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La radiographie : cent ans d’innovations, et ça continue !

 

Dossier de l’épisode numéro 254, par Pol du blog Les Petites Curries du Net

La radiographie médicale est apparue très vite après la découverte des rayons X, en 1895. Bien que son principe physique soit resté le même, de nombreuses innovations ont vu le jour depuis. Plusieurs ont d’ailleurs été récompensées par des prix Nobel… Tour d’horizon en cinq étapes chronologiques, sur des éléments connus et moins connus de cette technique devenue aujourd’hui incontournable dans le milieu médical.

Pour me présenter un peu, je suis Pol Grasland-Mongrain, j’ai fait mes études en physique à l’ENS Cachan, puis une thèse en physique médicale à l’Université de Lyon, et je suis maintenant en post-doc à l’Université de Montréal. Je suis plutôt ps254_0ca3db2ad17931f10ce5493f8b031306.gifspécialisé en imagerie ultrasonore, mais je m’intéresse à d’autres modalités comme l’IRM, l’OCT ou la radiographie. Je tiens un blog consacré à l’imagerie médicale nommé “les Petites Curies du Net” – on verra au cours de cette émission la raison de ce nom.

Ce podcast sera consacré à la radiographie et son histoire jusqu’à aujourd’hui. Je tiens à préciser que le sujet est très vaste, il y aurait vraiment beaucoup à dire, donc ce que je vous présenter ne sera pas exhaustif. Ce sera plutôt cinq chapitre thématiques sur des éléments notables de l’histoire de la radiologie. Je voudrais juste commencer par rappeler en quelques mots comment fonctionne une radiographie classique. Une radiographie, dans le sens usuel du terme, est une technique d’imagerie basée sur les rayons X. Dans cette technique, on émet des rayons X à travers le corps d’un patient. Ceux qui ne sont pas absorbés par les organes sont absorbés par une plaque placée derrière celui-ci. Cette plaque, transparente à la base, s’assombrit lorsque des rayons X l’atteignent : on obtient ainsi une sorte de négatif de photographie, avec des zones plus ou moins transparentes selon la quantité de rayons absorbés. Les procédés actuels utilisent de plus en plus des capteurs électroniques plutôt qu’une plaque de photographie, mais le principe est identique.

La découverte des rayons X (1895)

Les rayons X ont été découvert à la fin du XIXe siècle. Au cours de ce siècle, la communauté scientifique avance à grand pas en électromagnétisme. Ainsi, Maxwell parvient à synthétiser les connaissances sur le sujet grâce à ses célèbres équations en 1865. Même si en réalité, il commença par les écrire sous la forme de 20 équations à 20 inconnues, ce qui demandait un niveau mathématique plutôt conséquent… Bref, dans les années 1880-1890, plusieurs scientifiques s’intéressaient aux “tubes à décharge” qui présentent des propriétés surprenantes. Ces objets sont constitués d’un tube en verre dans lequel on a fait un vide partiel. Dans ces tubes se trouvent deux électrodes : on applique entre celles-ci une différence de potentiel, donc l’une est considérée comme une cathode, et l’autre comme une anode. On peut alors observer, sur la paroi du tube, une fluorescence verdâtre.

Pour comprendre un peu mieux ce qui se passe, les scientifiques font toutes sortes d’expériences. Voici quelques observations : en mettant une sorte de croix de Malte en métal, on distingue l’ombre de cette croix sur la paroi du tube – cela suggère entre autres une propagation en ligne droite. En ajoutant une seconde paire d’électrodes placées perpendiculairement, on dévie la tache verdâtre. Pareil avec un aimant placé proche du tube. En remplaçant le fond du tube de verre par un film d’aluminium, on arrive quand même à observer la fluorescence derrière, sur un disque de carton peint avec une substance appelée platinocyanide de baryum – je ne sais pas pourquoi les chercheurs ont testé cette substance, mais bon.

RontgenExperienceC’est là qu’intervient un certain Wilhelm Röntgen. En décembre 1895, Wilhelm Röntgen, donc, entoure le tube de verre de carton noir opaque pour empêcher la lumière de sortir. Il fait son expérience, il veut vérifier que son carton est bien opaque, donc il éteint la lumière de la pièce et déclenche son appareil. Il semble alors apercevoir une sorte de flash lumineux au fond de son laboratoire, quelques mètres plus loin. Il est surpris, il recommence, et observe à nouveau le flash lumineux à chaque décharge. Il parvient à localiser la source des flashs : il s’agit d’un morceau de carton peint avec du platinocyanide de baryum qui trainait là (oui, le même matériau que précédemment).

Forcément, ça l’intrigue, et Röntgen utilise des plaques photographiques afin d’avoir une trace de ses observations. Et il commence à mettre un peu tout ce qui trainait dans son labo entre le tube et le morceau de carton peint.
Röntgen teste d’abord une plaque d’aluminium, une feuille d’or, des morceaux de caoutchouc, des bouts de bois dont un “avec une section carrée de 20mm par 20mm dont un côté est peint avec une peinture blanche au plomb”, un livre “d’environ 1000 pages”, deux paquets de cartes à jouer… Et enfin, il a une idée de génie : appeler sa femme, Bertha. Celle-ci vient, et Rontgen lui dit de placer sa main à un endroit précis. Bref, elle obtempère, et la décharge est exécutée. On distingue alors sur la plaque photographique les os de la main de Bertha. Pour ceux qui connaissent l’image, non, il n’y a pas une énorme tumeur cancéreuse sur l’annulaire, c’est une bague. Mais bref, cela constituera la première radiographie au monde. Dans l’article qu’il écrit par la suite – en allemand et en français, l’anglais n’était pas encore incontournable à l’époque – Röntgen indique :

Afin d’être bref, j’utiliserai le terme ‘rayons’, et pour les distinguer d’autres du même nom, je les appellerai ‘rayons X’

La technique qu’il a inventée se diffusera très vite et sera considérablement améliorée. A peine un an plus tard, on obtient des radiographie de qualité médicale, ce qui entraine l’ouverture des premiers centres de radiologie (même s’il a fallu vaincre quelques réticences pendant encore une vingtaine d’années). Et on estime qu’il y a eu environ 5 milliards de radiographies effectuées depuis ce jour. Rontgen sera récompensé pour ses découvertes par un prix Nobel en 1901. Et les radiographies seront alors nommées en son honneur Röntgenogrammes (c’est parfois encore utilisé, selon les langues ; en allemand, le verbe “zu röntgen” continue d’ailleurs aujourd’hui à désigner l’action de radiographier quelqu’un).

Pour conclure sur ce chapitre, on peut quand même tirer deux moralités importantes :
-Le laboratoire d’un chercheur ressemble parfois à un vieux débarras.
-Lorsqu’on fait une expérience douteuse, mieux vaut d’abord la tester sur un autre plutôt que sur soi-même.

Les “petites Curies” (1914)

Faisons un bond de 20 ans en avant, jusqu’à la Première Guerre mondiale, pour parler du deuxième chapitre : les “Petites Curies”

La découverte de Röntgen a mené au développement rapide de la radiographie : des services de radiologie sont créés les années suivantes dans plusieurs pays européens, notamment sous la direction d’Antoine Béclère en France. Ainsi, au déclenchement de la guerre, la France comprend environ 175 médecins radiologues (petite note au passage : on dit plutôt radiologue en France et radiologiste au Canada, je ne sais pas pour les autres pays). Côté matériel, des difficultés apparaissent dès le début de la guerre. En effet, pour faire des radios, on utilise du verre sans plomb – mais celui-ci provient exclusivement de Thuringe, en Allemagne. On arrive quand même à remplacer celui-ci par des pellicules fines à la fin de l’année 1915. Mais avec le recul, le matériel a globalement assez peu évolué pendant la guerre. Par contre, l’organisation des services de soin a fait des bonds de géant pendant la guerre.

En novembre 1914, par une circulaire, tous les médecins radiologues qui n’étaient pas encore mobilisés le sont, et ils sont tous affectés dans des postes de radiologie spécifiques – ce qui n’était pas le cas avant. 175 médecins radiologues, ce n’est cependant pas suffisant face à l’afflux de blessés, et les services ne sont pas bien coordonnés. Marie Curie et Antoine Béclère s’impliquent alors avec énergie, avec l’aide de Jules-Eugène Hirtz, pour améliorer la situation. Des formations accélérées pour médecins et manipulateurs sont lancées, ce qui permettra à la fin de la guerre d’avoir environ 500 médecins, et plus de 1000 manipulateurs. Parmi ces manipulateurs, un bon nombre de manipulatrices formées à l’institut du radium, grâce à l’action de Marie Curie notamment.

Par ailleurs, en 1914, il y a exactement 21 endroits où l’on peut faire des radiographie. La moitié est fixe, étant installés dans des grands hôpitaux militaires, et les autres peuvent être transportés, mais cela se fait surtout à dos d’animal… La logistique se développe néanmoins, encore sous l’impulsion de Marie Curie et d’Antoine Béclère, et un an plus tard, 54 postes sont disponibles, nombre qui s’élévera à 250 à la fin de la guerre. Parmi ces postes, le premier poste mobile est créé par Marie Curie elle-même en 1915 à partir d’une voiture qu’elle a emprunté. Elle dirige les opérations pour augmenter ce nombre de postes mobiles, ce qui permettra d’en avoir jusqu’à 18 à la fin de la guerre, et elle conduit parfois elle-même les camions, sachant qu’elle n’a eu le permis qu’en 1916… Ces camions spécialisés comprennent un conducteur-mécanicien, un médecin radiologiste et un manipulateur, et le matériel peut être installé en moins d’une demi-heure sur le site. Ils pouvaient accompagner des ambulances ou rejoindre des hôpitaux de campagne, ce qui permettait d’intervenir au plus proche du front. On pouvait ainsi faire un premier diagnostic des soldats blessés sans déplacement important, trouver d’éventuels projectiles logés dans le corps et ainsi préparer rapidement des chirurgies. Ces camions seront par la suite nommées “Petites Curies” pour commémorer l’implication exceptionnelle de Marie Curie, et le titre de mon blog, “les Petites Curies du Net”, y fait justement référence.

Certains historiens estiment jusqu’à un million le nombre de soldats français ayant subi une radiographie au cours de cette guerre, dont un millier effectués par Marie Curie elle-même. L’histoire de la radiologie en France est intimement liée à celle de Marie Curie et sa famille, dont sa fille Irène qui l’a accompagnée sur le front faire des radios. Vous pouvez écouter les deux épisodes d’Irène de Podcast Science consacrés à Marie Curie, diffusés il y a quelques mois, pour en savoir plus.

Le principe de la tomographie (1917)

A peu près au même moment, en 1917, un mathématicien autrichien du nom de Johann Radon va élaborer une transformation qui va porter son nom, la transformée de Radon (donc rien à voir avec l’atome du même nom). Johannes Radon ne le sait pas encore, mais ce théorème aura des répercussions importantes en radiologie une cinquantaine d’années plus tard, ce qui fait l’objet du troisième chapitre de ce podcast.

Avant de décrire ce théorème, rappelons que les radiographies “classiques” sont des images à deux dimensions. Si cette image est suffisante dans de nombreux cas, comme la détection d’une fracture simple, elle ne permet pas toujours de localiser précisément des pathologies. On peut réaliser d’autres images avec d’autres angles, mais ce n’est pas forcément suffisant, on aura toujours des images à deux dimension qui seront des projections. L’idéal serait d’avoir une image à trois dimensions de l’intérieur du corps. C’est ce qu’on désigne généralement par tomographie, du grec “tomos”, la coupe, et “graphein”, écrire.

Un sinogramme

La solution à ce problème est donc la transformée de Radon. Cette transformée est le calcul de la projection d’une forme dans chaque position et dans chaque direction. En d’autres termes, on prend une forme, on fait passer mentalement des lignes à travers cette forme, et on calcule la quantité de matière que chaque ligne a traversé. On obtient alors un ensemble de nombres, fonction de la position et de la direction de chaque ligne, que l’on peut ranger dans un tableau. On appelle ce tableau sinogramme (rien à voir avec les sinogrammes chinois bien sûr). Inversement, avec la transformée de Radon inverse donc, on peut reconstruire une forme à partir d’un sinogramme, c’est à dire le tableau des projections.

Le lien avec le problème précédent ? C’est qu’avec des radiographies réalisées à différents angles, c’est comme si l’on avait des projections à différentes positions et angles ! Bon, la technique nécessite en théorie une infinité de radiographies, ce qui serait très long en pratique. En plus, quand Radon a sorti sa théorie, personne ne fait encore le lien avec la radiographie. Il faudra attendre une quarantaine d’années pour qu’un chercheur, Allan McCormac, adapte cette théorie à la radiographie, et en 1971, Godfrey Hounsfield réussit à construire le premier “scanner à rayons X”, c’est-à-dire un appareil capable de réaliser des radiographies à trois dimensions à partir de clichés à deux dimensions. Les deux chercheurs recevront tous les deux le prix Nobel de médecine en 1979 pour leurs travaux. L’appareil qu’ils auront développé prendra le nom de CT-scan, pour Computed Tomography scanner, ou tomodensitomètre en français, ou simplement scanner – mais ce terme entraine parfois une confusion avec les IRM ou les échographes.

Aujourd’hui, selon les cas, on utilise des transformées de Radon ou d’autres algorithmes basés sur des simulations. Ceux-ci nécessitent un modèle sur le milieu à reconstruire – par exemple, on suppose que l’on va faire une image d’un coeur entouré de deux poumons et des côtes, ce qui devrait donner ce genre d’image. Ils fonctionnent de manière itérative : chaque ré
sultat de simulation permet d’améliorer le modèle, ce qui donne un nouveau résultat, qui permet d’améliorer le modèle, etc. Ces méthodes et celles basées sur la transformée de Radon donnent des résultats différents, et on utilisera l’un ou l’autre selon les cas. Aujourd’hui, on est loin de faire systématiquement des images à trois dimensions, déjà car c’est plus cher, et surtout car cela nécessite plus de rayons ionisants sans que ce ne soit nécessaire…

Le danger des rayons ionisants (1920)

Ce qui nous mène au quatrième chapitre, consacré au danger des rayons X.

La radiographie est une technique ionisante, c’est à dire que ses rayons peuvent potentiellement arracher des électrons des atomes et molécules. En grande quantité, cela peut mener à des dommages dans les tissus, surtout quand ça touche l’ADN des cellules, et ainsi causer des mutations, des cancers, voire la mort. Les effets potentiellement néfastes des rayons ionisants, comme les rayons X ou les radiations radioactives, ont été observés assez rapidement, et les premières protections sont arrivées dès 1910, même si on ne réalise pas tout de suite leur dangerosité. Ainsi, on fait des démonstrations dans des fêtes foraines, et un magasin de chaussures propose même de radiographier ses pieds dans les chaussures !

ps254_9f479261e94558e6a9c562b1c2102f61.jpgMais dans les années 20, on prend vraiment conscience du problème avec le scandale dit des Radium Girls : une entreprise, l’US Radium Corporation, fabriquait des horloges avec quelques microgrammes de radium sur les aiguilles, afin d’être visibles de nuit. Les propriétaires de l’entreprise et techniciens connaissaient les effets potentiellement dangereux et se sont protégés de manière adéquate, avec tabliers de plomb, gants etc. En revanche, les employées, principalement des femmes, devaient utiliser un pinceau pour appliquer le radium sur les aiguilles, et leur contremaitre les encourageait à mouiller le bout du pinceau avec leur bouche. Certaines en ont par ailleurs également appliqué volontairement sur elles-mêmes pour des effets cosmétiques. Ce qui devait arriver arriva : plusieurs employées tombèrent malades à cause des radiations. Il y a eu une procédure judiciaire, pendant laquelle l’entreprise a mené une grande campagne de désinformation et de dénigrement de ses employées, jusqu’à même faire pression sur des professionnels pour avoir des avis en sa faveur. Bien que plusieurs plaignantes décédèrent avant le verdict, l’issue du procès a été en faveur des employées et a mis en lumière les effets néfaste des radiations. Et surtout, cela a fait avancer la cause de la protection des travailleurs, aux Etats-Unis notamment.

A forte dose, les rayons ionisants ont des effets “déterministes”, c’est à dire qu’ils causent à coup sûr des dommages, voire la mort. Les scientifiques utilisent dans ce cas une unité, le Gray : c’est la quantité de radiation, en Joule, absorbée par kilogramme de matière. Par exemple, si une personne reçoit globalement une dose de 10 Gray, la mort est quasiment certaine. En revanche, dans certaines radiothérapies, on applique localement des doses pouvant dépasser cette valeur, dans la zone cancéreuse. A plus faible dose, on constate des effets statistiques : pour une certaine quantité de rayonnement, étalée dans le temps ou non, on observe qu’un certain pourcentage de la population développe des cancers. Les scientifiques utilisent dans ce cas plutôt le Sievert, qui représente aussi la quantité de radiation absorbée par kilogramme de matière, mais pondérée par la dangerosité du rayonnement (les rayons gamma sont plus dangereux que les rayons X, par exemple), par la vulnérabilité de l’individu atteint (un insecte est beaucoup plus résistant qu’un humain) et par l’organe touché (mieux vaut avoir des rayons sur un bout de peau que dans le cerveau). A dose encore plus faible, on ne sait pas. Y a-t-il un seuil où le danger est nul ? Ou est-ce linéaire ? Serait-il même possible qu’une très faible dose soit bénéfique, en activant les mécanismes de régénération cellulaire ?

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Tableau des doses fait par XKCD

Dans le doute, on a établi des doses maximum selon les cas, toujours pondérées par le bénéfice escompté. Par exemple, on estime que ça vaut le coup de faire une radio lorsqu’on se fracture une jambe : le risque de développer un cancer suite à cette radio est extrêmement faible, alors que l’intérêt médical peut être important. Parfois, le bénéfice est plus sujet à discussion, par exemple pour les mammographies : à partir de quand la possibilité de détecter une tumeur précoce contrebalance-t-elle l’exposition aux rayonnements ionisants ? 40 ans, 45 ans, 50 ans ? La réponse diffère selon les pays et les époques.

A ce propos, vous avez peut-être vu des applications sur smartphones qui permettent de radiographier sa main. On passe le smartphone devant sa main, et c’est génial, une radiographie de sa main apparait sur l’écran. Mais bon, frimer devant ses camarades n’est pas considéré comme un bénéfice suffisant par rapport au danger que pose les rayonnements ionisants. Vous pouvez donc être sûr que ce genre d’applications est du grand n’importe quoi…

L’appareil de radiographie de demain ?

TubeDeCrookes
Tubes de Crookes

Pour revenir à ces smartphones, ça ne peut de toutes façons pas marcher car il faudrait un émetteur de rayons X et un capteur. En plus, un smartphone actuel même modifié est complètement incapable de produire des rayons X, et ce sera l’objet de ce dernier chapitre : comment un appareil de radiographie fonctionne physiquement et pour finir, à quoi pourrait ressembler l’appareil de radiographie de demain. Les radiographies sont aujourd’hui faites par des tubes à rayons X qui n’ont pas beaucoup évolué depuis la première radiographie faite par Wilhelm Röntgen il y a un siècle. A cette époque, on utilisait les tubes de Crookes, du nom de leur inventeur, William Crookes, qui ont par la suite été modifiés pour donner les tubes de Coolidge, du nom de William Cooldige – oui ça fait beaucoup de William, il y a peut-être une prédisposition.

Comme décrit au début de l’émission, ces tubes sont constitués d’une ampoule en verre dans lequel on a fait un vide partiel. Le tube comprend un filament, la cathode, et une plaque métallique, l’anode. Lorsque le filament est chauffé, des électrons sont éjectés ; cependant, le champ électrique entre la cathode et l’anode accélère ces électrons vers l’anode. Ce champ électrique peut aussi dévier les électrons, ce qui leur fait perdre de l’énergie, qui peut être émis sous la forme de rayons électromagnétiques, dont des rayons X. Malheureusement, ce sont des rayons X qui dégradent les radiographies. Lorsque les électrons entrent en collision avec l’anode, la plaque métallique, ils peuvent être absorbés par des atomes de l’anode. Ces atomes sont alors excités, et en se désexcitant, ils émettent des rayons électromagnétiques dont des rayons X. Ce sont ces rayons X qui sont les plus utiles. Ils sont filtrés, traversent le corps du patient, et sont absorbés par des capteurs placés de l’autre côté.

Le processus permet de faire des images de haute qualité, mais le rendement énergétique est effroyable. On dépense beaucoup d’énergie pour chauffer un filament, dont une petite partie seulement sert effectivement à éjecter des électrons ; parmi les électrons émis, quasiment seuls ceux qui vont effectivement rentrer en contact avec l’anode vont produire des rayons X qui seront utiles. Parmi les rayons X émis par l’anode, on ne prend que ceux qui partent dans la bonne direction. Ces quelques effets combinés font donc que 99% de l’énergie consommée par l’appareil ne sert pas à produire de rayons X utiles… En résumé, un appareil de radiographie, c’est une sorte de gros chauffage électrique. Les appareils actuels sont donc en pratique souvent massifs et peu transportables, et ne peuvent pas être miniaturisés à la taille d’un smartphone…

Mais… Un phénomène observé récemment va peut-être changer la donne. Au début des années 2000 des chercheurs ont vu qu’on pouvait produire de la lumière en déroulant des morceaux de scotch dans le noir – plus exactement, des morceaux de Duct Tape. Bon j’ai essayé, et après avoir déroulé au moins trois rouleaux sans rien voir, j’ai abandonné l’expérience. Mais apparemment ça marche mieux dans le vide, ce qui n’était pas le cas du placard à balais de mon labo. Ce phénomène, ainsi que d’autres similaires, a été désigné sous le terme de triboluminescence. Ce terme est un beau mélange de grec (“τρίβειν”, frotter) et de latin (“lumen”, lumière). Le phénomène n’est pas encore parfaitement compris, mais les chercheurs supposent que les cassures violentes séparent les charges. Qui dit séparation de charge, dit champ électrique, ce qui met en mouvement les électrons présents. Ceux-ci rentrent alors en collision avec des atomes présents dans l’air, ce qui créé des ondes électromagnétiques. Et, parmi ces ondes électromagnétiques, de la lumière visible, et des rayons X. Pas de panique si vous essayez chez vous cependant : les intensités sont minuscules, surtout lorsque ça se passe dans l’air et non pas dans le vide.

