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L’histoire de la médecine – par Nota Bene

Dossier présenté lors de l’épisode 215 du 21 avril 2015


INTRODUCTION

 

Tout d’abord, l’histoire de la médecine est un thème très large, je vais donc essayer de me concentrer sur l’essentiel et de principalement centrer mon discours sur l’Europe puisque c’est là qu’on vit? pour la plupart mais aussi sur les civilisations qui ont pu influencer notre histoire de la médecine. Puisque que d’autres formes de médecines se sont développéEs de leur côté comme en Asie ou en Amérique du sud par exemple mais elles n’ont pas forcément influencé massivement notre pratique de la médecine. Voilà j’espère que vous me pardonnerez donc cette vision un peu, beaucoup, ethnocentrée…

 

Avant de s’enfoncer un peu dans la grande fresque que je vous ai préparé? il conviendrait sûrement de définir ce qu’est la médecine. Puisque la médecine c’est un peu la lutte contre la mort, la lutte contre la douleur, la prise en compte de l’autre et de ses peines, qu’elles soient physiques ou mentales d’ailleurs. Mais c’est aussi l’aide à la naissance, à la vie, et son accompagnement aussi et c’est d’ailleurs pour ça que la médecine est pendant très longtemps lié à la religion, à la spiritualité ou au chamanisme dans d’autres parties du globe. On peut également dire que la médecine c’est enfin des hommes et des femmes qui se sont battus, qui ont cherché, qui ont trouvé et qui à travers les siècle ont transmis leur savoir afin d’aider les autres.

 

Pour cette chronique? je vous détaille un peu mon plan histoire que vous ne soyez pas trop perdu. Nous irons donc faire un petit tour du côté de la période néolithique avant de nous attarder sur plusieurs époques et plusieurs régions comme la mésopotamie, l’egypte, la grèce, la rome antique avant de me concentrer sur le moyen âge, la renaissance et la médecine moderne dans notre cher pays. Et dans chaque période, chaque région je m’attacherai à développer un pan de la médecine puisqu’on va quand même rester assez général.

 

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A partir de quel moment peut-on parler de médecine, ça c’est très difficile puisque l’écriture apparaît finalement assez tard dans notre évolution, dans notre histoire et donc les traces qui permettent d’affirmer qu’un acte de soin est pratiqué à une époque antérieure à cette invention de l’écriture sont très rares tout simplement.

 

Néanmoins on ne peut pas nier qu’à un moment donné il y a eu des précurseurs qui sûrement par hasard en observant la nature et les effets des plantes sur leurs congénères en ont déduit qu’il était possible d’atténuer une douleur, de guérir d’une toux et même de sauver la vie d’un homme qui s’est blessé.

 

Si les preuves sont extrêmement minces, l’archéologie nous permet de savoir que la pratique de la trépanation, le fait de faire un trou dans le crâne pour avoir accès au cerveau, est déjà utilisée au néolithique. Bien évidemment c’est assez rudimentaire et on utilise un silex pour faire la besogne ce qui ne devait pas être très pratique ni très agréable pour le patient. Quoi qu’il en soit on peut penser que certaines personnes qui accumulent le savoir médical, la connaissance des plantes etc…transmettent oralement leur expériences à d’autres personnes et ainsi de suite pour qu’une espèce de base de la médecine soit posée dans les communautés tribales de l’époque. Aujourd’hui on peut qualifier ces personnes de guérisseurs, de chamans etc qui peuvent utiliser les plantes comme le recours spirituel d’ailleurs, pour tenter de soigner une personne.

 

Mais encore une fois, c’est de la déduction et il faut attendre l’antiquité pour être sûr que des pratiques soient mise en oeuvre.

 

Les preuves physiques, qui nous montrent qu’une certaine pratique de la médecine existe, remontent en fait à l’époque mésopotamienne car c’est dans cette région qu’a été découvert l’écriture. C’est plus particulièrement à Babylone qu’un texte de loi est retrouvé sur une stèle en 1750 avant JC, une stèle assez connue puisque qu’il s’agit du code d’Hammurabi que l’on peut qualifier de premier vrai texte juridique gravé noir sur blanc si on peut dire. Dans ce code d’Hammurabi il y a un peu moins de 300 articles qui sont cités, dont la fameuse loi du Talion que vous connaissez tous “oeil pour oeil, dent pour dent, etc…” et sur ces 300 articles, une douzaine parlent de la pratique de la médecine et plus précisément de la chirurgie. Mais aussi et surtout puisque c’est un texte juridique, des condamnations qu’encourent un médecin qui aurait fauté ou de leurs honoraires. Du coup c’est vraiment à partir de cette époque là qu’on peut dire que la médecine en tant que telle existe puisque sa pratique est reconnue et encadré juridiquement.

 

Alors attention il s’agit encore d’une pratique très sommaire de la médecine et si on arrive à poser des diagnostics les remèdes et les raisons des maladies ou des maux ne sont pas toujours adaptés à la souffrance du patient.

 

On peut noter qu’il y a déjà une certaine forme de protocole qui se met en place puisque quand un médecin reçoit un patient, avant de l’ausculter il lui pose déjà tout un tas de questions comme les médecins le font de nos jours. Le “problème” c’était que la médecine et la religion sont très liées et il y avait des questions pertinentes et beaucoup d’autres moins. Par exemple “est ce que vous avez menti récemment” ou ce genre de choses, histoire de savoir si, en gros, le patient a quelque chose à se reprocher vis à vis des dieux, et si c’est le cas et bien peut être le début d’une explication.

Heureusement ils ne s’arrêtent pas là et déjà à l’époque les médecins savent reconnaître certaines maladies, par habitude et il peuvent donc tout à fait identifier des troubles respiratoires, des troubles intestinaux, des troubles urinaires etc…D’ailleurs ils pratiquent une analyse assez rudimentaire des urines, de l’odeur de l’haleine, ils savent prendre le pouls d’un patient et sa température aussi, ce qui aide quand même pas mal quand on veut commencer à trouver le pourquoi du comment en médecine…

 

Là où ça devient intéressant c’est dans les propositions de traitement de ces maladies ou de ces blessures. Et là je rappelle encore que l’on est dans une société qui mêlent des débuts de sciences avec la religion et un peu de magie. Du coup il n’est pas rare qu’une prière soit prescrite pour guérir le mal mais ça n’empêche pas le médecin de prescrire de véritables remèdes.

Et la on a des indications très larges et très nombreuses quant aux plantes et aux procédés utilisés pour soigner les patients. Des pommades, des sirops, des mélanges de plantes, de l’alcool, des potions, des résines qu’on fait brûler pour inhaler, enfin toutes sortes de choses qui font un peu penser aux remèdes de grand mère que l’on peut utiliser de temps à autre dans notre société actuelle.
On peut tout de même citer quelques méthodes assez loufoques pour traiter certaines pathologie comme par exemple les difficultés respiratoires qui peuvent être traitées par un lavement en profondeur si j’ose un peu de potache dans cette chronique. On a aussi le cas des excréments qui peuvent être utilisés en mixture afin de soigner des maux de gorge par exemple. ça donne presque envie de replonger à cette époque…

 

Concernant les fractures, les plaies et autres il y a aussi des compétences qui sont dégagése, fatalement puisque les guerres font de nombreux blessés et il faut faire de son mieux pour les garder dans le meilleur état possible. On a donc des atèles qui peuvent être mises en place et il semble qu’un début de chirurgie existe en mésopotamie. D’ailleurs, niveau chirurgie il y a aussi des écrits qui laissent penser que la chirurgie esthétique est déjà pratiqué à Babylone notamment au niveau du nez où des implants osseux aurait pu être tentés.
Alors bien sûr tout ça a un coût et c’est là aussi qu’on se rend compte des inégalités qui perdurent pendant longtemps après cette époque. Par exemple si un homme est blessé par une lance et qu’un médecin arrive à le sauver, cet homme doit le payer 10 sicles. Alors un sicle ça ne vous dit rien mais en gros il fallait 1 sicle pour s’acheter 50kg de dattes, 2 sicles pour s’acheter un agneau ce qui n’est pas rien et le salaire annuel d’un esclave par exemple, parce que, oui ils sont payés, c’est 3 sicles par an. Donc 10 sicles c’est un peu dur à sortir pour quelqu’un qui n’a pas d’argent.

 

Enfin voilà il y avait du bon, sans aucun doute, et aussi du mauvais mais si l’on regarde notre société actuelle, c’est pas si différent que ça. C’est comme tout il y a plusieurs écoles avec des bons praticiens et des moins bons.

 

 

En parlant d’école d’ailleurs, au départ il n’y en a pas vraiment mais au 7ème siècle avant JC est créée une grande bibliothèque en Assyrie, une région au nord de la mésopotamie : la bibliothèque d’Assurbanipal. Et dans cette bibliothèque on retrouve plein de choses, des documents officiels, des textes littéraires, mais aussi des ouvrages sur les avancées scientifiques et particulièrement une bonne partie sur la médecine. C’est donc le premier lieu où les médecins peuvent venir apprendre ou se former à travers des écrits laissés par d’autres médecins. Le début de la formation médicale en somme.

 

Alors bien sur là il s’agit surtout d’une initiative à grande échelle mais pour autant il existe déjà des documents qui permettent de transmettre un savoir médical avant la construction de cette bibliothèque.

C’est le cas par exemple en Egypte où on retrouve des écrits, comme le papyrus Edwin Smith qui date de 1500 avant JC et qui parle principalement de chirurgie. Alors sur ce traité, on extrapole un peu mais a priori il sert surtout à cette époque de base médicale pouvant servir à des fins militaires. Donc on y trouve des cas de fractures, de plaies, d’écrasement etc…et la façon dont éventuellement on peut les traiter, comme les sutures, les immobilisations, les baumes, etc. Ce qui est aussi intéressant dans ce papyrus c’est qu’il fait la part des choses entre le rationnel et le scientifique d’un côté et le religieux et le magique de l’autre. Du coup on a vraiment un document qui est dénué de ce côté magique pour se concentrer sur l’aspect pratique de la gestion de ses traumatismes et autres.

Alors bien sûr il a été rédigé en 1500 av JC mais ça ne veut pas dire que ces pratiques datent de cette époque et comme je l’ai expliqué précédemment on peut être quasi sur qu’elles viennent d’une époque antérieure. D’ailleurs, on considère que le papyrus d’Edwin Smith est en fait une copie d’autres ouvrages qui ont disparu et dont l’auteur original pourrait être le médecin et architecte Imhotep pendant la IIIe dynastie soit en 3000 avant JC. ça fait beaucoup de conditionnel bien entendu mais ça permet de remonter la piste assez loin tout de même, bien avant la première structure légale qu’on a évoqué en mésopotamie.

 

 

D’ailleurs il y a de nombreux traités médicaux à cette période et la majorité d’entre eux sont considérés comme étant des copies d’originaux ce qui prouve bien qu’on peut remonter assez loin.

En Egypte, on a la trace par ces écrits de grands médecins comme Imhotep qu’on a cité mais aussi de femme médecin comme Peseshet qui aurait officié vers 2500 avant JC et qui aurait été la responsable des sages femmes, qui aurait même pu délivrer des diplômes de sages femmes dans une école créée pour former ce personnel. C’est un point important quand on sait que l’aide à l’accouchement a été presque exclusivement réservé aux femmes jusqu’au début du 16ème siècle, en France en tout cas. Quand on sait que l’accouchement est tout de même très ritualisé dans la société égyptienne antique ça a du sens puisque la femme devait accoucher hors du domicile dans un endroit prévu à cet effet puisque qu’elle était censée attirer le démon lors de l’accouchement. Du coup on la mettait un peu à part pour ne pas attirer le malheur sur la maison mais elle était tout de même entourée de ces sages femmes qui pouvait l’aider à accoucher sur les fameuses pierres rituelles que l’on nomme les meskenets.

 

Alors cette pratique de l’accouchement ritualisé elle nous rappelle encore une fois que la religion et la magie sont bien présentes dans la société et si pendant toute cette période égyptienne que l’on vient d’évoquer on sent une certaine distance qui peut se créer avec cet aspect mystique de la médecine et bien cette distance ne va pas se creuser comme on aurait pu s’y attendre mais se raccourcir et à partir de la basse époque (-750 à -332) on arrive à une médecine un peu plus spirituelle, un peu moins rationnelle qui se développe pratiquement jusqu’à la fin du 1er millénaire, vers 30 avant JC.

 

Si on a donc une grand proportion de prêtre dans les médecins ça n’exclut absolument pas la spécialisation des médecins, que l’on appelle les “sounous” en Egypte. Ces sounous, ce sont un peu les médecins généralistes mais il y a tout de même beaucoup de spécialisations avec des médecins pour les yeux, pour les dents, pour le ventre, des prothésistes (utiles pour les amputés) et même des médecins pour l’anus, l’ancêtre des proctologues, qui ont un titre assez original puisqu’on les qualifie de “berger de l’anus”.

Et parmi ces nombreux médecins on peut également observer une hiérarchie qui se met en place avec des “médecins de base”, des chefs médecin, des inspecteurs, jusqu’au grand chef des médecins, médecin du roi etc…

C’est donc un système médical complexe et complet qui est déjà mis en place en Egypte, système d’ailleurs considéré comme un service public gratuit et pour tout le monde, c’est important de le préciser.

 

Bref, parler de hiérarchie m’offre une belle transition vers le plus connu des médecins, celui dont le nom a traversé l’histoire et qui est aujourd’hui, plus de 2000 ans après sa mort, connu de tous : Hippocrate. Mais avant de détailler ce qu’il a pu apporter à la médecine, il convient d’introduire le personnage avec sa région et son époque. Et avant Hippocrate il y a eu pas mal de monde qui a travailler sur le sujet. En Grèce, il y a en effet une chose qui va bousculer un peu les habitudes de la médecine. Jusque là les autres peuples considéraient que l’organe qui dirigeait tout et d’où venait la vie était le cœur ou le foie. Avec l’apparition des philosophes et notamment les disciples de Pythagore, qui n’était pas que mathématicien, on remet en cause cette évidence et Alcméon, un médecin du 6ème siècle avant JC affirme que c’est bien le cerveau qui est le maître à bord.
C’est d’ailleurs tellement une révolution dans le milieu que la plupart de ses camarades refusent catégoriquement de reconnaître la véracité de ses propos. Jusqu’à l’arrivé d’Hippocrate qui se penche à nouveau sur la question et valide la thèse d’alcméon.

Mais on en n’est pas encore sur Hippocrate. Avant lui il y a aussi Empédocle, un médecin né en Sicile au 5ème siècle avant JC. Et lui se penche entre autre choses sur la reproduction et les fœtus. Il déduit par exemple que l’embryon est le fruit de deux semences, respectivement de l’homme et de la femme et que celui-ci grandit dans l’utérus en compagnie du placenta. Il étudie aussi les périodes optimales de reproduction dégageant l’idée de ce qui est plus tard connu sous le nom d’ovulation. Il est également à l’origine de la théorie des racines, qui consiste à croire que la santé d’un homme repose sur un équilibre entre plusieurs éléments mais je ne vais pas rentrer dans les détails. Ce qui est important de souligner c’est justement cette mise en avant de théories car il y en a de nombreuses qui vont se développer, pas toujours justes mais certaines dont la théorie des racines, inspireront grandement Hippocrate. Parmi ces théories on peut également citer la théorie des crises, soutenue par Anaxagore de Clazomènes qui prétend que les crises de types épilepsies sont d’origines naturelles et que ce ne sont pas des manifestations divines. Une fois de plus c’est important car on voit bien que la pensée de ces hommes et de faire une distinction entre la religion et le mystique d’un côté et le rationnel ou le scientifique de l’autre. Même si il faut nuancer ce que je dis bien entendu. D’ailleurs de nombreuses dissections sont pratiquées, surtout sur des animaux puisque sur des humains c’est interdit, notamment par le célèbre médecin Diogène et cela permet de grand progrès en anatomie notamment où des dessins, des croquis sont fait afin de mieux comprendre le fonctionnement du corps humain.

 

C’est en Grèce à partir du 7ème siècle avant JC qu’apparaissent vraiment les 1er médecins sédentaires dirons-nous, qui restent dans la cité pour soigner les malades, qui sont toujours des hommes libres hein puisqu’on fait bien la distinction entre les hommes libres et les esclaves.

En fonction des cités leur statut change puisque les politiques sont très différentes d’une cité à une autre et quand dans certaines les médecins sont considérés comme des fonctionnaires, payés par l’état et qui ne font pas payer les patients, dans d’autres, leur situation est très précaire.

Quoi qu’il en soit le médecin se déplace pour guérir les maux mais aussi reçoit et on peut dire qu’il y a une espèce d’apparition de l’ancêtre du cabinet médical qui est en fait la propre maison du médecin. Elle est souvent équipé de lit pour accueillir les malades mais aussi de multiples instruments pour pratiquer la chirurgie et d’appareils pour soigner un peu tout et n’importe quoi, comme par exemple des appareils pour réduire une luxation ou une fracture, ce genre de choses…

 

 

Enfin bref, il est intéressant de noter que cette pratique de la médecine est au fur et à mesure déconnecté de la religion dans un premier temps mais aussi de la philosophie dans un second temps qui joue un rôle pourtant central dans la compréhension de la médecine au début de l’époque grecque. Et ça, on le doit entre autre a Hippocrate autour duquel je tourne depuis tout à l’heure. Et justement il est peut être temps d’évoquer ce qu’il a pu nous apporter, cet Hippocrate, considéré par de nombreuses personnes comme le père de la médecine…

Donc comme on vient de le dire dans un premier temps il sépare le mystique et le religieux de la médecine. Si maladie il y a, c’est dû à d’autres facteurs comme l’alimentation, le climat, l’environnement etc…Cette approche, même si elle peut nous paraître simple, change beaucoup de choses puisque par définition, contre une maladie plus rationnelle, on peut être plus pragmatique dans le traitement. Ce traitement dans la médecine Hippocratique c’est souvent du repos, beaucoup de repos et aussi des médicaments, des plantes etc…Dans des cas de fractures par exemple l’immobilisation est souvent recommandée et du coup, l’immobilisation parfois couplée à des machines pour remettre tout ça en place, font que les résultats étaient plutôt positifs par rapport à d’autres écoles de médecines.

D’ailleurs ces autres écoles ils ne les rejettent pas complètement, loin de là, et il ira même, en tout cas la légende lui attribue le mérite même si c’est certainement faux, jusqu’à compiler toutes les informations médicales de l’époque, dénuée de mysticisme comme il le voulait, dans un énorme corpus de texte qu’on appelle le Corpus Hippocratique. On y retrouve environ 70 ouvrages, dont des manuels, des compte-rendus de conférences, des recherches, des notes ou des penses-bêtes, etc.. On voit bien l’intérêt d’un tel regroupement de document puisque ça peut aider d’autres médecins et futurs médecins à mieux comprendre la maladie et les blessures. Quand je dis que c’est une légende je précise que c’est en fait surement ces élèves et d’autres médecins de la même mouvance qui ont cumulé ces écrits sur une période d’un siècle environ. Donc on peut dire qu’il est à l’initiative de ce projet éventuellement mais pas qu’il en est l’auteur, au moins exclusif, ça semble évident.

 

Ce qu’Hippocrate apporte également à la médecine, c’est une certaine rigueur dans la manière d’analyser et de soigner le patient. Par exemple, il attache beaucoup d’importance aux conditions dans lesquelles se passe une opération : sur l’emplacement du médecin, du patient, des instruments, sur les personnes qui doivent aider autour etc…donc sur la procédure et là on peut parler d’un aspect beaucoup plus professionnel de la médecine. Il attache aussi une importance primordiale à l’éthique dans son travail et c’est ce qui donne naissance au fameux serment d’Hippocrate que l’on connait tous et que les jeunes diplômés en médecine récitent toujours à notre époque pour jurer de pratiquer leur activité dans le respect du patient et pour le patient. Il y a cependant une légère nuance à apporter sur ce texte puisque qu’en fait la version qui nous est transmise aujourd’hui et souvent une version modifié et que la paternité d’Hypprocrate sur ce serment est parfois remise en cause.

 

Il a en tout cas participé à améliorer le vocabulaire et le classement des maladies et des douleurs. Il a employé des termes comme “rechute” ou “pic” qui sont encore utilisés aujourd’hui et a classé les maladies en types : aiguës, chroniques, endémiques et épidémiques.

D’ailleurs si la médecine d’Hippocrate se fonde principalement sur le pronostic du patient, donc sur la façon dont va évoluer la maladie du patient en fonction de son état présent, il va aussi poser les bases, avec ses élèves du diagnostic : la recherche et l’enquête de l’origine du mal qui ronge le patient. Et ça, c’est aussi très bien puisque c’est d’ailleurs la base de la médecine moderne.

Pour en finir rapidement avec Hippocrate puisqu’il n’a pas l’exclusivité de l’histoire de la médecine, il faut souligner le fait qu’il y a tout de même eu des couacs. Par exemple sa médecine reposait principalement sur ce qu’il appelait la théorie des humeurs, elle-même influencée par les 4 éléments. En gros les 4 éléments, le feu, l’eau, la terre et l’air et ont leur équivalent dans notre corps : le sang, la lymphe, la bile jaune et la bile noire. Si tout ces éléments sont en équilibre dans notre corps, on est en pleine santé si la balance penche d’un côté ou de l’autre on est malade. Si la notion d’équilibre peut tout à fait être évoquée de nos jours, cette théorie n’est absolument plus appliquée pour expliquer et comprendre le mal du patient. Et le souci avec Hypprocrate c’est que le rayonnement de son action et de sa médecine a été tel que pendant pas mal de temps après sa mort il y a eu une espèce de stagnation, attention je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de progrès hein, mais globalement une stagnation des avancées en médecine. Voir parfois des retours en arrière parce qu’on avait du mal à remettre en question le formidable travail d’Hippocrate qui avait lui aussi ses faiblesses.

Voilà, je crois qu’on peut fermer la parenthèse hippocratique avec ce gros résumé dans lequel j’ai pris mal de raccourci vous me pardonnerez et on va avancer un peu plus dans le temps !

 

Un peu hein, pas beaucoup puisque qu’on ne pas si loin vous vous en doutez, dans la continuité on fait un petit tour par Rome, qui ressemble finalement assez à la Grèce. Et c’est plutôt normal puisque l’essort de la médecine romaine est en grande partie dûe aux médecins grecs qui venaient s’y installer avant même que la Grèce ne soit contrôlée par l’empire Romain. Heureusement pour eux d’ailleurs puisque avant ça la médecine était assez mal considérée à Rome, d’ailleurs la plupart des familles qui avaient des esclaves ne voyait pas trop l’intérêt d’avoir un esclave médecin. Merci les grecs donc. Quoi qu’il en soit il y a tout un système de médecine privée qui se met en place avec des médecins qui peuvent faire payer très cher pour leur services et d’un autre côté une sorte de service publique, principalement organisé à partir du 2ème siècle de notre ère. Ce service publique, il était composé de médecins que l’on appelait les Archiatres populaires, qui formaient une sorte de guilde, de regroupement, limité en nombre de place en fonction de la taille de la ville et leur mission c’était de soigner les pauvres tout simplement.

