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Podcast Science 527 – Les aliénés de Bourneville

Certaines émissions de Podcast Science constituent des odyssées particulières. C’est le cas de celle de ce soir, reportée deux fois depuis Janvier 2025, et qui devait initialement accompagner une exposition du Musée de l’Histoire de la Médecine sur le Dr Bourneville. Autant vous dire que l’exposition a fermé ses portes depuis belles lurettes. Mais le sujet reste passionnant, et nous sommes heureux de vous en parler ce soir (5 mois de préparation, normalement on est prêt…). Nous sommes le Mercredi 14 mai 2025 et il s’agit de l’épisode 527 de Podcast Science. Bonne écoute.

Tour de table

  • Pascal du côté de l’Alsace
  • Cleora en Normandie
  • nos deux invitées : Agnès Sandras et Alice Aigrain
  • Pour jouer le rôle de MC, moi-même Pierre aka Taupo depuis Paris aux côtés de ma compagne Elise

Références et Liens

➡️ https://u-paris.fr/bibliotheques/exposition-photosaintgermain-docteur-bourneville

Citation

“Ce fut lui aussi qui, dans sa sollicitude pour le malade indigent, réclama au passant le journal et la brochure qu’on abandonne après lecture.”

Une nécrologie évoquant Désiré Magloire Bourneville

“Évidemment les archives ne sont pas neutres, elles incarnent le pouvoir inhérent à l’accumulation, la collection et le stockage autant que le pouvoir propre à la maîtrise du lexique et des règles du langage. Pour la culture bourgeoise, le projet photographique lui-même a été identifié dès son origine, non seulement comme rêve d’un langage universel, mais aussi comme réalisation d’archives et de répertoires globaux, selon le modèle des bibliothèques, encyclopédies, jardins botaniques et zoologiques, musées, fichiers de police et banques.”

Allan Sekula (1983) Reading an Archive : Photography Between Labour and Capitalism

#PS529 – Chronique – Hugo: biais andromorphiques dans la recherche en biologie

Chronique d’Hugo présentée dans le cadre de l’émission radio-dessinée #PS529 “Podcast Science ressort du placard” enregistrée à Strasbourg le 7 juin 2025

“La biologie est mâle-biaisée”

Notre histoire commence dans les laboratoires, où les expérimentations sont faites sur des modèles animaux. Alors oui, désolé je vous le dis d’emblée, je vais faire l’impasse sur le bien-être animal. Non pas que ce ne soit pas un sujet passionnant, mais je préfère me concentrer sur autre chose et il y a pas mal à dire. 

Les organismes modèles donc, sont les fameuses souris de laboratoire, ces petits rongeurs blancs qui ont beaucoup de points communs avec les humains et qui sont bien pratiques quand il s’agit d’étudier la neurologie, la physiologie ou tout autre domaine de la biologie et de la médecine.

Traditionnellement, beaucoup d’études n’utilisent que des souris mâles. Le choix d’exclure les souris femelles n’est pas totalement injustifié : le principal argument étant que leurs cycles hormonaux causeraient une trop grande variabilité comportementale et physiologique et que cela rendrait les données récoltées trop compliquées à analyser et à interpréter.

Le choix de ne considérer que la moitié des représentants d’une espèce animale modèle n’est pas anodin, ça modifie quand même pas mal notre modélisation de la réalité biologique. On pourrait donc s’attendre à ce que cette décision ait été prise suite à un processus méthodologique rigoureux et objectif. N’est-ce pas ? Eh bien, il n’en est rien : cette pratique s’avère être issue d’une croyance générale répandue chez les chercheurs (majoritairement des hommes) et qui a perduré au fil des années pour des questions d’habitude et de conformisme. Il a été démontré que de nombreux domaines de recherche en biologie ont une surreprésentation des mâles dans leurs études avec la neurobiologie en tête où il y aurait 5 fois plus d’études avec des modèles mâles qu’avec des modèles femelles. 

Mais attendez, notre histoire ne s’arrête pas là ! En laboratoire, les souris sont hébergées en petits groupes de quelques individus. S’il n’y a que des mâles dans ces collocations des rapports hiérarchiques apparaissent, ce qui a tendance à altérer le taux de certaines hormones, comme la testostérone, qui peut être jusqu’à 10 fois plus élevé chez le mâle dominant que chez les mâles subordonnés. Rassurez-vous, c’est un phénomène connu depuis longtemps, ces fluctuations hormonales chez les souris mâles sont considérées comme une “variabilité naturelle” et sont donc tout simplement acceptées ou ignorées. Vous vous souvenez pourquoi les souris femelles étaient exclues des études ? Accrochez-vous, on n’en a pas fini avec l’ironie…

En 2014, une méta-analyse sur plus de 300 études a montré qu’il n’y avait pas plus de variabilité dans les données récoltées sur des souris femelles que sur des souris mâles, et ce pour des mesures physiologiques, en biologie cellulaire, et en biologie comportementale.

Ce n’est finalement qu’en 2016 qu’il est rendu obligatoire, pour les études biomédicales en Amérique du Nord, d’avoir un sexe-ratio équilibré chez les animaux étudiés, donc d’avoir autant de mâles que de femelles, et de considérer le sexe comme une variable à part entière afin de s’affranchir du biais induit par la surreprésentation « traditionnelle » des mâles. 

Ouf ! Il en aura fallu du temps pour se défaire d’un biais sexiste ! Ça peut prêter à sourire, soupirer, rouler des yeux, souffler fort de l’air par le nez, ou toute autre réaction que vous affectionnez avec ce genre d’anecdotes, mais toutes ces années de quasi-monopole des mâles en tant que modèles d’études en recherche neurologique et biomédicale auront été autant d’années de retard dans la considération de tout organisme dont le fonctionnement biologique s’éloigne un peu trop de celui d’une souris mâle.

Alors, certes on retrouve des biais sexistes dans la recherche appliquée à l’espèce humaine, mais pas que ! On en retrouve aussi dans la recherche sur les animaux sauvages. Et oui !

Car il n’est pas tout d’inclure des femelles à part égale dans les échantillons, encore faut-il qu’elles soient autant considérées que les mâles.

Un bon exemple pour illustrer ce genre de biais de représentation est l’utilisation du mot anglais “promiscuous” (pro-misse-quiou-eusse). C’est un terme relativement ancien qui peut avoir plusieurs définitions, à l’origine il signifie “indistinctement”, ou “de manière indifférenciée”, mais il est surtout utilisé aujourd’hui pour définir une personne qui a beaucoup de partenaires sexuels, disons quelqu’un de “volage” pour rester poli. Parce que c’est un terme du langage courant plutôt péjoratif, un peu ambigu et absolument pas issu d’un vocabulaire technique. Il est malgré tout utilisé régulièrement dans des publications scientifiques pour décrire des comportements sexuels animaux. Pourtant les alternatives existent. Quand les animaux ont des partenaires multiples, il est beaucoup plus juste de parler de polygynie, de polyandrie ou encore de polygynandrie.