Un chercheur américain, Seth Putterman, a donc eu l’idée de faire des radiographies en déroulant des morceaux de scotch et a récemment lancé une start-up sur ce phénomène. Depuis, son équipe a réussi à faire des radiographies d’un doigt grâce à ce mécanisme. Leur prototype ressemble à une cassette VHS, pour ceux qui ont connu ça (oui, ça me donne un coup de vieux de dire ça) : il y a un dérouleur de scotch et un enrouleur de scotch, et le tout est placé dans un vide partiel. Mais bon, pour être honnête, les clichés ne sont pas très impressionnants pour l’instant, mais ça marche.

Il reste quand même du boulot, car les intensités obtenus sont environ 10.000 fois inférieures à celle utilisés dans les radiographes “traditionnels”. Mais si le concept fonctionne correctement, l’intérêt serait d’avoir un appareil de radiographie beaucoup plus léger, consommant moins d’énergie, émettant moins de chaleur… On peut même imaginer une version portable qu’un médecin pourrait emporter sur place en cas d’urgence. Peut-être que cela constituera l’appareil de radiographie de demain ?

Avaler un noyau de cerise (ou ses rognures d’ongles) peut provoquer l’appendicite – Info ou intox ?

urgences

Coucou les loulous !

Cette semaine, je dois répondre à la question « manger des noyaux de cerise ou avaler ses ongles quand on les ronge peut provoquer l’appendicite ».

J’ai 30 minutes chrono pour trouver la réponse, rédiger un petit truc, l’enregistrer, l’uploader et le refiler à Nico pour diffusion dans l’émission roue-libre de ce soir.

Il se trouve que, comme la dernière fois (avec l’histoire de la bière après le sport), je n’ai pas trouvé des masses de réponses là-dessus… Aucune dans mes différents livres de débunkage de mythes (aucune réponse car la question n’y figurait même pas), rien non plus en ligne dans les mines d’or de sites où je trouve habituellement mes pépites (notamment Snopes et The Straight Dope)… Et je crois bien que je viens de pondre la première sérieuse de l’internet mondial à cette croyance, semblerait-il assez peu répandue.

Johan, avoue… Tu l’as inventé de toutes pièces ce mythe ? Ou alors, tu avais des parents très créatifs étant petit 😉

Je plaisante… J’en ai quand même trouvé quelques traces. Notamment sur tous les sites que je recommande à tout le monde d’éviter, comme les Yahoo Answers ou les pseudos-sites de santé qui font l’apologie des remèdes alternatifs sans jamais citer leurs sources.

Bref… Avaler ses ongles ou des noyaux de cerise provoque-t-il l’appendicite ? Pour les rognures d’ongles, on oublie tout de suite. Si vous étiez un éléphant, ce serait peut-être une autre histoire. Mais pour un humain avec ses petits ongles, et qui n’en ronge qu’un tout petit bout à la fois, aucune chance pour la rognure d’atteindre l’appendice. Elle est dissoute par les sucs gastriques de l’estomac avant même de commencer son voyage dans l’intestin. C’est ce qu’affirme le Dr Jacqueline Warnet, hépato-gastro-entérologue, dans une vidéo très sympa qu’on déniche en tapant “cradologie” et “ongles” dans google. OK, c’est juste l’avis d’un médecin, mais devant l’absence criante de témoignages indiquant des déchirures de paroi intestinales dues à des ongles coupants non dissous par les acides de l’estomac, et vu le temps à ma disposition, je suis prêt à accepter cette réponse comme valide. Intox donc, quant aux ongles.

Mais alors, quid des noyaux de cerises ?

Eh ben là, je n’ai pas pu me contenter de ce que je trouvais sur l’internet mondial, même sur des sites relativement fiables. Car ils ne citent jamais aucune source et fournissent des informations contradictoires (genre : le noyau ne pourrait pas entrer dans l’appendice car son diamètre ne dépasse pas 2mm). Or il suffit de passer 2 secondes sur Wikipédia pour apprendre que l’appendice iléo-caecal (c’est comme ça que ça s’appelle, prononcer « cécal ») a une taille variable selon les individus, mesurant de 6 à 12 cm de longueur pour un diamètre de 4 à 8 mm. En termes de géométrie, il pourrait totalement abriter un noyau de cerise.

Oui mais alors… Qui croire… Dans ces cas-là, rien ne vaut une petit papier scientifique à comité de lecture. Ni une ni deux, je me suis précipité sur Google Scholar et à ma stupeur absolue, je suis tombé sur ce papier de 1998, disponible sur Research Gate, intitulé “True Stories” et qui relate une recherche portant sur tous les cas d’appendicite d’Adélaide en Australie en 1972 à 1997. Sur 2224 cas consécutifs d’appendices retirés, 1409 étaient des appendicites aiguës à coup sûr. On a retrouvé une trace de noyau de fruit dans 1 seul de ces 1409 cas, chez une fillette de 3 ans. Un examen pathologique de l’appendice retiré a révélé la présence d’un noyau de fruit, sphérique, d’une taille de 10mm qui n’a pas été analysé avec des moyens modernes (l’article précise, en gros, qu’un vendeur de fruits aurait confirmé qu’il s’agissait bien selon son œil expert, d’un noyau de cerise).

Voilà. Je ne sais pas vous, mais moi, je suis sur le cul. Je m’attendais à pouvoir brandir une belle intox haut et fort, mais apparemment, même si complètement improbable, ce n’est pas complètement impossible de provoquer une inflammation de l’appendice avec un noyau de cerise.

C’est une étude isolée qui n’a jamais été confirmée ou infirmée par d’autres travaux… Et l’histoire de l’identification du noyau de cerise procède d’une méthodologie tout à fait discutable… Alors c’est difficile de trancher. Mais c’est néanmoins une étude tout ce qu’il y a de plus respectable conduite par des chercheurs tout ce qu’il y a de plus sérieux. Et si quelque chose ou quelque’un doit venir remettre cette étude en question, ce ne sera certainement pas moi. Donc… Sur l’histoire du noyau de cerise qui, avalé, peut provoquer une appendicite, même si c’est extrêmement rare et extrêmement improbable, et même si j’y perds ma réputation de M. Intox, eh bien, ça me fend le coeur et ça m’arrache la langue, mais je suis bien obligé de répondre INFO.

La prochaine fois, en lançant un quiz, pensez à moi les amis arrangez-vous pour que je doive répondre intox s’il vous plaît. J’aime servir la science. Dans la joie, si possible. À bientôt, gros bisous !

Episode 210 : le réchauffement climatique – retranscription

Retranscription de l’interview de Nima donnée dans l’épisode 210 de Podcast Science.

 

Equipe : Julie/Johan/Nico/Nima/Robin

Nico : Cette semaine le Vanuatu a subi un cyclone dévastateur dont on ne connait pas encore l’étendue des dégats. Suite à cela, les quotidiens français se posent la question de savoir si c’est un signe de plus du réchauffement climatique ou si cela n’a rien a voir. Les médias se battent comme s’il fallait encore encore “prouver” le réchauffement climatique. Pourtant, comme à chaque fois que l’on reçoit Nima, nous allons parler d’un sujet qui fait consensus dans la communauté scientifique mais qui fait encore beaucoup trop débat dans les médias… Nous sommes les 17 mars 2015, vous êtes dans PodcastScience 210, bienvenue !

Julie : Nima bienvenue et merci à toi d’avoir accepté de répondre une nouvelle fois à nos questions.

Nima : Merci de m’avoir invité !

Julie : Tu sais que c’est toujours un immense plaisir pour nous ! Pour commencer, et pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents, donc je vous rappelle qu’on a déjà reçu Nima sur les médecines alternatives et les vaccins, est-ce que tu pourrais brièvement te présenter ?

Nima : Je travaille à l’université de Poitiers, où je suis enseignant-chercheur, je ne travaille pas du tout dans les domaines dont je parle, donc il faut toujours prendre avec un peu de recul ce que je dis, vérifier ce que je peux dire, éventuellement corriger si besoin est. Donc je travaille dans un domaine qui s’appelle l’automatique et l’informatique industrielle. C’est grosso-modo de la stabilité et de la stabilisation, la stabilité ça se retrouve un peu dans le climat parce qu’on a des équilibres thermiques, on a des phénomènes de retour qui font bouger ces équilibres etc. Donc ça touche un petit peu, de loin, à mon domaine, et puis je suis surtout blogueur au café des sciences. Un peu fainéant ces derniers mois, même nombreux derniers mois, parce que ça fait très longtemps que je n’ai pas publié un nouvel article, mais j’espère bien que ça revenir. En tout cas à chaque fois que je suis invité à Podcast Science je me dis “allez, je vais relancer la machine” donc peut-être que là ça va être la bonne.

Julie : On espère !

Nico : Au moins pour la version écrite de ce que tu vas nous faire ce soir, comme d’habitude.

Nima : Oui comme d’habitude bien sûr. [rires]

Julie : Alors on va rentrer dans le vif du sujet : est-ce que tu pourrais nous parler du changement climatique, est-ce qu’il y en a un et comment on le sait ?

Nima : La question est assez difficile, je vais peut-être faire un petit détour mais je vais y arriver à cette question. Je vais commencer par dire que 2014, c’est l’année la plus chaude jamais enregistrée depuis qu’on mesure des températures moyennes sur terre. Mais en disant ça, à la fois je donne une information qui va dans le sens d’un réchauffement et à la fois je n’en donne pas une. Parce que si c’était l’année la plus froide jamais enregistrée ce serait le même problème, c’est à dire que la réponse serait la même, il y a un réchauffement. Ca c’est un problème général qu’on retrouve dans les médias, c’est à dire qu’on va mettre en avant certains records, mais le problème c’est que si l’année d’après il y a une chute, ceux qui sont contre le réchauffement vont dire “ah ben cette année il fait moins chaud” ou “c’est l’année la plus froide”. A vrai dire ce n’est pas ça l’important quand on parle de réchauffement climatique, c’est la manière dont les choses évoluent sur un certain temps donné et ce temps doit être assez long pour voir une évolution de ces températures.

Nico : J’ai une petite question complémentaire là-dessus, c’est que mesurer la température moyenne sur une année sur toute la planète, est-ce que ça a vraiment du sens en fait ? Parce qu’il y a des variations qui sont énormes à la fois au niveau du temps temporel et aussi au niveau spatial.

Nima : Ca a du sens si on le fait de la même manière tous les ans et qu’on fait une moyenne sur toutes ces températures. C’est là où ça a du sens parce que ça permet de voir l’évolution. En soi avoir une température moyenne sachant qu’il y a certaines régions où on est à moins trente et d’autres régions où on monte peut-être à plus trente degrés, ça n’a peut-être pas forcément de sens. Mais l’idée d’avoir une moyenne sur une année et qu’on répète tous les ans, ça permet de voir une évolution et c’est cette évolution qui nous intéresse. Donc dans ce cas là oui ça a un sens de faire une moyenne de la température qui est un indicateur parmi d’autres de comment évolue le climat sur la planète.

Deviation par rapport à la température moyenne, données NASA
Index de la température moyenne de la terre 1880-2015.
Source NASA

 

Nico : D’accord.

Nima : Ce qui est intéressant aussi c’est cette différence entre climat et météo. J’aimerais commencer un peu là dessus parce que c’est souvent une confusion qu’on a quand on discute avec les gens, ou même quand on discute avec des gens qui rejettent l’idée d’un réchauffement climatique. C’est l’idée qu’on n’arrive pas à prédire avec la météo au delà d’une dizaine de jours, c’est déjà beaucoup. On n’arrive parfois pas à prévoir la pluie le lendemain ou le temps qu’il va faire la semaine qui suit, donc les gens demandent souvent comment est-ce qu’on peut savoir ce qui va se passer dans cent ans au niveau du climat. Ca c’est une mauvaise compréhension de ce qu’on appelle le climat et la météo, la météo est bien un système qu’on appelle chaotique, c’est-à-dire que si on a des petites perturbations au niveau des paramètres dans l’atmosphère, on va avoir des grosses différences dans deux, trois jours, on va observer des grosses différences, même si on part avec des conditions initiales très proches au départ.

Ce phénomène chaotique ne se reproduit pas sur le climat parce que pour le climat on regarde des moyennes sur une longue période. Donc on va regarder la moyenne des précipitations sur un mois, on va regarder la moyenne de la température sur un an, ou sur deux ans, dans une région donnée, dans un endroit donné. Généralement d’ailleurs, dans le climat, l’unité de mesure ce sont des moyennes et des variations sur des moyennes, sur de longues années. Quand on dit longues années c’est généralement 30 ans, ce qui fait une période très grande. Du coup même s’il y a des phénomènes chaotiques qui se produisent dans la météo, on peut raisonnablement dire qu’au XXIIe siècle, l’été 2101 sera plus chaud que l’hiver 2101 par exemple. Ca c’est quelque chose qu’on peut avancer avec une certaine confiance, parce qu’on sait que c’est une moyenne et qu’il y a de très grandes chances que l’été soit plus chaud que l’hiver, à moins qu’il n’y ait tout d’un coup des bouleversements dramatiques sur l’orbite de la planète.

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Schéma des saisons terrestres. La forme elliptique de l’orbite de la Terre est fortement amplifiée afin de mieux la percevoir.
Source : Wikipedia – Gothika

Cette confusion météo-climat est souvent exploitée par les climatosceptiques pour un peu brouiller le discours envers le grand public, donc je voulais un peu revenir là dessus. Donc on en vient aussi à cette idée de la température de la terre, pourquoi la terre a-t-elle une température ? Comment est-ce qu’on la calcule ? Qu’est-ce qu’il se passe etc ? Je ne parle pas de la température moyenne mais juste le fait qu’il fait 15°C aujourd’hui en moyenne sur terre et qu’on peut y vivre du coup, que la vie est possible. Parce que si on avait une température très basse comme sur certaines planètes ben la vie, telle qu’on la connaît aujourd’hui en tout cas, ne serait pas possible. Cette température moyenne autour de 15°C, à quoi est-elle due ? Elle est due notamment à l’influence du soleil donc, qui est la principale source d’énergie qu’on reçoit sur terre. Donc il y a des échanges qui se font, il y a une énergie qui rentre sur terre, elle est absorbée par la terre, et cette énergie est réémise par la terre sous forme de rayonnement de chaleur on va dire, sous forme généralement d’infrarouges. C’est le même rayonnement, c’est la même chaleur que vous ressentez, que les gens peuvent ressentir quand ils sont proches par exemple d’un feu de cheminée, où vous sentez une chaleur du feu, et bien c’est une chaleur rayonnée sous forme d’infrarouges. C’est la même chose qui se passe pour la terre, elle reçoit une énergie du soleil et elle renvoie une énergie sous forme de rayonnement infrarouge. Et donc il y a un équilibre qui se fait entre ce que la terre reçoit, via le soleil, et ce qu’elle réémet en chaleur, quand les physiciens font les calculs, ils trouvent une température à la surface de la terre d’à peu près -18°C. Ce qui est du coup loin de ce qu’on observe, je vous le disais on est aux alentours de 15°C, cette différence montre qu’il y a un problème dans la manière dont on schématise ces échanges, en tout cas il faut aller plus loin dans la modélisation. En fait ce qu’il se passe c’est que c’est l’effet de serre qui intervient. C’est quoi cet effet de serre ? Quand on imagine notre terre avec le soleil qui envoie de l’énergie sur la terre, et bien l’énergie qui est réémise par la terre sous forme de chaleur va être capturée par ce qu’on appelle les gaz à effet de serre (gaz à effet de serre), donc principalement le CO2 et puis la vapeur d’eau, et réémise vers la terre.

Source : Oknagan university college Canada, service géographie; université d’Oxford section géographie; EPA Washington; Changements Climatiques 1995, Données scientifiques sur les changements climatiques, contribution du groupe de travail au deuxième rapport du GIEC

Donc il y a une certaine chaleur qui est projetée vers l’espace qui est réémise vers la terre grâce ou à cause des gaz à effet de serre, ça dépend de la manière dont on voit la chose. Donc c’est ce retour là qui permet de réchauffer la terre de -18°C à 15°C en fait, ce qui permet de retomber sur une valeur qui correspond à ce qu’on observe aujourd’hui. Donc l’effet de serre c’est quelque chose de très important parce que ça permet d’avoir une température vivable aujourd’hui sur la terre. Du coup on peut se demander quels sont les facteurs qui influencent ce climat, parce qu’on a un équilibre comme j’ai dit, il y a le soleil qui envoie de l’énergie, la terre qui réémet de l’énergie sous forme de chaleur et une partie de cette énergie est réémise par les gaz à effet de serre vers la terre ce qui contribue à la réchauffer.

Les facteurs influençant le climat peuvent être internes ou externes, et quand ce sont des facteurs externes, en climatologie on parle de forçage. C’est un terme qui revient souvent donc j’en parle un peu même si on n’est pas obligé de le connaître pour aborder le problème du climat mais c’est bien de le connaître parce qu’il revient souvent. Les forçages c’est la manière dont certains paramètres vont changer et qui vont changer cet équilibre thermique, il y a par exemple la manière dont la surface du sol réfléchit la lumière du soleil, c’est ce qu’on appelle l’albédo. Par exemple sur le pôle nord ou le pôle sud, comme il y a des étendues de glace importantes et bien il y a une réflexion plus grande donc il y a moins de chaleur qui arrive du coup. Un autre forçage c’est celui des volcans. Les volcans qui ont des grandes éruptions vont dégager des particules fines qui vont monter dans l’atmosphère, et ces particules fines peuvent soit contribuer à augmenter l’effet de serre soit aussi contribuer à rejeter une partie de l’énergie solaire qui arrive vers nous. Donc on imagine cette énergie qui arrive vers l’atmosphère, si cette atmosphère est chargée en particules dégagées par les éruptions volcaniques, une partie va être réémise directement vers l’espace et ne va pas atteindre la surface de la terre.

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Dessin de Puyo

Comme autre forçage on a aussi les gaz à effet de serre dont j’ai parlé juste avant, les nuages aussi, s’il y a des nuages qui sont très sombres, la lumière ne va pas passer et donc du coup vous allez avoir moins d’énergie qui va rentrer sur terre. Donc c’est ce qu’on observe quand on est sur la plage et qu’il y a un nuage qui passe, on sent tout de suite qu’il fait moins chaud quand on n’a pas la chaleur du soleil directement sur nous. Mais les nuages peuvent aussi jouer un rôle dans le cadre de l’effet de serre, parce qu’il y a un peu de vapeur d’eau là dedans, c’est ce qu’on observe par exemple en hiver, souvent on remarque, je ne sais pas Julie si tu as déjà ressenti ça, mais quand il pleut ou fait moins beau en hiver, qu’il y a des nuages, il fait souvent plus chaud que quand il fait très beau. Quand il fait très beau il fait aussi très froid en hiver, ben c’est ce phénomène là de forçage avec les nuages qui gardent un peu plus la chaleur. Donc voilà, il y a un équilibre qui se crée, il y a des choses qui entrent et des choses qui sortent, et des facteurs qui influencent le climat et quand on modifie un facteur parmi tous ceux là, la température de la terre est modifiée aussi.

Donc on arrive à ta question est-ce qu’il y a vraiment un réchauffement et comment est-ce qu’on le sait ? On sait tout simplement que depuis un siècle environ, il y a un facteur qui a vraiment évolué, vraiment changé, un forçage qui a vraiment changé, c’est la quantité des gaz à effet de serre. Pour donner une idée, la quantité de CO2 puisque c’est principalement lui qui est en cause ici, est passée de 280 parties par million (ppm), c’est une unité de mesure qui est très petite, donc ça reste des quantités très faibles, à 390 récemment. La quantité de CO2 dans l’atmosphère est faible au total mais a une contribution assez importante pour l’augmentation de la température. Pour bien visualiser ce que c’est ce passage de 280 à 390, il faut se souvenir que grâce à la science on peut remonter à l’atmosphère qu’a connu la terre il y a très longtemps, notamment avec les carottes glaciaires.

"Concentration
Concentration atmosphérique en CO2 mesurée soit directement soit dans des carottes de glace.
Source du graphique : wikipedia

Quand on va au Pôle nord et qu’on fait des carottes glaciaires, il y a de l’air qui est emprisonné dans de la glace. Plus on descend dans la glace, plus on va loin dans le sol quand on creuse dans la glace, plus on a de chances de trouver des particules d’air qui ont été gelées il y a très longtemps. Donc comme ça on peut remonter le temps et découvrir combien de CO2 par exemple était présent il y a 1000 ans, 2000 ans, 3000 ans, et on peut remonter jusqu’à 800.000 ans comme ça, ce qui est énorme.Jamais dans l’histoire de l’humanité on n’a atteint un taux aussi élevé que celui qu’on a aujourd’hui. Donc ça reste un pourcentage faible dans l’atmosphère, les climatosceptiques jouent souvent sur cette faiblesse de la concentration en CO2. Mais quand on regarde sur l’échelle géologique, sur un temps très long, quasiment un million d’années, et bien la terre n’a jamais connu une telle quantité de CO2.

Cycle du carbone dans les océans. Source : Isaac Sanolnacov pour Wikipedia
Cycle du carbone dans les océans.
Source : Isaac Sanolnacov pour wikipedia

Comment sait-on que c’est dû à l’homme cette augmentation du CO2 ? C’est un peu technique mais c’est parce qu’on peut véritablement faire la différence entre le CO2 émis par les hommes et le CO2 émis naturellement. Parce que dans la nature il y a des dégagements de CO2 qui se font, par la respiration des plantes, par l’océan qui peut absorber une quantité de CO2 assez phénoménale, et aussi réémettre une quantité de CO2 assez phénoménale. Pour donner des informations un peu précises, j’ai trouvé des choses parlantes : l’océan dégage 780 Giga tonnes (GT) de CO2 par an, l’océan absorbe aussi 780 GT de CO2 par an. Il y a un cycle qui se fait, 780 GT c’est énorme comparé à ce que dégagent les êtres humains pendant une année, les humains c’est 30 GT, c’est vraiment très faible bien sûr par rapport à ce que dégagent les océans. Mais le problème c’est que l’océan fait un cycle, il y a donc un équilibre, alors que ce que dégage les humains se surajoute à ce cycle qui est déjà en équilibre. Donc du coup on déséquilibre ce cycle et on constate une augmentation du CO2.

