de nos conducteurs et contrôleurs de bord : Taupo, Robin, Cleora et Clara. Notre train desservira la ville de Paris, puis direction Perduville en ligne droite pour une courte escale à Perduville, lors de laquelle nous vous demanderons de ne pas changer de train. Votre correspondance repartira de Strasbourg et vous fera traverser des déserts. Nous finirons par arriver sur notre terminus dans environ 90 minutes, Mars, station canali de Schiaparelli. Nous sommes le mercredi 11 mars 2026, et nous vous souhaitons un agréable voyage à bord de la ligne Podcastscience.fm.

Tour de table

  • Eléa depuis Strasbourg
  • Pascal depuis le Haut-Rhin
  • Cléora depuis Perduville
  • Taupo et Robin depuis Paris
  • Clara n’est pas en ligne ce soir mais elle nous a enregistré sa chronique
  • Julie depuis Nice mais sans chronique

Chroniques

Citations

Une ligne est un point qui est parti marcher

Paul Klee – peintre et pédagogue allemand

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541 – Rhéologie, ou quand le solide s’écoule

On dit souvent que le temps s’écoule. Mais le temps s’écoule-t-il vraiment ? Ou ne serait-pas plutôt nous qui nous écoulons dans le temps ? Il est peut-être un peu épineux de répondre à cette question, mais prenons un point de vue de chimiste pour la soirée et regardons du côté de la matière. Les matières qui coulent, qui s’écoulent, qui se déforment. Pas dans le temps, mais sous l’effet d’une contrainte. En d’autres termes, parlons rhéologie dans cet épisode 541 de Podcast Science.

Tour de table

  • Avec nous autour de la table physique parisienne, nous avons :
    • Pierre Kerner alias Taupo.
    • Arnaud, tout nouveau médiateur de l’unité de chimie au Palais, et qui a fait sa thèse sur… bah oui, la rhéologie !
    • Claire
  • En table virtuelle :
    • Julie
    • Pascal
    • Cleora

Liens et Références

https://www.palais-decouverte.fr

    Citations

    – Pumba : “Un peu gluant mais appétissant”

    – Timon : “Elles sont comme je les aime, moelleuses, bien fraîches, bien craquantes”

    – Pumba : “Tu finiras bien par t’y habituer”

    Le Roi Lion

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    540 – Destination Cosmos

    Il fût un temps où notre espace touristique était si étriqué, que certains guides portaient le nom curieux de Lonely Planet. Alors que l’astro-tourisme intergalactique bât son plein, emparez-vous de votre fidèle guide poly-planètes : le bien nommé “Destination Cosmos” ! Nous sommes le Mercredi 28 janvier 2526, vous écoutez l’épisode 540, enregistré 500 ans plus tôt, d’un Podcast très ancien appelé Podcast Science. Bonne écoute !

    Tour de table

    • Aujourd’hui, à notre table virtuelle organisée dans notre système solaire nous avons 
    • Cléora à environ 0,62 unités astronomiques de Mercure
    • Clara  à environ 0,28 unités astronomiques de Vénus
    • Gaël à environ 0,52 unités astronomiques de Mars
    • Eléa s’excuse mais elle ne peut pas nous rejoindre, mais nous écoute de chez elle, à environ 4,2 unités astronomiques de Jupiter
    • Julie à environ 8,54 unités astronomiques de Saturne
    • Et enfin votre serviteur parasitaire, à environ 18,18 unités astronomiques d’Uranus (ce qui aurait fait une excellente blague si ce podcast était anglophone…) 
    • Et sans oublier nos deux invités depuis Fontenay sous Bois soit environ 29,11 unités astronomiques de Neptune :

    Liens et Références

    L’ouvrage “DESTINATION COSMOS”
    Le guide ultime de l’astrotourisme
    https://www.albin-michel.fr/destination-cosmos-9782226490261


    Citations

    La vie trouve toujours un chemin

    Réplique dans Jurassic Park

    Pour des créatures aussi petites que nous, l’immensité n’est supportable qu’à travers l’amour.

    Carl Sagan

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    Entre deux eaux : bisexualité, bi-phobie, bi-effacement 

    Chronique d’Eléa dans l’émission “Podcast science ressort du Placard”

    Il paraîtrait que dans LGBTQIA+, la communauté “queer”, il y a une lettre totalement invisibilisée : le B ! Pourtant, plus de 50% de cette communauté queer serait en réalité bisexuelle.

    C’est quoi la bisexualité ? La bisexualité c’est une identité sexuelle, qui englobe l’attirance romantique, émotionnelle ou sexuelle pour plus d’un genre.

    Ces dernières années, les termes et les étiquettes se sont multipliés, et on voit souvent l’usage du terme “bi+” pour englober plusieurs identités sexuelles : 

    • la bisexualité au sens le plus strict du terme – être attiré par deux genres : homme et femme, sous entendant pour certains hommes et femmes cis – et pas trans.
    • la pansexualité, qui est le fait de pouvoir être attiré par une personne indépendamment de son genre, ce qui permet aussi d’englober les personnes qui se définissent comme non-binaires ou fluides l’omnisexualité, le fait d’être attiré par tous les genres existants la plurisexualité ou multisexualité, qui décrit le fait d’être attiré par plus d’un seul genre en général. 

    Je vous propose de retenir pour la bisexualité la définition la plus large possible, celle d’être capable d’aimer les personnes de plus d’un genre, donc au moins deux. 

    Bon alors, c’est super ça… mais où sont les bi ? Dans la société ? 

    On parle souvent de l’homosexualité dans les débats publics, on parle souvent des questions trans. Mais quand parle-t-on des bisexuels ? Y’a-t-il des role-models, des personnes célèbres, des figures de l’histoire qui se donnent cette étiquette ? Que l’on a vu être attirés ? Ces dernières années, on en voit un peu plus dans des séries : heartstopper, sex education, Brooklyn 911… Lady Gaga, Angèle, la chanteuse, se décrivent comme bisexuelle. Il y en a de plus en plus, mais peu.

    Est-ce que les bisexuels sont donc si marginaux dans la société ? Quand j’ai cherché des choses sur la bisexualité en français, je suis tombée sur une constellation d’articles de psychanalyse, avec des notions méta de bisexualité psychique ou physique… il paraîtrait que pour Freud on est tous bisexuels à la naissance, et ensuite le monde et la pression sociale nous fait choisir un camp… Bon j’ai préféré pas m’aventurer là dedans et j’ai trouvé des trucs bien plus intéressant dans la littérature anglophone. 

    Comme Alan il y a 10 ans faisait l’aveu d’être autant chroniqueur-vulgarisateur scientifique sur sa chronique que personne concernée, je dois moi aussi sortir du placard pour être totalement transparente sur ma posture.
    Ça faisait longtemps que je le savais hein… que je me disais que cette fille au bar était jolie, séduisante, que j’aimerais bien mieux la connaître. Je n’ai jamais osé me désigner comme une personne bisexuelle, parce que j’ai toujours été en couple avec des hommes, cis, hétérosexuels. Jusqu’au jour où je suis vraiment tombée amoureuse d’une fille. Qu’on sorte ensemble… et là je me suis dit “Wow, en fait… je suis vraiment attirée par les filles ET les garçons ?” Non seulement je peux l’être, mais des filles peuvent s’intéresser à moi ? C’est dingue ça.  Fais-je donc partie de cette grande communauté LGBTQ+ qui n’a pas peur de s’assumer, de s’affirmer, et de se battre pour ses droits ? 

    Les commentaires ou les réflexions dans l’entourage n’ont pas tardé à se manifester subrepticement. Toujours sur le ton de l’humour, ça va de soi. Et vous pensez peut-être un peu la même chose en m’écoutant. 

