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Retranscription du crossover Tales of the World

 

Retranscription du Podcast science #147 – Crossover Tales of the World avec Ruxandra Stoicescu. Un immense merci à Guillain (Seuillot) pour son gros gros boulot !

 

Alan : Pour démarrer, je propose, histoire qu’on sache qui tu es (pour nos auditeurs qui n’auraient pas encore la chance de te connaître et qui vont rapidement s’abonner à Tales of the World, j’espère), peux-tu nous dire en quelques mots qui tu es, ce que tu fais dans la vie ?

Ruxandra Stoicescu : Bonsoir à tous les auditeurs de PodcastScience. Je suis roumaine, le «scu» à la fin du nom le trahit. Ça fait bientôt douze ans que je suis à Genève où je suis venue étudier les relations internationales. J’étais décidée à devenir prof d’université. J’allais enseigner les sciences politiques, éclairer les esprits des nouvelles générations. En étudiant pour mon doctorat, j’ai découvert que j’aimais aussi le monde de la radio et du podcast. J’ai alors décidé de combiner la recherche dans le domaine des relations internationales avec les sciences politiques pour essayer de faire des émissions.

A : Tu fais encore de la recherche aujourd’hui ?

RS : Oui, je travaille avec divers organismes Suisses, qui financent des projet de recherche en relations internationales. J’ai aussi travaillé avec World Radio Switzerland, la radio Suisse en anglais. Parfois j’interviens à Radio France. Et bien sûr, j’ai Tales of the World, le podcast-blog que je tiens toutes les semaines depuis un an et demi. Il y a aussi une maison d’édition, Road Map Media qui travaille en association avec des universités et des projets académiques pour la transmission de leur message.

A : Quand tu parles de maison de production, c’est la tienne ?

RS : Oui c’est une maison de production que j’ai créée avec mon ami Reto Steffen. Il est aussi membre dans l’ombre de PoscastSuisse : dans la mesure où il est associé à Tales of the Word, il connaît aussi quelques uns des membres du collectif. C’est surtout lui qui fait le design musical et sonore de mes podcasts.

A : Qui est magnifique ! Ça relève le niveau des podcasts amateurs.

RS : Il est chanteur d’opéra et il a une affection toute particulière pour Bach, pour la musique baroque. Je pense que, parfois, je lui arrache les oreilles avec les choix que je fais pour illustrer mes podcasts. Mais il s’y prête avec beaucoup de grâce, je l’en remercie.

A: Tu nous a dit que tu as fait une thèse de doctorat ? Dans quel domaine ?

RS : Oui. En relations internationales. En me concentrant sur les sciences politiques. C’était une thèse sur une idée très compliquée qui vient avec un mot compliqué : la liminalité. En gros, c’est l’idée de frontière. Le limès est le seuil entre deux mondes, entre plusieurs états. Typiquement, l’adolescence est bon exemple d’état liminal. On est en chemin d’un état d’enfant vers un état adulte. L’adolescence est l’état liminal.

A : Ça a un rapport avec subliminal ?

RS : Non. Étymologiquement ça vient aussi de limès mais on va dans des landes très obscures de la science fiction.

A : Encore que l’adolescence, c’est aussi un peu de la science fiction… On a prévu de parler de pas mal de choses. J’aimerais commencer avec la notion du mot science dans les sciences politiques, sciences sociales. Ça n’a pas toujours été comme ça ?

RS : Non. Justement je voulais commencer cette discussion en expliquant l’aspect du mot science. Bien sûr, c’est un mot facile à débusquer. Cela vient de scientia, de scire, qui veut dire savoir en latin. Mais il  a aussi un cousin grec plus ancien qui vient de skésis qui veut dire séparer, scinder. La science est autant liée au savoir qu’à la séparation des savoirs. C’est une idée très intéressante, et c’est pour ça que je voulais commencer avec Aristote et Ptolémée, les premiers scientifiques que nous connaissons dans la civilisation occidentale. Eux étaient des scientifiques de tout : de la société, de la nature… ils parlaient de tout, pas uniquement des mathématiques, de la biologie mais aussi de l’univers et des hommes. C’est du niveau du scientia. Comme on a évolué historiquement, on a scindé le savoir. De nos jours, on est dans une étape où la science est un savoir très cloisonné. Avec beaucoup de frontières, justement, entre les différentes choses qu’on appelle la science.

A : Super intéressant. J’étais au courant pour la racine latine. Mais je n’ai jamais fait le rapport avec la racine grecque. Poursuivons sur ce thème. A l’époque d’Aristote et Ptolémée, la somme des savoirs de l’humanité était peut-être encore à la portée d’un individu. Individu exceptionnel, évidemment, mais on peut encore imaginer des savoirs universels. Avec la somme des savoirs qu’on a accumulée aujourd’hui, ça parait juste impossible. Aurait-on un autre choix que de cloisonner comme on le fait ?

RS : Oui, je pense que oui. Après l’époque antique et l’époque médiévale, on a bien sûr la renaissance avec l’expression «homme de la renaissance» (ou femme de la renaissance). C’était des individus qui connaissaient autant la science que les arts, la poésie, ils parlaient le grec et la latin. Bien sûr, nous ne pouvons pas savoir «à fond» de nos jours. Même les spécialistes sont spécialistes de petites tranches de leur science. Puisque tu avais annoncé qu’on parlerait de politique, économie, etc… c’est un très bon exemple, rien que dans le domaine des sciences sociales, ceux qui font de la science politique ne parlent pas avec les sociologues qui ne parlent (surtout) pas avec les économistes. Les anthropologues sont ces baba cool qui vont sur le terrain, des go native, et dieu sait ce qu’il vont nous rapporter. L’idée n’est pas de savoir ce que l’autre sait mais d’être ouvert à ce qu’il pourrait apporter, comme savoirs et comme méthodes.

A : J’ai quand même l’impression qu’il y a un changement aujourd’hui dans la démarche scientifique où de plus en plus d’études sont pluri-disciplinaires.

RS : Oui c’est toute une discussion. De nos jours, nous sommes au bout d’un chemin qui a commencé plus ou moins à l’âge des lumières quand on a commencé à se rendre compte qu’on avait cumulé beaucoup de savoir. Il y a eu aussi un divorce irrémédiable avec la religion. Ça a été l’époque de l’encyclopédie de Diderot, l’encyclopédie de tous les savoirs. C’est alors qu’on a commencé à exprimer le besoin de se spécialiser. Là, nous nous trouvons à un point où l’on se rend compte qu’on ne peut pas juste rester dans sa case alors on prend une certaine disciplinarité. Mais en fait, pour compliquer les choses, je peux vous dire que, dans les cercles spécialisés, on parle de multi-disciplinarité, d’inter-disciplinarité, de trans-disciplinarité et de juxtaposition des disciplines. Cela dénote différents degrés de communication entre les disciplines.

 David : Je dirais qu’il y a en parallèle l’accumulation des connaissances qui rend la spécialisation nécessaire et la complexité des objets qu’on étudie ainsi que leur enchevêtrement qui rend la multi-disciplinarité nécessaire. Il me semble que ça a été évoqué lors de l’épisode sur les open sciences, au niveau des neurosciences. Je pense que c’est pareil pour les sciences sociales comme vient d’en parler Ruxandra.

Robin : Je ne pense pas qu’il faille dire qu’il y en a un qui est bien et l’autre pas bien. Des gens ont un caractère qui les amène à être plus obsessionnel et à creuser leur sillon. C’est comme pour les artistes : certains vont tenter 15 mille expériences et d’autres vont creuser leur même truc pendant toute leur vie. Ça m’évoque aussi autre chose. C’est assez rigolo. Au Palais de la Découverte, où je travaille, on collabore avec des scientifiques qui nous disent d’arrêter de faire du disciplinaire parce que la science est trans-disciplinaire, inter-disciplinaire, multi-disciplinaire, ils ne savent jamais ce que ça veut dire non plus. Mais nous, nous voulons continuer en disciplinaire parce qu’on a l’impression qu’on a une tournure d’esprit à apporter, une espèce de vision des choses à implanter avant de pouvoir commencer à les changer. Chaque discipline a un style et il faut passer par une phase où l’on appréhende cette manière de voir les choses. Des gens sont connus dans la recherche pour être des gens capables de transmettre, de traduire d’un langage à l’autre, de faire des synthèses de choses différentes. Et d’autres pas du tout. Je ne porte pas de jugement de valeur sur les gens qui restent dans leur discipline. Je pense que c’est nécessaire aussi. C’est plus une question de caractère.

RS : L’une des raisons pour laquelle on a choisi ce thème est parce qu’à la base, Alan a été interpellé par cette question des sciences. On a les sciences molles et les sciences dures. C’est comme si les sciences molles n’étaient pas de véritables sciences.

A : Je n’ai pas dit ça !

RS : Non mais c’est dans le discours ambiant. D’ailleurs, récemment à la radio, j’écoutais parler de science sans se poser la question de dire que c’était la physique, chimie, etc… Je ramène ce point car l’idée est, bien sûr que si quelqu’un a choisi une discipline c’est qu’il a des affinités et c’est important de suivre ça. Mais la question est le degré d’ouverture que l’on a. Si on examine une question de société, de nature, d’univers, quel degré d’ouverture on a pour des lectures qui peuvent ajouter des dimensions nécessaires. C’est pas l’idée d’avoir un savoir universel, c’est impossible. C’est la question de hiérarchie des savoirs. Apparemment, un savoir acquis par des sciences dures serait plus noble et solide que s’il venait des sciences sociales. C’est là que ça devient compliqué.

D : Il y a différentes manières d’envisager cette hiérarchie. De temps en temps, elle peut juste être liée au réductionnisme. C’est à dire qu’on peut théoriquement imaginer réduire la biologie à la chimie, la chimie à la physique, etc… En poursuivant ainsi mais dans le sens inverse, on peut aussi imaginer réduire la psychologie à de la biologie, la sociologie à de la psychologie, etc… Je pense que c’est un peu ce qui amène à penser à cette hiérarchie des savoir. Ce n’est pas forcément une hiérarchie dans le sens où l’un est mieux que l’autre mais juste lié à la relation qu’entretiennent les objets étudiés.

RS : Je vois dans la chatroom des gens qui envoient des dessins qui engagent la pureté des sciences et se demande qui a raison. On arrive à la conclusion : personne.

A : C’est un fameux dessin de XKCD.

R : Il y a la blague habituelle des sciences dures et des sciences molles mais si on se place du côté des gens qui font des sciences molles, ils appellent ça des sciences humaines. J’en conclue que les sciences dures sont des sciences inhumaines. C’est pas terrible non plus !

RS : C’est inhumain tous ces calculs que vous nous faites faire !

R : J’ai l’impression que, plutôt que de hiérarchie, c’est prendre les outils adaptés à ce qu’on a envie de décrire. J’ai l’impression de radoter mais évidemment que la physique a besoin des maths et que, peut-être avec de la physique on peut décrire de la biologie. Mais il y a un moment où ça ne va plus marcher. Où l’on n’est plus à la bonne échelle. Par exemple, pour décrire l’écoulement d’un fluide, on ne va pas regarder ce qu’il se passe pour chaque molécule, c’est débile, ça ne peut pas marcher comme ça. C’est une question d’outil adapté à ce qu’on veut décrire.

RS : Justement Robin, toi tu donnes toujours des exemples par rapport à la physique et aux maths. moi je peux dire, par exemple, que les économistes ont pris les maths pour en faire l’économétrie et ils veulent tout expliquer avec des modèles économétriques. On arrive à la limite des modèles. C’est cet aspect de concevoir des outils qui permettent de décrire ou d’analyser ce qu’on rencontre et c’est justement pour ce design qu’il faut parfois regarder à côté. Là est la question par rapport aux sciences. Parfois un physicien doit écouter l’aspect naturel de la vision de l’univers afin de voir comment une perspective scientifique est entendue dans la société.

D : Une dernière intervention très rapide sur la hiérarchie des sciences. Je crois que ça vient de… enfin je sais pas d’où ça vient, mais ça remonte au moins à Saint Thomas d’Aquin, puisqu’il avait à peu près cette même hiérarchie. Mais en mettant la religion, Dieu, tout en haut et ça a très longtemps été le cas.

RS : En effet, Saint Thomas d’Aquin avait des vues très précises sur la façon dont devait se tenir l’ordre de l’univers. Mais il est considéré comme scientifique, parmi les saints.

A : On essaie de garder notre sérieux malgré ce qu’il se passe dans la chatroom. On a quelques contributeurs déchainés, c’est assez drôle ! Pour finir avec cette histoire de hiérarchie et faire le lien avec un autre sujet que je voudrais qu’on aborde, je me demande s’il n’y a pas une hiérarchie dans les esprits, qui est liée au pouvoir de prédictibilité des sciences. En physique, on sait que quand on lâche une pierre, elle tombe. Elle tombe toujours (pour autant qu’on soit dans les bonnes conditions, évidemment). Le pouvoir de prédiction est total. En biologie, c’est déjà moins net. On sait que face à des pressions évolutives, les organismes vont évoluer mais on n’en sait pas plus. J’ai l’impression, mais je dis peut-être une énorme bêtise, je vais encore me faire taper sur les doigts comme d’habitude, qu’en économie, on a tendance à prédire les phénomène une fois qu’ils ont eu lieu. On a toujours des experts qui arrivent après les krachs pour expliquer comment ça s’est passé mais on les entend rarement avant les krachs.

R : Je peux abonder dans ton sens. Et c’est même pire que ça. Il y en a qui ont effectivement prédit ce qu’il se passerait mais ce n’est jamais les mêmes. Et sur le nombre de prévisions faites, c’est logique qu’il y en ait qui se rapprochent de ce qu’il s’est passé.

RS : Je pense qu’il faut être nuancé. Je ne suis moi-même pas toujours d’accord avec les économistes et j’ai peur qu’on leur fasse un peu trop la morale. Je pense que l’économie est à la fois un bon et mauvais exemple. C’est un bon exemple parce que c’est une discipline qui, de par les tendances aux États-Unis ou autre, est fortement numérisée. On utilise des modèles économétriques. Elle a pris les maths comme garantie de ses modèles et prédictions. Le problème est que beaucoup d’économistes écrivent au sujet du développement et de l’aspect psychologique des gens. Cela accentue le modèle mathématique. Du coup, certains modèles viennent de l’idéologie. Un bon exemple est le cas de deux papiers. L’un écrit par le FMI justifie le choix d’austérité en Europe par rapport à la crise. Grâce à un chercheur français du FMI, ils ont fini par reconnaître que le modèle n’était pas très exact parce que la perte de productivité de un euro n’était pas affectée par un multiplicateur qui aurait dû donner un euro cinquante de perte de productivité. Ils avaient oublié que le multiplicateur de Keynes, qui travaille quand on dépense plus, travaille également quand on dépense moins ! Ils l’ont oublié non pas par inattention mais parce qu’ils sont dans une pensée tunnel idéologique et ils savent déjà les résultats qu’ils veulent atteindre et décident ce qu’il faut faire en fonction. Ils font leurs outils à l’envers. Ils n’écoutent plus le terrain avec les outils, mais essaient de le contrôler avec les outils.

Si les auditeurs sont intéressés, je recommande chaleureusement un livre écrit par une anthropologue, Alexandra Ouroussoff : Wall Street at War (en anglais, il n’existe pas en français). Cela parle des oeillères terribles que les agences de notation établissent sur le management des compagnies. C’est tout à fait ça avec les schémas économétriques des risques, des contrôles de risques, des probabilités, de défaut.

A : Quand on parle de sciences économiques, on parle bien, entre autre, de ces choses-là ?

RS : Oui mais il y a plusieurs branches. Il y a l’économie, l’économétrie, l’économie de développement, celle qui étudie l’offre et la demande, etc… C’est juste de souligner là où ils ne font pas bien leur boulot mais je pense que c’est parce que quelque chose s’idéologise dans leur approche.

D : Je voudrais revenir au tout début, c’est à dire que le fait que c’est beaucoup plus facile de tester en physique. Mais finalement, je ne sais pas si c’est pas plus simple de tester une théorie économique que l’existence du boson de Higgs.

A : Il suffit de mettre en place un collisionneur de particules de 27 km !

D : J’ai l’impression que le soucis des théories économiques n’est pas leur scientificité. Par exemple le critère de Popper, c’est à dire la falsificabilité, fonctionne comme critère de scientificité. Dans ce cas, les théories économiques sont scientifiques. Le problème est qu’elles ne marchent pas. Ce domaine scientifique est très loin d’avoir trouvé la solution. L’un des éléments qui expliquent l’énorme difficulté est l’approche idéologique et bornée qu’ont nombre d’économistes. L’autre, dans l’aspect trading, modèle financier, etc… où les gens ne sont pas si idéologisés, ils sont là pour faire de l’argent et sont prêts à accepter n’importe quelle théorie pourvu qu’elle rapporte de l’argent. Leur problème est que leurs prédictions influencent fortement le modèle. C’est à dire que le système global change au fur et à mesure des prédictions ! Celles-ci deviennent du coup beaucoup plus compliquées à faire.

RS : C’est un point très important. D’une certaine manière, tu as soulevé un point très contesté qui est celui de «dans quelle mesure le chercheur influence ce qu’il recherche». Il y a des théories constructivistes dans ce domaine même en science. Ça me fait penser à quelque chose que je tiens absolument à dire. Je suis fan des émissions d’Etienne Klein, sur France Culture. C’est un physicien français qui a posé une question qui m’a intriguée : est-ce que les lois de l’univers existaient avant qu’on les découvre ? J’ai pas beaucoup réfléchi dessus mais c’est une très bonne question. C’est la même chose pour l’économie : elle n’existait pas avant que les sociétés existent. Il faut donc prendre en compte la société et les individus, ce qu’on ne fait plus.

R : Les oiseaux n’existaient pas avant qu’on les appelle des oiseaux. Maintenant ils n’existent plus pour les scientifiques alors qu’ils existent encore pour les non-scientifiques. C’est clair que les oiseaux n’existent pas sans êtres humains. Le choix de l’outil est un choix idéologique. Se dire qu’on va décrire le monde économique ou social avec des maths, c’est déjà un choix. Je pense qu’il y a deux questions : celle des outils qu’on utilise. Est-ce qu’on va trouver des outils qui sont plus ou moins adaptés ? De mon point de vue, on ne trouvera jamais le bon outil puisque, a priori, on en a plein, il n’y a pas de raison que l’un soit le bon. Les outils ne sont pas les mêmes. En maths c’est la logique, en science c’est les maths sauf pour certains où s’il n’y a rien que les maths, on ne crée rien de nouveau, c’est pas intéressant. En sciences sociales, il faut trouver les outils qui paraissent les plus adaptés. L’autre question est sur ce qu’on appelle science dure ou molle. Ça dépend de la définition qu’on a en tête. Par exemple, en maths, pour valider ou invalider une proposition, ce qui compte c’est la démonstration. En sciences autres (c’est pour ça que j’ai du mal à mettre les maths avec le reste des sciences), ce qui compte, c’est l’expérience sauf quand on fait des sciences théoriques mais qui sont, du coup, des mathématiques. En histoire, ce qui va valider est de croiser des sources différentes. Mabillon a formalisé ce qui est une recherche rigoureuse en histoire. Évidemment, ça ne peut pas être une démonstration ou une expérience qui va valider une théorie historique. Voilà, il y a les outils de recherche et les outils de validation.

RS : Oui et aussi une question des buts. Le but de l’histoire, de la sociologie, de l’anthropologie, etc… n’est pas de prédire. Ma thèse très provocatrice serait de dire qu’on peut, si on est très attentif aux indications du terrain, prédire des mouvements de foules, quand ça va pas marcher, etc… Mais il faut vraiment écouter le terrain. Je pense que, surtout, tu as bien souligné l’aspect de l’expérience et le fait de garder des aspects de récits, de faits. Le but de l’histoire n’est pas de prédire mais d’entendre, ce comprendre ce qu’il se passe. Je pense que c’est là où l’on fait une erreur. C’est vraiment une question de politique, de financement et d’idéologie. On a donné une qualité subalterne à toutes ces sciences humaines, justement parce qu’il n’y a pas de possibilité de généraliser leurs conclusions et leurs trouvailles. Par exemple aux États Unis dans les années soixante, la question était vraiment le choix du financement. Finance-t-on la littérature et les métaphores ou une science dure ou une science politique qui prétend qu’elle va prédire quelque chose. Cette idée de prédiction est fausse mais sert à attirer les fonds. C’est une question politique.

 D : Je réagis en décalé, je suis désolé… On peut généraliser l’aspect auto-influencé à toutes les sciences humaines et à une partie des sciences dures. A partir du moment où l’humain est inclus dans l’objet étudié, en médecine, par exemple, la théorie qu’on construit affecte le système et donc affecte la théorie. On est dans des systèmes qui ne sont pas nécessairement moins scientifiques mais plus durs à étudier.

RS : On sait qu’on peut compter sur les résultats des sciences dures mais je pense que, rien que pour le boson de Higgs, il a fallu de l’imagination pour imaginer quelque chose comme ça. Et avoir la foi pour continuer à chercher. D’ailleurs, j’ai fait un épisode de Tales of the World sur ce que représentait pour moi le boson de Higgs. Comme la conclusion est que la masse n’est pas une propriété innée des particules, pour moi, on n’a pas, en tant que société humaine, en tant qu’individu, des propriétés irréductibles au niveau du psyché et qu’on ne peut pas absolument changer. Ça m’a donné de l’espoir pour l’avenir politique. Si c’est dans l’interaction que quelque chose naît, alors il faut regarder la relation et non juste la chose en soi, comme disait Kant.

A : Je suis assez d’accord avec la conclusion même si le cheminement me laisse un peu perplexe. Je propose qu’on passe à la suite mais je reviendrai à ma question initiale que tu as soigneusement éludée !

RS : Je voulais faire comprendre, en regardant l’histoire de la science, qu’on a des noms d’individus qu’on associe avec des découvertes. Dans l’islam, il y en a aussi beaucoup. A l’ère médiévale et à la renaissance, de nombreux individus amènent de la science de l’occident. Si l’on regarde la Chine ou l’Inde, on a moins de noms, moins d’individus mais on a des découvertes anonymes qui soulignent l’aspect de la communauté, de l’intelligence qui n’est pas liée à l’individu. Je ne savais pas que les choses qui ont poussé l’occident là où il est : la presse, le papier, la poudre à canon, etc… sont des inventions chinoises qui sont arrivées beaucoup plus tard chez nous. C’est ce que je voulais souligner. Une curiosité culturelle et historique.

A : Cette question des noms des stars de la science a été abordée dans notre dernier épisode avec Alexandre Moatti, sur les alter-sciences, c’est à dire des sciences dérivées, des fausses sciences, en fait. Comme l’exemple que tu donnais tout à l’heure où l’on essaie de faire entrer des ronds dans des carrés en science économique où le résultat compte plus que la démarche, où l’on s’intéresse plus à la réponse qu’à la question, ce qui est assez anti-scientifique. La science se remet en question, quand elle fonctionne.

RS : Ce qui ressort des études des anthropologues, c’est du parti pris, c’est que les économistes détestent se remettre en question.

A : C’est une vieille question récurrente sur PodcastScience, à laquelle on n’a toujours pas répondu.  J’ai beaucoup de peine à considérer que l’économie ait sa place dans la science. On en saura plus en janvier parce que Matthieu, l’autre co-fondateur du podcast, qui s’est éloigné pour des raisons d’emploi du temps mais qui revient de temps en temps, va justement revenir en janvier avec un invité qui va nous parler de macro-économie. C’est un discours qui aurait sa place en science, on verra…

D : Personnellement, ça me gène que tu dises que l’économie n’est pas dans la science (il faudrait définir la science). J’ai tendance à avoir une acceptation assez large de ce qui peut entrer dans les sciences. Il y a une différence entre ne pas être scientifique et ne pas marcher.

A : On est d’accord.

D : Pour moi, la démarche des économistes reste en grande partie scientifique, mise à part l’idéologie excessive mais qui se trouve aussi en sciences classiques. De temps en temps, des gens restent arc-boutés sur une théorie scientifique et ne veulent pas se rendre à l’évidence. C’est même souvent la manière dont les paradigmes se remplacent les uns les autres. C’est rarement par changement d’avis des scientifiques mais par renouvellement des générations. Elles se font plus facilement convaincre par ce qui est plus réaliste.

R : Sur l’économie, des gens qui ont une formation d’économiste, soutiennent qu’on ne peut pas faire de théorie scientifique de l’économie. Je ne connais pas bien la question, il faudrait que je creuse du point de vue historique, mais Zenon prétendait qu’on ne pouvait pas faire de théorie de la matière parce que le continuisme ne marche pas et que l’atome ne marche pas non plus.

RS : Il faudrait une théorie quantique de l’économie !

R : Je suis d’accord avec David. Dire que ça fait ou non partie de la science dépend complètement de ce qu’on appelle science. Il faut donner une définition. Tous les malentendus viennent de problèmes de définition.

RS : Dans la mesure où la science est le savoir systématique (étude systématique qui arrive à un savoir), dans ce sens, il n’y a plus de science molle ou dure. C’est la question d’être systématique, vrai et sincère qui définit.

A : Ma vision de la science est ça : une démarche qui est capable de se remettre en question. Après, si on arrive à des savoirs…

RS : Oui, il y a un effet de savoir, pas de savoirs pré-établis.

D : Dans les définitions de science que j’ai vues, je pense aux successions de paradigmes, falsificabilité, etc… (la définition que Ruxandra vient d’évoquer) je n’en ai vu aucune qui excluait les sciences sociales ou les sciences humaines.

Ludwig Wittgenstein

RS : C’est une pratique qui ne se fait même pas au niveau déclaratif. Wittgenstein disait, je le cite en anglais : «meaning is use». La manière dont on utilise un mot, une parole, suggère ce qu’on en pense même si on ne le dit pas. On ne dit pas que la science sociale est moins bien que les sciences dures, mais la manière dont on en parle, dont on les finance, dont on la néglige, crée ce genre de hiérarchie.

D : Je suis d’accord avec toi. Je trouve intéressant que tous les gens qui ont essayé (me semble-t-il, en tout cas, toutes les personnes que je connais) de définir les sciences font des définition assez englobantes.

R : Beaucoup de gens confondent les sciences et les techniques. Je pense que si on se penche sur la question de ce qui est financé et qui est bien considéré ou pas, il y a ce qui rapporte et ce qui ne rapporte pas. Potentiellement, je veux dire. Les maths fondamentales ont un gros inconvénient : elles n’ont pas d’applications ou alors dans cent cinquante ans, sans qu’on s’y attende. Elles ont un gros avantage : elles ne coûtent rien. Par rapport au LHC, on est tranquille, un matheux ne coûte rien !

A : Ça pompe pas mal d’énergie, quand même !

R : La question est : pourquoi les financer ? On le voit au niveau politique, on demande aux gens de savoir ce qu’ils vont trouver dans dix ans. En France, on leur demande de faire des dossier qui précisent la direction de recherche, ce qui va être trouvé et quelle application il y aura. Dans une science sociale, chercher dans telle direction avec telle application sera crédible sur certains points mais pas sur beaucoup d’autres. Le but n’est pas de prévoir mais de comprendre, de faire sens, c’est parce que c’est intéressant, etc… Mais c’est un argument qui ne rapporte pas de pognon.

RS : Oui, de nos jours, il n’y a plus l’appréciation de ce qu’on dirait superflu mais qui est la science fondamentale. Le CERN, c’est que ça finalement.

A : Heureusement qu’il nous reste le CERN.

RS : On avait parlé du CERN, on disait que la recherche fondamentale engendre des retombées pour l’industrie, c’est pour ça qu’elle est financée. Il y a des possibilités de combiner.

A : Oui même si c’est pas forcément prévu. Le web, qui est un peu le poumon économique du XXIème siècle sort tout droit du CERN. Mais je ne pense pas que ce soit pour ça qu’on l’a financé. C’est la sérendipité.

R : Si tu veux une liste de trucs où c’était pas prévu que ça serve mais que ça sert… tu prends dans les maths et tu pioches au hasard !

A : On va faire une semaine sérendipité sur le C@fé des Sciences.

R : Une des plus belles histoires, j’en ai parlé dans l’épisode sur les nombres premiers, c’est un mathématicien qui revendiquait que ses études ne servent à rien. C’était au temps de la bombe atomique que ces fumiers de physiciens ont inventée. Mais lui était tranquille ses études ne servaient à rien. Vingt ans après sa mort, on a trouvé que ses résultats, entre autres, allait servir aux cryptages les plus élaborés donc allait servir aux banquiers et aux militaires. Le mec a tout perdu, il a dû se retourner dans la tombe !

A : Je reviens à ma fameuse question. Ça ne s’est pas toujours appelé Science Sociale. Peux-tu nous dire à quel moment a eu lieu ce changement ? Quand a-t-on fait entrer l’humanité dans les sciences ?

RS : Au XIXème siècle je dirais. Comme toujours, un bon historien ne fait jamais l’erreur de dire : «c’est là !». Une des retombées des approches plus systématiques des sciences à l’ère des lumières a donné que, lorsqu’on a essayé de voir, par des projets sociaux, comment les sciences pouvait aider la société à aller mieux, est la naissance de la sociologie, avec Durkheim et Comte, puis plus tard Weber. C’est leur contribution qui a fait que les connaissances, qu’on retrouve aussi des observation sur la société dans les écrits de Aristote, Platon, etc… , et l’étude des sociétés sont devenues une étude en soi. Avant, pendant la renaissance et juste avant les lumières, il y avait tous les philosophes anglais et français. Leibniz était mathématicien mais il écrivait sur la question sociale, de même avec Hobbes, il faisait du droit, écrivait sur la politique, les maths. Tout ça allait ensemble. C’est vers le XIXème siècle où ça a commencé à se séparer. De même pour l’éducation : on ne donnait plus une éducation à l’université qui englobait toutes ces connaissances. Du coup, l’avocat ne connaissait plus les lois mathématiques, le médecin se souciait moins des aspects de politique ou d’économie.

A : Je me posais une autre question. Dans l’étude de ces rapports entre la science et la politique, l’exemple que tu donnais tout à l’heure, de cette politique d’austérité qui était défendue à l’appui de chiffres…

RS : Irréfutables, apparemment…

A : …donc légitimes, je me demande s’il n’y a pas une espèce d’instrumentalisation de la science, des mathématiques ou des chiffres par le politique.

RS : Je dirais l’inverse. On a créé cette idée de scientisme qui dit que ce sur quoi on peut compter, c’est des théories démontrables qui s’appuient sur des chiffres et des formules. Ça nous vient aussi des États Unis où la vie politique est tellement orientée sur la question de démonstration mais qui est aussi très noire ou blanche. C’est là que l’instrumentalisation commence. C’est pas que les européens ou les chinois sont innocents mais c’est là qu’on assiste très clairement à cette instrumentalisation. J’ai un autre exemple récent autour de théories très établies dans le domaine des relations internationales. Ils avaient écrit un papier d’analyse économique qui prenait le fait que si des pays dépassent un certain niveau d’endettement, leur croissance serait moindre. Il a été démontré que c’était une erreur de tableau Excel, pas d’analyse ! Certaines colonnes n’avaient tout simplement pas été prises en compte. C’était un étudiant du MIT qui a repéré l’erreur. Il arrive d’amener les étudiants à reproduire les résultats des grands luminaires. Ce gars n’a pas réussi à retrouver les résultats. Il a fallu du courage politique et médiatique pour sortir et dire que ces deux luminaires cités depuis trois ans dans les chancelleries, par le FMI, se sont trompés. Ça a été un scandale. Même s’ils ont reconnu qu’il se sont trompés, ils ont assuré que ça renforçait quand même leurs dires, alors que c’était vraiment l’opposé.

A : Le comble de la mauvaise foi.

RS : Exactement. Je pense qu’on peut être plus de mauvaise foi dans les sciences sociales que dans les sciences dures. Mais je suis sûre qu’on peut l’être aussi dans les sciences dures. C’est un bon exemple, même pas d’instrumentalisation mais le discours devient tellement fort qu’on ne prend plus l’autorité de le contredire ou de le casser.

A : C’est ce que tu disais, c’est le scientisme. C’est une croyance, ça n’a plus rien à voir avec la science.

R : C’est plus difficile de se rendre compte qu’on s’est planté dans une théorie sociologique ou économique parce que les conséquences ne sont pas aussi directes. Par exemple, en physique : tu envoies une fusée et elle explose. Tu vois assez vite que tu t’es planté.

RS : Oui mais c’est la question de l’arrogance, d’assumer une faillibilité. En analyse politique on appelle ça le «group think». Ce n’est plus l’individu qui pense mais c’est le groupe qui rend silencieux toute autre voix de dissension.

A : Je retiens que, dans cette histoire, il y a eu quelque chose de scientifique, c’était le fait de vérifier et d’essayer de reproduire les résultats.

RS : En effet.

A : Ça a conduit à la correction.

RS : Il y a des «fool proof», des garanties, des checks, qui font que la vérité peut sortir. Tant mieux, ça donne de l’espoir !

A : David brandit une brosse depuis l’Irlande, je crois qu’il a quelque chose à dire.

D : C’est un défi en interne, il ne faut pas que tu le dises ! On lève la main avec des objets étranges…

A : T’es bon avec ta brosse.

D : Je voulais dire, dans le même sens que Ruxandra, dans l’interaction entre économie, politique, science et politique, etc… je pense que le politique a le devoir de ne pas revenir en arrière sur ce qu’il a dit. Sinon, il donne l’impression d’être une girouette, de ne pas savoir ce qu’il dit, de ne pas être fiable. C’est très mal perçu. Autant un politicien n’est pas censé être compétent en physique, disons, autant on attend de sa part une certaine compétence en économie. Parce que c’est souvent lié, certains prétendent être le meilleur économiste de France (Raymond Barre), un bon économiste (DSK), etc…A partir du moment où il y a ce mélange, ça pousse l’intégralité des économistes à adopter cette manière de faire des politiciens. Il y a une forme d’inceste entre ces deux domaines et on est moins à même de revenir en arrière que dans d’autres domaines scientifiques.

RS : Je me demande pourquoi on ne considère pas Jacques Attali comme un bon économiste. Même s’il n’en est pas un. C’est l’un des observateurs de la société qui fait des remarques les plus pertinentes de l’aspect économique du travail.

A : On a vu les liens entre science et politique dans un sens.

RS : On a vu un autre bon lien avec le CERN. A la base c’était pour la recherche fondamentale mais aussi pour qu’on investisse dans la recherche pour l’industrie européenne. Il continue à y avoir beaucoup de projets, Marie Curie et les différents schémas de financement qui sont pour des développement en industrie européenne. A côté il y a la recherche fondamentale qui est vitale.

A : Je me demandais, en essayant d’explorer d’autres liens entre science et politique, quelle est l’importance de la science dans les décisions politiques ? Est-ce qu’on consulte des scientifique, on commissionne des experts, on leur demande leur avis ?

RS : Je dirais que ça dépend du domaine. Si on regarde celui de la santé, on semble beaucoup entendre les scientifiques surtout quand il s’agit de maladie comme la malaria, éradiquer le VIH, etc… Si on va dans le domaine du climat et de l’environnement, soudainement les scientifiques sont ignorés. Il y a même des scientifiques qui se sont fait menacer de mort (et pas juste en Russie). Cela n’arrive pas uniquement dans des sociétés autocratiques. La question de l’environnement est un bon exemple pour montrer quelle place la politique veut bien ou ne veut pas garantir à la science.

A : Le seul fait qu’il y ait débat sur le réchauffement climatique par exemple, alors que c’est clair chez les scientifiques, le réchauffement climatique existe et est lié à l’activité humaine.

RS : Alors que tout le monde est d’accord qu’il faut éradiquer la malaria, qu’il faut produire plus de filets, que des compagnies pharmaceutiques devraient produire plus de médicaments…

A : Tu veux dire que s’il y a des retombées économiques, on écoute d’avantage les scientifiques ?

RS : Oui, c’est ça. Et on les instrumentalise aussi.

A : Encore une question que je voulais voir avec toi, c’est la place de la science dans la formation des politiques. En préparant l’émission autour d’un café à Genève, il y a quelques temps, tu me disais qu’on utilise la théorie des jeux chez les diplomates ?

RS : Pas seulement. Pour analyser les négociations de l’Organisation Mondiale du Commerce, le terrain est très fertile pour la théorie des jeux. C’est toujours pour savoir qui va lâcher le premier sur les tarifs, les subsides, etc… Il y a une application, qu’on considère à succès, dans l’analyse des négociations. Il y a plein d’autres endroits où l’on négocie, même pour le climat. Je n’irai pas jusqu’à dire que les diplomates utilisent ça. C’est en lisant ça que les analystes, à travers la théorie des jeux, essaient d’expliquer ce qui se pose. Personnellement, j’ai toujours trouvé la théorie des jeux très intéressante mais il y a toujours une question fondamentale. On parle de préférence et intérêt mais on ne parle pas de leur formation alors que c’est vital.

D : C’est limite de la psychologie évolutionniste. C’est super intéressant mais c’est pas le propre de la théorie des jeux. Pour moi, la formation des préférences et intérêts relève de la psychologie évolutionniste. La théorie des jeux est un outil quasi-mathématique.

RS : Oui, c’est pas un outil à utiliser tout seul.

D : Il faut le cumuler avec autre chose. Il y a des simulations où tu vas faire un jeu du prisonnier réitéré, tu vas voir des acteurs qui se déplacent ou pas, et si les acteurs se déplacent et s’imitent, l’altruisme va apparaitre par la formation de petits groupes d’altruistes avec des égoïstes en périphérie qui vont progressivement être convertis…

RS : Tu es extraordinaire, David, sur l’image !

A : Pour les auditeurs, David bouge beaucoup.

D : Oui, je fais énormément de mouvements de main. Ça me rend moins compréhensible pour les gens qui me voient…

RS : On peut dire que tu as des mouvements amples de bras qui nous rappellent certains présidents très inspirationnels.

D : Je disais donc, on utilise la théorie des jeux en simulation de vie artificielle. Mais pas toute seule. C’est un très bon exemple de multi-disciplinarité. 

R : Il y a une intervention dans la chatroom que je trouve très intéressante. On se demande s’il est normal de régulièrement donner le prix Nobel en théorie des jeux à des économistes et des mathématiciens ? Il n’y a pas de prix Nobel en maths mais il y a régulièrement des mathématiciens qui ont le prix parce que c’est celui d’économie. De mon point de vue, c’est comme donner le prix Nobel de physique à un physicien théorique qui n’aurait jamais fait d’expérience et qui aurait développé des modèles. je ne sais pas dire si c’est bien ou pas mais c’est fournir des outils, un langage qui permet, a priori, de décrire. Bien, pas bien, c’est discutable.

RS : Ça reflète plutôt une tendance de ce que nous valorisons dans la société.

A : Petite précision concernant le prix Nobel d’économie. Ce n’est pas un prix Nobel, en fait. On l’appelle comme ça mais c’est le prix de la Banque Royale de Suède en science économique en mémoire d’Alfred Nobel.

RS : Ah, bien sûr, c’est une banque !

A : David est en train de brandir un truc…

RS : Un after shave.

D : C’est peut-être lié, qu’ils attribuent facilement un prix Nobel à des mathématiciens, des théoriciens, etc… C’est peut-être lié au fait que les purs économistes (ni théoriciens, ni mathématiciens) sont généralement très controversés. Chacun prêche pour sa chapelle et il n’y a pas trop de consensus. Cela amène à donner le prix Nobel d’économie à des mathématiciens.

A : On lit aussi la chatroom où notre ami mathématicien ElJj y va aussi de son opinion. Robin ?

R : Il dit : «Mais comme des mathématiciens peuvent être récompensés, on fait croire que c’est un vrai Nobel».

A : Un autre sujet à aborder concerne Roadmap Media.

RS : C’est une maison de production qui est, je peux le dire, l’enfant intellectuel de Tales of the World. Nous avons vu avec Reto Steffen que nous nous entendions bien. J’étais frustrée parce que j’ai beaucoup d’amis chercheurs en science sociale, en science en générale, je me passionne pour ce qu’ils font mais je trouve qu’on ne les connaît pas assez. Je me suis décidée à mettre en place une maison de production dédiée à faire connaître ces projets de recherche. J’aimerais que ça s’étende aux aventures des chercheurs parce qu’elles sont extraordinaires. Mais ça va prendre plus de temps parce qu’on ne veut pas toujours, en tant que chercheur, dévoiler les mic-mac pour arriver à nos résultats. Pour le moment, on travaille avec HEID, pour un travail sur les armes légères et de petit calibre. C’est un projet qui a déjà treize ans de recherche. On fait des podcasts à propos de leur recherches. On travaille aussi dans l’humanitaire avec des témoignages de ceux qui suivent leur cours. L’idée est de donner une voix mais aussi une image puisqu’on fait des vidéos, à toutes ces expériences très enrichissantes, justement pour décloisonner le monde de la recherche et de la science. Pour que les gens voient que ce que font les chercheurs tous les jours a une application dans leur vie.

A : Ces podcasts, on peut les entendre ?

RS : Oui, sur Roadmap Media ou sur les sites de ceux pour lesquels on les produit : Small Arms Survey et le CERAH, centre de recherche et éducation dans le domaine de l’humanitaire à Genève.

A : Pour conclure, peux-tu nous dire où l’on peut te retrouver sur l’internet mondial ? Il y a donc RoadMap Media…

RS : Il y a aussi Tales of the World : tales-of-the-world.com.

A : Tales comme les histoires ?

RS : Exactement. Je voulais raconter les histoire du monde. Et puis, comme je disais, parfois sur Radio France International et sur SoundCloud, sous le profil Tales of the World. Voilà, pour le moment juste là.

A : Sur PodcastSuisse, aussi.

RS : Sur tweeter, @irtwist7. Vous pouvez chercher Ruxandra Stoicescu, c’est plus compliqué là.

A : Il te faudra un deuxième compte avec Alexandra Stoicescu pour que David puisse te retrouver !

D : Je n’ai pas eu de problèmes ! Je peux même dire qu’il y a plusieurs Ruxandra sur tweeter et sur Google+. Mais je n’ai trouvé qu’une seule Ruxandra Stoicescu. Je ne sais pas pourquoi à l’oral, c’est «Alexandra» qui vient.

A : On a noté quand même trois «Alexandra» de ta part. On réfléchit encore à la sanction.Ruxandra, merci d’avoir accepté notre invitation.

RS : Merci pour votre générosité.

R : C’était passionnant.

A : Oui, tu as amené un angle qu’on n’avait pas avant. On parle souvent de ce qu’est la science, de ce qu’elle n’est pas, de quels sont les rapports entre la science et la société ou la science et les autres disciplines. Ton regard était très intéressant parce qu’on ne l’a encore jamais eu et on a été obligé de se poser les questions un peu différemment.

Podcast Science 209 – Feynman

208 épisodes de PodcastScience et on a toujours pas parlé de Richard Feynman, enfin je veux dire pas fait un vrai dossier, un vrai dossier de Podcast Science ! Ce soir, on rattrape le retard, Johan nous a préparé un beau dossier sur le sujet

Le dossier de la semaine

» Feynman, par Johan : Dossier en ligne !

Les images de la soirée

La quote de la semaine

“The first principle is that you must not fool yourself—and you are the easiest person to fool. So you have to be very careful about that. After you’ve not fooled yourself, it’s easy not to fool other scientists. You just have to be honest in a conventional way after that.” (Feynman)

“Science is the belief in the ignorance of experts.”(Feynman)

Plugs et liens évoqués

    • Lyon Science est un événement organisé le 21 mars 2015 à 14h00. C’est gratuit, ouvert à tous, petits et grands amateurs de science, organisé dans les locaux de l’Université de Lyon qui a mis à disposition son plus bel amphithéâtre de 200 places au 92 rue Pasteur, 69007 Lyon. Au programme, une dizaine d’interventions courtes et dynamiques, depuis l’astronomie à la chimie des médicaments, de la science de la cuisine aux mathématiques de la drague ! Le tout avec comme fil conducteur : « la science ‘à la lyonnaise’ ». Et à 16 heures, Simon Meyer, directeur du planétarium de Vaulx-En-Velin et « Grand Témoin » de Lyon Science 2015, viendra conclure l’événement.

La prochaine fois

Mardi 17 mars, avec Nima de Sham & Science
C’est un sujet que nous voulions aborder depuis longtemps, nous allons enfin parler du réchauffement climatique sur Podcast Science ! Nous recevrons à cette occasion Nima du blog Sham & Science que vous avez déjà pu entendre sur les vaccins et les médecines alternatives. Avec lui, nous parlerons de ce qu’est le réchauffement climatique, quelles sont les preuves scientifiques, quelle est son origine, vers quoi nous nous dirigeons, et bien d’autres questions passionnantes !

 

La Chatroom

FRAN6: salut

XIV: Bonsoir

FRAN6: il est pas suposé y avoir un live?

XIV: Si, mais pas avant 20h30

FRAN6: h de paris?

XIV: oui

Taupo: Salut les podcasteux!

Pascal: Salut tout le monde

bonjour: Bonjour !

Pascal: Bonjour @bonjour

Pascal: (j’ai un peu l’impression de bagayer…)

Pascal: Tiens salut @fran6, ca fait un bout temps qu’on en t’as plus vu

ElJj: B’soir !

Johan: Bonjour !

GPif: Bonsoir!

Robin: salut tout le monde !!

Taupo: yo tous

Pascal: Salut a tous

Pascal: Tiens @taupo, tu es deja allé voir la page podcastscience sur stripscience avec ton mobile?

Taupo: nope

Pascal: la semaine derniere, toutes les images y etaient (mais je n’y suis plus retourné depuis)

Taupo: ok je vais aller voir

Guillaume: Salut !

Robin: @ Taupo : je viens de voir ton mail, je suis en accord plein et entier 🙂

GPif: Bonjour le live

Damien_S: Yop

UnDalek: EXTERMINATE !

ElJj: Bonsoir, live !

Pascal: Si

Pascal: on vous entend

Guillaumedez: Si on entend

ElJj: 209 : nombre de diagonales d’un icosikaidigone http://i.imgur.com/0qr3Uqv.png

UnDalek: mdr, c’est beau

Guillaumedez: Bien joué Eljj

ElJj: 22 côtés !

ElJj: Angles internes : 163.64°

ElJj: (soit 20/22*180°)

GPif: Maintenant, le défit est de replacer icosikaidigone dasn une conversation

Johan: C’est quoi la formule pour une n-edres ?

GPif: Donc faut troller Alan?

Pascal: ca n’y etait pas encore???

Taupo: orbite de la seconde lune autour de la terre https://www.youtube.com/watch?v=dsHsYjuudVo

XIV: tain je savais pas que skype faisait ça

GPif: il faut utiliser earthquake sur un raspberry pour twitter

Taupo: https://lh5.googleusercontent.com/-Uv8oRiZaE3g/VPZ9UJ7OAjI/AAAAAAABKyQ/b9LuM2jjKhQ/w350-h338/Cruithne.gif

GPif: https://github.com/jugyo/earthquake

Stéphanie: Bonsoir 🙂

UnDalek: C’est la trajectoire de la terre

GPif: Pi day -4

ElJj: 208 ? – Edit : ah oui, suis-je bête

Robin: ben oui, sans en parler !

Stéphanie: j’aurais bien aimé le “vous êtes le 8 mars” (mais moi pas, je suis dans un autre espace teeeeeeeemps

Stéphanie: (sorry je fatigue)

UnDalek: @GPif aujpurdhui c’est mario day

XIV: ?

UnDalek: MAR10

Taupo: Teaser: http://blogs.scientificamerican.com/the-curious-wavefunction/files/2014/07/feynman-bongos2.jpg

UnDalek: Et une partie de la bombe atomique

ElJj: Et en plus, il joue du djembé.

XIV: C’est tellement fou les synesthésies

Taupo: https://www.podcastscience.fm/dossiers/2011/04/21/la-synesthesie/

Taupo: Les cours de Feynman http://www.feynmanlectures.caltech.edu/

GPif: @UnDalek Je rêve d’un calendrier avec que des dates comme ça

GPif: Pouf

UnDalek: On peut commencer a remplir !

UnDalek: Documentaire sur Feynman qui valent le coup: https://www.youtube.com/watch?v=Bgaw9qe7DEE

Taupo: Les rêves lucides: https://www.podcastscience.fm/dossiers/2013/03/14/les-reves-lucides/

ElJj: Comme dans Fringe ?

UnDalek: https://www.youtube.com/watch?v=Bgaw9qe7DEE

UnDalek: et http://www.youtube.com/watch?v=Fzg1CU8t9nw

GPif: What le lien entre les chien et sa femme??

UnDalek: pareil

GPif: Paye ton wirdo ^^

Mel: !coucou Podcast Sciences!!!

UnDalek: Theoricien …

Mel: Pour une fois je suis làààà

NicoTupe: saluuuuuut

NicoTupe: Tu dessines?

Mel: 😀

Mel: bah écoutes faudrait bien ça pourrait le faire

julie: hello !

Mel: saluuuuut

GPif: Hello

Taupo: Sur le sujet du sniffage: http://www.theguardian.com/science/2015/mar/03/palm-scent-the-science-of-smelling-after-a-handshake

Mel: coucou

XIV: De la forme de l’ADN

XIV: Pas de l’ADN

Taupo: découvreur de la structure de l’adn

Mel: @nicotupe : je fais comment pour les publier les dessins si je veux?

Taupo: oui

Taupo: je voulais pas le couper

NicoTupe: tu les tweete avec le mot dièse #ps209

Mel: han faut que je dépuissière mon tweeter alors

Mel: *dépoussière pardon

Mel: bon j’vais voir, à la base j’étais partie pour écouter passivement en travaillant :p

NicoTupe: 🙂

NicoTupe: on te préfère active!

Mel: Oh oui!

Mel: 😀 ah ah ah

UnDalek: Comme saclay

GPif: Y a un beau lac à Saclay

UnDalek: Magnifique

NicoTupe: Le lac de Polytechnique?

NicoTupe: 😉

NicoTupe: /me se demande si Pascal a développé les nouvelles fonctionnalités

UnDalek: L’etang de saclay a coter du centre d’essai des propulseur

NicoTupe: /me réalise que non

XIV: Le sale gosse !

Pascal: @nicotupe beaucoup de mal a coder ces temps si 🙁

NicoTupe: pov

Pascal: meme si ca me demange

NicoTupe: Viens donc bosser chez moi, c’est mal payé mais tu t’embêtera pas 😉

Stéphanie: sorti de son contexte…

Pascal: je n’en doute pas 😉

NicoTupe: @Stéphanie tu parles de quoi?

Pascal: comme dis, sans une famille a charge

UnDalek: Nicotupe recrute des escalves sexuelle sur ps

NicoTupe: ET ALORS?

NicoTupe: Tenté UnDalek?

UnDalek: rien rien, jaloux, c’est tout

Stéphanie: ALORS je me demandais où on s’inscrivait

NicoTupe: Avec la magie de l’internet mondial je ne connais même pas ton sexe

NicoTupe: vous voulez vraiment que je vous donne un lien pour s’inscrire à devenir esclave sexuel?

Pascal: c’est moi ou il y a des gens qui on l’espris mal tournée (a moins que je n’ais pas saisie certains details de l’offres…)

GPif: ton sexe Nicotupe, nicotupe, ton sexe, voila les présentations sont faites

NicoTupe: Pauvre Alan, il va se dire que le podcast a bien changé

7pri2:

Stéphanie: Quand je suis fatiguée j’ai toujours l’humour très bas

NicoTupe: 🙂

bhug: c’est marrant, je ne voyais pas les discussions du live comme ça…

7pri2: Bonsoir !

NicoTupe: on l’a tous

Stéphanie: Faudrait que j’aille prendre un verre avec Billie un jour

Mel: en fait c’est vachement plus dégeu que je pensais le tchat de podcast sciences

NicoTupe: @bhug, d’habitude c’est beaucoup plus intellectuel

GPif: @NicoTupe je me souviens d’une conversation avec Alan ou il proposait e montrer ses fesses p

UnDalek: @nicotupe un indice http://doctor49152.byethost4.com/dalek/sucker_bend.jpg

UnDalek: EXTERMINATE !

UnDalek: oups

NicoTupe: @bhug, c’est juste que là Stéphanie a l’esprit très mal tourné

UnDalek: ca passe dans les images

UnDalek: pardon

NicoTupe: 😀

XIV: Comment j’aurais pas aimé être sa baby-sitter

Stéphanie: C’est pas faux

NicoTupe: graou

Stéphanie: MAIS à ma décharge à force de passer trop de temps à entendre vos douces voix, forcément 😀

NicoTupe: Du coup faut viendre à Lyon les amis, je parle des mathématiques de l’amour

NicoTupe: Et du fonctionnement de sites de rencontre

Mel: oh mon dieu

Taupo: et je parlerai de pine de lion

UnDalek: amour = {0}

NicoTupe: faut qu’on se fasse une nouvelle émission sur l’amour Pierre

Taupo: ça t’a pas suffit?