Comment sait-on que c’est vraiment le dégagement dû à l’activité et pas les volcans, pas l’océan ou pas la nature. C’est parce que le CO2 dégagé par l’activité humaine a une signature qu’on peut détecter, parce qu’il est principalement dû au pétrole et aux combustibles (charbon,…) et ce pétrole est issu de la dégradation il y a des millions d’années de plantes, de végétaux, qui ont été méthanisés. Le carbone qui est contenu dans ces produits-là qu’on utilise dans l’activité humaine, c’est un carbone qui est un peu particulier et qu’on peut détecter comme une forme de carte d’identité de ce carbone, on peut vraiment dire “la quantité de CO2 qui vient des activités humaines augmente dans l’atmosphère”. En terme technique on parle d’isotopes, on a des isotopes différents quand on a des carbone qui viennent de l’activité humaine, carbone 12 si je ne me trompe pas, et dans la nature on a une présence de carbone 13 et la quantité de carbone 13 dans la nature diminue par rapport à la quantité de carbone 12.

Robin : Pardon je t’interromps mais comment ça se fait que ce ne soit pas le même, parce qu’à la base tout ce qu’on utilise ça vient de la nature, ce sont les transformations qu’on fait subir par exemple au pétrole ou c’est la combustion ?

Nima : Je ne crois pas… Je ne pense pas que ça vienne de la combustion, je pense que ça vient du processus, de la manière dont ça a été créé à la base.

Robin : Parce qu’a priori des histoires de trucs qui crament, il y a aussi des choses qui se passent sans l’homme qui crament.

Nima : Ah oui !

Julie : Je pense que là ça vient de la matière première vraiment, le carbone différent.

Nima : Ca vient de la matière première ouais.

Robin : Donc là peut-être plus le pétrole que le charbon, enfin je ne sais pas, parce que le charbon a priori c’est quelque chose qui doit ressembler à ce qu’il fait naturellement non ?

Julie : Oui oui mais ce sont des matières fossilisées en fait. Je pense que ça vient du processus de dégradation… qui altère d’une manière ou d’une autre le carbone, enfin je ne sais pas mais j’imagine que c’est ça.

Robin : Oui d’accord.

Nima : Oui c’est ça. En tout cas, l’aspect technique est peut-être moins important, j’aurais peut-être pas dû me lancer là dedans. Mais c’était vraiment l’idée de dire quel genre de carbone est émis dans l’atmosphère, il y a vraiment une carte d’identité du carbone dégagé par l’activité humaine, qu’on peut repérer du coup scientifiquement et mesurer et voir que ses pourcentages augmentent dans l’atmosphère, c’est ça qui est intéressant. Donc du coup il n’y a pas vraiment de discussion possible, on sait que le CO2 augmente dans l’atmosphère et que vraiment c’est issu de l’activité humaine.

Julie : Ca règle un peu la question de l’origine anthropique du réchauffement.

Nima : Ben oui, c’est exactement ça. Parce il y a deux choses sur cette origine anthropique, d’abord on sait que c’est vraiment l’homme qui fait augmenter la quantité de CO2 dans l’atmosphère depuis un siècle, ce n’est pas dû à l’activité volcanique par exemple ou à autre chose. D’ailleurs j’avais noté pour les volcans, on est à 1,2 GT par an, pour l’activité humaine c’était 30 GT, pour les océans 780 GT, mais comme je l’avais dit pour les océans il s’agit d’un cycle, ce qui sort rentre dans l’océan, c’est compensé. Donc ça donne un peu des ordres de grandeur de ce que les hommes rejettent.

Un modèle climatique simule les interactions entre l'atmosphère, l'océan et les surfaces continentales. © Jean Louis Dufresne, CNRS
Un modèle climatique simule les interactions entre l’atmosphère, l’océan et les surfaces continentales.
© Jean Louis Dufresne, CNRS

Ce qui est intéressant aussi c’est qu’on arrive pas avec les modèles climatiques qu’on a, ce sont des programmes informatiques qui permettent de prévoir la manière dont le climat va évoluer suivant des conditions données. Donc si on utilise ces modèles pour tester la manière dont la température va évoluer au cours du XXe siècle avec les données qu’on connait, la quantité de CO2 ou la quantité d’énergie solaire parce que ce sont des données qu’on a, et bien si on avait pas le forçage gaz à effet de serre, je veux simplement dire si on ne prend pas en compte l’effet des gaz à effet de serre, on n’arrive pas à voir cette augmentation de température qu’on a observée ces 40 dernières années. Les modèles arrivent à prédire cette augmentation seulement si on fait le forçage gaz à effet de serre, c’est à dire seulement si on prend en compte l’augmentation du CO2 dans ces modèles. Ca c’est vraiment un point super important pour dire aujourd’hui avec quasi certitude que l’origine du réchauffement climatique est anthropique. Peut-être que j’aurais aussi dû dire quelque part que depuis un siècle la température a augmenté, donc ça reste encore acceptable, on a eu une augmentation de 0,8°C durant le siècle, sauf qu’il y a quand même une accélération ces 40 dernières années qui est assez notable et qui peut être amplifiée donc pour donner une idée, chaque décennie depuis 40 ans a été plus chaude que la précédente. Donc les années 80  ont été plus chaudes que les années 70, les années 90 ont été plus chaudes que les années 80 etc. Je crois que depuis le XXIe siècle, j’ai dit que 2014 c’était l’année la plus chaude mais il y a eu, je ne sais plus, 10 années parmi les plus chaudes jamais enregistrées ont été calculées au XXIe siècle donc on a vraiment des indicateurs forts pour montrer que le réchauffement climatique a bien lieu, le fait qu’il y a un réchauffement climatique n’est même plus discutable en fait, c’est comme si on essayait de prétendre aujourd’hui que la terre n’est pas ronde. Ce sont des choses qui sont évidentes maintenant. L’origine anthropique c’est devenu évident depuis 20-30 ans, et on a de plus en plus de données pour vraiment dire que ça devient une quasi certitude. Je pense que j’ai fait un peu le tour là.

Julie : Oui je pense que tu as déjà balayé pas mal de sujets. Donc en fait tu disais qu’on a des indicateurs forts sur le réchauffement climatique, sur l’origine anthropique.

Nima : Oui peut-être que je peux également dire quelque chose sur les indices forts, on parle beaucoup de la température moyenne à la surface de la terre mais on a plein d’autres indicateurs de ce réchauffement climatique. Parce qu’il y a eu beaucoup de discussions ces 2-3 dernières années, les climatosceptiques ont dit qu’il y avait une pause, que le réchauffement s’est arrêté etc. Mais souvent ces climatosceptiques se basent sur cet indicateur de la température moyenne sur la surface de la terre mais en fait on a plein d’autres indicateurs du réchauffement climatique.Par exemple la montée des eaux est un indicateur du réchauffement climatique, pas seulement parce qu’il y a la fonte des glaces qui peut permettre de contribuer à la montée des eaux mais aussi à cause de la dilatation. La plupart des surplus d’énergie emmagasinés par la terre vont en fait dans les océans, et donc on mesure vraiment une montée des eaux dues à la dilatation du fait que les mers et océans se réchauffent.

Julie : Ca on le constate déjà ?

Nima : On le constate déjà oui, j’ai dû noter quelque part de combien ça augmente, alors c’est toujours assez faible, au cours du XXe siècle on est à 1,7mm par an, mais depuis 1993 la vitesse a un peu augmenté on est entre 2,8 et 3,6 mm par an, donc ça reste faible mais quand ça s’additionne d’année en année ça peut devenir conséquent surtout si le phénomène s’accélère.

Evolution du niveau global (moyen) de l’océan de 1992 à 2014.

Donc d’autres choses aussi, il n’y a pas que la montée des eaux, il y a aussi la couverture neigeuse observée qui baisse un peu sur toute la planète, les glaciers qui reculent,… On a différentes manières de calculer la température aussi, on a la température qui peut être calculée sur la surface de la terre mais on a aussi la température qui peut être calculée via les satellites par exemple, on a la banquise aussi sur l’Arctique,  on a la glace sur terre et la glace sur mer, la glace sur mer ça s’appelle la banquise et ça aussi ça recule, surtout en Arctique, on a vraiment un recul très fort de la banquise, surtout pendant l’été. Donc voilà on a plein d’indicateurs comme ça qui vont tous à peu près dans le même sens c’est à dire qu’ils concordent avec l’hypothèse d’un réchauffement climatique.

Source : The cryosphere today
Source : The Cryosphere Today

Julie : Ok. Donc je disais, on parlait des indicateurs, en fait si je ne dis pas de bêtises c’est en grande partie confirmé par les rapports du GIEC. Tu peux nous présenter ce qu’est le GIEC ? Le travail qu’il fait depuis plusieurs années ?

Nima : Oui, le GIEC c’est ce qu’on appelle le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. C’est à la fois un truc que je trouve moi extraordinaire mais aussi très décrié par justement les climatosceptiques principalement. Donc le GIEC a été créé à la demande de l’ONU et de certains pays en fait, ce n’est pas une académie des sciences ou un truc qu’on connaît ailleurs que pour le climat, ce n’est pas quelque chose qu’on a pour d’autres phénomènes scientifiques que le climat. Comme c’est parti d’une volonté un peu politique, le GIEC est souvent associé à une vision politique, alors qu’en fait le GIEC reste un organe où on évalue la science sur le climat, grosso modo le but du GIEC c’est ça. Tous les 5-6 ans il y a des experts qui se réunissent et qui font un bilan de toutes les recherches qui ont été faites sur le climat pendant une période donnée. Le dernier rapport du GIEC est paru entre 2013 et 2014, ça prend un peu de temps parce qu’il y a 3 rapports exactement qui sont donnés à chaque fois. Il y a un rapport qui est celui du groupe 1 du GIEC qui parle des bases scientifiques et physiques du changement climatique. Donc c’est le groupe le plus “scientifique” du GIEC, c’est l’équipe la plus proche de la “science dure”. Le groupe 2 du GIEC parle surtout des conséquences, d’adaptation et de la vulnérabilité aux changements climatiques donc il y a un peu plus d’incertitudes dans le groupe 2 et dans le groupe 3 on parle des solutions possibles et là on rentre peut-être dans un domaine un peu plus politique parce que quand on parle des solutions possibles on peut évidemment s’appuyer sur la science mais ça devient un peu plus compliqué d’être aussi rigoureux que dans d’autres domaines comme par exemple l’effet de serre dont on connait les mécanismes etc.

Changements Climatiques 2013 Les éléments scientifiques Contribution du Groupe de travail I au cinquième Rapport d'évaluation du GIEC
Changements Climatiques 2013
Les éléments scientifiques
Contribution du Groupe de travail I au cinquième Rapport d’évaluation du GIEC.

Le dernier rapport du groupe 1, j’ai noté, on en est à 2000 pages, j’en ai lues pas mal d’ailleurs de ces 2000 pages, et une analyse de 9000 publications scientifiques pour générer ce rapport, ce qui est absolument ahurissant quand on y pense. Donc ce sont des groupes de personnes, experts dans le domaine, qui se réunissent sur un sujet donné, parce que la particularité du climat, je vais encore faire un petit aparté, c’est que c’est un domaine extrêmement complexe, peut-être bien plus complexe que d’autres domaines d’ailleurs, parce que ça fait appel à des sciences vraiment différentes. Dans le climat on peut avoir des gens qui sont très orientés mathématiques, qui vont faire des modèles mathématiques, on peut avoir des gens qui sont dans la physique, qui vont travailler sur l’effet de serre, des trucs vraiment très spécifiques en physique. Il y a des gens qui vont travailler beaucoup plus sur la chimie, comment les nuages vont se modifier s’il y a des particules qui arrivent, il y a des gens qui vont être beaucoup plus dans les statistiques, l’analyse des statistiques, combien d’ouragans on va avoir dans 100 ans, quelle est la probabilité d’avoir plus d’ouragans ou des choses comme ça, donc c’est un domaine extrêmement large donc personne ne peut avoir une expertise complète sur le climat, c’est impossible. C’est vraiment très complexe. Donc c’est ça aussi qui explique pourquoi c’est si décrié quelque part, c’est qu’on peut facilement trouver un angle pour essayer d’attaquer les conclusions scientifiques sur le climat.

Pour en revenir au GIEC, en gros il donne une vision de la science ps210_CAU5LbZXEAETbsh.jpgqui s’est faite ces dernières années sur le climat. Et depuis 88, je crois que ça a commencé en 88, il y a eu 25 rapports qui ont été écrits et à chaque fois il y a aussi ce qu’on appelle un “résumé aux décideurs” donc ça aussi ça crée pas mal la polémique. Donc à chaque fois qu’il y a un rapport il y a un résumé aux décideurs et ce un résumé aux décideurs est un résumé de ce qu’il y a dans le rapport, c’est normal, ça semble logique. Le seul truc avec ce résumé aux décideurs c’est que c’est destiné aux gouvernement et que les gouvernements ont droit à une rétroaction sur ce résumé aux décideurs. Alors rétroaction ce n’est peut-être pas un terme très joli mais ce que je veux dire c’est que les gouvernements ont le droit de venir modifier ce qui est écrit dans le résumé aux décideurs. Dit comme ça ça peut paraître choquant parce qu’on peut se dire “comment ça les politiques vont dire aux scientifiques ce qu’ils doivent dire” mais ce n’est pas tout à fait exact. C’est que les gouvernements ont la possibilité de modifier ce qu’il y a dans le résumé aux décideurs seulement s’ils arrivent à justifier par ce qu’il y a dans le rapport. C’est à dire que les gouvernements peuvent effectivement moduler des choses dans le résumé aux décideurs mais seulement s’ils arrivent à s’appuyer sur la littérature scientifique. Donc ce résumé aux décideurs a aussi été très critiqué par les climatosceptiques mais je crois que c’est encore une fois donner une mauvaise image de ce qu’est le GIEC, ce n’est pas un truc politique. Ce sont des scientifiques qui se regroupent, qui font un travail de synthèse de la littérature scientifique et qui essaient de communiquer au grand public et aux politiques de la manière la plus claire possible. Si les politiques veulent venir changer ce qu’il y a dans le rapport ils doivent s’appuyer sur la littérature scientifique, ils ne peuvent pas le faire n’importe comment, ça c’est vraiment un élément important à expliquer. Il y a une interview d’un scientifique qui a participé au rapport du GIEC sur le site de Sylvestre Huet, Science au carré, sur son blog il y a un article qui est très intéressant, une interview de quelqu’un qui a participé au dernier rapport du GIEC et qui  explique comment ça marche et c’est vraiment fascinant le travail qu’il y a derrière ces synthèses.

Courbe des températures dite en forme de « crosse de hockey ».
Source : Klaus Bitterman.

Il y a eu plusieurs scandales avec le GIEC, il y a eu ce qu’on a appelé “la crosse de hockey“, je ne sais pas si vous voyez ce que c’est, c’est cette courbe des températures qui a été très popularisée, où on voit sur je ne sais plus, 2000 – 3000 ans ou 1500 ans, on voit les températures qui suivent une ligne à peu près horizontale et qui tout à coup au XXe siècle explosent et montent de manière très rapide, donc ça ressemble à une crosse de hockey, un peu à l’envers, donc ça a été appelé comme ça et ça, ça a créé la première polémique, en tout cas une des grosses polémiques du GIEC parce qu’on a accusé les scientifiques qui avaient fait ce graphique d’avoir fait des erreurs dans la courbe. Effectivement il y a peut-être des choses qui n’allaient pas mais c’était la première fois qu’on recréait l’évolution des températures sur 1500 ans, parce qu’il faut quand même se souvenir qu’on commence à mesurer les températures à la fin du XIXe siècle. Donc c’est assez récent, donc comment est-ce qu’on remonte aussi loin dans le temps ? Il y a plusieurs techniques possibles, en anglais on dit “par proxy”, je ne sais pas si ça se dit en français, on utilise des éléments autres pour trouver des éléments dans le passé. Donc quand je dis on utilise des éléments autres c’est par exemple on va faire des carottes glaciaires là comme j’ai dit tout à l’heure puis on va regarder quelle était la composition de l’atmosphère, plus on va profond dans la glace plus on remonte dans le temps finalement. Dans les océans on peut prendre des couches de sédiments, quand on creuse dans des couches comme ça on peut remonter l’historique du passé de la terre. Donc le dépôt des sédiments nous donne des informations sur quelles sortes d’animaux vivaient à cette époque là. C’est vraiment un travail d’historien, d’enquêteur en fait, ça doit être assez fascinant je pense, ça s’appelle la paléoclimatologie, c’est vraiment un travail de détective, il y a beaucoup d’incertitudes parce qu’on a pas de mesures et puis on essaie de déduire une température par rapport à des données qui sont très disparates. On a réussi à reconstruire la température sur de longues années comme ça et cette crosse de hockey qui a un peu fait  la une des médias pendant longtemps a été très critiquée par les climatosceptiques, parfois à juste titre sur certaines choses. Mais ce qu’ils oublient de dire c’est que cette courbe a été confirmée une dizaine de fois par la suite avec d’autres méthodes, avec d’autres données, avec bien plus de données. Donc il y a une dizaine de publications qui ont confirmé cette impression qui n’était du coup pas fausse, les températures ont oscillé par le passé mais aujourd’hui vraiment elles ont fait un bond dramatique, de manière très brutale au XXe siècle. Ca c’était vraiment la première grosse polémique du GIEC.

Une autre grosse polémique du GIEC c’est ce qu’on appelle le Climategate, je ne sais pas comment ça se dit en français exactement mais il y a eu il y a quelques années de ça des e-mails qui ont été hackés par certaines personnes, désolé d’employer des mots anglais, des e-mails qui ont été récupérés, des e-mails de qui ? Des e-mails de gens qui travaillent dans le GIEC, qui étaient en train d’écrire le rapport et donc ces e-mails étaient sensés montrer que les scientifiques étaient en train de trafiquer leurs données pour justifier un réchauffement climatique, donc ça a un peu fait la une des journaux, on en a beaucoup parlé, on prétendait que les scientifiques avaient truqué les données pour montrer une augmentation encore plus forte des températures etc., mais en fait c’était simplement des échanges entre scientifiques pendant l’écriture d’un rapport, ce n’était pas du tout une version finale, et généralement ça discute, ça change, c’est le processus de toute science quoi. Et ça, ça a contribué beaucoup aussi à dégrader l’image du GIEC qui n’avait pas besoin de ça. Mais peut-être que du coup, en parlant du GIEC, et tu m’arrêtes si je parle trop longtemps, qu’on arrive à cette idée, dont on parlait tout à l’heure, c’est que le réchauffement climatique c’est un consensus scientifique.

Ce que disait Nicolas en début de podcast est finalement tout à fait vrai, finalement je ne parle que quand je suis certain que les scientifiques sont sûrs entre eux. Ben là c’est vraiment le cas, il y a vraiment un consensus et les rapports du GIEC, donc les 5 rapports dont je vous parlais vont tous dans le même sens. C’est à dire que, ce n’est pas qu’ils vont dans le même, c’est que tous confirment de plus en plus ce qu’on savait déjà, c’est à dire que le réchauffement est principalement dû à l’activité humaine sur ces 40 dernières années. Le consensus ce n’est pas que le GIEC, parce que ça les gens ont du mal aussi avec cette idée, ce n’est pas que le GIEC nous dit qu’il y a un consensus scientifique, ce ne sont pas que les rapports du GIEC, ce sont plein d’autres choses. Il n’y a pas une seule organisation scientifique nationale dans le monde qui rejette cette idée de l’origine anthropique du réchauffement climatique qu’on observe. Donc ça c’est vraiment quelque chose de très fort, on a toutes ces agences nationales scientifiques qui vont dans le même sens, on a ce GIEC qui tous les 5 ans fait des analyses considérables de la littérature scientifique toujours dans un sens qui est identique, de l’origine anthropique de ce réchauffement climatique. On n’a pas que ça, au niveau du consensus c’est peut-être le domaine où on est le plus sûr parce qu’on a aussi des articles publiés dans des revues scientifiques, à comité de lecture, donc des revues scientifiques réputées, qui analysent ce consensus et montrent qu’il y a consensus. C’est assez rare de publier des articles pour montrer qu’il y a des consensus mais là c’est vraiment le cas pour le climat, parce que c’est un sujet tellement sensible et tellement important aussi. Donc par exemple il y a plusieurs articles qui montrent de manières différentes que plus de 90% des climatologues, des gens experts sur le climat, vont dans le sens justement d’une origine anthropique du réchauffement climatique. Donc j’avais noté, plus de 12.000 articles récupérés dans des bases de données, entre 1991 et 2013, parmi ces 12.000 articles, les auteurs de cette analyse ont lu tous les résumés de ces articles, les abstracts, c’est comme ça qu’on appelle ce qu’il y a au début d’un article. Parmi ces résumés au début des articles,092415_1115_tradouiil1 il y en a 4000 qui prennent position pour une origine anthropique du réchauffement climatique, donc c’est à peu près 1/3, parmi ceux qui prennent position, on a 97% qui prennent position pour une origine anthropique. Et ça, ça a été fait dans cette étude mais ça a été fait aussi en demandant directement aux scientifiques concernés ce qu’ils en pensaient, ça a été fait aussi par d’autres méthodes, donc on a plusieurs articles publiés comme ça pour montrer qu’il y a un consensus scientifique parmi les climatologues et ça c’est très intéressant…

Nico : Juste pour relever ce que tu dis, pour insister encore, ça c’est un élément assez important quand on entend des débats à la télé ou à la radio etc. C’est que très souvent les contradicteurs qu’on peut voir ne sont justement pas des spécialistes.

