“Ca fait du bien à l’intérieur, et ça se voit à l’extérieur” Vous vous rappelez ? Si vous avez regardé des pubs dans les années 90, vous n’avez pas pu passer à côté des promesses faites par les yaourts de l’époque de restaurer votre flore intestinale. Depuis, les probiotiques et autres compléments alimentaires viennent renforcer cet arsenal, pour aller mieux à fois dedans et dehors, sans mauvais jeu de mot, en tout cas c’est ce qu’on nous promet. Mais existe-t-il une santé intestinale ? Ces promesses sont-elles réelles ? Que nous dit la recherche fondamentale à ce sujet ? Et d’abord la flore intestinale c’est quoi ? Ce soir, nous recevons Filipe De Vadder, chercheur au CNRS qui va nous entraîner au cœur de nos intestins pour nous parler du microbiote, de ce qu’on sait à son sujet et – éventuellement – de ce que ces connaissances peuvent nous apporter pour notre santé. Nous sommes le mercredi 5 juillet de l’an 2023, c’est la dernière émission de la saison 13, bienvenue !
Pour les curieux·ses : Détection portale des nutriments et contrôle de l’homéostasie énergétique par l’axe nerveux intestin-cerveau : https://www.theses.fr/2014LYO10113
Citation
“Le gras c’est la vie”
Kaamelott
“La science, mon garçon, est faite d’erreurs, mais d’erreurs qu’il est bon de commettre, car elles mènent peu à peu à la vérité.”
Internet c’est tout un réseau de câbles, dans lesquels passent des milliards d’informations, comprenant notamment des câbles sous-marins au fond des océans pour relier tous les continents. Ces câbles traversent plusieurs territoires, reliant plusieurs pays et traversent donc des politiques et juridictions différentes. En plus, posés et construits par certaines entreprises de pays précis, ce réseau de câbles sous-marins devient rapidement un casse-tête international où chaque État tente de tirer les ficelles pour en « câbler » son épingle du jeu. Une complexité géopolitique qui est tout un objet d’étude entier dont nous allons aujourd’hui parler avec une experte du sujet. Nous sommes le Mercredi 21 Juin 2023, c’est l’épisode 493, vous êtes bien sur Podcast Science, bienvenue !
Aujourd’hui émission en direct depuis le Ground Control, avec une émission spéciale depuis le festival Double Science ! Aujourd’hui, double jeu, double plante, double tête, double Terre, ce soir podcast Science voit double. Nous sommes le 27 Mai 2023, Vous êtes sur Podcast Science épisode 492
Tour de table depuis Paris
Pascal, qui vient pour faire la technique, en double
Personnellement, concernant l’Arsenic je connaissais l’adage qui dit qu’il s’agit d’une arme adroite pour faire passer l’arme à gauche, mais notre invité de ce soir, Gaël Fortin, nous a concocté un savant mélange de vulgarisation pour nous convaincre que cela peut également servir de traitement pour certaines leucémies. Et c’est un plaisir d’accueillir Gaël ce soir car il s’agit d’un de mes anciens étudiants, notamment d’un enseignement de Communication Scientifique. Nous sommes le Mercredi 17 Mai 2023, rangez donc vos vieilles dentelles et écoutez attentivement cette 400 nonante-unième émission de Podcast Science.
Tour de table
Irène
Taupo
Johan
Pascal
Gaël Fortin : Doctorant en cancérologie & vulgarisateur scientifique
Vous n’avez probablement jamais entendu parler de la leucémie aiguë promyélocytaire, ou LAP. D’ailleurs, j’ignorais son existence avant de commencer à travailler dessus. En fait, c’est une sous-catégorie de sous-catégorie des cancers du sang, ceux qu’on appelle les leucémies. Et la LAP est particulièrement rare. Tant mieux, parce qu’il y a 50 ans, cette leucémie était mortelle en l’espace de quelques jours ! Aujourd’hui, on la soigne relativement bien, mais avec un traitement hors du commun : un cocktail détonnant d’arsenic et de vitamine A. Je précise que je n’ai bu que de l’eau avant de venir au micro de Podcast Science. Mais alors qui a eu cette étrange idée d’utiliser un poison et une vitamine pour traiter cette leucémie ? Et comment ça peut bien fonctionner ? Pour le comprendre, on va plonger ensemble dans l’incroyable histoire de la leucémie aiguë promyélocytaire.
1. Une leucémie incurable ?
1. La galaxie “leucémies”
Pour comprendre d’où vient cet étrange traitement, intéressons-nous d’abord à la maladie. On parle souvent des cancers du sein ou du poumon, mais les cancers du sang, beaucoup moins. On connaît un peu mieux le terme de leucémie, mais c’est assez rare de dire qu’une leucémie est un cancer du tissu sanguin. Pourtant ce tissu existe bien, et il est liquide ! Il est composé de différents types de cellules, qui peuvent donner différents cancers.
En France, sur les 380 000 nouveaux cas de cancer diagnostiqués chaque année, 12% d’entre eux (donc 45 000) sont des cancers du sang.
Comme pour les autres cancers, tout commence dans une cellule, ces unités qui forment notre corps humain. Mais ici, il s’agit d’une cellule un peu spéciale, dont le job est de nous protéger contre tous ces microbes qui trainent autour de nous : le lymphocyte (aussi connu sous le nom de globule blanc). Je dis “une”, mais en fait ces cellules, il y en a des millions dans votre corps, et elles se répartissent les tâches. Certaines s’occupent d’attaquer les microbes, d’autres de les identifier, d’autres encore de faire le ménage… Bref, chacun est à son poste.
Sauf que parfois, ça tourne au drame dans nos cellules. L’une de ces cellules peut être soudainement modifiée, par exemple par les composés contenus dans une bouffée de cigarette. La plupart du temps, il ne se passe rien pour plusieurs raisons. Déjà parce que la modification de cette cellule peut n’avoir aucun impact sur son fonctionnement. Ensuite, parce que les cellules disposent d’une boîte à outils bien fournie pour régler les modifications qui pourraient devenir gênantes. Une seule modification a donc peu de chance de conduire à un cancer : c’est plutôt une combinaison de modifications, parfois héréditaires, parfois liées à notre mode de vie ou notre environnement…
Lorsque cet ensemble de modifications devient problématique, la cellule perd la tête : elle arrête de remplir ses fonctions et se réplique encore et encore jusqu’à envahir son entourage puis tout le corps. C’est cette multiplication non-régulée d’un groupe de cellules qu’on appelle le cancer.
Mais pourquoi un cancer du sang me direz-vous ? Parce que ces cellules qui nous protègent des microbes sont une partie du temps dans notre sang. Si l’une de ces cellules est modifiée et donne un cancer, on retrouve des millions de cellules répliquées dans le sang. Dans certains cas, le sang devient même blanc, d’où le nom scientifique de “leucémie” qui veut dire “sang blanc” en grec.
Et des leucémies, il en existe malheureusement un certain nombre. Une de leurs particularités est d’ailleurs de toucher des cellules qui ne sont pas spécialisées. Autrement dit, elles sont encore à l’école et rempliront un jour leur job pour éliminer les intrus, produire les globules rouges ou faire le ménage dans notre corps. C’est le cas de la LAP.
2. Une leucémie foudroyante
Cette leucémie que l’on sait guérir aujourd’hui, était considérée il y a 50 ans comme l’une des pires. C’est en 1957 qu’elle a été pour la première fois décrite par Leif Hillestad, un médecin norvégien. Dans les premières études, les patients survivaient entre 1 jour et 1 mois après leur diagnostic. Elle n’était en effet généralement découverte que très tardivement dans la progression de la maladie.
Évidemment, la question du médicament à utiliser s’est très vite posée : comment traiter les patients atteints de cette nouvelle leucémie ? Et bien, ce n’est malheureusement pas simple…
Pour la plupart des cancers, la maladie est d’abord localisée : cancer du sein, du poumon, du foie… Dans ces cas, les médecins ont plusieurs outils à leur disposition. La plupart du temps, ils commencent par enlever les cellules qui posent problème avec leur bistouri. La chirurgie permet alors d’éliminer la plupart voire la totalité du cancer. Un autre de leurs outils consiste à utiliser des rayons X pour tuer les cellules malades.
Mais pour les leucémies, il y a un problème de taille : comme je l’ai dit tout à l’heure, les cellules du cancer se baladent dans le sang, et donc partout dans le corps ! Impossible d’utiliser le bistouri ou les rayons X.
Il leur reste alors une seule option, le troisième outil caché dans leur manche : utiliser des médicaments. Contrairement au bistouri et aux rayons X, ils peuvent aller traquer le cancer dans les recoins du corps humain. Lors de la découverte de cette leucémie, ces traitements sont encore balbutiants et regroupés sous le nom de chimiothérapie.
Là vous vous dites peut-être “ah mais oui, c’est la fameuse chimio, celle qui rend les gens malades comme un chien et qui leur fait perdre leurs cheveux !” et… vous avez raison. Le terme de “chimiothérapie” est un grand panier dans lequel on met la plupart des médicaments utilisés pour lutter contre les cancers. Leurs effets secondaires sont parfois importants car on a du mal à créer des médicaments qui ne ciblent que les cellules cancéreuses. Comme les cellules d’un cancer se répliquent à toute vitesse, on essaie de bloquer cette folle réplication. Ça fonctionne bien sur ces cellules, mais malheureusement aussi sur les autres cellules du corps qui se divisent vite. C’est par exemple le cas pour les cellules de notre intestin ou celles qui produisent les cheveux, d’où les effets secondaires de la chimio.
Ces médicaments ont été utilisés dès la fin des années 50 pour la LAP avec de réels effets. En 1973, une chimiothérapie permettait aux patients de survivre en moyenne 2 ans après leur diagnostic, bien mieux que deux décennies plus tôt. Encore aujourd’hui, pour les autres leucémies qui se développent rapidement, on n’a pas trouvé mieux et les patients vivent entre 1 à 5 ans après leur diagnostic. Mais pour la LAP, le sort de milliers de patients va changer grâce à un heureux hasard.
3. Des cellules au travail forcé
En 1980, trois chercheurs testent l’effet de certains composés sur les cellules de LAP récupérées directement de patients. Certains produits semblent agir sur les cellules et l’un d’entre eux retient particulièrement leur attention : la vitamine A. En mettant en contact les cellules avec de la vitamine A, la réaction est immédiate : les cellules se remettent au boulot. Celles qui semaient la pagaille et se répliquaient sans cesse reprennent leur vie et se spécialisent en cellule du système immunitaire, les neutrophiles. Comment la vitamine A peut-elle avoir un effet si puissant sur la LAP ? Le mystère reste entier : ces trois chercheurs n’en ont alors aucune idée.