    • Ah ouais, les mecs ça te suffisait pas ? 
    • Ah, toi t’es greedy un peu non ? Cupide, 50% de l’humanité, ça te suffit pas ? 
    • T’as pas su choisir alors t’as testé les deux ? 
    • C’est juste une phase, ça te passera. 
    • Ah, tu es enfin sur la bonne voie pour devenir lesbienne. 
    • C’est pour te rendre intéressante et te coller une étiquette
    • Ah, t’as pas réussi à choisir ton camp ? 
    • Ouais, ça fait 15 ans que tu sors avec des mecs, tu t’ennuyais un peu et t’avais envie de tester autre chose. 

    Des remarques et des chemins de pensée qui peuvent venir tout autant des personnes hétérosexuelles que des personnes homosexuelles d’ailleurs. 

    Alors on est là. Avec notre bon vieux syndrome de l’imposteur. Et on se pose des questions.
    Suis-je trop hétéro pour appartenir à la communauté queer ?
    Trop queer pour appartenir à la case hétéro ? 

    Mon orientation est-elle valable ? Existe-t-elle vraiment ou ai-je un problème ? 

    Et je me suis progressivement rendue compte que… même si je le sais depuis longtemps, j’ai toujours eu peur d’en parler. Peur de ces commentaires. Peur qu’on me mette dans une case. 

    Toutes les communautés marginalisées le savent : Ne pas parler de sa vie privée, par pudeur et parce que ça ne regarde pas les gens… c’est une chose. Mais ne pas en parler parce qu’on en fait un secret… un secret que l’on garde, par peur qu’on ne nous juge, qu’on nous dévalorise, qu’on nous méprise, qu’on nous insulte, qu’on nous exclut, qu’on nous discrimine, voire qu’on nous agresse pour ça… c’est une pente glissante vers le mal-être psychologique. 

    Le fait d’être bisexuelle et d’avoir honte d’en parler m’a fait refouler mon orientation sexuelle, me couper de certaines relations que j’aurais aimé avoir, voire me mentir à moi même et à mes proches. 

    Alors comment sait-on quand on est bisexuels ? Peut-on évaluer ça ? 

    Si on prend les travaux de Alfred Kinsey, publiés en 1953, et qu’on évalue nos comportements sexuels sur une échelle de 0 à 6, 0 étant un comportement exclusivement hétérosexuel, et 6 un comportement exclusivement homosexuel… 3 c’est le milieu : on a autant d’interactions avec des hommes que des femmes, on est bisexuel sans préférence. 

    La bisexualité est donc un spectre de comportements. 

    0Exclusivement hétérosexuel(le)
    1Prédominance hétérosexuelle, expérience homosexuelle
    2Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuel(le)
    3Bisexuel sans préférence
    4Prédominance homosexuelle, occasionnellement hétérosexuelle(le)
    5Prédominance homosexuelle, expérience hétérosexuelle
    6Exclusivement homosexuel(le)

    Cette échelle, elle est bien, et elle était clairement pionnière dans une Amérique un peu… disons-le, conservatrice dans les années 1950 (mais en même temps ça change pas trop de ce qu’il se passe maintenant). Mais elle sous entend quand même que pour être sur le spectre de la bisexualité, il faut avoir eu un vrai rapport physique avec une personne de son sexe et du sexe opposé. 

    Un autre outil peut être plus intéressant est la grille d’orientation sexuelle de Klein (KSOG en  anglais – Klein sexual orientation Grid) publiée en 1993 dans “The Bisexual Option” – l’option bisexuelle. 

    La grille prend en compte 7 facteurs listés ci-dessous, sur 3 périodes de temps : le passé, le présent, et le futur idéal si on avait le choix. 

    1 = l’autre sexe seulement
    2 = l’autre sexe la plupart du temps
    3 = plutôt l’autre sexe
    4 = les deux sexes
    5 = plutôt le même sexe
    6 = le même sexe la plupart du temps
    7 = le même sexe uniquement
    PasséPrésentFutur idéal
    A) Attirance sexuelle :Vers qui va votre attirance sexuelle ?De 1 à 7De 1 à 7De 1 à 7
    B) Comportement sexuel :Avec qui avez-vous effectivement eu des relations sexuelles ?De 1 à 7De 1 à 7De 1 à 7
    C) Fantasmes sexuels :Vers qui vont vos fantasmes sexuels ?De 1 à 7De 1 à 7De 1 à 7
    D) Préférence émotionnelle :Par qui vous sentez-vous le plus attiré ?De 1 à 7De 1 à 7De 1 à 7
    E) Préférence sociale :Avec quel sexe nouez-vous des relations ?De 1 à 7De 1 à 7De 1 à 7
    F) Préférences de vie :Dans quelle communauté aimez-vous passer votre temps ?Dans laquelle êtes-vous le plus à l’aise ?De 1 à 7De 1 à 7De 1 à 7
    G) Auto-identification :Comment vous étiquetez-vous ou identifiez-vous ?De 1 à 7De 1 à 7De 1 à 7

    Sans être parfait, cet outil permet d’aller beaucoup plus loin pour appréhender son identité sur le spectre de la bisexualité. Je suis sûre que beaucoup de personnes qui écoutent cette chronique, vont se rendre compte que vous êtes peut être quelque part sur le spectre. Peut être que chacun d’entre nous a un jour eu un fantasme ou une relation avec une personne de sexe opposé à ce que l’on pensait initialement, au regard de notre orientation. 

    Beaucoup de gens sont, au final, sur le spectre de la bisexualité… alors je me suis demandé, est-ce que je suis la seule à avoir peur et à être dans le syndrome de l’imposteur le plus total lorsqu’il s’agit d’en parler ou de me dire bisexuelle ? 

    Non évidemment, surprise, je n’étais pas la seule. J’ai pris mon clavier et mon internet à deux mains pour aller chercher ce que ça impliquait la bisexualité, et pourquoi on en parlait si peu… et j’ai découvert le concept de biphobie, et de bi-effacement, ou bi-erasure en anglais. 

    De la biphobie et du bi-effacement : 

    Le bureau des statistiques australien nous dit que 81% des personnes bisexuelles souffrent d’un trouble psychologique à un moment dans leur vie, contre 41,7% des personnes hétérosexuelles, et 63,5% des personnes homosexuelles. À cause de ces phénomènes de phobie, et d’effacement. 

    Une méta-analyse parue tout juste cette année, le mois dernier, dans le “Journal de la bisexualité” – Journal of Bisexuality m’a donné beaucoup d’éléments de réflexion. Il s’intitule “Pas assez queer” : une revue systématique de la littérature explorant des expériences de bi-effacement. Leur méthodologie : rechercher un maximum d’articles dans la littérature puis catégoriser, faire émerger les différents facteurs qui pourraient expliquer cet état des lieux. 

    L’une des théories est que celle d’appartenir à une minorité sexuelle est une source de stress. Ils appellent ça le “sexual minority stress”. Le fait d’appartenir à une identité sexuelle marginalisée est une source de stress chroniques, avec des éléments de stress qui peuvent être distaux, dans la société ou l’entourage (discrimination systémique…) ou proximale (recel d’identité, internalisation des stigmates liés à notre orientation…). Cette anxiété chronique est liée à une plus grande occurrence de dépressions, d’abus de substances diverses, de comportements sexuels plus risqués voire de pensées suicidaires. 

    Mais il y a aussi des forces liées au fait d’appartenir à une minorité : celui d’appartenir à une communauté, de se soutenir mutuellement et de créer du lien avec des gens qui nous comprennent. Les bisexuel·les, en n’appartenant ni vraiment à la communauté hétéro, ni vraiment à la communauté gay bénéficieraient moins de ces forces liées à la minorité et l’effet de stress lié au fait d’appartenir à une identité marginalisée les affectent donc différemment. 