Nima : Oui, tu as raison ! Ce que je voulais dire avec ce consensus, ça revient un peu à ton idée, quand on fait la même chose avec le grand public, et ben l’image qu’a le grand public du consensus scientifique est complètement faussée.

Source : sondage BBC/Populus 2010. Infographie Bruno Belorgey.

C’est à dire que le grand public pense qu’il y a débat, il pense que les scientifiques ne sont d’accord entre eux, il pense, en gros je crois que j’avais lu, 50% ou je ne sais plus, 30% des gens pensent qu’il y a un consensus scientifique, il faudrait que je vérifie, je ne suis plus tout à fait sûr du chiffre. Mais en tout cas l’image est complètement inverse, pour le grand public il y a débat, pourquoi est-ce qu’il pense qu’il y a débat, notamment à cause du traitement médiatique de ces consensus scientifiques, parce que, comme on en a déjà parlé souvent, pour les vaccins c’est pareil, pour d’autres phénomènes c’est pareil, les OGM par exemple. Dans les médias on veut toujours donner une vision noire et blanche, pour/contre, oui/non, pour que ça fasse un peu le buzz, pour que ça fritte, pour que ça fasse un peu de l’audience, donc on donne autant la parole finalement aux climatosceptiques, qu’aux scientifiques, et parfois même plus aux climatosceptiques parce qu’ils sont peut-être grandes gueules, peut-être plus médiatiques justement, ou qu’ils font parler plus d’eux parce qu’ils disent des choses choquantes, donc du coup il y a vraiment un décalage des forces. Dans la communauté scientifique il n’y a quasiment plus de doutes et de discussions, et dans la communauté médiatique, ou chez les gens qui ne sont pas dans les milieux scientifiques et bien il y a vraiment des questionnements, un débat, une réflexion, sur la véracité de l’origine de ce réchauffement qui serait anthropique ou non, qui existent et qui ne devraient pas exister.

 

Julie : Ah c’est très intéressant. Du coup je t’ai pas interrompu mais je voudrais revenir pour une petite question sur le GIEC, bon tu l’as précisé je pense, mais c’est une organisation internationale ? Il y a je pense, presque toutes les nations, ça représente beaucoup de chercheurs qui étudient des publications

Nima : Ils ne font pas de recherche.

Julie : Eux-mêmes ne font pas de recherches mais par contre ils étudient tous les sujets de recherche qui se rapportent au climat ?

Nima : C’est ça oui.

Julie : Et eux-même sont très représentatifs de la communauté scientifique ?

Nima : Oui, les gens qui vont écrire ces rapports sont généralement des experts de leurs domaines, et donc si on lit l’article dont je parlais sur le site de Huet, ces gens-là ils ne sont pas une dizaine juste à écrire leur rapport et puis à l’envoyer à tout le monde, ils écrivent un premier rapport et là il y a des reviewers, c’est quoi les reviewers, ce sont des gens qui relisent ce rapport, et là il y en a des centaines et quasiment n’importe qui peut aujourd’hui reviewer ces rapports. Ces reviewers envoient des critiques et donc les dizaines de personnes qui travaillent sur une des thématiques du rapport final, sont obligés de répondre à toutes les critiques. Donc c’est une machine qui est un peu infernale, qui prend énormément de temps, mais qui est du coup d’une robustesse extraordinaire, c’est à dire qu’on ne peut pas écrire n’importe quoi dans un rapport comme ça, c’est pas possible.

Julie : Chaque groupe c’est combien de personnes ?

Nima : Ben je crois que chaque thématique il y a peut-être une dizaine de personnes, de toute façon des experts il n’y en a pas non plus 500.000 dans chaque domaine donné, donc voilà ce sont des petits nombres. Mais après il y a une relecture par vraiment des centaines de personnes et des aller-retours entre ces petits groupes et une communauté plus grande qui peut donner son avis.

Nico : Pour revenir sur les histoires de consensus et de vision dans les médias. Autant il y a un consensus sur le constat qu’il y a un réchauffement, il y a un consensus sur le fait que l’humain a une responsabilité là dedans, par contre sur les conséquences d’un tel réchauffement climatique, est-ce qu’il y a un consensus ou est-ce qu’il y a plusieurs avis contradictoires sur ce que ça peut amener comme conséquences ?

Nima : Ben il y a des choses qui sont plus ou moins connues et des choses qui sont plus ou moins discutées ou pas tout à fait sûres. Dans le dernier rapport du GIEC, là je parle du groupe 1, à chaque fois qu’ils parlent d’une conséquence, ils mettent une probabilité, la confiance qu’ils ont dans ce qu’ils avancent. Par exemple sur les épisodes extrêmes du climat, donc comme tu disais tout à l’heure, le cyclone qu’il y a eu aujourd’hui, est-ce que c’est dû au réchauffement climatique. On pense, on a de bonnes raisons de penser que des cyclones de plus en plus extrêmes vont être de plus en plus présents. Mais on n’est pas certain, sûr à 100% que ça va être le cas. Sur l’augmentation du niveau des mers c’est quasiment certain, il faut prendre chaque élément séparément, et à chaque élément est associé une certitude ou une incertitude par rapport à la possibilité pour cet évènement d’avoir lieu ou non. Je ne sais pas si j’ai été très clair. Oui si ça va ?

Julie : Oui oui, et ça évolue à chaque rapport je crois, ils revoient leur indice de confiance sur chaque élément ?

Nima : Bien sûr, les modèles avançant, ils deviennent plus performants donc effectivement à mesure qu’on avance on a aussi plus de données… Par exemple depuis 2005, c’est assez récent, on a des bouées, on a un système, le système Argos, qui récupère la température dans les océans à des profondeurs différentes, et qu’on n’avait pas avant. Donc ça nous permet aussi de voir les mouvements océaniques, la température de l’océan, l’acidité, etc, ça nous permet d’avoir des données qu’on n’avait pas avant, du coup des modèles qui peuvent devenir plus précis, du coup des estimations qui peuvent être un peu plus précises. Donc ça c’est sûr, ça évolue.

Julie : Ok, je ne sais pas, les autres vous avez des questions ou on enchaîne ?

Nico : Il y avait des questions dans la chatroom je ne sais pas si on les pose maintenant ou si on attend un peu ?

Julie : Je vais enchaîner avec ce qu’on a pour l’instant puis tu remontes les questions de la chatroom ?

Nico : Oui.

Julie : On en a déjà discuté mais on va revoir un petit peu quelques arguments des climatosceptiques et que tu nous expliques pourquoi ça ne réfute pas la théorie du changement climatique.

Climat-météo tu en as déjà bien parlé, je ne sais pas si tu veux ajouter quelque chose ?

Robin : Je me permets juste une toute petite intervention pour de l’auto-promo, j’en avais parlé relativement longuement dans l’épisode sur le chaos puisque c’est exactement ça le sujet. C’est à dire qu’en gros un système chaotique, et la météo tout porte à croire que ce soit un système chaotique, le principe c’est qu’on ne peut rien dire sur le moyen terme et le long terme, c’est à dire qu’on ne sait pas ce qu’il va passer demain, après-demain etc, en revanche on peut dire quelque chose sur le très long terme dans le sens ou si l’expérience est répétée un grand nombre de fois on peut donner un résultat statistique. C’est un peu le pile ou face, je ne peux rien dire sur le lancer qui va venir mais par contre je sais que si je joue mille fois je sais à peu près ce que j’aurai.

Nima : Ouais merci ouais. C’est exactement ça.

Julie : Il a bien résumé.

Nima : Ouais, bien résumé.

Julie : Ok donc on va passer à un deuxième argument, alors c’est un graph qu’on voit souvent, tu en as parlé sur ton blog, qui montre que si on regarde, la température est stable sur une période de temps. Est-ce que tu pourrais nous expliquer pourquoi ça ne reflète pas la réalité ?

Nima : C’est ce qu’on a dit au début effectivement quand on a parlé du climat et du fait qu’on regardait des moyennes et surtout qu’on regardait sur des périodes assez longues. Comme ça oscille souvent naturellement de manière assez grande d’une année sur l’autre, notamment la température moyenne, ou quand on regarde aussi des courbes, par exemple en Arctique quand on regarde la couverture de la glace sur mer, d’une année sur l’autre ça va être plus ou moins grand, plus ou moins petit et ça bouge quand même pas mal. Donc par exemple je crois que récemment ça a de nouveau augmenté, il y a deux ans c’était encore très bas, donc voilà, ça oscille pas mal donc on a vraiment des courbes qui oscillent pas mal comme ça. Donc c’est très facile en fait de choisir deux points sur une courbe donnée et de dire “AH vous voyez, de ce point là à ce point là ça ne bouge pas, donc il n’y a pas réchauffement, ou il n’y a rien qui se passe, ou on nous a menti, etc”. Donc ça c’est très très classique comme phénomène mais en fait ce qu’il faut regarder c’est vraiment une évolution sur le long terme, et à chaque fois qu’on regarde les évolutions sur le long terme, c’est beaucoup plus difficile de nier l’augmentation de la température ou d’autres indicateurs qu’on a signalés un peu plus tôt.

Un truc classique par exemple et je crois que tu voulais en parler un peu plus tard mais, un truc classique c’est, depuis quelques années on entend “oh ben le réchauffement climatique il y a une pause depuis 1998, ça s’est pas réchauffé”, et on montre une courbe ou un ligne qui part de 1998 jusqu’à 2012 par exemple ou 2013 en disant vous voyez c’est une ligne droite. Et puis effectivement on a des oscillations qui se font autour de cette ligne au niveau de la température, quand on ne connait pas vraiment on se dit “ben oui ça ça n’a pas l’air de beaucoup bouger”. Donc d’une part il y a un site qui a mis en image ce phénomène de manière assez ludique, je vais essayer de le mettre sur la chatroom, pour que les gens voient ce graphique, mais je pense que pour la plupart d’entre vous vous l’avez peut-être déjà vu.

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D’une part il y a ce graphique qui est très intéressant à regarder mais évidemment à l’oral ça ne passe pas, et d’autre part il faut comprendre que 1998 est une année qui est choisie non pas au hasard, c’est une année qui a été extrêmement chaude pour une raison particulière, c’est qu’il y a eu un phénomène climatique assez particulier cette année là qui est un mouvement océanique au niveau du pacifique qui s’appelle El Nino. Ce mouvement en particulier contribue à un réchauffement et donc cette année 1998 a été exceptionnellement chaude par rapport à ce qu’on attendait habituellement. Donc on prend une mesure où on est tout d’un coup hors de la norme puis de cette mesure là on dit “regardez vous voyez ça n’a pas bougé, oh c’est la pause, ça fait quinze ans que c’est la pause, on nous ment etc.” en fait, quand on prend l’année 97 tout de suite on voit l’augmentation, même aujourd’hui avec les années qui ont augmenté, 2014 même en partant de 1998 on a une légère augmentation de la température, même si c’est vrai que ces 10 dernières années, la vitesse d’augmentation de la température a un peu diminué. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de réchauffement du coup mais simplement que c’est un peu plus lent sur ces 10 dernières années.

Julie : Ok, il y a aussi pas mal de critiques je crois aussi au niveau des modèles.

Nima : Ouais, ouais, les modèles c’est vraiment…

Julie : LE gros sujet ?

Nima : Je ne sais pas pourquoi tant de haine, ça pourrait être la quote de la semaine.

Nico : Enfin non, quand même, sur les modèles, j’imagine que tu vas en parler, mais ça fait partie des objets de science appliquée les plus complexes, les modèles de climat !

Nima : Oui !

Nico : Et du coup, c’est sûr que quand on a une boîte, je ne vais pas dire boîte noire parce que ce serait un peu abusif, mais qu’on a une boîte d’une telle complexité, et ça a été démontré dans certains cas, c’est pas évident. On peut des fois se demander si on est en train de regarder ce que provoque cette boîte ou si on est en train de regarder vraiment ce qu’on est en train d’analyser. Ca parait sain comme raisonnement, après ils essaient de s’améliorer, ils essaient de faire du contradictoire etc, je ne dis pas que la démarche est mauvaise. Mais je trouve que la critique de base qui consiste à dire “on quand même des trucs sacrément compliqués” n’est pas dénuée de sens.

Nima : Non, mais quand on voit que ces mêmes modèles arrivent à vraiment tracer l’évolution de la température tout au long du XXe siècle de manière très très fidèle à ce qu’on observe, ben on se dit qu’à un moment donné il ne faut pas déconner. On ne peut pas tout d’un coup tout rejeter parce que sur dix années on est un peu plus haut que la normale parce que ces dix dernières années les modèles ont estimé un réchauffement un peu plus haut que ce qu’on [a constaté], et du coup voilà parce qu’il y a un petit écart on va tout abandonner alors que les modèles ont fait leur preuve pendant toute une période et font encore leurs preuves. On n’est pas obligé d’appliquer les modèles simplement sur les températures globales sur la terre entière On applique aussi des modèles sur certaines régions, sur les précipitations etc. Et là on a parfois très rapidement la possibilité de regarder si le modèle concorde avec la réalité sur des périodes un peu plus courtes ou sur des régions un peu plus petites donc c’est plus facile à mesurer etc. Donc sur les modèles, c’est pas n’importe quoi, ça part des phénomènes physiques qui sont modélisés, et à partir de ces phénomènes physiques qui sont modélisés, on a rajouté de la complexité pour que les modèles deviennent de plus en plus fidèles. Donc par exemple aujourd’hui on a des modèles qui font un maillage de la terre, pour être au plus près, je ne sais plus, je crois que j’en avais parlé sur mon blog, je crois que ce sont des maillages de 30km, il faudrait que je regarde exactement ce que j’ai mis. Donc pour être au plus fidèle de sur quelle zone on aura de la glace, ou des océans, parce que du coup si on a de la glace, ou des océans, ou de la forêt, ben le dégagement au niveau solaire, la réflexion au niveau solaire va être différente, si on est proche d’un volcan, des dégagements de CO2, ou proche d’une industrie, les dégagements de CO2 seront différents etc. Donc on a vraiment, bien sûr ça devient de plus en plus compliqué, mais aussi de plus en plus fidèle à la réalité. Et on vérifie que ces modèles sont efficaces, parce que quand on a par exemple des éruptions volcaniques très importantes comme il y en a eu par exemple dans les années 90. On voit que les modèles arrivent justement, quand on a des éruptions volcaniques généralement la température baisse, quand on voit cette baisse dans les modèles qui suivent justement ces éruptions volcaniques, on se dit bah oui, le modèle fonctionne bien. Je pense que sur les modèles c’est une attaque un peu facile mais certainement pas justifiée.

Nico: Alors du coup pour continuer sur les critiques classiques mainstream, je vais me faire l’écho de ce que j’entends parce que moi je les analyse comme des arguments qui ne me paraissent pas stupides donc tu auras sans doute des réponses à ça. C’est une autre critique qu’on entend beaucoup sur les modèles c’est le problème des données, des données initiales en particulier, où ça ne fait pas très longtemps finalement qu’on a beaucoup de données sur le climat par rapport à l’échelle climatique. Alors moi ce sont des ouï-dires dont je parle, je ne me base sur aucune source mais j’imagine que tu as des choses à nous dire là dessus ?

Julie : Il en a parlé en fait.

Nima : Ben oui un peu, on a quand même en terme de données, c’est vrai qu’on en a de plus en plus en fait.

Nico : Oui ben ça…

Nima : Le système Argos dont j’ai parlé et qui est dans la mer depuis 2005. Ce qu’on peut peut-être dire c’est que la plupart des gens pensent que le climat c’est juste les modèles, alors qu’en fait le climat à la base c’est pleins d’observations, et après viennent des modèles qui permettent de prédire des choses et en déduire des conséquences politiques, stratégiques, économiques. Mais à la base le climat c’est vraiment plein de données d’observations. Donc on a toutes les températures, au sol, dans les stations, sur les bateaux par exemple, on a tout le système paléoclimatique où on arrive à trouver plein de données qui nous permettent de remonter dans l’histoire pour savoir ce qu’il s’est passé précédemment. On a les satellites maintenant depuis 40 ans qui nous permettent d’avoir des données en plus, par exemple avec les satellites on peut mettre en évidence la troposphère, la partie basse de l’atmosphère, et donc comme il y a l’effet de serre, ben normalement on s’attend à ce que la partie basse de l’atmosphère se réchauffe et que la partie haute de l’atmosphère se refroidisse. Contrairement à ce qu’on attendrait si c’était le soleil qui réchauffait la planète, si c’était le soleil qui chauffait la planète on aurait une augmentation de la température de la partie basse de l’atmosphère mais aussi au niveau haut de l’atmosphère. Ce qu’on observe avec les satellites c’est vraiment une augmentation de la température au niveau de la partie basse de l’atmosphère, qui concorde exactement avec ce qu’on pense de l’effet de serre et ce qu’on observe aujourd’hui avec l’augmentation du CO2. Donc voilà, c’est une masse de données considérable qu’on a, et quelque part tu as raison, il y en a beaucoup plus maintenant, mais les modèles c’est vraiment un petit point dans la climatologie qui est avant tout une science basée sur des faits réels. D’ailleurs sur cette histoire de modèles et puisque je parlais des satellites et ben figure toi qu’il n’y a pas si longtemps de ça, les satellites, je ne pourrais pas vraiment bien expliquer les problèmes scientifiques derrière, mais les satellites montraient qu’il y avait un refroidissement de la troposphère, donc cette couche basse de l’atmosphère. Et donc ça faisait grand plaisir à nos amis climatosceptiques qui disaient “ah vous voyez ça contredit le réchauffement climatique, ça contredit l’idée de l’effet de serre, etc”. Ca contredisait les modèles aussi, parce que les modèles prévoyaient un réchauffement de cette troposphère. On avait deux solutions, soit on réajustait les modèles, soit il y avait un problème ailleurs. Et bien il se trouve qu’on a fait confiance aux modèles et on s’est rendu compte qu’il y avait une erreur dans la manière dont on mesurait la température de la troposphère via les satellites, et donc il y a un correctif qui a été fait et du coup on trouve bien un réchauffement par les mesures de satellite de cette troposphère, qui concorde du coup avec les modèles. Comme quoi parfois les modèles peuvent nous servir à ajuster nos mesures, c’est dire qu’ils sont quand même intéressant à étudier. Ca va je n’ai perdu personne ?

Julie : Non non c’est intéressant.

Nico : Au delà d’intéressant à étudier finalement c’est tout ce qu’on a aujourd’hui, enfin on n’a pas mieux finalement, on aurait plus simple et plus efficace on l’utiliserait quoi, c’est pas pour le plaisir.

Nima : Aussi oui, tu as raison oui.

Julie : Ok, ben je vous propose qu’on passe aux questions des auditeurs parce que bon ils vont balayer à peu près le reste de ce que j’avais préparé.

Nico : Ouais on a tout plein de questions d’auditeurs, tu veux les lire ou, fin comme tu veux.

Julie : On va se relayer. Alors on a une première question de Stéphanie qui demande : pour toi quels sont les enjeux majeurs de la COP de Paris en décembre ?

Mais tu nous en as parlé non ?

Nima : Non, elle parle de la conférence qui va avoir lieu à Paris en 2015 là c’est ça ?

Julie : Oui, tu nous en avais parlé avant l’émission en fait, c’est ça.

Nima : Peut-être, non je crois que je t’en avais parlé par mail en te disant “ce serait bien qu’on fasse un truc spécial,…”

Julie : Nous on voulait que tu en parles maintenant [rires]

Nima : Un truc qui cartonne en décembre 2015…

Julie : Ca nous empêche pas d’en parler en décembre 2015 !

logo COP 21Nima : Et ben écoute, c’était quoi la question, quels sont les enjeux majeurs, ben là je vais parler en mon nom, enfin je parlais en mon nom avant mais je m’appuyais sur une base scientifique, là je parle simplement pour moi. Les enjeux majeurs c’est comment réduire les émissions de gaz à effet de serre et comment faire en sorte qu’on arrête de réchauffer cette planète. Parce que c’est pas seulement, on menace les hommes mais on menace aussi plein d’espèces d’animaux. Par exemple j’en ai pas parlé mais à mesure que le taux de CO2 augmente, il y a une absorption plus grande de ce CO2 dans les océans, du coup les océans s’acidifient et en s’acidifiant il y a des espèces de crustacés qui peuvent du coup être menacées, si le pH de l’eau diminue trop il y a plein d’espèces qui peuvent disparaître, sans parler des ours polaires qui ont été très popularisés aussi. Mais voilà, il n’y a pas que l’homme, l’homme c’est très important, parce qu’il y a aussi le niveau des mers qui monte, les ouragans, les épisodes de plus en plus intenses qui vont peut-être se produire, les problèmes au niveau de l’agriculture peut-être si on a des périodes de sécheresse qui deviennent difficiles etc. Donc je pense qu’on a vraiment tout intérêt effectivement à communiquer sur le problème du climat, à faire en sorte que les gens prennent conscience de ce problème. Je voulais d’ailleurs un peu parler de ça, je voulais faire une émission courte mais il faut me retenir parce qu’après je vais partir.

Julie : On a essayé !