Quelques années plus tard, en 1985, la vitamine A est combinée à la chimiothérapie chez les patients atteints de cette leucémie. L’effet est drastique. Comme les chercheurs l’avaient observé, la vitamine A permet de forcer les cellules leucémiques à retourner sur les bancs de l’école. Une fois en classe, elles deviennent inoffensives pour le corps et arrêtent de se multiplier. Cet effet combiné à la chimiothérapie réduit fortement le risque de voir la leucémie réapparaître et pour la première fois, certains patients sont définitivement guéris.
Nous sommes alors au début des années 90, en Occident. Mais au même moment, à l’autre bout de la planète, une seconde révolution commence.
4. L’arsenic : poison ou remède ?
Vu de la France, la médecine traditionnelle chinoise passe surtout pour un ensemble de pratiques très ésotériques et pas efficaces. Nous ne sommes pas là aujourd’hui pour débattre de ce sujet, et je n’en ai d’ailleurs pas du tout les compétences. Ce qui nous intéresse ici dans la médecine traditionnelle chinoise, c’est l’utilisation de l’arsenic. On connaît bien l’arsenic comme poison : il a été utilisé pendant des siècles comme tel car il n’a ni goût ni odeur. C’est pour ça qu’il a longtemps été appelé le “poison des rois”. Et pour en savoir plus sur les poisons, vous pouvez écouter ou réécouter les épisodes 335 et 352 de Podcast Science sur “Les petits poisons d’Agatha Christie”.
On parle de poison, mais en Chine, l’arsenic est pourtant utilisé en tant que médicament depuis très longtemps, à des doses bien plus faibles bien sûr.
Au début des années 90, des médecins chinois décident donc de donner de l’arsenic à des patients atteints de leucémie. Ils observent alors que les cellules leucémiques se remettent au travail, comme pour la vitamine A. Mais de façon surprenante, les résultats obtenus sont bien meilleurs. En utilisant uniquement de l’arsenic (donc sans aucune chimiothérapie ni vitamine A), 70% des patients sont guéris. Presque aussi bien que le traitement de référence alors utilisé en Europe !
Plusieurs équipes de recherche, dont celle du Pr Hugues de Thé, dont je fais partie aujourd’hui, ont alors l’idée de supprimer la chimiothérapie et de la remplacer par de l’arsenic. La thérapie “vitamine A + arsenic” est née.
Au début des années 2010, les résultats des premiers essais cliniques de grande ampleur sont dévoilés. Le traitement chimiothérapie + vitamine A permettait une guérison d’environ 80 à 90% des patients au prix d’un traitement très lourd. L’utilisation d’arsenic combinée à la vitamine A permet de guérir 98% des patients. Le traitement suivi est bien moins lourd avec des effets secondaires bien plus réduits. Il est depuis devenu le traitement de référence utilisé à l’hôpital.
En 50 ans, cette leucémie est passée d’incurable et foudroyante à maladie guérissable pour la quasi-totalité des patients. Il s’agit là d’un des plus grands succès de la médecine moderne. Mais il reste un problème de taille dans cette belle histoire : comment cet étrange traitement à base d’une vitamine et d’un poison peut-il bien fonctionner ?!
2. Au coeur de la leucémie
1. A l’origine de la maladie : PML-RARA
Si les patients atteints d’une LAP ont commencé à être traités avec des médicaments au début des années 70, on ignorait à l’époque ce qui rendait ces cellules hors de contrôle et aboutissait à la leucémie. En 1977, une première découverte scientifique tente de répondre à cette grande question. Au cœur de chacune de nos cellules se trouve l’ADN, qui fait office de manuel d’instruction de la cellule et permet la production des éléments cellulaires qui exécutent les tâches. Les modifications qui touchent nos cellules peuvent parfois aboutir à rendre une instruction illisible. Mais là, c’est bien pire : on découvre que ce sont carrément des pages entières du manuel d’instruction qui ont été modifiées. Imaginez monter une table basse Ikea en ayant les instructions dans le désordre !
C’est exactement ce qu’il se passe dans les cellules. Hors de contrôle, elles décident de sécher l’école. Si l’identification de cette modification de grande ampleur de l’ADN est un premier pas, les équipes de recherche sont par contre incapables de déterminer à quoi correspondent les pages inversées. En tout cas, pas encore…
Il faudra attendre 13 ans, donc en 1990, pour que l’enquête des chercheurs progresse enfin. Ils parviennent à lire ce que contiennent ces fameuses pages. Deux noms ressortent : PML et RARA. Si PML ne vous dit rien, c’est normal : c’est la première fois que cet élément de la cellule est identifié. Par contre, pour RARA c’est une autre histoire, mais je vais faire un peu durer le suspense.
Dans la cellule, certains éléments ont pour mission de lire les pages du manuel d’instruction pour que les tâches correspondantes soient exécutées. Pour reprendre cette délicate métaphore suédoise, si vous êtes un bricolo prudent, sans manuel d’instruction complet, il est peu probable que vous vous mettiez à monter votre table basse. Pour la cellule, c’est la même chose. RARA fait justement partie de ce groupe d’éléments : il lit les instructions et donne les ordres correspondants. Mais dans la LAP, les pages du manuel d’instruction correspondant aux éléments PML et RARA se retrouvent collées l’une à l’autre. Et c’est une très mauvaise chose car elles sont si collées qu’elles fusionnent entre-elles. Résultat, lorsque ces pages sont lues pour produire les éléments cellulaires PML et RARA, un seul élément, fusionné, est produit : PML-RARA. C’est cette chimère cellulaire qui est à l’origine de la LAP : mi-PML, mi-RARA elle est incapable de faire son travail correctement. Elle ne lit plus les bonnes instructions du manuel de la cellule, ordonne tout et n’importe quoi, jusqu’à ce que la cellule soit hors de contrôle et se réplique encore et encore…
2. De la vitamine A pour les gouverner tous
Si la découverte de PML-RARA explique l’origine de la maladie, elle apporte également un argument choc pour expliquer l’effet du traitement. Le doux nom de RARA a un sens : il signifie récepteur à l’acide rétinoïque alpha. Et justement, je parle d’acide rétinoïque depuis tout à l’heure sans que vous vous en rendiez compte car l’autre nom de cette substance est la vitamine A. Comme toutes les vitamines, c’est une substance dont le corps a aussi besoin pour fonctionner normalement, mais qu’il ne produit pas lui-même en assez grande quantité. L’apport de vitamines se fait donc principalement par l’alimentation.
Les plus Sherlock d’entre vous commencent peut-être à voir le puzzle s’assembler. Alors commençons ensemble : la LAP est causée par une modification des cellules. Cette modification produit une chimère cellulaire du nom de PML-RARA. Elle met le bazar dans la cellule. Et justement, la vitamine A, utilisée à l’hôpital pour soigner ces patients, se fixe sur la partie RARA de PML-RARA (vu que c’est un récepteur de la vitamine A).
Notre enquête avance, mais que se passe-t-il après ? La première hypothèse a avoir été avancée était que la vitamine A remettait PML-RARA sur le droit chemin et la forçait à lire le manuel d’instruction. Mais cette idée s’est révélée fausse. La réalité est plus simple : quand la vitamine A se fixe sur PML-RARA, elle déclenche sa destruction. Les cellules reprennent alors le chemin de l’école pour se spécialiser. Cependant, ce mécanisme n’est pas parfait : la vitamine A seule est efficace sur la leucémie, mais les patients reviennent généralement à l’hôpital quelques mois ou années plus tard, de nouveau malades. Si la destruction de PML-RARA est importante, elle ne suffit pas à elle seule à guérir de la LAP. C’est là que l’arsenic entre en jeu.
3. Le double effet Kiss Cool de l’arsenic
Comme je le disais tout à l’heure, l’arsenic a été utilisé dès les années 90 par des médecins chinois avec des résultats stupéfiants. En guérissant 70% des patients atteints d’une LAP, il est presque aussi efficace que le traitement vitamine A + chimiothérapie utilisé en Occident.
Comment expliquer cette incroyable efficacité ? Pour cela, il faut tout d’abord retourner à la chimère cellulaire PML-RARA. Si la vitamine A se fixe à la partie RARA de la chimère, l’arsenic se fixe à la partie PML de cette entité ! En gros, c’est chacun sa part du gâteau… Vous aurez peut-être deviné ce qu’il se passe lorsque l’arsenic se fixe à PML-RARA : il déclenche sa dégradation !
Nous voici donc en présence de deux substances : l’arsenic et la vitamine A, qui stimulent tous les deux la dégradation de PML-RARA. Mais bien vite, les chercheurs ont compris que l’arsenic avait plus d’un tour dans son sac. Si l’arsenic dégrade PML-RARA comme la vitamine A, alors leur effet devrait être le même chez les patients. Et pourtant, l’arsenic guérit la LAP seul alors que la vitamine A ne guérit que lorsqu’elle est combinée avec de la chimiothérapie. Il y a donc autre chose…
En creusant le sujet, on a découvert que l’arsenic se fixait à PML-RARA, mais pas que. Je vous ai parlé tout à l’heure des modifications du manuel d’instruction de la cellule qui, dans notre cas, aboutissent à PML-RARA. J’ai omis un détail qui s’avère en réalité essentiel : la cellule n’a pas UNE mais DEUX copies de ce manuel, “au cas où”. Dans la LAP, seul un des deux manuels est modifié. Le deuxième, intact, ne suffit pas à empêcher la cellule de faire n’importe quoi. Mais dans ce deuxième manuel se trouve une copie normale de PML qui vit sa vie loin de RARA. Il se trouve que l’arsenic est aussi capable de se fixer à PML ! L’arsenic se fixe donc à PML-RARA ET à PML. En se fixant à PML-RARA, il le détruit. Mais en se fixant à PML, il lui donne surtout un bon coup de fouet. Voilà que PML reprend les rênes de la cellule et la force à revenir dans le droit chemin.
C’est ce double effet Kiss Cool qui explique pourquoi l’arsenic seul est plus efficace que la vitamine A. En plus d’éliminer PML-RARA, il fait le ménage et remet tout en ordre. En somme, il répare la table basse IKEA pour qu’elle ressemble à quelque chose et passe même l’aspirateur.