NicoTupe: Jamais

NicoTupe: J’ai appris depuis

Stéphanie: Tu crois ? Je t’ai vu inviter Alan comme +1 à un mariage quand même

NicoTupe: il a refusé 🙁

NicoTupe: j’ai personne avec qui aller à ce mariage, je vais encore être à la table des célibataires

UnDalek: le salop !

Stéphanie: c’est quel ouikend ? #kidding

NicoTupe: lol

NicoTupe: le chat de podcastscience en mode dating

Pascal: Voila https://docs.google.com/forms/d/14w9s41h5tSpFsTn0cjphy66DKVVxl5IT2cMNrPDGUlY/viewform

NicoTupe: lol

UnDalek: mais ca marche en plus la sex-o-chatroom !

XIV: Et puis c’est facile de faire le malin devant des étudiants

NicoTupe: <3 Pascal

Stéphanie: Pascal c’est génial

Stéphanie: Extraterrestre : <3

XIV: AHA

Mel: ah ah ah

NicoTupe: Mel où est le premier dessin?

Mel: DTC?

NicoTupe: ah ah ah

Pascal: Donc on a un Marvin, un Dalek et un dominique

David Loureiro: hello

Mel: non mais blague à part je suis sur les mutations génétiques en première S làààà

UnDalek: http://blogs.scientificamerican.com/oscillator/files/2013/07/feynman.jpg

NicoTupe: Salut Pascal

NicoTupe: Mel on peut te donner des mots à placer dans le cours?

Taupo: on m’a entendu là?

Mel: ah ah ah

NicoTupe: @Taupo non

Pascal: @taupo non

GPif: Nop

XIV: “véranda”

Taupo: ah

Mel: déjà que je dessine des nucléotides bits sans faire gaffe si je me dis à dire des trucs qui n’ont pas de sens je vais totalement les perdfre

UnDalek: “icosikaidigone”

Pascal: icosikaidigone

Mel: *nucléotides bites

Pascal: :grilled

Johan: http://www.diffusion.ens.fr/index.php?res=conf&idconf=1924

UnDalek: lol

NicoTupe: voilaaa on a ceux qui ont remonté toute la chatroom pour retrouver le mot

UnDalek: nonon de tete

Pascal: j’ai scrollé, j’avoue

NicoTupe: UnDalek a une tête?

David Loureiro: mais il se passe quoi dans la chatroom là ?

UnDalek: Le truc qui tourne

NicoTupe: I OBEEEY

NicoTupe: @David, quoi?

David Loureiro: je pige rien 🙁

Mel: coucou David

Mel: 🙂

David Loureiro: salut @Mel

Pascal: @nicotupe a part ca et des tentacules, il n’y pas grand choses

UnDalek: YOUU CANNOT TEEELLLL MEEE WHATT I EXTERMINAATE

NicoTupe: Bon qui fait un résumé pour David?

Mel: EXTERMINATE

Stéphanie: les tentacules c’est encore une référence phallique ou faut juste que j’aille me coucher ?

David Loureiro: SSKKKKKAAAAAARRROOOOOO

NicoTupe: <3 Stéphanie

XIV: on fait un casting d’esclave sexuel pour Nico

UnDalek: combien d’entrees?

Taupo: bon j’y go

Mel: d’agneau?

NicoTupe: ++ Taupal, merci d’être passé!

UnDalek: clap clap

Pascal: @stephanie il faut juste rattraper une quarantaine de saison de dr who

Stéphanie: J’ai regardé la vidéo de Léo DBY ce midi sur les pénis, je crois que je ne m’en remettrai jamais

Taupo: dites à Johan que je veux entendre l’histoire des diagrammes de feynman sur les hexafleagones

Taupo: http://www.explorecuriocity.org/Portals/2/article%20images/feyman%20diagram.png

NicoTupe: Elle est merveilleuse cette vidéo

Taupo: tchuss

NicoTupe: ++

NicoTupe: @ps from taupo : dites à Johan que je veux entendre l’histoire des diagrammes de feynman sur les hexafleagones http://www.explorecuriocity.org/Portals/2/article%20images/feyman%20diagram.png

UnDalek: 00”

NicoTupe: …

XIV: …

David Loureiro: CCYYYYYYBBBEEERRRRR MMMMEEEEENNNN AAARRRRREEE IINNNFFFEEERRRIIIOORRRR

Stéphanie: Oula

Pascal: avec tout ca, j’entend la voix en lisant…

NicoTupe: Pareil

NicoTupe: La voix du livre audio

Stéphanie: (Pascal, il manque pas un champ pour les mensurations dans ton formulaire ?)

Stéphanie: (je pose la question)

NicoTupe: Mon dieu

NicoTupe: Stéphanie est vraiment fatiguée

NicoTupe: on t’écoute donc

Johan: https://dl.dropboxusercontent.com/u/20665619/Screen%20Shot%202015-03-10%20at%203.25.20%20PM.png

Stéphanie: Terrible

Guillaumedez: Si c’est bon

Pascal: @stephanie non

Stéphanie: Mes collègues m’ont emmenée à l’escalade ce midi, je suis juste lessivée en fait

NicoTupe: Fatiguée pour la bonne cause, pour du sport

UnDalek: C’est bete l’escalade dans un monde avec des escallators

GPif: le sport est une bonne cause? :p

NicoTupe: Le débat est lancé

Stéphanie: J’en fais 6 fois semaine, je suis clairement dans l’équipe des drogués aux endorphines

UnDalek: “Le sport intelligent evite l’effort inutile”

NicoTupe: je vois

NicoTupe: ya encore une référence sexuelle?

UnDalek: non, lol, c’est du mr megot

Stéphanie: Chez moi pas (quoi que les endophinesà

NicoTupe: Bon pensez à vous inscrire hein : https://docs.google.com/forms/d/14w9s41h5tSpFsTn0cjphy66DKVVxl5IT2cMNrPDGUlY/viewform

NicoTupe: (Formulaire créé par Pascal)

David Loureiro: ah d’accord

Stéphanie: Ca peut devenir le nouveau formulaire pour postuler chez PS ?

XIV: itinéris on ne te capte plus

Stéphanie: ça serait super classe 😀

XIV: 14 !

XIV: \o/

David Loureiro: @XIV parfait 🙂

NicoTupe: tu veux postuler à PS?

XIV: Ca fait tellement pas truc de drogué !

David Loureiro: tu peux ouvrir la porte de la pièce où il joue stp ?

David Loureiro: 🙂

XIV: Stéphanie tu fais quoi Dimanche à 16h ?

NicoTupe: lol

David Loureiro: c’est pour son oeuvre musicale qu’il l’a eu son nobel c’est ça ?

NicoTupe: vous connaissez le système

Johan: http://www.feynmanlectures.caltech.edu/

Stéphanie: Je fête mon anniversaire, per che ? 🙂

NicoTupe: On est invités?

Pascal: bon @nicotupe, je t’ai partagé les resultats du formulaire

David Loureiro: faut faire un event facebook pour ton anniversaire @Stéphanie 🙂

Stéphanie: J’avais essayé d’avoir Inti mais il se défile

Pascal: il faut une chatroom?

GPif: Pascal il ne vient que si il y a une chatroom :p

Pascal: (comment ca, je suis monomaniaque?)

NicoTupe: @Stéphanie tu n’invites qu’Inti?

NicoTupe: Belle mentalité

GPif: Des joints? lesquels?

David Loureiro: @Pascal tu parles encore à ta femme uniquement à travers la chatroom ?

Pascal: bien sur

David Loureiro: mince

Pascal: on a une chatroom perso

NicoTupe: @David Pascal n’existe pas, c’est un bot de la chatroom que j’ai créé

NicoTupe: il est rigolo non?

David Loureiro: @NicoTupe t’es fort

David Loureiro: très fort

David Loureiro: pluggé sur le psychologue d’emacs ?

Stéphanie: Mais lui je le connais depuis longtemps ! Et j’ai raté l’event de la 200e parce que je ne connaissais pas ce génialissime podcast

Pascal: @stephanie mais tu es toute nouvelle!

Stéphanie: Vi

Stéphanie: Mais j’ai tendance à prendre vite beaucoup de place

David Loureiro: @Stéphanie déflorage de podcastscience ce soir ?

GPif: C’est lui qui a écrit flatland?

NicoTupe: nope

NicoTupe: c’était il y a quelques semaines

Stéphanie: Non c’est l’interview de Bruce d’e-penser qui m’a ramené ici

David Loureiro: d’acc

NicoTupe: c’est une groupie de Bruce

Pascal: @david loureiro non, on a eu de poignantes retrouvaille avec inti il y a quelques semaines

Stéphanie: Ouaip j’avoue, mais je suis restée pour la qualité de l’émission

David Loureiro: @ps me souviens plus sa position concernant l’usage de ses recherche % à la guerre ?

GPif: C’était confu parcqu’il y avait pas mal de trafique :p

David Loureiro: @Stéphanie ouais c’est une bonne idée

Stéphanie: Ben c’est rigolo de retrouver ses potes d’il y a 10 ans au travers d’un podcast suisse !

David Loureiro: héhé

Pascal: @gpif ne me rappelez pas ce dure moment!

NicoTupe: j’avoue

GPif: Suisse suisse plus trop

GPif: @Pascal je sais, il est encore trop tot pour en parler 🙂

bhug: petite info en passant sur les expériences hors du corps

NicoTupe: Dites les gens, pas d’autres questions sur Feynman?

bhug: c’est pas mal discuté dans le cours de S. Dehaene au collège de france

Stéphanie: Ses mensurations (pardon)

Johan: https://dl.dropboxusercontent.com/u/20665619/Screen%20Shot%202015-03-10%20at%204.26.22%20PM.png

bhug: qui cite entre autre cet article http://www.susanblackmore.co.uk/articles/pdfs/jspr%201984.pdf

UnDalek: a qoui pensait feynmann quand il decouvert l’autointerraction de l’electron

UnDalek: LES GLUONS C”EST REEL

GPif: C’est le schema de la macaréna?

Mel: comment on fait pour poster des images déjà?

XIV: Aha

Stéphanie: Il y a quand même des génies <3 (je parle de Feynman là)

Mel: NICOOOO

Mel: AIDE MOIIIII

NicoTupe: uiii?

Mel: pour poster une image de twiitter ici

NicoTupe: tweet avec #ps209

UnDalek: c’est ce qu’on appele une theorie pertubative

Mel: ahhh merci ^^

David Loureiro: comme dit Max Tegmark, la réalité n’est qu’une grande structure mathématique

Guillaumedez: Petite question de Maths : Si E et F sont deux espaces vectoriels et E de dimension fini, f : E -> F une application linéaire.peut-on dire : ” dim E = dim mer f + dim Im f ” ? désolé de vous faire chier avec ça ! je cherche sur internet mais je ne trouve rien, et j’en ai besoin pour mon DM ..

ElJj: http://oeis.org/A005413

NicoTupe: tu parles de dim(ker(F)) non?

Guillaumedez: dim ker f *

Guillaumedez: Ouais

Mel: bon j’ai posté mais je vois rien encore

GPif: c’est qui mer => ker non?

Guillaumedez: oui ^^faute de frappe …

NicoTupe: @Guillame non

Ewi: Salut Tous

GPif: j’ai sus ce truc la

ElJj: Je sais pas non plus ce que c’est, mais ça a l’air de correspondre au dessin posté par Johan

Guillaumedez: Merde …

Mel: @Ps209

Guillaumedez: Bon tant pis je pars sur autre chose ! merci NicoTupe !

Pascal: @mel, c’est #ps209

David Loureiro: biblio oui ! 🙂

Mel: ahhh

NicoTupe: Attend je dis peut être une connerie en fait

XIV: J’aime bien l’idée de faire un suite à sa propre biographie

XIV: Feynman II : le retour !

David Loureiro: @NicoTupe : ça dépend pas du type d’application linéaire ?

NicoTupe: Mais en gros j’ai comme l’intuition uqe c’est faux si elle n’est pas bijective

Mel: ouais mais c’est ce que j’ai mis sur ma publi, le #PS209

Guillaumedez: Bah en fait ça m’arrangerait bien … Je n’ai pas mon cours sur moi donc je ne peux pas vérifier

ElJj: @Guillaumedez http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9or%C3%A8me_du_rang

GPif: Ker c’est bien l’ensemble des x dont f(x) = 0?

NicoTupe: ouais c’est ca

NicoTupe: ton truc est vrai que si elle est bijective en somme

Guillaumedez: Merci a vous !

Pascal: @mel tu t’appel comment sur twitter?

UnDalek: La version bd : http://www.amazon.com/by-Ottaviani-Jim-Feynman-Paperback/dp/B00J5TGLT6/ref=sr_1_sc_3?s=books&ie=UTF8&qid=1426019462&sr=1-3-spell&keywords=feynman+ottavian

Guillaumedez: Putain faut que je prouve la bijectivité maintenant –‘

GPif: et Im (f) c’est l’ensemble des y tel que il existe xx tel que f(x) = y

David Loureiro: @Mel faut que tu me valide comme follower sur twitter 🙂

NicoTupe: @mel c’est quoi ton handle twitter?

GPif: C’était un gros facho von newman

David Loureiro: @Johan comment il sepositionnait vis-à-vis de l’usage de ses recherches pednant la guerre ?

David Loureiro: me souviens plus

ElJj: Pas besoin de montrer qu’elle est bijective, le thm du rang est vrai tout le temps (d’autant que si f est bijective, ker f = 0 et Im f = F)

David Loureiro: je devais pas être là désolé …

UnDalek: C’est un mec bien von newman, pas la a la bonne epoque

NicoTupe: @Eljj ouh being t’as raisn je suis sot

NicoTupe: c’est avec la dimension de Im(f)

Robin: Faudra que je creuse, il vaut peut-être le coup d’en parler

David Loureiro: d’acc merci

Robin: (@ Un Dalek

UnDalek: EXTERMINATE !

Stéphanie: Cool

Stéphanie: j’allais vous demander si vous alliez faire quelque chose sur les CC

Guillaumedez: D’accord merci beaucoup Nico et Eljj ! Je vais surtout revoir mon cours ou ouvrir un livre à la Bibliothèque

Stéphanie: par contre faites gaffe je vais vous envoyer tous mes collègues et ils ne laisseront RIEN passer 😀

NicoTupe: honte a moi 🙁

NicoTupe: c’est dur de vieillir quand même

David Loureiro: @NicoTupe bah … ça te manquait ? 🙂

Stéphanie: (là il faut voir une allus… bon j’arrête)

David Loureiro: vous avez 3h

David Loureiro: thèse – anti-thèse – synthèse

XIV: Et puis Nico et les localisations…

David Loureiro: @Nicotupe 1 place d’italie

bhug: il a le sud mal placé, non ?

Pascal: le sud de la france?

Damien_S: Lyon c’est pas le sud :\

Pascal: disons au nord du sud…

Guillaumedez: Milieu sud on va dire !

GPif: @Pascal pour un parisien

Stéphanie: Je suis pareil du coup je trouve ça cute

UnDalek: C’est jamais en france ces trucs

Pascal: disons dans la moitié sud

David Loureiro: ce sera 1 place d’italie dans le quartier de Gerland

Stéphanie: TOULOUSAING !

ElJj: C’est la *province*, quoi.

GPif: Pas loin du portugal quoi

Guillaumedez: Je viens de SEDAN ! j’arrive a faire la distinction !

Stéphanie: Lille c’est la banquise ?

David Loureiro: lyon-la suisse même combat

Johan: C’est le nooooooord

Robin: Ah mais il y a aussi la province du nord, hein !

Stéphanie: <o/

UnDalek: cergy pointoise?

XIV: Venez et apprenez en tous

bhug: j’espère que vous filmez /enregistrez pour les pauvres lyonnais qui ne peuvent pas venir

GPif: C’est la comté de l’Artois non?

Pascal: a non, il ne faut pas rire avec l’Allemagne!!!

geymonat: on devrait pas limiter la France à l’Ile de France et considérer les autres territoires comme des colonies?

UnDalek: +1

GPif: La france d’Hugue Capet

Guillaumedez: DEpechez vous de finir, la BU va fermer 🙁

Pascal: genre stephanie?

UnDalek: BU?

UnDalek: bububububububu

Guillaumedez: Bibliothèque

Stéphanie: Plait-il Pascal ?

Guillaumedez: universitaire

UnDalek: haa

XIV: Calcul pour Demain, 16h

ElJj: Quel est l’énoncé de la question ?

XIV: PI DAY !

Stéphanie: (j’ai loupé 2 minutes du podcast, on me réclamait dans le vrai monde ;))

ElJj: La pi hour !

UnDalek: 9h c’est trop tot !!!!

Johan: 3,141 592 653 589 793 238 462 643 383 279 502 884 197 169 399 375 105 820 974 944 592 307 816 406 286 208 998 628 034 825 342 117 067 982 148 086 513 282 306 647 093 844 609 550 582 231 725 359 408 128 481 117 450 284 102 701 938 521 105 559 644 622 948 954 930 381 964 428 810 975 665 933 446 128 475 648 233 786 783 165 271 201 909 145 648 566 923 460 348 610 454 326 648 213 393 607 260 249 141 273 724 587 006 606 315 588 174

Robin: Si l’émission reste le mard, quand sera la prochaine émission qui tombera le jour de l’anniversaire d’Alan ?

ElJj: Je te trouve ça tout de suite

Pascal: @stephanie nicotupe parlait des petits jeune qui n’ont pas connu le dicateur Alan

GPif: 365mod7 ça donne quoi

GPif: ?

Stéphanie: Ah voui, mais j’écoute les podcasts tous-les-jours

XIV: #TeamPi

Stéphanie: du coup je connais quand même le concept du dictateur (et dictatupe donc)

Pascal: pour les decimal on peux en mettre autant qu’on veut avec les secondes, miliemme…

ElJj: Le 10 mars tombe un mardi les années où le 1er janvier tombe un jeudi

Robin: donc ?

GPif: Pas les bisextiel

ElJj: Ca sera en 2026

GPif: (bon oui je sas pas l’écrire)

Robin: yeah !!

Stéphanie: le bambin qui dit “servir la science est notre joie” c’est celui de qui ?

ElJj: la dernière fois, c’était en 2009

UnDalek: Donc vous y serez quand au palais de la decouverte ?

ElJj: Ca dépend le nombre d’épisodes par an

Guillaumedez: SAmedi prochain

ElJj: http://p3.storage.canalblog.com/36/38/210892/41583763.png

Pascal: @stephanie ‘une auditrice, geckaude je crois

ElJj: La roue des calendriers !

Robin: oui pascal

Robin: c’est ça

Robin: @UnDalek : oui

Ewi: y a que moi qui a plus de son ?

Stéphanie: Merci ):

Robin: enfin NIco n’y sera que le samedi

XIV: Tiens je pense que cette semaine, je vous présenterez sur un Forum

Pascal: @ewi oui

ElJj: Ca sera l’épisode n°781 (à raison de 52 épisodes par an)

Robin: et moi les deux jours tout le temps

UnDalek: merci

Pascal: @nicotupe non

UnDalek: Comment on vous retrouve?

Pascal: ce n’est pas une connerie

GPif: Bill Gate à fait de l’open source WTF?

XIV: D’ailleurs Eljj, je suis tombé sur ton blog et le titre de la section “L’integrale de Aljjdx” m’a fait beaucoup rire !

Ewi: @GPif : pas mal d’open source chez MS faut pas croire 😀

Robin: @UnDalek En disant bonjour aux matheux qui font des trucs bizarre dans l’entrée du Palais 😉

Podcast Science 208 – Freestyle #12

Dans cet épisode, nous recevons Alex Brown, notre nouvelle taupe au CERN. On retrouve la rubrique fail de Robin par Alan, un blog audio par Fred, un poditeur, et bien sûr, plein de messages d’auditeurs !

L’interview d’Alex Brown


Alex nous parle de sa vie, son job, ses projets (notamment le S’Cool Lab)

Pour retrouver Alex sur les réseaux sociaux :

La rubrique fail de Robin, par Alan

Alan nous parle de Thomas Midgley Junior, inventeur à l’origine du plomb dans l’essence, puis des CFC dans les aérosols. Il est finalement mort tué par une de ses propres inventions.

Le blog audio

Un blog audio de Frédéric Conrotte, qu’on retrouve souvent sur notre communauté Google+, nous a fait le plaisir d’enregistrer un blog audio sur “pourquoi l’univers n’est pas devenu un trou noir”. Un immense merci à lui !

Les images de la soirée

La quote de la semaine

 

“All the world’s a stage”, Shakespeare (As you like it)
“Il faut cultiver notre jardin”, Voltaire (Candide)

Plugs et liens évoqués

  • indiegogo journée de la femme
    https://www.indiegogo.com/projects/femmes-de-science
    Le projet en 4 points :

     

    • Un jeu de cartes original, amusant et éducatif.
    • Familiarise avec les femmes de Science remarquables, souvent méconnues.
    • Offre des modèles inspirants aux jeunes (filles, mais garçons aussi!)
    • 50% des profits iront à des organismes de promotion de la science ou à des bourses (suggestions bienvenues!)

L’objectif de la campagne est fixé à 5’000 dollars canadiens. Le jeu de cartes à proprement parler en coûte 20 (vous avez bien sûr la possibilité de donner davantage, et de recevoir des contreparties, il faut aller voir la campagne Indigogo). Mais bon, à 20$ le jeu de carte, pour arriver à 5000, il faut beaucoup de précommandes. Alors si vous avez envie de rendre tout cela possible, filez commander votre exemplaire du jeu de carte, là tout de suite, maintenant : https://www.indiegogo.com/projects/femmes-de-science

 

 

  • Lyon Science est un événement organisé le 21 mars 2015 à 14h00. C’est gratuit, ouvert à tous, petits et grands amateurs de science, organisé dans les locaux de l’Université de Lyon qui a mis à disposition son plus bel amphithéâtre de 200 places au 92 rue Pasteur, 69007 Lyon.

Au programme, une dizaine d’interventions courtes et dynamiques, depuis l’astronomie à la chimie des médicaments, de la science de la cuisine aux mathématiques de la drague ! Le tout avec comme fil conducteur : « la science ‘à la lyonnaise’ ». Et à 16 heures, Simon Meyer, directeur du planétarium de Vaulx-En-Velin et « Grand Témoin » de Lyon Science 2015, viendra conclure l’événement.

 

La prochaine fois

Mardi 10 mars

Feynman est un des plus grand pédagogue du XX ème siècle en physique. Il a enseigné à des générations d’étudiants à CalTech et ses Cours de Physiques ont sans doute révolutionné l’enseignement de cette discipline. Il est aussi connu pour être un joueur accompli de bongo et de tam-tam, un ouvreur de coffre fort hors pair, un bon peintre, et pour corriger ces copies dans des strip-clubs. Il a aussi fait un peu de recherche en biologie. Ah et puis il a eu un prix Nobel à un moment. Mais en Physique. Bref…

La semaine prochaine, nous reviendrons sur la ou plutôt sur les vies de ce physicien iconoclaste !

 

La Chatroom

Stanislas: SAlut !

ElJj: B’soir

Stéphanie: Hello !

NicoTupe: Je veux pas fanfaroner mais

NicoTupe: je suis le seul à l’heure

NicoTupe: Salut tout le monde

Stéphanie: Salut Nico 🙂

NicoTupe: Bonjour Stéphanie, on se connait dans le vrai monde?

NicoTupe: Bon c’est freestyle, qui m’écrit l’intro de l’épisode?

NicoTupe: Je dirais tout ce qu’on m’aura écrit 😀

julie: salut

NicoTupe: je peux t’appeler?

Stéphanie: Non mais je vous écoute matin/midi et soir en ce moment pour rattraper mon retard du coup j’ai l’impression de vous connaître 🙂 (mais je connais Inti)

NicoTupe: 🙂

NicoTupe: Juste parce que je connais plusieurs stéphanie alors dans le doute 🙂

NicoTupe: Bienvenue!

NicoTupe: Eljj, tu as quoi pour 208?

Stéphanie: Merci 🙂

julie: @NicoTupe oui$

ElJj: J’ai !

Guillaume: @Julie Je t’ai envoyé la transcription ! dis moi si y’a des choses à ameliorer

ElJj: 208 est la somme du carré des 5 premiers nombres premiers : 208 = 2²+3²+5²+7²+11²

ElJj: 208 : nombre de façon de payer 9 € avec des pièces de 1€, 2 €, 3 € et 4 € (en supposant que ces pièces existent)

NicoTupe: Merci!

julie: @Guillaume oui !

julie: j’ai pas encore regardé

julie: mais merci !

ElJj: On entend !

Stéphanie: Le vil flatteur

Stéphanie: (elle veut pas)

Pascal: Bonjour tout le monde!

Guillaume: Salut !

ElJj: Bonsoir Alan !

cyberkeak: Bonsoir !!

cyberkeak: lool

Guillaume: a quand la pendaison de crémaillère ?

puyo: Hey hey, bonsoir à tous !

Stéphanie: Ca aurait été classe Alan en +1

Stéphanie: Bonsoir Puyo ! (on sait si Inti vient ?)

puyo: Aaaah, des supers infos en live !

puyo: Bonsoir @Stéphanie (aucune idée pour Init ce soir)

meal: TWERK 😛

Stéphanie: Je le choppe sur google

Stéphanie: Freestyle

Stéphanie: oui

cyberkeak: C’est mieu !!

Stéphanie: Chez moi ça passe pas mal…

pascale_B: bonsoir

cyberkeak: un zzzzz

meal: (le son de Alan est bien dégueu …)

cyberkeak: on un Zzz chez l’invité de pense

meal: c’est mieux …

meal: @nicotupe si tu regardes bien les auditeurs présents dans la chatroom, tu remarqueras que Alan a trouvé quelqu’un d’autre que toi pour se mettre en couple …

NicoTupe: J’ai vu

NicoTupe: je suis jaloux

NicoTupe: Tout de façon c’est pas mon type 😉

meal: invente-toi un(e) concubin(e) qui a la classe

NicoTupe: Qui sait, j’en ai peut être déjà une

Pascal: déjà toi, j’espere…

Stéphanie: #TeamSeptnte

Pascal: (qui sait)

Stéphanie: Septante zut

NicoTupe: (shht)

meal: Nico & Tupe

meal: ça c’est classe !

NicoTupe: 😀

NicoTupe: Je suis en couple avec le trésorier de podcastscience

Pascal: …

NicoTupe: 😀

NicoTupe: Un mec très cool

Stéphanie: Du coup tu veux bien de lui comme +1 ou pas ?!

NicoTupe: lol

NicoTupe: je m’occupe de mes +1

NicoTupe: tu es bien curieuse 😀

Stéphanie: Fatiguée, mon humour vole pas haut 😉

NicoTupe: meuh si

meal: à vrai dire, c’est son +0,99999999999999999…

NicoTupe: Il y a déjà eu de bien plus mauvaises blagues dans cette chatroom

NicoTupe: tout a fait meal

Stéphanie: (ne me tente pas)

NicoTupe: (ahah, vas y, tu auras peut être un PS Award)

Pascal: tu as plusieurs +1 qui sont toi meme?

jonkalak: Salut à tous

Pascal: ca devient compliqué a suivre…

NicoTupe: salut jonkalak

NicoTupe: @pascal j’ai seulement 4 identitées

NicoTupe: c’est pas tant que ça

Pascal: arf, je n’en vois que 3

Pascal: dont 2 que je saurait nommer

NicoTupe: lol

jonkalak: Je passe en coup de vent histoire d’entendre un petit peu Alex que j’ai pu apprécier au CERN 😉

Pascal: je ne trouve plus celle su sexe opposé

NicoTupe: Angela?

Pascal: voila

Stéphanie: il est trop tôt encore

Lys&Tortue: bonsoir à tous

NicoTupe: Salut!

ElJj: “C’est l’histoire d’un mec qui vit dans le groupe Z/2Z. Un jour, il rencontre son +1, et pouf, il disparait”

meal: loooooooooooool

Stéphanie: Oh les blagues de matheux

NicoTupe: <3 Eljj

NicoTupe: Le seul endroit ou tu peux faire ces blagues je suis sur

ElJj: Elle est pas facile à placer

puyo: Héhéhéhéhéhé

Stéphanie: (merci d’ailleurs Robin et Nico pour l’énorme fou-rire avec le podacst sur les nombres complexes quand Robin te traite d’ingénieur, je suis fichée dans le train maintenant)

Pascal: @eljj dommage qu’elle ait 1 semaine de retard….

NicoTupe: @Stéphanie il m’avait traité d’ingénieur pourquoi?

NicoTupe: #badmemory 🙁

Pascal: ca aurait été parfait

Stéphanie: La causalité j’ai fait du vélo sans écharpe donc je suis malade

NicoTupe: 🙂

NicoTupe: Pourtant attraper froid est un mythe

Stéphanie: Totalement, mais ça l’ingénieur que je suis le sais *part en courant*

NicoTupe: ahah

Stéphanie: J’ai eu des cours de microbiologie 😉

puyo: Si on attrape froid, c’est qu’il fait plus chaud ailleurs. C’est la conservation de l’énergie, en somme.

puyo: (l’important, c’est de relâcher à un moment donné)

Stéphanie: d’où la fièvre ?

puyo: Oooooh, ah mais voilà !

Stéphanie: (la thermodynamique appliquée aux humains malades… ou pas)

puyo: En fait, ce n’est pas du tout biologique, c’est de la physique !

NicoTupe: Attention aux mots interdits Alan…

Stéphanie: J’arrive pas à chopper Inti sur gtalk et je ne sais toujours pas si on bouffe ensemble vendredi, on a pas des vies faciles…

Johan: Ya un ptit bruit derriere l’enregistrement ou c’est moi ?

NicoTupe: Vous mangez ensemble ou?

NicoTupe: @johan rien chez moi a priori

Stéphanie: Bruxelles

NicoTupe: cool

puyo: une fois !

Guillaume: C’est pas l’ordo d’Allan ?

Guillaume: l’ordi

Stéphanie: tsss 🙂

Stéphanie: Aaaah tant que j’y pense, par rapport à l’interview d’e-penser, The Oatmeal a certes levé une somme indécente pour un jeu de chats mais son précédent coup d’éclat c’était quand même la levée de fonds pour l’achat de l’ancien labo de Tesla 🙂 http://theoatmeal.com/comics/tesla

David Loureiro: hello

NicoTupe: salut David

Pascal: Salut david

David Loureiro: salut @NicoTupe @Pascal

Pascal: @david loureiro je pensait a toi l’autre jour

David Loureiro: @ps le lancet était revenu sur la publi ou pas ?

David Loureiro: @Pascal à propos de quoi ? 🙂

Fred: Salut tout le monde

David Loureiro: hello @Fred

Pascal: il faudra que tu fasse un episode sur “le destin de l’univers”

Pascal: ce bouquin est super

David Loureiro: @Pascal c’est de qui ?

Pascal: Luminet

David Loureiro: @ps sinon le floorball ?

David Loureiro: @ps aucun lien fils unique ou il y a un lien avec le mouvement brownien ? 🙂

Stéphanie: Merci Alex !

Pascal: pascal loureiro?

Stéphanie: 😀

ElJj: Et un lien avec Emmet Brown ?

Stéphanie: Eljj gagne pour l’instant

David Loureiro: @ps ou même le 21/03 déjà non? 😉

Pascal: @david loureiro ils ont deja pluggé

David Loureiro: @Pascal punaise c’est pas bien d’être à la bourre alors

Stéphanie: Epic Fail

David Loureiro: @Pascal j’ai oublié de te demander, c’est de qui “le destin de l’univers” ?

Pascal: tu la demandé et je t’ai répondu 😉

David Loureiro: ah?

Pascal: JP Luminet

David Loureiro: roh pinaise je deviens vieux bordel

David Loureiro: @Pascal désolé

David Loureiro: @Pascal merci

Pascal: bon, il y a de la lecture

David Loureiro: c’est celui que vous lisez tous ces temps-ci ?

Pascal: oui

Stéphanie: Le plomb comme pesticide : merveilleux

David Loureiro: ah ouais presque 1000 pages

julie: ouais…

Johan: Le saturnisme ?

Pascal: voila

David Loureiro: @ps un lien avec l’expression : avoir du plomb dans la tête ? ou pas ?

Pascal: une introduction de 350 pages, mais ca vaut le coup

Stéphanie: Le chapelier fou d’Alice ça vient de là aussi

Stéphanie: ah non le mercure

David Loureiro: et ça va vous gérez ? @Pascal @julie @Johan @NicoTupe ?

Johan: Oui oui bien sur 🙂

julie: moi jusqu’à m aintenant ça allait à peu près

julie: là ça devient un peu chaud

Johan: J’ai a peine commencé :-/

julie: j’ai lu le chapitre où il dit “là c’est compliqué hésitez pas à zapper”

David Loureiro: Docteur @Johan : c’est vrai que le domaine doit te parler :p

julie: j’aurais du zapper, fin j’ai pas retenu grand chose

David Loureiro: @julie 🙂

Pascal: pour l’instant ca va, mais je ne suis que a la moitié

David Loureiro: @Pascal faut que je le mette dans ma wishlist alors

Johan: @David Loureiro Oh oui c’est super

julie: +1

David Loureiro: le truc c’est que j’en ai presque une centaine déjà 🙂

David Loureiro: dans la wishlist

Stéphanie: CFC

David Loureiro: maintenant faut faire le tri

Pascal: arf

David Loureiro: @NicoTupe tu as une métrique pour ordonner les livres ?

Stéphanie: j’ai un collègue dont le taff est pratiquement exclusivement sur les CFC/HCFC et couche d’ozone

David Loureiro: enfin de quoi définir un ordre quoi

Stéphanie: Lucky him…

Johan: Ouille…

Pascal: si on pouvait eviter…

meal: … du plomb dans l’aile

Stéphanie: Ca l’est toujours pour le jaune

David Loureiro: @ps attendez robin a préparé un truc en fait ?

Stéphanie: (sans déconner)

David Loureiro: je viens juste de percuter là

Johan: Non ct tout Alan cette fois

NicoTupe: @alan tu peux te muter?

Stéphanie: Génial le dessin @puyo

puyo: Héhé, merci !

Johan: C’est intime ce soir 🙂

Johan: Super pueyo !

puyo: ^^

Alex & Alan (Lausanne): muted we are 🙂

NicoTupe: super

NicoTupe: yavait un bon souffle…

Stéphanie: c’est quoi comme accent ?

julie: belge

Alex & Alan (Lausanne): alors que tous les micros étaient fermés ? zarbi

Stéphanie: j’ai l’impression que ça vient de par chez moi

Stéphanie: ah ben voilà

Johan: Ahaha

Johan: Ca s’entend moins par ecrit

Pascal: @puyo et alex il aurait pu implementer le ip over avian carriers : http://fr.wikipedia.org/wiki/IP_over_Avian_Carriers

Stéphanie: à force de vivre au pays des Ch’tis je finis par ne plus reconnaître les miens

Johan: Aaah, l’exil…

Stéphanie: frontalière, je ne souffre pas trop (mais je n’arrive plus à utiliser soixante-dix/septante/… à bon escient à force de passer la frontière)

puyo: Hééé, pas mal, @Pascal !

Pascal: dans le genre organisme de normalisation qui s’eclate, il y a la RFC 2324 : http://fr.wikipedia.org/wiki/Hyper_Text_Coffee_Pot_Control_Protocol

Pascal: qui officialise l’erreur HTTP 418…

Pascal: “I’m a teapot”

meal: I’m a thépaut !!!

David Loureiro: et emacs gère ce protocole …

julie: @NicoTupe c’est l’occaz de teaser luminet non ?

David Loureiro: en fait y’a des trucs qu’emacs gère pas franchement ?

NicoTupe: @julie, why not, en demandant une salle

NicoTupe: j’ose pas parce que j’y crois toujours pas

NicoTupe: emacs me fatigue

Pascal: @david loureiro, le problème est la cafetiere

julie: tu crois toujours pas qu’il y aura luminet ?

julie: mais oui carrément pour la salle

David Loureiro: @Pascal ouais c’est clair

David Loureiro: @Nicotupe j’ai abandonné il y a quelques temps déjà, je préfère Sublime Text pour faire pareil

Ewi: Salut tous

David Loureiro: @Ewi hello

Pascal: salut ewi

NicoTupe: @David j’ai jamais commencé, ce truc est une blague

David Loureiro: @Nicotupe j’ai eu un admin dans mon bureau qui se servait d’emacs pour tout

NicoTupe: J’ai jamais compris les trucs durs à utiliser pour que des gesn puissent se vanter de savoir l’utiliser

NicoTupe: et les “raccourcis” à 4 touches…

David Loureiro: gestionnaire de fenêtre, gestion de mails, calendriers, il regardait même des vidéos avec des mode qui géraient la lib caca

David Loureiro: @Nicotupe ouais

Pascal: @nicotupe @julie au pire si tout le monde est sur place pour l’enregistrement, la chatroom pourra peut etre se satisfaire d’un son pas terrible

NicoTupe: il est heureux, tant mieux pour lui

David Loureiro: pareil les raccourci à la con

Pascal: emacs, ce n’est pas pour les noob?

Ewi: c’est comme vi nan ?

David Loureiro: @Nicotupe un délire d’admin ..

NicoTupe: c’est quoi qui est pas pour les noob?

Pascal: les vrais utilisent vi!! #troll inside

NicoTupe: 😀

David Loureiro: vous connaissez les signes de gang vi et emacs ?

Stéphanie: @Johan : hennuyer ? namurois ? liégeois ? 🙂

David Loureiro: parce qu’il y en a

NicoTupe: les vrais utilisent un outil de texte de base

NicoTupe: sans raccourcis ni coloration

Ewi: avec des espaces a la place des tab

Pascal: ben vi, si tu enleves les raccourcis…

Pascal: il n’y a plus grand chose.

David Loureiro: @Pascal un éditeur de texte qui est juste des raccourcis

David Loureiro: c’est pas top … 🙂

Pascal: ben c’est un peu le cas de vi

David Loureiro: pour emacs : http://www.google.fr/imgres?imgurl=https%3A%2F%2Fc2.staticflickr.com%2F4%2F3125%2F2637787732_864f812df8.jpg&imgrefurl=https%3A%2F%2Fwww.flickr.com%2Fphotos%2Ftw2113%2F2637787732%2F&h=375&w=500&tbnid=1Zp6oZ95Bps32M%3A&zoom=1&docid=dvK74HtIQtz1hM&ei=Khv2VNTjFseAUde7gpAC&tbm=isch&iact=rc&uact=3&dur=1306&page=1&start=0&ndsp=30&ved=0CCAQrQMwAA

Johan: @Stephanie Moi ?

David Loureiro: pardon https://c2.staticflickr.com/4/3125/2637787732_864f812df8.jpg

David Loureiro: https://c2.staticflickr.com/4/3037/2636961985_fbfc332b20.jpg

Ewi: sinon y a eclipse, codeblocks, VS,… 😀

David Loureiro: @Ewi eclipse pleassssssse

GPif: Bonsoir!

Pascal: j’ai un peu du mal avec les IDE…

David Loureiro: et les autres, je n’oserais même pas de les citer

Pascal: salut GPIF

David Loureiro: Salut @GPif

Ewi: j’ai peur de rien je fais mes dossiers de mdc en latex et j’aime ca

David Loureiro: @Ewi normal 🙂

David Loureiro: tu veux faire comment sans \LaTeX

David Loureiro: ?

NicoTupe: J’utilise aussi latex

David Loureiro: moi j’envoie des courrier à des clients que j’écris aussi en latex des fois

Pascal: @julie @nicotupe vous n’avez pas oublié un appel?

NicoTupe: mais j’ai créé un sur-langage pour me simplifier la syntaxe

David Loureiro: @NicoTupe ah oui et d’ailleurs tu en es où ?

Ewi: mes poly de cours sont en latex…

David Loureiro: me souviens que tu pensais libérer ça un jour ?

David Loureiro: @Ewi et un peu de beamer aussi ?

Ewi: @David Loureiro ouai aussi 😉 ca traumatise des collègues qui récupèrent mes cours

David Loureiro: @Ewi top !

David Loureiro: @Ewi ? Rho sans blague les gens dans la recherche calent sur du LaTeX ?

David Loureiro: mais ils font comment ?

Ewi: Si tu savais

Ewi: 😀

Ewi: tout avec Word

Pascal: @ewi mais tout mes profs utilisaient latex pour leurs cours

NicoTupe: @David toujours pareil, faut que je fasse de la doc et des tests

Pascal: ce n’est plus tout recent mais quand meme

David Loureiro: Tous les gens que j’ai pu croiser dans la recherche ont toujours utilisé LaTex (mais c’était dans l’informatique tu me diras …)

meal: on a déjà entendu ce commentaire

Stéphanie: Merci infiniment pour le podcast sur l’évolution, je l’ai a-do-ré, j’ai fait 12 bornes sans moufter en l’écoutant

Ewi: c’est que je suis perdu au milieux de personnes des sciences molles :/

David Loureiro: @NicoTupe d’acc

GPif: Si quelqu’un vend du placébo en paquet de 12 je suis preneur, ça à l’air efficace :p

Quatorze: Bonsoir

David Loureiro: @Ewi ouais des fois c’est hard. J’ai du faire mon mémoire de stage de fin d’étude sur word aussi

Ewi: @ NicoTupe tu entends quoi comme sur-language latex?

NicoTupe: tu vois RUby on Rails?

Ewi: ouai

David Loureiro: j’étais obligé d’utiliser Word par contre et je te raconte pas les équations à ralonge en méca des fluides et éléments finis

NicoTupe: ben pareil, tu remplace le HTML par du Latex

GPif: C’est moi ou c’est un t-shirt Fedora en image?

David Loureiro: @GPif yep

GPif: Bon ok j’arrive en cours de route, je comprendrais à la réécoute 🙂

Ewi: @NicoTupe j’ai un pote qui utilise un truc comme ca a Lyon 1

NicoTupe: @Ewi sérieux?

NicoTupe: curieux d’en savoir plus?

David Loureiro: je vais vous laisser les copains

David Loureiro: bonne soirée !

Ewi: un truc en python qu’il “compile” en tex puis en pdf

NicoTupe: c’est un peu l’idée

GPif: Est-ce que quelqu’un à posé une question sur l’hypnose dans les médicines altérnatives?

Pascal: Bonne soirée David

NicoTupe: sauf que c’est inspiré de RoR, genre j’ai des controlers pour créer des variables et des méthodes

NicoTupe: et des vues qui correspondent grosso-modo aux chapitres

Ewi: interessant

Fred: Au final

Fred: l’arnica c’est un placebo ou non ?

Fred: gros débat avec ma femme 😉

Ewi: @Fred regarde le CH 😉

Stéphanie: je dirais que oui

Alex & Alan (Lausanne): En homéopathie, total placebo, oui

Alex & Alan (Lausanne): pour le reste, je ne sais pas

Alex & Alan (Lausanne): (Alan)

Fred: CH ?

Stéphanie: les dilutions

Fred: ah ok

Stéphanie: c’était de l’humour je crois 😉

Fred: ca va être chaud pour le faire avaler à ma femme 🙂

Stéphanie: Alors ce que tu fais avaler ou non à ta femme ne nous regarde pas (pardon)

Quatorze: C’est le gros avantage des Chiropracteurs, le fait qu’il n’y ait qu’une seule école en France.

Alex & Alan (Lausanne): Fred, c’est Fred Conrotte ?

Fred: c’est le syndrome “je vois l’effet que ca fait sur les bosses de mes enfants donc j’y crois”

Fred: @Alan

Quatorze: -avantage + argument

Fred: oui

Alex & Alan (Lausanne): (@Stéphanie merci pour le message sur l’évolution, je l’ai loupé tout à l’heure)

Stéphanie: La bosse qui serait partie sans ça mais c’est mieux avec l’arnica voyons ?

Alex & Alan (Lausanne): @Fred merci pour le blog audio, t’es une rockstar 🙂

Fred: merci 🙂

Ewi: bon, je retourne à mes dossiers et a mon logiciel qui dessine tout seul 😉

Stéphanie: J’ai fait une séance de fractionnés sur les maladies mentales : ça n’aide pas pour le mal de mollet mais ça fait passer le temps 🙂

Johan: Pour l’arnica, c’est le truc que me sorte souvent les mecs qui me disent que cq marche

Stéphanie: (enfin en écoutant le podcast sur les maladies mentales)

Stéphanie: On peut taper sur tout partant de là…

Quatorze: enfin si tu mime une maladie, le fait que tu sois diagnostiquer est logique, non ?

Ewi: ba nan y a une difference entre réalité et simulé

Quatorze: oui mais la personne d’en face reçoit les même signaux

Stéphanie: time to sleep ici, passez une excellente soirée et à la semaine prochaine 🙂

GPif: Il faut inviter Marvin

Ewi: a plus de son ?

GPif: SI

Ewi: /me a une connexion en carton :/

Quatorze: .

Guillaume: LES COMPLEXES ENFINS !

Alex & Alan (Lausanne): @Ewi le son est revenu ?

Alex & Alan (Lausanne): tu prépares un dossier sur quoi ?

Ewi: @Alex & Alan un dossier pour devenir maitre de conference en France 😉

Ewi: et le son saute souvent mais ca doit être chez moi

Alex & Alan (Lausanne):http://en.wikipedia.org/wiki/Men_who_have_sex_with_men_blood_donor_controversy#List_of_countries_with_their_stand_on_MSM_blood_donors

Alex & Alan (Lausanne): Héhé, maître de conférence dans quelle discipline ?

GPif: J’aime bien la dose de “Indefinite” ^

Alex & Alan (Lausanne): (@Ewi, donc, ma question)

Alex & Alan (Lausanne): (ma = d’Alan 😉 malgré le pseudo… C’est moi qui ai le clavier)

cyberkeak: la fda ne gere pas le don de sang

Ewi: @Alan math math appliquées / info

cyberkeak: c’est un organisme de régulation

Alex & Alan (Lausanne): @Ewi, il y a un nid quelque part 😉

Ewi: @Alan je fais des math que depuis la these donc je suis pas un vrai 😀

Johan: oupsi 🙂

meal: OUI !

GPif: Q dense dans R c’est ça?

meal: oui

GPif: ^^

Ewi: des pieces de 3€ ?

GPif: des pièces de 4€?

Guillaume: En considérant qu’elles existent

Pascal: tiens a ce sujet, vous pouvez noter l’url de la page…

Alex & Alan (Lausanne): http://www.minimachines.net/actu/un-minitel-sous-android-instant-revival-tres-reussi-2989

Ewi: amene le a Lyon le 21 😀

Pascal: la pauvre…

El Jj ㊷: En fouillant le grenier de mes parents, j’ai retrouvé un minitel en état de marche, j’ai pensé à vous !

Quatorze: La chimie c’est le mal

Ewi: la chimie c’est pas une science

GPif: Un dossier sur comment fabriquer une bombe 🙂

Quatorze: Aha

Quatorze: bim

GPif: Bravo

GPif:

Quatorze: la phrase qui fait le plus peur

Quatorze: “demain 16h ?”

meal: OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

meal: c’est pile poil ce que je voulais !

Alex & Alan (Lausanne): héhé 😉

Quatorze: Lui, il va se prendre un “demain 16h” !

Ewi: ^^

Ewi: bientôt salade light 😀

GPif: Sur les carte des resto tu as un symbole pour le végétarien et un symbole pour le sans gluten

Pascal: ca doit être la joie a panifier le pain sans gluten…

El Jj ㊷: Bientôt … http://imgs.xkcd.com/comics/free.png

Ewi: on a pas des carence de gluten après ?

El Jj ㊷: http://33.media.tumblr.com/7cdd21c0ebb143648e5f17c71c9fe836/tumblr_ncs3mzsDt91qz8x31o1_500.gif

Ewi: et son metier 😀

Quatorze: J’aimerais trop voir ces présentations !

Ewi: il manque video.podcastsciences.fr

GPif: En fait pour le minitel il faut surtout trouver un mec qui touche en éléctronique http://xseignard.github.io/2013/05/20/plug-your-minitel-on-your-raspberry-pi/

Quatorze: Il faut pas qu’ils sachent que vous assistiez sinon, vous perturbez le trucs

Ewi: plus simple @GPif

Ewi: http://pila.fr/wordpress/?p=361

GPif: @Ewi yep, mais ça demande quand même de faire des soudures 🙂

Quatorze: Info

Quatorze: c’est le microbiote

GPif: Info sauf si tu le fait cuire avec du bicarbonate

Ewi: @GPif c’est pas trop dur avec les “clips” plus besoin de soudure

GPif: Est-ce qu’on peut propulser quelqu’un dans l’espace avec ça?

Guillaume: j’entends plus rien !

Ewi: pareil :/

GPif: @Guillaume Refresh

Guillaume: SI c’est bon ! Merci

Johan: http://www.ted.com/talks/mary_roach_10_things_you_didn_t_know_about_orgasm?language=en

Johan: Conf ted X de Mary Roach

Johan: et le livre packing for mars

Johan: http://www.amazon.com/Packing-Mars-Curious-Science-Life/dp/1469235919

Quatorze: Btw, Big Band Science Fr, c’est vous ?

GPif: La breluche dorée c’est cool, mais j’ai rien compris à l’histoire ^^

Pascal: @quatorze il faut poser la question a Alan

Alex & Alan (Lausanne): http://pic.twitter.com/ISwa1oFER8

Ewi: une elipse ? c’est pas une fonction avec un nombre de paramètres variable ?

El Jj ㊷: Mieux que le pi day, ça sera la pi hour !

Quatorze: PI DAY !

Pascal: @ewi ou la section d’un cône

scienceabilly: coucou!

Pascal: Salut Billy

El Jj ㊷: Je suis pro-tau !

GPif: Je suis plutot pas-tau

GPif: Salut

Pascal: moi, je me suis toujour demandé pouquoi on considere le rayon plutot que le diametre…

GPif: Parceque Archimède faisait du vélo

Pascal: @gpif???

GPif: Rayon vélo tout ça

Ewi: –>[]

GPif: mais cherche pas c’est pourri

GPif: ^^

GPif: Nicotup tout nu avec une rose?

Pascal: pour Billy!!!

Guillaume: Je serais en concours Blancs 🙁

Ewi: a ouai 😀

Ewi: un dossier sur Grothendieck c’est possible aussi ?

Johan: Salut a tous, je retourne au taf

Pascal: Salut Johan

Quatorze: Quoi ?

Quatorze: Vous avez pas votre scripte vous ?

GPif: Il faut cultiver notre jardin

NicoTupe: @Ewi peut être

Ewi: @NicoTupe cool c’est le mec qui m’a donné envie de faire des math

GPif: @Ewi Grothendieck?? T’as réçu à comprendre un truc qui faisait??? ^^

Pascal: Bon, je vais vous laisser

Pascal: a la semaine prochaine

Ewi: @GPif la vie de ce bonhomme est un roman

Alex & Alan (Lausanne): https://www.indiegogo.com/projects/femmes-de-science

Quatorze: C’est scandaleux de savoir ça

GPif: @Ewi j’ai lu un article sur lui (celui de la recherche) mais quand il s’agit deces travaux, j’ai rien compris

Ewi: @c’st clairement pas a mon niveau non plus

El Jj ㊷: J’ai jamais bien compris les travaux de grothendieck, c’est le problème de l’algèbre trop moderne, il faut faire plusieurs années d’études pour ne serait-ce que comprendre ce sur quoi portent leur travaux

GPif: @El jj @Ewi bon ça va, ça viens pas de moi alors :p

Ewi: @GPif mais la vie de l’homme est super intéressante… la discretion de sa mort mais fait mal au coeur

cyberkeak: Bonne Soirée !

GPif: @Ewi les milieux spécialisé on rendu hommage, mais bien sur, ce n’était pas au 20 h 🙂

puyo: Yéééé !

Guillaume: Puyo president !

puyo: ^^

puyo: Alan président, oui ! 😀

Ewi: @GPif ouai je sais…

Guillaume: Ouais j’avoue !

puyo: Un dictateur, un président, voilà qui est parfaitement complémentaire !

GPif: @puyo et un dieu :p

puyo: Huhuhu

Guillaume: Dictateur élu !

Ewi: Dictateur élu a vie

Podcast science 39 – Strange Stuff and Funky Things – Retranscription

L’épisode audio numero 39 de podcast science est un peu vieux mais à enfin été retranscrit ! Retranscription réalisée par un super poditeur, Guillain Seuillot. Merci à lui !

Alan : On a la chance de recevoir, ou plutôt d’être reçu par quelqu’un d’extrêmement intéressant, aux facettes multiples et complètement improbables. J’avais vraiment envie de faire sa connaissance depuis un moment et puis j’ai la chance de me trouver à ses côtés chez lui, a New York sur Roosevelt Island pour être précis, au milieu de l’East River entre Manhattan et le Queens. L’ambiance est posée, le décors est magnifique. D’ailleurs, on a une vue sur le pont qui est top !

Matthieu : C’est au sud de Manhattan, au nord ?