Une étude a recensé “promiscuous” dans différents journaux scientifiques et le constat est clair : parmi les publications où ce mot est utilisé, il désigne des femelles dans la très grande majorité des cas. C’est problématique dans les deux sens du terme ! Enfin je veux dire, c’est problématique pour les deux définitions de “promiscuous”. Car dans les comportements de reproduction des animaux, il y a très souvent un choix actif du partenaire de la part des femelles, elles ne vont pas “indistinctement” vers le premier mâle venu, mais ces comportements actifs de la part des femelles ne sont pas si souvent étudiés. Quant au côté “volage”, je dirais qu’on se passe bien des jugements moraux quand on étudie la biologie de la reproduction des espèces sauvages. N’est-ce pas ?

Pourtant, les comportements sexuels des animaux sont souvent présentés avec des termes propres à la morale humaine : “adultère”, “fidélité”… ou même chez une espèce où le mâle s’occupe des petits, il n’est pas rare que ce comportement soit décrit comme une “inversion des rôles”, sous-entendu que les rôles par défaut sont les mâles en compétition entre eux et les femelles dans le soin aux jeunes. C’est vrai pour plusieurs espèces oui, mais le règne animal est suffisamment vaste pour que ça ne soit pas non plus un modèle standard. 

Bref, vous l’aurez compris, le choix des mots est important pour ne pas trop projeter notre propre culture sur les animaux sauvages. Alors on peut dire que je suis tatillon, que je cherche la petite bête, que ce n’est pas si grave, mais la production scientifique créée le cadre avec lequel on regarde et on comprend notre monde. 

Tenez, prenons la base de la reproduction animale sexuée : les gamètes, spermatozoïde et ovule. Durant très longtemps, la manière de présenter la fécondation était plutôt, disons, “asymétrique”. 

Par exemple, on pouvait lire dans des ouvrages de médecine que les spermatozoïdes sont “produits” alors que les ovules sont “excrétés”. Puis que les “courageux” spermatos vont parcourir un “voyage périlleux” pour rejoindre l’ovule qui attend “passivement”, voire qui “descend” ou “tombe”. Puis un de ces braves petits soldats va “décider” de forcer le passage pour pénétrer à l’intérieur de l’ovule qui se fait alors féconder. OK j’en fais un peu des caisses, mais on n’est pas si loin de la représentation collective du processus avec des spermatos proactifs à qui on donne des valeurs de bravoure et de sacrifice, et un ovule passif qui ne fait rien à part recevoir.

Alors que dans la réalité un spermatozoïde est incapable de forcer quoique ce soit, il est intégré à l’ovule par un jeu de mécanismes de protéines sur la membrane cellulaire. D’ailleurs, petit fait amusant, ces protéines membranaires se complètent à la manière d’une serrure avec une forme de « verrou » d’un côté et une forme de « clé » correspondante de l’autre. Le spermatozoïde, dans sa représentation glorifiée de gamète actif s’est vu attribuer ce rôle de « clé » qui va déverrouiller l’ovule. Et ce même dans le nom donné à la protéine concernée. Mais vous savez quoi ? Dans la réalité, c’est le spermatozoïde qui a les protéines « verrou » et l’ovule qui a les protéines « clé ».

Le petit souci quand on raconte des histoires sur la biologie, c’est qu’on construit une narration, une fable, et que les protagonistes peuvent être personnifiés. Et, volontairement ou involontairement, on peut finir par se retrouver avec des gamètes carrément genrées. A partir de là, il suffit de pas grand-chose pour se mettre à genrer tout et n’importe quoi. Les comportements animaux, ou même les hormones. Tenez, si je vous dis “testostérone” vous me dites ? Mâle. Et si je vous dis “œstrogènes” ? Femelle. Oui, ces hormones ont des taux moyens différents entre les sexes biologiques et ont un rôle important dans leur différenciation, mais il n’y a en soit aucune raison de les masculiniser ou féminiser. Quasi-tous les organismes produisent ces hormones, qu’ils soient mâles, femelles ou autres. Et oui “autres”, je ne vous parle que de sexes binaires depuis tout à l’heure, et c’est déjà en soit un narratif plus ou moins réducteur sur la réalité biologique. La définition du sexe est relativement floue si on prend un peu de recul vis à vis des gamètes, mais c’est compliqué pour les scientifiques de tout prendre en compte.

Je m’explique. Dans les méthodes scientifiques, on va au plus simple : en écologie par exemple, on étudie surtout au niveau des espèces et des populations. La variabilité individuelle, les différences entre tel ou tel individu, quand on en considère des milliers, on s’en fout un peu : c’est surtout du bruit dans nos données. Pour étudier un système aussi complexe que le monde vivant, c’est très pratique, voire indispensable, de se construire des cases : “espèce”, “famille” ou “sexe”. C’est pratique de ranger, de compartimenter, de standardiser. C’est pratique mais ce n’est pas tout à fait juste : c’est une représentation schématique, simplifiée, dans le but de se faciliter la tâche (et c’est bien normal, on n’avancerait pas sinon). Mais le risque, si on ne fait pas gaffe, c’est de se retrouver prisonniers de ces cases, de restreindre sa vision au cadre qu’elles imposent et de répéter ce schéma, à chaque fois avec un peu moins de recul et de nuance. Jusqu’à considérer ce cadre conceptuel comme un modèle standard.

Alors, plus que jamais, nous devons continuer d’explorer et de raconter le monde vivant mais en ouvrant notre regard au-delà des cases que nous nous imposons. Il est important d’avoir conscience de la diversité et de la variabilité biologique des individus, car si elle n’est pas mise en avant dans les résultats scientifiques et les histoires que l’on raconte, elle ne fera pas partie de notre représentation du monde. En s’y mettant ensemble et de bon cœur, on peut redonner toute leur place aux notions de continuums, de continuités, de spectres et de nuances qui sont l’essence du vivant, et sans y projeter notre subjectivité. Ouvrons les cadres, bougeons les curseurs et bientôt la biologie ne sera plus mâle-biaisée !