Notre puzzle est désormais complet : si ce traitement paraît très ésotérique, il est en réalité appuyé par de solides éléments scientifiques. La vitamine A et l’arsenic détruisent ensemble PML-RARA, et l’arsenic s’assure que tout rentre dans l’ordre via PML.
3. Vers de nouveaux traitements ?
1. PML, super-héros cellulaire
Tout rentre dans l’ordre… serait-ce l’épilogue de cette histoire ? Pas vraiment non… Car l’histoire ne s’arrête pas là. Pour la LAP, nous avons un traitement qui fonctionne extrêmement bien. Désormais, les patients diagnostiqués pour cette leucémie reçoivent le traitement vitamine A + arsenic qui permet, après de longs mois de traitement, la guérison. Les patients arrêtent alors de prendre vitamine A et arsenic et la maladie ne revient généralement jamais. Guérir tous ces patients était inespéré pour les médecins des années 60. Mais pour toutes ces personnes atteintes d’une autre leucémie ? Ces découvertes pourraient-elles être utiles ?
En un mot : oui. Ce qu’on a découvert après toutes ces années, c’est que PML jouait un rôle essentiel dans le maintien de l’ordre cellulaire. Ce justicier qui avançait jusque-là masqué a été révélé au grand jour. Et nous commençons désormais à faire appel à lui dans d’autres leucémies.
Par exemple, en 2021, notre équipe de recherche a montré que PML jouait un rôle essentiel dans une autre leucémie. En utilisant un traitement spécial, PML reprenait du service dans ces cellules et permettait de rendre la chimiothérapie bien plus efficace. D’autres travaux ont aussi montré qu’on pouvait stimuler PML dans d’autres cancers. Dans les années à venir, on découvrira probablement encore d’autres pouvoirs à ce super-héros cellulaire.
2. La vitamine A, couteau suisse contre les leucémies
Au-delà de PML, l’histoire de la LAP a permis de mettre en avant la vitamine A. Certes, seule, elle ne permet pas de guérir cette leucémie foudroyante, mais comme vous l’avez compris, elle force les cellules à reprendre le chemin de l’école et à se spécialiser.
Dans d’autres leucémies aussi, les cellules cancéreuses ont arrêté d’étudier et refusent de se spécialiser. Et là aussi, la vitamine A a été testée… avec succès ! Un essai clinique très récent qui a été réalisé dans le sud de Paris vient d’ailleurs de montrer que la vitamine A était bénéfique lorsqu’elle est ajoutée à la chimiothérapie. Ça ne permet pas encore de guérir ces patientes et ces patients, mais c’est un pas de plus dans cette direction. D’un traitement ciblé contre une leucémie très rare, la vitamine A est en passe d’être utilisée dans des situations bien plus diverses.
3. Comprendre pour mieux soigner
En fin de compte, la vraie leçon à tirer de cette histoire, c’est le changement d’une approche thérapeutique ciblée vers des traitements beaucoup plus larges. Pour être honnête, même si c’est un brin déprimant, la LAP reste encore une exception. J’aimerais pouvoir dire à ce micro que toutes les leucémies sont désormais guéries. D’ailleurs en préparant cette émission, on m’a dit que j’étais “un peu trop optimiste” sur la réalité médicale. Alors en étant un peu plus pragmatique, la réalité c’est qu’encore aujourd’hui, après des décennies de recherche, de nombreuses personnes meurent chaque année d’une leucémie.
Mais grâce au travail acharné que nous menons, les chances de survivre s’améliorent d’année en année. Et la LAP en est un exemple. On pourrait dire que c’est le seul cancer que l’on est aujourd’hui capable de guérir grâce à une thérapie ciblée. Et c’est vrai. Mais je préfère dire que ce n’est pas la seule, mais la première. Il y en aura d’autres, et l’histoire de la leucémie aiguë promyélocytaire montre la voie. Il s’agit avant tout d’un incroyable succès scientifique et médical. Pendant 50 ans, on a essayé, étudié, cherché à comprendre pour pouvoir guérir. Comprendre pour mieux soigner, voilà la conclusion de cette success story scientifique. Et j’en suis certain, ce sera la conclusion de toutes celles qui arrivent…
Sources
En français :
G. Fortin, V. Lallemand-Breitenbach, and H. de Thé, “La leucémie aiguë promyélocytaire: un paradigme de la guérison par les traitements ciblés,” Bulletin de l’Académie Nationale de Médecine, p. S0001407923000699, Feb. 2023, doi: 10.1016/j.banm.2023.01.024.
En anglais :
C. C. Coombs, M. Tavakkoli, and M. S. Tallman, “Acute promyelocytic leukemia: where did we start, where are we now, and the future,” Blood Cancer Journal, vol. 5, no. 4, pp. e304–e304, Apr. 2015, doi: 10.1038/bcj.2015.25.
H. de Thé, “Differentiation therapy revisited,” Nat Rev Cancer, vol. 18, no. 2, pp. 117–127, Feb. 2018, doi: 10.1038/nrc.2017.103.M.-C. Geoffroy, C. Esnault, and H. de Thé, “Retinoids in hematology: a timely revival?,” Blood, vol. 137, no. 18, pp. 2429–2437, May 2021, doi: 10.1182/blood.2020010100.
Beaucoup d’entre vous, auditeurs et auditrices, sont sûrement férus de neurosciences, de cerveau et autres sciences entre guillemets “dures” ayant trait à nos mémoires. Mais aujourd’hui, nous plongeons dans les mémoires collectives des hommes et des sociétés, puisque nous allons découvrir ensemble les secrets des archives de Strasbourg, en compagnie de notre invitée Albane Eglemme, Responsable de la médiation et de la communication aux Archives de Strasbourg chez Ville et Eurométropole de Strasbourg.
Nous sommes le mercredi 3 mai 2023, vous écoutez l’épisode 490 de Podcast Science.
Tour de table
Cleora depuis Perduville Johan depuis Paris Nicotupe depuis chocolatine-ville Toulouse Pascal à la technique depuis le Sud de l’Alsace Eléa depuis Strasbourg Notre invitée, Albane Eglemme, depuis Strasbourg
Plus d’informations sur les archives de Strasbourg
“Tout dans la vie tout devrait être gratis” Pasteur Oberlin
“Il n’y a pas d’histoire de l’humanité, il y a seulement un nombre indéfini d’histoires de toutes sortes d’aspects de la vie humaine. Et l’une d’elles est l’histoire du pouvoir politique. Celle-ci est élevée au rang d’histoire du monde. Mais ceci, je l’affirme, est une offense à toute conception décente de l’humanité.” Karl Popper
Quelques images
Chatroom
La Chatroom
Johan: Hello !
Cleora: Kikou 😮
Johan: J’arrive à mon hôtel, je passe vous faire un coucou dès que j’ai le wifi
Johan : Bon Zecastr sur le téléphone ça a l’air compliqué
Ashka: Sur Zooniverse, il y avait un projet de decryptage de courriers de soldats de la guerre de Secession. Rien que le déchiffrement de la graphie de l’époque, c’était tout un poème.
Les câbles sous-marins, c’était le thème de ma toute première petite chronique pour Podcast Science en l’épisode 396, il y a déjà trois ans… À l’époque, on en comptait 380 étalés sur toute la planète. Depuis, en trois ans, une soixantaine de câbles sous-marins ont été mis en service en plus que ceux déjà existant. Dont notamment le plus long au monde de 45 000 km faisant tout le tour de l’Afrique (2Africa) ou des câbles entièrement financés par un grand groupe comme celui de Google (Dunant) liant la France aux États-Unis. Aujourd’hui, début 2023, on en compte plus de 450foulant le fond de nos océans. Tous ces câbles correspondent à la « colonne vertébrale » d’internet. 98 % des télécommunications passent par là. Seuls quelques pouillèmes de pourcentage passent par les satellites.
New #dataviz! The Earth's submarine fiber optic cable network, visualized in #RStats with #rayrender.
— Tyler Morgan-Wall (tylermorganwall at fosstodon) (@tylermorganwall) September 22, 2021
Figure 1. Les câbles sous-marins à travers la planète
Des câbles pour l’électricité
À l’époque, j’évoquais les câbles sous-marins comme s’il en existait qu’un seul type. Comme si finalement on ne laissait traîner au fond des mers que des câbles pour la télécommunication. Mais en fait, bah… un câble reste un câble… On peut y transporter n’importe quoi dedans. J’avais omis l’existence des câbles sous-marins transportant juste de l’électricité, par exemple. Bah oui… On ne va pas relier des îles avec d’immenses poteaux électriques. Pareil pour les éoliennes posées sur nos mers. On va faire courir sur le fond des océans de gros câbles électriques.
Figure 2. Liaison SACOI3 pour les années à venir à moins 2025
La Corse est par exemple reliée au continent via l’Italie. Et, le saviez-vous : uniquement l’Italie ! J’avais en tête que la Corse soit liée au réseau électrique de la France continentale mais même pas. Donc la Corse est liée à l’Italie reliant Lucciana à Suvereto en traversant la mer méditerranée sur 100 et quelques kilomètres (la liaison SACOI). Cette même ligne électrique traverse ensuite la Corse pour rejoindre la Sardaigne. Conçue dans les années 1960, elle est d’ailleurs actuellement en cours d’étude de rénovation pour augmenter encore les capacités électriques transportées (SACOI3.fr). C’était juste un exemple. Je ne m’éternise pas sur les câbles et lignes électriques. Dans ce dossier, on va s’intéresser aux câbles sous-marins d’internet.
Sciences de l’information
Le squelette d’internet
La « colonne vertébrale» d’internet. C’est l’expression qu’on retrouve souvent. On a l’impression qu’internet c’est immatériel. On parle de « dématérialisation », de « cloud » et que tout passerait par des ondes et du sans-fil… Mais internet c’est loin d’être magique. C’est bien concret et matériel. On a des data centers, des routeurs et des ordinateurs. Des batteries, des moteurs et des générateurs. Mais aussi, et surtout, des câbles pour relier tout ça pour communiquer à n’importe quelle heure !