 

Ce groupe là était public mais beaucoup de médecins se réunissaient aussi en groupe pour pratiquer la médecine et tenter de se faire connaitre puisque qu’à l’époque il n’y a pas de diplôme et que c’est sur la notoriété du médecin que naît sa légitimité. Ce qui, à un moment donné a attiré beaucoup de charlatans d’ailleurs. Enfin bref ces groupes n’étaient pas réservés qu’aux médecins puisque c’est à Rome pour la première fois que des sages femmes se réunissent en corporation pour créer une véritable entité avec des sages femmes généralistes et d’autres spécialisées afin de mieux accompagner les patientes. On a donc de véritables entités qui naissent et qui ont chacun leur spécialité, que ça soit la médecine générale, les accouchements, la chirurgie notamment pour les gladiateurs etc…

 

Mais là où la médecine se développe beaucoup à Rome c’est aussi dans les institutions militaires. Puisque Rome comprend bien l’intérêt d’avoir une armée en forme avec des médecins capables de soigner leurs combattants. On a donc des médecins de guerre qui sont formés, qui ont des titres, parfois d’officier non combattant hein et qui ont une place importante pendant la bataille et après. Pendant la bataille par exemple certains médecins sont placés derrière les premières lignes pour évacuer les blessés, ils sont quand même au cœur de l’action pour pouvoir être efficaces dans l’urgence. Et d’ailleurs quand un blessé n’est pas rasfistolable sur place, il y a des ambulances, avec des chevaux hein, qui viennent transporter le patient jusqu’à l’hopital militaire généralement situé dans le camp romain. Dans ces hôpitaux de campagnes qui sont construits avec une certaine rigueur autour de jardin où l’on peut trouver des plantes médicinales et dans ces hôpitaux chaque pièce a une fonction pour tenter d’éviter des infections et autres. On a donc d’un côté la salle d’attente, de l’autre l’auscultation, puis la morgue, la pharmacie, etc…tout ne se fait pas au même endroit. Et ça caractérise une des spécificités de la médecine romaine à savoir l’importance accordé à l’hygiène. Que ça soit l’hygiène de vie tout simplement, mais aussi la propreté de l’eau utilisée pour boire, se laver, nettoyer des plaies etc… C’est d’ailleurs intéressant de voir que la chirurgie romaine qui était très développée pour l’époque puisqu’il faudra attendre plus de 1000 ans pour avoir des méthodes et des instruments plus efficace, c’est intéressant de voir que même si les romains ignorent l’existence des bactéries, ils font bouillir les instruments chirurgicaux avant de pratiquer. Il y a donc stérilisation des instruments et donc une diminution des contaminations et des infections.

 

Pour en finir avec l’époque romaine qu’on a ouvert avec les grecques, si les grecques ont Hippocrate les romains ont eu aussi leurs grands noms de la médecine et particulièrement trois médecins. Dioscorides qui a rédigé un ouvrage en 5 tomes et qui pose les bases de la pharmacopée moderne, un des livres les plus important de l’époque. La pharmacopée c’est un ouvrage ou une encyclopédie qui recense des plantes, voir des minerais ou des produits qui peuvent servir dans un usage thérapeutique hein je le précise pour certains de nos auditeurs. On a aussi Soranos d’Ephèse qui a écrit le traité le plus complet de l’antiquité sur les maladies des femmes et la gynécologie, ce qui n’est pas rien. Et enfin on a Claude Galien qui était grec mais qui a passé une bonne partie de sa vie à Rome et qui lui à simplement posé les bases de la médecine occidentale pour plus de 1000 ans. Rien que ça. Il fera d’ailleurs une observation capitale sur l’anatomie en accord parfait avec le démarche des médecins de la renaissance : “J’affirme que le médecin doit savoir comment est chacun des os en lui-même, et comment il s’assemble avec les autres os, s’il veut soigner correctement leurs fractures et leurs luxations”. Enfin bref, on pourrait dire autant de choses sur Galien que sur Hippocrate mais on va se contenter de dire que son oeuvre est immense, sur pratiquement tous les domaines de la médecine, mais aussi des mathématiques, de la philosophie et bien d’autres et que malheureusement une grande partie de son travail disparait lors de la chute de l’empire romain d’occident. Ce travail sera en réalité préservé par l’empire romain d’orient qui traduira ses textes qui finiront pas réémerger en Europe à partir du 11ème siècle.

 

On a donc là une perte brutale d’un patrimoine qui va pousser le développement médical vers le monde arabe et l’Europe en tant que telle, stagne tout simplement pendant une période relativement longue. En effet après la chute de l’empire romain, il y a forcément eu des problèmes dans les anciennes régions de l’empire, des problèmes administratifs, politiques, culturels, religieux, il y a eu conquête et reconquête des territoires, mélanges des populations, celtes, germaniques et des langues, etc. La plupart des textes médicaux n’était donc pas traduit pour être transmis à ces populations et c’est bien ce manque d’informations couplé au fait que la médecine traditionnelle des peuples présents comme les celtes avec leur druides par exemple qui font qu’on retourne à une médecine un peu bancale et mystico religieuse. Les seuls vrais garants de l’ancienne médecine ce sont les moines qui n’ont pas beaucoup de matériel pour travailler et qui font avec les moyens du bord. D’ailleurs même si les abbayes sont souvent en concurrence les unes avec les autres, les moines arrivent à se fédérer autour de cette transmission du savoir et échangent puis copient le peu d’ouvrages qu’ils ont à leur disposition. C’est dans ces monastères que se développent des jardins médicinaux, où les moines font pousser des herbes et des plantes afin de préparer des potions, des remèdes et autre pour soigner les malades. Pour l’anecdote ces jardins permettent aussi aux frères de fabriquer des liqueurs qu’ils qualifient volontiers de liqueurs médicinales et avec ça beaucoup vont pouvoir se faire un peu, beaucoup d’argent…Enfin bref, si des initiatives existent jusqu’au Xeme et surtout XIème siècle pas beaucoup de progrès en Europe.

 

Pendant ce temps les arabes qui ont repris le flambeau de la médecine lors de la chute de l’empire romain d’occident s’appuient sur les textes d’hippocrate et de Galien pour développer leur pensée. Et le moins qu’on puisse dire c’est que pendant quelques siècles ils ne chôment pas et améliorent considérablement la médecine dans tous ses domaines, n’hésitant pas à réfuter certaines thèses des deux pères de la médecine comme la fameuse théorie des humeurs qui est écartée par exemple pour en développer de nouvelles. C’est par exemple le début de la méthode expérimentale, on analyse, on test et on restest une solution, encore et encore, jusqu’à confirmer une hypothèse. Au Xème siècle, Avicenne un médecin persan écrit deux livres de références pour la médecine qui ont une énorme influence sur la médecine arabe mais aussi occidentale quand ils seront traduits un peu plus tard bien évidemment. Ces deux livres c’est  Le Canon de la médecine écrit en 1020 et le Livre de la guérison écrit courant XIème siècle qui servent de base pour l’enseignement de la médecine en Europe jusqu’au XVIIème siècle. La méthode expérimentale, d’ailleurs Avicenne l’utilise couramment et il met en place des essais cliniques sur des patients afin de déterminer des traitements efficaces. Il a introduit énormément de choses dans la pratique de la médecine comme la mise en quarantaine pour certaines maladies, mais il a aussi décrit précisément des MST ou encore découvert l’existence des bactéries. Enfin bref il a eu un apport absolument énorme pour la médecine et il n’est pas le seul puisque pendant cette période de grandeur arabe il y a eu de nombreux médecins qui ont innové sur la chirurgie, l’ophtalmologie, même des concepts de psychologie, qui ont développé plein d’outils et d’instruments comme la seringue à injection et qui un peu plus tard mettront en évidence la présence d’un système immunitaire chez l’homme, l’existence de micro organismes qui transmettent ou déclenche des maladies, etc. Enfin si les européens stagnaient de leur côté les arabes c’était tout le contraire !

 

 

La question que l’on se pose alors est comment ce savoir arabe a été transmis jusqu’à l’occident. Et là, c’est assez simple puisque se sont des hommes qui ont dédié une grosse partie de leur vie à la traduction des ouvrages arabes en latin, principalement afin de propager cette culture médicale. On peut par exemple citer Constantin l’africain qui a traduit au XIème siècle beaucoup de petits manuels mais aussi et surtout un ouvrage du célèbre médecin Haly Abbas écrit au Xème siècle  qui s’intitule le “livre complet sur l’art médical” et qui n’est rien de moins qu’une des premières très grosses encyclopédies arabo-musulmanes dédiée à la médecine. En soi c’est formidable parce que ça permet une transmission du savoir mais il y a beaucoup de problème qui se posent dans ces traductions puisque les textes traduits sont des textes qui ont déjà été simplifiés en arabe pour constituer une encyclopédie donc on perd un peu en précision et au delà de ça, Constantin lui même simplifie la pensée pour transmettre une information. On rajoute également le fait qu’une bonne partie de la médecine arabe s’appuie sur des textes grecs donc ils ont déjà été traduit du grec à l’arabe puis de l’arabe au latin pour être accessible en Europe. Ça pose quelques soucis de compréhension et de contradiction dans certains des ouvrages de Constantin et ça dilue tout de même pas mal la portée des informations originales. Enfin, le dernier point qu’il faut soulever sur ses traductions c’est qu’elles ne se basent pas sur les plus grands textes de la tradition médicale arabe. Par exemple Avicenne qu’on a cité tout à l’heure ne fait pas parti des traductions de Constantin…ce qui est tout de même bien dommage…

 

En revanche Gérard de Crémone au XIIème siècle va lui traduire certains livres Avicenne et beaucoup d’autres, inondant littéralement l’occident de ce savoir médical. D’ailleurs il ira même jusqu’à chercher les anciens écrits grec de Galien pour les traduire directement en latin.

Avec Constantin l’africain et Gérard de Crémone entre autres traducteurs on arrive donc à apporter en Europe plus ou moins fidèlement la vieille médecine antique et quelques apports des arabes. Et pour reconstituer tout ce savoir il faudra près de 2 siècles aux traducteurs jusqu’à la fin du XIIIème siècle en gros.

 

Bien évidemment tous ces apports depuis le XIème siècle font qu’en Europe il y a une prise de conscience : quelque chose est en train de se passer et qu’il ne faut pas louper le coche. On a donc des écoles de médecine qui s’ouvrent un peu partout, la première et la plus connue étant celle de Salerne, en Italie, qui est en fait un hôpital qui avait été construit entre le VIIème et le IXème siècle on ne sait pas trop et qui progressivement s’est transformée en école aux alentours du XIème siècle surtout. Cette école a également participé à un certain nombre de traductions et sa force, c’était d’avoir une population d’élèves et de professeurs extrêmement hétéroclites, qui venait d’horizons différents et qui donc pouvaient analyser et comparer les différentes méthodes, différentes pratiques de la médecine et ainsi écrire des livres originaux résumant les nouveaux courants de pensée. D’ailleurs la légende veut que l’école ait été fondée par un maître juif, un arabe, un latin et un grec. On se croirait presque à Poudlard…

Ce qui est également important dans cette école c’est le fait que les femmes peuvent non seulement apprendre mais aussi enseigner, et ça ce n’est pas anodin.

 

Salerne c’est donc la première école mais qui va ouvrir la voie à de nombreuses autres à travers toute l’Europe. En France on aura deux grandes universités de médecine, celle de Paris et celle de Montpellier créées au XIIIème siècle. Avec toute cette effervescence, on commence à mieux comprendre les maladies, à mieux comprendre ce qui se passe, néanmoins les progrès dans les traitements ne sont pas vraiment flagrants. En revanche la chirurgie progresse plutôt bien et à partir du 14ème siècle on commence à autoriser les écoles à pratiquer la dissection sur corps humain. On en livre d’abord un puis deux par an à l’université pour faire quelques démonstrations mais il faudra attendre encore un peu avant de voir cette pratique exploser, permettant au passage de gros progrès en anatomie puisque jusqu’à présent on ne disséquait que les animaux.
Si la plupart des médecins se basent surtout sur les écrits de Galien pour pratiquer, à partir de la moitié du 14ème siècle ses principes sont remis en cause avec l’arrivé de la grande peste noire qui tue ⅓ de la population européenne, tout de même, et contre laquelle les enseignements de Galien et d’hippocrate par la même occasion, ne font pas spécialement mouche. On voit donc se développer des dispositifs d’hygiène et de prévention publique pour limiter les risques de propagation des épidémies. En gros on remet au gout du jour la quarantaine que les arabes pratiquaient déjà à l’époque.
Entre temps, il est pertinent je pense de préciser qu’à partir du XIIème siècle et de l’explosion des apprentis médecins, l’église interdit progressivement à ses moines d’exercer la médecine dans les villes pour se concentrer sur la campagne estimant que la plupart des médecins sont plus qualifiés pour la tâche. Même si dans les faits cela prendra du temps à être appliqué on voit là une séparation du religieux et du scientifique qui refait son apparition progressivement. Et donc qui permettent aux mentalités d’évoluer.

 

Pour résumer, le moyen âge ce n’est donc pas une période totalement figé pour la médecine et il y a des évolutions dans la pratique, dans les institutions avec la création d’hôpitaux etc et dans la pensée où à la fin du moyen âge on a plusieurs écoles qui s’affrontent par exemple ceux de la pensée héléniste qui défendent Hippocrate et Galien et ceux de la pensée arabisante qui défendent les progrès et les influences arabes.

 

C’est pendant la renaissance qu’on va alors assister à un renouveau de la médecine et de sa pratique.

 

 

Je vous l’ai dit tout à l’heure à partir du XIVeme siècle on a quelques timides dissections qui commencent à faire leur apparition. Il faudra attendre le XVIème siècle pour que se développe une école d’anatomie sur Paris et qu’en 1531 soit nommé le premier professeur d’anatomie, Jacques Dubois. Jacques Dubois qui va multiplier les dissections devant ses élèves et qui va découvrir pas mal de petites choses allant à l’encontre des préjugés hérités de Galien. Mais ça ne suffit pas à un de ses élèves qui va reprendre le flambeau pour aller plus loin. Cet élève c’est le célèbre André Vésale. Il va non seulement continuer les dissections en allant plus en profondeur et en exploitant chaque cadavre au maximum jusqu’à ce que la chair trop pourrie ne permettent plus de pratiquer correctement mais il va aussi développer de nouvelles techniques de chirurgie qui vont révolutionner ce petit monde et faire de cette chirurgie qui est dévalorisée depuis des siècles une discipline à part entière de la médecine. D’ailleurs on connait tous de près ou de loin le nom d’Ambroise Paré qui n’était autre que le premier grand chirurgien français qui marque vraiment son époque.

 

On peut considérer qu’à la fin du XVIème il y a eu un tel engouement pour l’anatomie qu’on sait déjà beaucoup beaucoup de choses. On a vraiment dégrossit un des piliers de la médecine.

Au XVII et XVIIIème siècle les médecins s’attèlent à une autre tâche, la physiologie ou si vous préférez l’étude de la mécanique du corps. On sait ce qu’il y a dedans mais comment ça marche, comme ça s’articule entre tous les organes, ça on ne sait pas encore…

 

Du coup de nombreuses expériences vont êtres tentées, des vivisections sur des animaux vont être pratiquées, la vivisection c’est une sorte de dissection mais sur un être toujours vivant hein mais c’est un mal pour un bien si on peut le dire comme ça, puisque ça permet de mettre en évidence le système de la circulation du sang et du rôle du cœur. Cette découverte c’est William Harvey, un médecin anglais qui l’a fait en 1628 et ça vient mettre un coup fatal à la théorie principale d’Hippocrate. Du coup il y a encore des débats et scissions au sein du corps médical mais on finit pas admettre que Harvey a raison. D’ailleurs en France Louis XIV coupe carrément court au débat puisque qu’il impose que cette théorie de la circulation du sang soit enseigné dans les écoles de médecines. D’ailleurs ça ne sera pas la seule intervention de Louis XIV dans la médecine en général puisque c’est lui qui sera à l’origine de la construction de grands hôpitaux dans chaque grande ville du pays, ce qui n’est pas rien non plus.

 

***Le XVIIème siècle c’est un siècle qui fait bouger les choses, c’est un siècle d’effervescence qui voit des progrès dans beaucoup de domaines que ça soit la physique avec Newton, l’approche philosophique avec Descartes ou l’astronomie avec Galilée. Ce Galilée c’est un des potentiels inventeurs d’un appareil qui va complètement révolutionner la compréhension de notre monde : le microscope. En effet si Galilée était plutôt habitué à scruter le ciel on raconte qu’un jour il a eu l’idée d’inverse le processus pour regarder l’infiniment petit il qu’il a été assez étonné du résultat. Et on peut le comprendre puisque dans les années suivante grâce à cet instrument on observe les microbes, on découvre les globules rouges, les cellules etc….c’est le début de la bactériologie, de la micro biologie etc..

Donc on connaît vraiment de plus en plus de choses sur le corps et sur sa manière de fonctionner mais il manque encore quelque chose pour la médecine soit vraiment efficace c’est les médicaments parce qu’on a pas encore de quoi soigner bien et en masse. Il y a donc quelques essais en chimie mais pas grand chose de concluant pour l’instant.

 

Cependant il y a toujours des épidémies et les médecins cherchent des solutions pour contrer ce mal qui fait des milliers de victimes. Au XVIIIème siècle est donc importé en Europe une ancienne technique qui peut remonter suivant les sources jusqu’au XIème siècle en chine : la variolisation. Il s’agit en fait des premiers vaccins ou pour lutter contre la variole par exemple on met en contact un patient sain qui n’est pas atteint par la maladie avec du pus d’une personne infecté. Si dans 1 ou 2% des cas ça entraînait la mort du patient sain dans la grande majorité ça lui permettait de développer une immunité à la variole ce qui est quand même formidable. Ces procédés de vaccin ils seront pas la suite amélioré par exemple par Louis Pasteur qu’on connait bien dans notre pays pour avoir inventer le vaccin contre la rage et fait le lien entre la maladie et les micro organismes.

 

Au XIX siècle on arrive à une vrai professionnalisation des médecins. Auparavant les étudiants en médecine ne pratiquait pas beaucoup il était surtout gavé de théorie, on leur montrait aussi du concret avec des démonstrations mais pas beaucoup de pratiques. En France on oblige donc les étudiants en médecine à faire une sorte de stage en hopital pour acquérir une expérience, se faire la main sur du concret avant de pouvoir prétendre au titre de médecin. D’ailleurs pour devenir médecin, il faut à partir de cette époque obligatoirement un diplôme de médecin.

 

Il y a également une certaine amélioration de la pratique de l’obstétrique qui remonte bien avant le XIX siècle mais qui sera démocratisé en France avec notamment des médecins hommes qui gèrent beaucoup plus l’accouchement qu’avant puisqu’il était principalement fait par des femmes D’ailleurs au XVIIIème c’est Angélique du Coudray une sage femme qui devient la première professeur des sages femmes et qui contribue énormément à l’amélioration des conditions d’accouchement. D’ailleurs petit moment pub hein, si vous ne suivez pas mon émission j’ai fais une gros épisode sur l’accouchement avec un copain spécialisé en biologie, Dirty Biology donc n’hésitez pas à aller faire un tour sur ma chaine !

Enfin bref, c’est au XIXème que sont construites les premières maternités et ça aussi c’est une révolution même si les femmes préfèrent encore accoucher chez eux puissent le taux de mortalité à l’hopital est assez élevé, bizarrement.

Il y a des gens qui vont se pencher dessus, comme le médecin Ignace Semmelweis et qui va s’appercevoir qu’en se lavant les mains avant d’accoucher une patiente et bien on a des résultats qui sont très bons et des taux de mortalité chez la mère qui chutent grandement. Il fait donc la promotion de sa découverte et bientôt la pratique se repend dans beaucoup d’autres domaines comme la chirurgie par exemple. Ce qui au passage doit sauver pas mal de vie couplé à l’invention de l’antiseptique.

 

Ce qui aide également c’est l’apparition d’une vraie anesthésie. Avant le XIXème siècle il existait bien entendu des méthodes pour soulager la douleur mais rien d’ultra efficace et de sur. Vers la moitié du XIXème donc, l’ether est utilisé pour endormir le patient afin de l’opérer et ça c’est aussi une énorme avancée autant pour le patient qui ne ressent pas la douleur pendant l’opération que pour le médecin qui est on va dire plus ou moins tranquille pendant qu’il fait ses affaires.

 

La fin du XIXème siècle est marqué par la découverte de la radiologie qui permet d’identifier plus facilement une fracture et ensuite on entre dans une période où on stagne un petit peu.
Il faudra attendre les années 30 et 40 avec l’invention et l’utilisation de la penicilline par le médecin Alexander Flemming pour découvrir les bénéfices du premier antiobiotique.

 

On arrive bien entendu vers la fin de cette histoire de la médecine puisque qu’à un moment donné c’est bien d’avoir un peu de recul sur la période qu’on analyse pour ne pas dire trop de bêtise mais ce qui est sûr c’est que la seconde moitié du  XXème siècle dans son ensemble on marqué pas mal d’évolution, y compris une nouvelle fois dans l’approche médicale puisqu’on utilise désormais la méthode scientifique pour appréhender un cas et le comprendre au mieux pour le soigner.

En gros on va fait plus de progrès ces 50 dernières années que depuis le début de ma chronique. On a inventé le scanner, l’IRM, l’échographie, on a fait beaucoup de progrès en pharmacologie, enfin dans plein de domaine. En chirurgie n’en parlons pas on arrive aujourd’hui à transplanter des coeurs chez des patients qui je vous le rapelle était l’élement central de l’âme et de la vie il y a quelques milliers d’années. On commence à développer des prothèses ultra performantes, des organes artificiels et j’en passe, bref, on fait des progrès assez incroyables….

 

Ce qui est sûr c’est qu’on a bien vu pendant ce résumé un peu grossier de l’histoire de la médecine qu’il y a eu des théories qui se sont développés, des pratiques qui ont été mises en oeuvres et qui ont ensuite été supplanté par d’autres théories, d’autres pratiques qui nous semblaient plus efficace. Alors même si aujourd’hui peut être tenté de dire qu’avec les progrès qu’on a fait on ne trouvera pas mieux il n’est pas impossible qu’il y ai encore des révolutions dans le milieu de la médecine qui feront que dans 1, 2, 5 siècles on se demandera comment il faisaient dans les années 2000 pour mourir d’un petit cancer de rien du tout…

 

 

 

 

Si vous voulez aller plus loin je vous conseille le livre “l’histoire de la médecine” par Roger Dachez dont je me suis assez fortement inspiré pour ce petit exposé. C’est un médecin qui enseigne justement l’histoire de la médecine à l’université Paris VII. Je me suis aussi appuyé sur les trois tomes “d’Histoire du corps” par Alain Corbain, Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello. Là on est plus sur une histoire culturelle de la médecine mais ça peut être très intéressant aussi pour les gens qui veulent s’y intéresser!

Les sciences forensiques

 

Dossier présenté lors de l’épisode 219 du 19 mai 2015

 

Introduction

Tout le monde a au moins déjà vu une fois un épisode de CSI (Les experts en français) ou NCIS. Toujours la même histoire: le lieutenant, le patron du labo, les inspecteurs qui sont à la fois les analystes et les préleveurs, et un ou une génie de l’analyse devant un appareil qui sait tout faire… Et bien vous vous y attendez, tout est faux ou une grosse partie. Je casse peut être un mythe mais c’est comme ça. Pour ceux pour qui the show must go on et qui veulent garder l’illusion intacte, ne m’écoutez pas.

Je vais essayer de vous faire un petit récap de l’Histoire de la criminalistique et descriptif de la Police Scientifique en bref, et j’attaquerai le vif du sujet avec les différentes traces et j’approfondirai des techniques principales.