Nima : Non mais je vais tenir mieux que pour les médecines alternatives. Sinon on va finir dans deux heures. Et donc oui ce qui m’intéressait, c’est que j’avais trouvé des trucs sur pourquoi les gens refusent ou n’agissent pas pour le réchauffement climatique ou ne prennent pas conscience du problème qu’est le réchauffement climatique. Et un des problèmes qui est pointé par certains psychologues c’est la réaction qu’on a face à la peur. Donc on réagit plus fortement quand la peur nous touche personnellement, ça c’est quelque chose qu’on peut toujours concevoir facilement. Quand la peur vient rapidement aussi on a toujours beaucoup plus peur que quand elle est lointaine, quand elle est immédiate qu’elle n’est pas morale ça va nous toucher plus aussi que dans la situation inverse. Donc dans le cas du climat c’est tout le contraire, c’est quelque chose qui vient lentement, on parle toujours du problème climatique au futur, on dit “les générations futures vont en souffrir” alors qu’en fait on en souffre déjà nous, on en souffre déjà, on voit déjà des conséquences même si on ne peut pas dire exactement que c’est le réchauffement climatique mais on voit déjà des conséquences qui semblent être très probablement dues à ce réchauffement climatique. Donc cette perception du risque qui est un peu faussée, ça permet de nous dire “bon ben on a du temps” ou “on va voir ce qu’il va se passer” ou “on oublie quoi”. On préfère ne pas y penser, donc voilà cette notion du risque je pense qu’elle est très importante et comme on analyse mal ce risque parce qu’il y  a deux hypothèses, l’hypothèse évolutionniste en disant c’est assez récent pour le cerveau, on a vécu pendant des millions d’années sous forme de tribus avec des dangers qui étaient très proches de nous et qui étaient assez immédiats et donc c’est assez récent qu’on est dans une société où on n’a pas de danger tels qu’on  pu le connaître il y a cent mille ans ou un million d’années. Donc notre cerveau aurait évolué pour optimiser ces dangers immédiats et minimiser les dangers petits et faibles qui arrivent de manière lointaine quoi. Bon je ne sais pas si c’est vraiment une hypothèse qui a été vérifiée mais c’est souvent avancé pour expliquer ce [type de comportements].

Nico : C’est vrai que de toute façon le réflexe qu’on a un peu tous, le réflexe de base quand on entend parler de réchauffement climatique ou quand on entend parler de “ça va augmenter de 2-3°C c’est le drame”, on dit “ouais ‘fin moi cet hiver j’ai eu froid et 3 degrés c’est pas grand chose quoi”, il y a à la fois cet effet dont tu parles, c’est que c’est très long terme et puis en plus quand il y a deux degrés de plus un été on ne se dit pas que ça va tout changer etc. C’est juste qu’au niveau climat ça change beaucoup de choses.

Nima : Oui et surtout qu’on confonde, parce que quand on dit 2 degrés de plus en moyenne, ça veut dire qu’il y a certains endroits où ilva y avoir peut-être plus 10°C ou certains endroits où il va peut-être y avoir moins 10°C, c’est à dire que localement ça peut être complètement différent. Pour donner aussi une autre idée, je vais m’arrêter là, c’est que je crois que la différence entre période glaciaire et période interglaciaire c’est genre plus ou moins 5 degrés.

Augmentation de la température moyenne terrestre, par rapport à la latitude et à la moyenne des températures sur la période 1951-1980. Source : NASA
Augmentation de la température moyenne terrestre, par rapport à la latitude et à la moyenne des températures sur la période 1951-1980.
Source : NASA

Julie : Donc c’est énorme.

Nima : C’est énorme.

Nico : Donc c’est énorme. Et alors justement, sur ces histoires de degrés, un truc qu’on entend souvent, enfin en particulier sur le GIEC depuis plusieurs rapports, c’est cette histoire de “il est nécessaire de rester à une augmentation de +2° max”, c’est une question là de Stéphanie qu’on a là dessus, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus, parce que c’est vrai qu’on en entend beaucoup parler, on a l’impression que le GIEC disait chaque année “il ne faut surtout pas dépasser ça” et là je crois que dans le dernier rapport ils ont plus ou moins dit c’est foutu. Alors c’est quoi cette histoire de limite ? C’est de la communication ou il y a quelque chose de fondé derrière ?

Nima : On parle souvent de ce qu’on appelle la sensibilité du climat, peut-être que je ne vais pas tout à fait répondre à la question, mais la sensibilité du climat c’est de combien la température va augmenter pour un doublement du CO2 dans l’atmosphère. Et donc je pense que ce plus 2°C c’est souvent en référence à cette sensibilité du climat. Donc si on reste, je crois que si on reste tel qu’on est aujourd’hui, on s’attend à avoir une augmentation de plus 2°C au niveau du climat. Et si on augmente la quantité de  CO2 de manière importante je pense qu’on va dépasser ce plus 2°C. Voilà, je ne sais pas trop quoi d’autre répondre. Je crois que le plus 2°C vient de là quoi.

Scénarios et augmentation des températures en fonction des émissions de gaz à effet de serre. Source : GIEC
Scénarios et augmentation des températures en fonction des émissions de gaz à effet de serre.
Source : GIEC

Julie : En fait, moi je ne me rappelle pas exactement des scénarios du GIEC mais en gros c’était d’arriver à maintenir cette augmentation là pour ne pas tomber dans un scénario “catastrophe”. C’était “on tente le moins pire”.

Robin : A priori si ça se réchauffe trop ça va s’auto-entretenir en plus, enfin s’accélérer. Avec le permafrost , des machins comme ça.

Nima : Oui il y a des retours qui sont très vicieux, qui accentuent le phénomène. Parce que plus il fait chaud par exemple plus l’air peut emmagasiner de l’humidité, c’est pour ça que par exemple l’été on peut avoir beaucoup d’humidité dans l’air, et comme l’eau c’est un gaz à effet de serre aux conséquences encore plus dramatiques que le  CO2, et bien ça contribue encore plus à réchauffer, donc il y a déjà ce phénomène là. Si ça se réchauffe il y a les glaciers qui vont fondre et donc la réflexivité de la terre va diminuer donc la terre va emmagasiner encore plus d’énergie solaire donc ça va encore réchauffer. Donc voilà il y a des actions comme ça qui effectivement font emballer le système. Alors évidemment ça pose un problème conséquent pour la suite quoi.

Julie : On a une question de Jean-Phi qui demande est-ce vrai que le méthane émis par les bovins a une influence sur le climat ou est-ce une idée reçue ?.

Nima : Non non c’est vrai, le méthane c’est effectivement un gaz à effet de serre oui. Je fais court [rires]

Julie : Oui, très bien.

Nima : Non non oui oui c’est pas une idée reçue c’est effectivement un problème.

Julie : C’est un problème ok.

Nico : Après on a notre cher économiste qui est passé et qui vient de nous poser une question plutôt politique, je ne sais pas si tu vas avoir grand chose à dire là dessus. C’est un sujet qui fait surtout débat dans le grand public et chez les politiques mais pas trop chez les experts c’est la taxe-carbone et/ou le marché des droits à polluer pour réduire les émissions, je ne sais pas si tu as un mot à dire là dessus ou si c’est pas ton domaine.

Nima : J’aurais un mot à dire en tant que nourri à l’extrême gauche depuis quinze ans quoi, mais, après c’est mon opinion personnelle, on monnaie la possibilité aux grandes entreprises de polluer en fait. Ce que je trouve personnellement scandaleux. Donc on arrive finalement à ce que tout devienne marchandise et polluer devient une marchandise. Déjà je pense qu’on a donné tellement de quotas que finalement les mecs ils peuvent polluer autant qu’ils veulent il n’y a aucun problème et en plus ils peuvent racheter des quotas à d’autres pour polluer encore plus. Je crois que c’était vraiment la pire idée qu’on pouvait avoir. Ca donnait peut-être une impression de se sentir un peu bien moralement dans sa tête pour se dire tiens on a fait quelque chose pour le climat mais en fait les vraies décisions politiques elles ne sont pas prises parce qu’on ne veut pas aller à l’encontre des intérêts économiques des grands groupes industriels. Il y a un livre qui faut lire si on veut partir dans les domaines politiques et les problèmes avec les scientifiques qui dénigrent justement l’origine anthropique du réchauffement climatique c’est le livre de Oreskes, peut-être que vous vouliez en parler aussi c’est Les Marchands de doutes je crois que ça s’appelle en français. C’est un livre à lire qui montre comment certains groupes industriels ont financé des scientifiques pour dénigrer les connaissances scientifiques du moment et permettre justement à ces grandes entreprises de continuer leurs politiques de “pollution”.

Nico : Bon on rappelle malgré tout comme tu le disais au début que c’est une opinion politique, il y a mine de rien d’autres opinions sur le sujet, on n’est pas un podcast de politique. Non mais je rappelle à tout hasard pour qu’on ne se fasse pas spammer sur le sujet.

Nima : Je parle sans vraiment avoir de données ou de choses très concrètes derrières.

Nico : Oui voilà c’est une idée et quitte à me faire un peu l’avocat du diable c’est une idée qui ne vient pas de nulle part non plus, il y a des gens qui pensent qu’en mettant ce genre de règles il peut y avoir une sorte d’auto-régulation qui se fait. Et comme on est sur une problématique climatique il peut y avoir des gens à un endroit qui compensent d’autres donc il y a deux-trois idées derrière. Alors je suis plutôt de ton avis mais c’est important de rappeler qu’il y a sans doute d’autres opinions.

Nima : Encore un gauchiste rohlalala.

Nico : Non enfin, je ne suis pas de formation d’extrême-gauche [rires].

Nima : D’accord

Nico : Mais j’avoue que j’ai du mal aussi avec l’histoire de pouvoir acheter la pollution mais j’ai entendu de très bons contre-arguments là-dessus, c’est à dire qu’il y a aussi un côté pragmatique là-dessus de dire d’accord c’est peut-être mieux que rien finalement et c’est peut-être une première étape donc ce sont des arguments qui peuvent se recevoir aussi. Et qu’entendent souvent très mal l’extrême-gauche justement le “c’est mieux que rien”.

Robin : Ben c’est à dire que si tu vis dans un monde idéal où les gens suivent les règles, tu peux dire que tu baisses par exemple chaque année la quantité de droits à polluer autorisée et tu pourrais rêver comme ça qu’effectivement la quantité de gaz à effet de serre diminue chaque année. J’avais entendu plusieurs fois des gens qui avaient des arguments assez convaincants, je pense que le problème essentiel c’est que c’est dans un monde idéal déjà.

unfcccNico : Ok bon de toute façon on ne va pas s’étendre là dessus. Mais par contre sur les quotas et compagnie on a question de Stéphanie, importante à mon avis au moins que tu l’évoques. C’est de dire un petit mot sur Kyoto et Montréal. Alors je ne connais pas trop Montréal, j’imagine que c’est un autre protocole. Mais en tout cas Kyoto on en a pas mal entendu parler.

Nima : Et ben écoute, Julie voulait en parler je lui ai dit “non pitié n’en parle pas” parce que je n’y connais rien.

Nico : Ah bon ben si tu veux t’as le droit de dire “j’y connais rien” c’est mieux, c’est la particularité d’un podcast, tu as le droit de dire que tu n’y connais rien, moi je préfère largement que de dire n’importe quoi.

Nima : Pardon, mais là je préfère m’abstenir.

Julie : Alors on fera peut-être un retour…

Nico : Du coup là dessus, Stéphanie et son cher collègue (Lucas), si vous voulez nous faire un retour pour le freestyle, nous envoyer un mail, n’hésitez pas, on peut le faire remonter.

Julie : Ah oui voilà, c’est vrai que moi je trouvais que c’était intéressant, après il y a suffisamment de choses à dire pour qu’on puisse ne pas en parler mais si ça intéresse on fera un petit retour, donc s’il y a un auditeur qui est partant, avec plaisir !

Nico: Ensuite on a une question, dans le genre question technique, de Ewi qui demande “Et le modèle de Lorentz il donne quoi sur le réchauffement climatique ?”

Nima : Hmpf, pfff… en fait…

Nico : Je ne comprends pas la question.

Nima : Ca n’a pas de pas de sens, en fait le modèle de Lorentz c’est simplement un modèle qui a été le premier modèle qui montre un phénomène chaotique.

Nico : D’accord. Ah oui ok.

Nima : A partir d’équations déterministes en fait, voilà…

Robin : Là encore j’en avais parlé dans l’épisode sur le chaos mais il a fait un sous-modèle tellement simplifié, que si c’est encore en rapport avec la météo, c’est un gros coup de pot quand même. Et déjà ce modèle extrêmement simplifié est chaotique. Donc disons que… c’est juste un truc qui permet de dire que probablement on arrivera pas à faire mieux que du chaotique pour la météo quoi.

Nico : Du coup je passe à la question suivante, on va y passer je pense rapidement mais c’est peut-être intéressant deux ou trois choses à dire. On nous demande quels sont les arguments des négationnistes du réchauffement climatique. Bon tu en as déjà parlé sur le fait que ce ne sont souvent pas des spécialistes etc. Je ne sais pas si tu as des choses à raconter là dessus.

Nima : La question c’est : quels sont les arguments des climatosceptiques c’est ça ?

Nico : La question exacte c’est quels sont les arguments des négationnistes du réchauffement climatique ?

Nima : Ben par exemple ils disent que c’est à cause de la vapeur d’eau, que c’est pas le CO2, après il faudrait que je réponde à chaque fois, je ne sais pas ?

Julie : Est-ce qu’il y a des gens qui disent qu’il n’y a pas de réchauffement climatique ? Ou est-ce que ça se joue sur les causes, l’amplitude…

Nima : Je pense qu’ils sont vraiment une poignée maintenant à dire qu’il n’y a pas de réchauffement, la plupart sont obligés de dire qu’il y a un réchauffement mais généralement ils disent que ce n’est pas l’activité humaine ou ça peut être le soleil, ou ça peut être la vapeur d’eau, ou on a déjà connu ça dans le passé donc ce n’est pas très grave ou on a connu des périodes plus chaudes, ou certains peuvent dire qu’en antarctique la couverture de glace sur la mer augmente, donc ça démontre qu’il n’y a pas de réchauffement climatique, voilà il y a ce genre d’arguments qui peuvent apparaître.

Nico : Et là dessus pour rappeler, parce que la répétition ne fait jamais de mal, la plupart du temps, même quasiment tout le temps, ce ne sont pas des spécialistes qui parlent, ce sont plus des amateurs sur le sujet, même si des fois ils ne sont pas très loin. Là on nous dit que Laurent Cabrol en fait partie…

Nima : Alors ça peut être des scientifiques aussi, il y a des scientifiques, il y a même des climatologues qui sont proches des climatosceptiques, il y en a quelques uns qui sont très connus, il y en a deux ou trois. Ca arrive, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas un consensus fort sur cette idée d’origine anthropique du réchauffement climatique.

Nico : Ok.

Nima : Et parfois ce sont aussi des gens très intelligents qui émettent des avis contre cette idée, des physiciens qui ne sont pas climatologues mais qui ont une bonne connaissance de la physique.

Nico : Ouais ça c’est le truc, comme tu reviens à chaque fois sur des sujets à consensus scientifique mais pas médiatique, ça revient aussi dans d’autres sujets, je crois que c’est en homéopathie qu’il y a un prix Nobel qui défend l’homéopathie.

Nima : Oui, il y a Luc Montagnier.

Nico : Il y a des gens qui peuvent être de très bons scientifiques dans certains domaines et qui se retrouvent à ne pas du tout avoir la même approche dans d’autres domaines.

Nima : Oui oui.

Nico : On a une question de Jean-Phi après qui demande “où se situe-t-on par rapport aux cycles glaciaires de la terre ?”

Nima : Ben je crois qu’on est dans une période justement glaciaire, ce qui n’est pas très bon pour nous. Théoriquement là en fait on est dans une période de refroidissement, depuis quelques milliers d’années.

Nico : Bon la question suivante ce n’est pas vraiment une question je pense qu’on mettra ça peut-être dans les notes de l’émission c’est un rapport du LERNA (laboratoire d’économie de l’environnement de la Toulouse School of Economics) qui donne des idées du genre de solutions que les économistes préconisent pour limiter le réchauffement climatique. C’est notre cher Olivier Smicard-Casanova qui nous donne ce lien. On le mettra dans les notes de l’émission pour ceux que ça intéresse.

Alors ça ça peut être intéressant que tu nous fasses un retour là dessus, c’est encore assez général sur les notions de consensus de scientifique et pas médiatique. Ewi dit, parce que tu as beaucoup parlé de consensus scientifique et de revues à comité de lecture, il dit “il faut faire attention avec les revues a comité de lecture”. C’est vrai qu’on entend de plus en plus d’histoires de gens qui ont réussi à faire accepter des articles qui sont des articles bidons, dans les revues à comité de lecture.

Nima : Oui bien sûr, oui.

Julie : Il précise : “il faut plutôt parler de revue de rang A ou A+ par exemple”.

Nima : Oui mais c’est pas très parlant pour le grand public.

Nico : Oui mais dans l’idée de consensus il y a une idée de masse en fait.

Nima : On pourrait même dire que dans les revues de rang A et A+ il y a aussi des bêtises qui sont parfois publiées, ça arrive aussi. Par exemple l’article sur la vaccination qui prétendait que le vaccin contre la rougeole provoquait l’autisme, ça a été publié dans une revue très réputée, ça a été retiré par la suite mais au départ c’était publié dans une très grande revue donc bon, ça arrive aussi. Mais il faut toujours avoir effectivement un regard critique sur les publications et donc voir l’ensemble des publications. Est-ce qu’elles vont dans un certain sens ou pas ? Et comment est-ce qu’on peut savoir dans quel sens va l’ensemble des publications et bien on regarde les synthèses de la littérature. Et ces synthèses de littérature sont faites soit par les agences académiques nationales soit justement par des organismes comme le GIEC, ça n’existe que pour le climat mais éventuellement  peut-être que d’autres organismes s’ouvriront un jour sur d’autres thématiques.

Nico : Ensuite on avait une question de Jorkan62 qui dit “Cycle solaire et réchauffement climatiques. Kézako?”. Mais si tu en as déjà parlé du coup…

Nima : Non on n’en a pas parlé, effectivement, en fait depuis 40 ans le cycle solaire est plutôt faible donc on s’attendrait à ce qu’il y ait une diminution de la température. Et ce n’est pas ce qu’on observe. Et c’est donc une des premières raisons pour laquelle on pense que le soleil n’est pas la cause. Une autre raison c’est ce dont je parlais avant, c’est le réchauffement des parties basses de l’atmosphère et pas des parties hautes, qui montre aussi que ce n’est pas dû au soleil. Et puis le soleil a des cycles d’oscillation de 11 ans, donc ça monte et ça descend et si on regarde ces 40 dernières années, ces cycles n’expliquent en rien la montée des températures qu’on voit aujourd’hui.

Nico : D’accord. Ewi qui fait une remarque, je crois que c’est quand je disais que les modèles étaient compliqués, il disait que c’est pas des trucs compliqués c’est des trucs complexes, ça fait une grosse différence. [rires]

Nima : Oui c’est une bonne remarque.

Nico : Sinon avant la dernière question on a une remarque de Lucas, ça on mettra aussi dans les notes de l’émission, qui nous donne un lien pour créer son scénario bas carbone à l’horizon 2050, bon c’est uniquement pour la Belgique, il y en a un autre qui permet de faire la même chose au niveau mondial, a priori c’est assez rigolo, on simule et on voit ce qui se passe. Pour ceux que ça intéresse de faire joujou.

Nima : D’accord. Il y a d’autres sites comme ça, il y a des sites scientifiques, enfin d’instituts scientifiques pour regarder l’évolution de la température jusqu’à aujourd’hui, enfin on peut avoir accès aux données en fait de ces températures donc on peut tracer des graphs, on peut calculer des choses dessus, je donnerai les liens si besoin, dès que je les aurai retrouvés.

Nico : Et après on a une question alors j’ai oublié de noter de qui c’était, qui est assez étonnante mais je me suis demandé si tu avais quelque chose à en dire, peut-être que c’est bête : “est-ce que l’augmentation du CO2 ne pourrait pas être aussi une conséquence du réchauffement ?” au lieu d’en être la cause ?

Nima : Si si c’est une très bonne remarque, d’ailleurs les climato-sceptiques jouent là-dessus parce que généralement ils disent “ah on nous montre les courbes de corrélation entre le CO2 et la température, mais en fait quand on regarde précisément on observe que l’augmentation de la température précède toujours l’augmentation du CO2, dans les reconstructions historiques”.

Reconstruction de la concentration en CO2 et de la température. Source : John Englander
Reconstruction de la concentration en CO2 et de la température sur 450.000 ans.
Source : John Englander

Alors d’une part ce n’est pas vrai pour la période actuelle parce que là on est à une augmentation du CO2 qui arrive avant l’augmentation de la température. Et d’autre part, ce lag là, ce petit retard, ben il est expliqué scientifiquement, généralement ce qu’il se passe quand la température augmente dans les périodes inter-glaciaires, on a des dégagements de CO2 qui se font depuis les océans, donc c’est bien la température qui précède le CO2, dans ce cas là. Mais rapidement le CO2 réaccélère le réchauffement, du coup il y a ce qu’on appelle un feed-back positif. C’est à dire qu’il y a bien d’abord la température qui augmente et tout d’un coup un dégagement de CO2, mais ce dégagement de CO2 devient prépondérant par rapport à cette augmentation de la température due par exemple à l’inclinaison de la terre par rapport au soleil ou la manière dont la terre tourne autour du soleil. Parce que les périodes inter-glaciaires on en n’a pas reparlé mais ce sont effectivement les mouvements de la terre et la manière dont la terre tourne autour du soleil qui expliquent ces épisodes. Donc il y a pas mal d’articles qui ont analysé ce phénomène et qui mettent justement en évidence ces rétro-actions. Effectivement la température peut parfois provoquer un dégagement de CO2 qui en retour augmente de nouveau cette température de manière plus forte encore. Donc la causalité peut se faire dans les deux sens du coup.

Nico : Ok. Merveilleux je crois qu’on n’a plus d’autres question. On a Olivier SC qui était déçu d’une réponse mais j’arrive pas à savoir laquelle donc on verra peut-être d’ici la fin de l’émission. Vu qu’il n’a posé que des questions au niveau politique j’imagine que c’est sur les réponses au niveau politique en particulier…

Nima  : C’était la taxe carbone ?

Nico : Sans doute quand tu t’es lancé au niveau extrême gauche où il y a moyen que ça ait… Oui c’est sur la taxe carbone.

Nima : Ah oui j’aurais pas dû parler… [rires]

Nico : Il ne s’attendait pas à “en tant qu’éduqué à l’extrême-gauche”. [rires] Pauvre Olivier. Ben il nous fera peut-être un retour pour le freestyle avec sa vision de la chose. Olivier fait nous un retour. Il dit que ce n’est pas politique vraiment, il a répondu plus militant que spécialiste donc fait nous un retour de spécialiste.

Nima : Oui, mais j’ai mis des guillemets au début hein !