Si les câbles sous-marins étaient la colonne vertébrale d’internet, la tête serait tous les data centers : les centres de données, c’est-à-dire d’immenses entrepôts à disques durs où tout est stocké, de nos sites internet à nos vidéos et ce podcast que vous écoutez. Rien qu’en France on en compte au grand minimum 250 (nouvelobs). Et ces centres de données sont énergivores. Au point que ça se ressente sur la consommation électrique globale, pour dépasser les 1 % de l’électricité même en remettant les proportions à l’échelle mondiale (Masanet et al., 2020). Et leur demande en énergie ne fait qu’augmenter. En plus de leur nombre, où chaque année plusieurs dizaines de data centers sont installés.
Figure 3.Data centers français dites “neutres” début 2021 selon globalsecuritymag.fr Aujourd’hui début 2023 on en compterait 260 et quelques… Uniquement de ces “neutres”.
Ainsi, internet ce n’est pas volatile et magique. C’est tout un squelette bien concret qui consomme énormément de ressources. Et comme chez nous, humains, c’est la tête qui consomme le plus. Pour clore l’analogie, si les câbles sous-marins étaient la colonne vertébrale et les data centers la tête, tout le reste du corps serait monsieur et madame tout le monde se connectant à internet. Et on ne se connecte pas directement à la tête. On passe par divers câbles et nerfs, dont cette fameuse colonne vertébrale que sont les câbles sous-marins, où passent des milliards de milliards d’informations en camionnettes.
Internet un peu plus net
Un transport d’informations en camionnettes ? Alors pourquoi tout à-coup je parle de camionnettes ? Et fait, dans les câbles internet, ce n’est pas un flux continu comme un cours d’eau, où les informations coulent à flot… comme si on tirait sur un fil pour détricoter un tricot… Non. Dans nos câbles, c’est davantage un flux discontinu comme des camionnettes sur les routes et tout son réseau. Les informations sont envoyées camionnette par camionnette, paquet par paquet. Et puis, une toutes ces camionnettes arrivées à l’adresse de livraison, tous ces paquets sont remis dans l’ordre selon un certain protocole (HTTP, POP3 , etc.).
Figure 4. Le chemin des informations du web
Qu’on se comprenne bien, ces paquets d’informations – ces camionnettes – traversent donc tous les câbles, des data centers jusqu’à mon ordinateur. L’adresse IP est justement là pour arriver au mien et pas au vôtre, d’ordinateur. Par exemple, si vous écoutez ce podcast en ligne, le data center vous envoie l’audio camionnette par camionnette, paquet par paquet, jusqu’à votre ordinateur.
Si vous êtes en Europe et écoutez ce podcast depuis Google ou Apple, on peut imaginer que depuis leurs propres data centers états-uniens, les paquets d’informations traversent l’atlantique pour arriver à votre ordinateur. Si vous êtes en Europe et écoutez ce podcast depuis Acast, Soundcloud ou Spotify, qui sont des entreprises suédoises, on peut imaginer que le podcast écouté provienne des data centers de Stockholm ou d’ailleurs et font donc moins de voyage en ne traversant pas l’Atlantique.
Bien sûr c’est un peu plus compliqué que ça. Chaque entreprise stocke des données sur plusieurs data centers de la planète. Google a des data centers européens par exemple : un en Irlande, un en Belgique, deux aux Pays-Bas, un au Danemark et un en Finlande. Apple en a qu’un seul en Europe, (au Danemark). On pourrait ensuite se demander quel est le plus efficace. Vaut-il mieux davantage centraliser ou étaler les data centers sur la planète ? Et entre Google Podcast, Spotify ou Acast, en fonction de la position de leurs data centers, pourrait-on savoir sur quelle plateforme est le plus efficace et le plus rapide pour écouter ce podcast ? Tout ça, ce genre de questions et ce qu’on vient d’évoquer jusque là, ça fait partie de l’étude des informations et de leurs communications.
Figure 5. Le fameux modèle de l’information de Shannon. Si c’est la Théorie de l’information de Shannon qui vous intéresse je vous renvoie vers la chaîne YouTube de Lê Nguyên Hoang Science4All (car moi je suis loin d’être à l’aise avec toute cette data).
L’étude de la communication des informations
L’étude de la communication des informations. C’est toute une science. Et c’est littéralement la définition des sciences de l’information (selon Yves-François Le Coadic notamment). L’information : de sa conception, à sa gestion et son utilisation. Mais déjà, c’est quoi une information ? Outch… Grande question. L’information c’est des trucs que quelqu’un organise pour le transmettre à quelqu’un d’autre. Bon. Ce n’est pas une définition qui provient de Wiener, Turing ou Shannon hein… C’est ma propre définition (à la con). Mais on retrouve les 3 grandes caractéristiques de l’information.
1. Des trucs qu’on organise. Que ce soit un cri, des paroles, des lettres, des symboles, un roman, des fumées d’un feu, des 0 et des 1 ou des signaux lumineux, on tente d’organiser des éléments pour les rendre compréhensible et transmissible. Une composante logique et linguistique de l’information. Pour mettre des mots précis dessus, en sciences de l’information et de la communication, on parle de message.
2. Des trucs qu’on transmet. À l’écrit, on transmet le message sur un bout de papier. À l’oral, c’est l’air qui transmet les ondes sonores de ce qu’on dit. En informatique, les 0 et les 1 sont transmis par circuits électriques. Bref, il y a toujours un support, un véhicule, sur lequel le message est transmis. Une composante physique et technique de l’information. Pour mettre des mots précis dessus, en sciences de l’information et de la communication, on parle de messager.
3. Des trucs de quelqu’un […] à quelqu’un d’autre. Bah oui. On ne va s’épuiser à organiser et transmettre des trucs juste pour le plaisir. Il y a un objectif derrière pour que ce soit réutilisé. Quitte à ce que ce soit soi-même qui réutilise cette information, dans le futur, en train de relire notre journal intime quand on était ado. Une composante psychologique et sociologique de l’information. Pour mettre des mots précis dessus, en sciences de l’information et de la communication, on parle d’émetteur et de récepteur.
Hors-Podcast Pour aller plus loin : Remarques philosophiques ?
Comme tout modèle, un modèle est une version simplifiée de la réalité. Est-ce qu’on peut toujours parler d’émetteur et de récepteur dans tous les cas lorsqu’on évoque l’information ? Si on voit une fleur rouge, ça veut dire qu’arrive à notre rétine une onde lumineuse d’une certaine fréquence que notre cerveau interprète comme rouge. Cette onde lumineuse rouge qu’émet la fleur peut être comprise comme une information. Peut-on pour autant dire qu’elle « émet » du rouge alors que finalement elle ne fait « que réfléchir » la lumière du soleil en gardant de nombreuses longueurs d’ondes lumineuses sauf le rouge ?
Plus loin encore, on pourrait se demander si une information existe uniquement s’il y a quelqu’un pour la recevoir ou la percevoir. Ou encore, que l’information puisse exister mais que l’émetteur, lui, ne serait qu’une idée, une représentation de l’esprit et non pas la réalité. Est-ce que le monde existe indépendamment de nous ? Est-ce que le monde existe en dehors de notre petite boîte cérébrale qui perçoit et interprète le monde ? Si oui, alors on a une conception réaliste du monde. Si non, alors on a une conception idéaliste du monde.
Internet sur le schéma du : émetteur, message, messager, récepteur
Ça c’était pour la définition avec les notions de message, messager, émetteur et récepteur ; notamment repris du plus classique des modèles classiques de l’information : celui de Shannon. Si on applique ça sur internet, avec d’un côté l’émetteur et de l’autre le récepteur, on aurait d’un côté notre ordinateur et de l’autre les data centers. Tous deux sont fournis en électricité pour créer et organiser le message à envoyer. D’ailleurs, pour ne pas craindre de pénurie d’électricité, tout bon data center renferme des milliers de batteries et quelques générateurs (arstechnica.com).
En terme technique, côté chez nous et notre ordinateur, on parle de terminal de ligne optique (OLT). Et côté du data center, on parle de terminal de réseau optique (ONT). Pour être plus précis encore, côté chez nous ce n’est pas l’ordinateur qui communiquer avec les data centers, mais davantage le routeur : notre fameuse box internet. Mais on va dire que c’est notre ordinateur pour simplifier. Dit très rapidement, un routeur c’est un traducteur qui permet de traduire le langage de l’ordinateur au meilleur langage pour le réseau et les data centers.
Le Point Pascal : C’est quoi un routeur ? Alors que je vulgarisais un routeur comme un “traducteur” de l’ordinateur vers l’extérieur, Pascal nous précise au sein de ce Podcast, qu’un routeur serait davantage comme un intermédiaire, comme le seul “personnage social” de tous nous outils connectés à la maison qui communique pour nous : « Chez toi, la seule machine qui a une IP qui peut communiquer sur internet, c’est ton routeur. »
Figure 7. Application schématique du modèle
L’information lumineuse
Émetteur et Récepteur maintenant grossièrement identifiés, passons au message et au messager. Comme une lettre où on écrit des mots sur du papier pour ensuite l’envoyer, pour internet on écrit des 0 et des 1 sur de la lumière pour ensuite l’envoyer. Le message sont les 0 et les 1, les mots, et le messager est la lumière qui fait office de papier. Lumière c’est 1. Pas lumière c’est 0. C’est le fameux jour nuit de Jackouille dans Les Visiteurs. Il communiquait certainement en binaire.
Figure 8. 0 = Nuit et 1 = Jour
Appuyez sur un interrupteur qui allume ou éteint une lampe. Jour, 1. Nuit, 0. Ce signal codé en lumière est ensuite envoyé dans ce que vous connaissez déjà, la fibre optique, qui ne fait simplement que la guider. Et à la vitesse de la lumière au rythme de plusieurs dizaines Gigabits par seconde. C’est-à-dire que des Jour/Nuits où vous appuyez sur l’interrupteur, il faudrait le faire 10 millions de fois à la seconde. De quoi péter un câble.
La fibre jusqu’au plus profond de chez nous…
Internet passe donc à travers la fibre optique. Ça, je ne pense pas vous l’apprendre. Est-ce que chez vous, vous êtes relié à la fibre optique pour vous connecter à internet ? Si oui, alors votre routeur communique avec les data centers directement avec cette lumière écrite avec des 0 et des 1. La fibre optique sert juste à guider cette lumière.