    Les personnes qui travaillent sur la question de la biphobie ou de l’effacement des bisexuels évoquent plusieurs raisons à cela : intrinsèquement, la bisexualité serait moins tolérable et moins stable que les orientations monosexuelles. Globalement, dans la société occidentale, nous vivons avec la conception que l’hétérosexualité est moralement supérieure à un autre modèle… pour plein de raisons : la religion, la morale, l’histoire du capitalisme et la répartition genrée des rôles et de la famille. Ou encore le SIDA. 

    Dans un livre de 1990, “Bisexualité le dernier TABOU” (écrit en majuscule) de Rommel Mendes-Leis, on évoque un article à sensation dans un magazine féminin titré “Un mari bisexuel : danger ?” – “Un jour elles ont découvert que leur mari les trompait avec un homme. A la désillusion s’est ajoutée la peur panique d’avoir été contaminée par le virus du sida. elles racontent l’épreuve du mensonge révélé”. Les bisexuels sont des transfuges qui à cette époque faisaient courir le risque à la communauté hétéro d’être contaminée par la communauté homo. Ca fait longtemps maintenant qu’on a compris que la problématique était indépendante du groupe, et qu’il faut questionner les pratiques, indépendamment du genre et de l’orientation. 

    Les bisexuels sont moins fiables, puisqu’ils ne sont pas “décidés”. Ils ne sont pas fidèles parce que lorsqu’ils seront avec un homme, ils ou elles désireront une femme. Ou alors ils sont “hypersexuels” – puisqu’ils sont attirés par tout le monde, c’est donc qu’ils ont envie de coucher avec tout le monde, tout le temps. Ce sont des prédateurs. 

    Les bisexuelles (les femmes surtout) sont aussi fétichisées parfois : plusieurs personnes rapportent une pression de leur entourage à se montrer embrassant leur partenaire de même sexe devant les hommes.

    Les stéréotypes liés à la bisexualité conduisent donc à des discrimination, et des comportements spécifiquement bi-phobes. 

    Le bi-effacement est théorisé en trois couches : 

    • le 1er, c’est l’effacement de classe. La case entière de la bisexualité est niée ou considérée comme illégitime. “La bisexualité, ça n’existe pas, ou c’est une phrase”. 
    • La 2eme, c’est l’effacement individuel : la bisexualité est reconnue socialement comme une catégorie existante, mais on doute du fait qu’il y ait vraiment des gens dedans, factuellement. Par exemple si on demande à quelqu’un de “prouver sa bisexualité” alors qu’il est en couple avec une personne de sexe opposé. 
    • Typiquement, si je me balade dans la rue au bras d’un homme, tout le monde va se dire “elle est hétérosexuelle”. Si je me balade au bras d’une femme… tout le monde va se dire que c’est ma sœur, ma pote, ma cousine… avant de se dire que c’est ma copine. Bon, c’est un autre sujet. 
    • La 3ème, c’est la délégitimisation : tout le monde reconnaît l’individu, en revanche, on va lui coller plein d’étiquettes et de stéréotypes -> les bi sont moins dignes de confiance et trop cupides, ils changent d’avis et sont peu fiables. 

    Cela va avoir des conséquences inattendues. De la même manière qu’il y a des disparités salariales globales et systémiques entre les hommes et les femmes – figurez vous qu’aux Etats unis ou en Angleterre, où il est normal et légal de demander sans gêne aucune l’orientation et l’origine ethnique des gens, on peut donc mesurer que globalement, les femmes déclarant être bisexuelles gagnent entre 7 et 28% moins que des hétérosexuelles, et que les hommes bisexuels gagnent entre 11 et 19% moins que leurs homologues hétéro. On retrouve la même tendance en comparant avec les homosexuels. 

    Le corps médical, de la même façon, ne va jamais envisager spontanément la possibilité que des personnes puissent avoir des rapports intimes avec plusieurs genres. Les personnes bi sont donc plus à risque de bénéficier de mauvais conseils, ou de conseils incomplets concernant la prévention ou la prise en charge de certains troubles. 

    Dans les discours des personnes bisexuelles interrogées dans les études, il ressort souvent qu’il y a un grand manque d’information jusque dans les centres de ressources LGBT sur l’orientation Bi. L’absence de reconnaissance sociale de la bisexualité et l’invalidation de cette identité fait que beaucoup de personnes ont du mal à comprendre et décrire leur sexualité. Sans information, difficile d’envisager spontanément dans notre société qu’on puisse être autre chose qu’hétéro ou homosexuel. La monosexualité est la norme. 

    Cela se manifeste jusque dans les relations de couples, ceux qui comprennent une personne bisexuelle qui se sent illégitime dans son orientation et vit en couple monogame ont plus de chances d’être moins proches, moins fonctionnels. 

    Les rapports sur les LGBTphobies et les discriminations liées à l’orientation – en 2025 en France par exemple rapportent que seulement 3% des signalements, sur les 1624 annuels portent sur de la biphobie, contre 55% signalement gayphobes, 23% transphobes, 12% lesbophobes. Pas parce qu’on discrimine moins les bi et les lesbiennes que les gays et les trans, mais parce que dans le cas des lesbiennes, les femmes se sentent moins légitimes ou moins le courage d’aller témoigner, et que les bisexuels ne se revendiquent tellement peu comme tels, qu’il est plus difficile d’aller témoigner de discriminations à leur encontre… 

    Alors que nous dit cette situation, et quel est le but de cette chronique ? 

    Le but, ce n’est pas de mettre des étiquettes sur tout le monde, de vous encourager à tous vous revendiquer bi et de faire un concours pour se dire qu’on est moins bien lotis que les autres. Peut être que sans étiquette, on se porterait un peu mieux parfois ? Non le but, c’est surtout de nous rappeler de faire attention de ne pas voir le monde qu’en binaire, et de ne pas nier les gens dans ce qu’ils sont. 

    Suite à son élection, le gouvernement Trump a déclaré qu’il n’y avait que deux sexes. Il a interdit 200 mots dans son administration, dont genre, femme, LGBT, LGBTQ, trans, transgenre, transexuel. L’usage de ces mots est détecté et traqué dans les textes officiels, les politiques d’inclusion, les demandes de financement… Il s’ensuit un gel total des recherches et des financements sur toute une série de thématiques, avec des conséquences désastreuses à court, moyen et long terme. 

    Les mots “gay”, “lesbienne” et “bisexuels” n’étant pas explicitement interdits, je pense que c’est plus que jamais le moment d’en parler. Que vous aimiez les hommes, les femmes, les deux… vous êtes légitimes, et personne ne devrait vous juger pour cela.

    https://www.nytimes.com/interactive/2025/03/07/us/trump-federal-agencies-websites-words-dei.html

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    Références : 

    Bi the Way : A guide to bi+ research

    https://static1.squarespace.com/static/5a3899216f4ca39e5af29cd8/t/66138ccb310349539774c9a2/1712557294611/MBN-Bi-The-Way-Guide-to-Bisexual%2B-Research-2023.pdf

    Bisexuality report (UK) : https://oro.open.ac.uk/52881/

    Vivre fluide – Mathilde Ramadier

    https://www.fnac.com/a16984471/Mathilde-Ramadier-Vivre-Fluide-Quand-les-femmes-s-emancipent-de-l-heterosexu?

    Documentaire ARTE – 42 | La réponse à presque tout

    Autres références dans la littérature :

    Heffer, T., Borg, M. E. & Willoughby, T. “What Are Some of the Things You Are Worried About?”: An Analysis of Youth’s Open-Ended Responses of Current Worries. Journal of Adolescence97, 980–988 (2025).