#PS529 – Chronique – Alan: 10 ans hors du placard

Chronique d’Alan présentée dans le cadre de l’émission radio-dessinée #PS529 “Podcast Science ressort du placard” enregistrée à Strasbourg le 7 juin 2025

On a fait notre premier point sur les questions LGBTQIA+ il y a exactement 10 ans sur Podcastscience. Premier, et dernier point jusqu’à aujourd’hui, puisque tout occupés que nous étions à parler de terre, de feu, d’eau et d’air entre 2 épisodes de biologie, d’astrophysique ou de l’infinité de sujets évoqués sur le podcast, eh bien, nous n’étions tout simplement pas revenus cette question.

À l’époque on avait fait, entre autres chroniques, le point sur le panorama des sexualités et des orientations. On avait aussi parlé de représentation au cinéma et dans les jeux vidéo. Autant d’indicateurs de progrès dans la lutte pour un monde plus juste et plus inclusif pour toutes les minorités. 

Mon but aujourd’hui est de faire un petit point sur l’évolution de la situation. 10 ans après la sortie du placard de PodcastScience, ça va mieux ? C’est pire ? C’est pareil ? Serait-on mieux dans le placard ou est-on mieux dehors ? Et d’ailleurs, est-ce qu’on parle toujours de ces sujets de la même manière ? 

Et bien figurez-vous que pas vraiment… Qui n’a jamais entendu dire qu’il n’y aura bientôt plus assez de lettres dans l’alphabet pour représenter toutes les facettes des orientations et des identités queer ? 

LGBTQQIAAPS2S : ce que signifie chaque lettre

C’est vrai que LGBTQQIAAP2S+, ça commence à faire un peu long. Si c’est OK pour vous, je vais parler de LGBT+ à partir de maintenant. On en est bien conscient dans les milieux de la recherche, et on parle plus volontiers aujourd’hui de diversités SOGIESC

SOGIESC

SO pour Sexual Orientation.
GI et E pour Gender Identity & Expression.
SC pour Sex Characteristics.  

Au lieu d’avoir des petites cases plus ou moins exclusives où on essaie de faire rentrer tout le monde, on a plutôt des continuums sur des axes qui peuvent se combiner, comme on peut le voir dans cet outil de l’Université de Genève :

https://www.unige.ch/ssi/files/8116/9744/9272/index.html 

Slide : terminologie LGBTIQ vs Diversité SOGIESC

Ça a l’avantage d’inclure absolument tout le monde (queer ou pas) et de permettre toutes les nuances des continuums. Par contre, c’est inconnu du public, difficile à expliquer et à mesurer. Et cela comporte un risque de déni des besoins spécifiques… Rendez-vous en juin 2035 pour voir si la sauce SOGIESC a pris 😉 

Pour les personnes présentes dans la salle et celles qui consulteront les notes d’émission, j’ai piqué la slide au Dr. Raphaël Bize, médecin chercheur à Unisanté (où je travaille aussi), spécialiste des questions SOGIESC, qui malheureusement ne pouvait pas êtres nôtres aujourd’hui, mais qui m’a permis de taper dans sa présentation et qui vous passe le bonjour 😉 

Puisque je suis dans les slides de Raphaël, je vais lui en piquer deux autres, que je trouve fascinantes ! 

Slide : évolution de la proportion de personnes LGBT+ selon les générations

La première concerne l’évolution de la proportion des personnes LGBT+ selon les générations. Ou plus précisément, la proportion des personnes qui s’identifient comme LGBT+ quand on leur pose la question, comme dans ce sondage Gallup de 2021. Si vous vous souvenez, il y a 10 ans, la littérature scientifique estimait la population LGBT+ entre 3 et 5 % de la population totale. Les milieux associatifs, eux, parlaient en général de 10-20%. 

Et bien les chiffres ont bien évolué depuis. 

  • Chez la génération silencieuse (née avant 1946), 1.7% des sondés déclarent appartenir à la communauté LGBT+. 
  • 2.7% chez les boomers (nés entre 1946 et 1964). 
  • 3.3% chez la génération X (nés entre 1965 et 1980). 
  • 11.2% chez la génération Y (nés entre 1981 et 1996). Truc de ouf !! 
  • Et attention, roulement de tambour, on arrive à 19.7% de la population qui s’identifie comme LGBT+ chez les Gen Z nés entre 1997 et 2003. 

Ces chiffres ont 4 ans, ça a probablement encore changé depuis. 

Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’il y a un truc dans l’eau du robinet ? Les gens deviennent de plus en plus queer avec les années ? Ou alors, comme le craignent les milieux réactionnaires, qu’il y a un effet de mode ou un phénomène de contagion sociale à force de voir des artistes non-binaires à l’Eurovision ? 

Raphaël Bize répond à cette question avec une autre question, que je trouve excellente.

Lateralité : proportion de gauchers dans la population à différentes époques

Pour les poditrices, teurs, et x qui écoutent cette chronique en faisant la vaisselle, un jogging ou qui sont en train de piloter un vélo ou un avion de chasse, on voit à l’écran un courbe sur une ligne de temps, qui est assez stable dans le temps, à 10% environ, qui chute progressivement tout au long du XIXe siècle pour se retrouver à 3% environ en 1900 au tournant du 20e siècle. La courbe remonte gentiment à partir de ce creux jusqu’à plus de 10% dès les années 1950, et elle n’est jamais redescendue depuis. 

Il s’agit de la mesure d’une caractéristique humaine (un de ces comportements dont on fait volontiers une identité) dans les sociétés industrialisées ou non au cours des XIXe et XXe siècles. Une idée de quoi il s’agit ? 

Il s’agit de la proportion de gauchers dans la société. La latéralité est une caractéristique en partie héréditaire, et les gauchers étaient très mal vus à l’époque victorienne. On a forcé tout le monde à se comporter comme des droitiers, ce qui explique la courbe. Mais depuis qu’on fout la paix aux gauchers et qu’on les laisse faire la nature, les chiffres sont remontés comme par magie ! 

L’hypothèse ici est que l’évolution des identités LGBT+ au sein des nouvelles générations est très probablement de la même nature. Bien loin d’un phénomène de mode ou de contagion sociale, on est plutôt dans une situation où les jeunes acceptent plus facilement leur homosexualité, bisexualité, asexualité, non-binarité, transidentité ou toute autre caractéristique SOGIESC. Quand on n’est pas systématiquement menacé de bûcher, de camp de concentration, de “thérapie de conversion”, d’exclusion sociale, de harcèlement, forcément, ça aide ! 

Dessin réalisé en live pendant l'émission

Après plusieurs siècles d’influence de religions monothéistes profondément lgbtphobes, les choses ont l’air de changer enfin ! 

Alors, ça va mieux qu’il y a dix ans ? 