La fibre optique c’est justement ce qui est utilisé au sein des câbles sous-marins. La même qui passe des câbles jusqu’à nos habitations. La même aussi pour explorer votre estomac ou votre colon. Si vous avez subit une fibroscopie, une endoscopie, on pourrait presque dire que vous avez été connecté à la fibre optique par votre bouche ou votre fion ! En elle-même, la fibre optique est très fine, pas plus épaisse qu’un cheveu. Si l’endoscope est plus gros, c’est davantage à cause d’une petite caméra qui doit transmettre ses images en direct.
Figure 9. Endoscope
Le bordel organisé du génie de la télécommunication
Aujourd’hui, internet est un réseau de fibres optiques par lequel je peux me connecter avec des sites internet, grosses bases de données et autre personne où qu’elle soit dans le monde. Bon. Contrairement en l’endoscope, pas jusqu’à votre fion. Mais jusqu’à votre habitation (FTTH : Fiber to the Home). Mais peut-être un jour, qui sait. Pour savoir où est-ce que la camionnette-lumière doit passer dans tout ce maillage et réseau internet, hé bah on y écrit et encode l’adresse IP. On est pas loin d’y mettre un timbre même, a notre paquet de lumière, à notre camionnette.
Et pour un guidage optimisé, le monde entier est divisé en régions de plus en plus petites et localisées. Chaque quartier a son propre boîtier, où les chemins de campagnes des fibres optiques sont reliés aux nationales goudronnées. Puis chaque ville rassemble toutes ces routes goudronnées, sur une fibre optique nationale digne des meilleures autoroutes prêtes à arriver dans un câble sous-marin et faire la traversée.
Figure 10. Schéma (de lemon.fr) du réseau internet local
Les carrefours de fibres optiques entre quartier et ville puis ville et l’échelle nationale ont des petits noms. À l’échelle d’un quartier on parle de point de branchement optique (PBO) qu’il soit aérien accroché au poteau ou enterré. Davantage à l’échelle d’une ville on parle de nœud de raccordement optique (NRO) où là ce n’est plus un petit boiter mais une petite salle climatisée avec des batteries de secours pour alimenter le carrefour qui permet de rediriger. Et tout ce bordel et de carrefours de câbles à en péter un câble, ce sont les entreprises télécoms qui gèrent tout ça : Bouygues, Orange, Free, SFR, Liberty Global, Swisscom, Vodafone et tout le tralala.
Chaque petit carrefour a besoin d’un minimum d’alimentation électrique. Toutefois, le reste hors de ces carrefours, la majorité du réseau internet est dit réseau optique passif. Passif pour évoquer le fait que tous les câbles contenant la fibre ne sont pas alimentés en électricité. Quand on creuse pour nous installer la fibre optique sous-terre, elle sera donc là pour plusieurs dizaines d’années, comme si tout était mécanique et bien huilé parce qu’il n’y a pas grand-chose qui s’use et qui demande une alimentation en électricité.
Figure 11. Généralités sur les fibres optiques et câbles sous-marins tiré de (Castellanos et al., 2022)
Sciences Physiques : optique
Concrètement, techniquement
Tout ça c’est donc vrai pour nos petits câbles de fibre optique terrestre du quotidien, là, sous nos pieds facile d’accès ; mais pas pour les éloignés câbles sous-marins. Par exemple, alors que chez nous la lumière peut faire l’aller et le retour dans la même fibre optique, dans les fibres optiques des câbles sous-marins ce n’est pas le cas. On a une fibre pour l’aller et une fibre pour le retour. On parle alors de paire de fibres optiques.
Il y a malgré tout une chose en commun, avec nos câbles terrestres du quotidien. C’est bel et bien l’utilisation du même chemin, du même milieu : le verre de la fibre optique. Alors commençons d’abord par là. Par détailler ce qu’est une fibre optique. Parce qu’on en a parlé jusque là, sans avoir pris le temps de définir ensemble ce que c’est. Alors. Une fibre optique est un tout petit cylindre, un minuscule cheveu de verre, pas plus épaisse qu’un cheveu autour de 230 micromètres. Pleine de verre, une fibre optique est composée : ——– d’un cœur, tout au milieu de 10 micromètre de diamètre, faite en verre ; ——– superposée d’une gaine d’un autre type de verre ; ——– le tout enveloppé dans une couche de plastique protectrice.
Figure 12. Composition d’une fibre optique standard
Fibres Optiques Standards
L’intérêt d’avoir plusieurs couches de verre est simple à expliquer. Le cœur de la fibre sert à faire passer la lumière. Et la couche externe, composée d’un autre type de verre plus dense si vous voulez, permet de rediriger la lumière. Et la manière dont on redirige la lumière peut être différente en fonction du type de fibre optique. Oui parce qu’il n’y a pas qu’une seule manière de concevoir une fibre optique, mais des dizaines de manière de faire.
Une des manières de rediriger la lumière, certaines fibres optiques utilisent des sortes de miroirs : si la lumière dévie du cœur de la fibre, des sortes de miroirs redirigent la lumière. La gaine, la couche de verre autour du cœur, imite donc le résultat d’un miroir. Une autre manière de rediriger la lumière, est de la rediriger petit à petit et pas directement comme un miroir.
Par analogie, pour rediriger une camionnette pour qu’elle reste au milieu de la route, on va élargir la route en remontant les bords pour que la camionnette reste bien au centre. De la manière d’un skatepark, d’un toboggan ou d’une luge d’été, les bords relevés permettent de rediriger la camionnette-lumière vers le centre de la route de manière progressive. On parle de fibre à gradient d’indice. Si les bords de la route sont extrêmement relevés presque équivalents à un mur sur lequel la camionnette-lumière rebondit comme si c’était quasiment un miroir, on parle de fibre à saut d’indice.
Figure 13. Fibre optique à gradient d’indice Vs Fibre optique à saut d’indice. Et analogie avec la camionnette qui roule sur une route aux bords plus ou moins relevés.
Un peu d’optique classique
Après… Peu importe le type de fibre utilisé, ça utilise le même principe physique derrière. Vous vous souvenez de l’indice de réfraction pour celles et ceux qui sont passés par le lycée ? n1 × sin(i) = n2 × sin(r). n1 étant l’indice de réfraction d’un milieu 1 ; et n2 l’indice de réfraction d’un milieu 2. La lumière est déviée en fonction du milieu traversé. Par exemple, si vous plongez la moitié d’une paille dans un verre d’eau, vue du dessus on a l’impression que cette paille est comme brisée. C’est ça, visuellement, la réfraction de la lumière. En passant de l’air (milieu 1) à l’eau (milieu 2), la lumière est déviée.
Figure 14. Principe de base de la réfraction de la lumière
Hé bien, dans une fibre optique c’est pareil. Autour du fil de verre qu’est le cœur de la fibre, on y met une large gaine d’un autre type de matériau ayant un indice de réfraction de plus en plus éloigné de celui du cœur, en allant vers l’extérieur. Ainsi, si la lumière s’éloigne du cœur de la fibre, couche après couche, la lumière est petit à petit déviée de manière à la remettre dans son droit chemin, sans toucher la moindre paroi. C’est l’analogie d’une route surélevée sur les côtés pour que la camionnette reste bien au centre de la route.
Hors-Podcast Pour aller plus loin : les termes techniques parfois utilisés
En acoustique, une onde qui se dirige d’une certaine manière est appelée un mode. Par analogie des camionnettes, une camionnette qui se dirige tout droit est un certain mode, alors qu’une camionnette qui fait continuellement des zig-zags sur les rampes des côtés de la route surélevée est un autre mode. Pour les fibres optiques utilisées dans nos câbles internet, on utilise des fibres qui ne font passer qu’une seule manière de traverser, qu’un seul mode donc. On appelle ce genre de fibre optique une fibre optique monomode. Pour les fibres optiques microstructurées (cf. plus loin), qui sont ultra-sélectives sur la manière dont se propage l’onde lumineuse, elles sont alors encore davantage monomode.
Lorsqu’en revanche on accepte plusieurs chemins de lumière dans une même fibre optique on appelle ça une fibre optique multimode. À la différence des fibres monomodes, celles-ci ont un cœur beaucoup plus large de l’ordre de la centaine de micromètres, pour laisser libre court aux mouvements de Madame Lumière, qui est donc bien à l’aise et pas à l’étroit dans un cœur de 10 micromètre dans une fibre monomode. Les fibres multimodes ne sont toutefois pas utilisées en télécommunication car sur une longue distance deux signaux lumineux (d’une même longueur d’onde !) risque d’interférer entre-eux quitte à s’inhiber et donc perdre de l’information (on parle de dispersion intermodale).
Figure 15. [à venir] Exemples de réfraction de la lumière en fonction des indices de réfraction (n) du milieu
C’est mieux quand ça tourne pas rond
Une fibre optique des plus standards utilisée dans les réseaux de télécommunications est donc un cylindre plein de verre, pas plus gros qu’un cheveu, composé d’un cœur de forme cylindrique bien régulier, entouré d’un gaine de verre pour rediriger la lumière en son cœur. Tout est bien cylindrique et circulaire donc. Or, en recherche on démontre qu’une fibre optique est plus efficace si on change la forme du cœur de la fibre optique. Au lieu de quelque chose bien cylindrique, circulaire, régulier et homogène, d’autres formes plus aplaties – plate comme le dessous d’une baguette de pain (Université Côte d’Azur, 2021) – ou en y ajoutant des trous d’air ou d’une autre matière (Vitre et al., 2022) sont plus efficaces pour guider la lumière.
Par exemple, on ajoutant à l’horizontal de part et d’autre du cœur de la fibre optique deux barreaux de verre composés de matériaux différents (du verre dopé au bore), on contraint la lumière qui se déplace de manière horizontalement couchée où l’onde lumineuse oscille de gauche à droite, comme un serpent. Car elle croise le chemin d’autres matériaux. Et, de fait, on favorise l’onde lumineuse qui se déplace de manière verticale debout, où l’onde lumineuse oscille de bas en haut telle une chenille. La manière dont se déplace la lumière, plus ou moins tournée sur elle-même, couchée ou debout, serpent ou chenille, c’est ce qu’on appelle la polarisation. Je vous renvoie vers l’épisode 421 de Podcast Science où Johan nous l’explique plus longuement car c’est tout le thème de l’émission.