    Monto, M. A. & and Neuweiler, S. The Rise of Bisexuality: U.S. Representative Data Show an Increase Over Time in Bisexual Identity and Persons Reporting Sex with Both Women and Men. The Journal of Sex Research61, 974–987 (2024).

    McCann, H. The Refusal to Refuse: Bisexuality Trouble and the Hegemony of Monosexuality. Journal of Bisexuality22, 71–89 (2022).

    Wysocki, M. & Shook, S. The Bloomsbury Handbook of Sex and Sexuality in Game Studies. (Bloomsbury Publishing USA, 2025).

    Shaw, D. & Stone, R. Sex Education: School’s Out for Netflix. (Bloomsbury Publishing USA, 2025).

    Rapport annuel 2023 sur les LGBTIphobies | DILCRAH. https://www.dilcrah.gouv.fr/ressources/rapport-annuel-2023-sur-les-lgbtiphobies.

    Giordano, N. M. & and Nolan, S. A. Perceptions of Bisexuality and Bisexual Individuals. Journal of Bisexuality0, 1–23.

    McCole, A. R. & and Anderson, J. R. “Not Queer Enough”: A Systematic Review of the Literature Exploring Experiences of Bi-Erasure. Journal of Bisexuality0, 1–77.

    Les personnes qui se disent bisexuelles en France – Population et Sociétés – Ined éditions. Ined – Institut national d’études démographiqueshttps://www.ined.fr/fr/publications/editions/population-et-societes/personnes-qui-se-disent-bisexuelles-en-france/.

    Manalastas, E. J., Benjamin ,Isabel, Blumenau ,Helena S., Shea ,Em & and Feinstein, B. A. Interventions to reduce prejudice against bisexual people and bisexuality: a systematic review and meta-analysis. Psychology & Sexuality0, 1–27.

    Winer, C., Carroll, M., Yang, Y., Linder, K. & Miles, B. “I Didn’t Know Ace Was a Thing”: Bisexuality and pansexuality as identity pathways in asexual identity formation. Sexualities27, 267–289 (2024).

    Manalastas, E. J., Blumenau, H. S. & Feinstein, B. A. Gender differences in attitudes toward bisexual people and bisexuality: A systematic review and meta-analysis. Psychology of Sexual Orientation and Gender Diversity12, 42–55 (2025).

    Stanley, S. K., Hogg, T. L., Leviston, Z. & Walker, I. From anger to action: Differential impacts of eco-anxiety, eco-depression, and eco-anger on climate action and wellbeing. The Journal of Climate Change and Health1, 100003 (2021).

    Strunk, K. K. & Shelton, S. A. Encyclopedia of Queer Studies in Education. in (Brill, 2022).

    Brophy, H., Olson, J. & Paul, P. Eco-anxiety in youth: An integrative literature review. International Journal of Mental Health Nursing32, 633–661 (2023).

    Coppola, I. Eco-Anxiety in “the Climate Generation”: Is Action an Antidote? Environmental Studies Electronic Thesis Collectionhttps://scholarworks.uvm.edu/envstheses/71 (2021).

    Anderson, J. & and Maugeri, J. Correlates of Attitudes Toward Bisexuality: A Systematic Review and Meta-Analysis. Journal of Homosexuality71, 259–292 (2024).

    Completion of “Bi The Way: A Guide to Bisexual+ Research”. Melbourne Bisexual Networkhttps://www.melbournebisexualnetwork.com/news/2024/4/7/completion-of-bi-the-way-a-guide-to-bisexual-research (2023).

    Tatz, C. Book Review: Bi: Bisexual, Pansexual, Fluid, and Nonbinary Youth. Sexualities28, 1364–1366 (2025).

    Maliepaard, E. Bisexuality/Plurisexuality in Romantic Relationships: Making Space for Bisexuality/Plurisexuality? Journal of Bisexuality21, 560–580 (2021).

    Rodríguez Rust, P. C. Bisexuality: A Contemporary Paradox for Women. Journal of Social Issues56, 205–221 (2000).

    Shackelford, J. Bisexuality and biorhythm: Wilhelm Fliess’s theory of the rhythm of living substance. Notes and Records: the Royal Society Journal of the History of Science0, 20240059 (2025).

    Mendès-Leite, R. Bisexualité : le dernier tabou. (FeniXX, 1996).

    539 – Podcast Science Triangule

    Cette introduction est à l’image du triangle de notre cher Pascal.
    Chacun d’entre nous y a contribué et la somme en reste inintelligible.
    Nous sommes le Mercredi 14 janvier, vous êtes sur Podcast Science bienvenue !

    Tour de table

    • En 1 on a Pascal
    • En 1 1 on a Alexa 
    • En 1 2 1 on a Cleora 
    • En 1 3 3 1 nous avons Pierre 
    • En 1 4 6 4 1, roulement de tambour ….. Robin !
    • Et en chronique enregistrée Eléa
    • Et moi-même Julie

    Les chroniques de l’équipe


    Images

    Liens et Références

    La hulotte rhinolophe
    https://lahulotte.fr/etiquette-produit/rhinolophe/

    Citations

    “Dans un triangle rectangle, le carré de la longueur de l’hypoténuse (côté opposé à l’angle droit) est égal à la somme des carrés des longueurs des côtés de l’angle droit.”

    D’un certain Pythagore, une citation à prendre au troisième degré donc…

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    Podcast Science 538 – Le Grand livre de l’Exobiologie

    Comme le disait si bien Carl Sagan « La Terre est jusqu’à présent le seul monde connu à abriter la vie ». Oui, mais comment est-elle apparue sur Terre ? Est-elle apparue ailleurs ? Sommes-nous seuls dans cet univers ? Pour essayer de répondre à ces interrogations il est nécessaire de faire travailler ensemble de nombreuses disciplines scientifiques autour d’un domaine appelé l’exobiologie. Nous sommes le mercredi 17 décembre 2025 et vous écoutez le 538ème épisode de PodcastScience, Bienvenue !

    Tour de table

    • Pascal au pays des bredele
    • Cleora du côté du cidre chaud
    • Et puis sous les illuminations parisiennes et les plaids
    • Pierre dit Taupo 
    • Moi-même Clara MC pour la soirée
    • Et bien sûr notre invité Hervé Cottin

    Liens et Références

    L’ouvrage “Le grand livre de l’Exobiologie” :
    https://www.belin-education.com/le-grand-livre-de-lexobiologie
    https://sciences-tech.u-pec.fr/la-faculte/actualites/le-grand-livre-de-lexobiologie


    Citation

    Il n’y aura jamais de Newton du brin d’herbe.

    Kant, préface à la seconde édition de la Critique de la raison pure

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    Podcast Science 537– Chronophoto : l’aura de Marey

    Nous sommes le samedi 29 novembre 2025, c’est l’épisode 537 de Podcast Science avec Claire au micro pour vos oreilles, ce qui n’arrive plus très souvent ces dernières années. Nous sommes en direct depuis la splendide salle du Sénat au sein de l’Université Paris Cité sur le site Odéon. Et pourquoi est-ce moi qui suis au micro et en direct ? Eh bien parce que c’est parti pour une émission radio dessinée de Podcast Science !