Queensboro Bridge de puis Roosevelt Island

Pierre Kerner : C’est à l’est. C’est vraiment au milieu juste à la bordure de Central Park mais côté est, en plein milieu de la rivière. C’est une île très filiforme où il n’y a pas grand chose si ce n’est un joli téléphérique, apparu dans le film Spiderman I, si je ne m’abuse. Et le pont, le Queensboro Bridge est juste en face de ma fenêtre.

M : Magnifique ! Ça me donne envie de venir vous voir mais bon, ça sera pour la prochaine fois.

PK : Faut se dépêcher, je reviens en septembre (2011).

M : Ça risque d’être juste, alors…

A : Pour certains, notre invité est le prolifique docteur Pierre Kerner, éminent chercheur en génétique évolutive, auteur/co-auteur de nombreux papiers aux titres impossibles. Au hasard : «Origine et diversification de la famille de gènes hélice-boucle-hélice de base chez les métazoaires : apport de la génomique comparative» ou encore «Histoire évolutive des gènes Iroquois/Irx chez les métazoaires». Pour d’autres (probablement la majorité), c’est le génial Taupo, créateur et auteur principal du blog le plus funky de la planète après Boing Boing, j’ai nommé «Strange Stuff and Funky Things». Le blog est en français, et si vous ne le connaissez pas il est urgent de lui rendre une petite visite. De l’aveu de son créateur, vous y trouvez «votre dose quotidienne d’évènements étranges, de faits surprenants, de choses incroyables !» Non seulement les sujets sont aussi décalés que passionnants, mais j’ajouterais encore qu’ils sont remarquablement bien écrits ! Avec finesse, humour et beaucoup d’esprit. C’est non seulement très intelligent, mais encore à la portée de tous, vraiment. Un modèle de vulgarisation ! Voilà. Je viens de présenter un scientifique brillant doublé d’un poète marrant. Vous comprendrez sincèrement que j’aurais voulu conclure cette introduction en ajoutant, je ne sais pas, qu’il soit moche ou désagréable, pour compenser… Mais bon, c’est mal barré, c’est même pas le cas donc je ne vais pas m’étendre sur la question et je vais conclure cette petite intro autrement. En indiquant par exemple que Pierre alias Taupo nous aime bien et prend souvent la peine de commenter nos émissions pour apporter des précisions, ajouter ses trouvailles personnelles (souvent complètement funky, comme son blog) ou alors carrément pour nous enguirlander quand on raconte n’importe quoi. Podcast Science est sans doute le seul podcast amateur revu et corrigé par des pros, on a une chance exceptionnelle. Pierre merci. Merci d’être avec nous aujourd’hui et bienvenue dans le podcast.

PK : Merci à vous de m’avoir invité. Je suis vraiment ravi.

A : On va commencer par quelques questions concernant ton blog : « Strange Stuff and Funky Things».

M : Depuis quand existe ce blog ?

PK : Pour moi ça fait longtemps. Depuis le trois janvier 2009, ça presque deux ans maintenant.

M : Quel est ton rythme de publication ?

PK : Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on me présente souvent comme l’auteur principal. C’est vrai puisque c’est moi qui écrit le plus d’articles (j’en ai 415 à mon actif). La plupart ne sont pas des articles complets. Ils n’ont rien à voir avec tes dossiers, Matthieu, avec énormément de texte et d’images. Il y avait une grande période où j’ai publié des petites vidéos de n’importe quoi. Parmi ceux-là, je pense que j’ai déjà fait deux cents billets corrects avec un contenu scientifique. Mais j’ai aussi des contributeurs. Il y a Sénic, Vram, Fusiraptor, ma femme Elise, mon ami Sam…  qui ont aussi participé au blog, ce qui monte le total à 448 billets. La fréquence que j’ai calculée est d’un article tous les trois jours. Alors que j’avais annoncé une dose quotidienne donc c’est déjà fallacieux !

M : C’est pas mal non plus !

A : Comment est né le projet ?

PK : Il est né d’un désir pour moi de vulgariser la science. Un ami à moi a créé son propre blog, «Vade retro Alzheimer», où il mettait tout ce qui allait échapper à sa mémoire. Notamment, il m’a demandé de mettre mes petites explications scientifiques sur des sujets comme «Est-ce que c’est mal de boire son pipi, peut-on en mourir ?», «Qu’est-ce c’est que l’évolution». J’ai donc participé à son blog. Au bout d’une semaine j’avais écrit cinq articles et lui un. Je me suis donc dit qu’il était peut-être temps de créer mon propre blog.

A : Merci l’intendance. Tu as toujours eu envie de bloguer et vulgariser la science d’une manière ou d’une autre ou c’est venu sur le tard ?

PK : J’ai toujours adoré les Science et Vie Junior, Science et Vie, Scientific American (que j’ai pu lire en anglais). C’est un désir que j’ai vraiment depuis longtemps. C’est ce que je faisais dans mes discussions. Je me préparais des visites de musées avec des amis ou bien si on me posait une question, je revenais le lendemain avec des petites explications. C’est resté dans ma tête même si ce n’était pas si évident pour moi. Ça l’est devenu quand j’ai participé au blog de cet ami. Ça m’a accompagné toute ma vie sans que je m’en aperçoive.

A : Et le nom du blog ?

PK : Alors c’est une grande désillusion justement pour cet ami qui a découvert comment j’ai trouvé ce nom assez incroyable. C’était une compil de funk que j’avais au dessus de mon bureau quand j’ai créé mon blog. Ça s’appelait « Strange Games and Funky Things». J’ai changé un mot et voilà, le blog était sorti. Quand on a fait mon déménagement pour New York, cet ami est tombé sur la pochette de l’album. Il n’en revenait pas. C’était un drame pour lui.

M : J’aime bien le nom, moi. C’est parlant.

PK : Les gens le nomment ssaft pour faire plus court. C’est plus pratique. J’ai pensé après coup aux conséquences d’un nom à rallonge… c’est d’ailleurs ce que je fais pour la plupart des billets de mes articles qui sont généralement sur trois lignes… faut s’arrêter 🙂

Alan : Parlons du contenu de ssaft. Le ton est franchement aux antipodes du style scientifique académique. En te lisant, j’ai l’impression que tu t’es fixé comme objectif, entre autres, de désacraliser la science. Est-ce que je me trompe ?

PK : C’est pas un but. C’est plutôt un moyen. Si utiliser un style académique permettait de faire comprendre aux gens beaucoup plus efficacement que ma manière, je m’adapterais. Pour l’instant c’est pas ce que mon lectorat me laisse comprendre. Au contraire, on me dit « vas-y c’est bien, mets des gros mots…» etc… Bref, c’est mon style, que j’ai développé rapidement au tout début du blog. Mes inspirations sont les Rubriques-A-Brac avec la rubrique du docteur Burp. C’est le genre de style que j’aime bien. Un peu décalé mais qui permet de faire comprendre des concepts scientifiques de manière impeccable et très efficace. Après, on peut faire tomber certains scientifiques de leur tour d’ivoire mais ce n’est pas le but.

A : C’est super efficace comme style. Effectivement le message passe bien. Je confirme. ssaft ne parle pas que de science, n’est-ce pas ?

PK : En effet. Au début, c’était vraiment un pense-bête. A l’image de cet ami qui faisait «Vade Retro Alzheimer» où il mettait tout ce qui lui passait par la tête et qu’il ne voulait pas oublier.

M : Il existe toujours ce blog ?

PK : Non il a muté. Il s’est regroupé avec des amis pour faire un blog qui s’appelle Même esprit et qui est très très bien. Je n’y participe pas puisque je ne m’occupe que de mon blog. Il reste une trace de « Vade Retro Alzheimer» sur internet mais il n’est plus alimenté. C’est «Même esprit» qui continue à publier ses articles de culture générale. Ils discutent de films qu’ils ont bien aimés, d’expositions, de recettes de pan-cakes, etc… Moi c’était dans cette image que je voulais rentrer, mettre l’accent sur des liens un petit peu débiles. C’était un peu avant l’époque des forcenés de Facebook avec le partage de vidéos virales. Moi c’était ma manière d’utiliser internet pour partager du contenu. Puis très vite je me suis aperçu qu’il y avait un côté primordial. C’est ce que j’essaie de faire. C’est pour ça qu’avant je publiais beaucoup de vidéos de chats sur des skateboards (ou autre) qui me faisaient marrer. Maintenant je les ai regroupées sur un flux dans une page Facebook dédiée à ssaft. J’essaie d’épurer le site mais il peut toujours y avoir des contenus non scientifiques comme des artistes, des court-métrages dont j’aime l’animation. Mais si je le fais dans le cadre de ssaft, je vais essayer de privilégier des articles avec plus de contenu où j’essaie de discuter des auteurs ou des artistes.

A : Comment choisis-tu tes sujets ?

PK : A vrai dire, j’ai un Google Reader. J’y agrège énormément de flux RSS sur tous les blogs que je trouve. Ensuite, j’ai une boite dans laquelle je mets tous les liens qui m’intéressent. J’ai également créé des rubriques. Donc maintenant, je peux chercher du contenu spécifique, par exemple dans la catégorie des convergences évolutives (qui est un sujet qui est particulièrement à développer sur ssaft). Ou bien les parasites. J’essaie de trouver les parasites les plus dégueux donc là, je vais me mettre à la recherche de contenu spécifique. Mais sinon, ça me tombe un peu dessus. Tout ce qui m’intrigue, tout ce qui est vraiment bizarre, un jour ou l’autre j’espère le mettre sur ssaft. Maintenant, j’ai 200 liens à traiter…

A : La source est inépuisable. On connait un peu le problème chez PodcastScience.

PK : Voilà, c’est ça.

A : Qui sont tes lecteurs ? Combien sont-ils, si tu le sais ?

PK : De manière générale, il y a de 200 à 300 lecteurs fidèles (si ce qu’on voit sur les statistiques de mon site est précis). Mais j’essaie d’étendre les articles de ssaft sur d’autres plates-formes. Notamment Agoravox sur lequel je reposte des articles de ssaft. Il y a Ovniscience, le C@fé des Sciences, Paperblog, Facebook, Tweeter où je republie mes articles. C’est là que je m’aperçois qu’il y a une grande diversité du lectorat sur Internet, notamment sur agoravox. J’adore comparer les commentaires très tenus, très sympathiques sur mon site avec ceux d’Agoravox où l’on me traite de tous les noms. Parfois c’est quand même très élogieux…

M : C’est plus critique sur Agoravox ?

PK : C’est pas mon site, c’est un plate-forme qui incite les gens à regarder des liens mais sans vraiment comprendre ce que c’est et il y a parfois des surprises. Des créationnistes, des trolls, des gens qui veulent juste crier à qui mieux-mieux. C’est assez intéressant de voir les différents lectorats en fonction de la plate-forme où l’on publie. Je vous conseille, c’est vraiment très très sympa !

A : Sur ta plate-forme, tu as un outils de vote qui permet au lecteur d’indiquer s’il a trouvé l’article «funky» ou «pourri». C’est là depuis le début ?

PK : C’est pas là depuis le début. Je suis sur une plate-forme de blog qui s’appelle Dotclear. Au début, comme tout le monde, j’essai de mettre le maximum d’applications, de gadgets, de widgets. Et je suis tombé sur celui-là. Ce qui est marrant, c’est que ça a été un gadget développé par Julien Appert de Gaïasphère qui est un autre blog scientifique que je conseille fortement. Malheureusement il n’est pas énormément actualisé. Il a conçu cet outils de vote. Sur sa plate-forme, c’est oui/non. Un jour il a commenté sur mon blog en faisant la remarque qu’il reconnaissait le gadget. Je lui ai tout de suite demandé comment changer les noms parce que oui/non c’est pas possible ! C’est là que j’ai pu mettre funky/pourri.

A : Tu as une statistique ? Tu sais si les articles sont plutôt funky ou plutôt pourris ?

PK : Ils sont plutôt pourris… C’est très surprenant mais j’ai compté. Il y a plus de 200 articles qui sont à plus de 50% pourris.

A : C’est vache !

PK : Ce n’est pas un outils qui marche très très bien. Notamment, des lecteurs ont vite remarqué qu’on pouvait recliquer sans réactualiser la page. Je me suis ainsi parfois retrouvé avec un article venant d’être publié qui obtenait 3000 votes pourris. Il y a peut-être un soucis à ce niveau-là. Quelqu’un s’est amusé à cliquer en retour. Du coup, moi aussi je me suis amusé à cliquer en retour pour voter «funky» ! Et au final, c’est juste un indicateur direct dans les quelques minutes qui suivent, (s’il n’y a pas de triche) pour voir si l’article a une bonne réception. A terme, c’est un peu comme un cimetière à articles pourris. Ça tend toujours vers le pourri. Si j’en crois les statistiques, je devrais m’arrêter tout de suite ! Mais comme les gens viennent de plus en plus…

A : J’espère que tu ne croiras pas les statistiques. Quel est l’article le plus «funky» que tu aies jamais écrit ?

PK : En terme de statistiques, l’article le plus pourri est sur le loup de Tasmanie. Une espèce de marsupial appelé le Thylacine et qui ressemble à s’y méprendre à un chien. Les articles avec le plus de votes «funky» sont généralement ceux qui viennent juste de paraître. Comme il n’y a pas une nombre de votes très important la différence fait que le pourcentage en «funky» est assez fort.

A : Les «early adopters» votent «funky».

PK : Voilà. Généralement ça marche comme ça. J’ai des statistiques à 93 ou 95% de «funky». Je n’ai jamais eu 100%. Au bout de dix minutes, il y a systématiquement quelqu’un qui vote pourri. Si je le retrouve…

M : Ça doit être un spambot.

PK : Ou quelqu’un qui n’aime vraiment pas et qui revient à la charge pour essayer de me convaincre d’arrêter de bloguer. Sinon, l’article avec le plus de votes et qui est le plus «funky» est celui qui traite des bébés paresseux. J’ai mis une petite vidéo d’un sanctuaire au Costa Rica où l’on voit des bébés paresseux vraiment adorables. Là, je comprends tout à fait : c’est un appel lolcat avec des vidéos de chats mignons. Ça n’échappe pas à ssaft ! L’article le plus «funky» selon la populace c’est ça. Les petites peluches. [Il est devenu «pourri» et n’est plus celui avec le plus de votes]. En parlant de peluches, moi, l’article le plus «funky» que je pense avoir écrit est justement sur les peluches de nombril. Un article qui s’appelle «Le plus terrible des parasites du monde». Généralement, les hommes (les femmes moins) accumulent des petites peluches de textile dans le nombril. J’ai fait un article entier sur la question pour savoir à quoi c’est dû, comment on accumule, qui en accumule le plus en fonction de la taille, la profondeur, la forme du nombril. C’est une recherche qui a gagné un igNobel.

A : Absolument. C’est le docteur Karl. Une de mes idoles.

M : Ces Nobels sont les prix qu’on donne aux recherches «les moins utiles» ou les plus farfelues, non ?

PK : Voilà. Les plus farfelues, les moins utiles. Le sous-titre dit aussi que ce sont des recherches qui nous font rire d’abord  et réfléchir ensuite. En l’occurrence, c’était une recherche qui était bien menée et faisait réfléchir après : l’utilité des aéroports à peluches de nombril sur notre ventre.

A : Pourquoi c’est bleu ?

PK : C’est pas tout le temps bleu. Si vous allez sur l’article de ssaft, vous verrez un collectionneur chevronné qui a passé plus de vingt ans à collecter ces peluches de nombril. C’est très très beau ! Il a tout un patchwork et il a remarqué que, généralement, en fonction des T-shirts, il y avait une variation sur la teinte mais, la plus grosse variation était quand il changeait de serviette de bain. En se frottant avec une serviette rouge, il avait des peluches rouges.

M : Tu as dit qu’il avait récolté pendant vingt ans ?

PK : Tout à fait ! C’est dans des jarres en verre, c’est très joli. Peut-il a-t-il gagné un Guiness Record, je ne sais pas. En tout cas sa collection est très impressionnante. Ça ne m’a pas donné envie de commencer la mienne mais…

A : Etre dévoué à la science comme ça… Premier acte en se levant tous les matins… c’est magnifique.

M : On va passer à ton parcours, maintenant. Tu habites actuellement à New York où tu es parti faire un post-doc, c’est ça ?

PK : C’est ça. Un post-doc c’est ce qu’on fait en recherche après la thèse. Ça s’appelle un post-doctorat. Le diplôme qu’on a à la fin d’une thèse c’est un doctorat.

M : Ta thèse, tu l’as faite où ?

PK : A Paris dans un laboratoire du CNRS de Gif-sur-Yvette, qui a maintenant déménagé à l’institut Jacques Monod de Paris VII. J’ai passé quatre ans de ma vie de thésard à Gif-sur-Yvette à l’issu desquels j’ai cherché un post-doc ciblé à New York.

M : Elle portait sur quoi ?

PK : Je peux te lire le titre. J’ai ressorti ma thèse parce que je m’y attendais ! C’est l’«Etude de l’évolution du système nerveux chez les animaux (pour l’instant tout va bien) : neurogenèse comparative et phylogénomique». C’est des jolis mots. En gros j’ai étudié le système nerveux d’un ver marin appelé platynereis dumerilii et étudié les gènes impliqués dans la formation du système nerveux pour essayer de retracer son histoire évolutive chez les animaux. Est-ce que le système nerveux était compacté chez l’animal ancestral qui a permis l’émergence de tous les animaux actuels (les mouches, les vertébrés, etc…) ou est-ce que c’était un système nerveux lâche, comment était-il organisé,  quels étaient les gènes impliqués dans sa formation, etc…

M : Après cette thèse, tu as cherché un post-doc spécifiquement à New York parce que tu avais envie de découvrir la ville ?

PK : Non, je la connaissais déjà justement. Je suis tombé amoureux de New York il y a longtemps. J’y ai un bout de ma famille, dont ma tante qui est également biologiste. Elle est immunologiste (je ne sais pas si c’est un bon terme). Elle est biologiste en immunologie. Elle m’avait aidé à trouver un stage dans son laboratoire en 2002 et j’y suis resté 2 mois. A la fin, je me suis aussitôt dit que je voulais y retourner aussitôt que possible. J’y étais avec ma femme qui m’a rejoint deux petites semaines avant la fin de mon séjour. On est tout les deux tombés amoureux et on s’est dit que si on arrive une fois à avoir un projet qui nous permet de retourner à New York, on le réalisera. Et c’est fait.

M : Tu es à New York depuis quand ?

PK : Depuis septembre 2009. Ça fera deux ans en septembre. Je reviens d’ailleurs en septembre, ça fera pile-poil deux ans.

A : Le statut des chercheurs en Europe a la réputation d’être ingrat. En France en particulier. Comparaison à l’appuis, tu confirmes ? La vie est plus facile pour toi aux US ?

PK : Non. Je ne confirme pas ça. C’est peut-être même aux antipodes des idées reçues. Ce qui est beaucoup plus facile aux États Unis ou dans certains pays comme l’Allemagne ou même la Suisse, c’est la création d’équipes énormes, de grosses équipes de recherche, de gros instituts où l’on facilite l’agrégation autour d’un chercheur illustre pour qu’il fasse ses recherches. Par contre, le statut des post-doc ou des doctorants ou même de chercheurs moins fortunés en terme scientifique (qui ont moins de facilité à trouver des financements) est le même qu’en France. La situation est très similaire. Les salaires sont peut-être plus élevés ici pour un post-doc mais le coût de la vie fait qu’on s’y retrouve. J’ai la chance que mon loyer est un petit peut assuré par l’université que j’ai intégrée. Mais les taxes sont les mêmes, il ne faut pas croire qu’on paye moins d’impôts aux États Unis. Le coût de la vie est important. Il y a une bonne couverture de santé pour la plupart des post-doc mais ça reste rien par rapport à celle qu’on a en France. Au final, je pense qu’on s’y retrouve et que c’est pas fameux.

A : Il y a un autre truc des États Unis, en parlant d’idées reçues, tu vas peut-être confirmer. Je pense aux différents lobbys religieux, à leur influence, notamment aux tonitruants créationnistes (dont on va parler la semaine prochaine dans le dossier sur l’évolution). Est-ce une réalité avec laquelle il faut composer aujourd’hui en tant que scientifique aux États Unis ou bien c’est des réseaux complètement cloisonnés qui ne s’influencent pas l’un l’autre ?

PK : Je ne vais parler que de ma propre expérience. Je n’ai rien vu de tel. Il y a une présence créationniste visible. C’est peut-être la seule chose qui peut choquer par rapport à la France. On peut trouver des pubs dans le métro pour la fin du monde le 21 mai. C’est un peu dommage, c’est raté… Hormis ça, je n’ai rien vu de catastrophique à New York. C’est presque une ville Européenne. Le poids du créationnisme ne se fait pas du tout sentir sur les équipes de recherche. Pourtant je suis dans un laboratoire évolutif donc je devrais être la première cible. Peut-être les équipes qui travaillent sur les cellules souches auraient un autre son de cloche. En tout cas, sur mes recherches, je n’ai rien vu.

M : New York n’est peut-être pas la ville américaine la plus représentative pour ce genre de mouvements. C’est une ville très internationale. J’ai entendu dire qu’on parlait plus de deux cents langues différentes à New York.

PK : Tout à fait. Ça m’est arrivé de ne pas pouvoir m’adresser à certains serveurs dans des restaurants ou dans des boutiques parce qu’ils ne parlent pas anglais. Uniquement espagnol mais moi je ne le parle pas. Parfois même on commence à me parler chinois. Pourquoi pas. Il y a énormément de langues. Beaucoup trop de français à mon avis. Je suis toujours énervé quand je me balade dans la rue et que j’entends du français. Je me dis «non, je ne suis pas à Paris !». C’est vraiment une ville hétéroclite. C’est pas la bonne ville pour avoir des idées préconçues.

J’ai entendu d’autres sons de cloche dans l’université de Yale, à New Haven. Le poids de la religion se fait plus sentir mais sans problème sur les recherches menées. C’est plus visible qu’à New York mais ça n’interrompt pas les recherches. Peut-être que dans le Texas ou le Tennessee, il y a des problèmes mais pas à New York, pas sur la côté est, pas en Californie ni à San Francisco. Pour l’instant ça va.

A : OK, c’est bon à savoir. Sur ta recherche actuelle, tu bosses sur les ascidies. C’est funky comme créatures ?

PK : Non. Ça a l’air comme ça mais… En fait, c’est très funky comme objet d’étude. Je ne le nie pas, j’adore la recherche qu’on y fait. En tant qu’animal c’est vraiment très surprenant. Il faut s’imaginer un bout de tuyau, généralement transparent, en U. C’est la forme de l’animal adulte. C’est une sorte de pompe qui s’attache au fond de l’eau et qui ne fait que pomper. C’est un animal filtreur. Les ascidies font partie d’un groupe qui s’appelle les tuniciers. Il y a plus 1500 espèces de tuniciers. Ce qui est le plus surprenant c’est que ces animaux qui ne ressemblent pas à grand chose, peut-être de prime abord à des éponges ou des coraux, sont les animaux les plus proches des vertébrés. A part s’imaginer un tuyau d’arrosage, il n’y a pas grand chose à faire à part regarder sur Google pour voir quelques images. L’espèce particulière sur laquelle je travaille est Ciona intestinalis.

Ciona intestinalis

A : Intestinalis parce qu’on la trouve dans l’intestin ?

PK : Je pense que c’est en fonction de la couleur. Elle est pratiquement transparente à part le bout des tuyaux, qu’on appelle des siphons qui servent à pomper l’eau de mer pour la filtrer. Nous, les vertébrés, sommes plus proches des ascidies que d’une mouche, que d’une étoile de mer, que d’une éponge, que d’un calmar, que d’un ver marin.

M : Sur quelle base tu dis qu’on est plus proche ?

PK : En terme de parenté. C’est très difficile à expliquer il faut faire attention aux termes employés. Si tu imagines un cousinage, l’ascidie est le plus proche cousin des humains par rapport à n’importe quel autre animal. Une mouche par rapport à l’ascidie serait un cousin de second ou troisième degré alors que l’ascidie est celui avec lequel on a le lien de parenté le plus fort. A l’heure actuelle, les classifications établies sont phylogénétiques. Elles essaient de retracer les liens de parenté c’est à dire un ancêtre et tous ses descendants. On fait des groupes d’ancêtres et tous ses descendant pour retrouver un arbre plus ou moins généalogique. On dit un arbre phylogénétique parce que dans un arbre généalogique on a accès aux ancêtres alors qu’on a accès uniquement aux espèces actuelles ou à des espèces fossiles. On essaie de retracer les groupes en faisant des liens de parenté. Et donc l’ascidie est l’animal avec lequel on a le plus de liens de parenté.

M : L’ascidie est un animal marin. On est donc plus proche d’un animal marin que d’une mouche qui ne l’est pas, finalement.

PK : Tout à fait.

A : Quel est l’intérêt de les étudier ?

PK : Justement c’est parce que ce sont les animaux les plus proches des vertébrés. Moi, je m’intéresse aux gènes impliqués dans la formation de différents organes chez cet organisme.

A : Ça a quand même des organes ?

PK : Oui tout à fait. Ce qui est très intéressant chez l’ascidie, c’est que la forme adulte suit une métamorphose. L’embryon commence à développer une petite larve. Quand on compare une larve d’ascidie avec un têtard, on voit tout de suite à quel point les similitudes sont frappantes. Notamment, un organe embryonnaire que tout les vertébrés ont et que l’ascidie a aussi s’appelle la corde. C’est une structure embryonnaire qui disparaît au cours du développement des mammifères mais qui reste chez la plupart des poissons et de beaucoup de vertébrés. C’est également une structure transitoire chez l’ascidie. Ce qui m’intéresse, c’est de travailler sur les gènes qui sont impliqués dans la formation de cette corde. Notamment, si vous vous rappelez de votre émission sur l’ADN, vous avez parlé des parties poubelle de l’ADN (junk DNA). On s’est rapidement aperçu qu’il y avait une très petite partie de l’ADN dédié à former des protéines et qu’une grande partie semblait ne servir à rien. En fait, ce n’est pas le cas, c’est extrêmement utile. Moi, je m’intéresse à des régions qui permettent de dire ou et quand des protéines doivent être produites. Au cours du développement, chaque cellule va produire des protéines différentes, ce qui va permettre de différencier les cellules au fur et à mesure de leurs divisions. Finalement, ce qui va permettre de différencier ces cellules sont des programmes génétiques, c’est à dire, non pas codés dans les parties dédiées aux protéines, mais dans les parties «junk DNA». Ça s’appelle des séquences régulatrices. C’est des petits bouts d’ADN qui vont dire toi, cellule A, tu vas produire telle et telle protéines, ce qui va te permettre de devenir des neurones et toi, cellule B, tu vas produire telle et telle protéines pour te différencier en d’autres types cellulaires comme du muscle ou des cellules de la corde. Moi je m’intéresse justement aux mécanismes régulatoires impliqués dans la formation de la corde. Est-ce que des mécanismes sont similaires entre les vertébrés et l’ascidie ? Est-ce qu’on est capable de comprendre comment ça marche ? On en est aux balbutiements.

M : C’est le thème de ton travail dans le cadre de ton post-doc.

PK : C’est le thème de mon post-doc. Et malheureusement, c’est un peu comme pour mon blog. Je me disperse très rapidement. J’ai déjà fait beaucoup beaucoup de choses sur mon post-doc. J’ai déjà participé à deux articles qui n’ont rien à voir avec le projet de recherche sur lequel je travaille. Je m’y suis greffé parce que ça me passionne. J’ai notamment des compétences qui manquait dans le laboratoire que j’ai intégré. J’ai donc facilement pu m’intégrer à des projets qui ne sont pas mon projet initial. D’ailleurs, mon projet initial n’était pas de travailler sur la corde qui est le thème principal du laboratoire. Quand je suis arrivé, j’ai dit «c’est bien la corde mais moi j’ai travaillé sur le muscle». On impose son style et il ne finit pas.

A : C’est pas souvent qu’on a la chance d’avoir un chercheur sous la main. On s’imagine plein de choses mais tu peux nous expliquer concrètement comment ça se passe au laboratoire ? Genre tu portes une blouse blanche, t’as des pipettes ? Ou tu es plutôt derrière un écran d’ordinateur ? Tu travailles seul ou en équipe ? Comment ça se passe ?

PK : Je porte une blouse blanche en effet. Il faut porter une blouse blanche. On voit dans beaucoup d’équipes des gens qui ne travaillent pas en blouse blanche, c’est très mal. Il faut mettre une blouse blanche, c’est mieux pour la sécurité, ça permet de ne pas saloper ses vêtements, etc… Moi je la porte un tiers du temps. Deux tiers du temps, je travaille sur ordinateur parce que, comme je travaille sur l’ADN et sur des séquences de gènes, je fais du travail qu’on dit in silico, c’est à dire sur ordinateur, à essayer de trouver les liens de parenté entre les gènes. Il y a des liens de parenté entre les espèces mais aussi entre les gènes et parfois ils ne concordent pas. Je m’intéresse à ces mécanismes.

A : In silico, j’aime bien.

M : C’est une image de biologiste, ça, de parler de in silico, non ?

PK : Tout à fait. Avec beaucoup de mépris de la part de beaucoup de collègues. Il y a du travail in vitro avec des pipettes, sa blouse blanche et des tubes en plastique et du travail  in silico. Je fais aussi du travail in vivo, c’est à dire sur la bestiole en développement et j’essaie de voir comment les gènes sont allumés au cours de la formation des muscles…

M : Avec des microscopes ?

PK : Oui bien sûr. C’est visible à l’œil nu ou avec une loupe mais c’est pas très pratique. J’utilise beaucoup de microscopes, notamment des microscopes confocaux. Cela permet d’utiliser des lasers pour exciter des molécules fluorescentes qu’on a préalablement injectées dans notre bestiole. On voit alors où et comment les gènes sont exprimés. Je fais donc pas mal de microscopie. C’est une compétence que j’ai développée au cours de ma thèse et de mon post-doc.

A : Pour en revenir au quotidien, tu bosses plutôt seul ou en équipe ?

PK : Ça dépend. Pour les articles auxquels j’ai participé, j’ai repris des projets en cours. J’ai relayé quelqu’un qui a fait un post-doc assez court car elle a eu une occasion d’en faire un autre dans un autre laboratoire. Elle a laissé un projet inachevé sur lequel je me suis greffé et, au final, j’ai fait la majorité du travail pour poursuivre ses manipulations. Typiquement, j’étais seul sur ce projet mais je communiquais avec elle. Il y a d’autres projets où je peux travailler en équipe. Mais généralement, comme l’impératif est de publier rapidement, il faut être le principal manipulateur et ça tend à travailler solo.

A : C’est un métier solitaire.

PK : Non. C’est la fonction de post-doc qui est très solitaire. Quand on y est on a envie d’être chapeauté mais passé le cap de chercheur, on a envie de diriger des étudiants donc on se retrouve à diriger une équipe.

M : Il y a quand même un professeur ou une personne qui suit ton travail, non ?

PK : Tout à fait. Il y a ici un PI (principal investigator). Ma PI est Anna Di Gregorio qui est docteur mais pas professeur. Quand on est PI, ça veut dire qu’on a des financements pour diriger ses propres recherches. D’ailleurs, elle ne manipule pas, elle ne fait que diriger les recherches. On lui apporte les résultats et elle dit si c’est bien ou s’il faut recommencer. Un post-doc est entre les deux. Il doit faire son projet de recherche et un PI regarde si c’est bien. On commence à collaborer en tant que chercheur à peu près au même niveau.

M : Typiquement, vous êtes combien à travailler sur les ascidies ?

PK : Dans mon laboratoire, on est cinq au total. C’est une toute petite équipe. Moi j’aime beaucoup les petites équipes parce que c’est convivial et on est beaucoup mieux dirigé. Au même étage, il y a un autre laboratoire avec six personnes, un autre avec dix personnes… très souvent les grosses équipes qui ramènent de belles publications sont de trente personnes. Mais ça dépend toujours du sujet. Si on est sur le terrain c’est encore différent.

A : Et combien dans le monde ? Vous collaborez avec d’autres centres de recherche ?

PK : Pour l’ascidie, c’est très rapide. Nous sommes une petite communauté. Une vingtaine de laboratoires à travers le monde, dont beaucoup au Japon. Probablement parce que la population mange des ascidies et que c’est une espèce endémique des côtes japonaises. Il y en a beaucoup donc c’est très facile pour les japonais de les étudier. C’est une communauté assez dynamique mais les outils sont difficiles à obtenir. Du coup on essaie de se serrer les coudes. Par exemple, nous avons une séquence d’ADN extrêmement importante donc d’autres laboratoires de New York viennent fouiller dans nos tiroirs de congélateur pour les retrouver. Quand je suis arrivé, j’ai travaillé sur un autre organisme tunicier qui s’appelle oikopleura dioica. Bien entendu, ça ne pousse pas à New York ni en Californie. On est obligé de se les faire livrer par une autre équipe qui a collaboré sur notre article, qui vient de Norvège. Donc oui, on doit collaborer dans ce genre de communauté. Par contre, quand on est dans une communauté concernant la mouche ou la souris, qui sont des organismes bien plus connus, il y a moins de collaboration et plus de compétition. Il faut faire attention à ce qu’on dit et à ce qu’on partage.

A : Qui finance cette recherche sur les ascidies ?

PK : C’est le NIH, c’est à dire le National Institute of Health des USA. Ça correspond un petit peu au CNRS en France. C’est une grosse agence nationale de science. Il y en a plusieurs aux USA. Ils financent des projets. Le projet présenté parAnna Di Gregorioa été accepté et on a donc des financements renouvelables pour deux ou trois ans mais chaque année il faut produire des résultats, c’est à dire des publications dans des revues, pour que le financement soit renouvelé. Il y a aussi des financements caritatifs, parfois privés comme l’industrie pharmaceutique.

M : Ceux qui fiancent, qu’attendent-ils de ces recherches ?

PK : Au niveau national, c’est d’augmenter le niveau de publication du pays d’une manière générale et, espérons-le, de faire avance la science. Pour les caritatifs, c’est qu’on comprenne mieux certaines maladies, notamment des cancers qui touchent la corde chez les humains. Travailler sur un organisme aussi simple que l’ascidie va peut-être permettre de trouver des gènes dont la fonction a été conservée entre l’humain et l’ascidie mais bien plus facile à étudier. On demande régulièrement à travailler sur ce genre de choses, à obtenir des financements pour ce genre de recherche auprès de ces instituts qui espèrent, à terme, qu’on trouvera des traitements ou qu’on fera avancer la médecine dans ce domaine.

A : Est-ce qu’on a déjà fait des découvertes qui ont eu des applications dans la médecine ?

PK : Oui. Pas mal de substances pharmaceutiques ont été développées chez l’ascidie. Dans la science de manière générale, ça a été décisif pour comprendre comment les gènes étaient régulés. C’est extrêmement important parce que c’est un organisme assez simple au niveau de l’ADN. Ce qu’on appelle le génome, c’est à dire toute l’information génétique, est en double chez les mammifères. Il y a eu une duplication du génome ancestral au niveau des vertébrés, qui n’apparaît pas chez l’ascidie. A cause de cette duplication, on arrive à une situation où certains gènes se compensent et on n’arrive pas bien à lire la façon dont ils sont régulés. Avec l’ascidie, la régulation génétique est beaucoup plus facilement étudiable. C’est comme ça qu’on a compris comment des mécanismes évolutifs et génétiques étaient impliqués dans la régulation chez l’ascidie. On en a dérivé des informations, on a découvert des gènes chez l’humain. C’est beaucoup plus basique.

M : J’imagine que l’étude de l’ascidie aide aussi à comprendre l’ADN poubelle ?

PK : Exactement.

M : Il faudra changer le nom !

PK : Les mécanismes régulatoires, l’ADN régulatoire a été étudié chez l’ascidie et a permis de comprendre des mécanismes extrêmement importants. Notamment ce qu’on appelle des cascades génétiques. Au cours des divisions cellulaires qui vont former un organisme, chaque cellule va exprimer des gènes, c’est à dire produire des protéines en fonction de leur position et en fonction des divisions cellulaires précédentes. On a essayé de comprendre comment les gènes étaient organisés dans le programme génétique. Parce qu’il y a un premier gène exprimé dans la cellule œuf qui va entraîner l’expression, dans les cellules filles, de différents gènes. On obtient ainsi des cascades génétiques pour avoir, au final, des cellules qui se différencieront en un organe (par exemple la corde). Les cascades génétiques découvertes chez l’ascidie ont permis de comprendre et trouver les gènes conservés dans les cascades génétiques des vertébrés.

A : Revenons un instant sur tes recherches précédentes. Tu peux nous dire un mot des gènes Iroquois ? A commencer par leur nom, ça m’intrigue…

PK : Toi, tu as trouvé un ancien article à moi ! Durant ma thèse j’ai travaillé sur des gènes Iroquois. Il faut savoir qu’en fonction des organismes sur lesquels on travaille, la communauté scientifique va avoir plus ou moins d’imagination. Quand on travaille sur le petit ver qui s’appelle le nématode, les noms des gènes sont très classiques : quatre lettres et trois chiffres. C’est pas très funky. Chez la drosophile, une mode s’est lancée pour nommer n’importe comment, en fonction des défaut morphologiques observés quand les gènes sont mutés. Des mutations qui font apparaître plus de pattes ont donné des drosophiles mille-pattes, des gènes se sont appelés Sonic Hedghog parce que ça ressemblait à un hérisson (clin d’œil au jeu de Sega). Pour l’Iroquois, voici : quand la région de l’ADN est supprimée, on observe un défaut morphologique où seuls poussent les poils du milieu du thorax. Les poils des côtés disparaissent. Cela fait penser à la coiffure des Iroquois. En étudiant plus en avant la délétion qui entraîne ce défaut, ils se sont aperçu que ce n’était pas un gène mais trois qui avaient disparu. C’est à dire trois séquences qui codaient pour trois différentes protéines très proches. Ils étaient coincés parce qu’ils ne pouvaient pas les appeler Iroquois 1, Iroquois 2, Iroquois 3. Ils se sont alors lancés dans des délires et les ont appelés l’un Iroquois, l’autre Arokan et le troisième Kopolican, qui sont des tribus d’Iroquois (Indiens d’Amérique). Ils en ont ensuite trouvé un quatrième qui n’était pas dans cette partie et qu’ils ont appelé Mohawk. Voilà. Il y a quatre gènes «Iroquois-like» dans le génome de la mouche. Ce qui m’a intéressé c’est de comprendre pourquoi ils étaient en complexe de trois gènes parce que la situation chez les vertébrés est identique : on a trois gènes Iroquois côte à côte. Enfin… trois paires de gènes puisqu’il y a une duplication du génome chez les vertébrés. Ce qui m’intéressait était de comprendre si, chez l’ancêtre, les trois gènes Iroquois côte à côte étaient conservés chez l’humain et chez la mouche ou bien si c’était le hasard (mais la coïncidence serait très étrange). Malheureusement, mes études ont permis de dire qu’on ne pouvait pas trancher de manière sûre. Il y avait peut-être une situation ancestrale avec deux gènes côte à côte chez l’ancêtre de la mouche et de l’humain et un troisième gène qui, par hasard s’est dupliqué de manière indépendante chez ces deux organismes. C’était mon article.

A : La délétion des gènes Iroquois chez l’homme n’a pas été étudiée, j’imagine ?

PK : Si si ! Enfin, plutôt chez la souris. Comme on n’a pas le même thorax que la mouche, on n’obtient pas les mêmes défauts morphologiques. D’une manière générale, il faut muter les trois paires de gènes, ce qui est extrêmement difficile. Les défaut morphologiques sont donc assez subtils et apparaissent surtout au niveau de la formation des neurones.

M : Rien à voir avec les poils, donc.

PK : Si ce n’est que les poils du thorax de la mouche sont associés à des neurones. Il y a donc éventuellement une fonction ancestrale conservée entre la mouche et l’humain. En effet, il y a perte de neurones mais aussi des poils latéraux du thorax. C’est encore à explorer. Malheureusement je travaillais sur le ver marin sur lequel les études sont extrêmement difficiles à mener. Je me suis donc intéressé au niveau génétique in silico à comparer les gènes sur de nombreux génomes d’organismes pour voir quelle était la situation. Je ne me suis pas intéressé à ce qu’il se passait quand on retirait les gènes de ces organismes.

A : Pour changer de registre…

PK : Je sens que j’ai endormi le public ! C’est difficile et c’est peut-être pour ça que je me suis mis à bloguer «strange and funky» pour rendre ma recherche «funky». C’est un exercice de style qu’il faut que je travaille.

A : Pour se réveiller on va parler café. C@fé des Sciences. Depuis combien de temps publies-tu sur C@fé des Sciences ?

PK : C’est arrivé très vite. Au bout de deux mois à peine suite à la création de mon blog, je leur ai proposé ma candidature. Je ne me rendais pas compte que c’était une association assez dynamique et exigeante. On m’a dit qu’on allait voir comment tu te débrouilles encore quelques mois et on verra si tu peux venir sur le C@fé des Sciences. Je me suis senti sur la sellette mais au final, c’était très bien puisque ça a lancé le style plus scientifique de ssaft. Les premiers articles, c’était chaton, science, chaton, chaton, chaton et trucs bizarres… J’ai changé le fusil d’épaule. Depuis, je suis membre actif dans le sens où je suis blogueur pour le C@fé des Sciences. Je suis regroupé sur la série de liens disponibles sur leur site. Je fais aussi partie des discussions. Je ne fais pas partie du directoire mais j’essaie de mettre mon grain de sel. C’est difficile, ici, des Etats Unis mais sitôt en France, je proposerai de m’investir un peu plus dans la gestion parce que je deviens un vétéran.

A : Tu es très impliqué ? Ça consiste en quoi, ces discussions ?

PK : Ça consiste principalement à savoir qui va rentrer et quels sont les évènements autour du C@fé des Sciences qui peuvent être faits. Là, surtout, les discussions portaient sur le développement de la plate-forme pour obtenir des systèmes plus à l’anglo-saxonne. En effet, il existe des blogs comme ScienceBlogs ou ResearchBlogging dans lesquels des outils sont mis en place pour permettre à la vulgarisation scientifique d’être plus efficace et plus dynamique. C’est ce qu’on essaie de reproduire. Notamment en se rapprochant d’autres outils de la blogosphère comme OVNI-Science ou Knowtex. On voudrait faire migrer ces nouveaux sites vers une plate-forme générale et dynamique.

M : Tu as aussi un autre projet tout neuf qui s’appelle StripScience.

PK : Tout à fait. C’est mon bébé, mon projet à moi ! Ça sera un moyen de fusionner deux bulles de la blogosphère (c’est le cas de le dire) que sont BD et Science. J’adore la DB. Depuis que je suis tout petit, ce que je regardais principalement dans Science et Vie Junior, c’était les articles avec des BD ou des personnages cartoon parce que ça me parle. Depuis, je suis avidement tout les blogueurs dessinateurs qui parlent de science. J’ai souvent entendu Antoine parler de Marion Montaigne qui a un blog de science assez ahurissant «Tu mourras moins bête mais tu mourras quand même». Pourquoi ne pas fusionner les deux milieux ? On a des blogs scientifiques qui ont la patate qui veulent montrer plus de science et des dessinateurs qui ne maîtrisent pas tous les aspects de la science. On peut faire des partenariats. C’est le projet StripScience qui sera mis en place en septembre 2011. J’essaie de joindre le maximum de dessinateurs. S’il y en a parmi les poditeurs, venez nous rejoindre ! J’ai par exemple contacté Lucile et Forza Pédro qui sont poditeurs et qui nous ont rejoints sur StripScience. J’espère que ça sera les premiers partenariats prolifiques.

A : L’appel est lancé.

Parmi tes autres projets, tu nous as dit dans un commentaire que tu préparais un livre de science fiction ?

PK : Oui mais j’attends toujours la réponse de Matthieu.

M : Oui, je n’ai pas complètement répondu.

PK : J’ai adoré l’émission sur la lumière, la semaine dernière. Ma question était pour savoir ce qu’il se passait au niveau d’un photon quand il rencontre une surface réfléchissante. J’ai adoré notamment un des aspects illustrés par Matthieu avec la métaphore du cylindre. Cela m’a permis de me rendre compte de choses assez fondamentales sur la lumière. Mais je n’ai pas eu de réponse à ma question !

M : Ce que tu veux savoir exactement, c’est quand un photon rencontre un miroir et qu’il est réfléchi, quelle interaction a-t-il avec le miroir ?

PK : Voilà. Quelle est l’interaction avec la matière.

M : C’est tout le problème. Comme je le disais dans le dossier, il y a un phénomène d’absorption ou de réflexion. Avec l’absorption, il y a bien une interaction avec les atomes. L’énergie du photon fait augmenter le niveau d’énergie d’un atome. Mais avec une réflexion, je ne suis pas très au clair s’il y a une réelle interaction avec les atomes.

PK : C’est ce qui me surprenait justement. Est-ce le même photon qui rebondit mais sur quoi ?

M : On dit aussi que le photon n’existe réellement que quand il y a une interaction. Peut-être qu’en parlant de réflexion, on n’a pas réellement l’idée de photon.

PK : Même dans le cas d’une onde, je n’arrive pas à me représenter… Ma grande question est : est-ce le même photon, est-il absorbé puis ré-émis à l’identique ? J’avais l’impression que la lumière pouvais uniquement interagir avec la matière mais je n’arrive pas à me représenter comment elle peut être courbée à part avec la courbure de l’espace-temps.

M : Je vais essayer de creuser et je te tiendrai au courant.

PK : Si ça se trouve on ne sait pas ! C’est ça qui est intéressant !

A : Si un livre de science fiction signé Taupo en dépend, il va falloir creuser !

PK : Bon, c’est un livre parmi les vingt-cinq idées de projet de livres de science fiction, de nouvelles, etc… que j’ai sous le bras. Faut pas se formaliser. J’en ai d’autres.

A : Tu n’as pas débuté la rédaction encore ?

PK : Non non. Je me suis juste posé une question comme ça, il y a un mois. Je vais faire le pitch, ça va peut-être intéresser des gens qui vont me pousser à écrire.

A : Vas-y.

PK : L’idée se base sur les paradoxes temporels. On peut savoir que les voyages dans le temps (dans le passé, disons) n’existent pas parce qu’il n’y a pas de paradoxe, parce qu’on n’est pas en train de voir des centaines de touristes du futur. Mais si on reste sur cette manière de réfléchir et qu’on envisage malgré tout le voyage dans le temps, la seule manière de voyager dans le temps est de ne pas interagir avec la matière. On pourrait projeter une image du passé dans le futur à partir de lumière qui aurait voyagé et qu’on serait capable de récupérer. Quand on voit le ciel étoilé, on voit des centaines et des centaines de milliers d’étoiles, chacune à un temps différent puisqu’elles sont à des distances différentes. On est donc en train de voir une image du passé. Mon idée est : si on arrivait à trouver une étoile ou un corps stellaire totalement réfléchissant, ne serait-on pas capable d’analyser la lumière et de voir une image de notre passé ? Ce serait ça le voyage dans le temps possible : être capable de voir le passé et être capable de reconstruire une matrice, un peu comme dans les films Matrix, qui serait alimentée par ces lumières qui nous arriveraient, réfléchies à un million d’années lumière ou cent années lumière, je ne sais pas.

M : Un détail me chiffonne.

A : Attention !

PK : Bon, je ne vais pas l’écrire, alors.

M : Actuellement, quand on regarde une étoile, la lumière qui nous en arrive nous donne l’état de l’étoile dans le passé. C’est quelque part une sorte de voyage dans le passé. Ce que tu veux faire, c’est réfléchir une lumière sur un astre.

PK : Avec un satellite à la Hubble, comme actuellement avec la recherche d’exoplanètes avec les sondes Kepler, on arriverait à chercher plus particulièrement des planètes qui sont totalement réfléchissantes (je ne sais pas en quelle matière, peut-être en mercure). La lumière qui nous arriverait serait une lumière émise par la Terre il y a… l’équivalent de la double distance de cette planète.

A : 64 millions d’années, au hasard. On pourrait voir ce qui a déclenché la disparition des dinosaures. Ça me plaît bien !

M : Ça me plaît bien aussi. Je vais creuser le sujet.

PK : Si ce n’est pas le même photon, je ne sais pas s’il y a un biais. Je voulais savoir notamment, à partir d’un photon, dont la durée de vie est présumée éternelle, s’il n’est pas modifié par la surface réfléchissante, ne pourrait-on pas en tirer d’autres informations que uniquement la lumière ? Par exemple quel atome l’a émis.

M : Je prends note, on va essayer de te donner un coup de main.

PK : Mais sinon, il y a plein de livres de sciences fiction qui partent de présupposés scientifiques complètement faux donc…

A : Tu as d’autres projet dans l’air ?

PK : Comme je disais, une vingtaine. Tous les matins je me réveille en me disant, super je vais faire un film d’animation, je vais faire un court métrage, je vais me lancer dans la chanson… Je suis assez fort pour démarrer des projets. J’aime bien les garder sous le coude. Un des projets actuels qui me tient à cœur est de faire un partenariat avec un dessinateur qui m’est cher. C’est mon beau-père et ami Alain Prunier. Sans le savoir il a bercé toute mon enfance puisque c’était un dessinateur de Science et Vie Junior. J’ai découvert dix ans après que les illustrations que j’adorais par dessus tout étaient du copain de la mère de ma future femme. Quand je suis arrivé chez lui, j’ai un peu alluciné et nécessairement après, un partenariat assez gigantesque s’est fait. Dont un livre «Les Aventures de Taupo» que j’aimerais bien publier un jour.

A : Il est écrit mais pas publié ?

PK : On l’a déjà envoyé à quelques maisons d’édition mais sans succès. Je pense pas que c’est un projet totalement abouti. Je suis déjà en train de travailler sur le tome deux. C’est court, une cinquantaine de pages qui visent surtout les adolescents. C’est très joliment illustré mais peut-être le texte ne suit-il pas. On a gardé le personnage en essayant de faire un système où il raconte des comptines. Par exemple «Le Petit Capuchon Rouge» où l’on reprend les personnages de Taupe qui refont les comptes comme le Petit Chaperon Rouge mais en gore et funky. J’ai plusieurs projets en route mais j’aimerais bien que ça marche parce que c’est un dessinateur d’excellente qualité. Il aurait du être publié depuis longtemps.

A: On croise les doigts. Il reste quelques questions à te poser, on ne va pas faire trop long. Comment es-tu tombé sur PodcastScience ?

PK : En écoutant le cross-over que vous avez fait avec Scepticisme Scientifique, que j’écoute depuis longtemps. Je suis très versé dans le créationnisme et les controverses des créationnistes, du scepticisme, de l’athéisme et tout ça. Donc j’écoute beaucoup de podcasts de ce genre. Là, ça m’a fait une bouffée d’air frais d’écouter un podcast scientifique français. J’étais ravi d’avoir découvert votre émission.

A : Si tu pouvais contourner les aléas de la hiérarchie et accéder directement à leur rédaction en chef (celle de PodcastScience, donc), si tu avais une baguette magique…

PK : En même temps, tu es chez moi, là !

A : Changerais-tu quelque chose à l’émission ?

PK : Les sujets sont impeccables. Bon, faut pas me demander de critiquer les choses sinon j’en ai pour trois heures…

A : Tu as une minute !

PK : Les sujets sont géniaux et j’adore votre façon de les aborder. Là, je ne changerais rien. La seule chose à redire est la qualité audio avec les petites coupures intempestives, parfois. Je changerais la production avec des moyens, peut-être en faisant appel aux poditeurs, pour éditer de manière impeccable, enlever les petits blancs, etc… C’est la seule chose qui me trouble. Il y a parfois des coupures intempestives même si là il n’y en a pas eu.

M : On en a eu une petite à un moment mais ça n’a pas trop dérangé.

PK : Sinon, restez comme vous êtes, c’est très bien.

A : Merci, venant de toi, ça fait particulièrement plaisir. Où peut-on te trouver sur le net ?

PK : Partout ! Il suffit de taper ssaft sur Google pour me trouver. On me trouve sur le C@fé des Sciences, sur tweeter @pierrekerner, sur Agoravox, sur une page Facebook dédiée à ssaft. Sinon, on me trouve en train de troller les commentaires de PodcastScience. Mais de manière respectueuse ! Je trouve toujours vos émissions impec, il y a juste eu un petit problème cette fois-ci… Fallait pas le prendre mal…

A : Pas du tout, au contraire. Donc, tu as bien répondu initialement : on te trouve partout sur Internet. Matthieu, une ultime question ?

M : Oui mais je crois qu’on va en rester là aujourd’hui. C’est une question qui se répond. Je ne crois pas qu’on réponde en deux secondes. C’était pour faire suite à ton dossier sur l’ADN. On avait eu une discussion par commentaires interposés avec Pierre sur la différence en animal et organisme. Sur les différentes lignées du vivant. Entre les organismes unicellulaires, métazoaires…

PK : J’ai déjà commencé à réfléchir à partir du commentaire. Je ferai une réponse plus chiadée que je posterai dans les commentaires de cette émission.