Figure 16. Coupe d’une « fibre Panda »
Ce type de fibre pris en exemple est une fibre polarisante favorisant la lumière se déplaçant debout en chenille par rapport à la lumière se déplaçant de manière couchée en serpent. Il existe plusieurs manière de polariser la lumière dans une fibre optique. Cette technique citée en particulier est appelée fibre Panda (Donald & Tumminelli, Avril 2021 ; Vitre et al., 2022). Et pour la petite anecdote elle est appelée Panda parce que… si on fait une coupe de la fibre, les deux barreaux de différents matériaux de part et d’autre du cœur, font deux tâches sombres. On voit alors une tâche claire au milieu de deux tâches sombres qui ressemblent à des yeux d’un panda.
Figure 17. Conception la plus classique d’une fibre optique : un barreau de verre du même pattern que la fibre qu’on chauffe à 2000°C à un endroit pour qu’elle s’étire (ou s’écoule finalement) sur un filament de quelques micromètres.
Fibres Optiques Microstructurées
Comme ici avec l’exemple de notre fibre polarisante, ajouter des petites structures au sein même de la fibre (des trous d’airs, des barreaux en verre ou des barrières en d’autres matériaux) on appelle ça des microstructures. Il existe alors d’autres types de fibres optiques qu’on appelle fibres optiques microstructurées. Au lieu d’une fibre optique standard cylindrique homogène, on peut par exemple y ajouter dedans des trous d’airs, comme si on avait percé le verre d’une fibre optique sur tout sa longueur.
Vous avez déjà joué au Mikado ? Vous savez ce jeu de fins bâtons de bois où il faut les retirer un à un d’un tas sans les faire bouger. Hé bien, si vous regroupez dans votre main de manière verticale tous ces fins bâtons de bois, vous avez grosso-modo la conception d’une fibre optique microstructurée. Les bâtons de bois du Mikado sont les barreaux de verre, et entre eux on a des tubes et des trous d’airs. Voilà grossièrement ce qu’est une fibre optique microstructurée. Un regroupement de bâtons de bois de Mikado de manière ordonnée.
Figure 18. Mikado
Si on fait une coupe de ce genre de fibre optique, vue de face on ne verrait plus un panda. On aurait un disque de verre, avec plein de trous d’airs. Ces trous d’air sont agencés de manière à ce qu’ils soient symétriques, ce qui forme une belle structure en nid d’abeille. En nid d’abeille, c’est-à-dire comme si tous les trous d’air étaient des alvéoles formant tous ensemble un hexagone. En terme technique, on appelle le tout un capillaire.
Et au centre de cet hexagone on a le cœur. Un peu plus gros que les alvéoles tubaires qui sont autour, le cœur est soit plein composé de verre, soit creux composé d’air (Provino et al, 2019). À sa conception, soit on décide que la lumière va circuler dans du verre, soit dans de l’air. Et pareil, il y a plusieurs manières de faire pour agencer ce nid d’abeilles de trous et de verre. Il y a alors une grande liberté de fabrication, pour s’adapter au type de lumière envoyée (Balme-Fortier, 2011).
Figure 19. Exemples de coupes de fibres optiques microstructurées tirés de (Provino et al, 2019). Parmi les nombreux avantages, elles permettent notamment de varier la plage de longueur d’onde possiblement envoyée plus loin dans l’infrarouge de 1,5 à 22 micromètres de longueur d’onde.
Principes généraux des fibres optiques microstructurées
Cette microstructure permet de mieux guider l’onde lumineuse. Au lieu d’un indice de réfraction en changeant la densité de matière dans du verre, cette fois-ci on change carrément de milieu. Du verre on passe à l’air et de l’air on passe au verre. L’indice de réfraction est donc plus franc, plus tranché, plus direct. Dès fois on ajoute certains matériaux dans le verre pour que ce changement de milieu soit encore plus franc (par exemple le chalcogénure composé de sélénium, arsenic, tallure (Balme-Fortier, 2011)).
Si on reprend notre analogie de la camionnette, au lieu que ce soit la route qui soit relevée sur les bords, on change carrément de milieu. Soit on a un mur, soit de l’herbe, soit un bac à gravier, soit on a carrément un fossé dans lequel la camionnette tombe et se perd. Si je comprends bien, l’analogie n’est pas si mal trouvée, car dès fois les microstructures sont réalisées de sorte à ce que la lumière qui dévie trop largement de sa nature, de sa vitesse initiale et de sa position centrale en se tenant bien droite sans tourner sur elle-même est carrément inhibée et perdue (Provino et al, 2019).
Dès fois donc, dans certaines fibres optiques spécifiques, on ne guide plus l’onde lumineuse qui « part un peu en steak ». On l’interdit de partir là où on veut pas. Ou on la supprime carrément, pour éviter tout bruit dérangeant. Ce genre de fibre optique est donc ultra-sélective. La lumière dans ce type de fibre est moins libre. C’est la « dictature ». Alors que dans une fibre standard on invite la lumière à se rediriger, dans les fibres microstructurées, on ordonne la lumière à se rediriger : elle n’a pas le choix.
Figure 20. [ à venir ] Des différences d’indices de réfractions bien trop élevés
Hors-Podcast Pour aller plus loin : les termes techniques parfois utilisés En termes plus technique, dès fois on parle de « bande interdite photonique » et de « cristaux photoniques ». Bande interdite parce qu’on interdit la lumière d’y arriver. Ouais. Mieux que de la réflexion de la lumière ou d’un miroir, là on l’interdit carrément. Soit on y met un mur, soit on y met un fossé. Quant à l’expression cristaux photoniques, c’est un synonyme de la fibre optique microstructurée. Ça veut juste dire que notre fibre optique est composée de différents matériaux et que ces différents matériaux sont organisés de manière périodique (tous les x nanomètres) et agencés tel un cristal, tel un damier si vous voulez.
Des fibres optiques toujours plus spécialisées
Il existe donc tout un tas de type de fibres optiques en fonction dont elle est construite. Des fibres optiques standards à gradient d’indice et à saut d’indice jusqu’aux fibres optiques microstructurées à bandes interdites (BIP) en passant par les fibres à gaine Kagomé, à dispersion contrôlée, à maintien de polarisation, à cœur suspendu, à multi-cœurs, à structure hybride… (Provino et al, 2019) Il existe même des fibres optiques où c’est carrément la forme globale externe qui est modifiée (fibre topographique).
Parmi toute cette diversité, aujourd’hui est encore majoritairement utilisé des fibres optiques standards, pleine de verre sans trou ou autre matière. Les fibres optiques microstructurées tendent toutefois à être l’avenir et à gagner du terrain sur l’utilisation au quotidien. Leur meilleure performance n’est pas négligeable. Cette meilleure performance est non seulement due par une sorte de « dictature imposée » à la liberté de mouvement de la lumière, mais elle est aussi due à l’évitement de certains défauts optiques classiques de la lumière se baladant uniquement dans du verre. Mais avant d’en parler je dois rapidement parler de propagation de la lumière.
Figure 21. Propagation de la lumière
Optique du laser
L’envoie de la lumière dans une fibre optique ne se fait pas par la lampe torche du premier magasin du coin, mais par toute une technologie laser. Je vois renvoie vers l’épisode 212 de Podcast Science où Nicolas Grandjean nous détaille précisément cette technologie. Pour expliquer les lasers, il commence d’ailleurs en évoquant la fibre optique avant de parler d’Einstein. Fibre optique et Einstein, vous êtes donc presque obligés d’aller l’écouter ou le ré-écouter !
Grossièrement, un laser est une prison à lumière pour amplifier le signal au mieux et la diriger le plus précisément possible tel un petit filet lumineux, en-dessous du micromètre. Malgré tout, malgré un tout petit très précis faisceau lumineux, au fur à mesure de la distance, la lumière tant à diverger, à se disperser. Par exemple, si vous allumez une lampe torche, la zone éclairée créée est un cône partant de la source lumineuse. Un cône, et pas un tube tout droit. Au fur à mesure qu’on s’éloigne de la source lumineuse, le cône lumineux s’élargit. C’est ça quand on dit que la lumière se disperse. Le signal tend donc à être atténué, à perdre en intensité sur la distance parce que a lumière est dispersée.
Figure 22. Schéma de la Diffusion Rayleigh réalisé par Christophe Dang Ngoc Chanet téléversé par Cdang sur Wikipédia
Sciences Physiques : quantique
Atténuation ou Affaiblissement de propagation
S’ajoutent à cela les possibles déformations et défauts du verre qui perturbent la propagation linéaire de la lumière. Ou encore les virages que peut faire une fibre optique, si elle est plus ou moins pliée. Une courbure de la fibre optique augmente l’angle de réfraction sur le matériau de la gaine et donc augmente potentiellement la proportion de lumière non-réfléchie et perdue.
On peut faire un très rapide point sur les phénomènes physiques qui freinent et atténuent le signal lumineux. Pourquoi la lumière ne peut pas toujours aller tout droit sans s’atténuer et se disperser ? La réponse est simple : parce que là où elle se propage, il y a de la matière.
Diffusion Rayleigh
Qui dit matière, dit atomes et molécules qu’elles soient plutôt structurées comme dans une sorte de solide qu’est le verre ou bien libre de leur mouvement comme dans un gaz qu’est l’air. Lorsque la lumière traverse un tel milieu, elle interagit avec les particules de matière. C’est pour ça que lorsque la lumière sort d’un laser, ou d’une lampe torche, elle ne se propage pas en ligne droite de manière tubulaire. Elle se propage de manière conique.
On appelle ça la diffusion Rayleigh. C’est ce même phénomène qui explique le pourquoi on voit le ciel bleu. Parce que les molécules dans l’air font “dévier” la lumière du soleil, renvoyant alors majoritairement une couleur bleue perçue par nos yeux. Et bah dans une fibre optique c’est pareil. Cette diffusion varie en fonction des longueurs d’onde utilisées et du milieu traversé.
Figure 23. L’atténuation dans le verre est plus ou moins grande en fonction de la longueur d’onde utilisée. On n’utilise pas la première longueur d’onde venue, comme ici c’est schématisé pour des lycéens par l’académie de Rouen.
Dans le verre de la fibre optique, le type de lumière le moins atténué lors de sa propagation est la lumière de longueur d’onde de 1550 nm qui est la moins atténuée. En couleur, ça équivaut à du proche infrarouge. Pour comparer, une longueur d’onde de 700 nm correspond à la couleur rouge par exemple.