    Chroniques

    • Claire : Superdoggy court-il en cheval ou lapin ?
    • Agnès : Un chat peu académique
    • Gaël : Quand les cellules courent un Marey-thon, ou comment parler de contraction musculaire à l’échelle de la cellule
    • Agatha : Marey et le dessin : entre analyse et synthèse du mouvement
    • Taupo : Lésions Fatales, la vie mouvementée d’Eadweard Muybride
    • Clara : Photon plus beau sourire
    • Maria : Qu’a-t-on fait de Marey ?
    • Eléa : Chrono-botanique

    L’Exposition

    Dessins

    Les dessinateurs et dessinatrices :
    · Puyo : https://www.instagram.com/xapuyo
    · Mel : https://www.instagram.com/mel_illus
    · Phiip : https://www.instagram.com/phiiplapin
    · Thomas : https://www.instagram.com/science_et_dessin
    · Agatha : https://www.instagram.com/lenid2pie

    Session 1

    Session 2

    Session 3

    Liens et Références

    · Le Chat de Jules Marey (Agnès Sandras) : https://youtu.be/KLR4sCstLTw?si=RQ_dOVpIJxp2Qh1E
    · BD Guy Delisle (2024) : https://www.guydelisle.com/albums/pour-une-fraction-de-seconde/
    · 1827 première photographie “Point de vue du Gras” : https://fr.wikipedia.org/wiki/Point_de_vue_du_Gras#/media/Fichier:View_from_the_Window_at_Le_Gras,_Joseph_Nicéphore_Niépce.jpg
    · Le Daguerréotype : https://fr.wikipedia.org/wiki/Daguerréotype
    · Calotype : https://fr.wikipedia.org/wiki/Calotype
    · Maria Tortajada et François Albèra (2025) El dispositivo no existe : https://www.casadellibro.com/libro-el-dispositivo-no-existe/9789566426028/17188241

    Remerciements

    · Agathe et aux personnes de l’Université Paris Cité pour nous avoir accueillis dans cette splendide salle du Sénat.
    · Nos trois merveilleuses invitées du jour, Agathe, Agnès, Maria
    · Dessinateurs et dessinatrices : Puyo, Mel, Phiip, Thomas et Agatha
    · Et plus particulièrement à Puyo pour aussi l’affiche et les photos !
    · Aux chroniqueurs et chroniqueurs du Podcast : Taupo, Clara, Gaël et Eléa
    · A Julie dans les backstages toute l’année pour une optimale organisation
    · Au montage et la technique : Pascal !
    · A l’organisation de cette inédite Radio Dessinée : Claire !
    · Et à vous poditeurs et poditrices, pour nous écouter et nous soutenir à distance comme dans le public !

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    Podcast Science 536 – Servir CARRÉment la Science

    Vous le savez à Podcast Science, on aime vous ravir avec toutes sortes d’anecdotes, de sujets, de concepts, tant qu’ils sont carrément scientifiques. Cette saison, nos émissions en roue libre sont axées sur les formes ! Et comme on est un Podcast amateur et qu’on est pas très à cheval, ni sur la forme, ni sur la fréquence, mais surtout sur le fond… on s’est dit qu’on allait vous faire une émission super carrée, pour changer ! Au programme des chroniques de nos podcastscienceux préférés au nombre de quatre, comme… les quatre côtés d’un carré par exemple. Hasard, je ne crois pas ?  Et la réponse au quiz du moment… Nous sommes le mercredi 19 novembre 2025, vous écoutez l’épisode 536 de Podcast Science… BIENVENUE !

    Tour de table

    • Pierre, depuis Paris
    • Cleora, depuis Perduville
    • Clara, depuis Paris
    • Eléa depuis Strasbourg
    • On a bien essayé de faire revenir Robin avec la thématique des roues libres cette année pour une chronique de maths qui aurait été tout indiquée, mais visiblement ça n’a pas suffi ! Robin, si tu nous écoutes… on t’aime, reviens !

    Les dossiers de l’équipe


    Liens et Références

    Cubesat 101 le “tuto” : https://www.nasa.gov/wp-content/uploads/2017/03/nasa_csli_cubesat_101_508.pdf?emrc=05d3e2

     

    Citations

    “Le carré est un triangle qui a réussi, ou une circonférence qui a mal tourné…”

    Pierre Dac

    Le prochain quiz : 

    Le Discord a tranché : 

    Le taux de caféine est-il plus important dans un expresso que dans un allongé ?

    Une question proposée par Barenziah.

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    Les cubesats – mini satellites grandes possibilités

    Chronique de Clara présentée dans le cadre de l’émission PS536 – Servir carrément la science

    Aujourd’hui pour ce thème je vais vous parler de carrés dans l’espace. Alors non ce ne sont pas des planètes qu’on a fait pousser entre 6 planches mais des cubesats. 

    Késako ?

    Les cubesats font partie de la famille des nanosatellites. Ce sont des petits satellites construits sur la base d’unités cubiques 1U = 10cm x 10cm x 10cm avec un poids total sous les 2kg. Un des intérêts est qu’on peut mettre plusieurs unités ensemble. Actuellement les cubesats varient entre 0,25U donc globalement des dés de 2,5cm à 27U (par encore mis en orbite et la majorité des cubesats envoyés ces dernières années sont de 3 ou 6U ce qui permet de porter jusqu’à 10kg de charge. 

    CubeSats sizes from 1U to 16U by ECM Space (ExoLaunch)

    Historique

    Je vais vous raconter un peu leur histoire. Elle commence en 1999 quand des chercheurs – Jordi Puig-Suiari de l California Polytechnic State University et Bob Twiggs de l’Université de Stanford décide de créer des mini satellites cubique comme projet éducatif afin d’apprendre aux étudiants l’électronique, la programmation et plus généralement l’informatique autour des satellites bref un TP. C’est un bon moyen pour éventuellement pouvoir envoyer des expériences en orbite mais à un prix abordable par les universités. En effet, comme ils sont tout petits, les cubesats peuvent faire du stop sur des lancés prévus et juste se rattacher à un emplacement libre pour être déployés par la suite par un système de ressort ce qui réduit très fortement le cout de l’opération. L’idée est plutôt bonne mais ne rencontre pas un succès immédiat, pour ne pas dire qu’on les prend carrément de haut. D’ailleurs aucune organisation spatiale n’apporte de finance à ce projet. Les premiers lancés – en 2003 pour le tout premiers – sont effectués sur des lanceurs russes, c’est pour dire. En fait l’industrie spatiale du lancement leur dit clairement que ça ne fait pas de profit, et en a rien à faire de l’aspect éducationnel. Bob Twiggs raconte que leur réponse a été « donnez-nous un demi-million de dollars, on étudiera la chose et si ça fait sens économiquement pour nous de le lancer, on le fera ». C’est pourquoi pendant une dizaine d’année la majorité des cubesats lancés provenaient des universités.

    Sauf que… c’est hyper rentable et par conséquent la majorité des lancements actuels proviennent d’usages commerciaux, de start-ups, et il y a eu du développement effectué par les corporations aérospatiales. La conséquence est que à ce jour, d’après la base de donnée des nanosatellites (nanosat.eu) au 30 avril 2025, 2730 cubesat avaient été lancés.

    La miniaturisation amène des défis technologiques, les premiers Cubesat avait une durée de vie assez faible (quelques mois) une fois en orbite pour des questions entre autre d’énergie puisqu’une batterie pèse lourd et que des panneaux solaires prennent de la place… Maintenant on est sur des durées de plusieurs années pour certains cubesat. Avec l’utilisation commerciale de l’argent a été injecté dans cette technologie les développements sont effectués améliorant la durée de vie, la précision des messures, etc. En plus, ces développements de miniaturisation peuvent être utilisés dans d’autres domaines donc c’est intéressant. 