Eh bien, j’ai envie de faire une réponse de Normand. Ou de biologiste. Ou de biologiste normand : “ça dépend”. De où, de quand et des événements du moment…

Désolé pour les poditeur-ices-ixes qui nous écoutent en conduisant ou qui ont perdu le signal internet dans le métro ; j’ai beaucoup de choses à montrer aujourd’hui… Une fois n’est pas coutume. Je vais faire de mon mieux pour décrire ce qu’on voit à l’écran. 

ILGA Rainbow Map 2015

Il s’agit de la carte arc-en-ciel de 2015, la fameuse Rainbow Map éditée chaque année par ILGA-Europe, la branche européenne de l’association internationale Lesbienne, Gay, Bi,Trans et Intersexe. 

L’association a défini des critères (il y en a 75 aujourd’hui) pour mesurer les inégalités de traitement entre les personnes LGBT+ et le reste de la population. Cela concerne surtout des aspects de santé et de droit,  comme le droit de se marier, la protection contre les violences lgbtphobes, l’existence de lois contre les “thérapies de conversion”, le droit de servir à l’armée, de donner son sang, de changer son état-civil, entre autres. Les scores sur cette carte sont exprimés en pourcentage. Plus on est vert, plus on s’approche de 100%. Plus on est rouge, et plus on s’approche de 0%. En 2015, par exemple, on trouvait l’Azerbaidjan en queue de peloton, bien rouge, avec un score de 5%. Au coude à coude avec la Russie, pas loin derrière avec 8%. Les locomotives en 2015 étaient le Royaume-Uni avec 86%, la Belgique au coude à coude avec 83%. Malte avec 77%. Les pays scandinaves et les Pays Bas, l’Espagne, le Portugal avaient tous des scores honorables. La France 65%. Elle remplissait 2 critères sur 3 en 2015, pas mal du tout. Surtout si je compare le score avec celui de mon pays, la Suisse, qui faisait à peine mieux que la Pologne et l’Italie avec 28% seulement. Même pas un critère sur 3 !!!

Malheureusement pour la comparaison, mais heureusement en vrai, l’ILGA a revu ses critères en 2020, pour refléter les réformes entreprises par certains pays comme Malte qui était pionnière in introduisant des lois robustes sur l’identité de genre, les droits des personnes intersexe, et une réforme de son programme d’éducation sexuelle.

ILGA Rainbow map 2020

Bref, en 2020, la France dégringolait au classement passant de 65% à 56%. Non pas que les droits aient fondamentalement régressé… Ils n’ont juste pas suivi les tendances les plus novatrices. En Suisse, on était toujours dans le jaune à 36%. Ce qui est quand même mieux que les 28% de 2015 ; un progrès tout à fait honorable compte tenu de la nouvelle grille d’analyse et de la lenteur inhérente au fédéralisme suisse et disons-le, de la légendaire résistance au progrès de certains de mes compatriotes… Rappelons que les femmes n’ont eu le droit de vote au niveau fédéral qu’en 1971 ! 

L’ILGA publie chaque année cette carte arc-en-ciel le 17 mai, à l’occasion de la journée mondiale contre les LGBT-phobies. La dernière mouture est donc disponible depuis quelques semaines :

ILGA Rainbow Map 2025

La France a retrouvé une place honorable avec 62%. Les locomotives aujourd’hui sont Malte (88%), la Belgique (85%), l’Islande (84%). On voit une polarisation de plus en plus nette entre une Europe de l’Ouest globalement de plus en plus verte (même la Suisse est enfin en vert désormais avec un score de 50% !!!) et une Europe de l’Est de plus en plus rouge, dans le sillon de la Russie désormais à 2%. Le score du Royaume-Uni s’effondre dans le sillon du Brexit. Mon 2e pays, autrefois pionnier des droits LGBT+ est maintenant à la ramasse avec un score de 46% seulement, une montée de la criminalité et des violences LGBTphobes en particulier. Et la carte a été publiée juste avant la récente décision de la cour suprême britannique de forcer les hommes trans à utiliser les toilettes des femmes et vice-versa. Cette évolution catastrophique m’emplit de tristesse. Un petit mot sur la remontada de la Suisse quand même… On a toujours 20 ans de retard sur tout le monde, mais il s’est quand même passé plein de trucs ces dernières années : 

  • Révision de l’article 261bis du code pénal en 2020 (qui condamnait les insultes racistes. Cet article condamne désormais également les violences verbales à caractère homophobe. Malheureusement pas encore les insultes transphobes…) 
  • On a connu une facilitation du changement de genre à l’état civil en 2022
  • Puis le mariage civil pour toutes et tous en 2022 (par plébiscite populaire après qu’un parti religieux et populiste a bloqué la décision favorable du parlement et exigé un référendum)
  • Et finalement, le 1er novembre 2023 : levée des dernières discriminations homophobes au don du sang (j’ai pu donner mon sang ce jour-là pour la 1e fois et c’était un moment particulièrement émouvant !)
Alan au Centre de prélèvement de sang de Lausanne Epalinges le 1er novembre 2023, 1er jour de la levée de l'interdiction du don du sang pour les hommes gay en Suisse

À en croire ces chiffres et mon expérience, donc, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes en Suisse en ce moment… Pourtant pas plus tard que dimanche passé, la Radio Télévision Suisse postait ceci sur un de ses comptes Instagram :

Capture d'écran d'un post Instagram de la RTS : Selon une enquête de l’institut GFS Berne, « En Suisse, 1 personne LGBTQ+ sur 4 déclare avoir subi une agression physique ou sexuelle au cours des 5 dernières années »

Selon une enquête de l’institut GFS Berne, « En Suisse, 1 personne LGBTQ+ sur 4 déclare avoir subi une agression physique ou sexuelle au cours des 5 dernières années ». Sur les cas signalés, la moitié concernait des agressions envers des personnes trans. Ce qui n’est pas du tout surprenant dans cette ambiance créée par ces populismes d’extrême-droite qui prospèrent partout sur la planète, même dans les démocraties occidentales où on s’y attendait le moins.

En conclusion, ça va mieux ou moins bien ? Pour mettre les choses en perspective, je regardais il y a quelques jours un documentaire du Guardian sur les derniers jours de la criminalisation de l’homosexualité sur l’Île de Man (entre l’Angleterre et l’Irlande) en 1992 !

La police y chassait avec zèle les hommes qui avaient des rapports sexuels avec des hommes. Les médias publiaient leurs noms dans la presse ! Cela a donné lieu à des suicides… C’était digne de la Russie d’aujourd’hui et ce n’était pourtant pas si loin. Et contemporain pour bon nombre d’entre nous ! 