Une longueur d’onde c’est-à-dire la distance que parcourt l’onde lumineuse pour revenir à son état initial lors du mouvement sinusoïdal. Si vous écrivez un M majuscule, et qu’elle représente l’onde, la distance entre les deux pics du haut du M équivaut à la longueur d’onde. C’est la fréquence de l’onde lumineuse si c’est plus accessible pour vous : ce sont un peu les mêmes notions.
Diffusion Raman & Diffusion Brillouin
La présence de matière perturbe donc la trajectoire de la lumière. Mais inversement, la présence de la lumière qui tape dans de la matière la fait perturber. La fait même bouger ! Si notre camionnette se tape un mur, pas certain que ce mur en reste intact. Il va au moins vibrer à cause du choc. Une onde acoustique donc. On appellerait ça en physique la diffusion Brillouin, si je comprends bien. Et une onde acoustique fait littéralement bouger la matière. Donc si la lumière se propage dans une fibre optique qui elle-même se met à vibrer, autant dire que ça peut faire des trucs bizarres ; et ce qu’on observe ce sont des minimes décalages (de l’ordre de quelques GHz (ordre du pm) (Beugnot et al., 2022)).
Même chose et de même ordre, lorsque dans sa course la lumière tape une molécule de verre, la molécule absorbe l’énergie. Elle frémit et vibre, pour finalement ré-émettre un autre signal lumineux quasiment similaire au signal reçu. Et le quasiment est tout le problème car ça brouille toujours un peu plus le signal. C’est ce qu’on appelle la diffusion Raman.
Hors-Podcast Pour aller plus loin : les termes techniques parfois utilisés En termes techniques, diffusion Raman et diffusion Brillouin sont toutes deux dites diffusions in-élastiques. À l’inverse, la diffusion Rayleigh est une diffusion élastique. Une diffusion élastique est lorsque l’énergie qui cause le phénomène physique ressort en même quantité en conséquence. Par analogie du mot élastique, si je tends un élastique, l’énergie emmagasinée est entièrement réutilisée pour se détendre quand je lâche l’élastique. Dit autrement, dès que c’est la matière qui vibre et qui absorbe quelque chose, on parle de diffusion in-élastique.
Dispersion chromatique
Tout ça c’était au niveau de la matière. La plupart du temps donc, au niveau du verre. Terminons cette partie optique par le côté laser. Il est difficile de générer une lumière très pure d’une seule et même longueur d’onde. Par exemple 1550 nm. Ce qu’envoie un laser est une petite plage d’onde autour de 1550 nm. Malgré des petits écarts de longueurs d’onde aussi minimes sont-ils, par exemple entre 1550 nm et 1551 nm, ces écarts se ressentent sur des milliers de kilomètres car l’une se propage plus rapidement que l’autre. L’impulsion lumineuse au début instantanée s’étale alors sur la distance, avec au final de la lumière retardataire. On appelle ça la dispersion chromatique.
En soit, ce n’est pas un problème si l’impulsion lumineuse est seule. Sauf qu’en pratique, dans une fibre optique s’enchaînent à la pelle des milliards d’impulsions lumineuses à la seconde (Balme-Fortier, 2011). Si l’impulsion lumineuse de devant prend alors du retard, vous commencez à voir le soucis. Si c’étaient des camionnettes, on auraient des accidents. Hé bah, en optique c’est pareil. Les impulsions pourraient se chevaucher et donc perdre de l’information.
Figure 24. [ à venir ] Résumé des pertes éventuelles du signal lumineux
Des répéteurs pour booster le signal
Diffusion Rayleigh, Diffusion Raman, Diffusion Brillouin, Dispersion chromatique et autres Pertes et Absorptions… Tous ces phénomènes physiques donc contribuent à l’atténuation du signal, c’est-à-dire à perdre en intensité sur la distance. Pour contrer cette atténuation, on installe tous les 80 km environ un petit boîtier pour booster à nouveau le signal. On appelle ça des répéteurs. Tout simplement parce que bah… ça répète le signal reçu pour le ré-envoyer.
Et je viens de dire que c’étaient des « petits » boîtiers, mais en réalité un répéteur c’est un truc qui peut atteindre des centaines de kilogrammes quand même (selon l’idna.fr), parce qu’il faut notamment bien l’isoler. Les répéteurs des plus basiques utilisent de l’électricité pour répéter et régénérer le signal lumineux avec des bobines de cuivre (arstechnica.com).
Figure 25. Photo de répéteurs
Régénérateur Mamyshev
Aujourd’hui, on n’installe plus ce genre de répéteur qui passent par de l’électricité : tout est optique, sans aucune conversion électrique qui ferait perdre du temps (Balme-Fortier, 2011). Aujourd’hui donc, en réalité, on ne devrait plus parler de répéteur, mais plus régénérateur. En effet, la lumière qui entre est la même que celle qui ressort. Elle a juste fait peau neuve, comme si on passait notre camionnette au garage pour réparation.
La lumière qui était un peu rabougri en entrée, ressort toute fraîche. Alors que, très grossièrement, dans les technologies précédentes de répéteurs, on changeait carrément de camionnette. La technologie la plus connue est appelée « Régénérateur Mamyshev ». Elle regroupe 2 grandes étapes pour régénérer le signal lumineux (2R : Ré-amplification et Re-modulation) : l’amplification puis la modulation.
Figure 26. Schéma des étapes du Régénérateur Mamyshev de Christophe Finot pour wikipedia. La partie triangle correspond à l’amplification avec une fibre dopée (HP-EDFA pour High-Power Erbium doped fiber amplifier). C’est l’équivalent d’une technologie laser. La partie enroulée correspond à l’auto-modulation avec une fibre souvent spécifique et microstructurée (NDF pour Normally Dispersive Fiber ; les lettres écrites en dessous correspondent aux caractéristiques de la fibre et aux coefficients des différentes dispersions et diffusions précédemment énumérées). Enfin, le rectangle avec des ondes barrées ou non correspond au filtre (OBPF pour Optical BandPass Filter)
Première étape régénérante : l’amplification
Lorsque le signal lumineux rabougri et fatigué de ses 80 km parcourus arrive, la première étape est de l’amplifier pour lui redonner du peps, à cette lumière. Par analogie, après sa longue route, notre camionnette un peu cabossée et endommagée passe à la station de lavage automatique, pour mieux voir à quoi on a affaire en face de nous, pour mieux voir les dommages.
Au niveau optique, l’amplificateur optique correspond à la technologie d’un laser. On emprisonne la lumière pour qu’elle fasse peau neuve. Là, dans une fibre optique, on ne va pas l’emprisonner car il faut bien qu’elle ressorte un jour. On la fait donc passer dans une déviation de fibre optique dopée d’énergie pour qu’elle se refasse une santé (Vitre et al., 2022).
Figure 27. [ à venir ] Fonctionnement schématique d’une fibre dopée
Une fibre optique dopée
Une fibre optique dopée, concrètement c’est une fibre optique classique à laquelle on a ajouté des atomes parmi les cristaux de verre. Ces atomes sont des métaux rares, comme l’Erbium, qui sont surchargés d’énergie électronique. Et cette énergie, une fois l’atome excité, libère de la lumière. Une lumière identique à celle du signal.
J’ai pris l’exemple de l’Erbium. Un métal rare, une terre rare dans le terme scientifique plus précis ; parce que lorsqu’il passe d’un état excité plein d’énergie à un état de repos, il libère de l’énergie par de la lumière autour d’une longueur d’onde de 1550 nm (entre 1529 et 1610 nm). Voilà pourquoi on utilise de l’Erbium. Car il renvoie de la lumière équivalente à celle utilisée dans pas mal de fibre optique : 1550 nm.
Deuxième étape régénérante : l’auto-modulation de phase (SPM)
Après avoir ressourcé le signal lumineux et avoir mis en avant les défauts, l’objectif sera de garder le peps du signal amplifié tout en supprimant les bruits et les défauts. C’est-à-dire garder des pics d’intensité bien en haut, pour obtenir des 1 très clairs, et mettre le reste à 0.
À la sortie d’un régénérateur, le signal est alors comme neuf avec de beaux pics d’intensité et le reste à plat à 0. Le moindre bruit qui donnait une intensité de 0 virgule quelque chose en entrée (e.g., 0,1 ; 0,21…) a été supprimé par cette auto-modulation. Par l’analogie de notre camionnette, c’est de réparer les défauts et garder ce qui fonctionne bien pour qu’elle reparte de plus belle.
Figure 28. [ à venir ] L’Effet kerr
De l’électricité pour alimenter
Les seules contraintes d’un tel régénérateur sont les suivantes : c’est lourd (de l’ordre de la centaine de kilogrammes selon idna.fr, mais parlent-ils réellement des régénérateurs Mamyshev ?), c’est volumineux (car il faut amplifier le signal de chaque fibre une à une) et ça demande un minimum d’électricité ! En effet, lors de la phase d’amplification où la lumière passe par des fibres optiques dopées, ce fameux dopage pour « charger » les atomes en énergie consomme de l’électricité.
Dans les câbles sous-marins, il n’y a donc pas uniquement le signal optique qui passe. On envoie aussi de l’électricité. Pas une grande intensité, juste de l’ordre de l’ampère, suffisamment pour alimenter les répéteurs. Un ampère c’est le « débit » électrique qui passe, par exemple, dans un cordon USB pour recharger un smartphone. En revanche, comme le câble parcourt des kilomètres par milliers, cet ampère est délivré sous une tension de plusieurs milliers de volts.
Par analogie, c’est comme si, de leur propre continent, un nord-américain et un européen tendaient une corde sur toute la largeur de l’atlantique. Le but étant que la corde soit tendue. Si on tire doucement dessus, elle va se tendre sur quelques mètres et puis c’est tout. Or pour traverser l’atlantique, il y a des milliers de kilomètres ! Il faut alors une sacrée tension pour la maintenir tendue sur toute la largeur de l’océan. Et concrètement si on sort de l’analogie, ces personnes qui tirent sur la corde, pour maintenir une tension élevée, ont un petit nom en anglais : les PFE pour Power Feed Equipment. Une sorte d’armoire à électricité qu’on retrouve de part et d’autre de la fibre optique.
Figure 28. Une belle armoire de fils électriques avec un joli monsieur attentionné
Sciences Physiques : mécanique
Composition minimale d’un câble sous-marins
Les câbles sous-marins contiennent par conséquent un tube en cuivre par lequel est conduit l’électricité. Et c’est à l’intérieur qu’on y met les fibres optiques. Souvent, au sein d’un câble sous-marins, on a 8 paires de fibres optiques. Des paires parce qu’il y en a une pour l’aller et une autre pour le retour. Pour protéger l’information précieuse, le plus basique des câble sous-marins entoure les fibres optiques de 4 couches :
un tube en acier pour contenir les fibres optiques ;
une couche de barres d’acier servant d’armure ;
une couche conductrice d’électricité souvent en cuivre ;
et une couche de plastique servant d’étanchéité.