    Les cubesats sont toujours envoyés comme charges secondaires et déployés soit depuis une fusée soit depuis l’ISS. Maintenant, la NASA a même créé la « CubeSat LAunch Initiative » pour subventionner les universités, lycées et autres organisations à but non lucratif. De plus le fait que ça soit très standardisé en terme de taille, de plateforme (c’est à dire tout ce qui est fonctionnement du satellite à la fois appareils de communication, pilotage ou sources d’énergie) etc. fait que maintenant on trouve aussi les composants, des capteurs, des kits et plein d’autres choses standardisés à la bonne taille. Si vous voulez voir ça il y a un site qui s’appelle cubesatshop.com vous pouvez y acheter un spectromètre infrarouge miniature de moins de 230g pour 23700€ tout prêt à être installé sur votre cubesat. Ce qui réduit encore le coût bien évidemment

    Conception

    Parlons un peu des aspects techniques…

    Propulsion :

    Pour se déplacer avec un minimum d’énergie plusieurs solutions sont développées : un gaz comprimé relaché, une propulsion chimique, une propulsion électrique mais aussi des voiles solaires qui est une technique utilisant la pression de rayonnement exercée par la lumière, plus précisément les photons, du soleil. Et cette technologie c’était de la SF jusqu’à très récemment, pour moi la voile solaire c’est le vaisseau de Doku dans StarWars II – et la voir se déployer –c’est le cas de le dire- maintenant c’est assez incroyable. C’est d’ailleurs grâce à la technologie Cubesat qu’on a pu démontrer la faisabilité technologique avec NanoSail-D2 en 2010 puisLightSail-1 en 2015 et Light-Sail2 en 2019. Il y en avait un aussi sur Artemis I, le programme pour retourner sur la lune- mais la communication n’a jamais pu être établie.

    Energie:

    Panneaux solaires qui rechargent des batteries lithium ion. L’idée de faire une sorte d’origami avec les panneaux pour avoir une plus grande surface et donc plus d’énergie est parfois mentionnée.

    Utilisation

    Bien évidemment, on ne peut pas faire autant de choses avec un cubesat qu’avec une énorme mission spatiale à quelques milliards d’euros cependant ils ont de multiples utilités dans divers domaines comme la communication, l’observation de la Terre, les projets éducatifs biensur, le militaire, la recherche scientifique ou la démonstration de technologie. 

    La démonstration technologie correspond à des tests de nouveautés technologiques comme pour les voiles solaires. Ça permet en effet de faire des tests pas chers en orbite. Il faut savoir que toute nouvelle technologie développée pour le spatial doit passer différents niveaux de maturité technologique avant d’être embarqué pour des missions spatiales d’envergure. Cette échelle nommée TLR (Technology readiness level) demande de faire des démonstrations de la maturité technologique et selon la taille on peut comprendre qu’un envoi par cubesat est moins risqué surtout s’il faut en faire plusieurs avant d’atteindre les résultats désirés.

    Au niveau des expériences scientifiques on peut par exemple observer la dégradation de molécules, ou de matériaux en orbite lorsque l’on s’affranchi d’une partie de la protection de notre atmosphère. C’est à cet effet que des cubesat sont fabriqués au campus spatial de l’Université Paris Est Créteil par exemple. Car oui, les universités françaises ne sont pas en reste pour les cubesat, mention spéciale au centre spatial de l’université de Montpellier qui déjà lancé 7 Cubesats ! 

     Un autre exemple est celui des cubesats portant un petit observatoire. Les Cubesat sont utiles en astronomie pour étudier le rayonnement des étoiles, le fonctionnement des aurores boréales, les exoplanètes et autres. Le problème des télescopes sur Terre c’est qu’ils n’ont pas accès à toutes les fréquences dans le lointain IR, les UV, les radio fréquence etc. du fait de l’absorption par l’atmosphère terrestre. Evidemment il y a des télescopes dans l’espace comme le JWST (James Webb Spatial Telescope) sauf qu’ils ont de nombreux usages et usagers et par conséquent il y a une forte demande d’heures d’observation qu’il faut répartir entre les utilisations du monde entier. Alors que PicSat, un cubsat français de 3U  peut observer en lumière visible de potentiels transits de la planète géante Beta Pictoris b voire même ses lunes. Ce cubesat a été mis en orbite en 2018, puis s’est arrêté de manière prématuré 2/3 mois plus tard mais depuis 2022 après 4 ans sans nouvelles il s’est remis à envoyer des informations donc il peut potentiellement être réutilisé. L’utilisation pour l’observation des exoplanètes est assez courant, c’est le cas d’autres Cubesat comme CUTE « Colorado Ultraviolet Transit Experiment » de 6U qui a lancé en 2021 et qui a effectué des mesures pendant 27mois et qui a un logo beaucoup trop meugnon avec un petit nounours et un arc-en-ciel. 

    Graphique de la Nanosats Database : https://www.nanosats.eu/

    Alors là je vous parle de Cube que l’on met en orbite autour de la Terre mais les cubesats sont maintenant déployés plus loin et dans les appels pour les futures missions spatiales il y a clairement des demandes pour des projets d’envoi de petits instruments avec une petite charge utile et c’est des concepts type Cubesat qui seront surement emportés. C’était en projet pour la mission Europa Clipper qui a été lancée vers Europe, une des lunes glacées de Jupiter en octobre 2024, même s’il semblerait que dans la version finale de la mission ils n’y étaient pas. La mission MarCO pour Mars Cube One, qui a été lancée en 2018 et qui consistait en 2Cubesat expérimentaux de 6U, pour un poids total de 13,5 kg, avec des panneaux solaires et des batteries a montré la faisabilité. Envoyés en 2018, ces 2 Cubesats (MarCO-A et MArCO-B surnommés EVE et WALL-E) ont permis de faire des tests de relai de télécommunication entre la Terre et la sonde Insight. Un d’eux a aussi été utilisé pour prendre des photos de Mars et des lunes.

    Futur des cubesats ?

    • Projet d’un cubesat en bois   
    • Création d’une constellation de cubesat tout comme on a celles de satellites mais attention lors du déploiement !
    • Et puis pour les universités qui se font un peu damner le pion sur les cubesats l’innovation est maintenant dans les pocketQubes qui sont des cubesat encore plus petit et encore moins cher (oui on n’a pas de thunes à l’université) avec une unité de base de 5cm. Parce que le développement des Cubesat est maintenant totalement dominé par le privé donc certains universitaires se dirigent vers la niche du tout petit cubesat, de quoi jouer aux dés avec l’ISS.

    Je veux fabriquer un Cubesat !

    Vous voulez faire un cubesat mais n’avez pas d’université avec un tel programme à côté de chez vous, ce n’est pas un souci ! 

    Le programme « Fly your satellite » de l’ESA permet aux étudiants de développer leur Cubesat avec l’aide de spécialistes de l’ESA

    Et puis si vous aimés le DIY et avez du temps à revendre vous pouvez tout simplement télécharger CubeSat101 – Basic Concepts and processes for First-Time CubeSat Developers, un dossier de la NASA qui vous explique quoi faire en une centaine de pages ! Vous n’avez pas les blue prints mais comme dit précédemment c’est très standardisé donc tout se trouve et ce document vous dit combien de temps vous prendra chaque étape, la documentation pour un vol certifié, comment avoir des financements, bref tous les aspects de gestion de projet et ou trouver les informations. 

    Bibliographie :

    https://en.wikipedia.org/wiki/CubeSat





    Un temple gallo-romain carré

    Chronique de Cleora présentée dans le cadre de l’émission
    PS536 – Servir carrément la science

    J’aimerais vous parlez d’un type de temple gallo-romain qui a la particularité d’être carré. Et l’idée que je vienne parler d’un truc aussi spécifique ne vient pas de nulle part. En fait, il y en a un pas loin de chez moi, de là où j’habite, en pleine forêt. Des ruines, en tout cas. Parce que quand on parle de gallo-romain, ça veut dire du temps des romains et des gaulois autour du premier et deuxième siècles de notre ère. Ce qu’il en reste aujourd’hui, il n’y a donc plus grand-chose. Tout est caché et bien tapissé sous la forêt. Pour commencer, j’aimerais alors vous raconter la petite histoire de sa découverte.