Donc, globalement, sur ces 30 dernières années et en Europe occidentale du moins, ça va mieux. Et même plus spécifiquement sur ces 10 dernières années : à fin juin 2015 seuls 17 pays proposaient le mariage pour toutes et tous. Aujourd’hui, le chiffre a plus que doublé puisque le mariage pour toutes et tous existe dans 38 pays, dont la quasi totalité de l’Amérique du Sud et un premier pays en Asie avec la Thaïlande. Progrès indéniables, donc. On est mieux hors du placard ! Mais franchement, ce n’est pas encore ça… Rien n’est acquis comme le montre l’exemple du Royaume-Uni ! La Russie a régressé. La Hongrie aussi. On ne parle même pas de l’Ouganda ! La montée des nationalismes et disons-le carrément, des fascismes, un peu partout dans le monde laisse présager des régressions dans les efforts pour un monde plus inclusif avec des droits égaux pour toutes et tous. On constate une recrudescence des crimes LGBTphobes un peu partout ces dernières années !

Alan, croqué par Mel pendant l'événement

Alors, je vous propose de continuer ce qu’on fait le mieux sur Podcast Science… Continuons d’aiguiser notre sens critique, d’ouvrir nos cœurs aux personnes qui en ont le plus besoin et faire ce que nous pouvons, à notre petit niveau, pour un monde plus juste et plus inclusif et qui base ses décisions sur des faits et de la connaissance plutôt que sur des peurs et des préjugés. Soutenons-nous les uns les autres. Respectons-nous les uns les autres. Cessons de nous cancel les uns les autres, car on ne serait pas assez ceci ou cela. Mais célébrons nos diversités ! Il y a de la place pour tout le monde. 

Bon mois des fiertés ! 

#PS529 – Chronique – Cleora: dysphorie de genre

Chronique de Cleora présentée dans le cadre de l’émission radio-dessinée #PS529 “Podcast Science ressort du placard” enregistrée à Strasbourg le 7 juin 2025

TW : suicide
Dysphorie de genre

Euphorique chronique

Avez-vous déjà connu un sentiment de joie et de sérénité intense, au point d’avoir l’impression d’être à sa place dans ce monde, et à l’aise dans son corps nous faisant ressentir que du bien-être, un flow continue vivant la partition qui nous correspond ? Ça, cette sensation, c’est ce qu’on appelle l’euphorie. Un état de sérénité intense. L’inverse, c’est ce qu’on appelle la dysphorie.

Être dysphorique, c’est ressentir un inconfort, une souffrance, une insatisfaction, un décalage entre nous et le monde qui nous entoure. C’est ça, la plupart du temps, la dysphorie dans sa définition la plus générale. Et pas qu’un simple état de déprime ou de déception passager.

Naître dans le mauvais corps

Quant à la dysphorie de genre, c’est donc cet état d’inconfort – de souffrance psychique voire physique – mais spécifique au genre. S’identifier à un genre particulier mais tout en ressentant une certaine souffrance sous-jacente. Reste à savoir pourquoi cette souffrance existe. Pourquoi cette dysphorie existe.

La plupart du temps, la phrase qui revient souvent pour expliquer le plus simplement cette souffrance est : « je suis né·e dans le mauvais corps ». Par exemple, si je suis né biologiquement homme mais que je me considère aujourd’hui comme une femme. La dysphorie de genre concerne donc majoritairement les personnes trans. Trans pour transgenres, c’est-à-dire les personnes nées sous l’étiquette imposée homme ou femme mais qui s’identifient à une autre identité de genre.

Identité biologique Vs Identité psychologique

Il y a alors un écart entre l’identité biologique assigné, imposé dès la naissance, et notre identité psychologique subjective vécu au dans la vie de tous les jours. Dit encore plus rapidement, un écart entre notre sexe biologique et notre identité de genre. Au lieu du mot écart on parle dès fois d’inadéquation ou mieux d’incongruence de genre. On pourrait aussi parler de dissonance de genre. Et quand cette incongruence, cet écart, cette dissonance devient une souffrance, on parle alors de dysphorie de genre. La dysphorie c’est avant tout une souffrance.

Ça peut s’exprimer notamment par le dégoût de certaines parties de son corps parce que ça nous rappelle que son corps exprime les traits du genre auquel on ne s’y identifie pas. On peut penser à toutes les caractéristiques sexuelles secondaires du corps. Reviennent souvent, la taille des hanches ou la taille des cuisses parce que trop liées à la perception d’un corps féminin par exemple. Ou encore la pilosité, la voix, la poitrine, la forme de la mâchoire, la taille même…

Dysmorphophobie Vs Dysphorie

Il faut bien la séparer la dysphorie de genre d’un simple complexe physique ou de la dysmorphophobie. La dysmorphophobie c’est une gros des pensées omniprésentes et négatives sur une partie de son corps ou son corps en entier, que ça c’est trop moche et trop laid ou que ça c’est trop bizarre et difforme, comme croire un défaut horrible parce que son œil gauche est immensément plus grand que son œil droit.

La dysphorie de genre ce n’est pas ça. Ou en tout cas ça peut, mais pas spécifiquement. Le corps ou la partie du corps est perçu·e comme un défaut, oui ok, mais surtout parce que ça fait référence au genre auquel on ne s’y identifie pas. Dysphorie et dysmorphophobie sont toutefois des souffrances qui peuvent tout aussi violentes et sévères des troubles du comportement alimentaire jusqu’aux idées et comportements suicidaires.

Identité sociale

De la plus simple définition, pour faire comprendre rapidement ce qu’est la dysphorie de genre, c’est donc être né·e dans le mauvais corps. Ça sous-entend alors être né avec un corps biologiquement masculin mais s’identifier comme une femme. Inversement, être né biologiquement dans un corps féminin mais s’identifier comme un homme. Pour certaines personnes concernées, la dysphorie de genre se limite à ça. Mais c’est toutefois fortement réducteur quand on parle de dysphorie dans sa globalité. D’une part, parce qu’il n’y a pas que deux cases binaires (homme/femme), mais tout un spectre de différents genres qui existent (queer, fluide, non-binaire, etc.). Et d’autre part, parce qu’une dysphorie de genre n’est pas uniquement physique liée au corps.

Parce que le genre, ça ne se limite pas à un rapport de soi à soi-même. C’est surtout une construction sociale, un rôle social, allant de l’expression de ses comportements, jusqu’aux regards des autres sur soi. En plus de l’identité biologique et de l’identité subjective, on doit donc en ajouter une troisième, et pas des moindres, celle de l’identité sociale.