Nico : Olivier nous dit : ça a été démontré que ça marche. Donc vraiment ben fait un retour, parce que je pense en effet que c’est intéressant de l’avoir.

Nima : Je suis prêt à suivre la voie de…

Nico : C’est un peu ce que j’essayais de défendre, je suis convaincu que l’idée de base en tout cas a été construite par des gens qui sont convaincus et ça peut marcher et pas juste à dire on va se donner une bonne excuse pour pouvoir polluer quoi.

Nima : Ouais.

Nico : Ok ! Bien sur ce merci beaucoup, je propose qu’on passe à la suite du coup.

Nima : Merci hein !

Julie : Oui ben merci Nima, t’as le temps du pitch pour réfléchir à ta quote.

Nico : Ah ouais t’as intérêt à avoir une quote !

Nima : Une quote ah ben non ?

Nico : T’as intérêt à faire ton boulot quoi. La quote ça va être “j’ai froid”.

Ok du coup le pitch de la semaine prochaine : l’équipe de Podcast Science part en groupe à Marseille pour interviewer l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet qui va nous parler de son dernier livre (en fait ce n’est pas son dernier livre) : Le destin de l’univers.  Accrochez-vous, trous noirs, déformations de l’espace temps et variables cataclysmiques sont à prévoir ! On parlera peut-être aussi de son vrai dernier livre qui parle des astéroïdes si on a un peu le temps mais on va surtout parler de trous noirs et de relativité générale. En tout cas ça s’annonce passionnant, si vous ne connaissez pas encore Jean-Pierre Luminet ça va être une bonne occasion de le connaître. On avait déjà vaguement parlé d’un de ses bouquins, l’univers chiffonné dans l’épisode sur la topologie avec ElJj, c’est un vrai spécialiste reconnu mondialement sur ces sujets au niveau relativité etc, c’est un très très bon vulgarisateur donc on est ravis d’aller le voir à Marseille pour enregistrer. Et on a quasiment tous fini son bouquin, je crois que Pascal l’a fini, Julie m’a doublé et moi faut que j’avance.

Robin : Je peux juste dire une chose ?

Julie : Et Robin l’a fini !

Robin : Non, je l’ai pas lu.

Nico : Robin est presque intéressé par le sujet.

Julie : Il a déjà lu un livre de JP Luminet !

Robin : C’est le mec qui m’a fait penser que j’étais en train de passer à côté de quelque chose.

Nico : Voilà, attention ! Ah et Johan avance.

Julie : Et on compte sur Johan d’ailleurs.

Nico : En fait c’est Johan le responsable de l’erreur dans le pitch sur le dernier livre, pas Julie, désolée Julie.

Julie : J’aurais pas balancé.

Nico : En tout cas je ne sais plus qui faisait la remarque mais le destin de l’univers on a Luminet parce qu’il nous a fait une remarque sur le dossier sur Interstellar où je parlais d’un bouquin de lui sur les trous noirs qui faisait que 400 pages et comme l’univers est en expansion, il en a fait une deuxième version de son bouquin qui maintenant fait 800 pages.

Julie : Ouais c’est ça.

Nico : Voilà.

Julie : On passe à la quote ?

Nico : Nima ? … Nima s’est barré. [rires]

Julie : Nima s’est muté et il ne s’exprimera pas.

Nima : Je suis en mute je ne peux plus parler.

Nico : Oh je rêve.

Julie : Est-ce que tu as eu le temps pendant ce magnifique pitch ? Ou est-ce qu’on fait appel à notre Robin ?

Nima : Je suis foutu là j’ai rien.

Julie : Donc tu as eu “pourquoi tant de haine ?” je crois, pendant l’interview.

Robin : Je. J’ai pas de quote.  [rires] Pardon j’avais complètement oublié que vous m’aviez demandé ça à un moment.

Julie : Bon il faut en trouver une et puis on la rajoutera au montage.

Robin : On ne peut pas mieux juger un homme sur ses actions d’une heure que le climat d’un pays sur sa température d’un jour.

Citations de Jean Antoine Petit, dit John Petit-Senn

ça vous va ?

Nima : What ?

Robin : C’est pas mal non ?

Nico : C’est pas mal

Julie : Alors il y a une citation dans la chatroom qui vient d’arriver :

I’m often asked whether I believe in global warming, I now just reply with a question : do you believe in gravity?

Neil deGrasse Tyson

Nico : Que tu traduis par ?

Julie : On me demande souvent si je crois au réchauffement climatique, maintenant je réponds simplement par la question : croyez-vous à la gravité ?

Nima : Ah c’est très bien ça oui oui. Qui est-ce qui a dit ça ?

Julie : Neil deGrasse Tyson.

Nima : Ah oui oui il est très bon.

Nico : L’excellentissime Neil deGrasse Tyson.

Julie : Je pense que c’est une bonne citation, je ne sais pas qui l’a postée. Ah c’est Johan.

Nico : C’est l’étape suivante après Luminet au niveau interview.

Nima : Parfait parfait.

Julie : Il va falloir s’employer je crois.

Robin : Sinon il y a une citation du Chat qui dit   “Ouuuh! Là…. Je sens mes rhumatismes; c’est signe que le climat de la planète va changer.” Le Chat. Philippe Geluck.

Julie : c’est pas mal aussi.

Robin : excusez-moi vous m’avez demandé moi je m’exécute.

Nico : Donc on passe aux plugs

[intermède plug]

Julie : Nima, merci d’être venu !

Nima : Merci beaucoup de m’avoir invités, vous êtes super.

Julie : On a fait un peu plus court que d’habitude.

Nima : Oui c’est bien !

Nico : Pour un sujet de Nima.

Nima : C’est bien, c’est beaucoup plus court déjà que la dernière fois.

Julie : Donc la prochaine fois 3 questions. [rires]

Nima : La prochaine fois 3 questions ça marche !

[intermède éclipse solaire]

Nico : On remercie du coup Puyo pour les dessins parce qu’il nous a fait deux dessins sympathiques et puis la chatroom qui était en pleine forme ce soir. Merci encore à Nima. Sur ce maintenant vous savez que le réchauffement climatique est un consensus scientifique, ça ne fait pas débat, donc quand vous entendez des gens débattre vous pouvez faire de la pub pour notre émission, vous pouvez faire ça sur soundclound, facebook, twitter, vous pouvez nous envoyer des messages, poser des questions, pour ceux qui ont posé des questions et qui n’ont pas eu de réponse parce que Nima n’était pas un omnispécialiste n’hésitez pas à nous envoyer des compléments pour les freestyles, je pense en particulier à nos spécialistes du protocole de Kyoto et Montréal et à notre économiste préféré. Donc voilà n’hésitez pas à nous envoyer des messages sur soundclound, facebook, twitter, podcastscience.fm et la semaine prochaine on se retrouve pour l’interview de Luminet, en direct de Marseille, et d’ici là, que servir la science soit votre joie.

 

articles à lire :

http://blogs.univ-poitiers.fr/n-yeganefar/2013/10/21/les-modeles-la-machine-a-voyager-dans-le-temps-des-mathematiciens/

http://blogs.univ-poitiers.fr/n-yeganefar/2013/10/08/arguments-climato-sceptiques-deuxieme/

http://blogs.univ-poitiers.fr/n-yeganefar/2013/09/30/quelques-arguments-climato-sceptiques-passes-en-revue/

http://blog.science-infuse.fr/post/Le-rechauffement-climatique-marque-t-il-une-pause

http://alasource.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/10/27/rechauffement-climatique-la-fin-d-une-polemique.html

http://www.cafe-sciences.org/page/2/?s=r%C3%A9chauffement+climatique&submit=Search

Podcast Science 255 – Le plastique

 

C’est une première ce soir : nous revenons du futur, juste après l’émission, pour vous la rediffuser. Si. À condition exceptionnelle, solution exceptionnelle : Ludo n’était disponible qu’à partir de 22h ce soir, nous l’avons donc enregistré hier pour qu’il fasse l’émission, et vous pourrez lui poser des questions sur son dossier d’hier aujourd’hui car il sera là. Tout va bien ?

Vous êtes sur Podcast Science, nous sommes le 29 mars 2016 (enfin en fait on sera bientôt le 28, mais après on reviendra le 29 pour les questions, et M Génial nous parle de plastique !

Le Dossier

Le plastique par Mr Génial

Les images de la soirée

 

 

La quote

 
“La violence est le dernier refuge de l’incompétence” – Isaac Asimov
 
“On peut définir la Science-Fiction comme la branche de la littérature qui se soucie des réponses de l’être humain aux progrès de la science et de la technologie.” – Isaac Asimov

 

 

La Chatroom

Podcast Science 254 – La radiologie

 

Bonjour à tous. Tout d’abord une pensée à nos auditeurs belges. On imagine votre douleur et nos pensées vont vers vous. Comme en Novembre, on se demande si on doit faire quelque chose de spécial mais le mieux est sans doute de continuer nos émissions le plus normalement possible, et c’est ce qu’on va faire ce soir. Ce soir nous recevons Pol, du blog les petites Curries, qui vient nous parler de Radiologie. Nous somme le mardi 22 mars, c’est l’épisode 254 et vous êtes sur Podcast Science.

Le Dossier

La radiologie par Paul du blog “Les petites curies du net“

Les images de la soirée

 

 

La quote

 
“Les mots peuvent ressembler aux rayons X ; si l’on s’en sert convenablement, ils transpercent n’importe quoi.” (Aldous Huxley)

 

 

La Chatroom

Blog Audio 40 : Planète de virus de Carl Zimmer – 1er chapitre

virus 833x1228Auteur : Carl Zimmer

Livre : « Planète de virus », collection Science à Plumes, Editions Belin

Extrait original : Chapitre 1 – Un fluide vivant contagieux

Enregistrement : Alan

 

Podcast Science 253 – Procréation Médicalement Assistée

 

PMA, FIV, IAC, GPA,… vous en avez entendu parler, mais savez vous ce que ça signifie réellement ? 38 ans après le premier bébé éprouvette en France, il est parfois difficile de s’y retrouver entre tout ces acronymes.  Aujourd’hui nous recevons Stéphanie, auditrice fidèle de belgique, et grande retranscriptrice pour nous parler des techniques de procréations assistée

Le Dossier

La procréation médicalement assistée par Stéphanie

Les images de la soirée

 

 

La quote

 
I’m not a wizard or a Frankenstein tampering with Nature. We are not creating life. We have merely done what many people try to do in all kinds of medicine—to help nature — Patrick Steptoe

 

 

La Chatroom

Podcast Science 252 – Roue libre avec “Emile on bande”

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Un morceau choisi de l’alphabet, LMNOP, nous parle d’Emile, on bande? Pas de doute, c’est bien une roue libre ce soir sur Podcast Science… Bienvenue!

 

  • L’interview de LMNOP
  • Une capsule d’Alan sur LIFT
  • Une autre capsule d’Alan en bonus
  • et Les réponses aux messages d’auditeur!

Les images de la soirée

 

 

La quote

“il faut faire de la sociologie sérieusement sans se prendre au sérieux” Howard Becker

 

 

La Chatroom

Carl Zimmer – Planète de virus (en français)

Notes d’émission de l’épisode #251. 

The orinigal english version of this interview is here.

virus 833x1228Merci à Stéphanie, Julie et Johan pour la transcription/traduction de l’interview et merci à Pascal pour le voice-over !

Alan (A) : nous avons la chance de recevoir un invité exceptionnel en direct des Etats-Unis. Le journaliste scientifique Carl Zimmer est des nôtres ce soir et nous allons parler de virus. C’est l’épisode 251 (c’est un nombre premier) pour le 1er mars 2016. Bonsoir et bienvenue !

A : Carl, pour commencer, David va vous présenter à nos auditeurs francophones.

David (D) : Carl, pour cette interview J’ai lu votre bio et votre page wikipedia pour récupérer quelques informations à propos de votre carrière et des livres que vous avez pu écrire. J’aimerais partager ce que j’ai découvert avec le public. Arrêtez-moi si je dis une bêtise. Wikipedia révèle que vous avez obtenu votre licence d’Anglais à l’Université de Yale avant de travailler pour le magazine Discover à la fin des années 80. D’abord comme relecteur-correcteur puis comme rédacteur en chef adjoint.Je n’en reviens toujours pas, quand j’observe la qualité de votre production et plus spécifiquement le livre dont nous allons parlé aujourd’hui, que vous n’ayez pas de formation scientifique ! En effet, chers auditeurs, Il est important de mentionner que Carl Zimmer n’est pas un invité ordinaire. Chroniqueur au New-York Times (pas si mal quand même), on le retrouve aussi sur des émission radio comme Radiolab (je sais qu’Alan et Pierre adorent ce podcast) et certain de ses livres ont été largement acclamés par la critique : “Soul Made Flesh – a history of Neuroscience” a été par exemple nommé parmi les 100 meilleurs ouvrages par le New York Times Book Review. “Science Ink: Tattoos of the Science Obsessed” a aussi été mis en avant par des média grand public comme le Huffington Post, Der Spiegel, ou encore le Guardian. En tant que journaliste, les articles de Carl Zimmer, qu’ils aient été dans Discover, le New York times ou sur son blog, The Loom, qui est maintenant hébergé sur la plateforme du National Geographic, ont été reconnus comme faisant partie des meilleurs écrits scientifiques américains dans diverses anthologies. Carl a aussi gagné le prix de l’Association Américaine de l’Avancement du Journalisme Scientifique  trois fois pour certains de ses articles. A présent vous devriez être capable de comprendre certaines des raisons qui font qu’avoir Mr Carl Zimmer avec nous ce soir est un grand honneur et que nous heureux de pouvoir parler de son livre : Une planète de Virus.

A : Merci David. Trêves d’introductions. Carl, pour qu’on s’immerge dans le livre, est-ce que vous voulez bien nous en lire les premières lignes à haute voix ?

Carl Zimmer (CZ) : Bien sûr ! Le livre porte sur les virus, même si ce n’est pas évident dans l’intro. J’essaie de montrer qu’on trouve des virus partout sur Terre, alors j’ai opté pour un lieu assez extrême.

Voici comment ça commence :

Au Mexique, à quatre-vingts kilomètres au sud-est de la ville de Chihuahua, se trouve la Sierra de Naica, une chaîne de montagnes désolée. En 2000, des mineurs se sont engouffrés dans un réseau de grottes sous ces montagnes. Parvenus à une profondeur de trois cents mètres, ils se sont retrouvés dans un lieu qui semblait appartenir à un autre monde. Ils se tenaient dans une salle d’une dizaine de mètres de large et de vingt-sept mètres de long. Le plafond, les murs et le sol étaient couverts de cristaux de gypse lisses et translucides. Beaucoup de grottes contiennent des cristaux, mais pas comme ceux de Naica. Les cristaux y atteignent onze mètres de long et pèsent jusqu’à cinquante-cinq tonnes. Des cristaux de ce genre, on ne les porte pas autour du cou, on les escalade.

A : Magnifique ! Cela aura permis à nos auditeurs de se faire une idée de votre style. Précis. Efficace. Et pourtant, vous parvenez à construire des histoires inoubliables en partant de simples faits. En moins d’une centaine de pages, vous racontez l’histoire de l’évolution des virus, de notre compréhension des virus (ou plutôt de notre manque de compréhension), vous couvrez la grippe, le papillomavirus humain (à l’origine de cancers du col de l’utérus et de lapins à cornes), vous parlez des phages, des virus marins (un truc de dingue !), des rétrovirus endogène, du VIH, d’Ebola, de la variole, des virus géants et de plein d’autres choses. Vous vous attaquez même à la définition de la vie elle-même ! Nous essayons tous ici d’être de bons vulgarisateurs scientifiques mais je dois avouer que nous avons encore du boulot !  M’enfin… Le livre commence avec l’histoire de notre compréhension de ce que sont les virus. Des siècles durant, on ne les connaissait que via les symptômes qu’ils nous infligeaient. Ça ne fait pas longtemps qu’on les connaît véritablement.

CZ : Oui, donc, les virus ont rendu les gens malades depuis qu’il y a des gens, et même avant. Mais on ne savait pas trop ce qui les rendait malades. On trouvait des manières de gérer les virus comme, par exemple, en évitant les contaminations. Les malades de la variole étaient isolés du reste de la population. Puis, des vaccins furent même développés avant qu’on ne sache ce qu’étaient les virus. Ce n’est qu’à la fin des années 1800 que des chercheurs ont voulu comprendre pourquoi certains plants de tabac tombaient malades. Ils pensaient que c’était dû à une bactérie. Ils ont mixé les feuilles jusqu’à obtenir un fluide. Et quand ils passaient ce fluide dans un filtre si fin qu’il ne laissait pas passer les bactéries, il en sortait un liquide si clair qu’il avait l’air d’être pur. Mais il pouvait toujours contaminer d’autres plants de tabac. C’est alors qu’on appela cette mystérieuse substance “virus”.

A : le mot “virus”, qui a un double sens…

CZ : oui, il peut vouloir dire à la fois poison ou graine. J’adore cette double signification, car les virus sont un peu comme des graines ; des coques en protéine qui contiennent des gènes qui peuvent faire de nouveaux virus. Mais pour nous, ils sont toxiques.

A : c’est en 1923, je crois qu’un virologue britannique a déclaré qu’il est impossible de définir leur nature. Et quelques années plus tard, le New York times titrait que la distinction entre mort et vie a perdu quelque peu de sa validité  

CZ :  oui, car en fait, les scientifiques avaient découvert les virus ! Ils ont démontré que quelque chose d’incroyablement petit pouvait véhiculer des maladies, sans voir ce que c’était car les microscopes n’étaient pas assez puissants. Alors certains chercheurs, le chimiste Wendell Stanley en particulier, se sont dit : “peut-être qu’on peut cristalliser les virus ? Peut-être alors qu’on les verra ?”. De la même façon que l’on cristallise le sel à partir de l’eau salée. Et il a réussi à le faire à partir de ces virus qui infectaient les plants de tabac. Et il a pu en effet créer des cristaux de virus et c’était étrange, car on pouvait stocker ces cristaux pendant des mois puis les reprendre, les réhydrater, et ils pouvaient à nouveau causer la maladie. Les gens étaient vraiment perplexes : “c’est quoi ces trucs ? Ils sont vivants ou pas ?”. Et je crois qu’on débat toujours de ça aujourd’hui.

A : Oui, et ce n’est qu’à la fin des années 30 qu’on a pu commencer à les voir vraiment.

CZ : Oui, c’est exact, on a finalement inventés des microscopes, les microscopes électroniques, assez puissants pour permettre aux scientifiques de grossir suffisament pour voir ces objets. Car ils sont des centaines de fois plus petits qu’une bactérie. En fait, les scientifiques ont pu observer des virus infectant une bactérie, qu’ils ont appelés des phages. Et ils ont finalement pu comprendre que ces virus étaient très petits mais pas invisibles, qu’ils étaient de minuscules entités qui pouvaient envahir nos cellules et les forcer à créer d’autres virus.

A : Karim, on a déjà des questions dans la chatroom ?

Karim (K) : alors pour le moment, on a une seule question de Haeckel je crois, qui demande si la découvertes des prions suit la même histoire.

CZ : Oui c’est une question intéressante. Les prions sont juste des protéines qui sont déformées et qui peuvent attraper d’autres protéines et les déformer à leur tour. Ce changement de forme peut en quelque sorte se répandre dans un type particulier de protéines. Et ils peuvent provoquer des maladies, comme la maladie de la vache folle et d’autres. Et il y a certainement eu des débats sur certaines de ces maladies, les chercheurs ne pouvant pas identifier si elle étaient causées par une bactérie ou un virus. Et finalement, Stanley Prusiner, de l’université de Californie à San Francisco, a réussi à isoler ce qu’il a appelé les “prions”, un type particulier de protéines qui se créent     de cette façon. Donc oui, il y a un parralèle intéressant avec cette histoire.

K : Merci

A : Merci beaucoup. Passons à notre premier virus. Pouvez vous nous parler un petit peu du rhinovirus ?

CZ : Alors le rhinovirus, en anglais on l’appelle “a cold” et à cause de mon mauvais français, je ne me souviens plus comment on dit ça en français.

A : Un rhume

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CZ : Rhume oui. Alors, le rhume ou “the cold”, c’est un virus que l’on a tous attrapé. Pour la plupart d’entre nous, ça ne nous rend pas particulièrement malade, mais tout de même pendant quelques jours. En fait, on a des sources mentionnant des rhumes vieilles de plusieurs milliers d’années, dès les plus vieux écrits sur la médecine. Et bien ce n’est qu’au début du XXe siècle que des scientifiques ont réussi à montrer que ces rhumes étaient dus à un type particulier de virus. Il y a un chercheur qui a pris le mucus de son assistant malade et de ses étudiants, l’a filtré, et qui a réussi à transmettre le rhume à d’autres personnes ! C’était le genre de tests nécessaires pour prouver que c’était bien un virus qui donnait le rhume.

A : Ouais je me rappèle ce passage du livre, c’est vraiment dégoutant… Walter Kruze, en Allemagne. Fait intéressant, vous mentionnez que ce virus, enfin le rhume appelé “resh” en… je sais pas trop quelle langue, était déjà mentionné il y a 3500 ans dans le Papyrus d’Ebers.  

CZ : Exact.

A : En fait c’est une vraie plaie depuis… toujours ! Et c’est seulement maintenant que nous avons découvert ce que c’est et nous n’avons toujours pas de remède, n’est-ce pas ?

CZ: Non, on n’en a pas. Il y a des études qui suggèrent que le zinc pourrait réduire la durée d’un rhume, mais ce n’est pas vraiment un remède. Et il n’y a vraiment aucun moyen de s’en prémunir. Et en fait, il y a beaucoup de débat sur ce que nous devrions faire à propos du rhume. Beaucoup de gens disent : “Écoutez, le rhume c’est pas si grave dans l’ensemble” et il y a même des études qui indiqueraient qu’attraper un rhume enfant pourrait aider notre système immunitaire. D’un autre côté, certaines personnes commencent à montrer que le rhume pourrait faire plus de dégâts que ce que l’on pensait jusqu’à présent. Effectivement la plupart d’entre nous attrapent un rhume, et ça nous fatigue pendant deux ou trois jours et puis c’est tout. Mais en fait, il apparait que le rhume peut parfois causer des infections respiratoires et peut déclencher d’autres infections, reliées à l’asthme par exemple. Donc on devrait peut être le prendre plus au sérieux. On commence seulement à reconnaitre ces rhinovirus car on peut maintenant regarder les séquences génétiques et en fait les chercheurs les découvrent maintenant dans différentes situations où ils ne les attendaient   pas. Notre combat contre le rhume continue, après des millénaires.