M : On peut, peut-être plutôt se donner rendez-vous dans quelques semaines pour en parler plus tranquillement dans une émission.

A : C’est une excellent idée.

PK : Quand vous voulez. Je serai ravi de parler, j’aime bien parler. Peut-être un peu trop…

M : On fait comme ça. C’est un sujet qui mène à pas mal de confusions dont j’ai été le protagoniste. Donc j’aimerais bien qu’on en parle pour éclaircir tout ça.

A : Le rendez-vous est pris.

Bioéthique, Partie I – Retranscription

Ce dossier a été préparé par Franck dans l’épisode #87: accéder aux notes de l’émission

Alan :  Est-il juste de breveter  des molécules qui permettent de guérir les pires maladies et qui ne pourront guérir que les riches qui pourront les payer ? Est- il moralement défendable d’inoculer le cancer à des animaux qui souffrent autant que nous pour pouvoir nous soigner nous ? Les églises autrefois garantes de la morale ont commis les pires atrocités à un moment ou un autre de leurs histoires au nom d’une vision biaisée du bien et du mal. La science risque-t-elle les mêmes dérives ? Les a t’elle déjà commise ? Peut-on tout faire au nom de la science ? Où sont les limites ? Sujet extrêmement difficile et audacieux que celui de ses deux épisodes sur la Bioéthique et c’est Frank qui vaillamment se prête au jeu. Vous êtes sur Podcast science  nous sommes le Jeudi 31 mai et pour ce premier épisode Frank vous propose une approche historique de la Bioéthique. Bonsoir.

 

Franck : Je vais vous parler aujourd’hui de Bioéthique, pour commencer je vais donner des définitions ;

  • L’éthique : c’est la partie de la philosophie qui envisage les fondements de la morale.
  • Philosophie : ensemble de conceptions portant sur des principes des êtres et des choses, sur le rôle de l’homme dans l’univers, sur Dieu, sur l’histoire etc. Donc, partie de la philosophie qui envisage les fondements de la morale donc l’autre partie c’est la morale.
  • Morale : ensemble des règles de conduites considérées comme bonnes de façon absolue ou relevant d’une certaine conception de la vie.

Finalement l’Ethique ce sont les fondements de la morale et la morale c’est l’ensemble de règles de conduites considérées comme bonnes. Quand j’ai pensé ensemble de règles, j’ai pensé immédiatement au droit, je suis donc allé voir ce qu’était le droit.

  • Droit : l’ensemble des règles qui régissent les rapports des membres d’une même société.

 

Finalement on peut considérer que le droit c’est la morale d’une société, les règles qui régissent une société. Donc l’éthique d’une société, on va parler de Bioéthique, du droit des règles qui régissent sur une société et on va voir la bioéthique qui est l’étude des problèmes moraux qui sont sujets par la recherche biologique, médical ou génétique et certaines de ses applications dont la médecine. On voit que dans ” Bioéthique ” il y a ‘éthique’, c’est la morale de la société c’est à dire le droit, et il y a la partie Biologique, c’est la recherche biologique ( la médecine, etc.) Donc c’est la biologie contre ” comment elle s’associe avec le droit ”, la morale. Pour finir avec ses définitions, ce qu’il faut également voir c’est que le droit est  originellement fondé sur la religion par exemple, chez les égyptiens le pharaon qui dicte la loi, qui juge, qui nomme les juges etc. il est fils de Rê, dieu du Soleil. Chez les juifs il y a la Halakha qui est la loi juive, chez les catholiques il y a le droit Canonique, chez les musulmans il y a la Charia. Chez les romains, qui sont les fondateurs du droit occidental, avec des lois écrites sur lesquelles se basent les juges il y a une dissociation avec la religion au fil du temps mais à la base c’était pareil, c’était un droit religieux. On va voir comment la recherche biologique médicale ou génétique et ses applications (médecine) peuvent poser des problèmes éthiques à nos sociétés,  on va se cantonner aux sociétés occidentales comme exemples. On va faire l’histoire de la médecine, on va regarder comment est apparue la médecine etc.

Les premières pratiques médicales qui sont apparues chez l’Homme c’est la consommation d’herbes médicinales, celle-ci est orchestrée par le Chaman mais finalement dans toutes les sociétés (forêt amazonienne, Océanie, Afrique, etc.)  c’était un homme qui connaissait les herbes médicinales et avait également un caractère de prédiction divinatoire car il est en rapport avec les Dieux, on voit donc qu’originellement la notion de la médecine originelle a une relation directe avec le divin. La science Biomédicale (médecine) et la morale (religion) sont exécutées de concert.

Ensuite on va aller en Égypte, on voit que la médecine a beaucoup évoluée, on n’a plus seulement la consommation d’herbes médicinales on a également des actes de petites chirurgies avec la réduction de fractures, on a un art du diagnostic avec des notions de symptômes qui apparaissent etc. Des traités de médecines, on a pas mal d’écrits qui subsistent de médecine égyptienne. Mais cette médecine reste étroitement liée au Divin c’est-à-dire que les médecins sont souvent prêtres, ils prient, lisent dans les oracles, ils imputent la plupart des maladies aux colères, aux agissements, aux volontés de Dieu ou de démons c’est-à-dire que la cause des maladies est divine. Beaucoup de remèdes utilisés par les égyptiens étaient inutiles, en les étudiant aujourd’hui, parce qu’on dispose d’écrits qui nous permettent de savoir quel genre de remèdes ils utilisaient, on s’aperçoit qu’on ne connait pas leurs utilités, du moins on sait qu’ils sont inutiles pour nous. Cela permet de dire que ce n’est pas pour leur utilité qu’ils étaient utilisés mais parce qu’ils répondaient aux croyances religieuses de l’époque. Ce qu’il faut signaler aussi sur cette médecine égyptienne, du moins la religion, c’est qu’il y a tout un rituel funéraire qui va comprendre la momification, la dissection du cadavre avec extraction des viscères, notamment du cerveau par les narines, tous ces rites funéraires vont expliquer une excellente connaissance par les égyptiens de l’anatomie, une connaissance qui ne va pas être retrouvée pendant longtemps dans l’Histoire. Parce qu’ils vont ouvrir le corps pour en extraire les viscères etc. Et cette connaissance est religieuse, liée au fait que dans la croyance égyptienne, le corps doit être conservé intact pour accéder à la vie éternelle. Et donc encore une fois c’est la religion qui précède la science et la recherche.

Alan : Ce que tu nous disais dans la première prise c’est qu’il n’y avait pas de problème bioéthique à l’époque de la médecine égyptienne parce qu’il n’y avait pas de conflit d’intérêt entre la morale et la connaissance. »

Franck : En effet, à cette époque là, la science biomédicale reste totalement inféodée aux règles morales, il n’y a pas de problème bioéthique parce que le prêtre agit selon les croyances religieuses pour la médecine, il ne va pas essayer de faire des choses en dehors des croyances pour la médecine donc il n’y a pas de conflit entre la médecine d’une part qui en fait ” n’existe pas ”, c’est a dire qu’il y a des actes médicaux qui sont pratiqués dans un but thérapeutique mais en réalité ces actes médicaux sont justifiés par les croyances divines, ce sont des actes religieux à vertu thérapeutique. Donc il n’y a pas de conflit bioéthique à ma connaissance, enfin de ce que j’ai pu trouver.

Ensuite on passe à la Grèce et à la Rome antique, donc là c’est très important parce que chez les Grecs, il y a l’avènement de la médecine occidentale avec Hippocrate, c’est un grand mythe, le premier des médecins, création des écoles de médecine etc. Comme les égyptiens, ils pratiquent des petites chirurgies, remettre des fractures en place, ils savent faire pas mal de petites choses, mais par contre il y a une grosse différence avec les égyptiens, c’est que chez les grecs il y a un interdit qui apparaît, c’est que la religion ne dit plus le corps doit être préparé en vue de la vie éternelle, mais en revanche, elle dit qu’il ne faut pas toucher au corps, l’enveloppe corporelle doit être conservée intacte pour accéder à la vie éternelle. A partir de là, ça pose un interdit sur la dissection. Il y a donc un problème parce qu’Hippocrate est quand même inspiré par la philosophie des grecs qui le pousse à la recherche du savoir, ce qui est apporté par Platon, la caverne etc. c’est la recherche du savoir. Je résume beaucoup, je dis surement beaucoup de bêtises mais grosso-modo chez les grecs la philosophie a apporté cette volonté de savoir. Hippocrate, pour savoir, aimerait bien ouvrir des corps et regarder ce qu’il y a à l’intérieur. Et là, il commence à y avoir un des premiers problèmes bioéthiques, la dissection des corps humains. La question de savoir si Hippocrate a effectivement disséqué des cadavres humains ou pas est une question qui est posée, qui n’est pas tranchée (en tout cas je n’ai pas trouvé, mais apparemment elle n’est pas tranchée), il y a des arguments parce qu’en fait il y a des récits de dissections pratiqués par Hippocrate (dissection humaine) mais apparemment ce serait des faux, et il faisait des telles erreurs d’anatomie dans ses traités que ça paraît peu probable qu’il ait effectivement ouvert des cadavres humains. Donc en fait là je pense que c’est le premier problème bioéthique, la dissection. De même Hippocrate est le fondateur de la déontologie (l’éthique de la médecine)  médicale c’est-à-dire qu’il crée l’éthique médicale. On pourrait résumer Hippocrate en une maxime qui provient de son serment, le serment d’Hippocrate que celui-ci destine à tous les médecins qui souhaitent exercer de son école, et ce serment d’Hippocrate va dire, « je m’interdirai d’être volontairement une cause de tort ou de corruption » Il le dit également dans la maxime qui est « Ne faites pas de tort ». En fait finalement la clef de la règle éthique, la première règle éthique que donne Hippocrate c’est « Ne faites pas de tort », c’est-à-dire que le rôle de la médecine doit être positif. Cela peut paraître évident mais en réalité c’est déjà fondamental à l’époque. Par exemple Chaman pouvait si ça lui chantait couper un bras à son patient parce qu’il disait « tel est la volonté des Dieux ». Tout était permis. Hippocrate va dire, « Si un acte va poser du tort, il ne faut pas le faire » La médecine c’est ne pas le faire, ne pas faire de tort. C’est la première règle bioéthique, c’est à dire qu’il s’affranchit, il se sort de tous principes religieux. Il dit, « la médecine c’est ne pas faire de tort ». C’est un principe éthique de la médecine. Hippocrate ne pratique pas la dissection parce que c’est un interdit. Il se soumet à cet interdit. Pour finir sur les grecs, on peut parler également de Hérophile, c’est un autre grec qui vivait en Egypte, peut-être qu’il a été influencé par les idées égyptiennes mais que, lui, pratiquait la dissection et d’ailleurs ça lui a été beaucoup reproché, donc on voit que déjà à l’époque c’était la guerre pour agir (scientifiquement). C’est un des premiers problèmes bioéthique. Voila pour les grecs.

Maintenant on va voir pour les romains, qui ont envahit la Grèce, qui ont ”succédé aux Grecs dans la civilisation occidentale” . Je ne me suis pas trop intéressé aux civilisations chinoises, arabes mais je pense que c’est à peu près pareil, je parle surtout des civilisations occidentales. Dans la loi romaine, l’interdit grec de ne pas toucher au corps, le problème de la dissection est complètement fermé, c’est-à-dire que la loi romaine, je vous avait dit qu’elle était très développée, un des points fort des romains c’était qu’ils avaient un système de droit très développé avec des droits écrits etc. et très bien impliqués. La loi romaine écrit textuellement, je n’ai pas la phrase exacte mais « toute atteinte à l’intégrité physique du corps ou du cadavre après la mort sont interdites ». Donc là c’est carrément la loi versus la science. Par exemple la crucifixion qui a été imposée à Jesus c’est la pire des sentences parce qu’elle induit un pourrissement du corps et donc le corps, on voit qu’il ne peut pas se conserver donc la personne est privée de vie éternelle. Après, l’Histoire avance avec la chute de l’Empire romain etc. L’Empire romain transmet son flambeau à la religion catholique et le christianisme. L’empereur romain, Constantin se convertit au christianisme en 337 : bientôt l’ordre en Europe est liée à la religion catholique. Dans les religions chrétiennes, et c’est également le cas dans les religions musulmanes, je vais m’intéresser au problème de la dissection car c’est assez représentatif de l’évolution de la bioéthique, la dissection n’est pas explicitement interdite, il n’y a nulle part marqué « tu ne toucheras pas au cadavre etc. », il n’y a pas d’interdit explicite comme dans la religion romaine. Et c’est pareil dans la torah. Dans les commandements de la torah, il y en a plein, il y a plein de règles et à aucun moment il y a marqué (bon j’espère que je ne dis pas de bêtises, si j’en dis il faut absolument me prévenir) que la dissection est interdite. Mais pourtant on associe souvent dans les croyances populaires, on dit le Moyen-Âge c’est le clergé et (d’ailleurs tu en as parlé dans ton introduction), c’est l’interdit c’est l’Eglise qui interdit tout et qui est dictatoriale. Mais en fait il n’y a aucune preuve de ça, que l’absence de travaux scientifiques, en tout cas dans le domaine auquel je me suis intéressé, c’est à dire lHistoire de l’anatomie et de la médecine, il n’y a aucune trace du fait que l’Église était vraiment si oppressive que ça sur les travaux, au contraire même ça serait plutôt le contraire parce que c’est dans les monastères que les moines entretenaient le savoir en recopiant les écrits des grecs justement de Aristote, de Hippocrate, etc. Donc en fait c’est un peu une idée erronée que l’on a contre l’Église, de dire que l’Église a écrasé le Moyen-Âge par son obscurantisme en empêchant l’avancée des sciences, il semblerait plutôt que ce soit que personne n’a voulu faire de la science pendant le Moyen-Âge, enfin là ce sont des gros guillemets, je n’ai aucune certitude.

Alan : Au Moyen-Âge, l’Eglise a été surtout contre la science qui la remettait en cause …

Franck : Alors, moi encore une fois je me suis intéressé vraiment qu’au domaine des sciences médicales donc je ne sais pas si dans les autres sciences c’est la même chose mais ce qu’il y a eu, je sens que vous voulez parler de l’Inquisition.

A : Oui c’était pour dire que l’Eglise allait dans le sens de la science parce que c’est pas quelque chose qui remettait en cause les fondements de l’Eglise, donc l’Eglise n’avait rien contre ces sciences-là

F : Oui c’est ça, elle n’avait rien contre la science.

A : Qui ne la remet pas en cause

F : Oui si tu veux

A : Tant que la science ne disait pas que la terre tournait autour du soleil par exemple il n’y avait pas de problème.

F : Oui, je me suis peut-être un peu emballé, parce que je parle du Moyen-Âge entre 500 et 1200. Oui oui pardon.

A : Parce que l’inquisition c’est beaucoup plus tard

F : Oui oui tout à fait. Comment il s’appelait le gars qui a dit que la Terre était ronde ? Galilée  non ?

A : Il a dit qu’elle tournait autour du soleil, Copernic aussi

F : Voila, c’est à eux qu’on a demandé de parjurer.

A : Il y a eu des grecs aussi avant, je ne sais jamais si c’est Aristarque de Samos

[rires]

F : il est moins connu celui-là

A :  Je ne sais jamais s’il a dit que la Terre était ronde ou qu’elle tournait autour du Soleil, je ne sais plus ce qu’il avait mis en évidence déjà»

F : Ok, bah ça je ne sais pas non plus, je ne me suis pas trop intéressé à ce domaine là donc je ne vais pas pouvoir trop juger. Dans le domaine médical donc jusqu’à environ 1200 il n’y a pas trop de traces de problèmes entre la médecine et l’Eglise. Ca serait plutôt l’inverse, ils entretenaient les écrits d’Hippocrate et d’Aristote. Et même à partir du XIIIe siècle, donc à partir de 1200 il y a des traces de dissections qui réapparaissent et qui sont orchestrées par l’Eglise. Je suis resté focalisé sur le problème de la dissection parce que c’était ce qui intéressait tous les médecins, savoir ce qu’il y a dans les corps, car ils ne savaient pas. C’est vraiment le problème de la dissection qui focalise un peu toutes les attentes de l’époque. En 1200, l’Eglise autorise même ponctuellement, ”untel il va falloir l’autopsier”, parce que c’était à des fins pénales, l’Eglise était très intéressée de savoir si un gars c’était fait zigouiller plutôt que de mort naturelle par un autre et donc là, la dissection était intéressée. Donc on peut voir quand même l’Eglise dans ce cas-là à plutôt servi la science, mais il n’y a rien de bien sérieux et donc l’histoire avance et il y a l’Inquisition qui apparaît à partir de 1200, là je sens que Alan va mieux savoir que moi, je n’ai pas les dates exactes, mais 1250 quoi ..

A : J’aurais dit un peu plus tard, c’est vite vérifié

F : Il y a l’inquisition qui apparaît et là le problème c’est que l’inquisition, elle, n’est régulée par aucune loi écrite. L’inquisition c’est l’inquisiteur local qui a à peu près tous pouvoirs, sauf qu’il peut être en litige avec le Pape etc. Mais l’inquisiteur local a le pouvoir pour traquer les hérésies. Et donc ce qui décide d’être une hérésie, il peut lui faire à peu près tout ce qu’il veut. Je ne vais pas m’attarder sur les massacres de l’inquisition, il y en a eu beaucoup. Et ça a créé un climat anti-scientifique, et c’est sûr que ça n’a pas permis de développer la science.

A : 1199 !

F : Ok merci donc c’est à partir de là que l’inquisition fait un petit peu peur. Et donc la il y une initiative ponctuelle sur laquelle on va passer rapidement c’est Frédéric II du Saint Empire Romain Germanique qui va encourager les dissections par un édit, alors c’est là que c’est un peu bizarre, je n’ai pas bien compris, c’est qu’il fait un édit qui autorise la dissection des corps sauf que je ne comprends pas pourquoi il l’autorise. En fait je pense qu’il interdit que l’on réprime la dissection des corps. Ca lance un peu un élan et il y a des dissections qui vont être organisées dans plein de cités italiennes notamment, parce qu’à l’époque le Saint Empire Romain Germanique allait jusqu’au nord de l’Italie, le mouvement des dissections reprend progressivement à partir de 1250, à plusieurs endroits en France, à Montpellier, il y a plein de villes comme ça ou on se remet à disséquer. Parfois ce sont des autorisations ponctuelles données par le Clergé, et parfois dans le Saint Empire Romain Germanique c’est en vertu de cet édit de Frédéric II. Mais il commence à y avoir une querelle avec l’Eglise et le Pape va édicter une bulle (c’est une loi du pape) qui interdit de bouillir les corps. Ca a été interprété comme une mesure dirigée contre les dissections mais en fait c’était pas ça du tout, c’était une mesure pour empêcher les gens de ramener les corps des croisades à l’époque, les gens partaient en croisade et ils essayaient de ramener leur corps de la terre sainte jusqu’à chez eux (en Europe), et pour ça, ils faisaient bouillir les corps et ils séparaient les viscères et corps. Hygiéniquement c’était catastrophique. Donc le pape prend cette mesure qui dit « on a pas le droit de bouillir les corps et de séparer les viscères » c’était dans une initiative hygiéniste et parfaitement médicale mais pas du tout dirigée contre les scientifiques, parce que les scientifiques qui avaient besoin de disséquer devaient faire bouillir les corps pour séparer les chairs des os. Donc ça a été très mal pris. C’est un peu le bazar, on ne sait pas si c’est autorisé ou pas, et le temps passe comme ça et finalement jusqu’en 1503 ce sont des autorisations ponctuelles avec des gens qui prennent leur courage à deux mains qui y vont et en 1503 (la date n’est pas sûre) mais grosso-modo entre 1450 et 1550, le Pape autorise ouvertement la dissection. Après la médecine va prendre un essor formidable avec Vésale, Léonard de Vinci qui vont disséquer des corps et qui vont faire de grandes découvertes en anatomie. Mais là encore j’ai une citation de Ambroise Paré qui était un anatomiste de l’époque et qui dit «Je pansais le malade, Dieu le guérit», donc là encore malgré le fait qu’il soit contre l’Eglise, on a encore la vision, ” le médecin n’est rien c’est Dieu qui guérit ”. Et donc on voit que ce premier problème bioéthique, enfin ce qu’on peut identifier comme un problème bioéthique de la dissection de cadavres humains a été résolu. A partir de 1500 c’est ”open-dissection”. On voit que si on interprète cette histoire, on voit que le christianisme a été beaucoup plus permissif en matière de dissection humaine que les lois grecques et romaines et donc la mauvaise réputation de l’Eglise chrétienne à ce sujet n’est pas très fondée parce que l’Eglise catholique a été moins restrictive, d’ailleurs c’est sûr parce que la loi romaine interdisait absolument la dissection alors que l’Eglise a ponctuellement autorisé et rapidement autorisé finalement. Et en fait la raison donnée à ça c’est que les religions monothéistes dont la religion catholique désacralisent l’enveloppe corporelle, en introduisant le concept de l’âme, ce qui est important dans notre corps c’est l’âme et à partir de là, le corps peut être manipulé. On peut en faire un peu ce que l’on veut tant que l’âme est sauvée. Et c’est pour ça que les religions ont fait avancer la conception d’anatomie. Donc après, avec l’anatomie on a pu développer la chirurgie, la connaissance de la circulation du sang etc. Et la médecine a pris un grand essor mais on voit que ce retard dans la dissection, à partir du moment où la dissection a été possible, c’est peut-être une inversion des causes et des conséquences mais quand la dissection a été possible, on voit qu’à partir de là, la médecine a pris un essor rapide. C’est peut être aussi parce que la curiosité est revenue, que la science a pris un essor, que les soins ont progressé, on ne peut pas savoir quelle est la cause ou la conséquence vraiment mais ce qu’on constate c’est vraiment que tant qu’on pas résolu ce problème de la dissection la médecine n’a pas avancé donc, on peut voir que cette question bioéthique de la dissection a eu une importance peut-être cruciale sur le développement de la médecine.

Il y a un autre problème qui apparaît c’est la vivisection, à partir du XVIe siècle (1500), il y a un médecin qui pratique des vivisections animales, c’est à dire qu’il ouvre les animaux vivants. C’est William Harvey, un médecin anglais. Et ça lui permet de démontrer la circulation sanguine. Parce qu’il met en évidence que le sang circule dans les artères. Après au XIXe siècle, il y a Claude Bernard, qui est considéré comme le père de ce que l’on appelle la médecine expérimentale qui va introduire la démarche hypothético-déductive. C’est-à-dire le savoir appuyé par l’expérience. Donc Claude Bernard, pratique largement dissections et vivisections animales pour expérimenter ses thèses. Mais il est évident que la vivisection animale pose un problème éthique à tout le monde c’est qu’on a peur de faire souffrir l’animal. A ce titre là, Claude Bernard va reprendre le « Ne faites pas de tort » d’Hippocrate à l’expérimentation médicale, c’est-à-dire à la recherche médicale. Mais le principal point de Claude Bernard c’est qu’il fonde la médecine sur le principe de l’expérience et donc il pose le problème fondamental de la médecine qui est qu’elle a besoin de cobayes. Elle a besoin de faire des expérimentations. Et donc là on va prendre un énorme accélérateur pour aller à une autre période de la médecine beaucoup plus sombre, c’est la médecine de l’Allemagne nazie. Il y avait des théories du racisme biologique qui disaient qu’il y avait certaines races supérieures à d’autres et on avait le droit de faire ce qu’on voulait aux races inférieures, un petit peu comme les dissections animales, c’est à dire qu’on peut faire ce qu’on veut à l’animal, donc on peut faire ce qu’on veut à une race inférieure. J’ai oublié une aparté, je ne sais pas si c’est pertinent mais c’est une citation de Descartes qui dit, « l’animal est une machine et seul l’Homme qui est doté d’une âme est apte à souffrir ». Donc il désacralise la souffrance animale en disant que c’est une machine qui n’a pas d’âme donc on peut faire ce que l’on veut. ça ce sont les idées de Descartes, le philosophe français. Retour à l’Allemagne nazi, ils disent, ”on peut faire ce que l’on veut aux races inférieures parce que etc”. Les horreurs perpétrées par les nazis dans les camps c’est quelque chose d’abominable, ils vont faire des tests de résistance à l’eau froide, ils vont tester des poisons sur les déportés, ils vont faire des expériences de mélange de sang, des tests de stérilisation par insolation, ils vont faire tester des basses pressions pour les avions etc. Il vont faire exactement ce qu’ils veulent et, je ne vais pas trop m’attarder sur ses horreurs là, mais ce qui est intéressant de voir, c’est que c’est aussi un problème bioéthique, est-ce-qu’on peut faire des expérimentations sur les Hommes, ou pas ? C’est un problème bioéthique qui peut paraître tranché. Mais pour eux c’était tranché dans l’autre sens. On pouvait le faire. Et là on sera tenté de dire qu’ils avaient torts. Donc  c’est pour montrer que la question bioéthique dans certains cas, peut penser qu’elle est en faveur de la science, qu’il faut toujours prendre la voie de la science mais dans le cas des atrocités commises par les médecins, parce que c’était des médecins qui agissaient au nom de la science. La réponse est plutôt du côté de l’éthique.

Donc, on va passer dans les fondements de l’éthique moderne, ce qui a fondé la bioéthique moderne. Parce qu’en fait les atrocités commises par les nazis ont eu ”une utilité”, ça nous a permis de comprendre qu’il fallait mettre des lois, des règles à la pratique de la médecine qui était jusqu’à présent restreinte au serment d’Hippocrate. Notamment le «Ne faites pas de tort» que les médecins nazis n’ont pas respecté. En fait le «Ne faites pas de tort» d’Hippocrate n’est pas suffisant parce qu’il exclu la notion de la recherche c’est à dire que pour tous ces médecins qui ont fait des expériences, il n’est pas enfreint parce qu’au prix d’un tort immédiat, c’est à dire on fait du mal à quelqu’un, il va en ressortir une connaissance et cette connaissance, elle va avoir un effet bénéfique sur l’ensemble de la société, ceux qui bénéficient de la médecine. Donc en fait ce «Ne faites pas de tort» d’Hippocrate il est insuffisant, parce qu’il exclu, si on le respecte vraiment strictement, il exclu pas mal de pratique, il apparaît comme insuffisant.

A : Juste un commentaire par rapport à un truc, tu disais que le contexte n’est pas toujours favorable à la science, en fait tu voulais dire au savoir en réalité quand tu parlais de science dans ce contexte la, c’était le savoir quoi. C’est à dire, le savoir ok mais pas a tout prix.

F : Oui voilà, le savoir pas à tout prix.

A : Alors qu’au pire moment de l’idéologie nazie on pensait que l’on pouvait acquérir le savoir par n’importe quel moyen et à n’importe quel prix.

F : Ce qu’il y a aussi dans l’idéologie nazie, il y a l’idée du racisme et que ce qui a rendu si horrible ce qu’il ont fait, c’est qu’ils se sont permis de faire ça sur des êtres humains parce qu’il y avait cette idéologie du racisme qui leur autorisait.

Donc à la fin de la guerre les Américains sont arrivés, ils ont découvert les horreurs dans les camps, et il y a eu le procès de Nuremberg, c’est le procès des grands dignitaires nazis et avant le procès de Nuremberg, juste avant, il y a eu le procès de Nuremberg mais des médecins, et pour juger les médecins, les juges américains étaient vachement embêtés parce qu’il ne savaient pas sur quelles lois les juger. Par exemple pour juger les atrocités commises par les nazis, ils pouvaient se baser sur la déclaration des droits de l’Homme, enfin, ils avaient des textes internationaux qui régissaient les relations entre être humains. Mais la recherche médicale, la médecine en elle même, ils n’avaient rien. Ils n’avaient pas de fondement. Donc ce qui est complètement aberrant en terme de jugement, c’est à dire que si un juge faisait lui même les lois ça serait n’importe quoi mais là c’est ce qu’ils ont fait, ils ont fait eux même la loi, ils ont fait un code, ce qu’on appelle le code de Nuremberg et ce code leur a permis d’avoir des bases pour juger les actes des médecins. Alors ce code il est tout simple, c’est un code qui fait 10 articles. Donc je vais vous en donner quelque uns :

  • 1er article : Le consentement volontaire du sujet humain est absolument essentiel

Donc il faut que la personne ait la capacité légale de consentir. C’est un truc bête mais voilà c’est le consentement humain.

  • 2eme article: l’expérience doit être telle qu’elle produise des résultats avantageux pour le bien de la société.

C’est à dire que par exemple dans les expériences perpétrées par les nazis il y avait bien sûr l’envie de savoir mais finalement quand on regarde les expériences, il n’en est rien sorti du tout. Ils ont fait souffrir un malheureux pendant 10 heures au froid et ça n’a eu aucun effet bénéfique pour la société.

  • 3eme article : L’expérience doit être construite et fondée de façon telle sur les résultats de l’expérimentation animale et connaissance de l’histoire naturelle

Pourquoi j’ai pris celui la ? Pas très intéressant. Bon il y en a d’autre mais je vais les passer.

Il y en a un autre qui dit « Les expériences ne doivent être pratiquées que par des personnes scientifiquement qualifiées etc.»

Donc les juges américains ont mis au point ce code de Nuremberg, qui va servir de base à la bioéthique moderne. Enfin il ne va pas servir de base mais c’est le premier acte légal de la bioéthique moderne. Avec la fin de la guerre il y a une deuxième chose qui apparaît c’est qu’il y a la première organisation médicale internationale qu’on appelle l’Assemblée des Médecins Mondiaux. Et un des premiers devoir que se fixe l’AMM c’est qu’au vu et en conséquence de ce qu’ils ont observé dans l’Allemagne nazie mais il y a aussi beaucoup d’atrocités commises par les japonnais, qui ont par exemple inoculé le paludisme à tout un village à des fins scientifiques également. Donc cette association mondiale de médecine se fixe comme premier objectif de se charger de l’éthique médicale. Et elle met au point le serment de Genève, qui est une proposition de serment d’Hippocrate actualisée pour les médecins, donc là pareil, il y a une dizaine de commandements. Ils reprennent les commandements d’Hippocrate mais ils les actualisent un peu. Après cette déclaration de Genève, Donc tout ça ce sont des actes vraiment fondateurs, il n’y en a pas beaucoup et ce sont les actes fondateurs de la bioéthique moderne, c’est pour ça que je vous en parle, c’est pas dans l’intérêt fondamental en soi mais c’est vraiment pour montrer que c’est à la suite de la guerre et des atrocités que l’on a découvert que l’on a fondé les fondements juridiques actuels de la bioéthique et ces fondements juridiques sont importants parce que ce sont les seuls éléments éthiques concrets que l’on a aujourd’hui. Qu’est ce que l’éthique ? Ce sont les textes dont je vous parle là. Et en fait après cette déclaration de Genève, il y a eu en 64, une déclaration Helsinki qui va reprendre quelques commandements dont le devoir du médecin est de promouvoir et de sauvegarder la santé des patients y compris celle des personnes impliquées dans la recherche médicale, ici c’est la notion de recherche médicale. Et ça insiste beaucoup sur cette notion de recherche médicale. Parce que c’est l’une des plus problématiques dans l’éthique médicale. Donc bref, on va passer un peu plus rapidement, il y a aussi le bien être des animaux dans la déclaration Helsinki, et même, la recherche médicale doit prendre en compte le respect de l’environnement. Ils ont vraiment des impératifs très modernes etc.

Mais le point important qui se passe mais c’est qu’aux Etats unis, je ne sais pas si vous en avez entendu parlé, mais les médecins américains étaient pas non plus blancs comme neige, il y a eu ce qu’on appelle l’étude de Tsukegee, sur la syphilis qui a été orchestré de 1932 à 1972 (bien après la déclaration d’Helsinki). Qui a été une étude clinique qui a été mené à Tsukegee en Alabama par des médecins américains pour étudier l’évolution de la syphilis lorsqu’elle n’est pas traitée. Donc là ce qui est intéressant dans ce scandale, qui a été révélé par une historienne américaine assez tard en 1972 et c’est ça qui a interrompu l’étude. Ils inoculaient la syphilis à des fermiers afro-américains, a qui ils refusaient le traitement de la maladie. En 1932, le traitement de la syphilis n’existait pas, car celui-ci est de la pénicilline et c’est apparu que pendant la deuxième guerre mondiale, en 1943. Donc on voit que de 32 à 43 finalement …

Mais à partir de 43 ils ont continué l’étude et n’ont pas soigné les patients malgré le fait que l’on avait le traitement pour traiter cette maladie. Cette étude qui était totalement connue des institutions sanitaires américaines, a continué jusqu’en 72, jusqu’à ce que la presse s’empare du problème. Si on regarde de manière éthique cette étude de Tsukegee on voit que les individus qui étaient inclus dans cette étude n’ont pas donné leur consentement éclairé, donc c’est ce que je vous disais, dans le code de Nuremberg, le premier article c’est  «Le consentement volontaire du sujet humain est absolument essentiel». Ce concept avait été affirmé dès 47 donc à la fin de la guerre mais malgré ça, les médecins américains ne l’ont pas respecté. Par ailleurs les médecins mentaient ouvertement aux patients, plutôt que leur dire qu’ils avaient la syphilis, ils leurs disaient que leur sang était mauvais, ils leurs disaient que s’ils continuaient l’étude, ils pourront recevoir des traitements gratuits, le transport gratuit à la clinique, le repas chaud par jour, et en cas de décès, on leur donnerait 1000 dollars pour leurs funérailles. On voit qu’il y a un autre concept, c’est qu’ils achètent. Le consentement, même s’il y avait un consentement, n’était pas éclairé, c’était un consentement manipulé. C’est un concept bioéthique essentiel, si on donne à quelqu’un de l’argent pour un consentement, son consentement ne vaut plus rien enfin ce sont des concepts assez intéressants de l’éthique je trouve. Apres il y a une plainte qui est déposée contre les médecins, les organisateurs et même les institutions sanitaires américaines organisés par ces patients, ce qu’il faut dire aussi c’est qu’aux Etats-Unis, la loi ne reconnaît pas de race et il y a beaucoup de racisme aux Etats unis jusqu’aux années 60, donc c’est dans un contexte spécial, parce que cette étude, n’incluait que des patients noirs. A la suite de ce scandale, en 1979 où la ségrégation est abolie aux Etats-Unis, il y a un rapport, qui s’appelle le rapport Belmont, ce rapport c’est LE rapport fondateur de la bioéthique. Il repose sur les principes fondamentaux de la bioéthique mais cette fois, ce sont aux Etats-Unis que ces principes avaient déjà été posés par le code de Nuremberg, par la Déclarations d’Helsinki … Mais là c’est vraiment appliqué. Parce que pour les médecins américains, le code de Nuremberg était pour les cinglés, c’était pour les médecins nazis, ça ne les concernait pas. On a vu que si c’est un problème qui se posait en permanence dès qu’on parle de recherche médicale, il y a de gros problèmes qui se posent même pour des médecins américains. Donc ça c’était la première chose, et il y a un autre scandale dans la médecine américaine c’est des expérimentations au Guatemala, qui ont été révélées plus récemment, en 2010, on a découvert des documents qui relèvent des expérimentations menés par des médecins américains au Guatemala, on inoculait volontairement la syphilis, donc là c’était encore pire, on inoculait la syphilis à des gens pour voir si la pénicilline pouvait prévenir la maladie. Alors que dans l’étude de Tsukegee, c’était des gens déjà malades, et on les privait juste de traitements. C’était encore pire au Guatemala. Cela s’est passé entre 1946 et 1948. C’était avant le code Nuremberg et les déclarations de bioéthique, mais bon, c’était quand même assez récent quoi.

Alors finalement dans le rapport Belmont, il y a 3 principes, ce sont vraiment les 3 principes de la bioéthique.

    • 1- Le respect de la personne, le consentement libre et éclairé etc.
    • 2- (et la c’est le point important soulevé par ce rapport), c’est le concept de bienfaisance. C’est une notion qui est très anglo-saxonne, que les anglo-saxons ont beaucoup développé. C’est la notion de rapport bénéfice-risque. C’est une notion qui est délicate parce que pour la recherche on est obligé de faire un peu de tort, enfin, on peut être amené à faire un peu de tort quand on teste deux médicaments s’ il y en a un qui marche moins que l’autre, forcément le groupe qui aura eu le médicament qui marche moins bien, a été privé d’un traitement qui marche bien. Sauf qu’on ne le savait pas. Donc il y a toujours une part de tort, quand on veut faire un nouveau médicament on sait pas encore s’il va mieux marcher ou pas que les anciens. On est obligé de faire un peu de tort pour avoir l’information. Et il y a la question de bénéfice-risque. Ca doit être très étudié, pour qu’une étude soit éthique, il faut qu’une étude bénéfice-risque soit favorable.
    • Et enfin il y a l’idée de justice, donc la première idée du rapport Belmont c’est le respect de la personne le consentement libre et éclairé, le deuxième c’est la bienfaisance donc avec le rapport bénéfice-risque, il faut que tout acte médical donc biomédical soit positif au niveau de son rapport bénéfice-risque. Et enfin tertio, il y a la justice donc c’est un des enseignement de cette étude de Tsukegee, mais aussi des expérimentations nazis c’est qu’il faut que le fardeau, la partie risque soit endurée par tout le monde équitablement c’est la notion de justice dans la recherche biomédicale c’est à dire qu’on ne peut pas prendre une ethnie, ni un groupe, on va dire qu’on va tester ce médicament sur les vieux parce que les vieux, voilà ils sont vieux etc. et après on va utiliser les informations pour toute la population , ça c’est pas possible. Il faut qu’il y ait une justice c’est qu’il faut que tout le monde, tous ceux qui seraient amenés à bénéficier d’une information ou d’un savoir scientifique, endossent également les risques. Et donc cette justice qui était évidente dans les textes de lois civils, la déclaration des droits de l’Homme c’est les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit, cette justice est transposée dans l’éthique médicale.

 

Ce sont les bases de la bioéthique moderne, après il y a plein de nouvelles lois qui sont apparues, je vous en parlerai la semaine prochaine, qui vont concerner les nouvelles technologies, à propos de cellules souches d’embryons, de génétique etc. tout ça c’est beaucoup plus complexe, parce que la on parle de notions qui sont fondamentales. Et pourtant ces trucs fondamentaux qui sont d’une évidence violente ont eu besoin d’être affirmés très récemment. En 1979, c’était pas gagné quoi.

 

 

Blog Audio 34 : Pourquoi l’univers n’est pas devenu un trou noir

black-hole-star-accretion-590x438Auteur : Ethan Siegel

Blog : Starts with a Bang

Billet original : http://goo.gl/DGZBJg

Traduction et enregistrement : Frédéric Conrotte

Diffusion originale: Podcast Science #208 – Freestyle #12


 

« Il est toujours agréable d’avoir des solutions exactes sous forme simple à votre disposition » – Karl Schwarzschild (astrophysicien allemand)

Si vous aviez été capable de savoir, depuis les tous premiers principes, ce que les lois de la physique ont été partout et en tout temps dans notre Univers, ce ne serait pas encore suffisant pour que vous ayez pu prédire que l’Univers tel que nous le voyons existe un jour.

En effet, bien que les lois de la physique fixent les règles sur la façon dont un système évolue avec le temps, il a encore besoin d’un ensemble de conditions initiales pour débuter.

Cet article de blog n°50 de “Demandez à Ethan” répond cette semaine à une question d’Andreas Lauser qui demande:

“Bien que je n’aie pas beaucoup de doutes que la théorie du Big Bang soit correcte (ou comme vous le diriez probablement, soit une assez bonne approximation de ce qui s’est réellement passé), il y a une question que je me pose depuis longtemps concernant cette partie de la cosmologie:

Y-a-t-il une explication de pourquoi l’Univers n’est pas devenu immédiatement un trou noir?

Je suppose que sa densité initiale devait être légèrement supérieure à la limite de Schwarzschild.”

Revenons à la naissance de notre meilleure théorie sur la gravité – la relativité générale d’Einstein – il y a quelque 100 ans.

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Avant Einstein, c’était la loi de gravitation universelle de Newton qui était la théorie acceptée décrivant la gravité.

Tous les phénomènes gravitationnels dans l’Univers, de l’accélération des masses sur Terre aux orbites des lunes autour des planètes jusqu’aux orbites des planètes tournant autour du Soleil: la théorie de Newton décrivait tout cela.

Les objets exerçaient entre eux des forces gravitationnelles égales et opposées, accéléraient en proportion inverse à leur masse, la force obéissait à une loi en carré inverse.

À la fin du 19e siècle, la théorie gravitationnelle de Newton avait été incroyablement bien testée et il n’y avait pas d’exceptions.

En réalité, malgré des milliers et des milliers de succès à son actif, il n’y avait presque aucune exception.

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Pour les plus astucieux et ceux qui faisaient très attention aux détails, il y avait quelques problèmes:

1- À des vitesses très élevées – c.-à-d. des vitesses approchant la vitesse de la lumière – les idées de Newton sur un espace et un temps absolus ne tenaient plus. À ces vitesses les particules radioactives vivaient plus longtemps, les distances se contractaient – et la “masse” ne semblait pas être la source fondamentale de la gravitation: cet honneur semblait revenir à l’énergie, dont la masse n’est qu’une forme.

2- Dans les champs gravitationnels les plus forts – du moins, si c’est ce qui rend la planète Mercure si spéciale parmi les planètes de notre système solaire en orbite autour du Soleil – la prédiction newtonienne sur le comportement gravitationnel des objets est légèrement mais sensiblement différente de ce que nous observons. C’est comme si, quand vous arriviez très près d’une source très massive, il y avait une force d’attraction supplémentaire dont la gravité newtonienne ne tenait pas compte.

À la suite de cela, il y eut deux développements qui ont ouvert la voie à une nouvelle théorie pour remplacer la conception newtonienne, brillante mais vieille de plusieurs siècles, du fonctionnement de l’Univers.

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Le premier développement majeur fut que l’espace et le temps, précédemment vus comme un espace tridimensionnel indépendant et une quantité de temps linéaire, ont été réunis dans un concept mathématique qui a créé un “espace-temps” à 4 dimensions.

Ceci a été accompli en 1907 par Hermann Minkowski:

“La vision de l’espace et du temps dont je souhaite vous parler trouve son origine dans la physique expérimentale, ce qui est en fait sa force. […] Désormais l’espace en lui-même- et le temps en lui-même- sont voués à disparaître en tant que simples ombres, et seulement une sorte d’union des deux permettra de préserver une réalité indépendante.”

Cela fonctionnait uniquement pour un espace euclidien, plat, mais l’idée était incroyablement puissante mathématiquement, car elle conduisait vers toutes les lois de la relativité restreinte comme une conséquence inévitable.

Lorsque cette idée d’espace-temps a été appliquée au problème de l’orbite de Mercure, la prédiction newtonienne dans ce nouveau cadre s’est rapprochée de la valeur observée, mais était toujours inexacte.

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Mais le second développement est venu d’Einstein lui-même, et c’était l’idée que l’espace-temps n’était pas plat du tout, mais était incurvé.

Et ce qui a déterminé la courbure de l’espace-temps était la présence d’énergie sous toutes ses formes, y compris la masse.

Publiée en 1915, la théorie d’Einstein était incroyablement difficile à calculer, mais donnait aux scientifiques l’énorme potentiel de modéliser des systèmes physiques à un niveau d’exactitude et de précision inégalées.

L’espace-temps de Minkowski correspondait à un Univers vide, ou un Univers sans énergie ou tout autre type de matière.

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Einstein a réussi à trouver une solution où vous aviez un Univers avec un seul point solitaire comme source de masse, et avec la stipulation que vous étiez en dehors de ce point.

Cela se réduit à la prédiction newtonienne à de grandes distances, mais a donné des résultats plus solides à des distances plus courtes.

Ces résultats tombaient non seulement en accord avec les observations de l’orbite de Mercure que la gravité newtonienne n’avait pas réussi à prédire, mais ils faisaient de nouvelles prévisions sur la déviation de la lumière des étoiles qui serait visible lors d’une éclipse solaire totale, prédictions qui ont plus tard été confirmées lors de l’éclipse solaire de 1919.

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Mais il y avait une autre solution – surprenante et intéressante – qui est sortie quelques semaines après qu’Einstein eut publié sa théorie de la relativité générale.

Karl Schwarzschild avait travaillé sur d’autres détails de ce qui se passe dans une configuration à un seul point solitaire comme source de masse mais de grandeur arbitraire, et ce qu’il a trouvé était remarquable:

– À de grandes distances, la solution d’Einstein tenait bon, se réduisant aux résultats de Newton.

– Mais très proche de la masse – à une distance très spécifique (r = 2m, en unités naturelles) – vous atteignez un point à partir duquel rien ne peut s’échapper: un horizon d’événement.

– En outre, à l’intérieur de cet horizon d’événement, tout ce qui entre s’effondre irrémédiablement vers une singularité centrale, qui est inévitable en raison de la théorie d’Einstein.

– Et enfin, n’importe quelle configuration initiale de poussière stationnaire et sans pression (c’est-à-dire de la matière qui a une vitesse initiale nulle et qui n’interagit pas avec elle-même), indépendamment de la forme ou de la densité de distribution, va inévitablement s’effondrer vers un trou noir stationnaire.

Cette solution – la métrique de Schwarzschild – a été la première solution complète, non-triviale de la relativité générale jamais découverte.

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Donc, avec ces explications bien ancrées dans nos esprits, nous allons venir maintenant à la question initiale de cet article:

“Qu’en est-il de l’Univers à ses débuts, quand il était chaud, dense et où toute la matière et l’énergie actuellement éparpillés sur quelque 92 milliards d’années-lumière étaient contenues dans un volume d’espace pas plus grand que notre propre système solaire?”

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Ce que vous devez garder à l’esprit c’est que, tout comme l’espace-temps de Minkowski, la solution de Schwarzschild est une solution statique, ce qui signifie que la métrique de l’espace n’évolue pas avec le temps.

Mais il y a beaucoup d’autres solutions – l’espace de Sitter en est une mais le métrique de Friedmann-Lemaître-Robertson-Walker en est une autre – qui décrivent un espace-temps se dilatant ou se contractant.

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Si notre Univers avait commencé avec la matière et l’énergie qu’il avait aux premiers stades du Big Bang, mais qu’à la place d’une expansion rapide, il avait été statique et que toutes ses particules n’avaient subi de pression ni ne possédé de vitesse propre, alors toute cette énergie aurait formé un trou noir de Schwarzschild dans un temps extrêmement court: pratiquement instantanément.

Mais la relativité générale comporte une autre mise en garde importante: non seulement la présence de matière et d’énergie détermine la courbure de l’espace-temps, mais les propriétés et l’évolution de tout ce qui existe dans cet espace déterminent l’évolution de l’espace-temps lui-même!

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Ce qui est le plus remarquable à ce propos, c’est que nous savons, à partir du moment du Big Bang, que notre Univers semble n’avoir que trois options possibles, qui dépendent de la matière et de l’énergie présentes en son sein et du taux d’expansion initial:

1- Le taux d’expansion aurait pu être insuffisamment grand pour la quantité de matière et d’énergie présente en son sein, ce qui signifie que l’Univers se serait élargi pendant un bref instant, aurait atteint une taille maximum, puis se serait effondré. Il est inexact de dire qu’il se serait effondré en un trou noir (bien que ce soit une pensée tentante), parce que l’espace lui-même se serait effondré avec toute la matière et l’énergie, donnant lieu à une singularité connue sous le nom de Big Crunch.

2- D’autre part, le taux d’expansion aurait pu être trop grand pour la quantité de matière et d’énergie présente en son sein. Dans ce cas, toute la matière et l’énergie se seraient réparties dans l’Univers à un rythme trop rapide pour que la gravitation soit capable de rassembler tous ces composants ensemble, et pour la plupart des modèles, l’Univers se serait donc élargit trop vite pour que puissent se former les galaxies, les planètes, les étoiles, et même les atomes ou noyaux atomiques!

Un Univers où le taux d’expansion aurait été trop grand pour la quantité de matière et d’énergie contenue serait en effet un lieu désolé, vide.

3- Enfin, il y a le cas “idéal”, le cas où l’Univers serait tout juste à la frontière entre le Big Crunch (ce qui serait le cas s’il avait juste un proton de plus) et l’expansion infinie (ce qui serait le cas s’il il avait juste un proton de moins).

Au final, nous vivons presque dans le cas “idéal”, avec juste un tout petit peu d’énergie sombre dans le mélange, rendant le taux d’expansion légèrement plus grand, ce qui veut dire qu’au bout du compte, toute la matière qui n’est pas liée gravitationnellement sera dispersée dans l’abîme de l’espace profond.

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Ce qui est remarquable, c’est que le réglage fin nécessaire du taux d’expansion de l’Univers et de la densité de la matière et de l’énergie pour que l’Univers ne subisse pas un Big Crunch ou ne parvienne même pas à former les éléments de base constitutifs de la matière correspond à quelque chose comme une partie sur 10^24, qui est un peu comme compter le nombre d’électrons composant deux êtres humains, et trouver que les deux nombres sont identiques à un électron près !

En fait, si nous retournons à une époque où l’Univers n’était vieux que d’une nanoseconde après le Big Bang, nous pouvons quantifier la valeur exacte du taux d’expansion et de la densité nécessaires pour que nous soyons là aujourd’hui:

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Une histoire assez peu probable, vous ne pensez pas ?

Et pourtant, cela décrit très bien l’Univers que nous avons de nos jours, qui ne s’est pas effondré immédiatement et qui n’a pas eu une expansion trop forte pour pouvoir former des structures complexes, et a donc pu engendrer toute la merveilleuse diversité nucléaire, atomique, moléculaire, cellulaire, géologique, planétaire, stellaire et galactique que nous avons aujourd’hui.

Nous avons la chance d’être présents aujourd’hui, d’avoir pu apprendre tout ce que nous savons à ce sujet et de pouvoir nous investir encore dans l’apprentissage de la Science.

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Retranscription de l’interview du professeur Selosse

 

 

Retranscription de l’épisode #193 réalisée par Romain Domart, Johan Mazoyer et relue par Taupo. Article publié simultanément sur SSAFT.

Alan : Podcast Science est un projet un peu magique… Là où une émission de « vulgarisation » scientifique traditionnelle ferait du top-down, de la diffusion de savoirs scientifiques, chez Podcast Science, il s’agit plutôt d’un dialogue, avec tout ce que cela peut réserver comme surprises. Le 30 juin dernier, nous recevions un message complètement incongru de notre auditeur Mael Thépaut : « un haricot vert, nous demandait-il, auquel on aurait ajouté un gène de limace pour qu’il soit plus juteux (exemple inventé …), où se situerait-il dans l’arbre du vivant ? ». Ni une ni deux, nous avons appelé notre vieux copain Pierre Kerner à la rescousse – Pierre Kerner, c’est le formidable Taupo du blog “Strange Stuff and Funky Things”, que vous avez entendu à plusieurs reprises sur Podcast Science. Il sortait justement d’une conférence sur le sujet, par le Professeur Selosse, l’un des plus grands spécialistes de la question. Ni une ni deux, Pierre l’a contacté, nous avons convenu d’une date et nous voici réunis ce soir pour tenter de répondre à la question de Maël. Nous sommes le mardi 11 novembre 2014 et vous êtes sur Podcast Science. C’est l’épisode 193. Bonsoir et bienvenue 🙂

(Intro) Tatatatata da ta da ta da ta…

Alan : Tour de table. A Paris, chez Nico, nous avons Marc André Selosse (MAS) qui a abrégé son séjour à Lille exprès pour être avec nous ce soir, Pierre Kerner (PK) alias Taupo et Nico (N) à la technique. À Nice, Julie, qui va se charger de remonter les questions de la chatroom. Pas de Robin, il a d’autres chats à fouetter, si j’ose dire. Pas Johan et pas Irène apparemment. Quant à moi, Alan, à Lausanne, ma responsabilité ce soir va être de détecter les gros mots et de rappeler à l’ordre nos spécialistes s’ils commencent à dire des choses bizarres. Avant de passer la main à Pierre qui a préparé et va conduire cette interview, je vais tenter de présenter le professeur Marc-André Selosse en deux mots. Marc-André, vous étudiez la génomique de la biodiversité et de l’évolution des champignons. Vous êtes Professeur au Muséum d’Histoire Naturelle, à Paris. Et vos recherches portent principalement sur les symbioses entre des racines de plantes et des champignons du sol. Vous êtes également Président de la Société Botanique de France. C’est bien cela ou j’ai dit des bêtises ?

MAS : Oui, c’est tout à fait ça. Et je suis pas spécialiste ni des haricots verts ni des limaces, mais on va tenter tout de même de répondre à la question.

A : Je vous propose que nous démarrions l’interview : Pierre a préparé quelques questions qui nous permettront de mieux comprendre ce que vous faites exactement.