 

Historique (valable pour la France)

(bien sûr en parallèle il y a toutes les découvertes scientifiques : ADN, etc…)

Les premières traces d’empreintes sont celles des hommes pré-historiques avec leurs peintures rupestres. Passons et allons direct en 247 ap JC en Chine puis au Japon, où les empereurs commencèrent à utiliser leur empreinte digitale pour signer des documents (avec l’argile puis l’encre) et les artistes leurs oeuvres. Ils pressentaient déjà que c’était un moyen d’authentifier et de prévenir les abus d’identité. (poète Kia-Kung-Yen, méthode Hua-Chi, “impression des fingerprints”)

Vous avez tous vu que la peau du doigt comporte des fossés ou sillons et des crêtes, fonction de base = la préhension. Il faudra attendre le 17e siècle pour avoir une science de l’observation avec Marcello Malpighi, célèbre pour ses papilles ou épithélium de Malpighi, qui décrivent la muqueuse de la peau. Pour le coup, en 1686,  lui il se dit que si on laisse des traces avec nos doigts, traces qui suivent les crêtes, c’est qu’on doit avoir des glandes sudoripares et/ou sébacées sur les crêtes des empreintes digitales. En gros, on sue et on excrète du gras par les crêtes car sinon, on ne laisserait pas ces traces dégueu sur nos smartphones. Et puis, je suis sûr que si vous regardez votre main, là oui maintenant, vous verrez tous briller les micro-gouttes.

Puis là, le vide complet jusqu’au 19e s où en 1823, Johann Purkinje, un médecin tchèque plus connu pour la description des cellules de Purkinje, de gros neurones arborescents, nous pond une thèse sur la description et classification des empreintes digitales. Et voilà, la machine est enclenchée. Enfin, je devrais dire le roman-fleuve avec trahison et fail centré sur 3 personnages principaux.

1858: l’administrateur britannique du Bengale, Sir William Herschel, fils des astronomes Herschel, fait mettre en place un système de relevé des populations locales carcérales et des administrés car il est convaincu que les empreintes digitales sont identifiables et individuelles.

Ces travaux lancent la passion d’un médecin écossais, Henry Faulds, né d’une famille aisée mais ruinée (vous comprendrez plus tard ce détail), officiant en Inde puis au Japon en 1873. Il avait alors remarqué ces drôles de signatures ressemblant à ses propres empreintes sur les poteries des fouilles archéologiques et des marchés. Les mêmes que je citais au début. Il va alors, comme Herschel, commencer une collection d’empreintes digitales qui vont bien lui servir. En effet, dans son cabinet médical, il s’était aperçu que sa réserve d’alcool médical diminuait bien trop vite et que des traces bien évidentes étaient laissées sur les pots de verre. Il les confronta à sa collection et identifia un de ses assistants, qui était le voleur. Et là, paf, l’idée lui vient que cette technique peut être utile à l’identification judiciaire. Il essaie même de s’effacer les empreintes avec de la pierre ponce et il se rend compte qu’elles repoussent à l’identique. Fan de Darwin, il lui demande de l’aide mais celui-ci la décline, car trop vieux pour travailler sur un tel sujet mais il lui répond qu’il confie ceci à son cousin, Francis Galton, un anthropologue. Sans réponse, Faulds publie dans Nature entre 1879 et 1880. Il suggère alors que les empreintes sont utilisables sur les lieux de crime pour l’identification scientifique des criminels. Herschel crie alors au plagiat et revendique les mêmes découvertes.

Entre alors en jeu l’arbitre, Francis Galton, le fameux cousin de Darwin,  issu d’une famille très aisée et déjà au courant des travaux de Faulds. Il était convaincu du darwinisme social, de la supériorité physique et intellectuelle des classes riches, “les races élues”. Vous vous en doutez, il méprise ceux qui ne se vante pas d’avoir une famille aisée comme Faulds et il recherche un éventuel signe d’identification héréditaire de ce darwinisme social. Il va alors rencontrer Herschel, vieux et à la retraite, en Inde, qui va lui refiler sa passion pour les empreintes digitales, lui exposer son pedigree et lui donner sa collection: il a enfin trouvé ce signe particulier. En 1888, Galton donne une conférence pour affirmer les mêmes choses sur l’identification que Faulds mais au nom d’Herschel auquel il attribue les articles de Faulds dans Nature. Galton récupère tous les lauriers pour le système complet de classification et sous-classification des dessins digitaux dans son livre “Empreintes digitales”. Il nous sort aussi des théories comme la théorie de la “typical criminal face” qui s’appuie sur les mesures du crâne et “démontre” l’anatomie plus arriérée des criminels. Pour terminer avec cette digression, Herschel meurt en 1917 en prenant pour la énième fois ces empreintes et Faulds en 1930, toujours pauvre et amer par manque de reconnaissance de sa communauté. C’est à titre posthume qu’il recevra une subvention et une reconnaissance du gouvernement pour ses travaux pionniers.

1891: Ivan Vucetich puis Juan, fonctionnaire de police austro-hongrois naturalisé argentin à Buenos Aires, élabore à partir de la méthode de Galton un procédé simple de classement des empreintes et des dessins, tout cela dans le but d’établir des points de coincidences sûrs, les fameux ‘MATCH” des experts. Ce système d’identification est adopté en Argentine en 1894. Loin de tout ce tumulte entre sujets de la reine Victoria du Commonwealth britannique, un certain Alphonse Bertillon, père de l’anthropométrie à la Galton en France, mais en encore plus poussée (avec pied à coulisse, compas de proportion etc) est à l’origine du bertillonage, la mesure complète et fastidieuse de tout un corps, dans toutes ses proportions. La technique a eu du bon sur certaines affaires criminelles et a été utilisée de 1883 à 1970 en France. Il reste intimement persuadé de la supériorité de sa méthode anthropométrique et réticent (réticence due à la difficulté du classement dactyloscopique) à l’ajout des empreintes digitales sur ses fiches signalétiques. Il méprise donc Vucetich. On en revient à 1894.

1894 est aussi la date à laquelle Bertillon est obligé d’intégrer le relevé d’empreintes digitales à ses fiches sous la pression de ses supérieurs avec l’aide de… tenez-vous bien. Vucetich, à la Police de Paris, entre 1902 et 1913 où ils vont cordialement et publiquement montrer leurs mépris. On relève alors, à l’époque, les 4 doigts de la main droite. On tâtonne, c’est pas encore ça. D’où l’importance des points de coïncidence. Entre temps, on rajoute l’index gauche à partir de 1900

1902: le 24 octobre, Bertillon utilise le premier la technique dactyloscopique du relevé des 10 doigts pour confondre Henri-Léon Scheffer, assassin d’un domestique au cours d’un cambriolage. Affaire présentée comme la « première identification au monde » par les « seules empreintes digitales » d’un assassin, ce mythe de la police criminelle est remis en question par le fait que l’enquête de proximité à l’époque avait mis en lumière que le domestique avait une relation homosexuelle avec Scheffer, le meurtrier déguisant une simple affaire de jalousie ayant mal tourné en cambriolage, Bertillon ayant été orienté vers le coupable par cette enquête de proximité et non par les empreintes. La fiche signalétique devient décadactylaire – 10 doigts – en 1904. Je ne reviens pas sur son implication dans l’affaire Dreyfus car il était antisémite et là c’est du grand n’importe quoi.

1903: Edmond LOCARD, alors avocat, médecin légiste, scientifique, expert en peinture et art, parlant 11 langues, se fait connaître pour son appui à la technique des relevés décadactylaires. Il poussera Bertillon à réaliser des fiches anthropo et décadactylaires pour femmes et enfants.

En 1905, Affaire des frères Stratton en UK. Une empreinte grasse est retrouvée sur une cash box métallique d’un marchand malheureusement mort et dépouillé. Double meurtre (sa femme aussi). Recoupage entre témoignages et empreintes va amener les frères Stratton au tribunal, même si l’empreinte ne correspondait qu’à l’un d’entre eux. A la suite d’un gros cafouillage de l’expertise, l’expert de l’accusation étant un flic doué en relevé, celui de la défense, son professeur discréditant son propre domaine d’expertise et se vendant au plus offrant de la défense et de l’accusation; au final, les 2 frères sont condamnés à mort. L’empreinte digitale n’a pas encore assez de poids.

En 1907, nouveau bon en avant en France, une commission de l’Académie des sciences conclut que la « valeur signalétique » des empreintes digitales « est au moins égale à celle de tout autre de l’ensemble de caractères physiques », ce qui élève cette technique au rang de preuve. J’ai cité. En gros, c’est cool.

En 1910, Edmond Locard fonde le premier labo de Police Scientifique avec son argent à Lyon/Ecully. Il obtient une première condamnation par la Cour d’Assises du Rhône sous seule preuve des empreintes dactyloscopiques. Il écrit de 1931 à 1940 le “traité de criminalistique” en 7 volumes (traces papillaires ou empreintes digitales, traces de sang, tatouages, traces de pas, cryptographie ou déchiffrement des écritures secrètes, expertise des documents écrits, les fraudes, la profession d’expert) , encore une référence dans le domaine.

Création des labos de PTS à Marseille en 1927, Lille en 1932 et Toulouse en 1938. La loi du 27 novembre 1943 va unifier ces 4 laboratoires, instituant en France un « service de police technique relevant de la direction générale de la police nationale chargé de rechercher et d’utiliser les méthodes scientifiques propres à l’identification des délinquants ». Cette loi précise que ce service comporte

  • des services régionaux et locaux d’identité judiciaire chargés de rechercher et de relever les traces et indices, d’établir et de classer les fiches signalétiques
  • quatre laboratoires (Lyon, Lille, Toulouse et Marseille) chargés de procéder aux recherches et analyses d’ordre physique, chimique et biologiques
  • un organisme central chargé de diriger et contrôler l’activité des services locaux et régionaux d’identité judiciaire, de centraliser et classer les fiches, assurer la coordination entre les laboratoires de police et les services d’identité judiciaire.

Cette loi sera finalement abrogée par la loi sur la sécurité quotidienne du 15 novembre 2001 créant l’Institut National de Police Scientifique (INPS).

Le Fichier automatisé des Empreintes Digitales est créé en 1985 par le ministre de l’Intérieur, est opérationnel en 1992 et alimenté par tous les systèmes de police et gendarmerie et évolue jusqu’à 2009, année à laquelle les empreintes palmaires, les paumes de la main, sont dorénavant ajoutées. Les plantes des pieds sont inscrites à valeur d’indice mais pas de preuve irréfutable encore.

 

La Police Scientifique (le labo) en bref

  • ASPTS: Agent Spécialisé de Police Technique et Scientifique: les préleveurs, ils interviennent sur le terrain. Ils sont formés pour cela. Ils ne font que ça. Photographient, prennent l’échelle pour faire croquis et plans de la scène de crime, utilisent des règles. Ils ne réalisent aucune analyse. Un agent de la police ou un gendarme peuvent être un ASPTS, en plus de leur fonction, du moment qu’ils ont suivi la formation.
  • Technicien: ils sont au labo et sont spécialisés dans leur domaine d’analyse. Ils réalisent les analyses et éditent un résultat.
  • Les ingénieurs: encadrent les techniciens et développent des méthodes. Gèrent les plannings.
  • Les experts: directeurs des équipes par thème. Ce sont des chercheurs, des policiers et peuvent être appelés à la barre. Un expert peut aussi être extérieur au système.
  • Le reste: comme n’importe quelle administration (Directeur Général etc, trop d’acronymes)

 

L’histoire continue

Nous voilà donc arrivés à la naissance des sciences forensiques. Là, vous vous imaginez Greg des Experts ou Abby dans NCIS devant leurs petites centrifugeuses ou leurs GC (chromato gazeuse, ce sont des vraies dans les épisodes) qui savent tout faire. Et bien non désolé, une centrifugation à l’eau ne donnera jamais grand chose, comme on les voit souvent faire et une GC ne vous donnera jamais toutes les choses que peut débiter Abby dans ses monologues. Il existe autant de méthodes d’analyses qu’il n’y a de traces. Mais tout d’abord allons d’abord voir ce qu’est ou ce que peut être cette trace et parlons un peu d’un principe qui peut sembler banal, LE PRINCIPE D’ECHANGE DE LOCARD.

Le principe d’échange de Locard, énoncé par le pionnier de la police scientifique Edmond Locard, stipule que lorsque deux corps entrent en contact l’un avec l’autre, il y a nécessairement un transfert entre ceux-ci. En d’autres termes, lorsqu’un acte criminel se produit, l’individu responsable laisse des traces de sa présence et emporte avec lui des traces du lieu où il se trouvait (et de la victime s’il y a). C’est la triple interaction milieu-criminel-victime. La preuve démontre et établit la vérité d’un fait. Un indice tend à démontrer un fait sans pour autant le prouver. La trace est une suite d’empreintes et “marques” que laisse un individu mais aussi un objet.

L’indice et la trace sont importants et il y a des causes d’altération. => méthodes de prélèvement

Chose primordiale, que ce soit chez les fraudes ou en police scientifique, une bonne base de données. Recoupement direct avec photo ou empreintes mais aussi comparaison composition d’un mélange qui donne sa région de provenance (valable pour les épices avec origine contrôlée, les terres mais pas comme dans les séries, trop poussé)

Vu qu’on en parle depuis le début, les premières traces, les empreintes digitales:

  • Empreintes digitales : document annexe à scanner ou trouver, 1 chance sur 64 milliard d’avoir 2 empreintes identiques, mais le calcul est ultra simplifié
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Les minuties ou formes non centrales

 

Les formes centrales d’empreintes digitales

 

Maintenant qu’on a tous observé nos empreintes, la suite avec une histoire un peu beaucoup rocambolesque. Imaginez que l’on découvre un corps qui montre de multiples blessures, comme Mr Ratchett dans le crime de l’Orient Express mais là, il présente des blessures toutes différentes. Il semble qu’il y ait des traces d’arme blanche et donc, sûrement de rapprochement et combat, arme à feu, brûlures, etc.

Que vont faire les enquêteurs ? Rien ? Ils vont au moins constater la mort, accueillir les secours et préserver la scène en attendant les agents de PTS qui sont en général 2, mais ils peuvent être seul ou plus de 2. La première chose que ces derniers font : s’habiller d’une combinaison complète (des pieds à la tête), rien ne doit se transférer de leurs corps et vêtements vers la scène. Bien sûr, leurs empreintes digitales et génétiques sont dans la database en cas de cross-contamination. D’ailleurs on peut se poser la question s’ils sont bien à l’abri s’ils commettent un crime du coup? Mais hors-sujet.

  • Pour la blessure par balle, on observe des traces noires sur la blessure: ce sont des résidus de tir, constitués de métaux lourds (Ba, Pb, Antimoine) et principalement de résidus organiques (carbone et azote, NO3 et NO2). Ce sont des résidus de poudre, lubrifiant, fumée provenant de la douille, balle et canon. Plus les traces qu’elles laissent sont concentrées et peu diffuses et plus c’était un tir à bout portant. Là, il y a des brûlures et les traces sont très noires et juste autour de l’entrée de la balle; la bouche du canon était donc proche. On retrouve la balle. Elle part en observation microscopique ou du moins à la binoculaire, pour comparer les traces du canon. On retrouve aussi une arme à feu sur la scène. On compare déjà son calibre à celui de la balle, elle correspond. On va la tester et tirer avec. On peut tirer dans un tunnel d’eau, une piscine de boules ou encore, le moins cher, dans un gros tas d’annuaires! La balle peut ainsi être récupérée, le moins abimée possible, pour comparaison.
  • Il semblerait qu’il y ait eu dispute et combat. La victime a peut être été droguée pour mieux la maitriser: on va analyser ses fluides biologiques à la recherche de drogues et autres médicaments. On peut aussi analyser les liquides contenus dans les verres sur la table de la scène. On peut aussi imaginer que c’est un règlement de compte car il y a plein de bouteilles de parfums chers. On va aussi donc analyser ceux-ci en cas de fraude.

On va parler des techniques principales utilisées, juste les bases. Ces techniques ont été dérivées, miniaturisées, améliorées… Je veux particulièrement parler des chromatographies : oui oui tout le monde doit se souvenir, au lycée, de la plaque blanche sur laquelle on dépose des colorants alimentaires ou des huiles alimentaires ou encore des parfums pour vérifer sa composition, qu’on révèle à l’oeil ou à la lumière noire ? Et bien, le même principe de base est utilisé dans 2 techniques: la Gas Chromato et la Liquid Chromato.

Sur la plaque ou CCM, Chromato sur Couche Mince (qui veut tout dire littéralement), il y a une phase stationnaire, ou immobile, le blanc qui est en fait de la silice sur laquelle on peut greffer certaines molécules (le plus souvent des chaines carbonées plus ou moins longues, de 4 à 18 carbones, comme des acides gras) qui serviront de frein/de rétention (on dit absorbant). Et une phase mobile, le solvant (un liquide) dans lequel on fait baigner le bas de la plaque, qui servira de tapis roulant en remontant. C’est une méthode de séparation en fait. Les molécules de la substance que l’on veut analyser vont se séparer car être plus ou moins retenue par les bras de la plaque.  Imaginez une pelouse bien épaisse, non tondue donc haute où l’herbe est longue. Si on fait couler de l’eau dedans pour que des cailloux s’y déplacent, cela va être long. De plus, ils vont migrer différemment selon leurs tailles, aspérités, formes…  Par contre, si la pelouse est tondue, ils vont rouler tous seuls et aller vite à l’autre bout du carré de pelouse. On peut changer la nature de la pelouse avec de la paille sèche etc. C’est une phase stationnaire différente.

Revenons-en à nos analyses: par exemple, la séparation des tâches bleues et jaunes du colorant alimentaire vert. Cette technique est utilisée dans le controle qualité de matière première, parfum par exemple. Simple à mettre en place, rendue plus efficace depuis mais limitée.

Exemple avec de la craie:

Et bien dans la version améliorée, GC (Gas Chromatography ou CPG en français, Chromato en Phase Gazeuse) et LC (Liquid chromato), la phase stationnaire, identique à celle de la CCM, est insérée dans une colonne. Pour la GC, collée à la paroi intérieure du tube (un capillaire) et pour la LC, des microbilles recouvertes de greffage, paquetées dans un plus gros tube.

La GC est par exemple utilisée pour analyser les résidus d’explosion, d’explosifs ou les produits volatiles (parfum, fraude sur produit alimentaire avec arômes, traces de pesticides très hydrophobes et très volatiles etc). En LC, l’analyse est faite pour les molécules plus à l’aise en milieu liquide (arôme soluble, sang, drogue dans les urines, etc). Mais ce ne sont pas des généralités: on peut faire l’inverse et adapter les méthodes.

Comme vous vous en doutez, pour la chromato en phase gazeuse, la phase mobile est un gaz (inerte : l’helium le plus souvent) et en phase liquide, cela dépend du mode que l’on choisit: solvant aqueux (contenant de l’eau) et solvant organique (autre que l’eau).

Tout repose sur l’affinité des molécules pour la phase stationnaire. En GC, la colonne est dans un four et la molécule se sépare de la phase stationnaire quand la température est égale ou supérieure à sa température d’ébullition (la molécule va se déplacer au-dessus des brins d’herbe avec le moins d’interactions possibles). Le gaz est appliqué à une pression constante ou pas et forme un tapis roulant.

En LC, en phase normale, la phase stationnaire est hydrophile, elle aime l’eau, (simple silice ou C4) donc les molécules qui lui ressemblent, hydrophiles, s’accrochent sur elle mieux que les molécules hydrophobes, qui n’aiment pas l’eau, comme les acides gras (ou les polyaromatiques). Il faut donc un solvant aqueux pour les décrocher.

En phase inverse, c’est l’inverse et c’est ce qui est le plus utilisé: la phase stationnaire est hydrophobe: silice greffée de chaines carbonées plus ou moins longues, souvenez-vous de la pelouse haute, collante cette fois-ci (C18, C8, C6 etc, des aromatiques avec un soupçon d’amine pour la rendre moins hydrophobes etc). Il faut aussi penser que les billes sont poreuses, les petites molécules se faufilent donc dans les pores, tandis que les grosses ne peuvent pas et contournent les billes. Pour décrocher les molécules, qui n’aiment pas l’eau,  de la phase immobile, il faut donc un solvant organique, qu’elles aimeront beaucoup plus, pour les entrainer. Un solvant organique est une substance à l’état liquide qui n’est pas de l’eau comme le méthanol, l’acétonitrile, l’hexane… On fait varier la quantité de ce solvant avec un mélange d’eau pour être sélectif et avoir une bonne résolution de séparation. Les solvants sont aussi appliqués avec un certain débit pour entrainer le “système”. Il faut donc des pompes.

Ce dernier phénomène est aussi utilisé en chromatographie d’exclusion stérique ou de séparation par la taille de la molécule (stérique pour taille, comme dans encombrement stérique etc).

Gc simplifié: (source: le plus gros fournisseur, Agilent Technologies)

 

Il y a deux aspects qui conditionnent ces analyses: la préparation de l’échantillon et l’analyseur.

Pour l’analyseur; cela peut être en LC : un détecteur UV (absorption des UV à une longueur d’onde plutôt spécifique des molécules recherchées) ou fluorimètre et en GC, le plus fréquemment un détecteur à ionisation de flamme (la flamme est une flamme de dihydrogène en combustion, tout ce qui y passe va bruler et produire des ions, les composés carbonés vont bien bruler et produire un bon signal, les autres seront moins bons comme les azotées etc mais l’eau, le CO2 et le CO ne sont pas détectés par exemple). La technique qui se répand le plus, surtout en analyse forensique ou criminalistique où il faut être de plus en plus précis, est la spectrométrie de masse. Je ne vais pas m’aventurer dans l’explication approfondie de son fonctionnement mais elle permet d’analyser chaque molécule par son poids moléculaire, plus ou moins exactement. Pour être plus précis, on peut la fragmenter en la collisionnant et analyser ses fragments spécifiques. D’où l’utilité d’une banque de donnée pour sces fragments.

La préparation d’échantillon: vous imaginez bien qu’une centrifugation à l’eau sur un bout de tissu ou une trace de salive ou sperme ne va pas extraire, amplifier et permettre d’avoir les magnifiques spectres ou chromatogrammes que Greg Sanders ou Abby peuvent avoir, tout en étant déjà interprété structuralement/dans sa composition/ et comparé à la database.

Toujours basé sur le principe d’affinité entre le milieu de l’échantillon et un corps/liquide que l’on rajoute. La technique de l’extraction liquide-liquide (LLE), par exemple, est une extraction entre 2 liquides, la molécule d’intérêt est dans un liquide biologique ou pas, A, et l’on rajoute un solvant, B, pour l’extraire car la molécule va préférer B à A; puis on va récupérer B (en général B et A ne s’aiment pas et vont se séparer tout seul, on va évaporer B et si l’on évapore le solvant, on va concentrer notre extrait tout comme quand on sucre du lait et qu’on le laisse suffisamment cuire, on va obtenir du lait concentré sucré. La technique de la SPE (Extraction en Phase Solide), elle, repose sur l’affinité pour une phase solide: on fait passer le liquide dans une colonne qui contient une phase solide de nature à retenir la molécule (et même famille) puis on fait passer un solvant encore plus “fort” pour la déloger/éluer, évaporer et concentrer. Cela n’en était que 2. Il y a d’innombrables méthodes d’extraction comme il y a d’innombrables matrices ou échantillons.

Par exemple, les cannabinoides (THC) et agents dopants de l’urine sont extraits en LLE dans le contrôle du dopage (par exemple Urine-Hexane ou autre) ou aussi en SPE (sur une phase C18 ou spéciale cannabinoïdes puis hexane ou autre solvant) pour une méthode de confirmation plus précise. On peut aussi parler des agents du viol etc (GHB).

Tout ça est vu de manière générale.