A: Dans le livre vous dites que si on savait comment s’en débarrasser, ce ne serait pas forcément une bonne idée.

CZ :Oui c’est exact. En fait, il se peut qu’avoir un rhume soit un peu comme être exposé à une bactérie, ou à la poussière ou autre. C’est un moyen d’entraîner le système immunitaire, pour qu’il soit plus efficace pour repérer les pathogènes sans entraîner de réaction excessive. On ne veut pas que le système immunitaire réagisse à des éléments inoffensifs, car sinon on pourrait peut-être développer des allergies ou un trouble immunitaire, par exemple. Il existe des études qui présentent des résultats intrigants dans ce sens. Je ne dirais pas que ça montre de manière certaine qu’avoir un rhume est une bonne chose, mais c’est intéressant de se poser la question.

A : Oui, la conclusion du chapitre est que nous ne devrions peut-être pas voir les rhinovirus comme des ennemis historiques, mais plutôt comme de vieux tuteurs ?

CZ : Oui, on ne voit les virus que comme des ennemis, or que je pense qu’il faut vraiment qu’on élargisse notre point de vue à ce sujet. Vous savez, les virus peuvent avoir des rôles différents, il y a des virus qui sont juste mauvais, uniquement mauvais. Mais, il y en a d’autres qui peuvent être inoffensifs, voire, croyez-le ou non, bénéfiques ! Il faut prendre en compte tous ces éléments.

A : Ok, Karim, des questions pour Carl sur le rhinovirus?

K : Pas vraiment le rhinovirus, mais j’ai quelques questions

A : Vas-y

K : La première : lors de vos recherches pour “Science Ink”, avez-vous croisé des tatouages cools de virus ? Et si oui, pouvez-vous nous donner des exemples ?ps251_d385a19785031d82a58eefeacde5ea9f.jpg

CZ : [en riant] Vous faites référence au livre que j’ai écrit et qui s’appelle : “Science Ink : Tattoos of the Science Obsessed”. J’ai découvert que beaucoup de scientifiques avaient des tatouages et qu’ils ne les partageaient avec persone, et je les ai donc contraints à me les montrer. Celui qui me vient à l’esprit est un tatouage d’un de ces virus appelés phages qui infectent les bactéries. II y a justement certains phages qui sont parfait pour cela car ils ressemblent beaucoup à des robots de combat bizarres sortis du film Matrix : ils ont des formes plutôt hexagonales avec des sortes de jambes pointues attachées. Ils atterrissent sur les cellules, percent un trou comme avec une seringue et y envoient leurs gènes. Ils sont vraiment étranges mais donc oui, j’ai plus d’un tatouage de phages dans ma collection.

K : Excellent, merci ! On a le temps pour une autre question ?

Pierre (P) : Je voudrais juste ajouter qu’une de mes collègues de boulot apparait dans le

bouquin, elle a une espèce de papillon fait avec des becs de pinsons de Darwin.

CZ : Ah oui !

A : Je m’en souviens !

P : Elle vous passe le bonjour !

ps251_68632480b421b54674d4c591fe862e35.jpgCZ : C’est un tatouage magnifique.

P : Effectivement.

A : Karim, une autre question ?

K : Oui, une question d’Alex qui demande si les virus peuvent être strictement définis comme des parasites ?

CZ : Hum, pour la plupart oui c’est ce que je dirais. Enfin je ne sais pas, c’est une question compliquée. Quand on y pense, c’est un réel défi de faire rentrer facilement les virus dans une catégorie. On peut difficilement considérer le virus de la grippe autrement que comme un parasite par exemple. C’est quelque chose qui prospère aux dépends de son hôte, et donc c’est presque exactement la définition d’un parasite. Mais il y a également d’autres virus qui ont en fait des relations bénéfiques avec leurs hôtes. Par exemple ces virus qui portent des gènes de résistance aux antibiotiques. Quand ce genre de virus infecte les bactéries qui vivent en nous, ces bactéries vont survivre lorsque nous prendrons des antibiotiques, grâce aux gènes qui lui ont été apportés par ces virus. Là il ne s’agit pas d’un parasite. Il y a un large spectre de relations possibles entre les virus et leurs hôtes ou les autres espèces. Nous avons des virus qui sont des parasites de bactéries dans nos intestins, ils pourraient en fait être bénéfiques pour nous car ils préserveraient l’équilibre de la flore intestinale, donc pour nous il ne s’agirait pas de parasites, peut-être que nous sommes contents de les avoir pour rester en bonne santé. Une réponse à cette question est plus difficile à donner qu’il n’y parait.

K : Bien, merci. Il y a déjà des réponses qui ont été données pour d’autres questions, certaines personnes demandent si les virus   peuvent être utiles pour les humains ?

CZ : Oui les virus peuvent être utiles de plusieurs manières pour les humains, aussi bien en terme physiques ou médicaux mais nous utilisons également des virus pour beaucoup d’usages : les virus sont une ressource importante.

K : D’accord merci.

P : Quelqu’un demande s’ils peuvent être considérée comme des sortes de symbiotes  

CZ : Et bien j’imagine que ça dépend de comment vous définissez un symbiote. Si on parle de choses qui ont une relation mutuellement bénéfique avec leur hôte, alors parfois c’est le cas. Pour certaines espèces de virus, pour certains hôtes, cela peut en effet être bénéfique, ils peuvent amener des gènes bénéfiques etc. Parfois c’est quelque chose de plus soumis à condition, parfois les virus ont une attitude envers leur hôte qui est :“nous pouvons être amis, jusqu’à ce que les choses tournent mal, auquel cas je ne veux rien avoir à faire avec toi”. Les virus peuvent envahir une cellule et s’y installer calmement sans causer de dégâts. Mais si la cellule subit un stress, le virus peut le détecter et déclencher ses gènes, se reproduire, déchirer la cellule et s’échapper. La cellule meurt et le virus en sort parce que ce n’était plus un bon endroit où être.

A : Merci. Le temps file et j’aimerais passer au chapitre suivant. Nous n’allons pas rentrer dans le détail de chaque chapitre mais je pense que ça vaut la peine de passer une minute sur la grippe. Qu’est-ce qui la rend si particulière ? Peut-être que vous pouvez d’abord nous dire d’où elle vient ? Quelle est son origine ?

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CZ : Oui, donc les virus de la grippe ont une   origine particulière, ils viennent des oiseaux, particulièrement des oiseaux aquatiques sauvages. Une grande diversité de virus grippaux vivent dans les intestins des oiseaux, et pour la plupart ils sont inoffensifs. Régulièrement de nouvelles grippes aviaires sautent dans notre espèce. Elles s’adaptent à la diffusion entre humains et au lieu d’être des virus intestinaux, elles deviennent des virus respiratoires et nous les diffusons en éternuant, en ayant le virus sur nos mains, en touchant des surfaces etc.. Nous sommes constamment en train de recevoir des virus de ce réservoir réapprovisionné en permanence. Ce qui est différent de la manière dont les autres virus sont produits.

A : Au cours de l’histoire elle a été très meurtière n’est-ce pas ? Vous mentionnez l’épidémie de 1918 au cours de laquelle un demi milliard de personnes ont été infectées et on estime qu’elle en a tué 50 millions.

CZ : Oui, c’était peut-être plus qu’un demi milliard, c’est difficile de savoir précisément combien de personnes ont été infvaqui est incroyable c’est qu’elle s’est propagée dans le monde entier, jusqu’aux village les plus reculés d’Alaska, en une épidémie mondiale et plutôt catastrophique.

A : OK, Karim, il y a des questions ?

K : Il y a une question qui est je pense au coeur du livre, les virus sont-ils ou non vivants ?

CZ : On me pose cette question tout le temps, mais je ressens toujours ceci : avant que je réponde à cette question, je pense que la personne qui la pose doit me dire ce qu’est la vie. Définissez-moi la vie, parce que si vous regardez la définition de la vie, il y en a des centaines qui “circulent” en quelque sorte entre scientifiques. Il n’y a pas de définition clairement acceptée de la vie. Les gens vont dire “les êtres vivants ont cette liste de qualités” et ils rassemblent une liste arbitraire, qui change en fonction d’à qui vous vous adressez. Donc c’est une question à laquelle il est difficile de répondre parce que les termes sont controversés. Il y a certainement des caractéristiques des êtres vivants que la plupart des virus n’ont pas. Peut-être que la chose principale est que nos cellules ont des petites usines, appelées ribosomes, pour construire les protéines à partir de “blocs de construction”. Nos cellules peuvent grandir, construire de nouvelles protéines, construire leurs propres gènes, les virus ne peuvent pas faire ça, ils n’en ont pas la capacité. Donc si c’est votre définition, oui je dirais qu’ils ne sont pas complètement vivants. Pour autant il y a certains virus qui semblent être très proches de faire ces choses, ils sont appelés virus géants (mimivirus). Ils ont tellement l’air presque vivants que les gens ne sont pas sûrs qu’il s’agisse de virus, ça devient troublant. Je pense que nous avons tendance à penser la vie de façon binaire, mais je pense qu’en terme de biologie il y a en fait un continuum,  je ne sais pas comment l’appeler, des  systèmes biologiques, des systèmes vivants, du simple virus aux formes complètements vivantes, comme nous. Je pense qu’il est plus difficile qu’on ne le croit de tracer une ligne et de dire “de ce côté-ci les choses sont vivantes, de celui-ci elles ne le sont pas”.  

A : Je voudrais passer au chapitre suivant qui est à propos du Virus du Papillome Humain, VPH ou HPV, qui peut faire pousser des cornes sur les lapins, c’est une histoire incroyable, et provoquer des cancers du col de l’utérus chez l’humain, ou les faire ressembler à des arbres. Pouvez-vous nous parler de ce virus ?

CZ : Bien sûr. Le HPV est un des virus les mieux connus à présent, en partie je pense parce que sa menace est si bien évaluée. Les femmes infectées par certaines souches de HPV risquent de développer des cancers du col de l’utérus. Les hommes risquent également de développer des cancers avec ce virus. Ce qui se passe c’est que le virus pénètre les cellules et là il peut accélérer leur réplication elles perdent le contrôle et deviennent des tumeurs malignes. Le rythme de leur croissance devient très dangereux. La façon dont ils ont été découverts est assez incroyable, c’était dans le début des années 1900 aux Etats-Unis, les gens parlaient de ces lapins auxquels il poussait des cornes et ça semblait être de la mythologie, mais de temps en temps des gens trouvaient ces lapins ! Un chercheur à l’université de Rockefeller, Richard Shope, dans les années 30, a demandé à un ami de chasser ces lapins et de lui envoyer les corps. Il a étudiés leurs cornes et a réalisé qu’elles ressemblaient à des sortes de tumeurs. Quand il les a étudiées de plus près il a été capable d’isoler des virus de ces cornes, et il a pu utiliser ces virus pour faire pousser des “cornes” à d’autres lapins. Les virus du papillome sont trouvés sur pratiquement tous les mammifères terrestres. Le HPV nous infècte particulièrement, il s’agit en fait d’un réel succès en terme de virologie, car nous avons un moyen d’éliminer des cancers, un très grand nombre de cancers, parce qu’il y a un vaccin efficace contre le HPV. Si vous vaccinez les gens contre le HPV, ils n’auront pas ce type de cancer. Il s’agit d’un cancer qui affecte des milliers de personnes chaque année. C’est un type de cancer qu’on peut tout simplement éliminer, et vous ne pouvez pas dire ça à propos d’autres types de cancer. Les résultats du vaccin contre le HPV sont en train d’être connus, des données à long terme qui montrent que le vaccin est réellement en train de diminuer le taux de contamination par les souches qui provoquent le cancer, aux Etats-Unis du moins.

A : Karim des questions ?

K : Pas à propos des lapins je le crains.

A : Mais beaucoup de commentaires à ce sujet dans la chatroom.

P : Vous n’avez pas parlé du mythe du jackalope et du lien entre le lapin d’amérique et ce mythe.

CZ : Oui effectivement, les gens appelaient jackalope, ces lapins avec des cornes; jeu de mot entre jack rabbit, le lièvre, et antilope. Je me rappelle que quand j’étais jeune, j’étais allé dans le Wyoming et le Montana et parfois dans des restaurants, vous pouvez apercevoir des trophées de jackalopes, qui sont en fait comme des lapins avec des cornes d’antilope collées. Et vous pouvez acheter des cartes postales avec ces jackalopes. J’avais alors supposé que c’était un mythe que les gens de l’ouest américain avait inventé pour faire peur à ceux de l’est, mais il se trouve qu’il y a un fond de vérité. Il y a vraiment des lapins à cornes.

P : Je viens de poster une image de Reagan portant un trophée de jackalope.

A : Et il y a une autre image dans la chatroom. J’allais sauter la question mais puisqu’on en parle, pouvez-vous nous parler de Dede, le garçon indonésien des années 80 ?

CZ : Alors en plus du cancer du col de l’utérus, le HPV, dans d’autres situations, peut provoquer des excroissances des cellules de la peau et ça peut causer des verrues ou d’autres tumeurs pré-cancereuses. Une des raisons c’est que les cellules tentent de devancer le système immunitaire. Celui-ci peut maitriser ces virus et la plupart d’entre nous attrape l’HPV au niveau cutané, mais c’est plutôt inoffensif. Ce ne sont pas les mêmes souches qui causent le cancer du col de l’utérus. Mais il y avait cet homme qui avait sans doute une déficience de son système immunitaire car sa peau réagissait à chaque fois qu’elle entrait en contact avec le HPV. Cela provoquait une croissance très rapides des cellules cutanées. C’est horrible, sa peau ressemblait à de l’écorce. Ces tumeurs apparaissaient sur ses bras et d’autres parties de son corps. Des docteurs le trouvèrent dans un freak show itinerant et il fut opéré lourdement pour retirer ces excroissances. Il redevint normal mais les excroissances revenaient rapidement car le HPV est partout et est très difficile à éviter. Donc il le ré-attrapait inévitablement et sans système immunitaire adapté, il est juste redevenu cet homme arbre à nouveau.

A : C’est terrible… Passons au chapitre suivant, à propos de phages, incroyables petites choses. Vous en avez déjà parlé, pourraient-elles être une solution à la montée des résistances aux antibiotiques ?

CZ : Oui alors le terme phage désigne tout virus qui s’attaque à une bactérie. Il y en a énormément, tout simplement car il y a énormément de bactéries. Les plus abondants sont les phages des océans, car les océans sont immenses et remplis de bactéries. Des chercheurs ont tenté d’estimer leur nombre et sont arrivés à 10^31 (un 1 avec 31 zero derriere). Ca fait beaucoup de virus, et les virus sont donc la forme de vie, si l’on peut les appeler ainsi, la plus répandue sur la planète. Il y a plein de bonnes raisons d’étudier les phages. L’une d’elle est qu’il y a des phages qui infectent spécifiquement les bactéries qui nous infectent. Et donc si vous avez une plaie infectée par une bactérie, il est possible d’utiliser les phages pour soigner cette infection. Cette “thérapie par les phages” fut inventée en France, il y a un siècle et s’est bien établie avant d’être remplacée par les antiobitiques. Et maintenant que les antibiotiques commencent à nous faire défaut et que l’on voit apparaitre des résistances aux antibiotiques, les chercheurs se tournent de plus en plus vers les phages, en regardant s’ils peuvent réintroduire des phages efficaces contre les infections.

A : Vous avez mentionné les virus des océans et je voudrais y revenir. J’ai découvert quelque chose d’incroyable dans votre livre : si vous respirez 10 fois, l’une de ces respirations est due à un virus.

CZ : Oui c’est vraiment dingue, certains virus phages des océans infectent spécifiquement les bactéries qui produisent pas mal de notre oxygène. Ces virus portent sur eux certains des gènes de la photosynthèse. En gros, ils infectent la bactérie et remplacent les gènes de la photosynthèse de l’hôte par les leurs. Ils font cela car cela rend les hôtes meilleurs pour produire les éléments nécessaires pour produire d’autres virus. Ils adaptent en quelque sorte la photosynthèse pour leurs besoins et dans le processus, les cellules utilisent du dioxyde de carbone et produisent de l’oxygène. Nous respirons de l’oxygène qui vient dans un grand nombre de cas de ces bactéries infectées. Nous pouvons littéralement remercier les virus pour l’air que nous respirons !

A : C’est incroyable cette histoire !

CZ : Oui !

A : On trouve une autre histoire dans le chapitre « Nos parasites intérieurs », où nous apprenons que les mammifères peuvent remercier les virus pour l’existence d’un placenta ?

CZ : Dans cette partie je parle de certains virus qui sont devenu une partie de notre génome, qui sont vraiment passé dans notre ADN, se sont fondus en nous. Ça fait un moment que ces virus me fascinent et que je  suis toutes les recherches qui en parlent. Des chercheurs ont trouvés que dans plusieurs cas, leur ADN, transmis depuis des millénaires, a été capté à travers l’évolution pour faire des choses pour nous. Dans le placenta par exemple, des cellules utilisent un gène d’origine virale pour produire une protéine qui permet de créer un lien entre elles, et entre ces cellules et le placenta. C’est essentiel, et quand des chercheurs désactivent ce gène viral chez une souris, le placenta ne se fait pas et les embryons meurent. C’est un exemple frappant de la façon dont nous avons co-opté les virus. Ironiquement, nous utilisons aussi leur gènes pour combattre d’autres virus. Aussi étrange que ça peut paraître, nous sommes en partie des virus.

A : Oui, on a officiellement sidéré la chatroom [Rire]. Karim, des questions ?

K : Non, mais effectivement les gens sont épatés de voir à quel point les virus sont importants. J’ai une question si possible : pensez vous que la phagothérapie sera utilisée dans le futur ?

CZ : En fait, elle l’est déjà en ce moment, de manière confidentielle. Il y a des test en Belgique je crois. Un test important porte sur les victimes de brûlures. Les chercheurs développent des moyens pour les utiliser lorsque les antibiotiques ne fonctionnent plus. Pour les grands brûlés, vous n’avez pas envie de donner des tonnes et des tonnes d’antibiotiques à une personne si vulnérable. Et donc dans ce cas, les phages peuvent être une bonne alternative. Mais est ce que la phagothérapie est vraiment sûre ? Vous ne pouvez pas juste piocher n’importe quel phage pour une infection, un virus va peut être infecter une seule espèce, ou même une seule souche. Et si vous n’avez pas la bonne combinaison, ça ne va pas marcher.

K : Merci

A : Il y a un chapitre qui traite du VIH, mais je ne pense pas qu’on ait le temps, donc j’invite les auditeurs à aller lire votre livre, en anglais ou en français, pour découvrir ces histoires incroyables. Vous parlez aussi de la mondialisation du virus du Nil occidental, et de comment il est devenu américain. On va pas rentrer dans le détail non plus, mais en fait on assiste au même genre de phénomènes avec le virus Zika non ? Zika ?

CZ : On peut maintenant suivre ces virus d’une façon qui n’était pas possible dans les décennies ou les siècles précédents. Ce que nous voyons, c’est que certains virus apparaissent dans une partie du monde et puis tôt ou tard dans une autre. C’est assez remarquable de les voir se déplacer. Le virus Zika a été trouvé en Ouganda je crois au milieu du XXe siècle et pas vraiment ailleurs avant les 20 dernières années. Puis il a commencé à apparaître dans des endroits comme la Polynésie et l’année dernière dans les Amériques, au Brésil, et il se répand maintenant très rapidement dans d’autres parties du continent. C’est un schéma que l’on voit apparaître encore et encore. Le virus du Nil occidental était limité à l’Afrique et à l’Asie il y a encore 10 ans. Puis on l’a découvert à New York. On a su qu’il était là parce que les oiseaux mourraient, il touche les hommes et les oiseaux. Les oiseaux du zoo du Bronx et aux alentours mourraient et les chercheurs ont trouvé le virus en eux. En plein New York ! Probablement porté par des moustiques venant d’autres parties du monde. Et ça a suffit pour provoquer sa dispersion dans tout le pays [?][Je comprend pas ce que c’est que le shout out][Je pense pas, j’hésite entre shout out et shoot out même] et le virus du Nil Occidental fait maintenant partie de la vie des américains. On ne va pas s’en débarrasser ! Des gens en meurent tous les ans et on doit juste se résigner. Et Zika va suivre le même schéma à moins que l’on trouve un vaccin et que l’on mène une campagne intensive de vaccination et contre les moustiques qui le portent. Le chikungunya est un autre exemple. Malheureusement, on voit de plus en plus d’exemples de ces virus apparaître partout dans le monde.


A : En parlant de trucs terrifiants, vous avez aussi un chapitre dédié à Ebola. On ne va pas développer ici. Il y a également un chapitre sur la variole, j’aimerais qu’on s’y attarde un peu plus longtemps. Je suppose que les gens de mon âge ou plus jeunes seront aussi choqués en lisant ce chapitre. Je suis né au début des années 70 en Suisse et jusqu’à ce que je lise cette histoire, je n’avais jamais compris à quel point la variole avait été meurtrière pendant les milliers d’années qui nous ont précédé et à quel point c’est incroyable qu’on ait réussi à l’éradiquer (et pourtant réussi à séquencer son génome). C’est une histoire magnifique, qui en plus représente bien l’intérêt des vaccins. Pouvez-vous nous parler de la variole en 5 minutes ?