PK : Comme la question porte sur l’arbre du vivant [1,2 et 3] et que l’arbre du vivant c’est censé représenter des relations entre diverses espèces, on va commencer par cette notion d’espèce. Cette notion d’espèce semble très intuitive (les chats donnent des chats, les chiens donnent des chiens), mais si on tente de donner une définition de ce qu’est une espèce, on se heurte tout de même à de nombreux problèmes. Est-ce que vous pouvez expliquer le problème ou la définition de ce qu’est une espèce ?

MAS : Il y a plein de définitions effectivement. Il y en a une toute simple que l’on utilise quand on va acheter du saumon chez le poissonnier ou des poireaux au marché qui est une définition morphologique : un poireau ça ressemble à un poireau. Mais pour un biologiste, c’est un peu plus compliqué. Il y a des organismes qui se ressemblent beaucoup mais qui en fait ne sont pas du tout de la même espèce. Par exemple, on a découvert cela chez des lézards d’Europe ou chez certains champignons, comme ceux qui font le bleu sur le roquefort. En réalité, on a souvent sous un même aspect plusieurs espèces différentes. Quand on prend un autre critère, qui est de voir si les organismes sont capables de se reproduire ensemble, de se croiser: quand ils ne le sont pas, ils contiennent éventuellement des gènes que les autres ne contiennent pas. Ça c’est le critère biologique, c’est une espèce qui n’est pas définie sur la morphologie, mais sur la capacité à se croiser entre organismes. Une espèce est une communauté d’organismes, capable de se reproduire et de se croiser ensemble et qui donc partagent les mêmes gênes. Cette définition-là, très opérationnelle pour les biologistes et pour comprendre la diversité génétique, elle a été aussi doublée ou triplée, d’une troisième définition, plus évolutive, qui consiste à prendre en compte le temps qui passe : sont dans une même espèce les descendants d’un ancêtre donné, ou d’une population d’ancêtres donnée. C’est à ce moment là le critère de descendance qui compte. Les biologistes jonglent avec toutes ses définitions, utilisant l’une ou l’autre selon les cas. Qu’est-ce que ça veut dire en fait ? Quelle que soit la définition qu’on prend, c’est pas vraiment quelque chose qui existe. Même la définition biologique a des gros problèmes, on y reviendra. Quand on parle des espèces, on essaie de figer le réel avec des concepts qui n’existent pas forcément dans la nature, mais qui nous permettent de nous en emparer. Ce sont des représentations du réel.

PK : Vous avez évoqué le mot de “figer”. Souvent on se heurte à cette idée que les espèces sont figées, mais de plus en plus on a compris que justement du fait de l’évolution, il y a naissance d’espèces. Dans le cadre de ces ps193_B2L4oOTCQAAHq2e.jpgdéfinitions, comment naissent les espèces ?

MAS : Ça s’est un truc important. Quand on regarde les espèces qu’on peut voir avec les yeux, elles ont pas l’air d’évoluer si vite. Mais pour les microbes, c’est pas la même chose, on en voit certains évoluer beaucoup plus vite, mais pour les poireaux et les saumons dont on parlait, là l’évolution parait plus lente. Et effectivement, on a du mal à considérer que sur un temps long elles vont changer, et qu’elles ont déjà changé. Mais si on se reporte 1 million d’années en arrière, il y a très peu de choses qui ressemblent à ce qu’on a actuellement parmi nous. Et donc les espèces, il leur arrive plein de choses. Certaines s’éteignent, par exemple les dinosaures. Certaines persistent et changent dans le temps : l’homme d’il y a 70’000 ans ne ressemble pas à l’homme actuel et pourtant on descend bien de ces gens là… Et puis, il y aussi des cas, ou pour différentes raisons, une espèce donnée en engendre plusieurs, par exemple parce que des populations se retrouvent isolées sur des continents différents et ne vont plus effectivement se croiser. Et si elles peuvent plus se croiser, elles finissent par devenir différentes.

PK : Et c’est là où on obtient deux espèces différentes.

MAS : Oui bah à la fin, on a deux espèces différentes. Ce processus, qu’on appelle la spéciation, l’apparition de nouvelles espèces, c’est un mécanisme qu’a beaucoup étudié Darwin, qu’il l’a aidé à comprendre qu’il y avait de l’évolution. Ce qui est assez joli, c’est que Darwin ne définit jamais l’espèce, il dit même que c’est un concept un peu dur à cerner, il s’intéresse seulement au changement.

PK : Pour lui l’espèce est quelque chose qui n’a pas essentiellement d’importance dans l’explication de sa théorie : à terme, toute population est amenée à changer, c’est bien ça ?

MAS : Pour nous aujourd’hui, une espèce, c’est un devenir.

PK : Alan, tu avais une question sur cette notion d’espèce ?

A : Oui vous dites dans une de vos vidéos que la reproduction n’a pas pour but d’assurer la pérennité de l’espèce. C’est pourtant ce qu’on nous apprend à l’école. Pouvez-vous développer ?

MAS : Il ne faut pas confondre le but et la conséquence. Du fait que les organismes se reproduisent, ils ont une descendance, c’est sûr. Mais d’abord, l’espèce elle varie : quand on regarde dans les fossiles, on ne retrouve pas les espèces actuelles. Croire que l’espèce a une pérennité, qu’elle ne bouge pas, c’est une forme de fixisme, c’est-à-dire ne pas prendre en compte l’évolution profonde qui se voit tout le temps dans tout ce qui nous entoure et qui est vivant. Ce qui est d’ailleurs une propriété qui peut définir le vivant. Le vivant c’est ce qui évolue. On est toujours obligé d’évoluer pour plein de raisons. Pour en prendre une toute simple, qui va peut être nous conduire sur ce qu’on va parler aujourd’hui, les interactions biologiques: on est obligé d’évoluer pour s’adapter à ses parasites. Car les parasites évoluent et au cours de ses évolutions arrivent à obtenir de nouveaux mécanismes qui peuvent nous être nuisibles et rapidement les individus sensibles sont atteints par ces maladies, se reproduisent pas ou meurent, ou se reproduisent moins bien, et on va sélectionner tous les changements qui au sein de l’espèce permettent de résister aux maladies et à leur innovation. Il y a un mécanisme perpétuel ou le vivant engendre l’évolution du vivant. Il n’y a pas de règle de pérennité. Le summum de cette absence de pérennité, c’est qu’il y a des extinctions, parfois à cause de circonstances environnementales, mais parfois aussi car des parasites tuent bel et bien l’espèce, les boulottent jusqu’au dernier. Quitte à en crever eux-mêmes ensuite.

PK : Là c’est l’idée, qu’il faut systématiquement qu’il y ait adaptation. On avait tendance à considérer cette adaptation comme des espèces qui s’adaptent à des agents externes, mais on s’aperçoit que ces agents externes sont systématiquement un autre organisme vivant. Ces interactions entre le vivant créent une perpétuelle adaptation et du coup un perpétuel changement.

MAS : Il faut à la fois s’adapter à l’environnement physique, mais plus fréquemment, à l’environnement biologique. L’homme par le passé s’est adapté à des tas de changements. Par exemple, dans les sociétés occidentales, on ne meurt quasiment plus de la grippe ou des oreillons. Mais quand des peuplades amazoniennes qui n’ont jamais été en contact avec ces maladies les attrapent, elles sont décimées au sens stricte du mot, il n’en survit pas plus d’un sur 10. Car il n’y a pas eu de sélection de tous les traits qui permettent de résister à ces pathogènes qui ont été eux-mêmes sélectionnés chez nous depuis leur apparition.

PK : On vient de démonter d’une certaine manière les certitudes qu’on avait sur l’espèce, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une manière d’appréhender le réel en y apposant une nomenclature qui ne va pas nécessairement s’appliquer à tous les cas de figure. Récemment, Scott Gilbert, un célèbre Professeur américain de Biologie Évolutive du Développement, a répété dans divers séminaires que la notion d’individu était, à l’instar de celle de l’espèce, une représentation approximative du réel. Il prenait comme exemple le fait que 90% des cellules d’un “individu” humain sont d’origine bactérienne. Quel est votre point de vue sur ce nouveau bouleversement de nos définitions?

A : Avant de laisser répondre le professeur Selosse, juste pour être sûr de bien comprendre la question… On est en train de parler, notamment, de la flore intestinale, c’est ça ?

PK : Oui, ou de la flore sur notre peau par exemple, il y a énormément de bactéries dans beaucoup de compartiments de l’être humain.

A : Du coup, seul un dixième des cellules dans notre corps contiennent notre ADN, l’immense majorité de nos cellules, ne sont en fait pas à nous, mais des bactéries avec lesquelles nous cohabitons, c’est ça? Et donc, effectivement, dans ce contexte, est-ce que la notion d’individu fait sens ?

PK : Oui c’est bien le sens de ma question.

MAS : C’est vraiment une question importante et émergente. On se rend compte de plus en plus que nous sommes un écosystème bactérien. On est peuplé de pleins de bactéries. Effectivement dans le tube digestif, mais aussi dans tout un tas de cavités –la bouche, les oreilles, le nez, la vagin– et aussi sur la peau. Il y en a un petit peu moins mais elles se cachent bien dans les crevasses de la peau. Au total, on a peu près, 10^14 cellules (1 et 14 zéros derrière), et il y a autant de bactéries que de cellules humaines dans le tube digestif et on a environ 10 fois moins de bactéries sur la peau. Ça fait du monde. On comprend aujourd’hui comment ces bactéries structurent nos fonctions. Ça faisait longtemps –moi j’ai appris ça dans mes études– qu’on savait qu’une partie de la digestion et notamment une partie des vitamines que l’on ingère sont liées aux bactéries. On comprend de plus en plus comment elles défendent l’organisme, comment elles empêchent des pathogènes de s’installer sur la peau ou dans le tube digestif. Mais ce qu’on est en train de comprendre maintenant, à l’aide de souris sur lesquelles on fait des expériences, c’est que le développement de nos organes, de notre cerveau est construit par la présence de ces bactéries. La maturation d’un organisme pour faire un adulte est quelque chose qui est co-contruit par les capacités génétiques –à l’intérieur d’un organisme comme l’homme– et par les bactéries qui le colonisent. On compte que nos bactéries, qui sont de plein d’espèces différentes, contiennent 100 fois plus de gènes au total que nous en avons-nous dans notre génome humain. C’est énorme. Mais en plus, ce qu’on ne dit pas c’est que ces bactéries changent d’un individu à l’autre. Elles sont responsables d’une variabilité interindividuelle qui est largement supérieure à celle attendue par les différences entre nos gènes, qui eux se ressemblent plus que ne se ressemblent les bactéries d’un individu à l’autre.

PK : Ce qu’on dit là d’une certaine manière c’est qu’un individu dissocié de sa flore bactérienne n’a pas de sens car ça influe sur son comportement, et son être même. Un individu c’est aussi la population bactérienne qui lui est associée, c’est ça ?

MAS : On élève certaines souris de façon complètement axénique, c’est-à-dire qu’elles sont mis sous bulle après leur naissance par césarienne et ensuite, de génération en génération, elles produisent des souris sans bactéries. On compare alors leur comportement avec des souris –avec des bactéries dans le tube digestif– et on s’aperçoit qu’elles ont des comportements complètement bizarres. Elles ne sont pas intimidés, elles retiennent assez mal les accidents qui leur arrivent, elles ont des stratégies exploratoires assez dangereuses. Elles ont un comportement différent, qui correspond à un développement du système nerveux et notamment du cerveau totalement différent. L’individu est le résultat de cette multitude qui l’habite –en tout cas les individus assez gros pour abriter des bactéries– et il est tout à fait exact que finalement l’individu ne peut pas se comprendre autrement que comme une communauté, entre un gros individu qui structure l’ensemble et ses habitants. Et ça, ça détruit la notion d’individu, ou plutôt ça la reconstruit. Car les organismes continuent d’exister, mais dans leur réalité biologique, dans ce qui détermine leurs propriétés à un moment, et leur santé, …

PK : Et du coup ça, ça a nécessairement un impact sur la définition d’espèce, puisqu’une espèce est composée d’individus. Il s’agit d’un autre écueil de la définition d’espèce ?

MAS : Oui, c’est sûr qu’on assiste à la dilution de tout un tas de notions qui sont pratiques dans le langage courant, mais que quand on les examine de près sont un tout petit peu complexe. C’est le propre de la science de révéler la complexité derrière des idées reçues simple. C’est tout de même assez amusant, vous pensiez inviter ce soir une seule personne, mais vous invitez une centaine d’espèces de bactéries en plus.

(rires)

PK : Maintenant que l’on a tout chamboulé, on va quand même recentrer sur la question de Mael. On va parler de chimères aujourd’hui. De quoi s’agit-il ?

MAS : Dans la mythologie gréco-romaine, une chimère est un organisme composé d’une tête de lion, d’un corps de chèvre et d’une queue de serpent.

PK : Et ça, pour nos auditeurs, ça n’existe pas dans la nature ?

MAS : Non, pas encore (rires).

Nico : Tu veux dire, on en a pas encore trouvé (ironique).

PK : Oui voilà… (rire) Comme le haricot à la limace, c’est un exemple inventé.

MAS : (ironique) Elle existait belle et bien, on connait ses frère et sœur, Cerbère –le chien gardien des enfers– et l’hydre à neuf têtes. C’est une famille durement touchée par des morphologies bizarres. Ça existe tellement pas quelque chose comme chimère que le mot en français à finit par désigner quelque chose qui n’existe pas. Une chimère, c’est quelque chose d’inaccessible… Bon ça revient à dire que l’on croit vraiment que les mélanges d’espèces n’existent pas.

PK : Et ça pose problème ?

MAS : Bah oui justement parce qu’on est tous des puzzles fait d’espèces différentes. Quand je dis “je”, il y a des bactéries partout, qui m’aident à digérer, qui me défendent contre les pathogènes, qui font que je suis de bonne ou de mauvaise humeur, selon les analogues de neurotransmetteurs qu’elles envoient dans mon organisme. Et donc les gros organismes sont des chimères par essence. Ce truc dont on dit qu’il n’existe pas, en fait il y a des choses qui ressemblent, des organismes composites, c’est la règle plutôt que l’exception.

PK : Et du coup, de quels processus biologiques les chimères sont elle le résultat ?

MAS : Alors… L’idée c’est que, dans l’évolution, les organismes peuvent se rencontrer et établir des relations plus ou moins étroites. En particulier, en prenant l’exemple d’un individu qui a un tube digestif, celui-ci finit par être colonisé. Petit à petit cette coexistence, qui ne va pas forcément déclencher de maladies ou l’éliminer, peut-être quelque chose qui va établir des dépendances ou des fonctions nouvelles. Ces rencontres sont des opportunités. C’est comme ça qu’on a des organismes comme les plantes –on en reparlera j’espère parce que c’est là-dessus que je travaille– sont pour la plupart infoutues de se nourrir dans le sol, d’extraire l’eau et les sels minéraux, si elles n’avaient pas des champignons qui colonisent leur racines. En échange elles les nourrissent, mais elles en sont devenues complètement dépendantes pour leur nutrition. C’est le genre de dépendance qui finit par émerger quand des organismes se rencontrent : il n’y a pas que des processus pathogènes, des maladies, des prédations, qui résultent de ces rencontres.

PK : D’accord. On va parler de chimères, celles-ci sont le résultat de mécanismes d’hybridation pour la plupart. Est-ce que ces mécanismes vont bouleverser notre conception de ce qu’est une espèce ?

MAS : C’est quelque chose d’un peu différent. Effectivement, on peut conjuguer des propriétés venues d’origines évolutives différentes en associant des organismes. Par exemple, moi et une bactérie qui est dans mon tube digestif. Mais il y a aussi des cas où il se produit des associations de propriétés génétiques venus d’horizons évolutifs différents, par la formation d’hybride. Quand deux espèces –qui ne sont jamais très très loin dans l’évolution, hein, il faut qu’elles arrivent à se reproduire ensemble– qui étaient séparées, finissent par créer un descendant commun. Ça se passe souvent et ces derniers temps de plus en plus quand l’homme remet dans le même lieu des espèces relativement proches, mais qui ont divergé il y a plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’années car l’une est en Amérique, l’autre en Europe, par exemple. Finalement, avec les échanges commerciaux, les transports d’animaux, on finit par remettre ensemble des espèces de canards qui s’étaient pas vues depuis des décennies. Par le biais de leur isolement, ils n’échangent plus de gènes. Et bien alors même qu’ils sont morphologiquement différents et génétiquement différents ils peuvent faire des petits quand on les remet ensemble. Des fois ces petits survivent et là, le mélange commence…

PK : Est-ce que vous avez des exemples de chimères d’espèces qui se sont séparées il y a très très longtemps ? Est-ce que vous avez déjà entendu parler de ça ?

ps193_B2L9KM9CUAAAmVt.jpgMAS : Je sais pas, c’est une question ouverte ou fermée, vous avez la réponse ? (rire) Non, j’ai pas trop d’idées, mais on est d’accord que si jamais on veut que ces choses-là se reproduisent ensemble, il ne faut pas qu’elles aient divergé trop anciennement. On va avoir des espèces de salmonidés, des poissons de la famille de la truite ou du saumon qui vont être capables de faire ça. Cette famille d’espèce, ou celle des canards se retrouvent dans le monde entier et quand on les remet ensemble ils commencent à se reproduire. Mais c’est jamais à très grand distance (évolutive) car il faut encore qu’ils soient capable de s’accoupler, que leurs génomes, lorsqu’ils se réunissent, soient capables de fonctionner ensemble… Finalement, ça va brasser une diversité qui est moins diverse que celle dont on parlait lorsque l’on fait vivre ensemble deux espèces qui elles pouvaient avoir divergé évolutivement depuis des lustres…

PK : Oui, des milliards d’années en effet… Donc là on parle d’un mécanisme de “chimérisation” d’espèces assez proches finalement.

MAS : A côté de la “chimérisation” par mélange d’espèces, on a une “chimérisation” par mélange de génomes d’espèces proches.

PK : Quand on parle d’hybridation, on évoque souvent la polyploïdisation, c’est quoi ?

MAS : C’est quelque chose qui arrive dans beaucoup de groupes, comme les champignons, ou les plantes. En gros, pour faire simple, il y a un moment quand on va se reproduire, on fait des spermatozoïdes et des ovules et à ce moment-là on divise par deux la quantité de gènes. Si on divise pas par deux, quand le spermatozoïde va rencontrer l’ovule et qu’ils vont additionner leurs gènes, on augmente le nombre de gènes et on finit par avoir des génomes énormes après quelques générations. On a des dispositifs qui font que quand on va produire un descendant, chaque parent va donner la moitié de ses gènes. A ce moment, on appareille les chromosomes deux à deux et on en prend un des deux de façon à avoir un chromosome de chaque. Mais le problème c’est que quand on a fait un hybride entre deux espèces, les chromosomes sont potentiellement différents et on peut plus les mettre deux par deux. Les hybrides survivent éventuellement, mais ils ont souvent des problèmes à franchir cette étape où ils doivent mettre les chromosomes deux par deux. En fait, ils n’arrivent plus à faire des paires, chaque chromosome est unique. Si jamais dans un hybride on double le nombre de chromosomes, par accident, cet accident est prometteur car comme on a doublé le nombre de chromosomes, on a fait des paires. Il y a une forme d’hybrides assez spéciale, qui survit, qui sont des hybrides dans lequel le nombre de chromosomes a doublé. Vous allez me dire “Waaahh boonn, c’est technique”. Bah non c’est pas technique. Parce que le blé par exemple, les blés qui font les farines qu’on consomme, ils ont subi ça dans leur évolution.

PK : Ce sont des hybrides entre quelles espèces ?

MAS : Ce sont des hybrides entre des espèces d’égilope, de blé au sens strict sauvage, des Triticums. Les blés dur qui servent à faire des pâtes par exemple sont des hybrides entre une espèce d’égilope et une espèce de Triticum, qui donne un blé qui est un polyploïde. Un peu plus tard, il y a eu un autre événement d’hybridation suivit d’une polyploïdisation où ce blé dur s’est mélangé avec un autre triticum ce qui donné les blés dit tendres qui servent à faire des pâtes panifiables. Des choses aussi simples que les blés que nous cultivons sont le résultat de telles opérations. Ils ajoutent les propriétés issues de ces différents blés sauvages. Et par exemple, pour le blé panifiable, les qualités de panifiabilité, le fait de lever quand on fait une pâte, ce sont des caractéristiques obtenues par hybridation.

PK : Là on est dans le cadre de quelque chose qui a été fait par la domestication humaine où vraiment aléatoirement dans la nature ?

MAS : Justement, mon exemple il est chouette parce que la première hybridation suivi de polyploïdisation qui donne le blé dur s’est faite il y a 500’000 ans.

PK : Donc là, a priori c’était pas nous…

MAS : L’homme a récupéré dans la nature ce blé qui existait. Mais la seconde s’est produite il y a 10 – 12 mille ans et là cet hybride là il s’est peut-être fait spontanément, mais il est bien possible que ce soit des agriculteurs qui l’aient récupéré car il était intéressant.

PK : Alan, je sais pas si toi la polyploïdisation c’était pas déjà un gros mot et qu’on a dépassé les bornes…

A : Il a été très bien expliqué donc j’ai pas crié, mais je me demandais quand même : c’est sans doute une question naïve arrêtez-moi si je dis une bêtise, mais je comprends diploïde comme 2 versions de chromosome, polyploïde comme plusieurs versions de chromosome, mais alors ça me fait penser à la trisomie, où on a 3 versions d’un même chromosome… Il y a un lien ?

MAS : C’est une question intéressante. On est tous DIploïde car on a 2 jeu de chromosomes et c’est pour ça qu’il faut en retirer un de chaque avant de les transmettre à sa descendance puisque notre partenaire a fait la même chose aussi et ça redonnera un bébé diploïde aussi. Alors POLYploïde, il y a plus de 2. Alors maintenant la trisomie. Le problème, c’est qu’on augmente la dose de certains gènes, ceux qui sont sur un des chromosomes qui a mal vécu cette opération là et l’un des parents a transmis 2 fois le chromosome au lieu d’une seule fois. Le bébé a donc 3 copies de ce chromosome. Il y a des systèmes de dose. Quand on change la dose de certains gènes par rapport à d’autres, cela induit des dysfonctionnements. C’est un vrai problème pour les hybrides. On parlait d’hybrides qui font de nouvelles espèces, qui ont des propriétés nouvelles, d’accord. Mais la majorité du temps, quand on manipule un jeu chromosomique, ça foire. Et comme ça foire, ces hybrides on les voit plus. En évolution, on voit surtout les descendants de ceux qui pour le coup avaient des propriétés intéressantes et qui “marchait” quand même bien. Il ne faut pas se leurrer, l’hybridation c’est pas toujours bon et ça peut déboucher sur des accidents. Je vais faire ma comparaison habituelle : le croisement chihuahua et le saint-bernard. Vous imaginez bien, notamment avec la femelle chihuahua, qu’il y a des croisements qui sont pas très prometteurs. Il faut donc réaliser que dans tous les hybrides qu’on peut faire, il y en a qui sont voués à l’échec dès la première génération, par exemple parce qu’ils sont stériles.

PK : Là on parle de chromosomes, mais ça on le retrouve pas chez tous les êtres vivants. Est-ce que la polyploïdisation est un mécanisme qu’on retrouve seulement chez les espèces qui ont un noyau avec des chromosomes identifiés.

MAS : Oui oui oui. Les bactéries elles se reproduisent pas du tout comme nous, elles ne font pas cette opération qui consiste à se mettre à deux pour donner une partie de ses gènes à un descendant, elles se contentent de se diviser. Elles ont d’autres moyens d’acquérir de nouveaux gènes, on pourra peut-être en parler, mais elles ont pas de polyploïdie non. Et puis, il y a des groupes d’être vivants, les animaux, où la polyploïdie ne marche pas très très bien, probablement du fait que dans ces groupes là il y a des chromosomes sexuels qui sont eux très sensibles aux effets de dose. Du coup, chez les animaux, ça arrive, on sait même que dans notre histoire évolutive, il y a sans doute eu des polyploïdes mais c’est moins fréquent. C’est une particularité des animaux, mais cela dit ça se produit quand même. On arrive à le reconstituer en étudiant finement les génomes et à voir que même si elles sont très altérées et qu’elles sont devenues un peu différentes les unes des autres, il y a deux copies de génomes qui se ressemblaient plus ou moins. Cette ressemblance s’altère au cours du temps, mais on arrive à reconstituer, avec de bons outils, le fait qu’à un moment, il y a eu l’équivalent de deux génomes.

PK : Donc au sein des vertébrés c’est ça ?

MAS : A priori, ces événements dont je parle ce sont produits dans des ancêtres à nous qui devaient plutôt ressembler à des poissons, donc c’est assez ancien.

PK : Et si je ne m’abuse, on a l’impression que plus on a de génes mieux on se porte, mais nous humains, par rapport aux poissons osseux, on a moitié moins de gènes, car il y a eu un événement de duplication du génome pour les poissons osseux.

MAS : Oui il y a des poissons qui ont divergé avant qui n’ont pas ça non plus. Mais on a pas forcément un double de gènes, car une fois que vous avez doublé comme ça, le nombre de chromosomes et de gènes, il y a des redondances, certaines copies vont acquérir d’autres fonctions et finalement ça fait que arriver à reconnaitre a partir d’un génome actuel qu’a un moment il y a eu deux génomes avec des redondances entre eux, c’est de l’archéologie, et ça demande des outils puissants. Finalement, il y a beaucoup de choses qui ont été perdu après ou qui ont subi des altérations pour acquérir de nouvelles fonctions. C’est assez fabuleux de voir qu’aujourd’hui on a des outils qui permettent de raconter l’histoire évolutive et pour revenir à ce qu’on disait au début, de raconter à quel point l’espèce a changé.

PK : Oui. Juste pour vraiment figer notre idée autour de ça : comment on fait véritablement pour faire cette archéologie des événements de polyploïdisation ? On regarde dans le génome si on voit plusieurs copies de gènes, c’est ça ?

MAS : Oui, mais ce ne sont plus des copies identiques car justement, s’il y a vraiment une redondance, il y en a une des deux qui disparait et c’est pas un problème. Souvent les deux prennent des fonctions un petit peu différentes, donc les gènes ne se ressemblent plus tout à fait. C’est des travaux où l’on essaie de voir s’il n’y a pas des parties du génome, tout un groupe de gènes contigus qui ressemblent à d’autres. On arrive alors à reconstituer l’existence de deux génomes indépendants. Mais c’est assez difficile, car il y a eu des réorganisations, donc c’est complètement éclaté. Il y a des ilots qui ont été re-soudés entre eux. C’est réellement de l’archéologie pour essayer de voir derrière des gènes qui ont suivis des évolutions différentes, la trace qu’à un moment ils ont eu quelque chose en commun.

PK : C’est bien pour les auditeurs car ce concept d’archéologie génomique, ce n’est pas quelque chose d’instinctif et pourtant on est capable à l’heure actuelle, en regardant attentivement la topologie des génomes de divers organismes de se rendre compte de ce qu’il s’est passé il y a parfois 500 millions d’années, parfois plus.

MAS : Ces méthodes ne sont pas très intuitives. Les capacités informatiques appliquées à la biologie nécessaire pour extraire cette information (un génome, c’est des millions et des millions d’informations, de bases azotées) sont nécessaires, ça ne se traite pas à la main. C’est aussi une prouesse informatique.

PK : J’ai tout de même l’impression que ces mécanismes de polyploïdisation se passent peut être plus facilement chez les plantes que chez les animaux. Vous avez dit que c’était éventuellement liés à des chromosomes sexuels chez les animaux, qui seraient différents des chromosomes sexuels chez les plantes, c’est bien ça ?

MAS : Ça c’est une hypothèse, hein. Je préfère pas la détailler. Il faut reformuler la question. Le vrai problème, c’est que c’est rare chez les animaux, plus rares que dans l’ensemble des autres groupes. En fait, c’est pas les plantes dont il faut parler, mais plutôt des animaux, qui ont ce problème. Les animaux, ils ont un problème, c’est qu’on peut pas faire un animal à partir d’un morceau d’animal. Enfin, il y en a où dans une certaine mesure on peut, mais…

PK : C’est rare…

MAS : Pour revenir aux vertébrés dont on parlait. Quand on coupe un poisson en deux, ça fait deux morceaux de poissons, mais pas deux poissons. Ce n’est pas vrai pour les plantes ou pour les champignons. Quand on prend un petit bout de champignon ou un petit bout de plante, vous pouvez refaire un individu. Il faut comprendre que ça, ça va faire que si vous avez fait un hybride qui est incapable de se reproduire car il n’a pas de paires de chromosome. Et bien il est encore capable de survivre, notamment par des bouturages, par la multiplication végétative. Il se maintient. Alors c’est pas fameux, mais ça augmente les chances qu’à un moment, il y ait un accident qui double le nombre de chromosomes et qui en fait un polyploïde, comme on a dit, qui lui est capable non seulement de se maintenir de ses façons végétatives, par bouturage, par des propagations de petits morceaux qui redonnent des individus, mais aussi de se reproduire par voie sexuelle, avec des gamètes et qui produit des descendants.

PK : Je suis content d’être venu, je n’avais pas mis le doigt sur cette stratégie de reproduction asexuée chez les champignons et chez les plantes…

MAS : …et beaucoup d’autres groupes… Les algues par exemple : vous déchirez en deux une laitue de mer, ça fait deux laitues de mer, ce qui n’est pas le cas d’un saumon. La survie en multiplication végétative est une sorte de salle d’attente, qui va permettre éventuellement de restaurer une sorte de fertilité par la voie la plus productive de descendance qui est la voie de la reproduction sexuée.

PK : Et donc, cette première méthode pour obtenir des chimères, est-ce que ça résulte en une stratégie évolutive particulière ?

MAS : On a bien dit que beaucoup d’hybrides n’ont pas un grand avenir. Par exemple, les tigrons et les ligrons, les mâles ne sont en général par fertiles. Donc, bon…

PK : Tigrons et ligrons ? Ce sont les hybrides des tigres et des lions en fonction de qui est le mâle et qui est la femelle, c’est ça ?

Mas : Oui je sais pas si on met la première la lettre de la maman ou du papa. Enfin bon bref, on peut croiser une tigresse et un lion et une lionne par un tigre. Et ça donne des descendants, qui sont très beaux, qui se développent très bien, qui sont parmi les plus gros félins connus d’ailleurs. On voit très bien qu’au niveau de leur survie il n’y a pas trop de problème. Par contre, pas de descendants… Attendez, là il y a une arnaque. On dit souvent, oui, les hybrides ils sont pas fertiles. Là on se doute bien que ça fait pas une nouvelle espèce. Mais il y a deux scénarios qui peuvent se produire et qui sont vachement intéressants du point de vue de l’évolution des espèces. Le premier scénario, c’est le cas où cet hybride va doubler son nombre chromosomique ou devenir fertile, par hasard (car ce n’est pas obligé qu’il ne le soit pas). S’il ne l’est pas, il peut se polyploïdiser. Et là il va donner des descendants, mais ceux-ci, s’ils sont polyploïdisés, ne peuvent plus se croiser avec les parents, car il y a un problème du nombre de chromosomes. Et donc parfois, vous allez créer une nouvelle espèce. Parfois, une hybridation débouche sur une nouvelle espèce, qui ne se croise plus avec les parents. C’est typiquement ce qu’il se passe en cas de polyploïdisation, car si vous avez 4 génomes dans votre organisme et que vous faites des spermatozoïdes ou des ovules qui en contiennent 2, lors du croisement avec les espèces parentes, qui elles font des spermatozoïdes ou des ovules avec 1 seul génome, vous ferez un descendant avec 3 génomes. Et lui, il aura du mal peut être pas se développer, mais à se reproduire à son tour et à diviser ses chromosomes en deux.

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Un Tigron

PK : Bien sûr…

MAS: Maintenant, autre scénario, qui est encore plus intéressant en terme de mélange. C’est le scénario où ces hybrides sont capables de se croiser avec leurs parents. Je reviens aux tigrons et aux ligrons. Tout le monde dit que c’est une voie de garage. Mais les femelles sont fertiles. Elles sont pas obligées de se croiser avec des tigrons/ligrons. Elles peuvent faire des petits avec leur papa… (rire) enfin elles peuvent se reproduire avec les deux espèces parentales. Et là, ça donnera des descendants. Et ça, ça se passe. A ce moment-là, les descendants de cet hybride vont posséder des gènes venus des deux espèces. Et à la limite, si ce processus, est vraiment fructueux, il se répand dans toute la population : les hybrides commencent à faire des petits dans les deux populations parentales. A la fin que se passe-t-il ? Et bien vous n’avez qu’une population avec les mêmes génomes, vous n’avez plus que des hybrides quoi, au bout de quelques générations. Vous êtes dans un processus très intéressant : vous avez une nouvelle espèce, issue de deux autres (certes pas très distantes évolutivement, dans le cas des lions et tigres, ce sont toujours des félins), qui est une chimère. Vous avez une sorte d’extinction. On parle de dé-spéciation : le processus donne plus qu’une espèce. On a un suisse parmi nous, allons dans les lacs suisses.

A : Allons-y !

MAS : C’est arrivé récemment. Autrefois les lacs suisses étaient assez profonds et il y avait en surface de gros poissons, des corégones. Ce sont des poissons carnivores qui vivent en surface. Il y avait aussi des espèces qui vivaient au fond avec des proies un peu différentes. Puis on met là-dessus des Suisses. Et bon, les Suisses, comme tous les hommes, génèrent un peu de pollution, d’érosion et ces lacs tendent à devenir moins lumineux, plus riches en matière organique. Finalement, les poissons du fond vont remonter vers la surface et vont commencer à se croiser avec les poissons de surface, alors qu’ils ne se croisaient pas avant. Dans plein de lacs suisses, on avait deux espèces de corégones distinctes qui étaient connus historiquement, qui sont en train de devenir simplement une seule espèce hybride. Ça se produit sous nos yeux, assez souvent d’ailleurs sous l’effet de l’homme, cette dé-spéciation. C’est un des mécanismes qui fait qu’il n’y a pas de pérennité de l’espèce.

A : Je suis absolument fasciné par ce que je viens d’entendre. C’est épatant, je n’avais jamais pensé à ce mécanisme évolutif. J’ai la réponse à la question essentielle qu’on se posait tout à l’heure. Tigron = papa tigre + maman lion, Ligron = papa lion + maman tigre. On met le papa en premier en fait.

PK : Comme d’habitude, les nomenclatures prennent le mâle en premier, bravo… Donc là, moi ce qui me surprend beaucoup, c’est qu’on arrive à des mécanismes de spéciation ou même de force évolutive, qui ne sont pas vraiment celles que Darwin avaient ébauché dans l’Origine des espèces, n’est-ce pas ?

MAS : Il y a des gens qui pour se faire mousser disent “regardez, le darwinisme c’est fini, ça contredit le darwinisme…”. Il faut bien comprendre ce que ce que c’est que la construction scientifique. C’est pas quelque chose où les idées sont appelées à durer. Elles sont appelées à être modifiées, ou à voir s’agréger autour d’elles d’autres idées, de nouveaux concepts, de nouveaux mécanismes. Le propre de la science, c’est d’être en évolution perpétuelle, et au passage cette évolution peut soit nier des choses passées, soit –et c’est le cas ici– ajouter de nouvelles connaissances. La spéciation à la Darwin, où une espèce en donne deux : elle existe bel et bien. Quelque part en amont, c’est ça qui a donné les tigres et les lions. On ne peut pas dire que c’est anti-darwinien ou que Darwin est à jeter aux orties. C’est pas du tout ça. Le darwinisme évolue, on a maintenant d’autres mécanismes, qui enveloppent et augmentent ceux de Darwin. L’évolution est en perpétuelle… évolution (rire) ! Comme toute théorie scientifique vivante. C’est une différence avec le créationnisme d’ailleurs, qui lui est figé.

PK : Le mécanisme qui est ici mis en évidence n’est pas lent et progressif : quand on polyploïdisation, nécessairement on a un mécanisme qui est plutôt saltatoire, dans le sens où il y a des sauts adaptatifs.

MAS : Oui, c’est tout à fait ça. Après ce saut, il doit y avoir des hybrides qui regrettent de l’avoir fait, car ils vivent dans des conditions atroces et ils sont privés de descendances, mais parfois ce saut est prometteur. Ça nous rappelle la vieille théorie de Goldschmidt sur le monstre prometteur. C’est une théorie qui n’a pas eu de succès en biologie mais qui est resté dans le langage courant, la notion de monstre prometteur. C’est l’idée qu’à un moment il y a un truc bizarre qui apparait et qu’il peut créer de la nouveauté. C’est vrai que là, quand on a une hybridation, on a un saut quantitatif qui peut s’opérer. Là pour le coup, ça invalide une position qu’avait prise Darwin et qu’il avait pas besoin de prendre. Beaucoup d’observateurs ont dit après “pourquoi il a été dire ça ?”. Il avait repris cette idée que la nature ne fait pas de saut : Natura non facit saltus. Il l’a même écrit de sa main. Pour lui c’est un processus continu. Et c’est vrai que beaucoup de spéciation par divergences, comme celles qu’il décrivait sont en fait des micro-accumulations de différences dans 2 populations qui finissent par faire 2 espèces différentes. Ce qu’il décrivait, c’était un processus d’évolution relativement continu. Ici, en effet, on a un cas avec une forme de saut.

PK : Quand on a mis en évidence ce phénomène de duplication du génome des vertébrés, on est capable de s’apercevoir que ces sauts ont eu lieu dans notre lignée. Au lieu de prendre juste cet exemple des chimères, on peut savoir que c’est véritablement arrivé dans notre lignée, ce n’est pas juste une vue de l’esprit qui ne nous concerne pas. Ok.

MAS : Ah oui, il y a truc dont on avait parlé ensemble et là il faut le mentionner. C’est qu’on sait aujourd’hui qu’on a des petits morceaux de gènes qui nous parviennent de l‘homme de Néandertal dans le génome de l’homo sapiens, et ils sont rentrés par les processus d’hybridation dont je parlais. On a de bonnes preuves qu’il y avait des incompatibilités entre les Homo sapiens et les hommes de Néandertal, en particulier, on a absolument aucun reste de gènes de Néandertal sur nos chromosomes sexuels. Et cela s’interprète par le fait qu’il devait y avoir une forte incompatibilité entre les chromosomes sexuels de Néandertal et les nôtres et les hybrides étaient pas très réussis de ce point de vue là, pas très fertiles. Mais assez pour que quelques descendants aient introduits quelques gènes Néandertaliens dans les populations d’Homo sapiens modernes et en particulier, nous en Europe, cela nous a sans doute introduit pas mal de caractères de notre peau, notamment des gènes codant pour la Kératine ou sans doute aussi la couleur pâle, qui serait une adaptation à la vie en milieu tempéré. Et finalement, cette peau blanche que l’on a longtemps vue comme un symbole de supériorité, est simplement un vieux caractère Néandertalien très probablement. C’est un de ces cas où nous sommes des chimères, par hybridation avec des Néandertaliens… et pas seulement ! On sait aujourd’hui qu’il y a plein de groupes d’hommes fossiles qui nous ont laissés quelques gènes. Alors pas dans toutes les régions…

ps193_B2MBHrFIUAIejSf.jpgPK : On va passer à un autre type de chimérisation qui cette fois ci permet de passer des parties de génome entre des espèces très éloignés. C’est par le transfert de gènes: le transfert horizontal. Pourquoi parle-t-on de transfert horizontal ?

MAS : Ce sont des OGM dans la nature ! Ça ne constitue en rien une justification des OGM mais le fait qu’une espèce puisse recevoir des gènes d’une autre espèce existe dans la nature, ça s’est souvent passé lors de l’évolution et ça a des conséquences importantes ce qui montre que ces transferts ne sont pas complètement neutres. Je répète qu’il ne faut pas y voir une justification des OGM : La production de CO2 existe dans la nature, ce n’est pas une raison pour produire des décatonnes de CO2. Revenons sur le sujet, c’est un phénomène assez commun chez les bactéries qui reçoivent assez facilement des gènes de l’environnement. Elles sont capable de récupérer de l’ADN de différentes façons et de provenances extrêmement variées. Les caractères acquis pouvant provenir d’espèces très différentes. On connait plusieurs moyens chez les bactéries, je vais en citer deux. Tout d’abord une bactérie peut attraper un virus qui introduit de l’ADN dans l’organisme. Normalement c’est leur ADN qu’ils introduisent mais il existe des virus “mal foutus” qui vont introduire de l’ADN provenant de la cellule qui lui a donné naissance. Par conséquent, l’infection n’est pas dangereuse mais de plus il introduit un gène qui va pouvoir s’intégrer dans le génome. Si jamais le fragment passe dans le génome de l’espèce infectée par ce virus, elle acquiert ce gène, et parfois, ce gène peut se mettre à servir. Voilà un premier exemple de transfert assez fréquent chez les bactéries. Techniquement cela s’appelle la transduction. Ensuite, il y a une autre façon qui est aussi simple, voire plus simple: Les bactéries sont capable de récupérer de l’ADN directement dans le milieu autour d’elle, provenant d’une cellule morte et qui a laissé son ADN. Et elles le font assez souvent : je vais donner un chiffre assez éloquent. On a séquencé une

Escherichia coli (Grossissement × 15 000)

soixantaine de souches d’E. Coli, une bactérie assez commune dans le tube digestif de l’homme. Et en essayant de séquencer ces souches, on s’est aperçu que de l’une à l’autre il y avait des gènes extrêmement différents. Aujourd’hui on connait en arrondissant grossièrement 20 000 gènes détaillés dans ces bactéries. Pour information, elles en contiennent 5000 chacune. Et sur tous ces gènes il n’y en a qu’un millier que l’on retrouve dans toutes les souches. Les 19 000 gènes restants ne sont présents que dans une poignée de bactéries. Tout simplement, chaque individu est le produit d’une histoire où il a accumulé des gènes différents. Il y un jeu de gènes, appelé le cœur de génome, qui est présent partout, mais chacun agrège des gènes différents

PK: Je vais faire un peu de rétropédalage pour une question que certains auditeurs vont se poser. Sachant que les bactéries se reproduisent pas sexuellement, comment est-on capable de définir des espèces de bactéries?

MAS : Ici, le fameux critère biologique qui consiste à dire que deux individus de la même espèce peuvent se croiser et faire des descendants ne marche pas du tout. On ne peut pas l’appliquer. Et on voit très bien que cette définition, typiquement, ne correspond pas à l’ensemble de l’univers. C’est pour ça que l’on disait tout à l’heure qu’il n y a pas de bonne définition : elle peut s’appliquer pour des organismes qui comme les champignons ou les plantes font des descendants en se mettant à deux pour faire une progéniture, mais elle ne s’applique pas là. Alors que font les microbiologistes? Ils disent que quand deux souches ont 75% de gènes en commun, elles sont de la même espèce. C’est un code, mais cela rejoint ce que l’on disait tout à l’heure. C’est une façon de représenter le réel et là, on l’a codifié de cette façon.

PK: Alors que l’on voit, en plus, que dans le processus que vous venez de détailler, il y a tellement de mobilité de gènes entre les différentes souches bactériennes que ces 75% vont être vite fait.

MAS : Et puis les gènes peuvent venir de n’importe où. D’ailleurs ils peuvent même venir d’animaux ou de plantes. C’est de l’ADN comme un autre.

Nico : J’ai une question hyper naïve : Pourquoi est-ce la même bactérie alors?

MAS : Génétiquement ce n’est pas la même. Mais si on veut faire des espèces comment on fait?

Nico : Quand on dit ” C’est plein de gènes de telle bactérie”. Comment fait-on pour reconnaitre telle bactérie alors que elles sont si variées et différentes?

MAS : C’est une décision arbitraire: Quand deux souches ont 75% de gènes en commun, on les met dans la même espèce. C’est la définition de l’espèce pour les microbiologistes qui s’occupent de bactéries. Mais c’est une définition, comme toutes les définitions, qui est arbitraire. Simplement, c’est celle qui marche le mieux. Mais, une fois de plus, l’espèce n’existe pas dans la nature. Mais nous on a envie de faire des catégories d’organismes, et donc, on peut utiliser l’une ou l’autre des définitions selon les cas. La définition biologique marche assez bien pour les animaux et les plantes, mais ne va pas marcher avec les bactéries car on ne peut pas leur faire “faire des petits” à deux. Et donc on prend une définition qui est, finalement, une définition sur la ressemblance, un peu comme celle que vous utilisez quand vous allez à la poissonnerie et que vous reconnaissez un saumon à son aspect, sauf que là c’est son aspect génétique et qu’il faut un peu de matériel génétique pour voir si elles appartiennent à cette espèce qui est définie arbitrairement. Mais qui n’a pas de réalité biologique.

PK: Là je pense qu’on l’a bien vu. Dès que l’on passe aux bactéries, on arrive à ce gros problème de la notion d’espèce qui ne tient plus beaucoup.

MAS : Si on était des bactéries, je me demande d’ailleurs si on aurait pensé à la notion d’espèce. Je ne pense pas que l’on y aurait pensé. Ça marche beaucoup mieux chez les eucaryotes, les organismes ayant des cellules à noyaux (les animaux, les plantes..). Ce qui n’est pas le cas des bactéries.

Nico : En tout cas, on aurait mis sacrément de temps à comprendre pourquoi ils se mettaient à deux à faire un truc “chelou” pour produire un nouvel élément de la population.

PK: Alors, on va essayer de se faire un petit peu peur en se demandant s’il y a des barrières au transfert horizontal. Si un animal mange des plantes, des animaux, est-ce qu’il peut y avoir transfert horizontal?

MAS : Comme je l’ai dit tout à l’heure, rien n’exige qu’un gène vienne de proches parents dans l’évolution. Il peut venir de n’importe où. Par exemple, les bactéries ne savent pas faire de cholestérol, mais il y a des bactéries pathogène de l’homme, les chlamydies que vous connaissez peut-être. Ce sont des maladies pas très agréables notamment pour le système urinaire. Eh bien, ces chlamydies ont récupéré tous les gènes et fabriquent du cholestérol. Pourquoi? Parce qu’à force d’infecter l’homme et les animaux en général elles ont attrapé des gènes d’animaux. Il n’y a pas de barrière en ce sens. Après, certaines bactéries ont mis en place des barrières. Elles vont contrôler l’ADN qui ressemble à l’ADN d’organismes apparentés parce que, quand vous récupérez de l’ADN ça peut être une maladie génétique. Ça peut être, par exemple, un bout d’ADN viral, un bout d’ADN qui se multiplie dans le génome en faisant des tas de dégâts. Donc récupérer n’importe quoi, c’est risquer d’attraper des maladies. De nouveau, comme dans l’hybridation, quand un gène rentre dans un organisme, cela peut faire des dégâts terribles et il peut crever. On n’a pas dit que tous les transferts de gènes donneront des descendants. Mais par contre, ceux que l’on voit, que l’on reconstitue actuellement, sont ceux qui ont survécu, bien évidemment. C’est le gros piège de l’évolution. Comme on ne voit que ce qui survit on se dit “Tiens les hybrides ça fait des espèces” ” Le transfert de gênes ça fait des souches qui survivent bien”. Oui, parce que l’on ne voit plus que cela. Il y a une notion de charnier. L’évolution est un charnier. Revenons sur les barrières, on peut peut être parler des eucaryotes.

PK: Justement. On a bien compris que les bactéries pouvaient mettre en place des défenses pour trier. C’est la même chose pour les eucaryotes?

MAS : Toutes ne le font pas. Certaines le font.

PK: Et à l’inverse, les animaux les plantes se défendent contre ces intrusions par transfert horizontaux.

MAS : Le noyau dont on parlait est un emballage supplémentaire. C’est un peu plus dur pour l’ADN qui arrive de rentrer dans le génome. Mais il y a un autre problème. Chez les plantes et les animaux, les cellules qui vont avoir des descendants sont à l’abri de l’extérieur. Elles sont dans les testicules, dans les ovaires, au cœur de la fleur par exemple. Elles ne sont plus en contact avec l’extérieur et ne reçoivent plus d’ADN de l’extérieur. Et là il y a un problème technique qui est que l’ADN n’arrive plus aux cellules qui vont avoir des descendants. C’est la fameuse séparation du soma, le corps, et du germen, la lignée qui donnera des descendants. Et ça c’est problématique, mais malgré tout ça arrive. Il faut se rappeler qu’il y a aussi beaucoup d’unicellulaires les amibes, les levures, les paramécies… Dans ces organismes, il n y a pas de différence soma-germen. La cellule se divise, de temps à autres, deux cellules s’unissent pour donner un descendant. En plus, certains se nourrissent en absorbant des proies qu’elles digèrent. Ce qui fait qu’il y a en permanence dans les cellules de l’ADN en train d’être coupé en morceaux par les enzymes digestives. Si jamais un de ces morceaux s’échappe et rentre dans le noyau…

PK: Il y a transfert horizontal

MAS : Maintenant, en conséquence de ces choses-là, on s’aperçoit qu’effectivement, même chez ces organismes non bactériens on trouve énormément de gènes venus d’ailleurs… Alors parlons de l’Homme?

PK: Oui?

MAS : Alors, nous aussi, on a des gènes venus d’ailleurs. Chez nous, c’est notamment un gène récupéré d’un virus. C’est un gène qui fait fusionner les cellules utilisées par les virus pour rentrer dans les cellules. Ils fusionnent leur propre enveloppe à la cellule. Des virus comme ceux de la grippe utilisent ce genre de mécanismes. La protéine faisant cela s’appelle la syncytine. Et cette protéine virale est utilisée, chez l’homme et d’autres primates, pour faire fusionner les cellules et constituer une partie du placenta où les cellules fusionnent en un “Méga Blorb” : le Syncytium du placenta. La protéine en question, qui sert à faire le placenta, est en fait un bout de virus.

PK : Donc sans les virus, on n’aurait pas eu de placenta?

MAS : Alors c’est un peu plus compliqué parce qu’il y a des placentas différents. Il existe des organismes non primates qui ont aussi un placenta mais il n’est pas fait pareil. Notre placenta à nous, tel qu’on le fait, nous primates, est fait avec ça.

PK : C’est très anthropocentrique.

MAS : J’insiste sur ces exemples pour montrer que, même à nous cela peut arriver. Mais ça arrive aux autres aussi et ceux qui n’ont pas cette distinction soma-germen, encore plus souvent.

PK: Dans le livre “Aux origines de la sexualité“, auquel vous avez collaboré, vous parlez de “sexe lent” des eucaryotes, ces organismes avec un compartiment qu’on appelle le noyau. Est-ce que c’est un référence au transfert horizontal et si oui, pourquoi?

MAS : Alors, il faut peut-être que l’on définisse le sexe, parce que là, je pense que les gens qui nous écoutent pensent que l’émission va prendre un tournant affriolant.

PK : Je suis un peu déçu qu’il n’y ait pas eu de jingle.

Alan : Ils en ont vu d’autres, nos auditeurs, on a eu toute une émission sur le sexe.

Nico : Avant de parler sexe.

Julie : … On a une question de Maël, initiateur de ce podcast, qui nous dit : ” Au regard de ce que l’on dit depuis le début, un organisme pathogène est un organisme qui a raté sa vocation. Si il n’avait pas été pathogène il aurait été tranquille dans l’organisme et peut être pour des millénaire.”

MAS : Ce qui est certain, et c’est la bonne nouvelle, c’est tous les microorganismes que nous rencontrons sont soit inoffensifs soit positifs. C’est plutôt rare qu’il y en ait un qui soit capable de nous faire du mal. Et paradoxalement, alors qu’historiquement on a découvert les microorganismes par leurs effets nocifs parce qu’il était facile de le voir, on a mis beaucoup plus de temps à découvrir les positifs. Et la multitude est neutre ou positive. Mais vous savez, c’est aussi le propre de la science de décomposer ce que l’on ne voit pas ou à prendre conscience de ce qu’on ne réalise pas. On parle très souvent des trains qui n’arrivent pas à l’heure mais cela ne représente que 5, 10,15% des trains en France. Mais la vraie conversation c’est pourquoi le train arrive à l’heure car c’est le fait de 95% des trains. Et c’est étrange mais c’est comme ça : On a découvert les pathogènes parce qu’ils se voient bien, mais ce que révèle la science progressivement c’est que finalement ils sont partout derrière le fonctionnement normal. Je ne sais pas si c’est la réponse à la question

Alan : Sans doute. C’est comme ça que j’avais compris la question. Effectivement, tous les microorganismes ne sont pas forcément des microbes.

MAS : C’est intéressant, ça, sémantiquement. En gros cela revient à dire qu’un microbe est méchant.

Alan: C’est ça oui.

MAS : L’étymologie dit que c’est juste petit. “Microbie” c’est vivant-petit. Mais c’est vrai que le sens a dérivé, parce qu’au 19 e lorsque le mot a commencé à être utilisé, c’était “méchant microbe”. C’est la vision Pasteurienne du microbe et le mot s’en est retrouvé teinté. Maintenant les gens, pudiquement, se cachent derrière le mot microorganisme au sens large pour ne pas récupérer cette connotation négative.