Petite histoire d’infantilisation

Pour les personnes à qui la dysphorie ne parle pas du tout, et qui ne voient pas de lien avec l’identité sociale, ou qui n’ont jamais été stigmatisées, je peux tenter une petite histoire à vous partager. Imaginez. Vous êtes au supermarché et vous passez à la caisse. Vous posez alors vos produits sur le fameux tapis roulant là, quand ce n’est pas une caisse automatique. Et puis tout à coup la personne derrière vous, vous tutoies en disant : « c’est pas très bon pour la santé ça, tu ne devrais pas acheter ça. » Étonné, vous tournez alors la tête vers elle, en levant les sourcils, choqué par le jugement. Une autre personne s’avance et ajoute encore : « c’est vrai, pour toi c’est pas très bon ; tu devrais faire attention » ; et elle prend alors d’elle-même le produit pour le retirer du tapis et partir le reposer dans son rayon du supermarché.

Vous commencez alors à ouvrir la bouche pour protester, mais la personne derrière vous pose sa main dans votre dos en proclamant : « c’est pour ton bien, mon petit / ou ma petite. » Vous regardez alors la personne à la caisse, cherchant un peu d’aide du regard, mais elle acquiesce au souriant. « Mais qu’est-ce que ça peut leur faire ? Si j’ai envie de manger ça, laissez-moi manger ça bordel ! », pensez-vous dans votre tête de manière agressive. La personne derrière vous reconnaît la colère sur votre visage et achève en s’exclamant : « Allons, allons, il faut que tu sois un peu responsable dans la vie, il y a certaines lignes à tenir ! »

Et Paf. Elle vous fait la morale. Se donne un air supérieur. Choisit à votre place. Et vous ordonne une manière de se comporter. Vous vous êtes fait infantilisé·e. On pourrait parler de dysphorie sociale où les gens vous prend pour quelqu’un que vous n’êtes pas. Ici donc un incapable comme un enfant de 3 ans ne connaissant rien au monde. Si ça ne vous arrive qu’une fois vous ressentez alors une sorte d’injustice, de colère passagère, mais si ça vous arrive tous les jours au quotidien, et que mêmes les institutions gouvernementales vous réduit à un enfant incapable de prendre les bonnes décisions pour sa propre vie… Bah… à force, soit on a envie de tout brûler, soit on a envie de se brûler… Bienvenue dans notre paternaliste société, où ce que je vous décris est… presque une réalité pour beaucoup plus de monde qu’on ne le pense, dès qu’on fait partie d’une minorité. Que ce soit en entreprise, dans les espaces publics, dans les institutions ou même en famille.

Violences sociales

Je doute que ma petite histoire atteigne les personnes que je voulais toucher, mais j’aurais au moins essayé. Pour revenir à notre dysphorie de genre, sur le plan social c’est un peu comme ma petite histoire, comme si les autres et la société savaient à ma place comme me genrer, me nommer ou m’habiller. Comme si c’était normal pour eux de choisir à ma place qui je suis. Si je me considère en tant que homme mais que tous les regards extérieurs m’impose que je sois femme, parce que soit disant c’est pour mon bien, que c’est plus normal, moins bizarre ou que c’est plus responsable… Tout ça, on peut parler de violences sociales.

Au lieu des coups de poings physiques pour nous dire de rester à notre place, ce sont des coups avec des mots, des regards et des institutions qui nous imposent de rester à une place imposée. Imposée et même… enfermée, on pourrait dire. Enfermée dans une boîte, une catégorie sociale. Une boîte souvent étiquetée de ses stéréotypes où les femmes s’habillent en rose et sont émotionnelles et les hommes sont musclés et aiment les vroom vroom voitures.

Naître sous une étiquette imposée

Et ce regard imposé, cette boîte assignée entre homme ou femme, l’est déjà depuis la naissance. Pour citer wikitrans.co sur le sujet : « Les difficultés liées à la transidentité découlent davantage de l’assignation à la naissance que du corps dans lequel on naît. » Autrement dit, il y a davantage une dysphorie sociale du genre, plus qu’une dysphorie physique du genre qui est presque secondaire dans les souffrances ressenties. En tout cas pour la majorité des personnes concernées, pas tout le monde évidemment. Pour paraphraser un des témoignages entendus : « ce n’est pas le mauvais corps dans lequel on naît, mais la mauvaise société. »

Si vous m’avez bien suivi, vous comprenez que la dysphorie de genre est bien plus que se sentir en décalage ou sentir trop colérique ou trop triste. C’est se sentir nié dans sa propre identité. C’est beaucoup plus profond encore. Genre je suis là, telle une belle fleur unique en son genre qui pousse tranquillement parmi les autres, qui elles me traitent de mauvaise herbe qui n’a rien à faire là. Je dois avouer ne pas être sûr de cette analogie, mais j’essaye de transmettre un peu la violence ressentie.

Naître dans une mauvaise société

Cette stigmatisation continue provoque une énorme souffrance et bon nombre de troubles de l’humeur, allant de l’anxiété à la dépression. Chez les personnes trans, la prévalence de la dépression est doublée, comparée à la population générale. Quant aux idées suicidaires et tentatives de suicide… c’est encore pire. 40 % des personnes trans ont déjà tenté de se suicider…

Et encore une fois tout ça, tout ce qui est dysphorie, troubles de l’humeur, anxiété, dépression, idées suicidaires, troubles alimentaires ou même le dégoût de son corps est majoritairement une conséquence des violences sociales. « Ce n’est pas le mauvais corps dans lequel on naît, mais la mauvaise société. » Si je remarque quelque chose de bizarre chez moi, c’est surtout parce qu’on me le fait savoir. Et si cette chose dont tout le monde me fait la remarque, je me mets à la détester moi-même, en psychologie on parle d’intériorisation. Ça veut dire intérioriser parmi ses goûts, désirs et choix de vie, les normes qu’on nous impose.

Si je suis une femme et qu’on m’annonce à la tronche que jamais je serai une femme avec une barbe aussi visible, je vais commencer à détester ma pilosité. Bon. Ça reste évidemment simpliste dans la causalité des choses. C’est juste pour insister sur le fait que les souffrances psychiques ou le dégoût de son corps ne viennent pas comme ça par magie du jour au lendemain, mais ça s’implémente dans le quotidien par le regard des autres.

Pas inhérent à la personne transgenre

Une dysphorie de genre, est donc une souffrance majoritairement associées aux personnes trans. MAIS, qu’on soit bien clair, ce n’est pas parce qu’on est trans qu’on souffre de facto forcément d’une dysphorie. Ça ne concerne pas toute personne trans. Quelle proportion ? On en sait rien. Je dirais une majorité, mais je n’ai trouvé aucune donnée là-dessus.

La dysphorie de genre n’est pas non plus un critère à valider pour être légitime d’être perçu comme personnes trans comme certains médecins semblent supposer. Non. La souffrance n’est pas un package qui va avec. Si présente, elle vient après. Elle est en grande majorité acquise à cause des regards et situations extérieures. Et c’est là-dessus que je voulais insister durant cette chronique, j’espère l’avoir bien fait.