  • S’il y a eu dispute et lutte, souvenez-vous du principe de Locard, il y a certainement présence des traces de l’agresseur ou des agresseurs (on peut retrouver fragment de peau, sous-entend d’avoir cellules viables, cheveux ou poils avec bulbes, du sang qui permettent d’avoir accès à l’ADN (globule blanc, cellule normale…)

Une autre technique/tactique d’analyse maintenant: l’ADN pour identifier un criminel, une victime, un corps (catastrophe naturelle comme cela a été le cas pour le tsunami du 24/12/2004)

  • la première étape: l’extraction de l’ADN qui consiste en une lyse cellulaire, c’est à dire qu’on casse les membranes des cellules qui contiennent l’ADN en leur noyau. On peut réaliser ceci sur bille (comme la SPE) ou sur silice pour fixer l’ADN et le séparer des autres constituants de la cellule. On peut séparer ADN cellulaire et ADN des spermatozoïdes (spz) car les spz sont résistants à la lyse cellulaire.
  • 2ème étape: l’amplification en PCR (Polymerase Chain Reaction, Réaction en chaîne par polymérase). Le but est d’augmenter le nombre de copies des fragments recherchés: les fameux STR (Short Tandem Repeats) ou microsatellites (ou ADN mitochondrial ou SNP (Polymorphisme à Nucléotides simples)). La PCR est constituée de plusieurs cycles de chauffage. L’ADN se dénature en chauffant, le double brin s’ouvre, laissant la place pour une amorce d’ARN (Acide Ribonucléique, c’est un petit bout d’ARN qui va venir marquer et s’hybrider au début de la séquence à copier, séquence que l’on recherche) et à une enzyme qui va pouvoir polymériser et copier, la polymérase. Après un cycle on a donc doublé l’ADN double brin ou quadruplé le simple brin de la séquence. (il y a une amorce dans un sens et un dans l’autre sens, ce qui permet de copier les séquences recherchées). Il faut faire attention de ne pas être en quantité limitante de nucléotides car sinon on arrête prématurément la réaction.

A la fin, on aura une grosse quantité des fragments recherchés mais l’ADN va vouloir se replier immédiatement. On veut séparer ces fragments par leurs longueurs et donc on veut éviter ce repliement. On va donc les laisser dans un milieu dénaturant.

  • 3ème étape: l’électrophorèse capillaire. On remplit un capillaire de gel, le polyacrylamide. (c’est un composé qui polymérise, qui s’assemble tout seul entre plusieurs unités comme la cellulose est un polymère de plusieurs unités de glucose), qui forme une “grille”, imaginez un tamis, et permet de séparer les molécules/fragments amplifiés d’ADN selon leur taille. On fait passer un courant électrique. A ce moment, les molécules vont se déplacer selon leur charge électrique et avoir plus ou moins de difficultés à se déplacer, d’où la séparation. Bien sûr, on s’arrange pour mettre le détecteur du bon côté.  Dans le cas de l’ADN, il est chargé négativement, donc il ira vers le pôle +, où l’on aura placé le détecteur (à fluorescence ou autre) car les fameuses amorces utilisées sont marquées, amorces qui sont situées à chaque début de séquence. (marquée veut dire qu’elles contiennent une molécule fluorescente ou radioactive etc)
    La technique peut aussi se compliquer un peu et avoir des molécules chargées différemment, à ce moment-là, on rend le gel chargé, avec des ions par exemple, pour qu’il forme de lui-même un courant ou “tapis roulant”. Le détecteur est toujours d’un seul côté. Imaginons-le côté positif: les molécules chargées négativement vont se déplacer rapidement de par leur charge car attirées par le + et entrainées par le tapis roulant. Les molécules chargées avec autant de + que de – (sur plusieurs sites, des zwitterions), et donc neutres, vont se laisser entrainées par le tapis roulant. Les molécules + vont aller à l’encontre du tapis roulant, mais on fait en sorte d’avoir un champ électrique plus fort et donc comme vous, quand vous voulez marcher à contre-sens, il faut quand même marcher vite ou courir, même chargée positivement, elles finiront par arriver quand même au détecteur.
    “Comment sait-on la taille des fragments?” vous allez me demander. Et bien, on fait aussi une gamme étalon de taille de séquence que l’on connait ou qu’on a même fabriquée. (à + ou – 0.5 bp ou paire de base) Ce qui permet de classer nos séquences.
  • On cherche les allèles. Pour les microsatellites par exemple: ce sont des séquences répétées chez tout le monde, dans l’ADN non-codant, le fameux ADN “poubelle” que l’on ne peut plus appeler comme ceci, mais elles ne sont pas répétées en même nombre chez tout le monde. Ainsi, on a l’allèle du père et celui de la mère, au moment où les chromosomes se forment. Ce qui explique, que dans les séries, on puisse dire un tel à la même moitié d’ADN que l’autre, donc ils sont parents (père-enfant ou mère-enfant).
  • On peut donc compter le nombre de fois où une même séquence est répétées.
  • (Il y a d’autres séquences que l’on peut utiliser.)

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Electrophorèse de base (cuve avec gel baignant dans liquide de séparation et poles électriques)

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Tâches fluorescentes aux UV, exemple de révélation, que l’on voit souvent dans les séries sauf que les UV vont détruire l’ADN.

  • Récemment, entre fin 2012 et janvier 2014, l’ADN a été utilisé différemment dans une affaire de violeur en série à Lyon ayant violé 5 étudiantes. On n’a pas retrouvé quelqu’un qui était dans le fichier national génétique correspondant à l’ADN laissé par le violeur. Mais la justice a autorisé à ce que son ADN soit utilisé pour obtenir son portrait-robot par extraction des gènes de la morphologie et des caractères physiques. C’est tout nouveau et une première, la technique est encore à améliorer et à définir mais cela pourrait déboucher sur une police scientifique encore plus efficace. Bon le portrait-robot n’a pas vraiment servi dans cette affaire.
  • Les autres traces que l’on peut analyser avec la microscopie classique (ou pas: microscope à balayage ou à transmission).
    • résidus de tir,
    • fibres,
    • terres,
    • pollen…
  • les traces de projection sont étudiées comme des fluides avec la viscosité et les expériences comme dans Dexter, on fait mumuse. On calcule des angles de projection, de formes des tâches selon angle…
  • les tests instantanés : tests drogues (pour ceux qui ont déjà vu, ce sont les petites plaques blanches dans lesquels ils mettent notre salive pour détecter cannabis/héroïne/cocaïne etc), la phénolphtaléine pour le sang (vous savez le petit coton-tige/Q-Tips qui devient rose), tampons des résidus de tir qui se colorent en général en bleu s’il y a des composés azotés comme c’est le cas des résidus de poudre et autres armes à feu)
  • Pour ceux qui prennent souvent ou pas l’avion, on vous a peut-être déjà passé un bout de tissus dans vos sacs, dans le pli des vêtements etc puis mis ce tissus dans une boîte, c’est un nifleur, qui est capable de détecter les composés azotés ou explosifs en quelques secondes. Il existe des nifleurs portatifs avec d’autres détections.
  • Il y a d’autres techniques pour analyser la composition des terres et poussières etc en sels et éléments inorganiques (exple: sels minéraux, tout ce qui n’est pas C N O P S, ICP optique, ICP-MS…)
  • Et pour finir, je tiens à insister sur le fait l’importance des bases de données mises à jour (de traces, d’empreintes pneu, de shoes, de composition peintures, des fibres textiles par marques/usines/etc) pour avoir des éléments de comparaison fiables et incontestables.

Conclusion

Comme vous avez pu le voir, le boulot des gens du labo et des enquêteurs est bien plus compliqué: travail scientifique, travail d’interprétation et de croisement des faits et faisceau de preuves et d’indices. Je tiens juste à remercier mon professeur général de criminalistique, attention, les blagues sont permises, M. Poirot. C’est son vrai nom et il entretient même une petite moustache à la Hercule Poirot.

Quote: d’Agatha Christie, par Hercule Poirot :

“I did not deceive you, mon ami. At most, I permitted you to deceive yourself.”

“Je ne vous ai pas dupé mon ami. Au plus, je vous ai permis de vous duper vous-même.”

Je trouve qu’elle démontre drôlement de l’importance de l’indice et des traces.

References:

  • Cours de criminalistique du master Analyse et Contrôle de Lyon 1

 

 

Podcast Science 226 – Les 100 ans de la relativité générale

Bonsoir. Aujourd’hui c’est le dernier épisode avant les vacances pour Podcast science. Pour cloturer en beauté cette saison 5, et pour que vous puissiez tenir tout l’été, on ne s’est pas moqué de vous ces dernières semaines. D’abord un dossier fleuve et passionnant d’Adrien sur CRISPR. Puis une emission radio dessinée de 3h haute en émotion et avec plus de 15 intervenants. Et aujourd’hui nous allons parler d’un gros morceau aussi, dont nous n’avions encore jamais parlé sur podcast science, la relativité générale. Car nous fétons cette année le centenaire de la publication de cette théorie par Albert Einstein. Et comme c’est Robin qui invite, on va aussi parler un peu de math, bien sur. Pour nous en parler, nous recevons ce soir Jean-Philipe Uzan, cosmologiste à l’institut d’astrophysique de Paris.

L’interview de la semaine

» La retranscription est ici: Les 100 ans de la relativité générale avec Jean-Philippe Uzan – retranscription

Les images de la soirée

La quote de la semaine

La quote de l’invité

“A quoi ressemblerait la physique sans la gravitation ?” – Jean-Pierre Luminet – Les trous noirs (1987)

“Nous tissons les objets réels à partir du fil de l’étoffe dont sont faits les rêves mathématiques. L’Univers est câblé d’arithmétique : tracez un cercle, pi surgit. Entrez dans un nouveau système solaire et les formules de Kepler vous attendent, tapies sous la cape de velours noir de l’espace-temps.” – Jean-Pierre Luminet – L’Univers chiffonné (2001)

“La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi. Ici, nous avons réuni théorie et pratique : Rien ne fonctionne… et personne ne sait pourquoi !” – Albert Einstein

“Tant que l’univers aura un commencement, nous pouvons supposer qu’il a eu un créateur. Mais si réellement l’univers se contient tout entier, n’ayant ni frontières ni bord, il ne devrait avoir ni commencement ni fin : il devrait simplement être. Quel place reste-t-il alors pour un créateur ?” – Une brève histoire du temps : du Big Bang aux trous noirs de Stephen Hawking

“La découverte d’une théorie complètement unifiée, donc, peut ne pas venir en aide à la survie de notre espèce. Elle peut même ne pas affecter du tout notre mode de vie. Mais jamais, depuis l’aube de la civilisation, les hommes ne se sont accommodés d’événements hors cadre et inexplicable. Il ont toujours eu soif de comprendre l’ordre sous-jacent dans le monde. […] Ce désir de savoir, chevillé à notre humanité, est une justification suffisante pour que notre quête continue.” – Une brève histoire du temps : du Big Bang aux trous noirs de Stephen Hawking

 

 

 

Virus – par Irène

Dossier présenté lors de l’épisode 220 du 26 mai 2015
Retrouvez également le dossier de Pierre


1- Présentation générale des virus

Ce sont des agents infectieux parasites, qui se caractérisent par une organisation très simple, qui ne forment pas une cellule, et qui ont un mode de réplication bien spécifique.

Leur taille varie de 18 à 600 nm : environ 3000 fois plus petit que le diamètre d’un cheveux
Ils contiennent de l’ADN, ou de l’ARN ou les deux (Mimivirus)

2000 espèces décrites, 650 pathogènes pour l’homme et l’animal.

Il existe des virus chez les plantes (Mosaïque du tabac), mais aussi des virus bactériens, des virus des algues et des insectes. Aujourd’hui nous nous limiterons aux virus chez l’homme, et seulement à quelques uns bien connus et caractéristiques de l’ensemble des virus.

2- Quelques mots sur les infections virales.

Leur sévérité dépend à la fois du virus et de la réaction de l’hôte. La meilleure défense est le système immunitaire, mais parfois celui-ci contribue à développer une maladie, comme c’est le cas dans les hépatites. En fait dans le cas de l‘hépatite, c’est l’hôte qui détruit son propre foie, en réaction à des virus. Des virus qui, au passage, malgré leurs noms semblables n’appartiennent pas à la même espèce. Donc, une maladie, plusieurs virus dans ce cas.

Par contre on peut avoir un même virus qui va pouvoir déclencher plusieurs maladies, selon les tissus dans lesquels il va se loger. Par exemple, le virus de l’herpès de type 1 peut provoquer de l’herpès labial, des pharyngites, de l’herpès génital, des encéphalites, etc… Il est parfois totalement inoffensif, parfois mortel.

3- Les traitements anti-viraux

Parce qu’ils sont obligatoirement des parasites intracellulaires, il est difficile de trouver des médicaments qui vont affecter les virus sans être nocifs pour les cellules hôtes.
Par ailleurs, les virus sont des machines d’une simplicité déconcertante, vous le verrez avec Pierre. Il n’y a pas beaucoup de cibles pour s’y attaquer, il n’y a pas beaucoup de composants. Ainsi, il existe beaucoup de classes d’antibiotiques qui s’attaquent aux bactéries à différents endroits. Mais ici, il n’y a pas grand’ chose en comparaison des bactéries…

La plupart des antiviraux s’attaquent à leur multiplication, mais pas tous.
Et on verra plus loin que les virus sont incroyablement adaptés, et ils peuvent muter super facilement pour devenir résistants aux antiviraux.

Les virus responsables de rhumes sont sensibles aux acides. Mettez du jus de citron sur vos mouchoirs pour créer une barrière de protection !
La meilleure thérapie reste notre immunité naturelle, que l’on peut stimuler avec des vaccins, ou quelques médicaments, comme l’Interféron par exemple.

4- Exemples de virus pathogènes pour l’homme

A- Famille des Herpès virus

On y trouve des virus bien connus, dont bien sûr ceux qui provoquent les Herpès, mais aussi le virus de la varicelle, ou celui qui a un si beau nom : le Epstein-Barr virus (EBV), qui provoque toute sortes de maladies, avec tout l’éventail de gravités possibles.

Ce sont de gros virus tous très ubiquitaires, d’où les variétés de maladies qu’ils provoquent. Ils sont très forts pour se ‘cacher’ dans nos tissus nerveux ou les cellules de notre système immunitaire. C’est ce qu’on appelle la latence. Le virus peut s’y loger, se faire oublier, et un jour, le plus souvent après une grosse fatigue, il va réapparaître, par exemple sous la forme de ce qu’on appelle un zona dans le cas du virus de la varicelle.

Ce sont des virus qui ont des enveloppes, et ces enveloppes sont fragiles. Elles sont sensibles aux solvants, acides, détergents. Si vous avez un herpès labial, vous pouvez en diminuer la virulence en vous tamponnant avec un mouchoir imbibé d’éther ….

Le HSV : Herpès Simplex Virus

On connaît les verrues depuis l’antiquité, et le nom herpès vient du grec ‘pousser’.
Mais ce n’est qu’en 1919 que celui-ci fut identifié. C’est un virus qui peut pénétrer dans toutes les cellules de notre organisme, et d’autres animaux d’ailleurs. Il provoque une lésion des cellules de la peau et peut aller s’endormir dans notre système nerveux.
En général, le HSV1 s’attaque plutôt à la partie supérieure du corps (bouche, gorge..) et le HSV2 se trouve plutôt dans les parties sous la ceinture. Mais le clivage n’est pas exact.
Que se passe-t-il lors d’une infection ? D’abord le virus pénètre dans les cellules de la peau ou des muqueuses. Il se multiplie à l’intérieur des cellules, créant une première lésion car les cellules hôtes sont endommagées. Quand le virus s’est bien multiplié, il sort de la base de la lésion, et va coloniser les cellules nerveuses environnantes et les ganglions nerveux. C’est notre réponse immunitaire qui va déterminer si le virus va y rester ou non. Si il y a réactivation du virus, celui-ci retourne au site d’entrée et là provoque les vésicules herpétiques. Il faut faire attention avec ces vésicules, parce qu’elles sont bourrées de virus, donc haut risque de contamination… Ces vésicules résultent à la fois de l’action du virus et de la réaction de notre système immunitaire. Le plus souvent celui-ci prend d’ailleurs le dessus, et c’est la fin de l’accès herpétique. Les vésicules disparaissent sans laisser de lésion. Mais si le virus trouve le moyen de bloquer les réactions biochimiques à la base de la réaction immunitaire, et bien il va pouvoir tranquillement s’installer ad vitam eternam… Mais il peut y avoir réactivation, souvent par un stress intense, une fièvre importante, une exposition au soleil (ce qui fait penser que les UV B provoquent une baisse des défenses immunitaires). Cette baisse des défenses immunitaires a pour conséquence que le virus semble se réveiller, va migrer à nouveau vers les extrémités nerveuses, et provoquer un nouvel accès herpétique. Et cela peut durer toute la vie…

Les infections par ce type de virus peuvent être bénignes, mais elles peuvent être mortelles, comme le cas de l’herpès néonatal, des encéphalites herpétiques (lésions dans le cerveau).

Le virus de la varicelle (Varicella-Zoster Virus) : VZV

Ce virus se multiplie dans les voies respiratoires, c’est la période d’incubation. Puis il va se multiplier dans le foie, la rate et autres organes. C’est l’apparition des symptômes. Puis va se disperser dans les nerfs et les cellules du système immunitaire. Il va alors se mettre en latence dans certains nerfs et ganglions. S’il se réveille, c’est le zona, qui peut survenir après un épisode d’immunodépression, ou un mécanisme viral d’activation. Le zona correspond aux zones innervées par les nerfs où le virus s’est réactivé. Les neurones sont abîmés, et les douleurs intenses.

Le virus d’Epstein-Barr, (dont une des dernières victimes est Johan…)

C’est un virus qui envahit des cellules bien spécifiques du système immunitaire, les lymphocytes B. Il est responsable de toutes sortes de maladies : si le système immunitaire de l’hôte réagit fortement (stimulation et multiplication explosive des lymphocytes T), on a une Mononucléose Infectieuse. D’ailleurs les enfants jeunes qui sont infectés ont des symptômes moindres, car leur système immunitaire est moins actif. Le plus souvent l’infection est silencieuse.

Mais le virus peut être responsables de cancers, des cancers du sang et autres, et dans ce cas il se trouve que la réponse immunitaire de l’hôte est déficiente. Dans certains cas particuliers de cancers, il a été montré que c’est bien l’immunodépression du sujet qui a entraîné le développement du cancer

Et là on découvre une propriété de certains virus qui est très utilisée en biologie : ils peuvent immortaliser des cellules. En d’autres termes, une fois qu’ils ont envahi des cellules type Lymphocytes B, dans certaines conditions bien connues et précises, ces cellules vont se multiplier et ce groupe de cellules ne va jamais mourir. D’où bien sûr les cancers qui en résultent, qui sont des amas de cellules qui n’arrêtent plus de se multiplier.

Une petite anecdote, une personne affectée par le virus, le sera toute sa vie à raison d’une cellule Lymphocyte B par ml de sang. C’est très très peu, mais cela suffit à réactiver parfois le virus. On trouvera le virus dans la salive de 90% des personnes infectées, tout au long de leur vie…

L’EBV se transmet principalement par la salive, d’où le nom de maladie du baiser.

Traitement : Il existe des médicaments qui freinent la multiplication des herpes virus, mais ne l’éliminent jamais. Il n’existe aucun traitement contre le EBV, et les personnes immunodéprimées sont à gros risques. Il existe un vaccin contre la varicelle, mais pas complètement efficace peu utilisé en France pour cette raison.

B- Famille des Picornavirus

Pico, c’est 10^-12 m, ce sont de tous petits virus, les plus petits (1 million de fois plus petits que le diamètre d’un cheveu). Ce sont des virus très résistants par rapports aux autres types de virus, parce qu’ils n’ont pas d’enveloppe (cette enveloppe chez les autres virus est sensible aux acides, à la chaleur, etc…). C’est la plus grande famille de virus, on y trouve notamment les virus responsables des rhumes, de certaines gastroentérites, le virus de la polio et de l’hépatite A. Comme ils sont très résistants, ils se transmettent facilement. C’est ce qu’on appelle la transmission oro-fécale. On retrouve le virus dans les égouts et si l’eau n’est pas purifiée, il y a épidémie, mais le fait est que le plus souvent, les gens infectés n’ont pas de symptômes.

Ils ont une jolie forme icosaédrique, et il leur suffit de se fixer sur une cellule hôte, injecter leur acide nucléique (de l’ARN en l’occurrence), pour aller se multiplier par million dans cette cellule hôte et la détruire.

Par exemple, le virus rhinovirus, qui peut provoquer des rhumes, supporte mal des températures supérieures à 33°C. Donc chez l’homme il provoque des rhumes, mais c’est tout. Je dis souvent aux gens qui ont un rhume de mettre un foulard pour garder leur gorge bien au chaud… (je ne suis pas certaine que cela marche en toute honnêteté !).

Les entérovirus :
Ces virus entrent dans l’organisme par les voies respiratoires supérieures, puis ils vont aller coloniser et se multiplier dans les tissus lymphatiques. Les rhinovirus restent dans les voies respiratoires (rhumes) et les autres peuvent aller coloniser d’autres tissus :

La peau : hand and foot disease, rash cutané
Les muscles : myocardites, péricardites, pleurésies
Le cerveau :encéphalites, paralysies (polio)
Méninges : méningites
Foie : hépatites

Pancréatites, conjonctivites, diarrhées, anomalies congénitales peuvent être causées par les entérovirus. Mais 90% des infections sont silencieuses, ie. sans symptômes.

A noter, que le plus souvent, la maladie est due au fait que le virus en se multipliant détruit la cellule hôte. Ainsi, il y a destruction des nerfs par le virus de la polio.
Mais pas dans le cas de l’hépatite, où c’est bien la réaction immunitaire de l’organisme qui crée des dégâts dans le foie.

Il existe deux vaccins contre la polio due au Poliovirus (il y en a 3 types) Seuls 0.1 à 0.3 % des personnes infectées par un de ces virus peuvent développer une paralysie.

Heureusement il y a des vaccins (et un médicament).

Un premier vaccin (mis au point en 1955) qui ne contient que des extraits de virus, donc qui ne peut pas donner la polio, mais qui n’est pas complètement efficace, et qui est assez onéreux car il se fait par injection.
Un deuxième vaccin a été mis au point dans les années 61-62 (le Sabin, du nom d’Albert Sabin qui l’a mis au point), qui contient un virus vivant inactivé. Il est extrêmement efficace, parce qu’il reproduit bien une infection réelle et le système immunitaire est bien stimulé. Il est facile à administrer et peu onéreux. Parfait pour la vaccination à grande échelle comme dans les pays d’Afrique. Par contre, il y a eu des cas isolés de polio qui ont été déclenchés par ce vaccin, d’où certaines réactions négatives de la part de la population.
Aux US, le nombre de cas de polio avant 1977, était de 21 000 cas par an chez des patients non vaccinés. En 1979, on comptait 18 cas chez des patients non vaccinés.

La polio existe encore au Nigéria, en Afghanistan et au Pakistan.

Pour tous les autres entérovirus, il n’y a pas de vaccination. Certains peuvent provoquer des paralysies comme le virus de la Polio.

C-Famille des Rhinovirus

Ils sont responsables de la plupart des rhumes. Pas très graves donc. Ils sont heureux de se multiplier à 33°C, dans les voies respiratoire, donc il faut des écharpes plus chaudes !!! Et c’est pour cela que par exemple ils se multiplient préférentiellement dans les muqueuses nasales, ou la peau est moins chaude qu’à l’intérieur du corps. Les cellules infectées vont sécréter en réaction des substances telles qui l’histamine, responsable du nez qui coule par exemple.