PK : Mais un microbe ça peut être très gentil.

Alan : Je prie donc les microbes d’accepter mes plus plates excuses. Je ferai attention.

PK: Tu as entendu. Si on t’enlevait tout tes microbes tu pourrais totalement changer de comportement, être pas très bien.

Alan : Et Nicotupe, tu avais peut être aussi une question

Nico: Oui, quitte à dire n’importe quoi, j’avais cru entendre dire que les mitochondries étaient une sorte de microorganisme chez l’homme.

Pk: Ce n’est pas n’importe quoi

Nico : Aaah c’est cool.

PK: Mais ça vient plus tard. On est en train de griller des étapes.

Nico : Alors je me tais. Je n’ai rien dit.

PK : Non c’est bien, ça fait un mini spoiler. Tout va bien.

MAS : Sinon, vous vous souvenez peut être des médichlorons dans Star Wars.

PK: “Midichlorien”

Nico : Non, je ne suis pas un gros fan de Star Wars.

Tous : OHLALA

MAS : Là, il va falloir mettre un “moins” pour ceux qui ne connaissent pas… Cette histoire-là est inspirée des mitochondries. Alors une mitochondrie c’est quoi? C’est quelque chose qui a été très anciennement décrit dans nos cellules. Ça a été décrit par Altmann en 1890 et on a petit à petit compris que ces parties de nos cellules servaient à transformer les sucres que nous consommons et l’oxygène que nous amenons à nos cellules en énergie. C’est à dire que le sucre contient de l’énergie, c’est pour ce que l’on est obligé de se nourrir, et la transformation de cette énergie de la forme chimique dans les aliments en énergie directement utilisable par la cellule, les molécules d’ATP, par le processus de respiration qui consomme de l’oxygène, se fait dans les mitochondries. Dès le début des gens on dit ” c’est marrant ces mitochondries, elles grossissent dans les cellules, elles se divisent en deux, on dirait des bactéries” Cette hypothèse a très rapidement pris du plomb dans l’aile parce que les gens ont essayé de les cultiver et qu’est-ce qu’il se passait? Et bien ils y arrivaient jusqu’à ce que l’on découvre qu’ils avaient cultivé un contaminant. Et donc finalement ils n’y arrivaient pas. Et dans la science Pasteurienne, un microbe, on l’isole, et on le réinjecte pour voir si ça refait le même effet. Et on ne pouvait pas faire ça! Donc c’était une bonne idée mais sans les moyens de la prouver, et qui est directement tombée aux orties. Et puis elle ressuscite dans les années 60 par Lynn Margulis qui va faire triompher cette idée la parce qu’elle va réunir plein d’arguments qui sont de l’ordre de la microscopie électronique mais aussi de la génétique, car dans ces petits éléments il y a du matériel génétique, il y a de l’ADN, et des gènes bactériens. Et entre temps on a découvert que ce que font les mitochondries, il existe des bactéries qui vivent seules qui le font: qui respirent. Elle va donc enfoncer le clou de nombreux travaux et dire que dans les cellules d’animaux, mais aussi dans les cellules de champignons et de plantes, il y a ces mitochondries qui permettent de respirer et ce sont d’anciennes bactéries. Et c’est ça qui a inspiré le scénariste de la “Guerre des étoiles”. Mais revenons sur des choses plus sérieuses : En fait si on raclait toutes nos bactéries du tube digestif, de la peau et de toutes les cavités de l’organisme, on reste intrinsèquement, au sein même de nos cellules, une entité double. Quand on dit l’homme, et bien typiquement on parle d’une chimère entre des cellules eucaryotes qui ont un jour “mangé” une bactérie qui leur a permis de respirer. Vous pouvez remercier votre maman, car c’est grâce à elle que vous avez des mitochondries : elles sont transmises par la mère. Donc vous avez les mitochondries de Maman, c’est une mauvaise nouvelle pour les mitochondries de Papa qui n’ont pas de descendantes. Elles sont sacrifiées dans l’évolution. En tout cas c’est transmis verticalement et personne ne décompose l’homme en séparant homme et mitochondrie. Non. Je dis “Je”. Faudrait il peut être que je dise “Nous”?

PK: Malheureusement cette question est arrivée un peu trop tôt. On n’a pas fini avec le transfert horizontal. Quelle est la définition du sexe ?

MAS : Et bien il y a plein de définitions. Elles ne sont ni fausses, ni vraies. Elles sont simplement plus ou moins utiles dans le cadre de ce que l’on veut faire, au même titre que le concept d’espèce tout à l’heure. Et on a très bien vu avec ta question que finalement, parfois on préfère une autre définition parce que simplement on ne peut plus employer la première. Donc il faut être souple la dessus. Les évolutionnistes appellent sexe tous les processus qui génèrent un génome diffèrent. Donc quand, dans l’espèce humaine ou dans une fleur on prend un petit peu de gène dans un organisme et dans un autre pour faire un descendant, ce descendant a un nouveau génome. C’est du sexe. Quand en plus, c’est un nouveau descendant, c’est de la reproduction. On appelle ça de la reproduction sexuée. Les bactéries ne font pas ça comme ça. Mais elles font quand même du sexe parce qu’à chaque fois qu’elles gagnent des gènes venus de l’extérieur, leur génome est différent.

PK : Et pourquoi sexe lent?

MAS : On a dit qu’il arrivait aussi aux eucaryotes de récupérer des gènes. Évidemment au jour le jour, cela ne se voit pas, car le sexe que l’on voit chez les eucaryotes c’est le sexe lié à la reproduction sexuée où deux parents donnent un descendant diffèrent. Différent morphologiquement car il est diffèrent génétiquement. Ce changement frénétique et régulier de génome a été repéré tout de suite et l’arbre cache la forêt, car sur le terme évolutif, il y d’autres gènes qui rentrent lentement et que même des lignées évolutives comme la nôtre, au même titre que les bactéries, à une fréquence moindre, il leur arrive de gagner des gènes venus de tout à fait ailleurs que des parents au sens de la reproduction sexuée. En toile de fond nous subissons des apports de gènes parfois venus de très loin.

PK: Donc c’est un sexe lent et lointain.

MAS : Il est lent parce qu’il n’est pas aussi frénétique que l’autre…

PK : Alors pourquoi parle-t-on de transfert horizontal? C’est opposé à quoi? Qu’est-ce que serait la verticalité?

MAS : Les gènes qui sont à un instant dans un organisme peuvent avoir deux provenances. Soit ils sont venus de ses parents. Alors ça peut être la bactérie qui s’est séparée en deux pour donner deux descendants ou mon papa et ma maman. Là c’est une transmission dite verticale parce que ça descend l’arbre généalogique de génération en génération. La transmission dite horizontale consiste à prendre des gènes sur un organisme au même niveau de l’arbre généalogique. Ce sont des gènes que vous prenez sur une autre branche de l’arbre, au même moment que vous. Ce ne sont pas des gènes qui viennent d'”avant”.

PK : Donc l’exemple du haricot et de la limace c’est un transfert horizontal.

MAS : Tout à fait.

PK : Ok. Donc c’est cet OGM naturel que l’on pourrait envisager?

MAS : En gros, nous sommes tous des OGM, mais quand on regarde les conséquences des transferts de gènes qui parfois font apparaitre des organismes radicalement différents. Par exemple il y a beaucoup de nématodes qui parasitent les plantes. Et c’est d’ailleurs une peste pour les cultures, c’est 5% des pertes de récoltes au niveau mondial.

Locomotion du nématode Caenorhabditis elegans

PK: Pour les auditeurs, les nématodes ce sont des petits vers ronds, d’ 1 mm de long généralement, qui sont proche parents des insectes et des crustacés.

MAS : Et qui d’habitude mangent les bactéries dans le sol et les déchets. Mais il y en a quelques-uns qui sont devenus capable de rentrer dans les plantes. Et pour rentrer dans les plantes il faut être capable d’ouvrir les cellules. Les cellules dans les plantes sont emballées dans des polymères comme la cellulose, des molécules qui protègent les cellules et font un emballage assez difficile à briser. Et bien ils ont gagné des gènes de bactéries qui codent pour des enzymes découpant ces molécules.

PK: Donc les bactéries déjà découpaient les parois des végétaux.

MAS : Quelque chose comme ça. Et comme les ancêtres de ces vers la mangeaient des bactéries et les digéraient, ils ont dû être en contact avec pas mal de ces gènes. Et comme ce sont des petits vers, les spermatozoïdes et les ovaires ne sont pas loin de l’appareil digestif. Ça a du se faire comme ça. Enfin, quel que soit la façon, l’évolution a vu apparaitre des organismes qui sont devenus des pathogènes majeurs pour les plantes. Ce que je veux dire ces transferts gènes qui sont créatifs dans l’évolution et c’est ce qui en fait aujourd’hui des outils puissants et aussi potentiellement dangereux. Comme tous les outils.

PK : Cet exemple nous amené à la méthodologie scientifique. Comment, en tant que chercheur met-on en évidence des transferts horizontaux?

MAS : Ce n’est pas facile et d’ailleurs on peut se gourer. Vraiment. La première méthode consiste à regarder si les espèces proches dans l’évolution comportent ou non ces gènes. Le bon gène transféré c’est un gène que n’ont pas les espèces proches mais qu’ont des espèces qui n’ont rien à voir.

PK: Le bon gène transféré dans le sens le bon gène facilement identifiable par le chercheur.

MAS : Voilà. Et alors quand on a séquencé le génome de l’homme on s’est aperçu qu’une bonne centaine de gènes de l’homme que l’on ne trouvait pas du tout chez les autres animaux mais que l’on trouvait chez les bactéries. Et là tout le monde était excité : On a 100 gènes de bactéries. Mais je n’en ai pas parlé tout à l’heure parce que quand on a mieux connu les gènes des autres animaux, lorsque l’on a eu plus de données sur des tas de bestioles que l’on ne connaissait pas au moment du séquençage de l’homme. On l’a séquencé dans les tout premiers. Quand on a commencé à mieux connaitre les génomes des autres espèces animales on s’est aperçu qu’il y en avait mais que simplement ils avaient été perdus par certaines espèces. Donc là, critère pourri. Le bon critère opérationnel consiste à reconstituer l’évolution de ce gène en le comparant aux gènes qu’il y a dans les autres organismes. Et ce gène si vous faites son arbre évolutif, et bien, imaginez par exemple, un nématode a récupéré un gène de bactérie. Vous, vous ne le savez pas, vous trouvez ce gène dans le nématode. Vous remarquez que les nématodes voisins qui n’attaquent pas les plantes n’ont pas ce gène. Vous dites ” Oh tiens c’est un bon candidat” Vous allez prendre ce gène et tous ceux qui lui ressemblent dans les banques de données sur internet et vous allez faire un arbre évolutif. Et en comparant les séquences vous reconstituez l’arbre évolutif de ce groupe de gène. Vous reconstituez les gènes ancestraux qui ont donné les gènes actuels. Et ce que vous voyez c’est que ce gène qui apparait chez un nématode il apparait dans un arbre évolutif qui est garni de gène de bactéries. Mais les nématodes, ne descendent pas de bactéries. C’est complètement absurde. Mais cette absurdité c’est que ce gène vous raconte qui il est. Il vous raconte que ses ancêtres c’étaient des ancêtres de bactéries. Donc vous reconstituez l’arbre évolutif du gène et cet arbre évolutif ne ressemble pas à celui des nématodes qui eux, quand on fait leur arbre évolutif, on l’a dit tout à l’heure, sont proche des crustacés, des insectes, eux même proche des autres animaux, qui sont eu même proches des champignons, qui sont eux même proches des plantes. Enfin, ça n’a rien à voir. Et ce contraste là, ce fait que le gène ne raconte pas la même histoire évolutive que ce dans quoi il est ça veut dire qu’à un moment il est rentré là où il est maintenant mais qu’avant il n’y était pas.

PK : C’est ça. Mais ça met en évidence la différence entre transfert horizontal et transfert vertical. Si c’était un gène qui était uniquement hérité des parents ce serait vertical. On le verrait dans l’arbre.

MAS : Les gènes transmis verticalement racontent la même histoire que celle de l’organisme qui le contient.

PK: Voilà. L’idée qu’il y a cet arbre des relations entre espèces permet de se retrouver avec un bon candidat pour un transfert horizontal. Et plus on apporte de preuve plus on a d’idées de cette horizontalité.

MAS : J’ai vu apparaitre un dessin d’un Blorb. Je ne sais pas ce que c’est. C’est une bactérie qui se demandait si elle avait pris un gène de sa mère. Alors ça ce serait de la transmission verticale mais si il a des doutes et se demande si ce gène ne vient pas de son voisin je lui recommande de séquencer son génome pour en savoir plus. Et de faire des arbres évolutifs sur ses gènes.

Nico : Juste un petit retour sur le transfert vertical, si j’ai bien compris. On a une petite question d’Irène sur la définition du sexe qui dit que cette définition ne prend pas du tout en compte l’épigénétique. J’avoue ne pas bien comprendre ce qu’elle entend par là.

MAS : C’est marrant parce que dès que l’on parle de génétique aujourd’hui il y a toujours quelqu’un qui parle d’épigénétique autour.

Nico : Il y a des fanatiques d’épigénétiques.

MAS : Irène a raison.

Irène : Et oui.

Nico : Et en plus elle est là elle aurait pu poser sa question.

MAS : Non mais c’est vrai. Récapitulons : La plupart de l’information que nous recevons de nos parents, voire même du milieu qui nous entoure est sur de l’ADN. Mais pas que. Il y d’autres choses que nous recevons qui ne sont pas exactement sur de l’ADN. Qu’est-ce que ça peut être? Ça peut être des petites modifications de l’ADN qui font que certains gènes vont s’exprimer plus fort ou moins fort.

PK: Dans la configuration de l’ADN.

MAS : Oui. Des Méthylations par exemple. On ajoute des radicaux méthyles et ça bloque ou, selon les cas, ça favorise l’expression d’un gène donc on va avoir plus de produits de ce gène.

PK : Si je me souviens bien il y avait une métaphore pour parler de ce processus: Cette idée là, ce serait que notre génome, notre ADN serait un livre de recette et les pages peuvent être facilement décollables ou pas. Quand c’est collé, justement c’est que c’est méthylé, et quand c’est décollé, on peut lire. C’est la différence entre l’accès à la lecture ou pas.

MAS : Mais bon, on peut décoller les pages aussi. Il y a d’autres façons, on peut hériter des protéines dans les cellules qui viennent de la génération précédente et qui modifient l’expression de nos gènes. Et du coup, bien que l’on ait les mêmes gènes qu’un autre organisme, on peut ne pas avoir du tout la même apparence, les mêmes caractéristiques opérationnelles et fonctionnelles. Ça il ne faut pas non plus en faire des gorges chaudes. C’est très important dans le fonctionnement des organismes mais comme c’est labile, ce n’est pas durable dans l’évolution. Et souvent les gens parlent d’épigénétique dans l’évolution, ce qui sincèrement me pose problème. Je vais me faire arracher la tête si un collègue écoute ça mais je pense que ce qui est sélectionné dans l’évolution c’est la capacité à faire de l’épigénétique, à avoir des modifications qui se transmettent pour quelques générations et qui vont permettre d’avoir une sorte de mémoire à quelques générations. Mais les modifications épigénétiques elles même ne sont pas un substrat de l’évolution parce qu’elles sont labiles : elles disparaissent. Par exemple les protéines qui modifient l’expression des gènes vont finir par être dilué au cours des générations ou bien les méthyles vont être retirés soit dans un stade développemental soit, on le sait aujourd’hui, dans certaines conditions environnementales. Par exemple le froid peut diméthyler chez certaines espèces et provoquer un changement complet du fonctionnement du génome qui répond physiologiquement au froid.

PK : Mais un moment, il faut mettre une fixation dans les molécules héritables pour plusieurs générations c’est ça?

MAS : Oui. Et donc ce qui est sélectionné c’est la capacité à faire ces petites fluctuations transmissibles à court terme mais labiles à long terme et donc qui ne sont pas elles-mêmes le substrat d’un changement hérité.

PK : Je n’ai pas compris la question vis à vis de l’épigénétique. En quoi pensais tu Irène, que c’était lié au sexe? Je n’ai pas compris exactement.

Irène : Je ne suis pas une spécialiste donc il est très possible que je me trompe, mais je croyais justement que le problème de l’épigénétique c’est que par exemple – je prends un exemple qui n’est peut-être pas exact- une maman déprimée, et du fait de la dépression, a un métabolisme va être diffèrent. Il va y avoir un impact au niveau des protéines, de la chimie du cerveau etc. qui risque d’avoir un impact sur l’ADN de la maman. Et du coup cet ADN va être transmis à l’enfant et donc en ce sens, la physiologie de la maman a un impact sur l’ADN de l’enfant. Encore une fois, je ne suis pas une spécialiste mais il me semblait que c’était ça l’épigénétique. C’est le fait que selon les conditions de vie, selon l’état et les facteurs extérieurs, il peut y avoir des modifications.

MAS : C’est tout à fait ça. Les modifications sont souvent induites par l’environnement. Absolument. Elles ne sont pas nécessairement sur l’ADN. Elles peuvent résider sur d’autres petites molécules qui interfèrent lors de l’expression des gènes, que l’on appelle des ARNm qui peuvent être transmis comme ça et transmettre le caractère. Et quelques fois c’est beaucoup plus énigmatique, on ne sait pas très bien ce qui est transmis et par exemple des stress des générations précédentes peuvent être transmis aux générations suivantes. Mais c’est compliqué car il y aussi des cas où ces modifications sont effacées au moment du changement de génération. Ça dépend. Là il y a un zoo de mécanismes tous différents les uns des autres, Mais des fois, au moment de la sexualité, justement, le moment de la reproduction sexuée chez les espèces comme la nôtre, on efface cette information. Mais pas que ! Parfois on la transmet. Il existe un exemple assez classique. Ces générations qui ont souffert aux Pays Bas de problème d’alimentation pendant la seconde guerre mondiale et les descendants ont des maladies métaboliques qui sont liées à la tendance à la suraccumulation de réserves qui sont héritées non pas de l’information génétique de la génération précédente mais de l’histoire de la génération précédente.

PK: Ca y’est j’ai compris. Ça veut dire qu’il y a une intégration au moment de la reproduction d’une information héréditaire, mais peut-être pas à long terme.

MAS : Justement, c’est le moment où on transmet cette information.

Irène: Je me demande si dans le futur, on ne découvrira pas des modifications à long terme. Je me demande en fait. Je n’en sais rien.

MAS : Là, ma réponse c’est qu’actuellement on n’en connait pas. Mais la prudence veut à ne pas conclure en une preuve d’absence en l’absence de preuve. Donc peut être. Mais actuellement, tout ce que l’on connait c’est qu’il y a une certaine labilité à long terme.

Irène : D’accord.

PK: On va revenir sur nos chimères et plus particulièrement sur les mitochondries parce que l’on va parler d’un 3e type de chimères entre espèces. C’est l’endosymbiose et justement j’ai l’impression que ça concerne les mitochondries.

MAS : Alors la symbiose c’est “vivre ensemble”. C’est quand deux espèces différentes vivent ensemble. On est en symbiose avec les bactéries du tube digestif. Et l’endosymbiose c’est le cas où cette symbiose se fait dans les cellules. Et c’est ce qu’il se passe avec les mitochondries qui sont, justement, dans nos cellules.

PK: N’y a-t-il pas un aspect bénéfique dans le concept de symbiose?

MAS : Ça dépend selon les auteurs. Moi je parle de symbiose quand il y a coexistence et que cette coexistence est bénéfique aux deux partenaires. C’est effectivement l’usage en français le plus fréquent. Et donc la mitochondrie est un exemple de symbiose assez étroite parce qu’elles sont dans les cellules. Elles peuvent même être transmises dans les ovules chez les animaux. Cependant, il y a quand même deux types de symbiose. Il y a celle où l’on réacquiert les partenaires à chaque génération. Les bactéries des tubes digestifs, vous les acquériez sur la peau de la maman, sur le biberon, en mettant votre cube de gros Lego premier âge à la bouche. Mais il y a aussi des cas où la symbiose est transmise verticalement. On retrouve ce que l’on disait tout à l’heure. Elle est héritée des parents, c’est le cas des mitochondries. Mais à ce moment-là, si vous raisonnez un petit peu ça veut dire qu’en fait vous avez piqué les gènes d’une bactérie. Vous les avez satellisés autour de vos propres gènes. Formellement, ça ressemble fort à un transfert de gènes en fait. Vous avez acquis des gènes de bactéries. Elles sont toujours dans une bactérie mais cette bactérie est cotransmise avec vos propres chromosomes. Et alors même que l’endosymbiose est pas nécessairement liée à la chimérisation, dans certains cas elle est une forme de chimérisation qui a formellement les mêmes propriétés que le transfert de gènes ou même les hybridations dont on parlait plus haut. Elle va remettre dans un organisme des choses qui proviennent de deux provenances évolutives différentes, et la remettre de façon transmissible, héritable

PK: Est-ce que c’est fréquent l’endosymbiose. On a l’exemple des mitochondries, mais c’est une seule fois au cours de l’évolution.

MAS : Chez l’ancêtre de tous les eucaryotes : amibes, champignons, paramécies. C’est un vieux truc. Tous ces gens qui respirent. Est-ce que c’est fréquent? Alors, le monde est vert autour de vous. Vous avez remarqué qu’il suffit de mettre le nez par la fenêtre – ce n’est pas le moment mais pour ceux qui écouteront dans la journée ils pourront regarder dehors- et il y aura de la verdure.

PK : Chez Tupe il n’y a pas beaucoup de plantes, on peut le dire.

MAS: Non mais il y a des fleurs en plastiques…

PK : Donc il y a des plantes vertes, on est d’accord.

MAS : Et ce qui est vert, c’est la partie de la cellule ou il y a la chlorophylle qui capte l’énergie de la lumière et qui permet de fabriquer du sucre. C’est ce qui permet aux plantes de se nourrir à partir du gaz carbonique, de l’énergie de l’air et de faire du sucre. Ça c’est plus ou moins connu. On a tous plus ou moins vu ça au lycée. La partie de la cellule ou ça se réalise et où se trouve la chlorophylle ça s’appelle le plaste. Eh bien, ce plaste – rebelote- et là c’est encore Lynn Margulis en 1968 qui va encore enfoncer le clou, c’est une ancienne bactérie. C’est une ancienne bactérie qui est rentrée dans les ancêtres des plantes et des algues. Et cette bactérie est capable de faire la photosynthèse. On le sait parce qu’il y a des gènes, de l’ADN dans les plastes, et qu’il y a plein d’arguments structuraux. Et on connait aujourd’hui des bactéries qui vivent dans la nature, ça s’appelle des cyanobactéries, mais peu importe le terme technique. Il y en a sur les façades des immeubles. Vous n’avez pas à aller très loin. Si vous avez une façade pisseuse, si vous regardez par la fenêtre et que vous ne voyez pas que le monde est vert mais que la façade en face est pisseuse et noirâtre, et bien c’est des cyanobactéries qui sont en train de faire de la photosynthèse. Ce n’est plus les pots d’échappements qui font du noir sur les façades de nos jours.

PK : Ah oui?

MAS : On vit dans un monde plus propre quand même…. Et donc ce sont des bactéries très communes, qui font exactement ce que font les plastes. Donc on a plein de raison de penser que quand les plantes ont acquis la capacité de faire la photosynthèse c’est juste qu’elles ont piqué une bactérie. Et comme cette bactérie est transmise, là encore, de génération en génération, et bien en fait les ancêtres des plantes se sont approprié les gènes, ou en tout cas, on fait un consortium unissant les gènes de bactéries aux leurs propres. Et c’est pourquoi le monde est vert.

PK : Et c’est arrivé qu’une fois cette endosymbiose entre bactérie et plantes ?

MAS : Alors là c’est un capharnaüm. Déjà c’est arrivé une fois entre les cyanobactéries et les ancêtres des plantes, mais ça a aussi été perdu une fois. Et aussi, des fois, des cellules d’algues qui contenaient une de ces bactéries, se sont mises à entrer dans une autre cellule qui s’est mis à obtenir la photosynthèse, en quelque sorte, d’occasion. En récupérant des cyanobactéries qui avaient déjà servi dans une autre lignée. Et ça, ça a donné les algues brunes comme le fucus ou les algues noirâtres que l’on trouve sur les plateaux de fruit de mer au restaurant.

PK : Donc ce ne sont pas vraiment des plantes vertes.

MAS : Cette symbiose elle a été récupérée plusieurs fois dans l’évolution par d’autres lignées. Et dans certaines lignées elle a été quelque fois perdue aussi. Donc là c’est une histoire un peu plus complexe. Mais il y a plein d’autres endosymbioses. Les insectes par exemple. Il y a des multitudes d’espèces d’insecte et ça vient du fait qu’ils sont capables de manger n’importe quoi. Il y en a qui mangent du cuir, il y en a qui mangent une seule espèce de plantes, hyper toxique pour tout le monde. Et assez souvent ce sont des spécialisations qui s’accompagnent de l’ingestion de molécules toxiques qui font qu’il n’y pas grand monde qui peut consommer ces plantes ou ces choses-là. Par exemple certains insectes consomment du tabac. La nicotine ce n’est pas bon. Je ne sais pas s’il y a des fumeurs parmi vous, mais vous devez le savoir. Et ils tolèrent la nicotine car ils ont des bactéries qui détoxifient la nicotine.

PK : D’accord. Donc la nicotine c’est une défense de la plante contre des parasites de type insecte.

MAS : Oui et qui a été contourné par des insectes grâce à des bactéries qui détoxifient ça. D’autres insectes ont des régimes alimentaires absolument insupportables, ou il manque de la vitamine, où il manque des choses. Par exemple, la mouche Tsé Tsé qui boit du sang, il lui manque des choses. Ce n’est pas une alimentation complète. Eh bien, elle a des bactéries qui synthétisent les vitamines manquantes. Donc chez les insectes il y a eu beaucoup d’instants de symbiose qui se sont mis en place qui les ont aidés à coloniser les niches écologiques variées. En fait derrière toutes ces exemples, il faut bien voir qu’à chaque fois ça a permis à des organismes d’occuper et de gagner des fonctions écologiques nouvelles. Et on retombe sur les transferts horizontaux de gènes, tout à l’heure. Cette acquisition de gènes va correspondre à l’émergence de capacités nouvelles, d’écologies nouvelles. Des fois ça ne correspond a rien, ça loupe complètement et il n y a pas de descendants.

PK : Encore une fois, on voit, du haut du charnier, ce qui a marché mais il y a nécessairement des cas d’endosymbiose qui n’ont pas marché.

MAS : Il y a des sacrés survivants aussi.

PK : D’accord. Et l’endosymbiose ça implique systématiquement des eucaryotes et des bactéries, ou est-ce qu’il y a d’autres choses qui se font dans l’endosymbiose?

Alan : Gros Mot : Les eucaryotes. Donc, ce sont les cellules qui ont un noyau, nos cellules à nous autres.

PK: Bon tu l’as dit 3 fois déjà…

Alan : Mais, je l’ai dit il y a une heure.

MAS : Ce n’est pas parce que l’on dit les gros mots plusieurs fois que l’on est excusé.

PK : Pardon, Pardon.

MAS : Le monde est divisé en deux gros groupes par l’homme. Ceux qui ont leur ADN directement dans la cellule : les bactéries au sens large. Ça concerne les archées et les eubactéries. Et puis ceux qui ont des chromosomes- pour le coup ils ont des chromosomes multiples souvent – emballés dans une partie de la cellule qu’on appelle le noyau. C’est nous, les champignons, les paramécies, les amibes, toutes les plantes, toutes les algues. Et ceux-là ils ont des cellules qui ont la capacité de pouvoir absorber des parties du milieu pour les digérer à l’intérieur. C’est un phénomène que vous connaissez peut-être, parce que c’est un gros mot que vous avez peut être déjà utilisé : elles font de la phagocytose. C’est à dire qu’elles font une sorte de creux dans leur membrane et dans ce creux, il y a quelque chose qui vient se placer. Ça peut être une cellule, un bout d’aliment. Puis, ce puît s’approfondit, s’isole de la membrane et ça fait une “bulle de milieu extérieur” qui topologiquement se retrouve dans la cellule.

PK: Phagocytose ça vient de “Phago” qui veut dire manger et “cyto” la cellule. On voit bien que c’est la manière dont les cellules se nourrissent. On anthropomorphise encore une fois.

MAS : Mais oui, mais elles se nourrissent comme ça pour beaucoup d’entre elles. Nos globules blancs absorbent des bactéries pour les faire exploser. Sauf que des fois c’est les bactéries qui les font exploser et ça se passe mal. Ça, ça affecte les eucaryotes : ils arrivent souvent à absorber une bactérie. Revenons dans l’évolution : si elle est là-dedans c’est que souvent, elle s’est fait bouffer. Parfois non. Et donc si jamais elle a réussi à se multiplier en captivité si j’ose dire, on en a eu assez pour transmettre aux cellules de la descendance et des fois ça a mis en place des coexistences stables et éventuellement avantageuses. Les bactéries dont on parlait qui sont le reste du monde vivant, elles, n’ont pas la capacité d’ingérer des cellules ou très marginalement, dans des groupes tordus et elle ne le font pas en grandeur suffisante. Elles n’ont pas la capacité de mettre à l’intérieur d’elle-même des morceaux du monde environnant. Du coup, chez les bactéries, les symbioses sont plutôt des symbioses du genre french kiss, c’est à dire que deux espèces de bactéries sont très proches et s’interdigitent très étroitement pour échanger des métabolites. Mais c’est plus le french kiss que l’intégration.

PK : Donc ce n’est pas vraiment de l’endosymbiose. Venons-en aux virus. Peut-on considérer que ce sont des endosymbioses s’ils sont stabilisés et qu’ils apportent quelque chose ? Comme par exemple le virus qui permettait d’avoir le placenta des mammifères. Est-ce que l’on peut considérer que c’est une endosymbiose?

ps193_B2MKHfDIAAEfV0s.jpgMAS : Oui Oui. Par symbiose on entend souvent q la relation entre deux espèces. Des gens vont venir vous chagriner en disant ” Ah oui mais les virus, il n y a pas vraiment d’espèces”. C’est super emmerdant comme commentaire, donc on va faire comme si on n’avait pas entendu. Mais il est vrai effectivement que certain virus peuvent aider par leur présence dans le génome. On a parlé tout à l’heure d’un reste de virus qui finalement était assez utile dans notre génome à nous, homme. C’est ce reste de virus qui codait pour la syncytine, la protéine qui nous aide à faire un placenta. Il y a aussi des symbioses avec des virus. Il y en a plein et je vais vous en citer un qui est très très connu par les gens qui font de la viticulture enfin, plutôt ceux qui font de la vinification. C’est le phénotype killer chez les levures. En fait, il y a des levures qui sont capable de tuer les autres en sécrétant des toxines. Et donc quand vous vous introduisez des levures qui sont techniquement favorables à faire du vin, qui ont des capacités aromatiques intéressantes, qui vont vraiment faire beaucoup d’alcool parce que vous voulez avoir un vin 14 et qui ne vont pas mettre des sales gouts. Quand vous inoculez une souche dans votre cuve il faut qu’elle soit “Killer” parce que si jamais dans la cuve il y a une souche venue du milieu externe qui soit killer, elle va se faire tuer. Et le phénotype killer, pardon, la “capacité de tuer”, c’est quelque chose qui vient d’un virus qui vit dans le cytoplasme de ces souches de levures. En fait il y a même deux virus. Il y en a un qui synthétise la molécule qui tue, et un autre qui synthétise le système qui fait que la cellule qui produit ça n’est pas tuée.

PK : D’accord. Des défenses.

MAS : D’ailleurs il y a des levures qui ne sont pas tueuses mais qui ne sont pas tuables, parce qu’elles ont l’autre virus: celui qui empêche d’être sensible aux toxines. Ce système est très commun chez tout un tas de paramécies ou même de champignons et c’est un exemple ou effectivement on peut dire que c’est avantageux pour la cellule qui porte ces petits virus là en termes de compétition interspécifique, pour faire la lutte à ses congénères.

PK : Alors, on a l’impression qu’il y a quelque chose de commun entre ces virus, ces bactéries de ces fameux eucaryotes, ces organismes avec un génome dans le noyau. Est-ce qu’il y a des mécanismes communs à l’origine de l’endosymbiose. On imagine que des interactions entre espèces sont nécessaires pour réaliser des endosymbioses, comme le commensalisme c’est à dire le fait de manger ensemble, le parasitisme…La symbiose en soi, pas à l’intérieur. Est-ce qu’il y a un type d’interactions qui est plus efficace que d’autre pour établir des endosymbioses?

MAS : Alors il y a une première réponse à ça qui est la même réponse que pour le transfert de gènes. De toute façon, ça ne va pas apparaitre entre deux choses qui ne sont pas au voisinage les unes des autres. Ça ne peut pas : il faut être voisin. Et c’est pareil que pour les transferts de gènes. On ne reçoit pas forcement des gènes de ses proches parents mais on ne peut recevoir des gènes que de ceux qui sont dans le coin. Donc il faut partager, peu ou prou, la niche écologique. Ça, dans le monde microbien, c’est assez commun. Si vous regardez vos ongles – regardez bien-, il y a déjà une soixantaine d’espèces qui sont en train de coexister.

PK: MAS l’a dit en grattant la table de Tupe, on peut déjà multiplier ça par 10.

MAS : La table, je pense que c’est encore plus riche parce que l’on vient de manger.

PK : C’est une petit pique…

MAS : La question c’est :”Quand vous avez deux organismes qui sont en symbiose, qu’est-ce qu’ils faisaient avant?” Leurs ancêtres, avant d’établir la relation dans laquelle ils existent- on a proposé de réduire ça à des ressorts de bénéfice mutuel – qu’est-ce qu’ils faisaient? Et c’est très varié. Par exemple, j’ai dit tout à l’heure que les plantes interagissaient avec des champignons qui s’associaient à leur racine et qui en échange d’un peu de sucre donné par les plantes à ces champignons, nourrissaient les plantes. Il y a plein de champignons qui sont en symbiose. Je donne quelques noms : les cèpes, les girolles, les truffes, les amanites, tous les bolets. Ces champignons qui vivent en forêt se nourrissent dans le sol sur des racines. Que faisaient leurs ancêtres? Maintenant qu’on a les arbres évolutifs, on s’aperçoit que ces champignons sont apparus à plusieurs reprises dans l’évolution. Plusieurs fois dans l’évolution des champignons ils sont devenus associés aux racines des plantes. Et bien les ancêtres de ces gens-là, quand on reconstitue les arbres ancestraux, on voit qu’ils apparaissent dans des groupes bourrés de champignons qui font pourrir le bois mort. En fait les ancêtres mangeaient du bois mort. Et donc ils ont dû se rapprocher et un moment, ça a dû évoluer vers une relation plus étroite. Mais ça a dû commencer par juste une proximité.

PK: D’accord. Donc il n’y a pas véritablement de tendance entre les types d’interactions.

MAS : Ça peut venir des maladies aussi. Par exemple, on parlait des mitochondries. Qui sait si ce n’est pas le reste d’une maladie qu’auraient attrapé nos très très très lointains ancêtres?

PK: Plutôt qu’une phagocytose, un parasitisme.

MAS : Et tiens, les plastes, à propos de phagocytose : Comment ça se fait qu’un jour un ancêtre des plantes s’est retrouvé avec des cyanobactéries, c’est à dire ces bactéries libres qui ont données les plastes. A mon avis, le scénario le plus simple, que l’on observe dans la nature actuelle, c’est que c’était une sorte de paramécie ou d’amibe, un truc qui avalait ces bactéries pour les digérer. Et un jour il ne l’a pas digéré – l’histoire commence par une indigestion – et ça a donné une suite évolutive qu’on connait et des cellules qui sont durablement vertes.

PK : Pour ça on a des arguments pour aller de cette hypothèse plutôt qu’une autre ?

MAS : Disons que c’est le scénario le plus probable quand on voit comment interagissent aujourd’hui ces petites bactéries photosynthétiques libres avec d’autres cellules d’eucaryotes. Et donc tout est permis. C’est un gigantesque bricolage, où n’importe quoi finit par arriver, éventuellement à un résultat semblable, qui est une interaction symbiotique.

PK : Ok. On touche un peu du doigt cette question : Comment font les chercheurs pour révéler qu’il y a interaction ? Ah mais il y avait une question avant : S’il y a endosymbiose est-ce qu’il y a une facilitation du transfert horizontal entre ces deux partenaires.

MAS : Là c’est l’histoire dans l’histoire. On a dit que quand on est proche, ça augmente la probabilité de faire passer des gènes. Et bien justement, ça fait longtemps que dans notre génome nucléaire, nos gènes eucaryotes de souche sont au voisinage des mitochondries.

PK: Est-ce que l’on peut dater ça? Il y a combien de temps?

MAS : On ne sait pas très bien quand ça se passe car on a du mal à calculer les divergences génétiques, à faire de la datation par ce que l’on appelle l’horloge moléculaire. On pense que l’origine de la symbiose avec les mitochondries c’est probablement il y a deux milliards d’années. Ce ne serait pas impossible.

PK: D’accord, donc ça fait deux milliards d’années qu’ils se retrouvent.

MAS : Et un tout petit peu plus tard, il y a eu cette autre symbiose chez les plantes, qui elles pour le coup, ont non seulement des mitochondries mais aussi des plastes. Cette symbiose c’est celle avec les bactéries qui faisaient de la photosynthèse, qui ont donné les plastes. Et là encore il y a une très longue coexistence. On découvre aujourd’hui en séquençant et en découvrant l’origine des gènes qui sont présent dans les génomes, dans le noyau pour les génomes eucaryotes, des plantes et des animaux, qu’il y a des gènes de mitochondries et des gènes de plastes qui sont passés dedans.

PK : D’accord, donc il y a des gènes des résultats de l’endosymbiose, c’est à dire de ces bactéries et de plastes qui se sont balladés et qui se sont retrouvés dans le génome de l’hôte, à l’intérieur du noyau, à l’intérieur d’un chromosome. C’est aléatoire c’est ça?

MAS: En fait, on sait aujourd’hui que par suite d’accidents, il y a de l’ADN qui atterrit dans les chromosomes régulièrement. C’est très fréquent. Mais cet ADN ne sert à rien la plupart du temps et il peut être perdu dans la génération suivante. Heureusement parce que sinon notre génome souffrirait d’obésité. Mais parfois, il peut prendre un rôle. Et là revenons sur le fonctionnement de l’évolution: il y a plein de possible et le fait le plus improbable finit par se produire. Là le fait le plus improbable c’est que de l’ADN de mitochondrie ou de plaste arrive dans le noyau et commence à servir à quelque chose. Et ça ça se fait de temps à autre. Aujourd’hui dans le génome d’une plante, 5 à 10 % des gènes sont venus du plaste, sont des gènes qui viennent très anciennement de bactéries photosynthétiques qui vivaient libres dans le milieu. Ça veut dire, en fait, que l’endosymbiose est une double chimérisation. C’est une chimérisation à deux détentes. La première c’est que vous vous appropriez le stock de gêne d’une bactérie, mais ça reste dans la bactérie pour l’instant et vous le transmettez de génération en génération. Vous avez capturé les gènes. Ça, les eucaryotes – on l’a dit- le font bien puisqu’ils peuvent la mettre dans leurs cellules. Mais après cette proximité va permettre des transferts de gènes, en bonne et due forme, dans lesquels les gènes vont se relocaliser dans le noyau de la cellule qui héberge les plastes. Alors, nous, on en a beaucoup moins, un petit pourcent, de notre génome qui viendrait des mitochondries. C’est un peu moins superbe mais on a quand même des gènes dans nos propres chromosomes qui sont des intrus évolutifs, car ils viennent de bactéries.

PK: Si j’ai bien compris comment marche l’évolution, du coup, on peut parier sur tout et on peut imaginer qu’il y a des gènes d’organismes eucaryotes qui passent dans les mitochondries ou dans les plastes. C’est possible ça? C’est à dire l’inverse.

MAS : Il y a un tout petit problème technique. C’est que les mitochondries et les plastes ont une pression de sélection qui s’exerce sur eux. C’est comme ça que j’explique cela. C’est assez controversé. Les papiers que nous avions écrit avec des collègues n’ont pas forcement la côte même ils sont cités. Il y a une forte pression de sélection pour que le génome soit petit, parce que plus il est petit, plus il se multiplie vite. Du coup, il n y a pas de place pour des séquences, des morceaux d’ADN qui n’ont pas de rôle. Alors que dans le noyau, pour une raison que les gens ne comprennent pas très bien, il y a ce que l’on appelle de l’ADN “poubelle”, ce sont des séquences d’ADN qui n’ont pas de rôle. Attention : plutôt, qui n’a pas de fonctions connues. On se doute aujourd’hui qu’une partie de cet ADN poubelle n’est pas si poubelle que ça parce qu’il y a des fonctions très complexes. Bref, il y a de la place dans les chromosomes de notre noyau pour des morceaux d’ADN qui ne servent à rien. Et ça, c’est une salle d’attente pour que certains d’entre eux acquièrent un rôle. Cette salle d’attente n’existe pas dans l’autre sens. Et du coup le transfert ne se font que dans un sens. Mais c’est une bonne question parce que théoriquement la coexistence l’autorisait. Et on voit qu’au-delà de la coexistence il y a des contraintes fonctionnelle qui font que des fois il ne suffit pas d’être ensemble pour échanger les gènes. Il faut certaines propriétés. Le génome eucaryote est paradoxalement le mieux fait pour recueillir des gènes parce qu’il peut stocker transitoirement des trucs qui ne servent à rien. Et ça, ça ouvre la possibilité, qu’à un moment, ça gagne une fonction.

PK : D’accord. Alors bon, là je pense que l’on a fait un peu le tour de tous les mécanismes de chimérisation. Est-ce que l’on va arriver par dire que toutes les espèces sont chimériques? Est-ce qu’il y a des espèces qui sont non-chimériques?

MAS : Il est facile de répondre à cette question par un contre-exemple. Il suffirait d’en montrer une. Je n’en ai pas. J’ai tellement de mécanismes qu’aussi bien pour une bactérie que pour un eucaryote, personne n’est seul. Et personne n’a été seul à tel point que ses ancêtres n’aient gagné des gènes de quelqu’un d’autre.

PK: Tant mieux. Moi je préfère ce point de vue-là.

MAS: Donc moi je n’en connais pas. Peut-être que l’on montrera un jour mais plus on séquence de génome, plus on a de preuves tangibles que tous les mécanismes que l’on a évoqués font que les gènes que l’on a dans un organisme viennent de partout. Ça renforce l’idée que l’on avait tout à l’heure. L’organisme est multiple, parce qu’il est bourré de bactéries. Oui mais si cette organisme est une bactérie est-ce que c’est vrai? Eh bien, il est bourré de gènes d’autres bactéries ou d’autres organismes. Donc, de pleins de façons, a plein d’échelles, nous sommes tous des chimères. Seulement, ça revêt des mécanismes ou des formes différentes.

PK: Oui, il y a quand même des règles à certains moments pour les mécanismes mais de manière générale, on se retrouve systématiquement avec des chimères. Alors, la chimérisation entraine l’émergence de nouveaux gènes, ou est-ce juste un brassage de gènes entre différentes parties du vivant?

MAS: C’est plutôt du brassage. C’est à dire que l’on va remettre ensemble dans une même unité qui fait des descendants des gènes venus de différents endroits. Parfois l’évènement, mais c’est assez anecdotique, qui amène un morceau d’ADN au sein de la cellule va abimer ou casser un gène résident et faire une forme de mutation.

PK: Donc là on peut parler de chimérisation de gène?

MAS : Là le gène obtenu est un peu différent. Je prends un exemple. Dans la salive on a de l’amylase. C’est un enzyme qui détruit l’amidon et nous aide à digérer, l’amidon du pain par exemple. Et dans les peuplades agricoles, on mange beaucoup d’amidon. Le gène qui fait de l’amylase dans la salive ne s’exprime que dans les glandes salivaires grâce à un petit bout de virus qui est venu se fixer tout prêt et ce bout de virus servait à favoriser l’expression des gènes du virus. Donc ce qui provoque l’expression du gène de l’amylase dans les glandes salivaires c’est un bout de gêne de virus. On a un gène qui lui-même est une chimère, et qui a été créé finalement par le mélange de virus et de gène résident. C’est une chimérisation fine. Mais bon c’est peu de chose par rapport au potentiel que l’on a par combinaison de gènes préexistants avec tous ces mécanismes de chimérisation.

PK : D’accord. Donc, beau brassage et éventuellement des nouvelles fonctions. Mais essentiellement du brassage par ces mécanismes de chimérisation. Est-ce que l’évolution par chimérisation n’est pas un peu la réhabilitation du concept d’hérédité des caractères acquis, notamment quand on voit ces acquisitions de mitochondrie par endosymbiose ou ces acquisitions d’un gène après avoir consommé, par transfert horizontal des gènes de bactéries. Est-ce que ça, justement, ça ne va pas dans cette voie la?

MAS : Oui et non. Oui parce que si on prend l’expression à la lettre c’est vrai. C’est des caractères qui ont été acquis par transfert horizontal. Ces caractères étant soit des endosymbiotes, soit des gènes dans le génome receveur. Et ils sont transmis. Donc hérédité des caractères acquis oui! Mais attention.. Si vous allez rouvrir Lamarck ce n’est pas du tout ça dont on parle.

PK: Ah non, je suis bien d’accord.

MAS : Justement, et c’est très important. On a le même mot pour désigner le fait que les organismes, à force d’acquérir par fonctionnement, des propriétés finissent par les transmettre. Vous savez c’est l’expérience qu’avez commandé Lyssenko à ses troupes, qui était aussi censé vérifier ses théories marxistes [sur Lyssenko, voir épisode Podcast Science #103]. A savoir, quand on coupe la queue a une souris à chaque génération, normalement elle doit cesser de faire une queue. L’empreinte du milieu est plus forte que l’empreinte génétique. Cette expérience a marché car ses étudiants, pour avoir la paix, et un avenir professionnel, finissaient par couper les queues des souris dès la naissance mais en vrai de vrai ça ne marche pas. Et l’hérédité des caractères acquis au sens du 19e : non. Par contre il y a bien une autre chose qui montre qu’il n y a pas que les gènes hérités, il y a aussi des choses acquises. Et, entre parenthèses, pour reparler brièvement d’épigénétique, c’est aussi des caractères acquis. Et là, dans le cadre de l’épigénétique dont on parlait tout à l’heure, on a des modifications qui peuvent apparaitre en réponse à l’environnement et parfois peuvent être adaptatives. Une fois de plus, les descendants de gens qui ont eu faim et qui font des réserves dans leurs organismes, sont adaptés à la famine. Pour revenir sur ces caractères épigénétiques, eux ressemblent plus à l’hérédité des caractères génétiques au sens ancien.

PK : Par contre la chimérisation c’est prendre au pied de la lettre l’expression hérédité des caractères acquis.

MAS : Mais attention aux confusions. Cette locution est large.

PK: Quand on parle de chimères et symbiose, on parle souvent du lichen et je pense que justement, c’est un exemple où l’on a l’impression qu’il peut y avoir des confusions. Finalement c’est quoi le lichen?

MAS : Le lichen, c’est très intéressant parce que c’est un des exemples historiques sur lesquels on a pris conscience que parfois derrière une structure il y a deux espèces. C’est vers 1850 que certains auteurs comme Schwendener commencent à dire : ” Ben oui, quand je regarde le lichen au microscope, ça ressemble à un mélange de champignons et de petites cellules d’algues.” Évidemment, au début, ça passe relativement mal. Et puis, finalement, ça finit par passer et d’ailleurs c’est un des exemples sur lequel s’appuie un dénommé de Bary, un auteur allemand, vers 1879, pour écrire un article où il introduit le mot de symbiose pour dire qu’il y a des fois ou des espèces vivent ensemble. Lui, il est dans une définition encore floue. Il ne va pas jusqu’à la définition que l’on a adoptée aujourd’hui, où on a voulu qu’elles vivent ensemble et à bénéfice réciproque. A ce moment-là on va dire “Ok il y a deux espèces” Aujourd’hui le lichen, c’est le nom du champignon. L’algue de son côté a un autre nom. Donc on les distingue maintenant. On a séparé les choses. Du coup, le nom que l’on donnait au Lichen autrefois, c’est celui du champignon et on va donner un autre nom à l’algue. Vous remarquez qu’il y a une convention là, parce qu’on a des mitochondries dans les chats, les rats, les hommes les plantes, les champignons de paris, les cèpes. Et on ne donne pas de nom à ces bactéries. Alors que d’habitude les bactéries qui vivent libres on leur donne des noms. Là on a décidé que c’était trop intégré et que l’on allait considérer ça comme une seule espèce. C’est arbitraire. C’est une décision arbitraire, une convention. Et moi, je ne m’y oppose pas du tout. Je n’ai pas envie que l’on passe notre temps à donner les noms de toutes les plastes. Mais il est certain que l’on touche du doigt le fait qu’il y ait un arbitraire. Des fois, on décide de ne voir plus qu’une espèce. D’autres fois, non. Mais ça, on le décide.

PK: D’accord. Donc le lichen c’est bien l’exemple type où on touche du doigt le fait que c’est véritablement une symbiose. J’imagine que pour la plupart des espèces l’un ne peut pas vivre sans l’autre, c’est un aspect obligatoire. Donc, pour qu’on comprenne bien. Le champignon, il apporte quoi à l’association?

MAS : Dans le lichen? Le champignon apporte de l’eau et des sels minéraux. De toute façon l’algue n’a pas le choix, elle vit empaquetée dedans et n’a plus accès à l’extérieur. Il n’est pas certain qu’elle ne soit pas en prison parfois. Il y a peut-être des lichens où ça ne passe pas si bien. Et il y en a d’autre où elle ne vit pas dehors, donc là il n y a pas photo, c’est clair que c’est bon pour elle qu’il y ait un champignon autour. C’est assez variable selon les cas. Donc le champignon amène de l’eau et des sels minéraux, tout ce qu’il faut pour faire pousser une algue. Et l’algue donne au champignon un certain nombre de ressources carbonées donc des sucres, des choses comme ça.

PK : Dues à la photosynthèse.

MAS : De sa photosynthèse voilà.

PK : Photosynthèse qui est possible parce qu’elle a un plaste.

MAS : Alors en fait, l’algue, dans cette histoire-là elle est déjà double. Non. Elle est même triple puisqu’il y a aussi une mitochondrie dedans. Et le champignon il y a aussi ses mitochondries aussi. Donc dans un lichen, j’ai deux séries de mitochondries, un plaste, l’emballage de l’algue, l’emballage de champignon. Il y a au moins 5 lignées évolutives. Sans compter tous les transferts de gènes. Et puis, de toutes façon, un lichen c’est une pelletée de champignons qui vivent ensemble, c’est bourré de bactéries parce qu’il y a plein de trous et, c’est comme chez nous, les trous sont pleins de bactéries. Et eux ils ne se lavent pas les dents, et ne se brossent pas la peau.

PK : Donc ça reste.

MAS : Il y a du monde

PK: On arrive à la question : Les mécanismes de chimérisation, en quoi ça pose problème pour établir les relations de parentés entre espèces. On vient de toucher du doigt en disant qu’un lichen, au début on disait que c’est l’association de deux espèces. Et finalement c’est une association de cinq espèces. Quelles sont les écueils pour les relations de parentés ?

MAS : Ça veut dire que l’on ne peut pas placer l’homme dans l’arbre évolutif, ou alors il faut le mettre à deux endroits. L’endroit où sont ses mitochondries et l’endroit où il est lui. Et puis, pour revenir à l’autre aspect des chimérisation que sont les transferts de gènes, si vous imaginez que dans votre génome vous avez des gènes qui viennent de partout, c’est quoi votre origine évolutive? On peut réduire le problème en disant : “La plupart des gènes viennent d’un ancêtre duquel ils ont été transmis verticalement et progressivement” On peut le faire, mais tous les autres gènes qui se sont ajoutés et qui définissent comment fonctionne l’organisme, sa niche écologique, ils ont un sens. Et on nie ce sens en réduisant un organisme à l’origine de la majorité de ses gènes. Du coup, là encore, on voit que les arbres évolutifs, quand on les applique aux organismes sont une représentation du vivant qui n’a pas de réalité intrinsèque, puisqu’il n y a pas une origine des gènes qui sont dans l’organisme qui compte. Voire même des cellules qui sont dans l’organisme quand on passe aux mitochondries et aux plastes.

PK: Maintenant on va peut-être pouvoir répondre à l’auditeur. Puisque l’on vient de voir que justement ca posait problème ou est-ce que vous placeriez, vous, le haricot à gène de limace dans l’arbre du vivant.