    Gaston Le Breton

    Comment on sait qu’un temple gallo-romain existait là au beau milieu de nulle part ? Hé bah, on le doit à un riche gugusse qui avait l’habitude de chasser avec ces riches copains à la fin du XIXème siècle dans cette forêt. La forêt d’Eawy de son petit nom. Elle était et est encore un terrain de chasse historique apprécié par les riches du coin. On raconte même que Churchill serait aussi venu chasser par là. Mais bref.

    Le riche gugusse de notre histoire, lui, s’appelle Gaston Le Breton. Un haut bourgeois normand. Un comble pour un normand de s’appeler Le Breton, mais passons… Comme il ne travaillait pas depuis son enfance, il avait plein de temps pour lui et plein de passions, comme voyager, chasser donc et… fouiller des trucs pour les ramener chez lui dans ses musées (Gogny, 2005). Ouais parce que, à l’occasion, Gaston était directeur de plusieurs musées de Rouen.

    Et il aurait trouvé le lieu paumé en pleine forêt intéressant à fouiller, à côté de chez moi, par lenom porté par ce lieu-dit qui est : le Teurtre. Teurtre venant de tertre, c’est-à-dire une colline de terre. Qu’elle soit naturelle ou artificielle. Le mot tertre peut en effet faire référence à un tumulus préhistorique. En 1891 (et publié en 1892) notre Gaston revient alors sur les lieux non pas pour chasser, mais pour se la jouer Lara Croft en venant fouiller (Bulletin de la commission des antiquites de la Seine-Inferieure, p.267).

    Et si je détaille l’anecdote, c’est parce que l’improviste archéologue se la jouait vraiment Lara Croft. Par exemple, juste sur ces fouilles là, il aurait découvert des vestiges gallo-romains, un tumulus préhistorique, avec ses sépultures, et surtout il serait même entré dans une grotte de calcaire préhistorique – tenez-vous bien – par le trou d’un terrier de renard, selon ses dires. Je clos le spectacle en le citant : « Mon apparition [dans la grotte] fit sortir des lapins qui passèrent effrayés entre mes jambes, tandis que des chauves-souris, qui tapissaient la voûte, me frôlaient la figure de leurs ailes. » On ne sait plus si on lit une description scientifique ou le scenario d’un futur Indiana Jones. Bref.

    Fanum

    Au milieu de ses aventures rocambolesques, il décrit les ruines d’un bâtiment manifestement gallo-romain en y retrouvant sur-place les tuiles typiques associées à cette époque, en plus d’autre mobilier typiquement gallo-romain que je ne décrirai pas ici. Ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est le bâtiment. Et ce qu’il en reste, ce sont donc des murs qui dessinent un carré. Pour mon exemple local, un carré d’environ 7 mètres de côté. Voilà un temple gallo-romain qu’on catégorise comme être un fanum (fana au pluriel pour les puristes du latin).

    Un fanum, est donc un temple gallo-romain majoritairement carré, de quelques 10 mètres de côté en moyenne. Ils ont été décrits et catégorisés par un autre normand Léon de Vesly en 1909. Des catégories qu’on utilisent encore aujourd’hui. Et le petite temple à côté de chez moi n’est pas un cas isolé. On en dénombre plusieurs centaines ici et là. De la Bretagne à la Belgique en descendant jusqu’en Suisse. Rien qu’en France, on en compte plus de 800 découverts (Isabelle Fauduet (2010) Les temples de tradition celtique en Gaule romaine).

    Toute cette zone où on retrouve ce genre de temples, regroupe les territoires des peuples celtes et belges que l’empire romain appelaient gaulois. Et ces petites temples ce sont construits après que les romains aient conquis les Gaules. Et même plus particulièrement, environ un siècle après, à partir des années 40 ou 50 du premier siècle. C’est donc sous domination romaine, que ce genre de temples sont apparus dans les Gaules rurales lointaines.

    Temple rural

    Voilà une première particularité de ce temple carré. On ne le retrouve pas partout. C’est une temple typiquement gallo-romain. C’est à la fois gaulois et romain. Ainsi, sur la Côte-d’Azur actuelle qui appartenait à une province bien plus proche de Rome, il en existe aucun ou très peu. À la limite, il existe bien des temples qui ont la même fonction mais beaucoup plus citadins et greco-romains. On peut citer par exemple la Maison carrée à Nîmes qui date à peu près de cette même époque.

    La Maison carrée à Nîmes (2019)
    Photo de Krzysztof Golik partagée sur Wikipedia

    La Maison carrée c’est un temple typiquement romain, encore debout aujourd’hui, et classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Il est certainement un des mieux conservés au monde, avec ses colonnes typiques dont les romains raffolaient, donnant un petit style grec à la manière d’un mini Parthénon. Maison carrée qui n’est pas carrée d’ailleurs mais rectangulaire… Mais bref.

    Par rapport à un fanum gallo-romain rural, le temple romain citadin a beau avoir un peu la même fonction, un peu la même structure de base, c’est quand même fortement différent. Le fanum n’aurait pas eu la même tronche architecturale. La seule chose similaire, c’est que c’est un temple en l’honneur d’une divinité donc, parfois surélevé sur un podium, et dont l’intérieur est strictement sacré, réservé à la divinité. Dedans souvent on y mettait une statue la représentant. Un espace clos interdit au public dont seul les prêtres pouvaient accéder. Cet espace clos on l’appelle la cella.

    Le fanum en 3D

    Voilà ce qu’il y a de commun entre un temple romain et un fanum gallo-romain. La cella construite en rectangle ou en carré est un espace réservé et sacré. Par contre son architecture et même les rituels réalisés étaient différents. Pour savoir à quoi ressemblait un fanum, on ne peut donc pas se fier à la Maison carré de Nîmes qui est purement romain et citadin. À quoi ça ressemblerait du coup un fanum ? Hé bah… on ne sait pas trop.

    C’est toute la difficulté de l’archéologie. On a beau avoir les traces des fondations des murs, la forme réelle que le bâtiment faisait dans tout son volume, dans toute sa hauteur, bah on ne peut pas deviner magiquement à quoi ça ressemblerait. On aucun exemple d’un fanum qui est resté debout. Sauf un. Un seul exemple où des murs existent encore. Celui du temple Janus en Saône-et-Loire, où deux murs en équerre s’élèvent encore de ses 24 mètres de haut.

    Le Temple Janus
    Photo partagée par Benjamin Smith (2025) sur Wikipedia

    La première idée qu’on ait d’un fanum est donc d’un bâtiment d’une petite base carrée de 7 mètres de côté (3 à 9 m de côté), avec des murs qui s’élevaient verticalement à plus de 20 mètres de haut. Ça semblait si haut que, pour l’anecdote, avant qu’on comprenne que ce soit un temple, les archéologues de l’époque imaginaient que ça puisse être une tour défensive ou une tour de guet.

    La cella

    Un fanum c’est donc une simple tour, renfermant un espace sacré carré : ce qu’on appelle la cella. Un espace clos, avec très peu d’ouverture, et une seule porte toujours dirigée vers l’est et dont le toit était toujours en tuiles romaines. L’intérieur logeait une statue représentant la divinité et les murs auraient été très neutres genre tout en blanc. De toute façon, personne entrait à l’intérieur sauf événements exceptionnels et les initiés.

    L’extérieur des murs en revanche était bien plus coloré. Sur mon exemple local, on retrouve des traces d’un enduit jaune, sur d’autres proche de Rouen des motifs dessinés en rouge, et sur des trouvailles plus précieuses des fleurs et des représentations humaines (Stanislas Bossard, 2024).