Pour l’anecdote, dans une 1 millilitre de sécrétion nasale (volume 20 fois plus petit qu’une goutte d’eau donc), il y a environ de 500 à 1000 virus qui peuvent aller infecter une autre personne. Arrêtez donc d’éternuer sur votre voisin dans le métro…

Ce type d’infection montre aussi combien notre système de défense immunitaire n’est pas parfait. Par exemple, pendant une infection, notre corps fabrique cette molécule qui est l’interféron. L’interféron limite la multiplication des virus, mais est en même temps responsables des symptômes de la maladie (fièvre notamment).

L’immunité naturelle résultante d’une infection est transitoire et peu efficace, parce qu’il existe beaucoup de types de Rhinovirus. D’où les rhumes à répétition…

Ce sont des virus qui n’ont pas d’enveloppes, donc ils peuvent résister plusieurs heures sur un objet contaminé, et sur vos mains…

Seule la moitié des personnes infectées vont avoir des symptômes.

D- Famille des Orthomyxovirus

Il s’agit des virus Influenza A, B et C. Bien plus connus sous le nom de virus de la grippe. Le C n’est pas pathogène pour l’homme. Le virus A peut infecter l’homme, mais aussi les mammifères et les oiseaux.

Ce sont des virus qui ont une enveloppe, donc maintenant vous l’aurez compris, ils sont fragiles. Et ils sont un ARN qui est segmenté, ce qui facilite l’apparition de nouvelles souches grâce à des mutations et des réassortiments des segments de gènes. Les mutations sont annuelles pour le virus A et provoque chaque année une épidémie de grippe. Pour les A et B, il existe des réassortiments périodiques, moins fréquents et qui provoquent de larges épidémies, ce qu’on appelle des pandémies. Comme par exemple la grippe espagnole qui décima entre 20 et 40 millions de personnes en 1918 et 1919. Plus de morts que ceux dus à la première guerre mondiale. Les pandémies sont apparues en 1918, 1947, 1957, 1968, 1977 et 2009. Donc irrégulières, donc difficilement prévisibles.

A noter aussi, en 1997 l’apparition d’une infection humaine due à un virus apparu d’abord chez des oiseaux, qui a crée une pandémie en 2009.

La structure de tous ces virus est complexe mais très bien connue. Les protéines de l’enveloppe sont répertoriées. Par exemple on a la protéine HA, et la protéine NA. Ou la protéine M2. Il existe plusieurs médicaments qui s’attaquent spécifiquement à certaines protéines bien définies de ces virus.

Le rôle de la protéine HA montre à quel point les virus sont ‘intelligents’. Elle permet d’abord l’attachement du virus sur la cellule qu’il va parasiter. Elle reconnaît donc une molécule spécifique, et va s’y accrocher, pour ancrer ainsi le virus sur son hôte. La protéine HA est responsable ensuite de la fusion des membranes , autrement dit, l’enveloppe du virus et l’enveloppe de son hôte fusionne, ce qui permettra ensuite au virus de déverser dans la cellule tout le contenu de sa propre cellule. Mais aussi la protéine HA entraîne l’agrégation des globules rouges sanguins, et va aussi éliciter l’attaque des anticorps que l’organisme hôte essaye d’utiliser pour se débarrasser du virus. Enfin, ce sont les mutations de la protéine HA qui sont responsables des variations mineures et majeures des souches. Ces variations qui apparaissent chez l’Influenza A et B (les majeures seulement chez Influenza A), et les différentes protéines HA sont appelées H1, H2,…. H16. Ainsi, en 2009 on a vu une pandémie avec le virus H1N1, qui arriva aussi en 1918, en 1947 et en 1977. Mais à chaque fois, il s’agit de souches légèrement différentes, avec des variantes dans les combinaisons de gènes.

Au cours de la grippe, le virus s’attaque d’abord aux cellules des voies respiratoires supérieures et les détruit. D’où les symptômes locaux (irritation de la gorge, toux, nez et yeux qui coulent…). Les défenses de l’organisme produisent des molécules (interféron par ex, ou cytokines), qui sont responsables des symptômes systémiques (fièvre, douleurs musculaires…). Les personnes infectées sont très sujettes aux infections bactériennes car les défenses naturelles locales sont compromises. Pire, le virus facilite l’attachement des bactéries sur les cellules des voies respiratoires. Le virus en s’attaquant aux cellules immunitaire est capable de diminuer les défenses de l’organisme. D’où la question de savoir si l’on doit ou non prendre des antibiotiques si on a la grippe… Cela dépend de l’avis des médecins….

La préparation des vaccins se fait en mélangeant des protéines HA et NA provenant de trois souches différentes de virus. Les virus sont cultivés dans des œufs de poule embryonnés. Je me souviens à la fac de Lyon en service de virologie j’ai appris à injecter des solutions de virus dans les œufs de poule. Parce qu’il s’agit d’un milieu de culture adapté d’un point de vue nutritionnel, stérile et, peu onéreux. (Je me demande maintenant si on utilise des œufs bio pour obtenir des vaccins bio !). Il existe aussi des vaccins qui contiennent des virus entiers, comme le vaccin contre la polio. Ils se présentent sous forme de spray nasal. Ils procurent une meilleure immunité.

Virus – par Pierre Kerner

Dossier présenté lors de l’épisode 220 du 26 mai 2015
Retrouvez également le dossier d’Irène


 

A la suite de mon intervention pour Podcast Science où je discutais des virus, je suis tombé sur cette citation d’Henri Michaux dans son recueil de poèmes “Face aux verrous”:

Tout virus est prodigue

Cela résume bien la fascination qu’on peut avoir pour ces fantastiques entités qui brisent nos barrières immunitaires mais aussi nos conceptions, nos définitions et les idées reçues. Rentrons donc ensemble dans le fascinant monde viral.

Le monde Kawaï des virus

Une question qu’on pose souvent concernant les virus, c’est celle de leur position dans l’arbre du vivant. D’emblée, ça semble une tâche bien ardue puisque la plupart des chercheurs ne sont pas d’accord pour considérer que les virus sont des organismes vivants. C’est une prudence qui peut se comprendre : vu qu’on se casse déjà le cul à tenter de classer le vivant (1, 2 & 3), autant ne pas y rajouter des trucs qui n’ont rien à voir comme des silex, des trombones ou le sécateur de votre voisin.

Mais alors pourquoi les virus ne seraient-ils pas vivants ? Pour comprendre l’origine de la controverse, il faut s’intéresser tout d’abord aux premières définitions de ce qu’on a appelé virus. En 1957, André Lwoff, célèbre virologue, écrit un article où il tente de retracer l’histoire de sa discipline et celle du concept du virus. Il commence son article en rappelant tout d’abord l’étymologie du mot virus qui vient donc du latin et signifie ‘toxine, poison’. Puis il évoque le fait qu’après les découvertes de Louis Pasteur, tout agent microbien qui entraînait des maladies infectieuses était appelé virus, même s’il s’agissait de bactéries, de champignons ou d’autres organismes unicellulaires. En gros, tout ce qui nous faisait tomber malade, et qu’on ne voyait pas à l’œil nu, était un virus… Pas génial pour réaliser des classifications cette définition… Puis on a commencé à distinguer les agents infectieux qu’on pouvait voir avec de forts microscopes de ceux qui restaient totalement invisibles, semblant passer entre les mailles des filets des chercheurs qui les étudiaient. Quand je parle de maille, ce n’est pas entièrement rhétorique : à l’époque, pour stériliser certaines solutions, on les faisait passer à travers un gel composé de fibres de polymères qui forment des mailles de 200 nm (milliardième de mètre). A l’époque, on ne connaissait aucune bactérie qui soit assez petite pour traverser ces mailles. Si des agents infectieux passaient à travers ces mailles, on avait donc tendance à penser qu’ils étaient trop petits pour constituer des organismes vivants. Le filtrat était plutôt considéré comme un ‘fluide infectieux’. A partir de là, seuls ces agents infectieux furent appelés « virus ».

Virus de la mosaîque du Tabac, Kausche GA, Pfankuch E, Ruska H (May 1939)

Mais très vite des chercheurs identifient, à l’aide de puissants microscopes électroniques, de minuscules particules dans le fluide infectieux et associent l’infection avec ces particules : du coup ce sont ces particules qu’on appellera virus. On leur découvre certaines spécificités : l’incapacité de réaliser une division binaire comme le font les bactéries (donc de se répliquer de manière autonome), la présence d’un matériel génétique composé d’ADN ou d’ARN codant un nombre restreint de protéines (alors que tous les autres vivants possèdent de l’ADN et de l’ARN, jamais l’un sans l’autre). Enfin, contrairement à tout organisme vivant cellulaire, les virus semblent incapables de capturer et de stocker de l’énergie, c’est-à-dire d’avoir un métabolisme.
Pour résumer, les virus, ce sont de toutes petites particules, avec la moitié de ce qu’il faut pour avoir un véritable matériel génétique et ce sont des parasites obligatoires.

Mais ça, j’ai envie de dire, c’était avant. Car en biologie, on découvre souvent que la nature s’en contrefout de nos définitions…

Taille des virus

Déjà niveau taille, la définition du minuscule virus ne tient plus depuis le début du XXIème siècle. En effet, en 2003 parait la description de Mimivirus, un virus hors du commun : isolé en 1992 à Bradford, en Angleterre, dans une tour d’eau de refroidissement, Mimivirus fut initialement considéré comme une toute petite bactérie (surnommée Bradford coccus).

Bradford coccus
Pourquoi? Parce qu’il mesurait 400nm de diamètre (2 fois plus grand que les mailles stérilisantes, vous vous souvenez ?). Pourtant, impossible de cultiver cette prétendue minibactérie en dehors de l’organisme dans lequel on l’avait trouvé, l’amibe Acanthamoeba polyphaga. Une autre manière de caractériser une bactérie, c’est d’isoler et séquencer les gènes qui leur permettent de synthétiser des protéines : les gènes ribosomiques. Mais là encore, c’est chou blanc : impossible de trouver des gènes ribosomiques dans le parasite mystérieux de l’amibe. Finalement, cet exemple nous montre la limite et surtout la puissance des définitions : en effet, dans la tête des chercheurs qui ont découvert cet étrange organisme, la taille des virus ne pouvait pas dépasser les 200nm. Il a fallu plus de 10 ans avant qu’une autre équipe de chercheurs se mettent en tête de caractériser l’organisme mystérieux en séquençant intégralement son génome. Et là, plus de doute possible, il s’agit bien d’un virus qu’ils vont appeler Mimivirus (pour Mimicking microbe virus – le virus imitant les microbes).

Structure d'un mimivirus

Son génome semblait gigantesque à l’époque puisqu’il atteignait la taille de 800 000 nucléotide ou 800kpb (c’est-à-dire 800 000 lettres A, T, G, C qui permettent de coder les gènes du Mimivirus). Le record était avant détenu par un virus bactérien dont le génome atteignait 670kpb alors que les génomes bactériens les plus petits peuvent tomber à 580 kpb.

Depuis cette découverte, c’est la chasse aux virus géants : en 2009, les marseillevirus…

marseillevirus
… en 2010 Megavirus chilensis

Megavirus
… tous ces virus appartenant au groupe des Megaviridae caractérisés par une enveloppe icosaédrique.

Structure IcosahédriqueIcosahedron
A chaque découverte, c’est aussi un record mondial du génome le plus grand, qui plafonne aujourd’hui à 1,26 Mb, c’est-à-dire 1,25 fois plus grand que le premier mimivirus découvert.

Pandoravirus
Puis en 2013, découverte du Pandoravirus dont l’enveloppe, cette fois-ci, ressemble à une amphore. Leur taille est gigantesque pour des virus : 1,2 µm de long et leur génome atteint 2,8 Mb. Il s’agit bel et bien d’une nouvelle famille car ni leur forme, ni leur génome ne ressemble à celui des Megaviridae. Et comme on n’a pas fini de rigoler, une équipe vient de découvrir en 2014, congelé dans le permafrost sibérien, un virus en forme d’amphore mais dont le génome ressemble à celui des Megaviridae…

Pithovirus sibericum

C’est quoi ce virus ? Un hybride de Pandoravirus et Megavirus ? Megapandoravirus ? Sobrement, leur découvreur l’ont nommé Pithovirus puisque pithos signifie amphore en grec, même si perso j’aurais choisi foutlamerdevirus. J’imagine que ça a pu tenter certains de ces chercheurs, notamment au vu de la réaction du principal auteur de l’étude qui a dit, je cite, ‘je ne comprends plus rien’…

La découverte est un exploit en soi puisqu’ils ont quand même caractérisé un virus qui était resté emprisonné dans la glace pendant près de 30000 ans… mais qui a conservé sa capacité virulente ! (oui, ils ont testé, parce que le monde n’est pas assez effrayant au goût de certains). Vous inquiétez pas trop quand même : Pithovirus est spécifique d’une espèce d’amibe et probablement inoffensif pour les humains… [Mais si vous insistez pour vous foutre les chocottes, rien ne nous dit que dans le sillage du réchauffement climatique, des virus mortels pour les humains ne puissent pas accompagner la décongélation des glaciers… lolilol]

Mais au lieu de déprimer, ébahissons-nous un peu sur la perspective que nous ouvrent ces nouveaux virus qui malmènent les définitions. En effet, ils sont grands, avec des génomes très conséquents. Du coup certains chercheurs se demandent si cette grande taille et ces grands génomes ne seraient pas des caractères ancestraux, perdus chez la majorité des petits virus que l’on connaît mieux. Considérer cela ouvre la possibilité de les inclure dans l’arbre du vivant.

Si vous vous souvenez de mes trois articles sur l’arbre du vivant (1, 2 & 3), vous vous rappellerez peut-être que depuis les travaux de Woese, Kandler et Wheelis, l’arbre du vivant est représenté par trois branches, trois domaines de la vie, celui des Archées, des Eubactéries et des Eucaryotes.

3 domaines du vivant

Quand on travaille sur la définition des relations de parenté entre des organismes si différents, trouver des caractères permettant des comparaisons est un peu compliqué. Par exemple la comparaison d’une trompe d’éléphant, de la queue d’une cerise et du flagelle d’une bactérie est assez vide de sens…

trompe
Cerise
Vibrio cholerae
Heureusement, il existe un caractère partagé par l’ensemble des trois domaines et qui permet de nombreuses comparaisons: c’est l’ADN. En effet, tous ces organismes possèdent un matériel génétique fait d’ADN qui contient des informations pour construire des protéines et dont le code est, à quelques rares exceptions près, universel. Chic : ça veut dire qu’on peut comparer, dans les 3 domaines du vivant, différents gènes, qui codent des protéines qui vont nous permettre d’évaluer qui est plus proche de qui en termes de parenté. Le problème, c’est qu’il faut comparer des protéines qui ont été conservées chez ces trois domaines durant l’évolution (des protéines ancestrales donc). Historiquement, les gènes utilisés pour cette comparaison étaient ceux qui donnent des ribosomes: chaque domaine du vivant possèdent des ribosomes (et donc on peut envisager que leur ancêtre avait des ribosomes). Les ribosomes, ce sont les petites usines cellulaires qui permettent de lire des molécules d’ARN pour synthétiser une protéine. Pour rappel, pour ces 3 domaines du vivant, le schéma de fonctionnement classique pour arriver à la confection de protéine passe de l’ADN à l’ARN par une étape de transcription, et de l’ARN à la protéine par une étape de traduction.

Kawaï ribosome, signé Pellentz
Revenons-en à nos fameux gènes ribosomiques: grâce à la comparaison de ces gènes, on a découvert que les organismes cellulaires pouvaient être classés en trois domaines distincts correspondant à trois lignées évolutives distinctes. Ces lignées sont tout de même apparentées (elles ont par exemple conservé le caractère ancestral d’un matériel génétique avec son code plus ou moins universel) et sont donc les descendantes d’un ancêtre commun putatif qu’on appelle classiquement LUCA (pour Last Universal Common Ancestor – dernier ancêtre commun universel).

Et les virus? Ben là on est un peu dans le caca. Si on veut comparer la situation avec les 3 autres domaines, il faut obtenir leur séquence d’un gène ribosomique, et vous me voyez venir: les virus n’ont pas de gènes ribosomiques… En même temps, ce sont des parasites obligatoires qui dérivent la machinerie cellulaire de leur hôte bactérien, archéen ou eucaryote pour justement se passer d’avoir des ribosomes viraux. A l’instar du ‘pas de bras, pas de chocolat’, les virus se sont vus dire ‘pas de ribosomes, pas de domaine du vivant’.

Mais y’a ce matériel génétique tout de même: c’est quand même dingue que les virus utilisent un matériel avec le même code universel, non? On peut raisonnablement se permettre d’envisager un scénario évolutif dans lequel les virus possédaient, il y a très longtemps, des gènes codant pour des ribosomes, mais qu’au hasard des mutations génétiques, ils se soient vus privés de la capacité de les utiliser, les poussant dans une course évolutive à devenir les parasites les plus efficaces qui soient. Alternativement, il existe d’autres scénarios qui peuvent expliquer la présence de ce matériel génétique et l’absence de ribosomes. A l’instar des cellules cancéreuses qui, spontanément, sont générées par les organismes multicellulaires, les virus pourraient être les rejets des 3 domaines du vivant. Vu que les virus sont super diversifiés, cela pourrait simplement être le résultat de ces vomis parasitiques du vivant à différents moments de l’évolution… Le vivant aurait généré sa propre arme de destruction massive au final.

Rentrer dans le détail serait un poil trop compliqué. Cependant, je vais vous présenter des résultats récents concernant l’origine des virus. Quand je vous ai dit que pour réaliser des arbres de parenté, on utilisait des gènes ribosomiques, je vous ai parlé d’une méthode classique et simple. Mais de nombreux chercheurs utilisent d’autres gènes pour classer les organismes car dans certains cas, les gènes ribosomiques ne suffisent pas à résoudre des nœuds de parenté. Après la découverte des Mimivirus, certains chercheurs ont décidé d’utiliser les séquences de ces génomes de virus géants pour voir où ces gènes pouvaient placer les Mimivirus dans l’arbre du vivant. En étudiant leur génome, ils furent déjà pas mal surpris de trouver des gènes codant des protéines intervenant dans la synthèse de protéines. Certes pas des ribosomes, mais des gènes accessoires à la formation des protéines. Chez les mimivirus, ce groupe de gènes mène à la formation de petites usines virales qui permettent de répliquer le virus sans utiliser de ribosomes. Encore une fois, on peut se demander s’il s’agit là d’un reliquat ancestral d’un répertoire de gènes dédié à la synthèse de protéine, ou s’il s’agit plutôt d’un vol de gène d’origine bactérienne, archéenne ou eucaryote. Mais le génome des Mimivirus contient aussi des gènes qui permettent la formation de petites usines à convertir l’ADN en ARN, ce qu’on appelle les ARN polymérases. Or, en utilisant les séquences de ces ARN polymérases pour les comparer entre les mimivirus et entre les 3 domaines du vivant, des chercheurs se sont aperçus que les arbres de parenté obtenus permettaient la classification des mimivirus en un 4ème domaine du vivant. Tout fous, ils se sont dit qu’ils allaient réaliser des arbres systématiquement pour tous les gènes contenus dans le génome des mimivirus…

4ème domaine du vivant

Et là, c’est le drâme… Enfin, c’est un bordel sans nom… Des gènes de mimivirus se groupent tantôt tout seuls, tantôt chez les eucaryotes, les eubactéries ou les archées. Selon certains, ces résultats montrent que les virus, et les mimivirus en particuliers, sont les rois des voleurs de gènes. Le problème c’est que ces vols de gènes, ce qu’on appelle couramment des transferts horizontaux de gènes, laissent des traces qui s’effacent au fur et à mesure de l’évolution. Même si les virus évoluent vite, force est de constater que la plupart de ces transferts sont probablement très très vieux (on trouve des transferts horizontaux récents dans leurs génomes, mais ils sont facilement reconnaissables).

Alternativement, d’autres chercheurs proposent un autre angle d’approche pour expliquer ce bordel génétique: l’hybridation, et les transferts génétiques. Comme on l’a vu lors de l’interview de Marc-André Sélosse, les transferts de gènes et autres cochoncetés génétiques sont légions entre les 3 domaines du vivant. Du coup, face à la figure classique de l’arbre du vivant, ces chercheurs évoquent maintenant la possibilité de représenter les relations de parenté où les branches peuvent s’anastomoser comme un système de racine, ou comme les bras des cours d’eau près d’un delta : une sorte de rhizome du vivant, pour utiliser l’expression de Didier Raoult qui est le premier à avoir proposé ce scénario…

Rhizome du Vivant

C’est vrai que classer des domaines du vivant quand ceux-ci peuvent échanger des gènes facilement, c’est un peu comme se demander « qui est plus proche de qui » à des personnes qui seraient en mesure de s’échanger à volonté des organes: si j’ai le cerveau de Robert, les reins de Jocelyne et le cœur de Jean-Louis, est-ce que je suis encore « moi-même » ? Et quelles sont mes relations de parenté avec les familles des donneurs ? La nature nous aurait concocté au grès des milliards d’années d’évolution, des mini-frankenstein avec lesquels elle nous laisserait nous dépatouiller pour en déterminer la provenance. Les 4 domaines du vivant, virus inclus, seraient au final des mosaïques génétiques.

Les mosaïques génétiques du vivant
Si vous vous souvenez de l’émission avec le Prof. Sélosse, vous vous rappellerez que les eucaryotes sont constitués en partie d’eubactéries qui leur permettent de respirer ou de faire de la photosynthèse : les mitochondries et les chloroplastes. Les eucaryotes ont aussi beaucoup de gènes en commun troqués avec des virus, des archées ou des eubactéries. Un joyeux bordel génétique… qui permet l’émergence de théories assez extravagante. Il y a par exemple ce ptit scénario évolutif bien controversé (le scénario évolutif en mode troll) : une des caractéristiques des eucaryotes est de posséder un noyau qui contient leur matériel génétique. Et si ce noyau était une contribution virale à l’évolution des eucaryotes ? [insérer musique d’Inception]

Bon allez, quittons le mode troll… en fait non, on va plutôt essayer de vous faire considérer les virus d’un œil sympathique tiens! Mission impossible? On va bien voir…

Commençons par les Mimivirus: Ces virus sont tellement grands qu’ils sont les premiers chez qui on a découvert qu’ils pouvaient s’offrir le luxe d’être parasités… par des virus.

Sputnik
Sputnik
Ces virus de virus, ou virophages, ont été découverts en 2006 par microscopie électronique dans les recoins d’un mimivirus appellé mamavirus (les virologues sont les rois du calembour). Le premier virophage a été appelé Sputnik, et possède un tout petit génome de 18000 pb qui utilise le matériel viral du mamavirus pour se répliquer. On a donc ici, un virus de virus d’une amibe (qui peut être dans certain cas un parasite – c’est donc un parasite de parasite de parasite). Ça vaut bien quelques applaudissements, non ? Et si je vous disais que certains virus apportaient un avantage non négligeable à l’hôte qui le porte, au lieu de lui porter détriment?

De nombreuses guêpes parasitaires sont ainsi entrées en symbiose avec des virus dont elles sont les hôtes. C’est le cas de la guêpe Cotesia glomerata qui parasite les chenilles de la piéride du chou qui en temps normal se métamorphosent en papillon blanc et noir.

Cotesia glomerata
Si Cotesia arrive à choper une chenille, elle lui pond ses œufs à l’intérieur de son corps qui va alors servir de garde-manger mobile pour les larves jusqu’au moment de leur métamorphose.