MAS : Je crois que ça ressemble à un haricot et donc si il montre ce haricot a sa maman ou a sa petite fille de 5 ans, on dira “Boh, c’est un haricot”. Si on suit une définition morphologique de l’espèce, y a pas photo c’est un haricot. Sauf qu’il y a eu un transfert de gènes de plus. On peut raffiner le truc et dire ” Ça ne sert à rien de placer l’origine évolutive ou l’appartenance du haricot». La question c’est l’appartenance de chacun de ses gènes. Et tiens, il y a un gène qui est un gène de limace. Tiens, il y a un gène qui est un gène de cyanobactérie, c’est normal, il doit venir du chloroplaste. Tiens, là il y a un gène qui est vraiment un gène d’eucaryote, il a été acquis de l’ancêtre. En fait, ce qui a vraiment du sens si on veut reconstituer des appartenances, c’est l’appartenance de chaque gène. Après il faut un code pour déterminer l’appartenance de l’organisme. Et si vous décidez que c’est l’appartenance de la majorité des gènes, du moins à un horizon évolutif semi lointain, qui définit les choses, cet arbre évolutif que vous retrouvez pour le plus grand nombre de gêne, vous dite que c’est l’ “Arbre Evolutif”. Et là, je crois que si on rajoute juste un gène, ce sera un haricot.

PK: D’accord. Avec quelques petits gènes de bactéries si on compte les plastes par exemple.

MAS : Enfin, si l’adieu a envie d’appeler ça “limace” je pense que c’est un peu contre-intuitif. En fait, il faut toujours que les usages soit pratiques. C’est la seule contrainte.

PK: Bon alors, on peut quand même envisager que la représentation des arbres phylogénétiques, c’est à dire les arbres ou on voit des séparation en deux branches à chaque nœud, peut devenir obsolète.

MAS : Ou insuffisante. Incomplète. Puisque des fois, effectivement, j’ai un truc que j’appelle une espèce et qui est issu de deux choses qui, un jour, ont existé indépendamment. Moi et mes mitochondries par exemple.

PK: Est-ce qu’il serait utile de substituer une autre représentation. Est-ce que à l’heure actuelle, il y a des études, des recherches qui utilisent d’autres représentations que l’arbre. Ou est-ce que c’est trop difficile pour un esprit humain de faire ça.

MAS: Déjà au niveau de chacun des gènes on peut faire des arbres qui racontent l’histoire évolutive de ces gènes. Et donc on peut faire les arbres de tout le génome et la somme de tous ces arbres c’est l’arbre du génome.

PK : D’accord, ça ne se représente pas trop.

MAS : Au début, on pouvait faire des petits traits parce que l’on ne connaissait que quelques transferts. On prenait le vieil arbre évolutif habituel et on mettait un petit trait entre une bactérie et une branche d’eucaryote par exemple. Mais maintenant qu’on sait qu’il y en a vraiment partout et que c’en est bourré, on ne peut plus faire de représentation. Mais après tout le réel ne se dessine pas. C’est dur de représenter le réel dans toute sa diversité. Et ça va valoir la peine de garder des arbres, au niveau des gènes d’une part. Et puis finalement quand on regarde l’évolution des plantes, ou l’évolution des primates, ou l’évolution des champignons, ça peut être bien d’avoir aussi des arbres parce que la finalement, la portion de transfert horizontaux, à cette échelle, n’est pas si énorme. Et même si elle existe et qu’on ne peut pas la nier et si elle est très importante pour l’évolution de ces espèces, l’essentiel des gènes a la même histoire. Et on peut garder les arbres. Mais il faut garder en tête que ce ne sera qu’une approximation du réel. On retombe sur ce qu’on a dit de l’espèce, de l’organisme, des individus : ce sont des représentations du réel, ce n’est pas le réel.

PK : D’accord. Mais techniquement, dans la recherche, pour l’instant, c’est essentiellement retrouver des arbres.

MAS : Ah, mais ce sont des très bons outils. On a vu que c’était des supers outils pour trouver les transferts horizontaux. C’est sur la base des arbres qu’on a montré qu’il n y a pas d’arbre complet.

PK: Ok. Pour l’instant c’est un outil pratique. C’est pour ce que l’on va l’utiliser mais il n’y a pas de représentation avec des croisements qui permettent vraiment de résoudre quelque chose.

MAS : Enfin c’est pratique. Il y a un arbre évolutif que vous utilisez tous, je pense, c’est l’arbre généalogique. Il montre l’évolution de la population. Bon, on ne va pas le jeter. Ce n’est pas parce qu’éventuellement, ma grand-mère a choppé un gène de virus supplémentaire que je nie ma généalogie.

PK: Alors, justement, on va essayer de comprendre d’où vient cette connaissance incroyable sur les mécanismes d’hybridation etc. Vous, votre travail se focalise essentiellement sur les interactions mycorhisienne. D’où ça vient? Qu’est-ce que ça veut dire? Et est-ce que ça explique votre intérêt pour les chimères.

MAS : Mon travail de recherche n’a rien à voir avec ce dont on vient de parler. Mais mon boulot a quelque chose à voir avec ça puisque j’enseigne ça. Moi je travaille sur des associations qui s’opèrent entre les champignons du sol et des racines de plantes. Il y a plein de champignons différents qui font ça, plein de plantes différentes qui font ça. En fait 90 % des plantes ne se nourrissent pas sans champignons. Et pour les

Gigaspora margarita (Gloméromycète) sur des racines de lotier

arbres forestiers de nos régions, ces champignons, on les connait bien. Ce sont des girolles, des cèpes, des truffes. Ce sont des champignons que l’on trouve sous les arbres d’ailleurs. Et là il y a une chimère, c’est le mycorhize. D’où ce nom de champignons mycorhisiens. Une partie des filaments des champignons vont rentrer dans une partie des racines des plantes et faire une structure double ou il y a du champignon et de la racine qui, pour le coup, est une chimère. Mais c’est une partie de l’organisme, de part et d’autre qui est chimérique, et c’est là que le champignon récupère du sucre de la plante et donne à la plante des sels minéraux qu’il a extrait du sol. En fait, formellement, ça marche exactement comme un lichen. Sauf que ça n’a pas la même gueule.

PK : D’accord. Ça marche comme un lichen sauf que les algues sont directement photosynthétiques…

MAS : Et le champignon est caché dans le sol.

PK: Vous venez d’évoquer quelque chose qui m’intéresse énormément : la truffe. La truffe, ça fait des interactions mycorhisiennes.

MAS: Oui tout à fait. C’est mal maitrisé la truffe – on ne sait pas produire des truffes -mais une façon d’augmenter ses chances de produire de la truffe c’est de produire des arbres qui ont été inoculés en broyant de la truffe dans le sol de pépinière. Et on a des noisetiers ou des chênes truffiers qui sont vendus dans le commerce. Ce sont des procèdes qui ont été développe par l’INRA qui donne des chênes dits truffiers. Il existe aussi des processus fait “coin de table, bord de table” à la maison, par des trufficulteurs et des pépiniéristes locaux. Et après il y a des protocoles plus balisés pour acheter des plants inoculés. Et ça, quand on le plante chez soi, il y a une petite chance que la truffe survive. Quand elle survit, il y a une petite chance qu’elle se mette à faire la grosse partie charnue qu’on ramasse qui est en fait l’organe ou elle fabrique ses spores. Mais j’ai dit petite chance, parce que l’on ne maitrise pas encore tout. Et même si on a des chemins techniques qui favorisent la venue de la truffe ce n’est pas une domestication totalement maitrisé, loin s’en faut.

PK: Et ça fait partie de votre domaine de recherche. Ce qui explique que quand j’ai regardé un peu votre bibliographie, j’ai vu des articles parus dans ” Le trufficulteur français“. Ça vient de là.

MAS: Oui. D’ailleurs ils sont téléchargeables sur mon site web. Effectivement, j’ai piloté un gros financement de recherche qui a duré 3 ans et demi sur la truffe. Qui a été financé par l’agence nationale de la recherche et qui nous a permis d’explorer un petit peu plus l’écologie de la truffe : son interaction avec les autres microbes du sol, son interaction avec les autres plantes. Et on a notamment montré des choses intéressantes qui est que la truffe est aussi associé, d’une façon que l’on n’a pas su déterminer quant à la nature de l’interaction, avec aussi les racines des plantes herbacés, les petites herbes qui poussent sur les truffières. On a aussi un peu regardé les ressources génétiques, la façon dont elle se structure dans l’espace. Est-ce qu’il y a des génotypes différents entre les différentes régions de production donc potentiellement des terroirs. La réponse est en demi-teinte mais oui, il y a des différences. Est-ce que ces différences sont gommées, estompées, remélangées par les plants inoculés produits en pépinières? Pas trop semblerait-il. Pas trop encore, du moins. Donc on en fait essayer d’utiliser les retombées d’un outil merveilleux. Et on va revenir sur quelque chose qu’on avait évoqué plus haut. Le génome de la truffe a été séquencé en 2010 et c’est en utilisant ce génome qu’on a pu faire tous ces travaux répondant à des question sur la diversité génétique, sur la façon aussi dont sont produites les truffes, dont elles se nourrissent et dont elles interagissent avec les autres plantes parce qu’on avait dans la main la carte d’identité de la truffe pour faire des travaux.

PK : OK. Je vais avoir plein de questions sur la truffe, mais j’ai l’impression que là on…

MAS : Il y a un site web avec plein d’articles sur ça, vous pouvez vous ennuyer longuement sur ce site.

PK : Non moi ça m’ennuie pas, mais on va juste peut être pour savoir s’il n’y avait pas des questions sur tout ce qu’on a dit en amont, sur la chimérisation etc.. Alan, Julie et autres, si vous avez des questions que vous pouvez faire remonter.

Alan : Là on est en train de parler dans la chatroom de cartes d’identités de truffes.

PK : D’accooord.

MAS : Alors la carte d’identité…

Irène : On a pas des questions très sérieuses en fait.

Nico : C’est la vraie couverture de ce magazine, non ?

MAS : Oui oui c’est ça absolument oui oui c’est ça c’est ça.

Nico : Parce que j’ai cherché à avoir la couverture du magnifique magazine…

Alan : … de trufficulteurs français.

Le trufficulteur français

Nico : Je suis tombé sur une couverture “Sexe et Génome des truffes” en plus.

MAS : C’est un magazine professionnel, qui est bien foutu pour le coup car il mélange des activités et des comptes rendus extrêmement professionnels et techniques, à des comptes rendus de chercheurs. Les équipes de ce consortium, qui comprenait des équipes de l’INRA et du CNRS, ont été très actives à publier là-dedans. Donc ruez-vous tous sur le trufficulteur français… La carte d’identité de la truffe c’est quelque chose de très important, aujourd’hui on a des moyens génétiques de repérer la truffe. Quand on a un bout de racines où on ne voit rien, on est capables de savoir non seulement s’il y a de la truffe ou non dessus, mais quel individu est dessus.

PK : D’accord

MAS : Et si c’est cet individu que vous ramassez à l’automne suivant. Est-ce que c’est le même qui est sous les racines de l’arbre ?… Vous commencez alors à voir comment les individus se distribuent dans le sol, où ils sont…

PK : Avec notamment peut être des idées sur les vertus gustatives de chaque individus, je sais pas ?

MAS : Oui mais là les conditions environnementales ont un rôle visiblement très important… supérieur, pour ce qu’on en sait pour l’instant, au génétique pour les aromatiques. Ça a été montré sur une autre truffe, pour le coup, par d’autres équipes de Dijon, sur la truffe de Bourgogne. Où effectivement, on a une diversité génétique corrélée vaguement à la diversité aromatique, mais d’autres facteurs comme la maturité compte plus. En gros, c’est comme si… C’est un peu comme pour les pêchers… Les pêches pas mûres, peu importe si ce sont des pêches d’un pêcher dont les pêches ont bon goût, si elles sont pas mûres elles sont pas bonnes. Et aujourd’hui, vraiment la marge d’affinage, c’est la récolte à maturité et les circuits de commercialisation courts.

PK : Donc il n’y a absolument aucune question, à part sur les truffes. (rires) On aurait dû faire un épisode sur les truffes, c’est bien ça ?

Nico : Bah on les a un peu éparpillées au fur et à mesure.

Julie : Il y avait Méal qui avait une question, mais elle était prévu dans le conducteur donc… je vais te laisser la poser tranquillement. C’était sur l’arbre du vivant, est-ce que c’était obsolète ?… Vous y avez répondu. Il nous signale quand même, il nous dit “dites merci aux deux parleurs de ma part”.

Nico : Moi j’avais quand même une question un peu naïve qui était au tout début et qui avait été un peu éliminée. Vous avez insisté tous les deux, enfin vous étiez assez d’accord sur le côté… la notion d’espèce en fait Darwin il en avait pas besoin en fait etc. pourtant il a quand même mis le mot espèce dans le titre de son bouquin très connu sur le sujet, donc c’est qu’il devait y apporter, y voir une importance quand même…

MAS : Oui, mais son livre, c’est De l’origine des espèces…

Nico : Ouais.

MAS : et donc ce qui l’intéresse c’est comment apparait la variabilité. C’est l’espèce en tant que devenir. C’est cet espèce de point fuyant qui quand on l’arrête à un moment on voit plein d’espèces, mais quand on regarde au moment suivant, certaines ont disparu, d’autres ont fusionné, d’autres sont devenu deux espèces différentes… C’est cette fuyance, ce devenir, qui l’intéressait. Il n’a jamais vraiment parlé de l’essence de l’espèce à ma connaissance. Si ma mémoire est bonne, sur l’ensemble de De l’origine, il n’en parle pas. C’est un peu comme les petites roues sur le vélo : on a tous commencé avec des petites roues sur les côtés, mais le but, c’est juste un truc qui aide à comprendre et c’est comme toutes les catégories que crée l’homme pour percevoir le réel, dans toutes les sciences… Ce sont des façons de saisir le réel, hein, mais ce n’est pas le réel.

PK : Oui… Dans le contexte, il faut aussi s’imaginer que la notion d’espèce elle était déjà présente et complètement établie au moment où Darwin publiait son opus.

MAS : Sur la base morphologique, c’est la première définition qu’on en a donné.

PK : Et l’explication finalement que visait Darwin, c’est de montrer quel est le mécanisme en s’appuyant notamment sur le comportement des populations et des individus et essentiellement des populations à vrai dire.

MAS : Alors est-ce que le fait qu’on ait mal répondu à une des premières questions veut dire qu’il faut qu’on recommence l’émission ? On a le temps, là…. (rires)

PK : 22h40… tranquille… Il nous reste 4 heures, c’est ça ?

MAS : Moi j’ai rien avant 8h, j’ai cours à 8h.

Nico : Je sais pas si j’ai assez de place sur le disque dur, il faudra peut être changer dans 8h.

PK : J’ai cours à 8h30, je vais pas pouvoir faire ça. Alors… heu… Observation anecdotique : moi j’ai l’impression que dans les restaurants, on donne plus de truffes. Est-ce qu’il y a eu des avancés dans la trufficulture récente qui explique qu’on en voit un peu partout ?

MAS : Moui… Non, parce qu’on enraye que vaguement une chute de la production qui a commencé au début du XXème. On produisait 1000 tonnes par an et maintenant on est entre 40 et 100 tonnes par an, en France. Cette chute de la production, d’ailleurs, il y a des résultats des travaux de recherches de l’équipe que j’animais à l’époque à Montpellier, qui l’illustrent bien… qui permettent de la comprendre. La truffe en fait elle se développe dans des forêts perturbées. Au début du siècle, il y avait des tas de forêts où les gens allaient couper du bois, où il y avait des vaches en train de pacager. Avec la déprise agricole et l’exode rural, on a des endroits où la forêt revient et une forêt qui n’est plus perturbée. C’est un des facteurs.

PK : Qu’est-ce qui fait que la forêt perturbée permet le développement de la truffe ?

MAS : Et bah en fait, quand on perturbe la forêt, les autres champignons associés aux racines des arbres ont l’air de pas trop aimer. Mais la truffe elle, en opportuniste, ça ça lui va. Et c’est ce sacré opportuniste que l’on a sur nos tables. Le problème c’est que la production augmente pas trop. Elle augmente sans doute un petit peu par des plantations assez intensives en Espagne et en Italie, mais ce qui se passe surtout, c’est qu’on a fait des progrès dans l’imitation d’arômes de truffe.

PK : Aaaaah.

MAS : La plupart des huiles de truffes sont faites avec des diméthylsulfides et autres octénoles, des molécules assez faciles à faire, qui donnent un arôme pas désagréable, mais un bouquet moins riche que celui de la truffe et surtout.. Alors ça c’est un luxe que l’on a eu en travaillant avec des trufficulteurs et que tout le monde n’a pas : on a mangé plusieurs truffes par repas…

PK : D’accord.

MAS : Et bah c’est comme des fruits sauvages. Quand on cueille des myrtilles, les myrtilles du pied voisin ont pas le même goût et bah les truffes ont un goût extrêmement variable et incroyablement plus subtil que ces huiles truffées. Elles ne sont pas mauvaises, mais leur nom les fait vendre parfois un peu cher.

PK : D’accord je savais bien que je me faisais avoir quelque part.

MAS : Carrément trop cher même.

PK : Ok, donc mes pizzas à la truffe, n’importe nawak…

Nico : et puis le fait que tu aies plus de truffes au restaurant c’est peut être juste que tu t’es embourgeoisé un peu non ?

MAS : Ah oui, ça …

(rires)

PK: Alors on va passer donc… Juste en terme de parenté, les truffes c’est plus proche de quoi finalement parmi les champignons? On parlait de bolets…

MAS: des Morilles.

PK : Des Morilles. D’accord

MAS Ou de la pourriture blanche de la vigne.

PK : C’est moins sympa

(Rires)

MAS : Qui n’a rien à voir. Mais c’est assez distant des cèpes et des girolles, même si dans la vie ça fait la même chose c’est à dire des associations avec les racines des arbres. Comme les girolles…

PK : Alors on va en venir peut être à faire des éloges de votre activité parce que ce que j’ai remarqué lorsque je vous ai vu pour la première fois présenter vos observations à la AFPSVT, c’est à dire la Association Française pour la formation des professeurs de Science et vie de la terre.

MAS: Des formateurs. C’est les gens qui préparent les étudiants passant le CAPES ou l’agrégation

PK : Je ne sais pas comment je me suis retrouvé là, mais en tout cas j’étais véritablement passionné et je vois que vous avez énormément d’initiative de vulgarisation et je me demandais ce qui vous pousse à les réaliser: à venir ici pour parler pendant je ne sais pas combien de temps avec de parfaits inconnus.

MAS: Les mauvaises langues diront que c’est un défaut, celui d’être bavard c’est tout. Mais plus sérieusement, je crois vraiment qu’aujourd’hui on a besoin de vulgariser la science. Ce n’est pas à ceux qui sont autour de cette table que je vais l’expliquer. Je crois que c’est important de mettre ça à la disposition des gens. Je crois aussi que c’est important de former les enseignants. Et moi, je suis vraiment très actif, aussi bien dans des préparations à l’agrégation. Je m’occupe beaucoup des étudiants qui préparent l’agrégation à Paris XI par exemple. Ou de ceux qui préparent le Capes à Paris VII. J’interviens beaucoup dans ces formations. J’interviens dans la formation continue, parce que le muséum d’histoire naturelle a des actions de formation continue pour les enseignant du secondaire, pour essayer de faire que les nouveaux programmes – et d’ailleurs pour ces nouveaux programmes, j’ai fait partie de ceux qui ont essayé de pousser des nouvelles idées. Plus d’écologie. Plus évolution. Plus de connaissance qui permettent de saisir le quotidien. Qu’est-ce que c’est qu’une plante cultivée ? Comment pousse le maïs? On a essayé de revenir sur ces choses quotidiennes. Mais au-delà, pour faire en sorte que ces nouveaux programmes ne soient pas des vœux pieux, on a besoin de former les enseignants. Donc c’est deux directions : mettre à la disposition du public des connaissances nouvelles, et former des enseignants- c’est former les jeunes finalement, on touche au fond. C’est vraiment des choses auxquelles je crois fondamentalement. Je pense qu’une connaissance qui n’est pas diffusée ne sert à rien. Mais ce dont je prends conscience aussi quand je vois les processus décisionnaires, les prises de décisions politiques, c’est qu’en réalité, il y a un autre mur. On pourrait l’appeler le mur de L’ENA. C’est le fait que finalement la prise de décision est faite par des gens qui sont finalement très très loin du bruit et des gesticulations qu’on peut entretenir quand on fait de la vulgarisation ou même de l’enseignement dans le secondaire. Et le facteur limitant est peut-être un tout petit peu au-delà de la vulgarisation aujourd’hui pour qu’une société qui se pose des questions pour son avenir prenne vraiment en main les opportunités qu’une meilleure connaissance de la biologie pourrait lui donner, pour affronter des défis mieux que les voisins. En fait, derrière tout ce qui se cache-t-il y a des outils potentiels pour gérer demain, mieux que d’autres ne le gère actuellement. Améliorer le blé, améliorer le maïs. Oui, on peut peut-être améliorer encore de 10% les rendements. Mais quelles peuvent être les conséquences de gérer mieux la sexualité des bactéries dans la gestion de l’environnement ou dans les gestions des fosses septiques – désolé- ou dans la fabrication du pinard. Il y a la beaucoup de conneries à faire, qui sans doute, ne serviront a rien et des marges pour trouver des choses qui permettront d’améliorer de 90 % les choses. Et je crois vraiment que mettre les outils sur la table c’est important et qu’aujourd’hui on est un peu brimé au niveau de la prise de décision parce que l’on a plus d’outils pour des lendemains florissants que de volontés politique de les prendre en main. Pour justement explorer des pistes nouvelles.

PK : Est-ce que ça, ça vient d’un état des lieux un peu pessimiste de l’état des connaissances, ou de l’état de la transmission des connaissances auprès des formateurs, des professeurs.

MAS : J’ai dit tout à l’heure que sans formation des enseignants, les programmes seraient des vœux pieux. Il y a un dieu pour le coup, il y a des dieux pour le coup qui écoutent ces vœux. Les enseignants se forment beaucoup par eux même. Et en biologie où ils sont confrontés à des programmes qui évoluent parce que la biologie évolue très très près du quotidien, de la médecine, de l’alimentation. Donc les programmes évoluent beaucoup et les enseignants font des efforts énormes et les font seul, parce qu’il n’y a pas d’argent, ou très peu, pour la formation continue. Dans les actions de formation continue, on ne touche sans doute pas plus de 10 % des enseignants. Parce qu’il n y a pas assez d’argent pour les mettre tous un jour en formation. Donc il faut un travail énorme et c’est vrai que l’on aurait envie qu’il soit plus soutenu. Après on voit bien les contraintes budgétaires. Là où ça a pris un tour ces derniers temps, un peu inquiétant c’est dans les reformes actuelles de la formation des maitres ou le présent gouvernement a finalement des politiques de recrutement au niveau du M1 donc de l’ancienne maitrise, plutôt que du M2. Un an plus jeune, donc un an de formation en moins et où les programmes de formations sont complètement, je ne vais pas dire le mot- pas sérieux. En gros on demande au concours la maitrise, d’une part, seulement de l’ensemble des programmes du secondaire actuel. Pour une science qui va évoluer comme la biologie c’est ne pas être prêt pour les changements, alors qu’il y a 50 ans de carrière devant, ou plus. Et deuxièmement, où on demande énormément de théorie autour de la pédagogie et de la didactique qui occupe de l’espace mémoire dans l’étudiant. Mais c’est de l’espace mémoire occupé par de la théorie parce que ce n’est pas accompagné d’une pratique. Et c’est inquiétant car aujourd’hui on est en train de recruter des enseignants qui n’ont plus le niveau de formation des enseignants d’hier, et ça c’est vrai dans toutes les matières mais en particulier dans les matières scientifiques. Alors même que les défis technologiques auquel sera confronté le citoyen. Reprenons-le ! Dans son assiette, dans les piqures, les médicaments qu’il recevra. Dans les processus de contraceptions qu’il utilisera. Ils sont de plus en plus techniques et technologiques. Et ça c’est quelque chose qui s’est passé à l’insu du citoyen. Par exemple, et je terminerai sur ce point, on ne va pas y passer des heures, aujourd’hui dans le concours de recrutement des enseignants du primaire, il n’y a plus de science. L’épreuve a disparu parce qu’en moyenne la note n’était pas bonne. C’est un peu la politique de l’autruche, c’est de l’argent dépensé pour rien. Ok, mais en même temps ça veut dire que le premier bain scolaire des éleves sera un bain scolaire réalisé par des gens qui n’ont pas une forte sensibilité scientifique et technologique. Voilà, donc tout ça peut encore changer, mais voilà, je crois beaucoup à l’importance des informations que la science génère.je suis parfois inquiet pour sa transmission mais j’en ai fait mon quotidien.

PK: D’accord, donc la si je comprends c’est quand même un engagement très citoyen, cet intérêt pour la vulgarisation scientifique.

MAS: Ça n’améliore pas ma carrière de scientifique c’est sûr. (Rires) Ce n’est pas des heures passées à enseigner ou à parler au micro qui améliorent ma production scientifique.

PK : Je pense qu’elle est déjà assez impressionnante en l’état. Je pense que l’on va finir sur des questions des auditeurs, s’il y en a encore. S’ils sont encore vivants, je ne sais pas.

Alan : Les auditeurs sont toujours-là, il n y a pas de soucis. Mais c’était super clair. Je crois qu’il n y a pas beaucoup de question. Je m’attendais à devoir vous couper régulièrement sur les gros mots.

PK : C’est pour ça ! Tu t’ennuyais tout à l’heure quand tu m’as dit “eucaryote” ?

Alan : Oui, il fallait absolument que je trouve un sens à ma présence ici. Vraiment c’était hyper clair.

Robin : C’est clair et les gens ont plutôt réagi, été étonné. Ils ont bien retenu, je pense, le message principal qui est que l’on est plusieurs en fait.

Alan: Nous sommes tous des chimères OGM croisées avec des Néandertaliens, on a bien compris.

Irène: Moi, j’ai trouvé ça super intéressant. Ça me fait penser a quelque chose qui est vraiment très diffèrent, à une question un peu dans le même genre, mais qui reste différente. La notion d’individu est intéressante quand on se rend compte que la plupart de nos cellules, au cours de la vie, meurent et sont régénérées. Par exemple notre foie, il n’est pas le même. Le foie que l’on a quand on est n’est plus le même que quand on meurt, ou même en tant qu’adulte les cellules meurent donc la notion d’individu est différente. C’est très différent mais c’est aussi intéressant.

MAS : Au niveau moléculaire, la personne qui dit “Je” maintenant c’est plus du tout, ou plus beaucoup, la même que celle qui disait “Je” il y a- je ne connais pas votre âge – mais il y a 10 ans on va dire.

(Rires)

Irène: C’est gentil

MAS : Moi qui en ai 45, quand je dis Je, c’est plus du tout les mêmes molécules que celles qui ont dit “Je”. Et ça c’est vraiment intéressant, parce que c’est la même information par contre, c’est la même identité. Bon, j’ai un peu modifié ça. Et ça c’est un grand point de la biologie, c’est que la structure et l’information sont deux choses différentes. L’information génétique est une chose, la matière, un autre et l’information culturelle aussi. C’est bien d’identifier les deux. En tout cas, il faut que je remercie ceux qui ont vraiment suivi jusqu’au bout.

Tupe: Il y en a pas mal et il y en a même eu de plus en plus dans le chatroom, j’ai l’impression. Et on a donc Méal – je ne sais jamais comment on prononce son nom. C’est lui qui avait posé la question qui donc résume en disant : “Très clair et mené de main de maitre.” Et en citant un truc qu’a dit Pierre: “Je ne suis pas un expert en évolution”. Ce qui a bien marqué la Chat room aussi. Il est venu nous faire plusieurs épisodes sur l’évolution, donc ça fait rire. Tout le monde à bien compris je crois.

PK: Ok. Donc si il n y a pas de question, moi j’avais juste une chose parce que c’est quelque chose qui revient souvent sur podcast science. C’est des conseils de lecture ou de visionnage. Est-ce que vous avez des livres que vous conseillez? Vous avez le droit de citer les vôtres.

MAS : Alors, sur le sexe et l’évolution… moi j’avais écrit un chapitre, mais il y a plein d’autres chapitres qui valent la peine, il y a eu « origines du sexe » sous la direction de Pierre Henry Bouillon, aux éditions Fayard, je crois. Sur la symbiose, j’ai écrit un bouquin. C’est un bouquin de cours. C’est paru en 2000 chez Vuibert, mais les dernières éditions on a mis à jour des choses. J’ai un site web qu’on trouve facilement en tapant mon nom et muséum d’histoire naturel : Isyeb : I. S. Y. E. B. : Institut de systématique et évolution de la biologie. C’est le site web du labo et si on cherche un peu il y a toutes les listes des publications scientifiques. Alors là, ce n’est pas à mettre dans toutes les mains. Et puis toutes les listes de publications de vulgarisation et il y a des PDF en général au bout. Et donc il est possible d’aller bouquiner des compléments la dessus. D’ailleurs sur la chimérisation, sur tous les mécanismes qui font des chimères, il y avait quelque chose qui était paru dans “Pour la Science” en février 2011 qui s’appelait “L’évolution par fusion”. On pourrait dire par chimère à la suite de cette émission. Sinon sur l’évolution, moi j’aime bien – il y a pas trop de symbiose dedans – le bouquin de Patrice David et Sarah Samadi. Il est bien.

PK: Je ne le connais pas celui-là.

MAS : C’est un peu narratif, ça se lit bien. Des pistes biblio dans quels domaines encore?

Tupe: C’est “La théorie de l’évolution, une logique pour la biologie” par hasard? Patrice David et Sarah Samadi.

MAS: Tout à fait, bien trouvé.

PK : C’est pratique.

MAS. Il y a un bouquin plus compliqué qui est paru chez De Boeck C’est un gros bouquin C’est “L’évolution biologique ” je crois. Moi, j’ai participé à un chapitre justement sur l’évolution et symbiose. Ça c’est plus costaud mais alors si vous voulez vraiment mettre les doigts dans le cambouis de l’histoire: “L’évolution biologique” chez De Boeck. C’est un ouvrage collectif, dont on est en train e faire la deuxième Edition et la, notamment, il y a des choses sur évolution et interaction et notamment le chapitre qu’on a écrit avec quelques collègues sur l’évolution et interaction parasitaires et mutualistes. Voilà. Aujourd’hui sur internet, en tapant les mots clé de tout ce que l’on a dit, on trouve quand même beaucoup de choses.

Robin : Justement tu avais noté d’autres liens, plus “blog” Pierre?

PK : Oui, ça je pensais le mettre dans le dossier justement ou la retranscription. Ça c’est des choses dont nous avons discutés et j’avais mis ça sur l’annonce de cette émission. Notamment Alan avait déjà fait un dossier sur l’ADN mitochondrial on retrouve cette thématique dans un billet de science étonnante et muséum du havre. Mais, sinon, moi j’avais fait des dossiers sur l’arbre du vivant, qui finalement, est une représentation très très…

MAS : … Pratique mais qui a ses limites

PK: J’ai fait trois épisodes dessus quand même.

MAS : Non mais il y a quelque chose derrière.

PK : Bien sûr

MAS : Seulement ce n’est pas tout le réel, c’est une partie du réel.

PK : J’imagine, sinon je serai au chômage déjà. Et ce dossier aussi, où je parlais de la question de l’évolution : L’évolution est elle une science, où au final on parlait beaucoup plus du mécanisme de l’évolution qu’on associe essentiellement à la sélection naturelle mais qui en fait n’est pas que ça.

MAS : Alors, sur les microbes, j’y pense, puisque je suis convoqué soit comme acteur de certaines séquences ou comme directeur scientifique, j’ai eu la chance de participer à un projet d’Arte. Il Faut guetter, il va y avoir plusieurs documentaires sur les microbes, notamment les microbes du sol. Et il y en a un qui est en cours de montage sur comment les bactéries dominent le monde, qui raconte des choses liées à la symbiose naturellement. Il est en cours de montage par Vincent Gaullier, et c’est pas mal foutu je trouve.

PK : Super, donc ça, ça passera sur Arte dans un futur proche, pas très proche?

MAS : Sous un an. Et ensuite ça tournera dans les festivals du film scientifique, auquel j’exhorte tous les auditeurs à aller, parce qu’il y a vraiment des choses extraordinaires. Moi j’ai découvert des choses fabuleuses.

PK : Paris Science c’est ça?

MAS : Paris Science c’est à Paris, mais là je vais présenter un film sur les champignons qui s’appelle “Super Fungi” à Oullins, le 23. C’est un festival de film scientifique aussi, le 23 novembre.

PK : D’accord.

MAS : D’ailleurs s’il y a des gens qui veulent venir ils sont les bienvenus. Il y a vraiment des gens qui font des documentaires et qui sont capable de rendre vivante la science par l’image qui, moi, me sidère.

PK : Et pourtant, c’est un challenge de le faire sur ces thématique-là. Mais on se débrouille pas mal en France, notamment avec le documentaire assez connu “Espèce d’espèce” qui nous a permis d’appréhender de manière assez originale et unique la thématique des relations et de l’arbre du vivant

MAS : Il semblerait que quand l’État a les moyens de mettre de l’argent quelque part ça peut soutenir le développement culturel.

PK : Je pense qu’il y a aussi des passionnés.

Robin : Alan tu reprends la parole?

Alan : Oui, je me demandais juste, Marc André si on pouvait vous retrouver sur Twitter ou sur les réseaux sociaux

(Rires)

MAS : Non, mais je peux vous donner les coordonnes de ma compagne si vous voulez. Je ne suis pas branché du tout. Je réponds au mail à toute heure mais c’est tout ce que je fais. Ce n’est pas une raison, pour m’envoyer trop de mail non plus. Je suis désolé mais je n’ai rien à vous proposer.

Alan: Ok

MAS : Mais je suis content que vous m’ayez donné l’occasion d’y accéder peu ou prou.

Alan : Donc si les auditeurs ont des questions à vous poser c’est éventuellement par mail, à condition de pas vous bombarder

MAS : Volontiers

PK : On peut faire zone tampon sinon. On récupèrera.

Robin : En général c’est ce que l’on fait. Vous pouvez nous envoyer la question et on fera suivre. En bloc, comme ça, ça ne fait qu’un seul mail.

MAS : Volontiers, je ne refuse pas de répondre, au contraire, ça fait partie de mon métier

Alan : Excellent. Eh bien, un immense merci, j’ai vraiment appris plein de choses. J’ai vraiment été fasciné par ce qui a été dit ce soir. Je vais réécouter l’émission je crois.

MAS : Merci encore pour votre accueil, c’était sympa.

Podcast Science 207 – Les groupes

Il y a deux types de personnes, ceux qui classent les gens dans des groupes et les autres. Les mathématiciens font parti de cette première personne et ce soir Robin nous présente ces merveilleux objets. Nous sommes le 24 février 2015 et vous êtes dans l’épisode 207, bienvenue!

Le dossier de la semaine

» Les groupes par Robin
Version écrite à venir, sisi on vous assure…

Les images de la soirée

 

La quote de la semaine

 

Plugs et liens évoqués

Le 21 mars, a lieu la première édition de Lyon Science, Alan, Nico et Julie seront présents mais vous retrouverez aussi David Loureiro, Pierre Kerner et un tas de blogueurs. 2h d’interventions sur divers sujets. Pour plus d’informations vous pouvez suivre @LyonScience sur twitter, vous inscrire sur l’event FB, visiter le site http://www.lyon-science.fr/bienvenue-lyon-science-2015/ et d’ici là, on vous tient au courant !

La prochaine fois

Mardi 3 mars 2015

Freestyle en compagnie d’Alex Brown, notre nouvelle taupe du CERN. Alex nous parlera du CERN, du projet S’Cool Lab – dans lequel il est impliqué -, de sa thèse et de science dans la joie.

Nous aurons ensuite, comme d’hab, un nouveau quiz, la rubrique fail de Robin, un blog audio et bien sûr, un tas de courriers des lecteurs !

 

 

La Chatroom

Podcast Science 206 – L’histoire du sang, partie 2 – Le sang contaminé

La première partie de l’épisode sur l’histoire de la transfusion sanguine par Irène se trouve juste ici.

 

Dans le genre idée étrange qui est devenue commune, celle de transferer le sang d’une personne dans une autre est particulièrement bien placée. Ce soir nous allons voir comment ce genre de choses se sont mises en place et quelles erreurs ont pu être faites.

Le dossier de la semaine

» L’histoire du sang, partie 2 : Le sang contaminé
Le dossier d’Irène

Les images de la soirée

La quote de la semaine

 

“Les idées funestes sont, par leur nature, des poisons qui d’abord font à peine sentir leur mauvais goût, mais qui, dès qu’ils commencent à agir sur le sang, brûlent comme des mines de soufre”, W. Shakespeare

Plugs et liens évoqués

La prochaine fois

Mardi 24 février, avec Robin
Ils sont partout. De la géométrie aux nombres, des matelas aux jeux de cartes, dans les équations, les modèles physiques, au cœur de la cristallographie.
Ils peuvent être fondamentaux, cycliques, hyperboliques, abéliens, de permutation, finis, de Lie, de symétrie, de Galois, simples ou encore monstres, et émerveillent les mathématiciens depuis 150 ans.
La vie sans eux, ainsi que leurs petits frères et sœurs : algèbre, corps, anneaux, idéaux, n’aurait aucun sens. (Bon, j’arrête, je m’emballe)
La semaine prochaine, venez découvrir les groupes !

 

 

La Chatroom

Quatorze: Yo
NicoTupe: yo
NicoTupe: XIV?
GPif: Bon sang de bonsoir 🙂
Quatorze: oui @nicotupe
GPif: Non pas trop
GPif: Si quand même Julie est plus forte
bob_kayak: pas tout à fait. julie est beaucoup plus haut
Pascal: Bonour tout le monde
bob_kayak: bonsoir
Mobidic: hellow.
Mobidic: Pour le son, je dirais que Julie est normale et que les autres sont inaudibles.
Quatorze: Je me suis dit que ce serait plus facile à lire
GPif: Nico est à gauche et Julie à droite
Pascal: tiens, je tourne mon casque
GPif: C’est très bizard avec le casque 🙂
Pascal: on a perdu nico
Quatorze: ah, mais je comprenais rien à votre conversation, mais en fait ça va beaucoup mieux quand je mets le son
GPif: On entend Julie
GPif: On entend Nico mais plus Julie
Pascal: julie est faible
GPif: Ah si on l’entend
Quatorze: oui et au même niveau
bob_kayak: oui
Pascal: ben faut parler
GPif: si mais la Julie est plus faible
Pascal: c’est pas mal mais julie est un peu fort
GPif: ??
bob_kayak: moi je trouve ça bien
GPif: C’est bien la
Pascal: c’est pas mal
Quatorze: Julie ça depend parfois elle est plus forte et parfois ça va
Pascal: julie un poil plus fort
Mobidic: c’est pas Julie qui casse les oreilles ! c’est Nico qui marmonne !
Pascal: et un poil saturé
Quatorze: tain, pour une fois que ce chat fonctionne, je vais devoir quitter !
Taupo: ON VEUT L’EPISODE D’E-PENSER
Mobidic: ^^
Taupo: SINON CA VA SAIGNER
Pascal: @taupo naaannnn!!!!
Pascal: je ne m’en suis pas remis
Mobidic: oui ça semble bien
Taupo: pfff
Quatorze: Comment vous changez votre photo ?
Taupo: t’es encore saturé tupe
Pascal: non
Quatorze: non moi ça va
Pascal: ca va chez moi
GPif: Chez moi c’est bon aussi
Taupo: Je trouve que c’est un peu fort les basses
Pascal: ca oui, peut etre pour les basses
Taupo: non mais c’est peut être la voix de tupe en fait
Pascal: mais ce n’est pas un drame
Quatorze: Moi j’ai Julie > Irène > Nicotupe
Taupo: It’s all about that basse
irene: Hello everybody!
Taupo: hello
Pascal: salut irene
Pascal: du silence
Taupo: Ben parle du coup, sinon
GPif: Chante nous une chanson :p
Taupo: Une chanson!
Taupo: ben tous ensemble
GPif: Tous en canon
Taupo: du coup
Taupo: pas de jaloux
Taupo: Nabilla elle chanterait quoi?
Pascal: @nicotupe infomaniak n’a pa de fonction enregistrement?
Quatorze: Moi j’utilise Evaer, vous connaissez ?
Taupo: hey mais j’ai pas le temps de lire le dossier!
puyo: Hey, bonsoir à tous !
puyo: Sang-té et bonne humeur !
irene: Salut Puyo!
puyo: Sang rire, bon sang ! Bonsoir @irene !
Taupo: mon sang n’a fait qu’un tour!
GPif: Hello
Julien: Bonsoir tlm 🙂
irene: salut gpif!
Taupo: Et oui, bon sang ne saurait mentir
Quatorze: Ils vont mettre la chatroom sang dessus dessous
Taupo: j’ai le sang chaud oui
Quatorze: ça ce sang
puyo: J’ai le sang-timent que ce sera un excellent dossier !
GPif: ça se sang que c’est toi!
Quatorze: Bon, allez, on commence sang transition !
irene: faut que j’arrête de rire
Taupo: Moi je sang que cet épisode, je l’hème déjà!
irene: ouah, cool je l’hème déjà, trop fort
Pascal: @nicotupe @julie Alan l’a cropé
Pascal: (l’enregistrement)
Taupo: c’est la chmode il parait
Stéphanie: Bonsoir !
Taupo: on entend pas TUPE!
Taupo: HURLE TUPE
Julien: +1
GPif: @Nicotup, on t’entend plus 🙂
puyo: Aaaaaah !
Taupo: boh arrete de sangloter!
Quatorze: On parle du dossier sur Turing ?
Taupo: Allez, on se sangle, et on y va!
puyo: Un dossier de valeur, en sang-time ou en prix de glo-bulles !
Taupo: tout le monde est bien sanglier?
lljm: Bonsoir, à tous
puyo: Bonsoir !
Pascal: par contre le jingle…
Taupo: Quelle intro!
Taupo: Bravo!
puyo: Quelle efficacité !
Quatorze: “Nous allons être partit” ?
ElJj: B’soir
puyo: Hey hey, salut @ElJj !
Taupo: 2 sang 6
puyo: ^^
Taupo: hahahahahahahahahahahahahha
GPif: @Quatorze c’est la quote de l’épisode
Taupo: non mais comme la voiture en fait
puyo: Il ne faut pas en faire tout un plat-sma
Taupo: Episode http://www.digicars.eu/fiche_technique_automobile/wp-content/uploads/2011/01/peugeot-206.jpg
lljm: cent oeuf ?!?
Quatorze: Sang ta barbara ?
Quatorze: non
Pascal: @taupo ???
Stéphanie: Quand je pense que je connais Inti depuis… plus de 10 ans
Taupo: Episode 206
Pascal: ok, tu fait ton eljj
Taupo: préparez les sanglots!
ElJj: :p
Taupo: hello @ElJj
lljm: ouaip, on va pas sang-nuier
Quatorze: Y’aura un award du meilleur jeu de mot pourri ?
lljm: sang blague
GPif: podcast-sang-ce
Stéphanie: Ben ce matin j’ai eu un gros fou rire en écoutant le podcast sur la mort…
puyo: ^^
Taupo: c’est de la sangsue-re
Pascal: @quatorze non, vaut mieux pas, il y a trop de concurence
Quatorze: dommage
lljm: si la croix rouge et les dont du sang
julie: et finalement nico a résolu le problème de différence de niveaux ?
Taupo: je crois oui
Uupsilone: 😉
lljm: il a fait une transfusion ?
Quatorze: D’ailleurs, si vous êtes atteint de Spondylarthrite ankylosante, on va lancer une campagne de don du sang de patient
GPif: @Quatorze tu pique le sang des patients??????
Stéphanie: Quand je pense que je le donne pour une gaufre et un café
cyberkeak: non en france le sang des dons est vendu au labo phrmaceutique
GPif: En même temps pour Charly Chaplein dur de se défendre sang parler
Taupo: c’est ballot
Taupo: tiens salut @Alan du fond du salon
Quatorze: @Gpif C’est pas des patients hospitalisés
Taupo: t’es hématophobe?
Uupsilone: Pourquoi garder le sang du cordon ombilical du bébé?
Stéphanie: contient des cellules souches
Taupo: http://resources.wimpmusic.com/images/0a32ca7a/ea5e/4b2f/acf1/ac94259e5097/1280×1280.jpg
Quatorze: Je sais pas d’où elle vient cette photo
Taupo: globules rouge sur le bout d’une aiguille en MEB
Quatorze: il n’y a que des globules rouge et je sais pas si c’est normal ou pas
Taupo: Couverture de l’album de Peter Gabriel
Taupo: http://en.wikipedia.org/wiki/Live_Blood
lljm: Hé Hé Iréne est sang pour sang claire , un A+ sans résus pour le dossier !!
GPif: @ps on en sait un peu sur la gestion des dons du sang en chine?
Taupo: C’est sanglant!
Quatorze: arf je dois y aller
Taupo: Je vous les mets où vos 15 tonnes de placenta?
GPif: Ils en faisait quoi? 😀
GPif: Un barbecue?
lljm: des créme de soins
Taupo: je crois des ballons de foot
Taupo: ou des gourdes
Alan du fond du salon: Salut @taupo, salut tout le monde. Plus de batteries dans mon clavier sans fil. Vais pas causer. Tschuss les amis, bonne émission 🙂
cyberkeak: Facteur VIII
julie: @Alan du fond du salon salut 🙂
cyberkeak: Facteur de coagulation !!
cyberkeak: salut
ElJj: On en a vu des mauvaises excuses, mais “mon clavier n’a plus de batterie”, c’est pas banal…
lljm: un pace-maker pour le clavier d’Alan svp
Pascal: c’est pour concurrencer Irène?
Taupo: il installe un clavier au brésil?
Taupo: mais il s’est pété les 2 poignets au skate…
Pascal: pas pratique pour utiliser un clavier ca…
lljm: et le mode vocal …lol
GPif: C’est le clan des vampires en fait :p
Taupo: Certains s’injectaient du v8 en desespoir: http://www.les-calories.com/IMG/dXg0.jpg
Taupo: ça ne marchait pas
Pascal: pourtant, ca a l’air plein de vitamine
Taupo: souillé?
Pascal: comme le sang
Taupo: roh la blague
David Loureiro: coucou
Taupo: godzilla?
Pascal: Salut David
David Loureiro: salut Pascal
GPif: Salut
Taupo: bon j’y go
David Loureiro: hello GPif
David Loureiro: ciao @Taupo
Taupo: Je compte sur vous pour continuer les calembours sur le sang!
GPif: Sang faute
GPif: C’était il y a à peine plus de 30 ans …
Stéphanie: Comme le dessine très bien Beatrice the Biologist : http://www.beatricebiologist.com/wp-content/uploads/2013/10/germtheory.png
GPif: Oui mais ton micro frote un peu
Stéphanie: Vi
GPif: @Puyo très bon 🙂
puyo: Héhé, merci !
bakalegum: (bonjour a tous)
puyo: Oooh, Nico a repris du service !
julie: yeah @NicoTupe !
bakalegum: (je suis ému c ‘ets la premiere fois que je suis dispo pour venir ecouter en live:p )
julie: et @puyo bien sûr 😉
GPif: Ah bein si c’est un artiste, ça expliquet tout :p
puyo: Héhé !
David Loureiro: @ps gallo il est pas impliqué dans les conflit NIH/Institut Pasteur dans l’histoire du dépistage du sans et du sang contaminé? (Z’en avez peut-être déjà parlé ptete …)
Pascal: @bakalegum bienvenu a toi alors!
GPif: @David attend ça va venir 🙂
David Loureiro: @bakalegum dépucelage auditif !
David Loureiro: ok je ->
David Loureiro: @GPif c’est ce que je me souviens du traitement de l’affaire par Pracontal mais c’est juste pour être sûr
GPif: Non, le choque c’est de lire le nombre de connerie écit dans chat pendant qu’Irène fait le dossier ^^
bakalegum: :p
David Loureiro: dépistage du sida au monsieur propre (détergent) ?
Pascal: @gpif ce n’est pas specifique aux dossiers d’Irène…
David Loureiro: l’abi ne fait pas le moine ?
David Loureiro: un peu nul mais bon
David Loureiro: je me chauffe
David Loureiro: c’est chaud la suisse
David Loureiro: si tu n’as pas la vignette tu peux pas l’autoroute non plus
David Loureiro: t’es obligé de payé
David Loureiro: puis si le livreur il a pas l’argent ben tu peux pas quoi
David Loureiro: le sang qui circule dans les prisons : le traffic je te jure …
David Loureiro: c’est quel homme célèbre qui est mort de pneumonie alors que sa femme lui balançait des bassines d’eau froide dans la gueule pour le soigner ?
David Loureiro: boh alors la chatroom c’est calme ce soir 🙂
Pascal: arf, je ne sais plus
GPif: C’est pas un mathématicien?
David Loureiro: @Pascal c’était ElJj qui en avait parlé sur son blog
GPif: Genre Gauss
David Loureiro: me souviens plus
Pascal: godel peut-etre
David Loureiro: il a vu venir l’épidémie avec ses gros sabots
ElJj: Mmm…
David Loureiro: george boole
ElJj: George boole !
David Loureiro: merci la recherche sur le blog de ElJj
David Loureiro: 🙂
ElJj: Zut, pas assez rapide
ElJj: :p
puyo: Héhé !
David Loureiro: les machines vont tous nous bouffer je vous dis
David Loureiro: et puis là plus de problème de sang hein
Stéphanie:
GPif: @David tu rejoins la ligne d’Elon Musk Steven Hawkins et Bill Gates? 🙂
David Loureiro: @GPif et john connor l’oublie pas
David Loureiro: le mec est visionnaire
David Loureiro: il raconte tout sur son compte instagram
GPif: Plus de son
ElJj: Bon, pour me rattrapper : si 5 coureurs cyclistes font une course et que au moins l’un d’entre eux est éliminé (pour cause de faux départ, de dopage ou autre), il y aura *206* classements finaux possibles.
David Loureiro: genre les photos où il est poursuivi les terminator tout ça
Pascal: @gpif ca doit etre chez toi
GPif: Et oui John Connor
GPif: Ah oui c’est chez moi
David Loureiro: @GPif comme @Pascal moi j’ai pas non plus de pb avec le son
David Loureiro: @ElJj et sinon les propriétés de 206 ?
David Loureiro: en dehors de la célèbre pijou ?
Pascal: @eljj il y a une difference avec 4 coureurs?
GPif: Et pas la peine de parler de la voiture hein, c’est déjà fait :p
ElJj: avec 4 coureurs, il n’y aurait que 41 classements possibles
Pascal: @eljj oubli ma question
David Loureiro: @ElJj c’est un complot des profs de maths pour nous faire croire n’importe quoi
David Loureiro: comme avec la trigonométrie
Pascal: 2s de reflexion et je la trouve bete…
David Loureiro: @ps garetta et beretta : le fait que ça finisse pareil, coincidence ? Je ne crois pas #LesComplotsAurontNotrePeau
ElJj: il y a aussi le fait que 206 est un nombre cyclope, mais c’est moins intéressant
Pascal: et c’est quoi un nombre cyclope?
ElJj: a ton avis ? 🙂
David Loureiro: un nombre qui a du mal a évaluer les distances ?
bakalegum: Avec un zero au milieu 🙂
bakalegum: ?
ElJj: @bakalegum yep !
David Loureiro: un nombre qui a les cheveux violets comme Leela ?
David Loureiro: ah mince 🙁
David Loureiro: j’y croyais moi
Pascal: effectivmeent, c’est decevent
GPif: Un nombre qui confond les moutons et les humains
puyo: Mais.. un nombre avec deux zéros au milieu serait un nombre lunettes ?
GPif: lol
puyo: (et négatif pour la monture ?)
David Loureiro: @puyo et remboursé par la mutuelle tu crois ?
Pascal: les nombre cyclope ont forcement un nombre impair de chiffres?
puyo: @David oh, pour sûr ! Mais..peut-être pas très bien !
ElJj: @Pascal ouaip, et pas d’autre 0 que le 0 central
ElJj: Par contre, pas de trace de nombre myope dans l’OEIS, c’est à inventer !
David Loureiro: @ElJj j’arrive même pas à voir ce que ça pourrait être 😀
GPif: Et les nombres presbytes?
ElJj: @puyo mais tu peux toujours proposer à l’OEIS la suite des nombres à lunettes qui serait 1001, 1002, 1003, 1004, 1005, 1006, …, je suis sûr qu’elle serait acceptée
David Loureiro: @puyo : inventeur des nombres à lunettes
puyo: @ElJj Hourra ! Je règle le problème des montures, et je propose ça ! Merveilleuse idée !
David Loureiro: classse
ElJj: https://oeis.org/Submit.html
David Loureiro: punaise tu vas pouvoir te la pêter maintenant 🙂
GPif: L’homme à la papaye
David Loureiro: quand tu seras devenu célèbre grâce à ça tu viendras encore nous faire des dessins stp ?
puyo: @David Loureiro Mais bien entendu.. Et ce sera avec des stylos en or (nombre d’Or ?)
David Loureiro: @puyo tout au montblanc
NicoTupe: bon puyo tu l’as soumit ou je le fais?
David Loureiro: @Julie d’accord avec toi à sans pour sang
GPif: Vite Puyo dépèche toi :p
David Loureiro: @puyo NE TE FAIT PAS PIQUER LA GLOIRE QUI TE REVIENT !
puyo: @David Loureiro Pour l’instant je me contente de crèmes du même nom.
David Loureiro: @Nicotupe en même temps vas-y
puyo: @Nico Allez, je te laisse l’honneur !
David Loureiro: @Nicotupe ce ne sera qu’un nouvel exemple de la loi de machin-bidule
David Loureiro: 🙂
NicoTupe: Ah non c’est ton idée, mais fais le
NicoTupe: tu vas avoir un PS award pour ça
NicoTupe: et un article sur le blog de Eljj
Pascal: Sinon on le fait pour toi!
NicoTupe: la consécration
David Loureiro: @puyo /o/@puyo \o\
GPif: et tu aura même le droit à un dessin de Puyo, … ah merde
David Loureiro: sinon vous avez vu y’ara spiderman dans le prochain avenger
David Loureiro: bon ça n’a rien à voir hein
GPif: @David ça ratrappera les deux dernies filmes
ElJj: Spiderman est cyclope ? J’arrive plus à suivre, là…
Pascal: ben non cyclope, c’est dans X-Men
David Loureiro: @GPif et la fox veut rebooter (encore et encore) la franchise spiderman
Pascal: je dirais un probleme d’alim alors
David Loureiro: @Pascal et soit-disant il devrait y avoir un crossover x-men/4F
puyo: Aieaieaie, j’arrive plus à dessiner et suivre le chat, bigre
GPif: Alors dessine :p J’ai choisi pour toi 😀
GPif: @ps Putain la vache … et ils sont en taule ces mecs?
David Loureiro: sinon vous connaissez Jean-Troll Van-Damme ? -> http://www.tuxboard.com/jean-troll-van-damme/
David Loureiro: par rapport aux X-Men : Magneto-Cat http://www.tuxboard.com/magneto-x-men/
GPif: @Puyo bein voila t’as bien fait de ne pas suivre le chat 🙂
Pascal: je plussoi!
pascale_B: hello !
puyo: héhé, ah, tout ce rouge !
GPif: Hello
puyo: B’soir !
David Loureiro: hello @pascale_B
David Loureiro: les ravages du sang contaminé : les pires selfies
David Loureiro: http://www.tuxboard.com/personnes-entrain-de-faire-les-pires-selfies/
David Loureiro: ou pas ..
David Loureiro: juste de la connerie humaine
David Loureiro: ils s’envoyaient que des textos …
GPif: lol
GPif: Ouch
lljm: VAMPIRE cherche tampax pour infusion du soir ! non contaminé svpé
GPif: C’est Dallas x House of Card x l’arme fatal cette histoire
David Loureiro: @lljm quel parfum ? A ? O ? AB ?
David Loureiro: il ne faudrait pas risquer un problème
David Loureiro: punaise ils font comment les vampires pour ce genre de problème ?
lljm: 😉
David Loureiro: putain la galère si il faut vérifier à chaque fois
David Loureiro: genre : bonjour, je peux voir votre carte de donneur svp ?
Pascal: @lljm pour ceux qui regarde Orange is the new black, il y a aussi un sandwich sympa…
lljm: se sont eux qui pocéde les loba pharm ca explique tout lol
David Loureiro: @Pascal à base de tampax ?
Pascal: oui
lljm: labo ..
David Loureiro: ah ok
David Loureiro: @lljm il doit y avoir un complot nazi-ovni-vampire qui gère le monde
David Loureiro: sinon trop de choses sont normales
lljm: mdr
GPif: C’est les réptilien franc maçon
David Loureiro: et ça c’est pas normal
lljm: sinon ils vont nous l’inventer;;; et ceux de gauche alors !!
David Loureiro: les dinosaures partouzeurs de droite aussi
David Loureiro: comme pour le meurtre de georges abitbol
GPif: Je hais les dinosaure partouzeur de droite, mélanger comme ça sexe et politique …
David Loureiro: l’homme le plus classe du monde
lljm: evolutionniste, et ceux de gauche alors…
David Loureiro: punaise @lljm je vois tout le temps écrit llvm (saleté de déformation professionnelle)
David Loureiro: tu compiles des trucs des fois quand même ?
David Loureiro: où c’est fortuit ?
lljm: fort oui !
GPif: Clap clap
GPif: Super Dossier
David Loureiro: @irene super dossier !!!
puyo: Ah là là, quelle histoire !
David Loureiro: awesome to the max
lljm: ouaip encore un que je réécouterai au clame !
David Loureiro: dans le bouquin de pracontal il ne fait qu’effleurer le sujet
lljm: calme
Pascal: @david loureiro il insiste surtout le depistage
David Loureiro: @Pascal ouais mais il parle pas pas du japon par exemple
Pascal: il faut dire que ce n’est pas le sujet du livre
David Loureiro: @Julie y’a beaucoup de conneries dans ce que je dis, il faut pas toujours tout répéter 😉
David Loureiro: mais merci 😀
David Loureiro: @Pascal yep c’est sûr
Alan sur canapé (sur tél): @ps super dossier, bravo @irene !
David Loureiro: ce n’était que pour redire que le dossier était top
Alan sur canapé (sur tél): une question !
David Loureiro: et vachement complet
David Loureiro: @Alan une question ?
GPif: Oui super complet et passionnant, j’ai vaguement entendu parlé de cette histoire, mais je pensais pas que c’était à ce point
Alan sur canapé (sur tél): @Irene sur l’interdiction du don du sang par les homos…
David Loureiro: c’est vrai que ça serait itnéressant de savoir où ça en est aujourd’hui
Alan sur canapé (sur tél): tj scientifiquement justifiée?
David Loureiro: comme les portables dans les avions ?
ElJj: et est-ce seulement en France ou partout ?
David Loureiro: ok je sors ->
Alan sur canapé (sur tél): à peu près partout à ma connaissance
Alan sur canapé (sur tél): @Irene si!
GPif: J’ai souvenir du questionnaire du don du sang ou on te demande ton orientation je crois
lljm: faire de l’argent avec le sang, …. je n’imaginai pas que ‘certain égo n’ont même pas voulu voir les risques de ce qu’ils faisaient au transfusés !!!
David Loureiro: ça empêche pas le don peut-être mais ça empêche peut-être l’utilisation du sang lui-même
Alan sur canapé (sur tél): @irene aux US non plus
lljm: on entend pas !!
David Loureiro: @Nicotupe sort de ta cuisine ! 🙂
GPif: http://www.dondusang.net/content/medias/media1839_BujXUnLYlmLVXjT.pdf?finalFileName=Questionnaire_pr%C3%A9-don_pour_la_m%C3%A9tropole.pdf
GPif: dernière page :”Si vous avez eu des relations sexuelles entre hommes.”
Pascal: et l’interdiction de don 30 ans apres une transfusion?
David Loureiro: genre il y a aussi une question sur la gastro
David Loureiro: …
cyberkeak: Moi je ne peux pas donner mon sang parce que j’ai deja eu le palu
GPif: Oui parceque le palu c’est comme l’herpes tu l’as à vie
GPif: Les envahisseurs !!!
David Loureiro: les groupes !
puyo: @Julie Je prépare une illu (je ne sais pas si ce sera bon pour la newsletter)
lljm: alors ave alzheimer on donne plus …
julie: euh oui oui
julie: 🙂
julie: et pour la home aussi
julie: 🙂
puyo: Impecc, je m’en occupe en ce moment même ! (ça roule !)
Stéphanie: ouh je sens que je vais aimer
julie: cool merci @puyo !
ElJj: J’attends ça avec impatience !
David Loureiro: avec des démos ?
puyo: Je suis impatient d’en savoir plus sur les groupes MONSTRES !
lljm: le retour de matheu j’aime…
David Loureiro: @puyo le livre que robin ne lira jamais : la symétrie au clair de lune en parle 🙂
puyo: Il faut voir, avec un achat groupé ! 😀
GPif: Est ceque ça parle de Groupon?
GPif: Oula y a un double sens la
ElJj: @puyo la théorie du groupe monstre regorge de théorème avec des super nom, comme le “monstrous moonshine theorem” !
David Loureiro: chuis en zone dégroupée ça marchera pas
Alan sur canapé (sur tél): Dangerous conceits are in their natures poisons Which at the first are scarce found to distaste, But with a little act upon the blood Burn like the mines of sulfur.
irene: Thanks Alan!
Alan sur canapé (sur tél): (Othello)
Alan sur canapé (sur tél): my pleasure
Alan sur canapé (sur tél): tu nous la refais en anglais? 😉
David Loureiro: le papa de nutella
puyo: @ElJj oh, quelle classe !
Cap DeBurro: Ravi d’avoir écouté ce nouveau dossier sur Interstellar 😉
GPif: Il est mort!!
David Loureiro: othello nutella toussa
David Loureiro: yeah vous déchirez les amis de @ps
Stéphanie: aaaaah 🙂
puyo: Othello est mort ?
lljm: d’une transfusion ???????
Alan sur canapé (sur tél): encore un coup de Iago
GPif: http://fr.euronews.com/2015/02/16/le-pere-du-nutella-michele-ferrero-tire-sa-reverance/
puyo: Fichtre !
irene: il a mangé trop de nutella, si c’est possible…
David Loureiro: @ps d’ailleurs vous me direz pour les histoires de couchage
David Loureiro: si besoin
julie: @Daivd Loureiro tu proposes quoi 😀 ?
lljm: il est loin un porte voix svp
David Loureiro: j’ai un peu de place chez moi
GPif: Oula, oula, tu vas avoir des problème à dire de ne pas donner son sang 🙂
ElJj: En fait, c’est le fils du père du Nutella qui est mort ! Du coup, c’est le demi-frère du Nutella qui est mort.
David Loureiro: 1 lit deux place
David Loureiro: un canap
David Loureiro: ptete un autre canap encore (mais pour les gens plus petit
lljm: alors c’es tella ❗
David Loureiro: et si mes gosses sont pas là
David Loureiro: 2 chambres en plus
David Loureiro: ‘fin vous me direz quoi
David Loureiro: @Nicotupe il a des dossiers aussi 🙂
David Loureiro: au cas où
David Loureiro: pour faire pression
Alan du fond du salon: @Julie, t’as besoin d’un coup de main pour passer la consigne “dimanche 16 heures” ?
lljm: bonsoir a tous, et encore merci Irene pour le dossier
julie: @Alan du fond du salon ouais
Pascal: amy farah faller?
irene: my pleasure!
David Loureiro: @julie le dernier la saison 3
julie: je peux compter sur toi ?
Alan du fond du salon: @Nicotupe faudra vraiement que tu trouves une solution, on t’entend quasi pas sur le broadcast
GPif: The girl next door
Alan du fond du salon: @julie, avec plaisir 😉
David Loureiro: @Alan c’est un peu mieux là je trouve
David Loureiro: là c’est mieux
GPif: En fait la correctin est de se mettre prèt du micro :p
Alan du fond du salon: @Nicotupe ouais, un poil mieux quand tu cries
Pascal: mais plus julie…
Stéphanie: Ce qui me fait penser qu’il y avait don de sang au boulot cet aprem et que j’ai séché tiens
Alan du fond du salon: @nicotupe quand tu cries, c’est bien 🙂
Stéphanie: Si
Alan du fond du salon: y pas besoin de comparer, hein… On t’entend
David Loureiro: il te faut le même que celui des chanteurs sur scène pour faire la guitare toussa
GPif: @Stéphanie ç pas bien, mais bon on le dira pas hein ^^
Alan du fond du salon: arf, merde, on n’entend plus Julie
Pascal: on n’entend plus julie
Alan du fond du salon: (rappelle toi que j’ai dix sec de lag, hein)
David Loureiro: @Alan trolles quand même là
David Loureiro: là on entend plus julie par contre
David Loureiro: c’est mieux
David Loureiro: ouais
Stéphanie: nickel
Alan du fond du salon: j’aimais mieux quand on entendait plus Julie et moins Nico 😉
Stéphanie: Mouhaha
Alan du fond du salon: @tupe la mauvaise foi !!!!!
GPif: Oula
NicoTupe: @alan <3
Alan du fond du salon: maintenant vous êtes à peu près tous au mm niveau
Alan du fond du salon: good boy
NicoTupe: @alan je suis amour en ce moment
NicoTupe: en tout cas j’ai trouvé d’ou venait le problème
Alan du fond du salon: on est deux 😉
GPif: Voila le niveua est bon on peut recommencer le podcast ^^
David Loureiro: y’a des photos, y’a des photos ?
Alan du fond du salon: mais pas ensemble, heureusement 😉
Alan du fond du salon: @nicotupe quelle case ?
Stéphanie: Han les gros mots :p
Alan du fond du salon: oky, mici Tupe
Pascal: les libellés sont bizarre dans nicecast…
Alan du fond du salon: @Tupe tu fais qd mm le montage de la semaine dernière, hein ?
Alan du fond du salon: oooh 🙁
Alan du fond du salon: pov bête
Alan du fond du salon: on peut pas faire le podast et être amoureux, on dirait 😉
David Loureiro: z’en êtes où de votre course à la lecture du bouquin 🙂
Pascal: qui est en train de lire le bouquin de luminet?
David Loureiro: qui est devant ? 🙂
Alan du fond du salon: (mon ordi est en train de sonner en haut)
julie: @Pascal tous !
Pascal: 3/4 du 1er tome
puyo: Salut à tous !
GPif: Tchuss
Cap DeBurro: salut !
ElJj: Tchao
Stéphanie: Gnith !
Pascal: salut a tous
David Loureiro: bisous
El Jj: (Je fais juste un test)