CZ : Oui certainement, je peux vous parler des points clés. L’histoire de la variole est vraiment incroyable. On a du mal à y croire car aujourd’hui ça n’existe plus. C’était peut-être le pire virus de tous, et on l’a vaincu. Héhé. Et ça, ça devrait nous confiance pour essayer d’en combattre d’autres. La transmission se faisait de personne à personne. Elle causait d’horribles scarifications, et la maladie était terriblement mortelle. Une part importante des gens infectés en mourraient. Il y a une estimation, en Europe, et en Europe seulement, entre 1400 et 1800, la variole a tué chaque siècle 500 millions de personnes. C’est un peu inimaginable. Mais les gens avaient développé des techniques pour se protéger qui ressemblaient un peu à la vaccination. En fait, ça a probablement commencé en Chine, puis ramené en Europe. Edward Jenner, au 18ème siècle, a fait des progrès pour traiter la maladie en découvrant une souche de virus qui protégeait contre la variole, sans être très dangereux en soi. Mais ce n’est que dans les années 50-60 qu’on a vraiment commencé à parler d’éradiquer le virus complètement et que les campagnes d’éradication ont commencé. Finalement en 1977 en Ethiopie, on a eu le dernier cas de variole contracté de manière naturelle. On garde toujours le virus de la variole quelque part. A ce que j’en sais, ce n’est que dans 2 laboratoires, un aux Etats-unis et un en Russie. Et c’est tout. Maintenant, on a un débat sur : est-ce qu’il faut se débarrasser de tout ou le garder pour des études qui pourraient nous donner des idées.

A : Vous avez réussi, en moins de 5 minutes. Vous êtes épatant ! Merci beaucoup. Karim, des questions ?

K : Une question de vocabulaire. Variole se dit smallpox en anglais, mais est-ce qu’il y a une bigpox ?

CZ : [Rire] Pas que je sache, non. Il ya des virus géants dont je parle dans le livre. Ces virus sont aussi gros que des bactéries. Des centaines de fois plus gros que les virus dont on vient de parler avec parfois plusieurs milliers de gènes, ce qui est fou, car les virus ont généralement 10 gènes, voire moins. Mais non je n’ai jamais entendu parler de bigpox. La variole (smallpox) est déjà suffisamment mauvaise !

K : Je voulais aussi vous demander. Vous avez dit que le virus était gardé dans un coffre. Quelle est votre position ? Vous pensez qu’il vaut mieux le détruire ou continuer la recherche dessus ?

CZ : Je pense que les deux camps ont présenté de très bons arguments. Je suis en revanche un peu méfiant sur le fait que l’éradication soit permanente. Et d’ailleurs, on pourrait même penser que l’éradication n’est pas possible. Par exemple, on n’est pas sûrs que tous les stocks de variole soient connus : il est possible que certaines personnes en gardent quelque part et pourraient les libérer. On ne peut juste pas savoir. Une autre chose, c’est qu’on connait le génome de la variole. On connait les séquences de gènes qui composent la variole. A notre époque, en connaissant ça, on peut faire le virus. Avec la biologie synthétique, je pense que la variole ne pourra jamais être éradiquée. On ne sait pas encore tout sur la variole, et on pourrait apprendre des choses sur les virus apparentés, qui seront peut être la cause de la prochaine grande épidémie, alors bon… J’ai tendance à dire : ne l’éradiquons pas.

A : Ok merci beaucoup. Vous venez de parler des virus géants. Je crois que Pierre a une question en lien avec l’actualité ? Pierre ?

P : Oui effectivement. Je viens de tomber sur votre article évoquant la découverte très récente dans un virus géant d’un système du type CRISPR. Je me demandais si vous pouviez expliquer en quelques mots en quoi consiste la découverte, mais aussi quelles précautions vous prenez lorsque vous écrivez sur les découvertes si récentes et des sujets aussi chauds

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Des virus virophages dits “Sputnik” infecte un virus géant dit “mimivirus”

CZ : Ok. J’ai parlé des virus géants dans Planète de virus. Mais la science avance tellement rapidement sur les virus géants  qu’il y a des éléments qu’on ne peut relater qu’en complément. Vous parlez d’un article que j’ai écrit juste hier sur le site STAT. J’y relate une découverte troublante : il y a des virus géants qui peuvent être infectés par leurs propres virus. Croyez-le ou non, il y a des virus de virus. On a les virus géants qui infectent les protozoaires, et on a aussi d’autres virus, appelés virophages, qui infectent ces virus géants. Les scientifiques ont trouvé que certains virophages pouvaient infecter certains virus géants mais pas des souches très proches de ces virus. Ils se sont donc demandés “que se passe-t-il ? Ca devrait être possible.” Les virus géants semblent avoir une sorte de système de défense contre les virophages. C’est déjà très étrange de voir que les virus peuvent avoir leurs propres virus, mais c’est encore plus bizarre de penser qu’ils ont leur propre système immunitaire. Suite à ces études sur les virus, les scientifiques pensent que les virus géants sont capables de capturer des petits bouts d’ADN de virophages et de les utiliser pour simplement les reconnaitre quand ils les contaminent et enfin d’utiliser des enzymes pour les couper en morceaux. Si c’est le cas, c’est très similaire à ce qui se passe avec CRISPR qui est un système immunitaire que les bactéries utilisent pour combattre les virus. CRISPR a donné de très bons résultats ces dernières années car les scientifiques l’ont utilisé pour modifier les gènes et c’est très puissant, très rapide, très précis, très peu cher et ça ouvre des tas d’opportunités excitantes et effrayantes. S’il s’avère que les virus géants ont une espèce de CRISPR à eux, qui sait où ça pourrait mener pour d’autres applications de modifications. On n’en sait vraiment rien ! Vous avez posé une bonne question sur ce qui se passe quand quelque chose comme ça arrive. Un nouveau papier sort avec des découvertes étonnantes. Il faut être méfiant car il se peut très bien que ça s’avère ne pas être vrai. Peut-être que dans un, deux ou trois ans, les scientifiques qui vont essayer de suivre ce sujet vont se rendre compte que celui qui a fait la première découverte s’est trompé. Je pense qu’il faut simplement garder ça en tête pendant qu’on écrit sur le sujet et en discuter avec des experts extérieurs, des gens qui peuvent être un peu sceptiques et essayer d’intégrer ces voix dans vos rapports quand c’est possible. C’est une idée formidable, on va attendre et voir dans les années qui viennent si ça se confirme après un examen minutieux.

P : C’est ce que vous avez fait quand vous avez contacté Jennifer Doudna, pour cette histoire en particulier, pour avoir son opinion sur le sujet ?

CZ : Oui, j’ai contacté Jennifer Doudna, de Berkeley qui est une experte de CRISPR, j’ai parlé à 2-3 virologistes également, pour avoir leur sentiment sur le sujet. Déjà, les gens reconnaissent que les auteurs de cette nouvelle étude sont LES experts mondiaux des virus géants, ce sont eux qui les ont découverts. Didier Raoult et d’autres en France sont vraiment pionniers dans ce domaine et s’ils publient un papier, il faut l’étudier attentivement. Ca ne veut pas dire qu’ils ne se trompent pas, mais ça vaut quelque chose.

A : Merci infiniment. Le temps passe, on va boucler ce qui concerne le livre. Il y a une dernière question que je voulais vous poser : en fait, c’est juste une question de temps avant que la prochaine épidémie nous frappe, c’est ça ?

CZ : Malheureusement oui. C’est ce qui est en train de se passer en ce moment avec Zika par exemple. Ca arrive tout le temps, il y a juste une question d’échelle.

Parfois, il s’avère que les virus ne sont pas spécialement énormes. Comme par exemple, le SRAS, le syndrome respiratoire aigu sévère, dont je parle dans le livre. On ne veut pas l’attraper, ça peut être mortel, mais pour le moment il est très limité et se propage dans les hôpitaux et pas forcément à l’extérieur, donc ce n’est pas comme la grippe. Mais oui, on va avoir de plus en plus de cas comme ça, et certains d’entre pourraient être très mauvais. Je ne peux pas dire lequel sera le prochain, ça pourrait être une épidémie de grippe, ça pourrait être une nouvelle souche de grippe aviaire qui se propage très vite et soit en plus relativement mortel. Il y a pas mal de chose qu’on peut faire pour être prêt pour ces cas, c’est bien, mais c’est aussi frustrant car on se rend compte qu’on ne fait pas tout ce qu’on pourrait faire. Dans le cas d’Ebola par exemple, comment se fait-il que nous n’avions pas de vaccins prêts ? On avait déjà de bons résultats sur des vaccins contre Ebola il y a des années ! Mais les chercheurs n’ont pas réussi à faire en sorte que tout le monde se mette d’accord et fasse réellement des recherches dessus. Il faut qu’on soit mieux préparés pour la prochaine vague de virus.

A : C’est un bon message, merci. Karim, des questions ?

K : Non, je crois que les gens sont toujours impressionnés et essaient de digérer le truc du virus du virus.

A : Ok. En ce qui concerne le livre, j’invite vraiment chaudement nos auditeurs à le lire. Soit en anglais “A planet of viruses” dont la deuxième édition est disponible partout. Et à partir du 11 mars, il est aussi disponible en français sous le titre “Planète de virus”. Je ne sais pas si je l’ai précisé mais les traducteurs ont fait un boulot fabuleux. Maintenant, je vais laisser la parole à David et Pierre qui vont poser quelques questions supplémentaires, pas à propos du livre mais sur vous, votre vie et plus particulièrement vos écrits. David ?

D: J’aimerais revenir sur votre parcours académique. Ne faut-il pas être un scientifique pour comprendre et communiquer sur la science ?

CZ : J’espère que non, parce que je ne suis pas un scientifique ! Donc si c’était le cas, je serais sans emploi. Sérieusement, il est certain qu’être un scientifique donne pas mal de notions sur comment marche la science et ça donne beaucoup d’expertise dans un domaine particulier, mais je ne pense pas que ça empêche les autres personnes de s’y intéresser ou d’écrire sur la science. Je dirais que les non-scientifiques doivent reconnaître que ça peut être compliqué et qu’il faut du temps pour comprendre. C’est vraiment très facile d’étudier les choses en partant avec de fausses hypothèses. Il est certain qu’en tant que non scientifique je me remets sans cesse en question, je vérifier plusieurs fois pour m’assurer que j’ai bien compris. C’est bien et c’est intéressant de voir où j’ai fait des erreurs et d’apprendre de ça. Je n’aime pas… Je préfère m’en apercevoir avant que mes papiers soient publiés plutôt qu’après.

A : C’est un bon conseil ! David tu avais une autre question je crois ?

D: Dans l’avant-propos, on peut lire que le contenu du livre était initialement prévu pour des essais dans le cadre du projet “world of viruses”. Pourriez-vous nous parler un peu de cette initiative ? Est-ce de cette manière que le livre a vu le jour ?

CZ : Exact, donc c’était un projet éducatif organisé par des personnes de l’université du Nebraska. Ils font pas mal de projets éducatifs différents sur l’évolution et d’autres sujets et ils sont entrés en contact avec moi. Dans un premier temps je devais juste écrire quelques essais sur les virus, juste pour les présenter aux étudiants. J’ai commencé à les écrire et j’ai réalisé que j’avais presque accidentellement écrit un livre. La maison d’édition de l’université de chicago s’y est intéressée et donc j’ai repris et retravaillé tous les essais pour créer une unité et les assembler pour en faire un livre. C’est un des éléments qui est ressorti de ce projet. Ils ont fait d’autres choses vous savez : des BD des programmes radio, des tas de posters, plein de choses intéressantes et différentes. Ca a été très sympa de bosser avec eux et de voir les gens se servir des virus dans des formes de création différentes.

A : Pierre, tu avais aussi quelques questions   ?

P : Oui effectivement, si on a encore un peu de temps j’aimerais que vous nous parliez un peu plus de vos différents travaux et de votre expérience en termes de vulgarisation scientifique. Pour beaucoup, nous compris, vous arrivez à très bien équilibrer le fait de relater des faits, raconter une histoire et présenter des opinions. Selon vous, quels sont les principaux progrès qui vous ont permis d’atteindre cet équilibre ?

CZ : Dans mon cas, je ne peux pas dire que tout a été consciemment réfléchi, mais, vous savez, j’ai travaillé 10 ans pour le magazine Discover, j’y ai été rédacteur en chef pendant 4 ans et ça a vraiment été ma formation dans le journalisme scientifique, comprendre comment le faire. Commencer par être celui qui vérifie les données, puis écrire de courts articles… et apprendre de rédacteurs et de journalistes très talentueux. Depuis, j’écris seul à temps plein et j’aime vraiment atteindre un bon équilibre entre plusieurs types d’écriture. Déjà par intérêt personnel. Je pense que je m’ennuierais un peu si j’ecrivais tout le temps le même type de chose. Donc quand j’ai fini un livre, ce que j’aime faire habituellement, c’est commencer à travailler sur quelque chose de très très court. J’aime beaucoup ça, pouvoir écrire quelque chose, le faire très rapidement puis avancer à partir de là. C’est un processus continu, régler finement mon emploi du temps et ma journée, regarder ce que j’ai déjà écrit et essayer de comprendre comment je vais avancer à partir de là dans une direction différente.

P : Vous avez testé pas mal de média : les blogs, les journaux et magazines (NY Times, National Geographic, Time Scientific American, Science, et Popular Science), les podcasts (Radiolab, Fresh Air, Meet the Scientist and This American Life) et recemment la vidéo avec STAT. Maintenant que vous avez un peu tout testé : quels sont les avantages et inconvénients de chaque média ? Est-ce qu’il y en a un que vous préférez et est-ce que vous pensez qu’il y a un passage possible de l’un à l’autre ?

CZ : Je travaille actuellement sur un livre et j’aime vraiment pouvoir travailler un jour entier voire plusieurs jours uniquement sur un gros projet spécifique. Pour le côté créatif, c’est vraiment satisfaisant. Mais aujourd’hui le domaine des livres devient un domaine un peu saturé. Ce n’est pas une mauvaise chose mais le fait est qu’aujourd’hui les gens lisent et écoutent et regardent la science de pleins de manières différentes et même si j’aime écrire un livre papier à l’ancienne, je veux quand même être capable d’explorer d’autres moyens. La vidéo pour STAT que j’ai faite est quelque chose de complètement nouveau pour moi mais je pense que si on a de la chance, on essaie de nouvelles choses en travaillant avec des gens qui savent ce qu’ils font, et donc on ne peut pas se tromper. Dans mon cas, je travaille avec un producteur, Matthew Orr, qui a 10 ans d’expérience dans la video, et qui travaille dans des endroits comme le NY times. En gros, ce que nous faisons, lui et moi, c’est nous pointer dans des laboratoires, où des gens font des choses très intéressantes, comme de la rééductation après un AVC,  hacker des microbiomes, ou je ne sais quoi. En quelque sorte on prend le pouvoir et on leur demande de nous montrer ce qu’ils font et de nous raconter leur histoire. Matt filme tout le temps et cherche de belles images pour illustrer ce dont on est en train de parler. C’est un challenge complètement différent ici, il faut arriver à résumer en 5 minutes ce que des gens étudient depuis des années, et ce n’est pas toujours facile.

P : Ok. J’ai encore le temps pour quelques questions ?

CZ : Oui bien sûr, encore quelques minutes.

P : Dans la blogosphère, à un moment vous avez changé de plateforme (vous avez commencé par Discover puis Phenomena pour le National Geographic). Est-ce que vous pouvez nous dire quelle votre opinion pour ces plate-formes de blogs et comment elles ont évolué, ce qu’elles offrent aux blogueurs etc ?

CZ : A ce propos, il y a un nouveau livre qui s’appelle : “Science blogging : The Essential guide”. Il a été publié par la maison d’édition de l’université de Yale et il y a un chapitre qui parle de l’histoire des blogs. Je suppose que je fais partie des vieux, qui ont commencé à blogger à l’ère du Jurassique. En fait j’ai commencé tout seul, sur mon site, avec un logiciel très primitif. Puis un réseau de blog appelé “Courant” [??] m’a demandé si je voulais blogger avec eux, ensuite j’ai été invité à participer à un réseau de blogs plus important appelé “Science Blogs”.

Ensuite j’ai rejoins le magazine Discovery, puis National Geographic. Le fait de blogger était très excitant. Et ça l’est toujours, mais au début voir au milieu des années 2000, où il n’y avait rien d’équivalent, où on pouvait écrire exactement ce qu’on voulait, de la manière qu’on voulait, on pouvait intégrer des vidéos etc. et tout simplement expérimenter. On pouvait répondre rapidement aux lecteurs. Et aujourd’hui, il y a tellement de choses qu’on considère comme acquises dans les média de science qui en réalité ont été découvertes pour la première fois grâce aux blogs de science. Pour l’instant, je prends un peu de recul par rapport au blog car je suis en train d’écrire ce livre et j’ai aussi tout ce qui se passe sur STAT et j’ai une rubrique pour le NY times, et j’ai des fois l’impression que ma tête va exploser. Mais j’y retournerai. Je pense toujours qu’il y a certaines choses qu’on peut faire en bloguant qui sont simplement impossibles avec d’autres formats.

A : Très rapidement, questions réponses pour tes dernières questions Pierre.

P : OK, donc les 2 dernières questions. A certains moments, vous avez activement plaidé pour une nouvelle manière de faire de la science, notamment suite au désastre de la fausse découverte de bactéries à l’arsenic. Est-ce que vous pensez que c’est un travail pour quelqu’un comme vous, qui a un regard extérieur sur comment on fait de la science et comment elle est perçue ?

CZ : Eh bien, ce qui s’est passé à ce moment-là, c’est que le magazine Science a publié une étude faites par des scientifiques très réputés et financés par la NASA qui prétendaient avoir trouvé un nouveau genre de vie qui pouvait vivre de l’arsenic qui était utilisé pour construire leur ADN. Ca aurait été incroyable si ça avait été vrai, mais ça ne l’était probablement pas. Je ne dirais pas vraiment que j’ai plaidé dans ce sens, mais j’ai écrit  sur comment la communauté scientifique avait reçu cette info et tout le battage qui en a suivi, sur le fait qu’il y avait beaucoup de sceptiques à ce sujet, et que beaucoup de personnes pensaient que ça montrait que le système de diffusion de l’information scientifique était très imparfait en se focalisant autour du fait que les journaux sont réputés et que ça ne marche tout simplement pas.  J’ai écrit sur ce qui se passe après la publication, le peer-review une fois que les papiers sont sortis, les gens doivent y penser. Je ne dirais pas que j’ai plaidé mais que j’ai présenté les grandes tendances dans la communauté scientifiques dont une qui est en train de prendre de l’importance.

P : Ok pour terminer … ?

A : Oui Pierre, une dernière.

P : Vous avez eu du mal à expliquer votre affection et enthousiasme pour les parasites à Jad Abumrad et Robert Krulwich sur Radiolab. Je suis un fan des parasites et je me suis toujours demandé si cette discussion sur Radiolab avait été préparé ou si elle était sincère. Est-ce que vous pensez que vous avez contribué efficacement à l’embellissement des parasites ?

CZ : Je pense qu’à Radiolab, Robert Krulwich et Jad Abumrad pensent que c’est leur job de représenter l’opinion que beaucoup de gens ont, par exemple sur les parasites, on a le sentiment que ça fait peur et que c’est bizarre et ils ne veulent pas en entendre parler, c’est juste mauvais. Et c’est à des personnes comme moi de les persuader que non, vraiment vous devriez y réfléchir, parce que la nature est étonnante et surprenante et belle, même si parfois c’est de manière sinistre, mais c’est toujours mieux que ce qu’on aurait pu supposer au premier abord. Et si j’arrive à les persuader en direct, avec un peu de chance, certains auditeurs peuvent également changer d’avis sur comment le monde marche.

A : Donc on ne sait pas vraiment si c’était mis en scène mais ça nous va je suppose.

CZ : [Rire] Ils ne m’ont pas envoyé de scénario. Nous nous sommes assis et ils ont commencé à me titiller… C’était marrant.

P : Ca a bien marché !  

A : Oui ! Karim, des questions dans la chatroom ?

K : Oui, une nouvelle question d’Alex. Vous avez dit que vous travailliez sur un livre sur l’hérédité. Vous avez déjà des idées pour de prochains livres ?

CZ : [Rire] Non. Uniquement parce que je dois d’abord terminer celui que je suis en train d’écrire avant de penser à écrire un autre livre. De toute évidence, c’est un sujet très vaste donc toute mon énergie mentale disponible est monopolisé sur ce livre. Quand ce sera terminé, je penserai au prochain. Pour l’instant je suis en plein dans celui-là.

A :Un projet à la fois je suppose.

CZ : Exactement.

A : Ok. C’est le moment de la quote. Carl, Vous avez fait vos devoirs ? Vous en avez trouvé une dans l’intervalle ?

CZ : Il y a quelque chose que j’ai écrit pour le National Geographic à propos de la main. J’essayais de parler de l’importance de la main humaine dans notre évolution, notre histoire etc. J’ai écrit :

La main c’est l’endroit où le monde rencontre l’esprit.

A : Magnifique. Ca nous laisse de quoi méditer pour la semaine prochaine. Merveilleux, merci beaucoup.

CZ :Merci

A : Rappelez nous où on peut vous trouver sur l’internet mondial ?

CZ : Mon site web carlzimmer.com, carl avec un C. J’ai aussi un twitter @carlzimmer.

A : Super. Et bien sûr, on peut trouver planète de virus dans toutes les bonnes librairies et dans 10 jours exactement, le livre sera aussi disponible en français. Je ne sais pas si je l’ai précisé mais la traduction est excellente. Et bien il est temps de se dire au revoir. La semaine prochaine, mardi 8 mars, un épisode roue libre, avec Emile on bande, une équipe de sociologues qui parle au grand public par le biais de bd. Les épisodes roue libre sont nos format test, et on va essayer, comme à notre habitude de nouvelles choses, spécialement sur le storytelling. Et on est désolés pour ceux qui écoutent en anglais, on revient au français la semaine prochaine. Personne n’est parfait. Que vous ayez aimé ou pas, faites-le savoir par n’importe quel moyen viral. Aimez-nous sur Facebook, twitter, soundcloud, sur tout l’internet mondial. Un immense merci à Carl Zimmer et un gros bisou à toute l’équipe, et à Karim, David et Pierre en particulier.