Mais au cours des milliers de générations de parasitismes, les chenilles ont développé un système immunitaire leur permettant de lutter contre l’invasion de larves de guêpe dans leur corps. Mais c’est sans compter les virus des guêpes qui vont déprimer le système immunitaire de la chenille.

Polydna virus et Cotesia

C’est comme si ces guêpes étaient rentrées dans l’ère de l’armement biologique avec un virus comme moyen de destruction massive du système immunitaire. Certains chercheurs pensent même que plusieurs gènes portés par le virus et qui servent à perturber le système immunitaire de la chenille, voire son comportement, auraient pour origine… le génome de la guêpe. Cela revient à ce que la guêpe emploie un virus pour exprimer ses propres gènes dans la chenille pour faciliter son parasitisme. Virus for the win!

Dans un autre cas, la guêpe Aphidius ervi parasitant les pucerons (et utilisée par les humains comme pesticide biologique), réussit à parasiter les pucerons malgré leurs défenses immunitaires.

Aphidius ervi, Alex Wild
Ces défenses immunitaires de pucerons sont assistées par une flore bactérienne essentiellement composée de la bactérie Hamiltonella defensa dont le potentiel néfaste contre les larves de guêpes est effectif grâce à un virus spécifique de la bactérie qui produit une toxine ciblant les larves de guêpes. Comme quoi les virus ne sont pas systématiquement du côté des guêpes.

Au-delà de leur rôle surprenant dans des interactions entre espèces, les virus sont probablement à l’origine de changements évolutifs étourdissants tant ils ont permis de façonner les espèces actuelles.

Marc-André Sélosse nous expliquait par exemple que chez différents mammifères comme les humains et les primates, une partie du placenta est formée grâce à une protéine d’origine virale appelée syncytine. A l’origine cette protéine permet à certains virus comme celui de la grippe de fusionner leur propre enveloppe aux cellules pour pouvoir les infecter. Par un incident génétique, ce gène s’est retrouvé inséré dans le génome de primates et a permis d’assister la formation d’une partie du placenta qui nécessite la fusion entre les tissus du fœtus et celui de l’utérus de la mère.

Syncytine
C’est sympa comme contribution virale, non?

A vrai dire, l’insertion de gènes de virus dans le génome de son hôte n’est pas si accidentelle que ça. On entend souvent parler de virus latents : il ne faut cependant pas l’imaginer en train de feuilleter gentiment un Paris-Match dans un recoin de la cellule en attendant un coup de stress. Cette latence correspond le plus souvent à une insertion du génome du virus dans le génome de la cellule infectée. Mais parfois cette latence peut sauter des générations! C’est dans le cas où le virus s’est intégré dans le génome de cellules à l’origine de gamètes sexuels (ovules ou spermatozoïdes).

Transmission verticale des virus
Dans ce cas-là, le génome du virus peut être transmis de génération en génération (on parle de transmission verticale, suivant le sens généalogique, contrairement à la transmission horizontale qu’on refile à son voisin en lui éternuant dans la tronche). Le phénomène n’est pas si rare qu’on le croie et on peut par exemple dénombrer près de 100000 gènes d’origine rétrovirale dans le génome humain (les rétrovirus étant les champions pour la latence). Par comparaison, on n’a que 20000 gènes à protéines dans le génome. Ces gènes sont pour la plupart inactivés, mais peuvent, dans des cas particuliers, redevenir mobiles et sont ainsi probablement à l’origine de la diversité génétique de notre groupe, mais aussi d’autres organismes comme les plantes, des insectes, etc. Sans ces virus, nous ne serions probablement pas si complexes, la vie ne serait pas si plastique et changeante, l’évolution n’aurait probablement pas eu tant de matériau pour façonner ces formes construites avec raffinement, si différentes les unes des autres, et dépendant les uns des autres d’une manière si complexe…

Cette phrase vous rappelle quelque chose? C’est en réalité la dernière phrase de l’origine des espèces de Charles Darwin… une citation hackée par un virus.

Liens:
Viruses Reconsidered
Our Inner viruses 40 million years in the making
Viruses as a cure
Gigantic Giant Viruses and the endless viral frontier
Meet your new symbionts: several trillion viruses
Giant viruse resurrected from 30000 year old ice
We are viral from the beginning
Koala pandemic genetics
Russian doll warfare virus bacteria aphid wasp
Making viruses the natural way
Mammals made by viruses
Please welcome megavirus
Glimpse of the fourth domain
Dark matter hints at fourth domain of life
Genomes of giant viruses hint at fourth domain of life
Trouble in the fourth domain

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Wu, D., M. Wu, A. Halpern, D. B. Rusch, S. Yooseph, M. Frazier, J. C. Venter and J. A. Eisen (2011). “Stalking the fourth domain in metagenomic data: searching for, discovering, and interpreting novel, deep branches in marker gene phylogenetic trees.” PLoS One 6(3): e18011.

#psSortDuPlacard – Homos et don du sang

La chronique de Stéphany démarre à 2:06:16.
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Billet présenté dans le cadre de l’event #psSortDuPlacard le 27 juin 2015


01 Don de sang 1

C’est un des avantages du métier de journaliste : devoir creuser des sujets sur lesquels on ne s’était parfois jamais posé de questions.

C’est ce qui c’est passé pour le don de sang et l’exclusion de hommes ayant des relations avec des hommes, les HSH.

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Dessin réalisé à la volée par Mél pendant la présentation de Stéphany

Je ne sais pas si vous vous l’avez déjà fait ou pas, en ce qui me concerne ça m’est arrivé UNE seule fois, et encore je dois avouer que c’était quasiment sur un malentendu… Moi qui pourrais aller plusieurs fois par an faire don de mon sang, je ne le fais pas.

Je pourrais donc avoir du mal à comprendre pourquoi, des hommes se battent pour avoir le droit d’aller eux-aussi se faire planter une – grosse- aiguille dans le bras et voir leur sang couler lentement dans cette poche… qui n’en finit pas de se remplir !

02 Don de sang 2

Avant de me lancer dans l’article que je devais écrire sur le sujet j’ai repensé au don que j’ai fait, et même si je n’ai donné qu’une fois, j’ai réalisé que bizarrement je m’en souviens très bien et pas du tout à cause de la grosse aiguille J

C’est en fait ce que j’ai ressenti après ce don qui m’a marquée : je suis ressortie du centre de l’EFS avec le sentiment d’avoir fait quelque chose de bien, d’avoir été pendant une heure un peu moins égoïste, d’être une meilleure citoyenne, d’avoir participé à quelque chose de grand…. Bref donner son sang ce n’est pas qu’une histoire de globules rouges, de plaquettes et de plasma. Ce n’est pas que de la biologie, il y a une dimension émotionnelle, humaine … dont aujourd’hui on prive des dizaines de milliers de citoyens.

Dessin réalisé à la volée par Kam pendant la présentation de Stéphany
Dessin réalisé à la volée par Kam pendant la présentation de Stéphany

Et j’ai essayé de comprendre pourquoi.

Pourquoi en 2015, des hommes ayant eu ne serait-ce qu’UNE seule relation sexuelle avec un homme depuis 1977 peuvent être exclus à vie du don de sang dans de nombreux pays, dont effectivement la France et la Suisse.

En bonne scientifique j’ai d’abord eu une grosse frayeur.

Et oui, de manière bien cartésienne j’ai pensé : « OK si on met des telles restrictions, c’est qu’il y a une RAISON, un risque particulier ! »

Parce que des critères d’exclusion du don il y en a en fait beaucoup, divers et variés, parmi eux vos voyages récents, et bien entendu vos habitudes sexuelles. MAIS toutes ces restrictions sont temporaires, et  reposent sur la possible transmission de virus ou de parasites qui vous auraient récemment infectés.

Mais entre « récemment » et 1977 il y a tout de même une marge…  Donc ?

Alors un peu comme le chercheur, le journaliste est payé pour se poser des questions, mais contrairement au chercheur il n’est pas censé produire les réponses mais aller les trouver auprès d’experts. C’est donc vers eux que je me suis tournée. Et j’ai été étonnée de ce que certains m’ont répondu.

Mais avant de vous livrer le fruit de ces échanges, il est important de faire un point sur ce que l’on sait faire aujourd’hui en matière de réduction des risques liés au don de sang, Car le nerf de la guerre, il est là : le risque !

Si on exclut du don des populations dites « à risques » il est légitime de penser que les techniques de détection des pathogènes sanguins ne sont pas au point, et peuvent laisser passer des échantillons infectés.

Je vous rassure : les techniques disponibles dans les laboratoires des centres de transfusion ne sont pas restées bloquées, elles, en 1977 !

Tous les dons sont analysés avec des méthodes qui permettent de mettre en évidence la présence de virus ou d’antigènes contre beaucoup de  pathogènes.

Alors pas tous les germes, c’est vrai, mais pour le VIH & les hépatites, évidemment : on sait faire !

Et concrètement en 2014, sur plus de 300 000 dons collectés en Suisse, 36 se sont avérés contaminés.

03 Don de sang 3

Tous ont été identifiés avant d’avoir été distribués donc bilan de l’année 2014 : ZERO échantillon contaminé dans la nature. En Suisse d’ailleurs, il n’y a eu aucun problème de contamination par un produit sanguin depuis 2001.

Face à ce bilan  somme toute rassurant, 2 conceptions s’affrontent :

  • Puisqu’on est aussi efficace, ouvrons le don ;
  • Au contraire ces résultats sont dus justement à toutes ces restrictions.

Un des experts rencontrés est lui très clair : on n’a pas de problème de limites techniques aujourd’hui, le problème est sociétal, c’est la peur, la crainte, les souvenirs de ce qui a pu se passer.

04 Don de sang 4

Le sang contaminé…

Le scandale sanitaire des années 90 qui est resté dans toutes les mémoires. Tout comme le « responsable mais pas coupable » qui résume la position des politiques de l’époque…

Depuis on a progressé dans la compréhension des maladies et leur détection, dans le traitement des produits sanguins mais la société est encore marquée psychologiquement par cette affaire.

Le risque qui subsiste aujourd’hui est lié à l’existence d’une « fenêtre diagnostique ».

Entre 6 à 15 jours après une infection par le VIH, le virus reste indétectable.

C’est 20 à 40 jours pour les hépatites.

… Aucune justification donc pour exclure des personnes à vie pour avoir eu un comportement à risque.

Un directeur de centre de transfusion suisse résume bien la situation « Niveau sécurité c’est ceinture, bretelles, et finalement pour que le pantalon ne tombe pas, on préfère l’enlever soi-même ».

Lui dénonce l’amalgame qui est fait, entre orientation sexuelle et comportement à risque.

Les statistiques de contamination par le VIH sont connues et personnes ne les conteste. OUI les contaminations sont plus fréquentes parmi les HSH. Est-ce une raison pour mettre tout le monde dans le même panier ?

Et personne n’est dupe : « On sait très bien que des gens mentent pour venir donner » me disait l’expert. Et c’est ça qui doit faire réfléchir : on oblige des gens  à mentir pour faire un acte solidaire.

Une étude de l’université de Lausanne, montre en effet que 11 à 40 % des HSH auraient déjà donné leur sang. En compilant les données disponibles dans plusieurs pays qui autorisent ou non le don aux HSH, les chercheurs concluent qu’un critère d’abstinence de 12 mois n’augmenterait pas significativement le risque de transmission de virus. Plus intéressant :  ouvrir le don induit une meilleure compliance au questionnaire pré-don.

Dessin réalisé à la volée par Karim pendant la présentation de Stéphany
Dessin réalisé à la volée par Karim pendant la présentation de Stéphany

Mais UN AN d’ABSTINENCE est-ce un critère raisonnable ?

Pour un des experts interviewés le « on vous accepte MAIS… » est inacceptable, c’est un discours d’escroc dit-il !

Par contre il évoque une question d’après lui souvent avancée par les jeunes médecins : la stratification du risque en fonction de la cible.

2/3 des dons sont utilisés pour des personnes de > 65 ans, dont beaucoup pour des soins d’oncologie terminale…

« Il est peut-être temps d’ajuster les critères en fonction de qui va recevoir le produit sanguin : un don de sang pour un fœtus n’a pas les mêmes implications que celui pour une personne en phase terminale de cancer »

Des propos qui peuvent choquer… ou ouvrir des vraies pistes de réflexions !

Dessin réalisé à la volée par Phiip pendant la présentation de Stéphany
Dessin réalisé à la volée par Phiip pendant la présentation de Stéphany

Mais peut-être faut-il plus compter sur la science que sur la société et les politiques pour mettre fin à cette discrimination…

Aujourd’hui le plasma et les plaquettes sont traitées pour détruire les pathogènes.

Mais les globules rouges, beaucoup plus fragiles ne supportent pas ces traitements de choc (produits chimiques, UV,…) Plusieurs équipes travaillent sur le sujet et il est possible que des solutions soient disponibles d’ici 2-3 ans.

Liens :

Rapport annuel don de sang en Suisse : http://www.blutspende.ch/fr/service_de_presse/mediatheque/publications/jahresbericht

Mon papier du Matin Dimanche : http://www.lematin.ch/sante/transfusions-frolent-risque-zero-suisse/story/14904333

Affaire du sang contaminé : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_du_sang_contamin%C3%A9

Etude Unil : http://www.chuv.ch/dumsc/dumsc-imco2014-poster-g16.pdf

#psSortDuPlacard – The Velvet Rage – La difficulté de grandir gay dans un monde hétéro

La chronique d’Alan démarre à 1:07:58.
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Billet présenté dans le cadre de l’event #psSortDuPlacard le 27 juin 2015


« Je suis homo ». Trois mots. Parfois si difficiles à articuler…

Saviez-vous que jusqu’en 1990, l’homosexualité était classifiée comme maladie mentale par l’OMS ?

On a fait du chemin depuis, mais il y a encore du boulot. Se découvrir et s’accepter homo aujourd’hui et se construire sereinement n’est pas simple : même si on ignorait les horreurs proférées par les bigots de tout poil, « pédé » reste tout de même dans le top 10 des insultes spontanées en France.

pstest_01-Velvet-Rage.pngGrandir homo dans un monde hétéro, pour le psychologue Alan Downs, auteur de The Velvet Rage, c’est avant tout grandir seul. Grandir sans modèles auxquels s’identifier.

On compare souvent l’homophobie au racisme. La comparaison a ses limites. Quand vous grandissez noir dans un pays blanc, ou l’inverse,  vous vous sentez sans doute un peu extraterrestre, mais vous êtes en général entouré de gens qui vous ressemblent. Et même s’ils ne vous ressemblent pas, vous avez autour de vous des gens qui se sont interrogés sur votre différence et vos souffrances et qui font de leur mieux pour vous aider. Quand vous êtes homo, en revanche, vous êtes vraiment seul, littéralement, dans certains cas : en 2006, un jeune sur 4 annonçant son homosexualité aux Etats-Unis se faisait chasser du domicile familial !

Dessin réalisé à la volée par Puyo pendant la présentation d'Alan
Dessin réalisé à la volée par Puyo pendant la présentation d’Alan

 

05 - Alan Downs

Alan Downs  est Docteur en psychologie, diplômé de l’Université du Nebraska en 1989.

Cela fait plus de 20 ans qu’il officie comme praticien clinicien. En tant que gay lui-même, séropositif, sauvé de justesse par l’arrivée des trithérapies – après avoir vu mourir pratiquement tous ses amis – il s’est spécialisé dans la question de l’homosexualité masculine et a écrit des livres de « self-help » destinés à cette population en particulier, notamment The Velvet Rage: Overcoming the Pain of Growing Up Gay in a Straight Man’s World, cité par différentes sources comme l’ouvrage de référence en la matière, malheureusement introuvable en français.

Refusant pendant longtemps d’accepter son homosexualité, il a vécu dans le placard pendant des années et a même épousé une « Beauty Queen » – une reine de beauté – de son école, sincèrement convaincu – et l’environnement très religieux de sa famille y est sans doute pour beaucoup – que s’il trouvait la femme de sa vie et qu’il l’épousait, il changerait (plus de détails ici).

 

Théorie avancée dans The Velvet Rage

La théorie qu’il développe dans The Velvet Rage, postule que grandir homo (ou bi)  dans un monde hétéro engendre forcément de la souffrance.

Selon l’auteur, les homos passent par 3 phases, qui expliquent beaucoup de leur traits communs (notamment les tendances à la dépression et au suicide / relations de coeur passionnelles et compliquées / besoin de perfection, besoin de suraccomplissement … )

Ces 3 phases — ou états — sont les suivantes :

  • En phase 1, on est  « Envahi par la honte » ;
  • En phase 2, on cherche à  « Compenser la honte » ;
  • En phase 3, enfin, il s’agit de « Cultiver l’authenticité ».

Les phases 1 et 2, ne respirent pas le bonheur… Mais ça va mieux en phase 3.

Examinons tout cela en détail :

Phase 1 : envahi par la honte

Chaque gay (ou bi) a grandi dans un monde qui n’acceptait pas, voire rejetait, un aspect fondamentalement constitutif de son identité. Chaque homo a compris très jeune qu’il y avait quelque chose de fondamentalement non-conforme en lui, et développé la croyance que ce quelque chose est fondamentalement inacceptable : on a vite fait d’intérioriser l’homophobie ambiante et d’adopter la croyance qu’on ne mérite pas d’être aimé.

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Alors la plupart des homos cachent – au moins un temps – cet aspect de leur identité, juste histoire d’être aimés, en restant persuadés que si les gens les aiment, c’est parce qu’ils ne « savent pas ». En gros, la croyance pourrait être formulée comme ceci : « Il y a quelque chose en moi de tellement faux, que si vous le saviez, vous ne pourriez pas m’aimer ».

Dessin réalisé à la volée par Sef pendant la soirée radio-dessinée
Dessin réalisé à la volée par Sef pendant la soirée radio-dessinée

En phase 1, en tant qu’homo, on cherche à éviter la honte. Par le déni la plupart du temps.

J’ai une confidence à vous faire. Limite une déclaration de conflit d’intérêt : je porte deux casquettes ici. Celle du podcasteur scientifique consciencieux qui vous fait le compte rendu de la lecture d’un ouvrage académique. Et celle aussi d’un gay qui a réussi à vivre dans le déni pendant très longtemps et qui peut témoigner de comment on vit tout cela de l’intérieur. J’avais réussi à me convaincre que mon orientation était un détail, un problème secondaire ; ce n’est qu’à l’âge de 42 ans que j’ai finalement réussi à prononcer ces 3 mots. Je suis homo. Comme beaucoup d’autres (mais sans doute un peu plus longtemps), j’ai « contourné la honte » par le déni. D’autres le font par le suicide.

Suicide : 4x plus fréquent que la moyenne chez les jeunes gays

 

Dessin réalisé à la volée par Inti pendant la présentation d'Alan
Dessin réalisé à la volée par Inti pendant la présentation d’Alan

Pourquoi avoir honte ? Parce qu’on manque furieusement de modèles. Quand j’étais ado, dans les représentations populaires, un homo, c’était la Cage aux Folles. Un vrai homme, c’était un type comme John Wayne. Et on ne l’imaginait pas embrasser un autre homme. Vous voyez souvent deux hommes qui se donnent la main dans la rue ou qui s’embrassent dans la file du supermarché ?

On commence à voir ça et là des personnages gay dans les séries télévisées, on progresse sur ce front. D’ailleurs, il n’y a pas eu un mois en 2013 et 2014 sans qu’une célébrité du show-biz, du sport, ou même d’Apple ne fasse son coming-out. Mais on est encore loin, très loin, de permettre aux jeunes homos de s’identifier à des modèles positifs.

Les homos sont interdits du don du sang dans de nombreux pays, quelles que soient leurs pratiques sexuelles.

L’homosexualité est un crime dans près de 80 pays, parfois passible de la peine de mort.

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Le Gay Bashing (c’est à dire taper sur un homo, lui briser quelques membres et quelques côtes, lui arracher quelques dents et si possible le défigurer, juste pour plaisir) est encore une réalité. Même ici. Même maintenant.

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Et je ne vais même pas aborder la question des religions et de la haine ouvertement assumée que la plupart d’entres elles proclament, au nom de l’amour du prochain… Contrairement à ce qu’on pourrait penser en constatant les progrès autour de nous, les raisons d’avoir honte ne manquent pas.

La fin de la phase 1 est marquée par le Coming Out. Etape indispensable pour passer à la suite.

Dessin réalisé à la volée par Mel pendant la présentation d'Alan
Dessin réalisé à la volée par Mel pendant la présentation d’Alan

 

Phase 2 : compenser la honte

18 - Im fabulousUne fois qu’on a accepté qu’on est gay, arrive la deuxième phase : « Compenser la honte ». On s’affirme. On fait tout ce qu’on peut pour se valider avec sa nouvelle identité, plus ou moins bien acceptée. On veut un maximum d’aventures, on veut être aimé par un maximum de conquêtes.

Les couples se font et se défont : on ne peut pas donner de l’amour quand on est profondément blessé dans ses émotions.

À ce stade, la passion est dévorante, dans ce qu’elle a de plus douloureux. On se sur-investit dans le travail. À la gym. On veut être le meilleur.

Atteints d’un syndrome de Peter Pan, on vise l’éternelle jeunesse. En phase 2, dans ma compréhension, on se trompe de combat : on essaie de se prouver qu’on est authentique, qu’on est à l’aise – voire fier – de son orientation, alors qu’en fait, on essaie de prouver au monde entier qu’au fond, on vaut quelque chose et qu’on mérite d’être aimé. On en fait beaucoup trop pour essayer de se sentir « validé » dans le regard des autres.

 

Phase 3 : cultiver l’authenticité

La phase 3 démarre avec un Moment eureka, celui où on se dit « Vous savez quoi ? Il n’y a rien que je puisse ajouter à ce que je suis pour que vous puissiez m’aimer. Je ne peux être que moi-même. Je dois être moi-même. Vous devrez m’aimer comme cela ».

19 - couv-maroc-hebdo-faut-il-bruler-les-homosPour atteindre le graal de la phase 3, on doit avoir répondu sincèrement à la question « Qui suis-je ? », « Qu’est-ce qui me rend heureux ? », s’accepter vraiment, profondément. Dépasser cette croyance initiale que l’on ne peut pas être aimé. On doit accepter qu’on peut être un homme même si on n’est jamais validé par son propre père. Qu’on peut être aimé même si des opposants de tout poil nous rappellent qu’on ne devrait pas exister.

Ce n’est qu’à partir de ce moment-là — moment qui, malheureusement, chez certaines personnes n’arrive jamais — qu’on peut vivre heureux et serein.

L’auteur offre une série de conseils aux homos pour passer paisiblement à l’étape  3 :

  • Abandonner son idéal de perfection. Cela n’intéresse personne. Quand on s’intéresse à un autre humain, aucun d’entre nous n’a envie de voir le masque de la perfection. Ce sont nos imperfections, notre vulnérabilité qui font de nous des gens auxquels on a envie de se connecter, dont on a envie de se rapprocher, avec qui on a envie de partager, qu’on veut protéger ;
  • Devenir adulte. Arrêter d’en vouloir au monde entier et à soi-même en particulier. Sortir d’une logique de culpabilité pour entrer dans une logique de responsabilité. Accepter que si on n’a pas pu se développer émotionnellement en tant qu’homme comme tout le monde, dans la vingtaine, et qu’à certains égards, on est restés coincé dans une très longue adolescence, il n’est pas trop tard pour le faire à la trentaine, la quarantaine, la cinquantaine ou plus tard encore ;
  • Pouvoir en parler avec quelqu’un (ami, thérapeute, famille). On doit faire la paix avec sa propre histoire, et pour cela, il faut une occasion de la raconter. On a besoin de lieux sûrs où on peut être soi-même (métaphoriquement et dans la réalité) ;
  • Cultiver les émotions positives (ou plutôt la seule émotion positive qui est la joie, par opposition à la tristesse, au dégoût, à la peur et à la colère, envahissantes jusque-là).