 

De l’histoire du sang en médecine – Partie II : Le sang contaminé

Ce dossier a été racontée par Irène dans l’épisode #206. Il est la suite du dossier sur l’histoire de la transfusion sanguine par Irène se trouve juste ici.

De l’histoire du sang en médecine

Partie II : Le sang contaminé

Pour ceux qui ont écouté notre précédent Podcast sur l’histoire du sang en médecine, je vais continuer cette épopée grosso modo là où nous l’avions laissée, après la deuxième guerre mondiale.  Si vous avez raté cet épisode précédent, je vais quand même replacer le décor et repeindre une image globale de la situation.

Nous allons parler de la crise du sang contaminé, et à mon avis, il est indispensable de connaître la situation mondiale pour pouvoir se faire une idée de ce qu’il s’est passé avec cette crise, que l’on connaît hélas si bien en France sous le nom de « l’affaire du sang contaminé ».  Honnêtement, pour être le plus neutre possible, il faudrait pouvoir relater toute l’histoire en détails, sans oublier la psychologie des personnalités en question, le contexte politique, et pouvoir revenir en détails sur tous les compte-rendu des heures et des heures d’audience au cours des procès, revenir sur des années de compte-rendu de réunions, de commissions, de congrès où moult intervenants ont parlé, averti, et voir quand certains ont choisi d’ignorer ou de réagir.  Des personnalités politiques, des hommes d’affaires mais aussi des médecins ont fait des choix décisifs, et il faudrait éplucher toutes les conversations, toutes les publications scientifiques de l’époque, toutes les données épidémiologiques à l’échelle de la planète pour se faire une bonne idée des circonstances et expliquer les choix qui ont été faits.  C’est bien un problème mondial, tous les pays sont impliqués, et la France à l’époque avait fait le choix, pour ses besoins en produits sanguins, d’importer une partie de ceux-ci d’autres pays, notamment des USA. 

Je me suis basée sur deux livres principalement, l’un écrit par un journaliste américain, Doug Starr, et l’autre par une journaliste française, Sophie Chauveau. 

Mais revenons d’abord à la période entre les deux guerres.

Dans le monde, on a finalement abandonné (autour des années 1920) après des siècles de véritable boucherie la saignée comme pratique thérapeutique qui n’a jamais trouvé de justification en médecine sauf pour un nombre très restreint de maladies bien ciblées.

Par ailleurs, les  techniques de transfusions sont enfin, on va dire, plus humaines depuis ses débuts dans les années 1660.  Avec les progrès en médecine, en cancérologie notamment, les besoins en sang ne cessent d’augmenter et les collectes de sang s’amplifient.

Mais il est important ici d’insister sur une énorme différence entre les pays, entre leurs choix éthiques, basés évidemment sur leur culture.  La France a fait très tôt le choix que l’on peut juger très honorable et louable, de baser le système de collection du sang sur une organisation non basée sur l’argent, sans profit, où les donneurs ne sont pas payés.  On ne paye pas les gens qui donnent leur sang, le sang n’est pas un produit commercial,  et surtout on ne le revend pas pour se faire de l’argent.  Ce n’est même pas un médicament dans cette perspective.  En revanche, les USA comme on s’en doute, ne voient pas l’affaire de la même façon, et très vite des entrepreneurs bien clairvoyants mais pas forcément très regardants ont imaginé les gros profits potentiels.  Payer quelques dollars les donneurs de sang pour les attirer et puis revendre à prix d’or le sang qu’on leur soutire, c’est un marché très fructueux.  Ainsi, le sang était alors appelé l’or rouge’ et il n’est pas étonnant que les organisations de collecte de sang étaient appelées des « banques du sang »…

Etudiants, travailleurs manuels, ouvriers, et d’une façon générale tous les démunis donnaient leur sang pour de l’argent.  Le nombre de donneurs s’était accru vertigineusement pendant la grande dépression évidemment, certains donnant jusqu’à 24l de sang par an (je rappelle qu’en moyenne notre corps contient environ 5l de sang).

Le sang par ailleurs était utilisé de plus en plus pour les recherches par la police criminelle, pour les disputes de paternité, avec le cas bien célèbre de Charlie Chaplin : un avocat torve mais bien doué avait réussi à convaincre un jury de la paternité de Chaplin dans le cadre d’un procès intenté par une dame malintentionnée et ce malgré les résultats de détermination des groupe sanguins qui excluait l’apport génétique de Chaplin.

C’est aussi à cette époque qu’est apparue l’idée d’utiliser du sang de cadavres et du sang de placentas.

Difficile aussi de ne pas citer le cas en 1935 de ce docteur héroïque qui en Allemagne, devant un de ses patients qui avait urgemment besoin d’une transfusion, s’ouvrit lui-même une artère du bras pour donner son propre sang.  Hélas le docteur était juif, le malade aryen.  Le premier fut envoyé dans un camp de concentration pour 6 mois.  Le sang était alors encore considéré comme un symbole de pureté raciale… 

Je vais passer rapidement la période de la seconde guerre mondiale, pourtant riche en progrès techniques énormes.  L’utilisation des produits sanguins progresse énormément avec la mise au point du fractionnement du sang en diverses parties (plasma globules rouges, etc), les méthodes de conservation,  et l’utilisation de plasma isolé ie. sans cellule.  En 1951, aux USA, l’utilisation d’anticorps extraits du sang (ce qu’on appelle les gamma globulines) permet de prévenir la polio, jusqu’à ce que 2 ans plus tard un vaccin soit mis au point.  Et j’ai déjà cité précédemment l’utilisation de plastique pour remplacer les bouteilles de verre, qui révolutionna carrément le recueil, le transport et la conservation du précieux liquide.

Par contre je ne peux pas m’empêcher de rappeler que pendant la seconde guerre mondiale, quand les besoins en France étaient si importants mais que l’occupation par les allemands était une entrave,  l’armée française est bien allée prélever du sang en Afrique du Nord.  Quand la France avait besoin d’eux elle a bien été contente de trouver des hommes dans cette région du globe…

Une autre anecdote plus marrante, c’est aussi à cette période que les donneurs de sang réguliers à Paris menacèrent de se mettre en grève.  Ça c’est un clin d’œil pour les exilés qui voient la France de loin, avec toutes ses grèves…

Beaucoup plus sérieusement j’ai aussi relevé que c’est après la guerre, aux USA que les premiers cas de transmission de l’hépatite par du plasma déshydraté ont été observés.  Les alarmes commencent à sonner, timidement, mais les banques de sang voient avant tout leurs profits.  Et de fait, de gros scandales avec procès et drames éclatent déjà un peu partout dans le monde.  Citons par exemple le cas de Kansas City dans les années 60, avec un procès fleuve entre une entreprise de collecte de sang sans scrupule et les médecins locaux.  Ou bien le cas d’un médecin de prison lui aussi sans scrupules à Oklahoma City, qui contamina des centaines de prisonniers en grande partie à cause de sa négligence. 

Mais à l’époque, les besoins en sang et en transfusions augmentaient sans cesse, il fallait trouver les donneurs et dans les années 50 aux EU, environ 60% du sang total venait des prisons.  Citons aussi un cas au Japon, quand l’ambassadeur des US fut la victime d’un attentat (première humiliation nationale) mais qu’en plus celui-ci attrapa une hépatite suite à une transfusion de sang (deuxième humiliation nationale).  Ce fut une histoire pénible pour le pays, mais au moins après quelques années il fut interdit au Japon d’acheter et de vendre du sang.

Dans les années 60, les médecins du monde entier sont de plus en plus conscients des problèmes de contamination.  En 1970 un article dans le New York Times décrit d’ailleurs la transfusion comme une roulette russe.

Les alarmes continuent donc de résonner.  Les cas d’hépatites continuent d’augmenter, le NIH aux US (équivalent du ministère de la santé) décompte 7000 nouveaux cas par an, avec 850 morts.  Nous sommes en 1972.   

Mais les besoins en sang continuent d’escalader.  Les américains vont le chercher dans les pays pauvres (Nicaragua, Costa Rica, Salvador…) et le revendent au monde entier, y compris la France, Belgique, Hollande….  Un scandale éclate au Nicaragua.  Les conditions de prélèvement sont horrifiques, où la tuberculose, le tétanos, les gastro-entérites, la malnutrition font des ravages.  Les banques de sang , mises en place par des américains, elles, s’épanouissent, les pots de vin circulent pour leur laisser toute liberté.   Jusqu’à ce que la presse soit informée par une femme dont le fils a mystérieusement disparu après avoir donné son sang.   Le journaliste fut assassiné….  Mais après le scandale public, les centres de prélèvements dans ce pays furent finalement fermés.  En revanche, les prix augmentèrent de 12 a 15 % à cause de la chute de production.

C’est à cette époque aussi que l’Institut Mérieux, s’est mis à importer des tonnes de placenta du monde entier (15 tonnes par jour), pour en recueillir le sang.

Mais il faut absolument prendre en compte un élément essentiel qui modifie encore la donne, que l ‘on retrouve dans le monde entier, y compris la France.  Ce sont les groupes de malades atteints d’hémophilie, cette maladie qui fait que le sang des patients ne peut pas coaguler.  On connaît de mieux en mieux les causes à cette époque, et les traitements qui vont avec.  Les transfusions de sang aidaient déjà bien, mais ce n’était pas facile à gérer.  Dorénavant on sait que le mieux est de suppléer cette fameuse protéine qui manque dans le sang des patients, cette protéine que l’on appelle le FVIII (je simplifie ici, il y a plusieurs formes d’hémophilie).  Le remède est un soulagement immense pour les malades et leurs familles.  Imaginez ces petits enfants qui dès qu’ils se font une bosse, même sans hémorragie externe, voient leurs articulations se remplir de sang, avec des douleurs atroces, et des risques mortels à tout instant si le saignement est dans le cerveau.  L’utilisation de produits dérivés du sang, et le fameux Facteur VIII, est un progrès sans nom pour eux.  C’est un changement radical dans la vie des patients.   Le FVIII est vendu déshydraté, il se conserve bien et s’injecte facilement.  Alors, forcément, quand on commence à leur donner du FVIII, difficile pour ces patients de retourner en arrière, vers les transfusions de sang complet qui sont des procédures longues et lourdes à mettre en place par contraste avec une simple piqûre.  Le problème des produits dérivés du sang c’est qu’il faut énormément de sang pour les produire.  Pour arrêter un épisode hémorragique il faut l’équivalent d’un volume de sang plus important que celui du patient.  Les coûts sont énormes.  Dans les années 70, il faut compter des dizaines de milliers de francs par an et par patient.  Vers les années 70, 26% du FVIII en France vient des US, le Japon importe 98% de ses besoins.  L’Allemagne de l’Ouest en consumait plus que tous les autres pays européens réunis.  Là-bas aussi de sordides histoires de gros sous ont été documentées, entre les industriels qui importaient les dérivés sanguins et les centres de soin pour hémophiles qui les revendaient. 

Les hémophiles se regroupent en association et sont très impliqués.  En France par exemple, ils entrent dans la gestion des centres de transfusions sanguines.  C’est leur vie qui en dépend, et de façon quotidienne.  Ils constituent de vrais lobbys avec une influence importante sur les décisions des médecins, des centres de transfusion, les traitements, les instituts de recherche et de production des dérivés sanguins.  Dans les années 80, ces malades n’hésitent pas à utiliser des produits importés s’ils ne peuvent obtenir des concentrés préparés en France.

Dans les années 70-75, les discussions font rage au US pour établir un système plus sain, mais en vain.  Le principal point de discorde est de décider s’il faut payer les donneurs ou non.  Les avis sont partagés, certains médecins préfèrent l’idée de payer pour un sang présentant moins de risques de contaminations.  Finalement, en 1978, la FDA (équivalent de l’agence du médicament en France), décide de ne pas prendre partie mais d’obliger à étiqueter le sang pour préciser s’il provient de donneurs payés ou non.  En l’espace de quelques jours, le sang des donneurs payés disparut du marché, les hôpitaux n’en voulaient plus.  Notons toutefois que les industries qui fabriquaient les produits dérivés du sang continuaient, elles, de l’utiliser.  Les arrangements commerciaux sont parfois glauques, entre différent pays et industries, comme le cas de ce Docteur Keller qui voulait acheter des Globules rouge aux français (De Gaulle refusa) et qui trouva un accord avec la Suisse, l’Allemagne, la Belgique et la Hollande.  En France, c’est le docteur Soulier, alors président du Centre National de Transfusion Sanguine de Paris (le CNTS) qui mena les négociations.  Mais déjà, apparaît le nom du fameux docteur Garetta.  Pour avoir une idée de ce qui s’est passé en France, il faut savoir que à ce moment-là que le ministère de la santé a demandé au CNTS d’augmenter la production de FVIII et de diminuer les importations  (20% des besoins). En  même temps, le même ministère a ordonné à l’Institut Mérieux de fermer ses centres de prélèvements en France, avec interdiction d’y vendre ses dérivés sanguins. 

En 1982, aux US, les médecins savaient que la population des homosexuels présentait des risques accrus de certaines maladies très graves, des formes de cancers spécifiques, ou des pneumonies.  Mais en Janvier 1982 est apparu le même type de maladie chez les hémophiles, avec un taux de propagation vertigineux.  L’alarme fut donnée auprès des autorités.  Un certain docteur Evatt mérite d’être cité ici, il essaya de prévenir même les associations d’hémophiles, qui restèrent sceptiques.  Et la plupart des autorités n’étaient pas prêtes à entendre ce discours.  On ne voulait pas exclure les homosexuels des banques de données.  Les discussions encore une fois firent rage, personne n‘était d’accord, certains étant dans le déni et ne voulant pas croire que des hémophiles mourraient à cause d’un agent transmis par les dérivés sanguins.  Le directeur adjoint du labo d’études des hépatites au CDC par exemple n’en croyait pas ses oreilles devant tant de résistance bureaucratique « combien de personnes doivent-elles mourir ? 3, 6, 10 des centaines, est-ce assez ?  Donnez nous un nombre de morts suffisant pour que vous réagissiez » s’est-il écrié durant une conférence.  Le nombre de cas doublait tous les 6 mois….

Le 4 mars 1983, aux US, le ministère de la santé publia des recommandations officielles relatives au virus HIV, telles qu’éviter les rapports sexuels multiples, ou de donner son sang si l’on appartenait à un groupe à risque.  En Angleterre, les hémophiles achetaient la moitié de leur besoins en FVIII à des firmes américaines.  Les allemands aussi étaient au courant de ce qui se passait aux US, les nombres de cas déclarés de patients atteints par le VIH allaient croissants, mais nombre de docteurs continuèrent de soigner leurs malades hémophiles, avec l’excuse pourtant fausse que tout cela était une maladie localisée aux US.  Plusieurs années plus tard, un médecin admis sa surprise quand il découvrit que les trois quarts de ses patients avaient contracté le virus du sida.  Situation comparable dans d’autres pays comme la Hollande.

En juin 1983, se tient une conférence internationale sur l’hémophilie, qui a fait date dans l’histoire du sida, la conférence de Stockholm.  Au programme, bien sûr les risques liés au traitement par le FVIII.  Certains y croient.  On va enfin avoir des données claires et des résolutions efficaces.  Mais c’est un bide, les médecins sont encore trop frileux, certains ne veulent pas croire les données, parfois aveuglés par les bienfaits qu’ils apportent à leurs patients hémophiles avec le FVIII.  Au moment de voter, la décision finale est de continuer à utiliser le FVIII, car on trouve qu’il n’y a pas assez de preuves convaincantes.

Au Japon, la culture japonaise ne facilitait pas du tout la situation.  Y être handicapé c’était une disgrâce, le Japon prenait à cœur la pureté nationale et considérait volontiers le problème de la contamination comme un problème restreint aux US.  Mais un certain docteur Abe, présent à de nombreuses conférences internationales dont celle de Stockholm, qui pourtant traitait ses patients en toute dignité, qui parcourait son pays, les zones rurales isolées, pour soigner les enfants dont les articulations étaient déformées par les hémorragies internes de sang, continua à utiliser le FVIII, malgré ou à cause de la conférence de Stockholm.  Lorsque son premier patient atteint de sida décéda, Abe ne put reconnaître publiquement l’évidence, même si il admit le diagnostic d’un point de vue médical.  Le mensonge planait.  En 1984, il envoya 48 échantillons de sang au Professeur Robert Gallo, un scientifique américain spécialiste des virus, travaillant au NIH, l’équivalent du ministère de la santé aux US.  23 étaient séropositifs.  Abe ne dit rien.   Il fallut attendre 1985 pour que les autorités japonaises annoncent le premier cas de sida au Japon, et encore, il s’agissait officiellement d’un japonais revenant de New York, homosexuel non hémophile, et artiste en plus…. En 1988, Abe mentait encore et ne disait pas à ses patients qu’ils avaient contracté le virus du sida.  Il s’expliqua plus tard publiquement disant que les connaissances n’étaient pas suffisamment avancées, qu’on ne savait pas comment soigner les malades, alors il valait mieux leur mentir.

C’est à cette époque, en 1983, que les premiers tests de détection du sida apparaissent. Un chercheur de Stanford avait mis au point un test indirect que l’on utilisa beaucoup, le rapport T4/T8.  Je ne vais pas expliquer ici ce que c’est, ce n’est pas utile dans ce propos, mais il faut préciser que ce test ne détecte pas le virus, il détecte une des conséquences de l’infection par le virus.  A cause de cela, il fallut des années pour que ce test soit reconnu valide par la communauté scientifique (les résultats scientifiques de ce chercheur furent rejetés de conférences par ex), et encore plus par le milieu médical.  Il faut quand même reconnaître qu’aux US certaines banques de données se sont alarmées.  Devant l’évidence de la contamination de certains patients, certaines ont détruit leurs stocks, mais pas d’annonce publique, pas de mesure publique….

A noter aussi les efforts pour stériliser les produits issus du sang.  Un chercheur aux US trouva la solution (Edward Shanbrom), en utilisant la chaleur, la pasteurisation donc.  Il fut absolument ignoré.  Il trouva aussi un  moyen pour décontaminer le sang du virus de l’hépatite, par un traitement avec des détergents.  Il fut là encore ignoré.  Dommage, car cette technique devait très probablement fonctionner sur le virus du sida.  Il faut attendre 1984 pour que la technique de pasteurisation soit reconnue et acceptée pour nettoyer les produits sanguins de l’hépatite.   Mais on ne savait pas si cela était efficace sur le virus du sida, car on ne l’avait pas encore isolé, ce virus.  Du coup, même les associations d’hémophiles étaient hésitantes à recommander ces produits. 

En 1983, le docteur Abe au Japon est toujours dans le déni, et refuse de faire importer les produits pasteurisés.  Dans une conférence sur l’hémophilie, celui-ci annonce publiquement : ‘ j’ai entendu dire que certains pensent que nous devrions stopper l’importation de produits non chauffés, mais ces remarques viennent de docteurs qui ne s’y connaissent pas en hémophilie ».

On estime à 1800 le nombre de patients infectés par le virus entre ce moment et celui où le Japon a développé sa propre technique de pasteurisation, en 1985.  Mais les produits non chauffés ont continué à être vendu au Japon jusqu’en 1987.

Il faut attendre octobre 1984, pour que le virus soit identifié.  Le premier test sanguin de détection ne fut mis au point qu’un an plus tard, par le professeur Gallo.  Certains pays comme le Canada et la Suisse mirent beaucoup de temps avant de se décider à l’utiliser et démarrèrent leur programme en mai 1986.  L’Allemagne, elle, réagit tout de suite. 

Devant ce tableau mondial, quand est-il de la France ?

Le déni fut particulièrement grave en France, atteignant hémophiles et non hémophiles.  Il est finalement facile à comprendre quand on considère la tradition française de donner son sang gratuitement, l’idée d’un bénévolat généreux, anonyme et sans profit.  On ne pouvait y associer la réalité d’un sang contaminé.  Longtemps après que Paris soit devenue la capitale mondiale du sang contaminé, les bus de dons de sang circulaient encore dans tout le pays et dans les prisons.

Jean Péron-Garvanoff (JPG) est un hémophile très actif en France.  Emigré enfant en France, ce pays lui a alors offert une vie nouvelle, avec le traitement par le FVIII.  En Bulgarie, ses parents, pour tout traitement, n’avaient que le choix de le recouvrir de neige, avec des prières.  Il fut traité par Arnault Tzank, dont j’ai parlé précédemment, le père de la transfusion sanguine en France, et le gentil docteur s’est maintes fois retrouvé relié directement à l’enfant par le biais d’un tuyau de sang.  Mais ce fut le docteur Allain qui joua le plus grand rôle dans sa vie, c’est lui qui le suivit dans son traitement par le FVIII, ils devinrent amis, jouant de la musique ensemble, passant de nombreuses soirées ensemble et en famille.  Le docteur Allain travaillait au CNTS, en tant que médecin chercheur. 

En juin 1983, JPG entend parler du virus du sida, des risques chez les hémophiles et homosexuels, et écrit déjà dans ses carnets « je ne me sens pas rassuré du tout ».   

Le docteur Allain est au courant.  Il forme un groupe d’étude des patients hémophiles en relation avec le sida.   Mais il préfère ne pas alarmer ses patients, il ment à son ami JPG.

La première personne qui a vraiment fait sonner une alarme en France fut le docteur Soulier, alors président du CNTS. Professeur reconnu, proche de la retraite, disciple de Tzank, il a participé très largement à la découverte du FVIII.  Il a vu venir l’épidémie et a commencé à recommander de la prudence, suggérant de retourner aux types de traitements antérieurs (les cryoprécipités) jusqu’à ce qu’on comprenne mieux le problème pour éliminer ensuite les risques de contamination.  Mais personne n’apprécia, et sûrement pas les hémophiles de France.  L’association des hémophiles de France, d’un ton très agressif refuse de changer les traitements, et insiste pour que les patients continuent à être traités par le FVIII, même si celui-ci doit être importé.  Ils menacent leurs médecins. 

Parallèlement, en France, les donneurs de sang ne sont toujours pas triés.  Le sang subit bien une batterie de tests visant à détecter la syphilis et l’hépatite, mais on ne remet pas encore en question le besoin de trier à la source, pour ne pas offenser les donneurs.  Un questionnaire ne sera mis en place seulement en mai 1983.  Les réactions des médias sont immédiates et violentes.  Libé titre en Une de ses journaux: « les pédés, une groupe sanguin indésirable ? ».  Le ministère de la santé, avec Jacques Roux comme ministre, publie des circulaires, donne des directives, mais il n’a pas l’autorité et le pouvoir de les voir appliquer.  Et en pratique, au final, il ne se passe pas grand’ chose. 

En janvier 1985, Roux émet une nouvelle série de mesures, plus urgentes, pour trier notamment les donneurs.  Il prévient les directeurs des CTS qu’ils seront responsables légalement en cas de transmission du sida.

Mais un autre gros problème venait aussi du fait qu’en France, on collectait beaucoup de sang dans les prisons.  Les prisonniers y voyaient parfois une sorte d’acte de rédemption, on leur donnait à manger, cela cassait la routine.  Et les banques de sang récoltaient beaucoup de sang à la fois.  Hélas, dès 1983, on sait que plus de 31 % du sang de prison est contaminé par l’hépatite B.  En 1983 et 1985, les fameuses circulaires de Roux ignorent les prisons.  Et comme les besoins en sang augmentent avec les progrès de la médecine, en 1985, le gouvernement  au contraire décide d’intensifier les collectes dans les prisons.  La ministre de la Justice d’alors, Myriam Ezratti ignorait tout des problèmes du ministère de la santé quant à ces problèmes de contamination.  Mais quand le directeur de la prison de Fresnes et un autre médecin lui expliquèrent le problème, elle refusa de changer quoique ce soit, expliquant que les directeurs de CNT étaient des adultes et qu’à ce titre ils étaient capables de traiter de ce problème sans l’aide du gouvernement.  Entre temps, l’épidémie s’aggravait.  Le docteur Jean-Baptiste Brunet, Monsieur Sida en France, met en place des études épidémiologiques dont les résultats sont plus qu’éloquents pour nous maintenant.  Le risque de contamination dans les prisons est 67 fois plus élevé que dans les quartiers les plus chauds de Paris. 

Pendant ce temps, au CNTS, un autre médecin est en train de grimper les échelons, il s’agit du trop fameux docteur Alain Garetta, aussi opposé que l’on peut l’être au médecin traditionnel Jean-Pierre Allain.  Garretta, on lui reprocha d’être débonnaire, trop bien habillé, roulant en Jaguar, portant l’image d’un businessman.  Et en effet, il a en poche quelque diplôme de management.  C’est le docteur industriel.  Tous les deux, Garretta et Allain, furent sous la coupe de Jean–Pierre Soulier pourtant.  Fin 1983, quand celui-ci prend sa retraite, il appointe Garretta comme son remplaçant.  Garretta hérite d’une situation économique difficile, de finances, il faut le dire, désastreuses.  Le gouvernement a le monopole sur les importations de sang, mais la France est obligée d’importer environ 10 à 30 % des besoins en FVIII.  Seul le CNTS a le droit de le faire en France.  Garretta n’a qu’une solution pour redresser la barre des finances, augmenter la production locale des produits sanguins pour diminuer les importations.  Un centre de fabrication par fractionnement des produits sanguins est prévu aux Ulis à Paris.  Il est immense, car on espère aussi exporter les dérivés sanguins.   Mais rien de prévu dans cette grande et belle construction pour le chauffage des produits sanguins.  Le docteur Soulier s’échine à mettre au point la technique française de pasteurisation pendant que le gouvernement refuse en même temps d’importer les produits d’industries étrangères, par exemple de la société Baxter/Travenol.  Etranglé et pris à la gorge, Soulier décide finalement de signer un accord avec une société à Vienne, Immuno, avec échange de procédés de fabrications pour divers produits sanguins.  Mais il envoie Garretta et Allain signer les accords.  Garretta essaie de négocier,  il pinaille, refuse de voir qu’il est en position de faiblesse, le ton monte, et il quitte finalement la salle des négociations, l’accord ne sera pas signé.  Peu de temps après, un médecin du CNT de Lille proposa un procédé à Garretta qui fonctionnait, celui-ci le refusa.  Les deux centres étaient en compétition, Lille développa sa technique indépendamment de Paris, mais hélas c’était bien le CNTS à Paris qui avait officiellement le monopole. 

Automne 1984, Garretta est président du CNTS donc, et seulement deux cas déclarés d’hémophiles contaminés par le HIV étaient alors recensés en France.  De quoi endormir tout le monde.  On croyait encore à la pureté du sang en France, on ne s’affole toujours pas.  Mais l’épidémie de HIV est bien là et progresse vite, très vite.

La communauté internationale est pourtant maintenant d’accord, il faut chauffer les produits sanguins pour les stériliser, les associations d’hémophiles aux US le reconnaissent aussi, les publications scientifiques fusent et rendent compte de l’évidence.

Le docteur Allain est convaincu lui aussi. Il a montré que 45 % des hémophiles en France ont dans le sang les marqueurs de contamination par le sida.  En 1985, il écrit à Garretta pour le convaincre de re-négocier avec la société Immuno.  Cette fois-ci, les accords sont signés.  Mais les finances du CNTS sont désastreuses, difficile de mettre à la poubelle des millions d’euros de produits non chauffés.  Difficile d’acheter les produits chauffés pour remplacer immédiatement les produits non chauffés.  Alors, le CNTS se décide quand même à en acheter un peu, pour une centaine de patients.  On les utilise pour les essais cliniques,  pour les enfants de moins de 4 ans et pour les hémophiles qui n’ont jamais été traités auparavant.  Garretta donna la tâche ingrate à Allain de dresser la liste des heureux bénéficiaires de ces produits chauffés. 

A la même époque, son ami le pianiste de jazz JPG entend des rumeurs sur les risques de contamination, à une soirée chez Allain lui-même ; il essaie de se renseigner, écrit des douzaines de lettres, sans réponse.  Il va voir l’association française des hémophiles et on le met à la porte.  Des années plus tard, au cours du procès, quand JPG demande à Allain pourquoi il ne lui a rien dit, celui-ci répond qu’il se voulait loyal envers ses supérieurs…  Pourtant Allain n’était pas le bon petit soldat qu’il prétendait alors, il se battait avec Garretta, et les désaccords étaient énormes. La femme d’Allain, médecin aussi au CNTS confronta Garretta lors d’une réunion au CNTS en 1985, lui demandant : « Michel, te rends tu compte que si l’on n’importe pas les produits chauffés, nous risquons d’infecter 10 à 50 hémophiles tous les mois ? »  Silence.  Après la réunion, elle se fit réprimander par Garretta. 

En février 1985, la société américaine Abbott demanda à la France d’obtenir l’autorisation de commercialiser son test de détection du sida.  Le ministère de la santé publique refusa.  Parce que le professeur Luc Montagnier de l’institut Pasteur était en passe de commercialiser lui aussi un test comparable.  Il avait déjà pris beaucoup de retard par manque d’argent, et le professeur Gallo aux US l’avait déjà doublé, il avait isolé le HIV à partir d’échantillons donnés par Montagnier, sans donner aucun crédit au français. Certes maintenant il ne s’agissait plus d’honneur, mais de vies humaines, mais le gouvernement ne voulait pas à nouveau léser Montagnier…  le test de Pasteur fut approuvé en juin 1985, un mois avant celui d’Abbott en France.   On avait encore perdu 5 précieux mois. 

Pourtant deux mois auparavant, en avril, Garretta et Allain se trouvaient à une conférence internationale sur le sida aux US.  11000 cas déclarés aux US et en Europe, le pire restait à venir en Afrique et Asie.  On connaissait dorénavant les modes de contamination par le sang et par rapports sexuels non protégés.   

Garretta est abasourdi.  Il réagit tout de suite, informe le ministère de l’urgence immédiate, du risque que près de la moitié des hémophiles en France soient contaminés, soit environ 2000 personnes.  Il faut tout de suite mettre en place une stratégie : ne pas attendre pour démarrer en France la pasteurisation des produits sanguins, et augmenter les quantités importées achetées à la société Immuno. 

Mais restait la question des stocks.  Le directeur de Lille décide de ne pas les utiliser.  Mais au CNTS de Paris, le 7 mai une circulaire propose d’utiliser ces stocks avant l’arrivée des produits décontaminés.  On décide de donner ces produits aux hémophiles qui sont déjà contaminés par le virus du sida.  Garretta essaya plus tard de se défausser de toute responsabilité, car il avait annoncé publiquement au moment des faits, que c’était aux autorités d’interdire l’emploi des produits contaminés, que cela n’était pas de sa responsabilité à lui.  Et de là, la complexité du procès qui s’ensuivit, avec des membres du gouvernement accusés en même temps que le CNTS, chacun se renvoyant la balle de la responsabilité d’une telle décision.  Pourtant, il est clair que Garretta aurait pu suivre l’exemple du directeur du CNT de Lille et détruire tous les lots contaminés. 

Un autre médecin du CNTS écrivit une lettre à tous les distributeurs en France, stipulant que si un hémophile  HIV positif insistait pour être traité par FVIII pasteurisé, sa demande devrait être spécifiquement approuvée au préalable.  JPG était parmi eux.  En juillet 1985, il monta au CNTS à Paris et demanda le traitement.  C’est cet été là qu’il avait appris qu’il avait été contaminé.  Mais il ne savait pas quand, il avait participé à de nombreuses études cliniques.  Le traitement lui fut refusé.  Dans son esprit, le docteur Allain l’avait trahi.

Pendant ce temps, la collecte de sang total continuait dans les prisons de France. Les Hongrois ne l’avait jamais fait, la Chine avait arrêté il y a 40 ans, les finlandais, australiens, canadiens, américains, avaient arrêté dans les années 70s.  La collecte de plasma seulement fut suspendue aux US en 1983.  En 1990, la France pratiquait encore cette récolte de sang dans les prisons. 

Il faut quand même dire qu’en même temps que la France, les scandales existent dans d’autres pays, avec des horreurs à chaque fois.  Le Japon n’avait toujours pas accepté d’importer les produits pasteurisés par exemple.  Diverses sociétés dans le monde entier, qui vendent des produits sanguins n’ont pas toujours détruit tous leur stocks de produits contaminés.  Ainsi la compagnie Cutter décide de se débarrasser de ses lots contaminés en les envoyant au Costa Rica, la société Armour falsifia des documents et envoya des produits contaminés au Canada.  Une société en Autriche (Plasma Pharm Sera) contamina de la même façon 120 personnes au Portugal.  En France, la société Mérieux continua d’exporter des produits dérivés du sang en Europe, au Moyen Orient et en Amérique du Sud jusqu’à la fin de 1985. Dans un article publié dans le Monde, Alain Mérieux reconnu qu’il avait été un peu lent à prendre sa décision de stopper, et qu’il le regrettait profondément.

En 1988, une patiente infectée (Susie Quintana) lors d’une banale opération, décida de porter plainte.  Dans sa petite ville du Colorado, Dolores (quel nom malheureux), Susie était ostracisée par tout le monde, on considérait que c’était sa faute, que la maladie était associée à des pratiques sexuelles répréhensibles, même son mari n’osait plus dormir avec elle.  Elle était absolument abattue moralement, ce sont des aides sociaux qui l’ont conseillée et mise en contact avec un avocat.  Son cas fit boule de neige, le procès eut lieu, mais ce fut difficile.  Le juge demanda aux jurés, dans un effort de simplification de décider si la banque de sang avait failli au respect des standards en place.  Les jurés décidèrent que non, le procès fut perdu.  Mais dans le monde entier s’ouvrirent des procès équivalents, par des patients ou des familles racontant des situations horribles, tristes et pathétiques.  C’est dans les années 1995, que certains gouvernements acceptèrent de dédommager les hémophiles contaminés, même au Japon, pays où l’honneur est si important et reconnaître ses fautes, si lourd de conséquences.  Le docteur Abe, à 81 ans, fut envoyé en prison.

C’est en 1992 que démarra en France le procès de Jean-Pierre Allain et de Michel Garretta.  Je n’aurai pas le temps, et je ne suis pas sûre que cela soit très opportun d’en retracer le fil.  Ce fut long et très douloureux, hyper médiatisé. 

Les médias se sont emparé de l’affaire d’autant plus que presque tous les éléments sont réunis pour faire scandale : le sang, l’argent, la morale, la vie, la mort, avec des victimes souvent très jeunes.  Et les journalistes se séparent très vite en deux camps.

Les deux hommes ne se parlaient plus, Allain avait quitté le CNTS en 1986, pour aller travailler chez Abbott à Chicago.  Garretta resta au CNTS jusqu’en 1991.  Mais les publications de la journaliste Marie Casteret en 1991 rendirent sa vie professionnelle impossible.  En 89, malgré une protection serrée par un garde du corps, c’est sa Jaguar qui fut pulvérisée par des explosifs.

Pendant ce temps, JPG souffrait horriblement.  Son frère, lui aussi pianiste de jazz était mort du sida en 1988, son demi-frère était lui aussi atteint (il décéda 4mois plus tard).  Tous les avocats refusaient de l’aider, n’osant attaquer le CNTS.  Ce fut l’avocat de Jean Marie le Pen, trop heureux d’attaquer les socialistes de l’époque qui finalement accepta.   D’autres hémophiles suivirent.  Mais le système de justice en France n’était pas adapté.  Les charges requises étaient ridicules, « non assistance à personne en danger », « tromperie sur la marchandise ».  Toutefois, le procès était lancé.

Garretta repoussa sa culpabilité en attaquant Roux .  Celui-ci se défendit en disant qu’il n’avait aucun pouvoir.  Allain essaya de faire porter la responsabilité sur tout le monde, sauf lui-même.  Tout le monde pointa du doigt l’association des hémophiles de France.  Appelé à la barre, même le professeur Montagnier se contredit lui même au sujet de la détection du virus et des preuves de contamination.  Le procès fut médiatisé à l’extrême, les pays du monde en entier s’en mêlant.  Les diverses associations demandèrent que d’autres membres du gouvernement, plus haut placés soient aussi mis en examen, comme Georgina Duffoix, ministre des affaires sociales, ou Laurent Fabius, Premier Ministre. 

Au final, Garretta fut inculpé pour ‘tromperie sur marchandise’ et prit 4 ans de prison.  Allain en prit  deux, Roux fut suspendu 2 ans pour ‘non assistance à personne en danger ‘. 

Mais ce fut un fiasco.  Deux erreurs fondamentales furent ignorées : l’utilisation du sang de prison et l’absence de triage des donneurs. 

Susie Quintana, quant à elle, fit appel aux US. Ses avocats étaient alors mieux armés.  A la fin du procès les jurés lui accordèrent 8 millions de dollars de dédommagement.  Ce qu’ils ne savaient pas ,c’est qu’elle était morte la veille des suites de la contamination.

Aujourd’hui, bien sur, les choses ont changées.  Il n’y a plus de contamination par transfusion, du moins que l’on sache,  publiquement.  Tous les  pays, sauf les US, ont dédommagé financièrement les patients.  Le professeur Allain enseigne aux US.  Michel Garretta est chasseur de tête (je dois quand même ajouter ici que ses frais d’avocat, pour une raison que j’ignore ont été payés par l’état).

Alors concluons sur une anecdote, une expérience positive, le dernier épisode important en date dans l’histoire du sang en médecine. 

A l’âge de 73 ans, le docteur Naito au Japon , dont nous avons parlé plus tôt aujourd’hui, se lança dans l’expérience la plus périlleuse de sa vie.  Cela faisait des années qu’il s’intéressait à un liquide bien particulier, le perfluorocarbone, qui a la particularité de pouvoir fixer et transporter de grandes quantités d’oxygène.  Une souris immergée dans ce liquide avait survécu pendant plus d’une heure.  Naito eut l’idée d’utiliser le liquide comme substitut des globules rouges.  La première étape fut naturellement d’injecter le liquide dans la circulation de divers animaux pour en déterminer la toxicité.  Résultats concluants les chiens, chats, lapins et singes n’en furent pas affectés.  Il envoya alors le précieux liquide en Allemagne, lequel liquide fut injecté à 7 victimes d’accidents, prononcés décédés par mort cérébrale.  Les autopsies ne montrèrent aucun signe de souffrance au niveau des organes que l’on puisse attribuer à l’injection.  Evidemment l’étape suivante était d’injecter le produit à un cobaye humain vivant et en bonne santé.  Et évidemment, allez trouver des volontaires…..  Alors Naito décider de s’injecter lui-même son produit.  Il garda sa décision secrète jusqu’à la veille de l’injection, et annonça à sa femme qu’il avait écrit son testament.  Le 8 février 1978, les docteurs commencèrent par 1 ml et attendirent 30min.  Rien.   Ils ré-injectèrent quelques ml, rien.   20 ml furent injectés.  24 heures plus tard, le docteur Naito rentrait chez lui.   Mais hélas, même si il n’y a pas d’effet toxique à court terme, le liquide n’est pas efficace à long terme. Mais les recherches dans ce domaine continuent, notamment par des essais de synthèse de l’hémoglobine.

Les recherches continuent, en attendant, le sang n’a pas fini de couler, pour le pire et le meilleur…