Enfin, la dysphorie de genre n’est pas non plus un « effet de mode », une « épidémie sociale » ou « à cause des réseaux sociaux » ou « de faire trop d’écran » comme on peut lire ici et là comme ânerie parmi les discussions de certains papiers francophones. J’étais vraiment effaré de lire ça. Du manque de connaissances sur le sujet par les chercheurs et professionnels de santé dans le milieu francophone (article démontant ce types théories fumeuses : Claire Vandendriessche & David Cohen, 2024). Quand j’ai lu ça, j’ai vraiment eu l’impression de lire des papiers qui remontent à plus d’un siècle, où on catégorisait les femmes revendiquant leur identité et leur autonomie avec toute leur légitimité, leur colère et leurs souffrances, comme un effet de mode et pire qu’on les pathologisait comme des hystériques.

« Traitements » contre cette souffrance

Bref. Il y encore du chemin à faire. De nos jours, ça ne fait que quelques années que la dysphorie de genre est dépathologisée. C’est-à-dire que ce n’est pas un trouble ou une maladie. Maintenant qu’on sait un peu ce qu’est la dysphorie de genre, est-ce qu’on peut la réduire cette souffrance ? A priori oui. Et on a deux leviers pour ça. Soit on change la société et les mentalités. Et ça on l’a vu, il y a encore du chemin à faire… Soit on se change soi en transitionnant vers une autre identité exprimée, plus conforme à nos yeux et aux yeux de la société, à la fois physiquement et dans les comportements.

Évidemment entrer changer soi et les mentalités de toute une société, il y en a un plus facile que l’autre à court terme. Et encore… je dis à court terme, mais transitionner vers une autre identité de genre est un long chemin semé d’embûches s’étalant sur plusieurs longues années… Dont, je le rappelle, beaucoup n’arrivent pas au bout en mettant fin à leurs jours… Une personne transgenre a au moins 4 fois plus de risque de se suicider qu’une personne cisgenre.

Ce chemin de transition ou d’affirmation de son genre, peut passer de diverses manières, par la chirurgie, le traitement hormonal jusqu’aux papiers administratifs et juridiques, en changeant de prénom par exemple, et enfin surtout tout ce qui est exprimé socialement c’est-à-dire les expressions de genre : tout ce qui est de l’attitude, sa voix, les expressions et comportements renvoyés, les vêtements portés, le maquillage, la pilosité visibilisée, etc…

Euphorie de genre

Et tout ce chemin de transition de genre n’a qu’un seul but, se sentir à sa place dans son corps et dans cette société. Que les gens et notre regard puisse voir et nous adresser avec notre réelle identité. Et quand ça se réalise enfin, quand un inconnu au lieu de monsieur on m’appelle madame par exemple, ce que je ressens n’est plus de la dysphorie de genre mais de l’euphorie de genre.

J’ai commencé en parlant d’euphorie, terminons aussi là-dessus. L’euphorie de genre c’est évidemment tout l’inverse des souffrances évoquées. Parmi les témoignages et une rare étude exploratoire sur le sujet, évidemment ce sont les émotions positives qui ressortent en premier. L’euphorie de genre c’est de la joie et du bonheur. Mais aussi bien plus d’aisance, de confiance et d’affirmation de soi. Ce qui revient souvent aussi c’est un sentiment de calme et de sérénité, voire de soulagement à ne plus devoir se forcer à jouer un rôle social qui n’est pas le sien. Parmi les expressions que j’ai lues, celle qui me semble le mieux résumer l’euphorie de genre est la suivante : un « sentiment joyeux de justesse » (Beischel, Gauvin & van Anders, 2021 cité par Jacobsen, 2022). Juste être soi-même, et être perçu tel quel jusque dans les interactions sociales : un « sentiment joyeux de justesse ».

Ressources

Podcast Science 526 – Aphantasia : sans image tu penseras

Il était une fois, un prince bleu qui vivait dans un château… bleu. Depuis le haut de sa tour, il avait l’habitude de décoller pour planer à l’aide d’une pelle et d’un levier. Une fois dans les airs, de tout là-haut, il aimait admirer son domaine tapissé de petites fleurs bleues clairs : des champs de myosotis s’éternisaient jusqu’à l’horizon. Si vous arrivez à imaginer visuellement ce que je viens décrire, vous êtes alors phantasique. Et si à l’inverse, vous n’arrivez pas à mettre des images dessus, vous êtes aphantasique. Vous ne rêvez pas, vous êtes bien sur Podcast Science pour l’épisode 526. Nous sommes le mercredi 30 avril 2025. Bienvenue dans le monde de l’aphantasie.

Tour de table

  • Pascal : principale personne du podcast qui n’a pas trop d’image dans sa tête
  • Cleora : qui a une tête avec peut-être un peu trop d’images dedans

Dossier

-> Dossier écrit part ici

Épisodes évoqués

Citation

“Quand l’esprit humain, avec son pouvoir limité, tente de reproduire en lui-même la riche vie du monde, dont il est lui-même une petite partie, et dont il ne peut jamais espérer s’extraire, il a toutes les raisons de procéder économiquement.”

Ernst Mach (1908)

Podcast Science 525 – Y a de la science dans l’air !

En octobre dernier, Podcast Science mettait le feu au festival PodParis. Il y a quelques semaines, nous plongions dans les abysses en nageant dans un océan de chroniques sur le thème de l’eau. Alors pour ce nouvel épisode de Podcast Science, nous avons décidé de prendre un peu de hauteur et d’air frais. Notre tour des éléments continue ce soir. Et désolé pour Mendeleiv, il ne s’agit toujours pas du fameux tableau périodique des éléments, mais bien des éléments façon Aristote. Après le feu et l’eau, place à l’air ! Tenez bien votre couvre-chef et accrochez-vous à votre fauteuil, ce soir vous risquez bien d’être décoiffé par le souffle du savoir. Nous sommes le 2 avril 2025 et vous écoutez l’épisode 525 de Podcast Science, bienvenue ! 

Tour de table

  • Le décoiffant spécialiste des parasites Taupo, depuis Paris
  • L’atmosphérique amoureuse des plantes Eléa, depuis Strasbourg
  • Le stratosphérique pro de la psycho Cleora, depuis la Normandie
  • L’aérospatial informaticien de génie Pascal pas de Metz mais depuis le sud de l’alsace
  • La tourbillonnante biologiste Irène depuis la Haute Savoie,
  • Le volatile Johan notre malakovite préféré. On vous laisse googler pour savoir où se trouve Johan.
  • Et pour cette émission aérienne, c’est moi, Gaël, biologiste, qui serait votre pilote.