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Dessin réalisé à la volée par Kam pendant la présentation d'Alan
Dessin réalisé à la volée par Kam pendant la présentation d’Alan

Ce que je retiens du livre

  • Même si on ne se reconnaît pas tous dans la chronologie proposée, le modèle théorique d’Alan Downs est très intéressant. Il se base sur un référentiel théorique énorme, des années d’observation clinique, son vécu propre, et je pense que cela donne des points de repères vraiment utiles aux personnes concernées ;
  • Ce que je retiens, aussi, c’est la difficulté des deux premières phases. Ou comment le fait que les gens, l’entourage, pensant bien faire pour la plupart, qui ne comprennent pas que l’immense majorité des homos n’ont pas choisi leur orientation, et qu’une bonne partie auraient préféré être hétéros, font du mal, en profondeur, à leurs proches homo, en refusant de les « valider ». Ce n’est pas l’homosexualité intrinsèquement qui génère de la souffrance mais la réponse de l’entourage et de la société ;

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Dessin réalisé à la volée par Phiip Lapin pendant la présentation d’Alan

  • J’ai retenu que les jeunes ont besoin de modèles. Et j’encourage tous les homos en paix avec leur sexualité à le dire. À montrer que nous ne sommes pas des monstres et que contrairement aux idées reçues, il n’est pas possible — pour la plupart d’entre nous — de nous distinguer du reste de la population. Et qu’il est possible d’être quelqu’un de très bien « même » si on est homo. C’est la raison de mon coming-out public aujourd’hui. S’il n’y a ne serait-ce qu’un auditeur du Podcast, torturé par ses questionnements et en perte de repères, j’aimerais pouvoir lui donner de l’espoir. Jeune auditeur / lecteur gay, si tu te reconnais, n’hésite pas à m’appeler, j’aurai du temps pour toi. Je t’assure qu’on peut être homo et heureux et c’est ce que je te souhaite, même si ça doit te prendre du temps 🙂
  • J’ai surtout retenu que les jeunes ont besoin d’amour et de validation. Alors, en tant que parents, amis, voisins, proches ou éloignés, quoi que vous fassiez ou disiez, les homos de votre entourage resteront homos. Vous n’imaginez sans doute pas par quoi ils sont passés avant de pouvoir vous en parler. Tout ce que vous pouvez faire, c’est les accepter comme ils sont, les aimer, les valider et les aider à s’accepter.

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Sources  et références

#psSortDuPlacard – Sciences cognitives et homosexualité – L’interview de Franck Ramus

L’interview de Franck démarre à 37:07.
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Billet présenté dans le cadre de l’event #psSortDuPlacard le 27 juin 2015


Alan

Franck, tu n’es pas un spécialiste de l’orientation sexuelle, mais tu y as réfléchi et consacré quelques billets et articles

En revanche, tu es un spécialiste des sciences cognitives. Nous vous avions d’ailleurs reçu dans l’épisode 204 il y a quelques mois pour que tu nous parles du sexe du cerveau, soit les différences observables entre les cerveaux des femmes et les cerveaux des hommes.

Ce que j’avais retenu de ton intervention, c’est qu’il y a des différences – qui ne sont pas toujours celles qu’on croit quand on n’y connaît rien – et qu’aucune de ces différences ne justifie quelque discrimination que ce soit. Tu as aussi à cette occasion-là effleuré la question de l’orientation sexuelle d’un point de vue neuro-cognitif et c’est cela qui nous a donné l’idée de t’inviter aujourd’hui.

Thomas vient de nous parler des prédispositions génétiques, Irène nous avait présenté un dossier sur les hormones sexuelles (épisode 185) et qu’elle avait elle aussi pas mal parlé du rôle du dosage subtil des hormones sexuelles chez le fœtus, qui peut – dans une fenêtre temporelle précise – modifier l’architecture-même de certaines zones du cerveau et influencer l’orientation sexuelle.

Tout cela pour dire qu’on ne part pas tout à fait de zéro et qu’on devrait pouvoir entrer rapidement dans le vif du sujet.

En 2004 (je n’ai malheureusement pas de chiffre plus récent), 1/3 des Américains estimaient qu’être homo est un choix de vie. Un autre 1/3 des Américains pensaient que les homosexuels sont nés ainsi. 10 ans plus tard, on peut donner raison à un camp plutôt qu’à l’autre ?

Franck Ramus

Oui, en gros. Bon, c’est difficile de dire que les homosexuels sont nés homosexuels car à la naissance, ils n’expriment pas d’orientation sexuelle mais il y a quand même pas mal de données qui suggèrent qu’une bonne partie des facteurs qui déterminent l’orientation sexuelle sont précoces ; certains sont génétiques, certains sont pré-nataux, hormonaux ou immunitaires, ce qui n’exclut pas évidemment qu’il puisse y avoir des facteurs plus tardifs – il y en a aussi – mais de ce qu’on sait à l’heure actuelle, l’avantage est plutôt aux facteurs précoces. Et par ailleurs il y a aussi toutes les données issues des études de facteurs environnementaux, sociaux, etc. Et qui ont finalement abouti à la conclusion que l’orientation sexuelle exprimée par un individu, qu’elle soit homo ou hétéro, c’est quelque chose qui a l’air d’être très stable, finalement au cours de la vie (homo ou hétéro ou bi ou n’importe où dans le continuum, évidemment, ce n’est pas binaire). Ça a l’air d’être très stable au cours de la vie, et ce n’est pas quelque chose qu’on peut modifier comme ça. Il y a plein de gens qui ont essayé de changer l’orientation sexuelle des autres et qui ont simplement échoué. À ce jour, personne n’a trouvé une méthode pour rendre les homos hétéro, par exemple. Donc c’est quand même une indication assez forte que, finalement, c’est déterminé assez précocement et cela ne bouge plus trop.

 

Alan

Y a-t-il des précurseurs de l’homosexualité que l’on peut repérer dès l’enfance ?

 

Franck Ramus
Oui et non. Dans l’enfance, ce que l’on peut repérer, ce sont les enfants qui ont un comportement qui n’est pas tout à fait conforme à leur sexe tel qu’il est identifié. Il y a des garçons qui se comportent de manière plus féminine que la moyenne des garçons, il y a des filles qui se comportent de manière plus masculine que la moyenne des filles. Dans les études de recherche, en anglais, il y a un mot de jargon pour ça : gender non-conformity https://en.wikipedia.org/wiki/Childhood_gender_nonconformity . C’est un peu ridicule de le formuler comme ça, mais bon, voilà…  Ils ne sont pas tout à fait conformes à leur genre et ces caractères-là pendant l’enfance sont corrélés avec une non-hétérosexualité à l’âge adulte. C’est une corrélation, ce n’est pas non plus une détermination, ce ne sont pas tous les garçons qui ont des comportements plus féminins dans l’enfance qui deviennent homosexuels, et vice-versa ; il y a des gens qui deviennent homosexuels et qui n’avaient pas d’expression du genre différente pendant l’enfance, mais bon, voilà, il semble qu’il y ait un lien statistique entre les deux et à ma connaissance, c’est la seule chose qu’on puisse vraiment détecter pendant l’enfance qui ait une certaine valeur prédictive.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18194004

Dessin réalisé à la volée par Puyo pendant l'interview de Franck
Dessin réalisé à la volée par Puyo pendant l’interview de Franck

 

 

Alan

À part les facteurs génétiques et hormonaux, quels autres facteurs sont connus impliqués dans la détermination de l’orientation sexuelle ?

 

 

Franck Ramus
Thomas a évoqué des facteurs immunitaires… L’histoire de quand plus il y a de grands frères portés par la même mère et plus le foetus mâle a de chances de devenir homosexuel.

Dessin réalisé à la volée par Mél pendant l'interview de Franck
Dessin réalisé à la volée par Mél pendant l’interview de Franck

Et ça, la meilleure hypothèse qu’on ait à l’heure actuelle – bien qu’elle ne soit pas totalement prouvée, c’est que la mère aurait une réaction immunitaire au foetus mâle parce qu’il porte des antigènes mâles auxquels ses anticorps réagissent. Et que ces anticorps s’accumulent au fil des grossesses successives de foetus masculins et donc cela a un effet de plus en « agressif » on va dire sur les foetus mâles successifs. Donc, le 4e garçon de la fratrie est un peu « attaqué » in utero. Voilà pour les facteurs immunitaires. Pour ce qui est des facteurs environnementaux dans le sens psycho-sociaux, on ne peut pas dire qu’il y en ait un qui ait été vraiment identifié comme étant un facteur influençant l’orientation sexuelle. Entendons-nous bien, quand-même, on parle d’orientation sexuelle en tant que préférence pour des individus du même sexe ou du sexe opposé, à distinguer bien clairement des comportements sexuels évidemment. On peut avoir des comportements sexuels qui ne sont pas alignés sur les préférences qu’on a, pour des tas de raisons, évidemment. Et donc, les comportements sexuels sont totalement influencés par un tas de facteurs sociaux, en particulier : est-ce que l’orientation que vous avez est acceptée par la société ou pas ? Ça coule bien de source. Mais la préférence, qui elle est quelque chose d’interne, qui reste dans la tête de la personne, ça, on ne connaît pas vraiment de facteurs sociaux qui puissent l’influencer, ou en tout cas, ce n’est pas encore prouvé.

 

Alan

Et au niveau du cerveau à proprement parler, le cerveau des homos ? Est-ce qu’on a identifié, par exemple, une ou plusieurs zones dans le cerveau qui contrôlent l’orientation sexuelle ? Sait-on prédire, en observant un cerveau, de quel bord se situe son propriétaire ?

 

Franck Ramus
Alors, il y a quelques éléments. Pour commencer, il y a forcément une base cérébrale à l’homosexualité, puisqu’il s’agit d’une préférence cognitive et que ça induit des comportements et que la base du comportement, c’est le cerveau… S’il y a une différence au niveau comportemental, c’est qu’il y a une différence au niveau cérébral.

Après, toute la question, c’est de savoir lesquelles et puis comment ces différences apparaissent, évidemment. Donc, il n’y a pas énormément de choses solides à se mettre sous la dent ; ce qu’on a de mieux, ce sont des études qui ont été faites dans les années 80 de dissections (post-mortem évidemment) sur des personnes qui avaient donné leur cerveau, en particulier beaucoup d’hommes homosexuels américains qui étaient morts du SIDA dans les années 80 et qui avaient décidé de donner leurs cerveaux aux chercheurs.  http://www.sciencemag.org/content/253/5023/1034.Short

Ces cerveaux ont été comparés à un certain nombre d’hommes hétérosexuels et, dans ces études de dissection, les chercheurs se sont concentrés sur l’hypothalamus https://fr.wikipedia.org/wiki/Hypothalamus qui est l’une des régions du cerveau qui est bien connue pour être impliquée dans le comportement sexuel, et on avait déjà pas mal d’études chez l’animal qui avaient bien décortiqué l’hypothalamus et les différents noyaux qui participent à l’orientation sexuelle, par exemple chez le rat, et en allant chercher directement ces noyaux-là, ces chercheurs ont mis en évidence qu’il y a un sous-noyau de l’hypothalamus – qui est déjà à la base plus gros chez les hommes que chez les femmes – qui, chez les hommes homosexuels, aurait une taille intermédiaire ou en tout cas soit égale à celle des femmes soit plus proche de celle des femmes que de celle des hommes. Ce sont des études qui n’ont pas vraiment été reproduites depuis les années 80 parce qu’on n’a pas refait des grandes collectes de cerveaux comme ça de personnes homosexuelles et parce que c’est un noyau qui est tout petit et qui n’est pas visible à l’IRM. Si c’était visible à l’IRM, ça ferait longtemps [que ce serait reproduit] et on aurait déjà des dizaines d’études qui auraient répliqué ce genre d’observations. Là, ça n’a pas été bien répliqué. Mais on a des données sur une centaine de cerveaux, quand même, ce n’est pas rien. On aimerait avoir plus de confirmations indépendantes.

Après, si on regarde des choses à un niveau plus macroscopique, quand on fait les IRM standard, https://fr.wikipedia.org/wiki/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique , là, à ma connaissance, il n’y a rien eu de très très flagrant qui ait été observé et qui diffère fondamentalement entre les hommes homosexuels et les hommes hétérosexuels. Il y a peu de recherches sur les femmes homosexuelles malheureusement. En tout cas, pour ce qu’on sait du cerveau et des bases cérébrales de l’orientation sexuelle, il y a des différences en moyenne, mais il n’y a pas de différences telles que, en regardant le cerveau, on puisse faire une prédiction très claire de l’orientation sexuelle de la personne. Si on a une bonne mesure de ce noyau de l’hypothalamus, on peut éventuellement essayer de faire une prédiction qui va être un peu meilleure que le hasard, mais de là à classer les gens en homo ou en hétéro, ou quelque part ailleurs dans le continuum, on est loin loin loin d’avoir une telle précision.

 

Alan

Est-ce que tu sais si on a pu modifier l’orientation sexuelle d’animaux de laboratoire en agissant sur telle ou telle zone de leur cerveau ?

 

Franck Ramus

On peut la modifier soit en agissant directement sur les facteurs génétiques ; ça a été fait chez la drosophile : il y a un gène qui s’appelle fruitless. https://en.wikipedia.org/wiki/Fruitless_(gene)

Si on le mute correctement, on obtient des drosophiles mâles homosexuelles qui essaient de monter les autres mâles. On sait le faire par manipulation génétique. On peut aussi rendre des rats ou des souris mâles homosexuels en modifiant leur milieu utérin. Typiquement en injectant des hormones sexuelles à la mère pendant la gestation. On connaît très bien les mécanismes neurobiologiques qui se modifient en réponse à ces facteurs hormonaux intra-utérins et on observe que, in fine, là aussi que les mâles ont des comportements sexuels plus orientés vers les mâles que vers les femelles.

Après, je n’ai pas connaissance, chez l’animal, que l’on ait modifié l’orientation sexuelle plus tardivement : une fois qu’on a un mâle normalement hétérosexuel, est-ce qu’on a réussi à le rendre homosexue ? Je n’ai pas connaissance. Ce n’est peut-être pas impossible de le faire par lésion de certaines régions du cerveau mais je n’ai pas connaissance des études.

 

Alan

Pour rebondir sur la dernière partie de la présentation de Thomas , est-ce que affirmer qu’il y a des bases biologiques précoces à l’homosexualité, c’est être pour ou contre homosexualité ? Ça favorise l’homophobie ou ça lui coupe l’herbe sous le pied ?

 

Franck Ramus

Ça n’a rien à voir ! Ce sont deux questions d’ordre totalement différent. Il y a une question de connaissance factuelle de l’état du monde : il y a quelque chose qu’on observe qui est l’orientation sexuelle qui varie entre les individus entre l’homosexualité exclusive et l’hétérosexualité exclusive. On peut se poser la question de cette diversité : pourquoi les uns sont comme ci, pourquoi les autres sont comme ça ? C’est une question purement scientifique. Pour le chercheur que je suis, ça paraît totalement légitime d’essayer d’y répondre, parce qu’on est curieux et on a envie de comprendre pourquoi on est tous différents et quels sont les facteurs qui nous ont rendus comme nous sommes. Cela relève purement de la connaissance scientifique. L’autre question qui n’a rien à voir est : est-ce que l’homosexualité est bien ou mal ? La science n’a rien à dire là-dessus, c’est une valeur que chacun détermine pour soi-même mais ce n’est pas une question de connaissance. La valeur que l’on accorde à l’homosexualité ou à l’hétérosexualité n’a pas de lien direct avec la connaissance qu’on a de ces facteurs biologiques ou sociaux ou quoi que ce soit d’autre.

 

Alan

Etudier les bases biologiques de l’homosexualité, ca n’est pas ou n’a jamais été guidé par une arrière pensée médicale de « traiter » les homosexuels ?

 

Franck Ramus

Si si, bien sûr ! Les motivations des chercheurs ou des médecins sont ce qu’elles sont, et on ne peut pas nier que certains ont cherché à comprendre les bases biologiques de l’homosexualité parce qu’ils pensaient que, peut-être, ils arriveraient à soigner le cerveau des homosexuels, ou qu’ils arriveraient à « screener » le génome des fœtus homosexuels pour éviter qu’ils naissent. C’est certain qu’il y a eu ce genre de motivations, mais il y a eu des motivations à peu près similaires chez des gens qui avaient une conception environnementaliste de l’homosexualité, et qui ont essayé de traiter les homosexuels pour les faire devenir hétérosexuels en manipulant des facteurs environnementaux, y compris en les tapant, par exemple, pensant que c’était quelque chose de malléable par des facteurs environnementaux. Il n’ont pas réussi pour autant. Pour moi, il y a eu de l’homophobie de tous temps, et les gens qui veulent opprimer les homosexuels, ils les opprimeront quoiqu’en dise la science, qu’ils se basent sur une théorie biologique de l’homosexualité ou qu’ils se basent sur une théorie environnementaliste ; ça va peut-être changer les moyens avec lesquels ils vont opprimer les homosexuels, mais ca va pas changer leur motivation primaire !

 

Alan

Est-ce que la science a un rôle à jouer dans la lutte contre l’homophobie ?

 

Franck Ramus

La science a un rôle à jouer dans le fait de fournir des connaissance les plus fiables possibles, et la connaissance peut servir à mieux respecter les gens qui nous entourent. Il y a eu un exemple assez frappant récemment : les scientifiques peuvent dénoncer quand ils sont instrumentalisés pour de mauvais motifs. On a vu ça en Afrique récemment : l’année dernière, le président ougandais a décidé de renforcer les lois pour l’oppression des homosexuels, de tous les comportements homosexuels.  Déjà que la situation de l’homosexualité en Afrique, et en Ouganda en particulier, n’est pas rose… Il a décidé de renforcer l’oppression, parce que – soi-disant – il avait été conseillé par un panel de scientifiques ougandais, qui lui avaient dit que l’homosexualité n’est pas génétique, ni biologique mais que ce serait un choix. Et parce que c’est un choix, en avait-il déduit, c’est un mauvais choix et les gens sont responsables de leur choix et de leur comportement homosexuel, et donc, ils peuvent être condamnés pénalement. C’est vrai que, quand cette justification a été apportée, il y a quand même pas mal de chercheurs, y compris des chercheurs africains, qui se sont dit : « À la base, c’est une mauvaise représentation des connaissances scientifiques », parce que les connaissances scientifiques disent plutôt que l’homosexualité n’est pas un choix. De fil en aiguille, un certain nombre de chercheurs se sont pris en main. Le résultat, c’est que l’Académie des Sciences d’Afrique du Sud s’est auto-saisie et a formé un petit comité d’experts compétents en psychologie, en biologie, en sociologie, pour faire un état de l’art des connaissances sur les origines de l’homosexualité, de l’orientation sexuelle en général. Ils ont fait une revue complète de la littérature scientifique sur le sujet, et ils ont écrit dans leur rapport un résumé qui est disponible sur Internet, et que je vous engage à lire, parce qu’il est tout à lisible, il est très clairement écrit, il est très bien…
» http://www.assaf.co.za/wp-content/uploads/2015/06/8-June-Diversity-in-human-sexuality1.pdf

Vous pouvez aussi le trouver sur mon blog (http://franck-ramus.blogspot.com/2015/06/quand-les-bases-biologiques-de.html ), j’ai fait un commentaire de ce rapport de l’Académie des Sciences Sud-Africaine. En gros, ils prennent la question de l’orientation sexuelle par tous les angles possibles, ils passent en revue les données génétiques, les données hormonales, les données cérébrales, les données sociologiques dans les différents pays d’Afrique. Ils concluent que l’homosexualité n’est pas un choix . C’est, de manière prédominante, des bases biologiques. Et donc, il n’est pas correct de représenter de manière fallacieuse la science sur les origines de l’homosexualité à l’appui d’une politique discriminatoire ou oppressive envers les homosexuels. Ils ont un peu mélangé les genres en essayant à la fois de défendre à la fois la condition des homosexuels en Afrique et de faire l’état de l’art scientifique, mais leur état de l’art scientifique est tout à fait correct. C’est un bon exemple, finalement, où l’on voit que le gens utilisent des connaissances sur les bases biologiques de l’homosexualité, pour contrer l’homophobie et défendre toutes les personnes non-hétérosexuelles (les LGBTI) dans leur rapport, y compris les transsexuels, les conditions intersexuées, bref, toutes les orientations possibles.

 

Alan

Ce rapport vient d’être publié, c’était il y a 10-15 jours… L’adresse de ton blog, si on veut le retrouver ?

 

Franck Ramus

Le plus simple c’est de taper mon nom sur Google, et puis ca sortira. (http://franck-ramus.blogspot.com/)

 

Alan

J’ai une dernière question technique, je tiens à profiter de tes connaissance avant de passer la parole au public. Thomas nous a expliqué comment le trait se maintenait dans la population, quand bien même les homos ont en moyenne moins d’enfants que les hétéros. En gros, les facteurs génétiques qui prédisposent à l’homosexualité masculine favorisent la fertilité chez les femmes de la famille, ce qui fait que l’une dans l’autre, en moyenne, les porteurs de ces gènes ont plus d’enfants. Est-ce qu’il y a d’autres facteurs qui expliquent que le trait se maintienne dans la population, alors que les homos passent, par définition, moins souvent leurs gènes à la génération suivante ?

 

Franck Ramus

A ma connaissance, il y a trois grandes hypothèses. Thomas en a mentionné une, qui est en quelque sorte ce qu’on appelle un effet antagoniste entre les mâles et les femelles. Il y a des données à l’appui de cette hypothèse, comme tu l’as dit tout à l’heure. On ne peut pas dire qu’elle soit totalement prouvée non plus, on a besoin encore de quelques recherches là-dessus. Une autre hypothèse, c’est quelque chose qui a une logique un peu similaire mais qui n’est pas antagoniste entre les mâles et les femelles, c’est tout simplement, chez tous les individus de la population, ce qu’on appelle l’avantage hétérozygote, parce qu’on a deux copies de chaque gène, et donc on peut avoir deux allèles différents de chaque gène. Ce qui arrive parfois, c’est qu’avoir un allèle d’un certain gène, c’est avantageux pour quelque chose. Par exemple, avoir un allèle d’un certain gène, ça confère une résistance au paludisme. Du coup, cet allèle est assez répandu dans les pays d’Afrique équatoriale. Mais une fois sur quatre, si on a les parents qui ont cet allèle-là, une fois sur quatre, on va récupérer les deux allèles en particulier, et il peut arriver qu’avoir les deux allèles au lieu d’un ait des effets avantageux. En l’occurrence, si on a les deux allèles, dont un confère une résistance au paludisme, on acquiert une maladie génétique qui est une maladie du sang qui est extrêmement grave, l’anémie falciforme. On a une tension entre les porteurs hétérozygotes qui sont protégés contre une maladie, donc qui ont un avantage reproductif, et les porteurs monozygotes, qui ont une maladie supplémentaire. On peut imaginer – mais cela n’a pas été prouvé – qu’il y ait une facteur génétique qui prédispose à l’homosexualité quand il est en deux exemplaires, mais qui a un effet avantageux quand il est en un seul exemplaire. Ça n’a pas été prouvé, il y a juste des simulations mathématiques qui montrent que ca permettrait plausiblement de maintenir un trait qui diminue la fertilité, comme l’homosexualité, à une certaine fréquence dans la population aux alentours de 1 à 5%, qui est à peu près ce qu’on observe.