    Un carré dans un carré

    Voilà à quoi ressemblerait un fanum : un bâtiment carré fermé tourné vers l’est. Mais c’est le cas pour une petite minorité des fanums. Parce qu’en réalité, on a en plus une structure supplémentaire que je n’ai pas encore évoquée. Sur la grande majorité des vestiges archéologiques de ce genre de temple, quand on fouille le sol, les fondations des murs qu’on observe ne dessinent pas un carré mais deux ! Un carré emboîté dans l’autre. Le plus petit carré c’est celui que j’ai décrit jusqu’ici. Le carré de la cella, c’est-à-dire l’espace sacré dont les murs s’élèvent telle une tour.

    Le deuxième carré externe de quelques mètres à peine, est un mur qui l’entoure une fois de plus. Celui-ci s’élèverait moins haut et aurait permis de soutenir un portique ou un préau collé à la tour. Ça permettait alors d’offrir un espace abrité collé à l’espace sacré, tout autour. Ce nouvel espace entourant la cella, on l’appelle la galerie. C’était en fait une sorte de couloir, un déambulatoire.

    Vestige d’un fanum au sud de Rouen
    https://la-londe-rouvray-historique.e-monsite.com/pages/les-temples-gallo-romains.html

    La galerie périphérique

    Et ça, c’est typique des temples gallo-romains, de ces fanums. On ne le retrouve pas sur les temples romains, comme le Maison carrée à Nîmes. Autrement dit, ce besoin d’avoir un couloir périphérique longeant le bâtiment sacré (d’une dizaine de mètres de côté) devait être quelque chose spécifiquement liée à la culture gauloise.

    Dans les faits on ne sait pas trop à quoi ce couloir périphérique servait. La meilleure hypothèse qu’on en garde, c’est qu’un rituel celte de base aurait été de tourner autour du lieu de culte. Rituel qui aurait été gardé au temps gallo-romain et dont les temples ont été structurellement adaptés. Ce second carré renfermerait donc un couloir déambulatoire à proprement parler. Chez les gallo-romains donc, ça n’tourne pas rond, on tourne en carré… Un des arguments allant dans ce sens étant l’usure des sols tellement qu’il était foulé (Stanislas Bossard, 2024).

    « La question du mode de fermeture de la galerie fait aussi débat, puisqu’on ne peut souvent déterminer si elle est à claire-voie, formant un véritable portique, agrémenté de colonnes ou de piliers et qui enveloppe la cella centrale, ou bien si elle est fermée par des murs percés de baies. En revanche, il est assuré que plusieurs temples ont été ceints d’une colonnade en bois ou en pierre. L. de Vesly a ainsi rapporté avoir mis au jour une base tronconique en pierre » (2024)

    Source principale de cette chronique : Stanislas Bossard (2024) Chapitre 1 – Composantes architecturales et organisation spatiale des lieux de culte dans “Sanctuaires et paysage religieux des cités du centre et de l’Ouest de la Gaule Lyonnaise” : https://doi.org/10.4000/12pph

    Un culte romanisé

    Je me répète mais on parle donc bien d’un temple gallo-romain mélangeant un peu des deux cultures, celle gauloise celte (ou belge) et celle romaine s’imposant au quotidien. Avec un gros mot, on parle de romanisation (et de monumentalisation). L’empire romain se réapproprie les sites religieux celtes pour les remettre à sa sauce. Quitte à faire des mélanges entre les divinités locales (Sirona, Rosmerta, Toutatis, Cernunnos…) et les divinités romaines (Mercure, Apollon, Minerve, Jupiter…). Dans la pratique, de ce que j’en comprends, on mixait littéralement un peu tout. Par exemple Mercure, Mars ou Apollon étaient souvent vénérés sous leur noms romains mixés aux noms de divinités celtes locales. Une sorte de créolisation, de syncrétisme, de métissage culturel. (Isabelle Fauduet, 2020 Fait religieux et pratiques cultuelles en Gaule romaine : https://doi.org/10.4000/nda.9892 ; Les religions dans le monde romain (2019) sous la direction de Marie-Odile Charles-Laforge : https://doi.org/10.4000/books.apu.742 ; INRAP 2016)

    Et même chose au niveau de l’architecture donc, où la standardisation romaine s’adapte aux rituels celtes locaux. Depuis l’occupation romaine, on remplace les lieux de cultes celtes ouverts et en bois, par un temple, en dur, en pierre, maçonné et fermé. Ce fameux fanum. Mais en gardant un certain couloir ouvert. Le fanum est donc plus qu’un indice de lieu de culte, c’est un indice archéologique de romanisation des Gaules. Avoir son petite temple fermé, son autel et sa statue de divinité, tout ça, c’est très romain.

    « [La] répartition spatiale des différents types identifiés, étendue, indique les partis architecturaux ne sont pas spécifiques à certaines cités, mais que les formules adoptées lors de la conception des temples sont souvent sélectionnées parmi une gamme préexistante de plans. » (Stanislas Bossard, 2024) (« D’autres lieux de culte ont été indubitablement construits, par exemple, à l’emplacement d’une agglomération gauloise désertée ou d’une nécropole protohistorique. »)

    Une idée de reconstitution
    https://la-londe-rouvray-historique.e-monsite.com/pages/les-temples-gallo-romains.html

    Un culte romanisé
    Ça c’est dans la structure et l’architecture, mais dans la pratique et les rituels là aussi tout est romanisé. Je viens d’évoquer les divinités mixés et mélangés, mais on peut parler aussi des cérémonies religieuses par le feu. Au sein de la cella, l’espace clôt sacré, on y faisait brûler un feu. Qu’est-ce qu’on y brûlait ? Sûrement des offrandes, animale ou végétale. Peut-être de l’encens pour créer une ambiance. Peut-être même était-ce un feu continuellement brûlé, telle la flamme olympique. Rien n’est certain. Dans tous les cas, que le feu ait une place au sein du lieu de culte semble assez nouveaux pour les celtes. C’est plus la culture romaine qui aurait petit à petit imposée l’idée.Dernier indice de romanisation des rituels, après le feu vient celui de l’eau. Dans la culture romaine l’eau prend une place importante. De l’hygiène des thermes, au drainage des sols au passant par les célèbres aqueducs. Les lieux de culte ne dérogent pas à la règle. Par l’eau on purifie les offrandes et on purifie le corps en se lavant les mains. Que les vestiges d’un fanum se retrouvent aujourd’hui quasiment toujours à côté d’un point d’eau (artificiel ou naturel) n’est donc pas un hasard.

    Organisation spatiale

    De manière encore plus générale, c’est toute l’organisation spatiale du sanctuaire qui s’est petit à petit modifié aux normes romaines : à côté d’un point d’eau, pas loin d’une voie romaine et très souvent en hauteur. Enfin, pour terminer, plus vastement le terrain sur lequel le temple est construit est lui aussi sacré et délimité, telle une parcelle de cadastre. (C’était déjà le cas durant l’époque celte. On parle d’enclos et de péribole). Et, comme si on avait pas assez de carrés dans cette chronique, cette délimitation de parcelle pouvait quelques fois elle-même aussi être carrée (Stanislas Bossard, 2024).

    Pour résumer, un fanum est une tour carrée, entourée d’un déambulatoire carré, et qui pouvait parfois être construit sur une parcelle sacrée elle-même délimitée de manière carrée. Mais ce n’est pas une généralité. Pour être très carré et honnête dans ma chronique, en réalité un fanum peut être construit sous d’autres formes. Certes le carré est la forme majoritaire qu’on retrouve, mais il pouvait tout aussi bien être rectangulaire, octogonal ou circulaire.

    Voilà donc si vous habitez en Europe de l’ouest et que vous trouvez les vestiges d’un carré emboîté dans un autre – que ce soit en forêt, dans un champ ou sur une image satellite – bah il y a des choses que ce soit un fanum, ce fameux temple gallo-romain.