Chroniques

Taupo : Aérobiologie : histoire de courants (d’air) scientifiques
Johan : Atmosphère d’exoplanète !
Cleora : Respire & Relax
Irène : Tuberculose & Immunologie
Eléa : Plantes mangeuses d’air & Anémochorie

Références évoquées

Citation

“Les problèmes sont rares dans les airs.
C’est toucher le sol qui est dangereux.”

Amelia Earhart

Podcast Science 524 – Ethologie 2.0

Il est parfois difficile de dépoussiérer des domaines de la biologie et de dépasser les grands noms qui leurs sont associés. Car oui, on a avancé dans la compréhension de l’évolution depuis Darwin, on sait plus de choses sur les microbes depuis Pasteur et l’éthologie ne se cantonne pas aux expériences de Pavlov ! Mais alors du coup, ça ressemble à quoi l’éthologie moderne ? Ce soir, mercredi 19 février 2025, lors de l’émission 524 de Podcast Science, notre invitée nous dévoile tout sur l’éthologie 2.0 !

Tour de table

  • Pascal à la technique dans le Grand Est
  • Cléora depuis la Normandie
  • Julie depuis Nice
  • Et, vous auriez pu le deviner, notre invitée Agatha Liévin Bazin depuis la Bretagne
  • Et enfin moi, Taupo, votre MC pour ce soir

Liens et références

https://www.leniddepie.com/livres/#ethologie-facile

Citation

“Cessons de faire de l’homme la mesure de toute chose ! Évaluons les autres espèces par ce qu’elles sont, elles ! Je suis sûr que nous découvrirons ainsi de nombreux puits sans fonds dont certains sont encore inimaginables pour nous”

Frans de Waal, Sommes-nous trop « bêtes » pour comprendre l’intelligence des animaux.

Podcast Science 523 – Que d’eau !

Cette année, nous avons pris une grande décision : pour nos épisodes thématiques (les épisodes roue libre pour les anciens, à l’époque où on faisait encore des quiz et où tout le monde se moquait de moi parce que je prononçais pas bien quiz), nous avions décidé de parler des éléments ! Non pas les éléments chimiques du tableau périodique, mais bien les 4 éléments, la terre, l’eau, le feu… tout ça. Et après avoir mis le feu au festival Pod’Paris l’année dernière, il est l’heure d’éteindre l’incendie d’impatience qui brûle en vous avec un petit épisode sur l’eau ! 

Préparez-vous, car nous allons faire déferler sur vous une vague, que dis-je un tsunami de connaissances ce soir ! Nous sommes le mercredi 5 février 2025, vous écoutez l’épisode 523 de Podcast Science, bienvenue ! 

Tour de table

  • Cléora depuis Perduville
  • Thibaut depuis Perduville
  • Clara depuis Paris
  • Pierre depuis Paris
  • Eléa depuis Strasbourg

Chroniques

Thibaut : l’humidité influence-t-elle les douleurs articulaires ? 
Cleora : civilisation rEAUmaine
Clara : la force hydraulique à l’antiquité 
Gaël : l’eau et les origines de la vie 
Taupo: Anivatar les maîtres de l’eau
Eléa : A l’eau les plantes !

Citation

“J’adore l’eau. Dans 20/30ans y’en aura plus”

Jean-Claude Van Damme

Podcast Science 522 – Paléo Kids

Quand on évoque les peintures ornant les parois des grottes de Lascaux ou de Chauvet, on utilise souvent l’expression de l’enfance de l’Art. Mais que sait-on de ces lointains représentants de notre espèce? En se baladant dans les galeries de certains musées ou en feuilletant de vieux manuels, on aurait tôt fait de penser qu’ils ne s’agissaient que d’hommes virils. Mais même les gros mascus ont été des bébés et des bambins ! Ce soir, notre invité Pedro Lima lève le voile sur l’enfance de l’enfance de l’humanité. Nous sommes le 18 Décembre 2024, vous êtes sur Podcast Science épisode 522, bienvenue !

Tour de table

  • Pascal du côté de l’Alsace
  • Cleora en Normandie
  • Eléa depuis Strasbourg qui va nous rejoindre en cours de route
  • Pour jouer le rôle de MC, moi-même Pierre aka Taupo depuis Paris
  • Et bien sûr notre invité Pedro Lima, du côté de Marseille !

Liens et références

https://synops-editions.fr/WP/project/paleo-kids

http://ssaft.com/Blog/dotclear/?pages/Retour-Vers-Le-Paleo 

https://www.babelio.com/livres/Jacquard-Etre-humain/134980

Foz coa https://whc.unesco.org/fr/list/866/ 
https://editions.flammarion.com/si-loin-si-pres/9782081487017

Citation

“Ce n’est pas le temps qui permet les événements, ce sont les événements qui en se succédant provoquent l’existence du temps.”

Être humain ?, Albert Jacquard, 2005.

Podcast Science 521 – Notre cerveau à tous les niveaux

Le cerveau. Cet objet le plus complexe du monde, sauriez-vous comment il fonctionne ? Quand vous écoutez ce podcast, on peut imaginer que votre cerveau réceptionne simplement les infos sonores de manière passive, comme un ordinateur. Sauf que cette manière de voir les choses, est loin de la réalité. Et pour en parler, nous recevons Bruno Dubuc, neurobiologiste vulgarisant les neurosciences, que ce soit sur internet ou en conférences, et maintenant aussi en un livre qui est sorti récemment. Ouvrez vos oreilles, branchez vos cerveaux, nous sommes le 11 Décembre 2024, vous êtes sur Podcast Science épisode 521, bienvenue !

Tour de table

  • Pascal du côté de l’Alsace
  • Moi-même Cleora en Normandie
  • Et bien sûr notre invité Bruno, du côté de Montréal !

Liens et références

https://livre.blog-lecerveau.org

Citation

“Quand les sociétés fourniront à chaque individu, dès le plus jeune âge, puis toute sa vie durant, autant d’informations sur ce qu’il est, sur les mécanismes qui lui permettent de penser, de désirer, de se souvenir, d’être joyeux ou triste, calme ou angoissé, furieux ou débonnaire, sur les mécanismes qui lui permettent de vivre en résumé, de vivre avec les autres, quand elles lui donneront autant d’informations sur cet animal curieux qu’est [l’être humain], qu’elles s’efforcent depuis toujours de lui en donner sur la façon la plus efficace de produire des marchandises, la vie quotidienne de cet individu risquera d’être transformée.”

Henri Laborit, Éloge de la fuite