Une autre hypothèse possible, c’est simplement que c’est pas parce que c’est génétique que c’est transmis par les parents. Entre les parents et les enfants, il y a des mutations qui surviennent et le taux de mutation qui impacte notre génome a été pas mal revu à la hausse ces dernières années depuis le séquençage du génome humain, et on s’est rendu compte qu’on est tous porteurs d’un certain nombre de mutations. Evidemment, ces mutations peuvent aussi affecter des gènes qui sont impliqués dans l’orientation sexuelle. Par conséquent, il se peut que simplement le taux de mutations spontanées, qui survient à nouveau à chaque génération, soit suffisant pour expliquer qu’un trait, même qui a un impact négatif sur la descendance, puisse se maintenir à une relativement basse fréquence dans la population.

Je ne sais pas si c’était très clair…

 

Alan

Super clair ! Un immense merci Franck.

 

Franck Ramus

Je vous en prie.

(Applaudissements)

Alan

Xavier circule avec un micro si on a des questions dans le public.

 

Public

Bonjour. En fait j’ai une question qui est peut-être moins scientifique que sociologique. On a parlé au début de la différentiation qu’on pouvait observer précocement chez les petites filles et les petits garçons. Est- ce que vous pourriez nous citer des exemples un peu plus concrets que de dire « la petite fille est censée jouer à la cuisinière, le petit garçon aux petites voitures ». Est-ce qu’il y a des études qui sont basées sur des exemples un peu plus poussés que ceux-là ?

 

Franck Ramus

Disons… D’abord, il y a des cas extrêmes où l’enfant exprime vraiment explicitement un désir d’appartenir à l’autre sexe, ou une croyance d’appartenir à l’autre sexe. C’est très rare, mais ça existe. Ces enfants-là sont plus susceptibles de devenir des personnes homosexuelles plutôt qu’hétérosexuelles, même si ce n’est pas totalement déterministe. Et sinon, il y a tout un ensemble de comportements sexués qui ne sont pas juste le fait de jouer avec des petites voitures ou des poupées, mais globalement, parmi toutes les différences qu’on observe entre les garçons et les filles, dès la première section de maternelle, dans la cour de récréation, c’est clair qu’il y a du conditionnement social dans des trucs arbitraires comme le bleu et le rose, mais pas dans tout. Donc typiquement, les garçons sont physiquement plus actifs, ils vont avoir tendance à jouer spontanément à des jeux plus turbulents, plus compétitifs, que les filles, et les filles vont avoir tendance à jouer à des jeux pro-sociaux, plus coopératifs, etc. Il peut y avoir une partie de conditionnement social là-dedans, mais ce sont quand même des tendances très fortes qui sont observées à travers toutes les cultures. Sur ces comportements-là, effectivement, il y a des enfants qui ne rentrent pas dans le « stéréotype de leur genre ». C’est un facteur prédictif relativement modéré de l’orientation sexuelle.

 

Mais sachant que, malgré tout, il ne faut pas confondre l’identité de genre et l’orientation sexuelle. Ce sont évidemment deux choses bien distinctes, même s’il y a une certaine corrélation entre les deux.

 

Public

Bonjour (…) Je me demandais, Est-ce qu’on a une idée de l’évolution de la population des personnes homosexuelles, en tout cas la part dans la population mondiale. Est-ce que c’est quelque chose qui a été constant au niveau de l’histoire ; est-ce qu’il y a eu des périodes où il y en a eu plus ? Est-ce qu’on a même des données là-dessus ou pas ?

 

Franck Ramus

C’est une bonne question ! Alors, évidemment, les données qu’on a là-dessus sont forcément limitées : sur la préhistoire, on ne peut pas savoir. C’est un point qui est justement abordé dans le rapport de l’Académie des Sciences Sud-Africaine, notamment parce que certains politiciens sud-africains, qui promeuvent l’homophobie, ont à un moment sorti l’argument que l’homosexualité, c’était une importation du style de vie occidental, ça ne correspondait pas au style de vie africain « normal » et historique, et que c’était une perversion importée de l’Occident. Dans ce rapport, ils passent en revue, notamment, tout un tas d’études anthropologiques qui montrent que des comportements et des orientations  homosexuelles étaient documentés en Afrique, bien avant la colonisation ou, en tout cas, quand les colons européens sont arrivés, ils ont observé qu’il y avait déjà tout un tas de comportements homosexuels, qui étaient, de manière générale, bien souvent très bien acceptés par les populations locales dans leur culture locale. Ce sont en fait les missionnaires qui ont réprimés l’homosexualité en Afrique. Ce n’était pas du tout une importation des occidentaux. C’est un exemple pour dire que, pour ce qu’on en sait, l’homosexualité existait en Afrique bien avant qu’on aille les emmerder. Et, autant qu’on le sache : on la trouve partout dans le monde. Les études de prévalence, alors  « combien de pourcents expriment une préférence qui n’est pas totalement hétérosexuelle… », c’est compliqué parce que ça dépend des définitions, ça dépend des seuils, ça dépend des populations qu’on interroge, ça dépend d’à quel point les populations sont prêtes à révéler leur véritable orientation sexuelle. Il y a plein de problèmes méthodologiques et, évidemment, sur l’échelle de Kinsey, on peut placer le seuil à différents endroits, soit ne compter que les homosexuels exclusifs, soit compter tous les gens qui ne sont pas hétérosexuels exclusifs. Bref, on obtient n’importe quel chiffre entre 1 et 5%. Autant qu’on puisse en juger, ces prévalences n’ont pas bougé, en tout cas sur le dernier siècle, et ne diffèrent pas significativement d’un pays à un autre, ou d’un continent à l’autre. Pour ce qu’on en sait, on aurait tendance à dire que c’est stable et que ni en augmentation démesurée ni en diminution. Ce qui est peut-être en augmentation, ce sont plus les comportements homosexuels dans la mesure où les sociétés deviennent plus libérales et acceptent plus l’homosexualité. Donc ça, ça fait que des gens qui étaient homosexuels en terme d’orientation dans leur tête, et qui ne l’auraient jamais exprimé en terme de comportement auparavant, maintenant ils le peuvent, effectivement ça augmente, mais l’orientation elle-même, on n’a aucune raison de penser que ça ait changé.

 

Alan

Merci beaucoup. Une question de Mél.

 

Mel

Question sur les hormones sexuelles. Comme on le sait, la testostérone engendre des comportements reproducteurs chez les mâles, et quand il y a des pics d’œstrogènes, et même c’est résiduel chez les être humains, en théorie, ça augmente l’envie de faire l’amour chez les femmes. Du coup, par rapport aux l’histoires des embryons qui viennent après une certaine portée de garçons, il y a un nouveau garçon qui arrive, Est-ce que ca pourrait plus ou moins détruire les prototesticules et sécréter moins de testostérone, et peut-être plus d’œstrogènes, et que ce soit cela qui féminise ou masculinise le cerveau ?

 

Franck Ramus

C’est une question intéressante, mais malheureusement, je ne suis pas sûr qu’on ait vraiment décortiqué l’effet immunitaire sur le cerveau des fœtus mâles. Est-ce que ca passe via leurs testicules et la production des hormones sexuelles, ou pas, c’est une hypothèse intéressante mais je n’ai pas la réponse.

 

Alan

(rires) Un champ d’étude qui s’ouvre !

#psSortDuPlacard – XilCast : le mouvement et la théorie Queer

La chronique de David (Xil) démarre à 2:00:25.
» Ecoute sur Soundcloud

Billet présenté dans le cadre de l’event #psSortDuPlacard le 27 juin 2015


Bonjour Alan, Bonjour Podcast science,

Je vais donc essayer de vous parler en 5 minutes du mouvement et de la théorie queer…

Alors queer qu’est-ce qu’un queer ?

« Queer » signifie étrange, bizarre en anglais. Dans son acception courante contemporaine c’est un terme générique permettant de regrouper sous un même nom la plupart des minorités sexuelles et en particulier toutes personnes n’étant pas hétérosexuelle ou cisgenre.

2000px-Queer_Nation_logo.svgHistoriquement, Queer, était utilisé dans les années 20, par certains gays anglophones pour se désigner, mais il prit rapidement une connotation péjorative, parfois utilisé comme insulte, puis tomba peu à peu dans l’oubli à mesure que d’autres termes émergeaient. Pourtant, dans les années 90’s un petit groupe anarchisant lié à Act up et à la gauche radicale, Queer Nation, entreprit un travail de réappropriation. Le mouvement Queer était né !

réappropriation ?

ride-for-my-nigga-coverLa réappropriation, c’est l’idée pour un groupe de revendiquer un terme connoté négativement et utilisé par des personnes extérieures au groupe pour le désigner. C’est une stratégie que cherchent à employer des féministes avec “cunt” et qui a été utilisé par des Afro-Américains avec « black » ou « Nigga ». « Nigga » pouvant, par exemple, être employé positivement de plusieurs façon par des Afro-Américains, genre « my nigga » peut vouloir dire « mon mec ».

 

 

 

Mais d’autres insultes racistes coexistent et il semble impossible d’effectuer pour chacune d’entre elles un travail de réappropriation. De plus, même « Nigga » est toujours en parallèle utilisé comme insulte. Certaines personnes considèrent donc que la stratégie de réappropriation est vouée à l’échec ; pour eux, l’étymologie de ces mots soulignera toujours une discrimination.

Mais il existe une seconde raison de défendre la réappropriation : revendiquer des discriminations pour mieux les combattre ; ne pas oublier que l’on a été discriminé car d’autres discriminations et dominations existent toujours.

Cela amène le mouvement Queer, politiquement, à être anti-assimilationniste. C’est à dire, par exemple, à ne pas militer activement pour le mariage gay au nom d’une opposition plus générale au mariage et par peur de troquer une petite victoire contre l’impossibilité d’un changement de société plus important.

Le mouvement Queer est aussi inclusif que possible et cherche à défendre toutes les minorités sexuelles. Sont donc queer – s’ils le revendiquent – non seulement les LGBT mais aussi :

LGBTSlides.014

  • Les queer hétérosexuels : (par exemple des femmes hétérosexuelles revendiquant des comportements traditionnellement associés à la masculinité ou l’inverse) ;
  • Les pratiquant du BDSM ;
  • Les asexuels ;
  • Les polyamoureux ;
  • Et finalement tout ceux ne s’identifient ni à la norme ni à ces catégories ou, au contraire, s’identifiant à plusieurs d’entre elles.

Cette optique rappelle celle du féminisme intersectionnel.

Qu’est-ce que c’est que ça ?

intersectionalityintersectionality

L’idée qu’on peut pas lutter efficacement contre une discrimination en l’isolant des autres. Que, pour éviter de se retrouver à défendre des idées racistes, ou homophobes en essayant de faire du féminisme, il faut s’assurer de lutter simultanément contre toutes ces discriminations.

Et ce n’est pas le seul lien entre queer et féminisme. Le mouvement queer est parfois présenté comme héritié de la seconde vague de féminisme et le féminisme pro-sexe, apparu dans les années 80 est issu du mouvement queer. C’est un féminisme qui, au nom de la liberté sexuelle, va s’opposer à d’autre formes de féminisme sur des questions comme la pornographie.

Et qu’en est-il dans le monde académique ?

LGBTSlides.022Dans le monde académique, vous connaissez les études de genre. Le sexe est une catégorie biologique. On peut tester génétiquement si vous êtes un homme où une femme. Tandis que le genre, par définition, est une catégorie sociale… Pour illustrer ça avec un exemple trivial, porter du rose est aujourd’hui vu comme féminin, alors qu’au Moyen-Âge, cette couleur était réservée aux garçons. Pas de doute, on n’est pas dans le biologique ici : c’est une caractéristique associé au genre.

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Les études de genre vont donc étudier les caractérisques des deux genres et aussi s’intéresser aux interactions entre genre et sexe… Exemple de question pouvant être traitée dans une étude de genre : est-ce que le fait que les femmes fassent peu d’études de mathématiques tient du genre – d’une construction sociale donc – ou du sexe – d’un déterminisme biologique ?

Tout le monde suit ? Parfait.

LGBTSlides.023Les études Queer où études LGBT, vont apparaître dans les années 70 et faire un peu la même chose en s’intéressant non plus uniquement au genre mais à l’orientation sexuelle (donc lesbienne, gay, bi, hétérosexuel) et s’intéresser aussi à que ce qu’on appelle à les IDENTITÉS de genre. Par identité de genre on entend demander aux gens comment ils se définissent eux-même. Il y avait deux genres, homme et femme correspondant le plus souvent au sexe biologique, il va y avoir au moins trois identités de genre : homme, femme et transgenre ou queer. Les études Queer vont être en science sociales des travaux qui vont analyser ces caractéristiques et éventuellement les confronter à des déterminismes biologiques.

Enfin on peut aussi parler de théorie Queer.

Elle est apparue dans les années 90 et s’intéresse aux corrélations entre ces catégories, sexe, genre, identité de genre, et une nouvelle catégorie, l’identité sexuelle. L’identité sexuelle, c’est donc le groupe auquel vous vous identifiez vis-à-vis de votre sexualité.

Quelle différence avec l’orientation sexuelle ?

Par exemple, que ce soit par pression sociale ou pour d’autres raisons, beaucoup d’homosexuels vont dans un premier temps penser être hétérosexuels, c’est un cas où identité sexuelle et orientation sexuelle vont différer. L’identité sexuelle est aussi un concept plus large que l’orientation sexuelle : BDSM, polyamour ou échangisme ne sont généralement pas considérés comme des orientations sexuelles mais peuvent être des identités sexuelles.

Néanmoins, ce que les promoteurs de la théorie Queer vont chercher à montrer, en s’appuyant des philosophes comme Michel Foucault, c’est que la sexualité est essentiellement une construction sociale (bon je crois que quelques études indiquant qu’ils n’ont pas forcément totalement raison là-dessus sont au programme de cette spéciale mais voilà c’est dans cette direction qu’est orientée la théorie Queer). Ils vont aussi essayer de montrer que ces catégories ne sont pas nécessairement pertinentes car des individus peuvent changer de catégories, que certaines identités se recoupent parfois et que la limite entre elles n’est pas abrupte, discrète mais fluide, continue. Tout cela justifiant aussi la notion de Queer regroupant donc des personnes s’identifiant à aucune ou plusieurs de ces catégories.

 

Et je n’ai malheureusement pas vraiment le temps d’aller plus loin où de creuser les limites de cette théorie donc je m’arrête là et vous souhaite un bon live, en bonne compagnie, avec toute l’équipe de Podcast Science.

#psSortDuPlacard – Gènes & Homosexualité

La chronique de Thomas démarre à 28:01.
» Ecoute sur Soundcloud

Billet présenté dans le cadre de l’event #psSortDuPlacard le 27 juin 2015. Une version augmentée du billet est disponible sur le blog de Thomas Menace Théoriste. Bonne lecture !


Homosexualité et génétique

Les intervenants précédents vous ont montré que le sexe est une invention de la nature beaucoup moi simple que nous avons tendance à le croire intuitivement. Il faut donc se méfier de ce que nous croyons savoir à ce sujet.

On m’a invité à vous parler de génétique et d’homosexualité. On va se demander s’il existe oui ou non, des déterminants génétiques à l’orientation sexuelle

Sur ce sujet il y a plusieurs questions qui se posent. Je vais en poser quatre, volontairement naïves.

1 — Y a-t-il un gène de l’homosexualité ?

2 — En dehors des gènes, qu’est-ce qui pourrait en être la cause ?

3 — Si c’est bien un gène, comment se maintient-il au fil des générations ?

4 — Si c’est un gène, encore une fois, doit-on craindre des idées eugénistes ?

Et je vais tenter de vous montrer qu’il faut se placer dans une  perspective évolutive pour apporter des éléments de réponse à ces questions. Pour cela il faut comprendre tout de suite que l’échelle à laquelle l’évolution fonctionne, ce n’est pas l’individu, c’est la population, le pool génétique à l’intérieur duquel se réalise le brassage des formules génétiques qui sont ensuite passées au crible de la sélection naturelle.

 

Première question : Y a-t-il un gène de l’homosexualité ?

C’est une question naïve, parce que personne ne se demande s’il existe un gène de l’hétérosexualité ou de la bisexualité, ou de la préférence pour les petites brunes ou les grands roux. Et pourtant nos gènes étant la feuille de route à partir de laquelle s’échafaude notre corps dans lequel sont inscrits nos instincts, forcément il existe in fine une population de gènes impliqués dans la modulation de tous ces comportements sexués.

Les études scientifiques qui cherchent à comprendre comment la génétique influence la sexualité ont mis en évidence ces dernières décennies un certain nombre de zones sur nos chromosomes (8 en particulier) qui sont fortement corrélées avec l’orientation sexuelle. Cela veut donc dire que NON, il n’y a pas 1 gène de l’homosexualité, mais OUI, le terrain génétique a un rôle dans l’homosexualité.

On ne sait pas encore dans le détail quelle chaine d’évènements relie à une extrémité le terrain génétique et à l’autre le comportement de l’individu, mais dorénavant, c’est établi : il existe des déterminants génétiques, et l’orientation sexuelle n’est donc pas un choix ni le résultat d’une influence sociale.

 

Dessin réalisé à la volée pendant la présentation de Thomas
Dessin réalisé à la volée pendant la présentation de Thomas

Question 2 : En dehors des gènes qu’est-ce qui pourrait être la cause de l’homosexualité ?

Le phénotype, c’est-à-dire l’ensemble des caractères visibles de l’organisme, est le résultat de l’interaction du génome avec son environnement, et donc l’homosexualité pourrait très bien être le résultat d’une influence environnementale au cours du développement.

Comme l’expliquait Irène dans l’épisode 185, les hormones et l’environnement maternel prénatal sont des suspects que la science surveille de près.  Et ainsi, on sait que l’ordre de naissance peut jouer un rôle. Les chances ou les risques d’être homosexuel pour un homme donné augmentent de 33% pour chaque frère plus âgé que lui né de la même mère. La différence se joue au niveau de l’environnement maternel, et sans doute en relation avec le système immunitaire de la mère (Blanchard 20011). Ce fait est d’ailleurs très intéressant parce qu’il a été montré que les mères des hommes homosexuels ont tendance à avoir plus d’enfants que les autres, mais c’est aussi le cas de leurs tantes2.  Du coup l’hypothèse génétique est renforcée3. Et on en arrive à la troisième question, celle qui me semble la plus intéressante.

 

Question 3 : Comment une formule génétique produisant un individu homosexuel peut-elle se fixer dans la population ?

Si les homos ne peuvent pas se reproduire, les gènes qui rendent ceux qui les portent homos devraient disparaitre, non ? Eh bien c’est là qu’il faut prendre du recul et cesser de penser à l’échelle des individus. On observe dans la nature, chez plus de 1500 espèces à ce jour des comportements homosexuels. C’est donc un caractère qui est largement distribué chez les animaux. Et donc, par définition, il n’est pas contre-nature.

Pour expliquer cette large présence, nous avons deux possibilités : ou bien c’est une convergence évolutive et l’homosexualité est apparue séparément chez toutes ces espèces, ou bien c’est un trait ancestral qui s’est maintenu dans toutes ces lignées depuis plusieurs dizaines ou centaines de millions d’années.

Dans un cas comme dans l’autre on se retrouve devant l‘énigme d’un caractère qui rend de facto stérile et qui est pourtant conservé par l’évolution au fil des générations. C’est étonnant, mais pas tant que ça, et les fourmis ouvrières, ou bien les termites ou encore les abeilles pourraient nous dire que c’est un peu ce qu’elles vivent au quotidien : chacune d’entre elle est stérile, et pourtant leur espèce est florissante.

Caractère ancestral ou convergence évolutive, dans un cas comme dans l’autre on est en présence d’un équilibre dynamique dans la distribution des compositions génétiques au sein des populations. Voici comment il fonctionne en théorie : si un ensemble de déterminants génétiques rendent des femmes plus fertiles,  alors ces déterminants, disons des gènes pour aller vite, vont avoir tendance à se fixer dans la population au fil du temps. Si ces versions de gènes, quand ils sont présents tous ensembles dans le corps d’un individu le rendent homosexuels, alors à l’inverse ils auront tendance à disparaitre.  Ces deux tendances antagonistes, si leurs forces ne sont pas totalement déséquilibrées vont aboutir à un équilibre : la proportion finale de ces gènes dans la population sera celle qui permet leur transmission avec un taux suffisamment bas pour ne pas produire trop d’individus stériles (car homos) et suffisamment haut pour rendre les femelles plus fertiles.

Pourquoi un tel équilibre est-il favorisé ? Parce que c’est celui qui garantit la maximisation de la transmission des gènes dont nous parlons. Pour aller plus loin, je vous renvoie vers le livre de Richard Dawkins Le gène égoïste.

 

Question 4 : Doit-on craindre un eugénisme ?

Dans l’absolu, on peut imaginer que soient mis au point des tests qui permettent de dire aux parents si leur enfant est porteur des marqueurs génétiques corrélés à l’homosexualité. Et dans un monde ou l’homophobie est toujours tenace, cela laisse imaginer des cas d’interruption de grossesse en vue d’éviter de mettre au monde un petit homosexuel… Mais il y a plusieurs raisons pour penser que cela ne se produira pas.

— D’abord l’orientation sexuelle n’est pas binaire, et l’échelle de Kinsey nous explique qu’il y a un continuum entre homo et hétéro en passant par cinquante nuances de gris… au moins.

— Ensuite on a vu que l’environnement prénatal avait une influence, et par conséquent le génome seul ne pourra sans doute jamais suffire à prédire l’orientation du futur adulte.

Cela fait deux bonnes raisons scientifiques de ne pas chercher à réaliser ce genre de test : ils seront inefficaces. Encore faut-il que les gens soient sensibles aux arguments scientifiques…

— Il y a une troisième raison. Une raison éthique. Notre société devra décider tôt ou tard si les parents ont le droit de « choisir » les caractéristiques de leurs enfants comme un produit sur un catalogue de cuisine aménagée. Rationnellement on doit répondre non, pour tout un tas de raisons. Et j’aimerais citer encore une fois l’évolution, qui nous a appris que la meilleure des stratégies est toujours de laisser au maximum de formules génétiques la chance de faire leurs preuves au contact du monde.

C’est pourquoi une société dirigée par la raison et non par l’idéologie ne peut pas sombrer dans l’eugénisme. Et c’est pour cela qu’il faut laisser aux chercheurs le droit d’étudier ces questions et de comprendre ce qui fait que nous sommes qui nous sommes. L’homophobie n’est jamais le produit de la connaissance, elle est le produit de l’ignorance.

Références

1 Blanchard R. 2001. Fraternal Birth Order and the Maternal Immune Hypothesis of Male Homosexuality. Hormones and Behavior 40, 105–114. http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0018506X01916812

2 Iemmola F. & Ciani A.C. 2009. New Evidence of Genetic Factors Influencing Sexual Orientation in Men: Female Fecundity Increase in the Maternal Line. Archives of Sexual Behavior 38, 393-399. http://link.springer.com/article/10.1007/s10508-008-9381-6

3 Une étude sur la drosophile qui vient de sortir montre un phénomène assez similaire à celui observé chez l’homme. Les lignées produisant des mâles avec des comportements homosexuels produisent également des femelles plus fertiles que les autres. http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/282/1809/20150429 Hoskins et al. 2015 A test of genetic models for the evolutionary maintenance of same-sex sexual behaviour

 

Dessin réalisé à la volée par Sef pendant la présentation de Thomas
Dessin réalisé à la volée par Sef pendant la présentation de Thomas