Figure 29. Exemple d’une composition d’un câble sous-marin (en fonction de sa profondeur, il y a plus ou moins de couches)
Un câble encore plus gros
S’ajoute à cela une sorte de « gel anti-pression », parce qu’à 8 km de profondeur la pression équivaut à tenir une voiture sur un seul doigt (Pression de 8000kg/cm² Takeshita et al., 2019). Finalement, un câble sous-marin des plus basique fait environ 18 mm de diamètre pour un poids total de poids de 0,6 kg/m (0,3 kg/m sous l’eau).
Avec simplement 3 ou 4 couches de matériaux, il est posé au plus profond de l’océan, sans très grande protection. Par contre, au fur et à mesure que le câble s’approche des côtes, on y ajoute petit à petit, de plus en plus de protection. 2500 mètres de profondeur, 1500 mètres puis 200 mètres (Orange Marine). Plusieurs belles couches d’armure en acier auxquelles s’ajoute à chaque fois une couche de plastique pour maintenir le tout. D’un diamètre de moins de 2 cm on passe alors à un câble de 8 cm de diamètre près des côtes. D’un poids de 0,6 kg/m on arrive à 4,5 kg/m près des côtes. Là, allez-y. Vous pouvez y aller pour péter votre câble.
Figure 30. Photo d’un bon gros câble sur son câblier
Les prédateurs du vers-câble-sous-marin
Arrivé près des côtes, on enterre même carrément le câble sous-marin, jusqu’au maximum 3 mètres deprofondeur. De quoi a-t-il peur pour se cacher dans les profondeurs ? De quoi a peur le câble sous-marin pour qu’une fois arrivé près des côtes il se cache sous le sable et la vase ? Le plus grand prédateur du câble sous-marin est son concepteur, lui-même, l’être humain.
Autant de protection est ajoutée au câble à l’arrivée des côtes car l’activité humaine est la plus grande cause des déchirures et coupures de câbles sous-marins. L’ancre d’un bateau malencontreusement mal positionné, le chalutier qui racle le fond de son filet, ou encore le petit filou qui veut interrompre les communications de manière délibérée. À côté de ça, les événements naturels, tremblements de terre, avalanches sous-marines, jaillissements de lave et requins ne restent que des événements encore plus rares. Même les tempêtes solaires n’ont aucun impact (Castellanos et al., 2022). Jaillissements de lave parce que oui… le câble sous-marin est posé un peu comme on peut sous les mers. Et pour traverser l’atlantique, par exemple, on doit bien à un moment donner passer sur le dorsale atlantique, là où les plaques se séparent pour laisser passer un peu de lave.
Figure 31. Réparation d’un câble sous-marin à la main ?
Réparer un câble sous-marin
Si un câble est déchiré ou défectueux à un endroit, on va proprement couper le câble puis remonter les deux bouts du câble comme un pont-levis qui se coupe en deux en milieu. On a alors une partie droite qui se retrouve en l’air jusqu’à la surface, et une partie gauche qui se retrouve aussi en l’air jusqu’à la surface. Du déplacement en bateau jusqu’au retour, l’opération de réparation dure environ 10 jours, avec 5 jours sur les lieux pour couper et re-souder tout le bordel (arstechnica.com).
Dès fois, si ce n’est pas très profond, on installerait carrément une cabine, ou un caisson, là où le câble est endommagé. De cette cabine on y évacue l’eau. Puis quelqu’un répare le câble sur-place sans aucun contact. Comme si l’intérieur de la cabine était hautement dangereux en manipulant des objets irradiés. Tout ça à même les fonds marins :
Figure 32. Réparation d’un câble sous-marin à la main ?
Du Génie aux Sciences économiques
Se connecter au monde
Un câble endommagé loin en mer reste rare. En revanche, les câbles sous-marin près des côtes sont déjà plus exposés au danger, malgré les grosses armures en tiges d’acier. Ainsi, être raccordé par un seul et unique câble sous-marin est plutôt risqué. « On est au moins tranquille quand on a au moins 3 câbles sous-marins » connecté à un pays nous dit Jean-Luc Vuillemin, Directeur Réseaux Internationaux chez Orange (2022 dans Mashup). Parce que si vous n’avez qu’un seul et unique câble. Et que vous venez de péter un câble. Vous êtes littéralement coupé du monde. C’est ce qui est par exemple arrivé aux îles Tonga, à cause d’une éruption volcanique en Janvier 2022.
En France ça va, on est plutôt bien voire très bien raccordé quel que soit où vous habitez. Mais imaginez la Suisse ! Difficile avec elle de péter un câble ! Je rigole parce que la Suisse n’a pas d’accès à la mer, donc encore moins des câbles sous-marins, mais c’est un réelle question pour notamment les pays centre-africains qui n’ont aucun accès à la mer. Être relié par internet via les câbles sous-marin, certes a un coût, mais permet un réel développement économique (El-Sahli, 2020).
Figure 33. Raccordements des câbles sous-marin du côté des îles Tonga
La coût d’un câble sous-marin
Parlons du coût justement. Les câbles sous-marin les plus courts « de 50 à 100 km, qui ne nécessitent pas de répéteur, [ont coûté] autour de 30 millions d’euros » (Takeshita et al., 2019). Un répéteur, quant à lui, est de l’ordre du million d’euros l’unité (idna.fr). Un câble sous-marin, en fonction de sa longueur, atteint donc facilement les centaines de millions d’euros (El-Sahli, 2020).
Dans le monde les grands groupes de télécommunication capables d’installer des câbles sous-marin sont de toutes les grandes nations. Par exemple l’entreprise chinoise Huawei Marine (Hentong Optic Electric), l’entreprise britannique Global Marine Group, ou en France on a Orange Marine et la géante entreprise de Nokia : Alcatel Submarine Networks (ASN).
Figure 34. Photo d’un câblier utilisé pour le câble 2Africa
Du génie ingénierie
La pose d’un câble sous-marin se fait à l’aide d’un gros bateau spécialisé qu’on appelle câblier. En France, on en aurait 9 (selon Orange Marine). Un câblier transporte avec lui tous les répéteurs nécessaires et bien évidemment tout le méga câble bien enroulé comme il faut dans une cuve. Une fois au large, au-delà des côtes où le câble est enterré à l’aide d’une charrue – oui comme le font les agriculteurs – le bateau avance tout simplement en déposant le câble à la mer. Le câblier pose du câble à plus de 150 km par jour. Une fois en mer donc, ça déroule. Littéralement.
Malgré tout, on ne dépose pas au hasard le câble au petit bonheur la chance. Au préalable, on essaie d’évaluer les fonds marins par un relevé topographique pour savoir où est-ce que le câble doit idéalement être posé. L’étude des fonds des océans va même jusqu’à relever des échantillon du fond marin proche des côtes, pour savoir si le terrain est assez meuble pour y enterrer notre précieux câble fibré.
Figure 35. Photo lors d’un atterrissage du câble 2Africa. Avant d’être minutieusement enterré,on laisse flotter le câble à l’aide de petites bouées comme ici illustré.
Atterrissement ou Atterrissage ou Atterrage
Oui parce que, encore une fois, le plus critique et le plus long, c’est à l’arrivée des côtes. En terme technique on parle d’atterrissement ou d’atterrissage. Pour raccorder la fibre optique du câble sous-marin aux réseaux des télécommunications terrestres, on installe un bâtiment pour faire les raccordements. Parfois, ce bâtiment sert également de data centers. Ce lieu est donc climatisé et sécurisé.
C’est ici que sont localisés les fameux placards électriques (PFE pour Power Feed Equipment) qui alimentent la fibre optique. Ou plus particulièrement le tuyau en cuivre de la fibre optique pour alimenter tous les répéteurs régénérateurs. Y est également stocké des générateurs d’électricité à diesel ou des dizaines d’énormes batteries. D’énormes batteries au plomb qui – je cite et traduis un certain Bob Dormon journaliste freelance auteur d’un très bel article (sur arstechnica.com) – « dans des réservoirs transparents, ressemblant à des cerveaux extraterrestres dans des bocaux, bordent la pièce. »
Encore une fois, internet est loin d’être immatériel
Donc encore une fois, internet c’est pas du « cloud », du « sans-fil » ou de « l’immatériel ». Là on a des bâtiments entiers de fils, de générateurs qui fonctionnent avec de l’essence, des milliers disque durs et des dizaines d’énormes batteries rangées comme dans un couleur d’un film de science-fiction ; sans oublier… nos fameux câbles sous-marins qui parcourent des milliers et milliers de kilomètre.
Au total, pour une traversée de l’atlantique, la posé d’un câble dur quelques années, 3 à 4 ans environ (arstechnica.com). Sans compter les mois d’études topographiques en amont. L’étude du projet. Les demandes officielles et accords aux régions et nations. Et puis le raccord terminal du câble au réseau internet… Bien sûr, tous les chiffres que je donne sont uniquement des ordres de grandeur pour se faire une idée. Tout varie en fonction du câble en question. Il est évident que la durée et le coût d’un câble sous-marin transatlantique n’est pas le même qu’un câble qui faire le tour de l’Afrique !
Figure 37. Le tracé du câble 2Africa sur planisphère
2Africa : le plus long câble sous-marin au monde
Justement. Sur les 450 et quelques câbles sous-marin, certains font le tour de l’Afrique. Et actuellement – donc début 2023 au moment où on parle – l’un de ceux-là est le plus long câble sous-marin au monde. Le câble parcourt 45 000 km de Barcelone et Marseille pour faire tout le tour de l’Afrique en reliant 33 pays de Madagascar à la Côte d’Ivoire pour finalement arriver au Portugal et en Grande-Bretagne. Il a même son propre site internet : https://www.2africacable.net. 2Africa, son petit nom, pour signifier que ce câble est là « Pour » l’Afrique « To(2) » Africa.
Il est actuellement le câble le plus cher au monde qui a réuni les investissements de 8 grands collaborateurs aux origines internationales, de Facebook à China Mobile : China Mobile International, Meta, MTN GlobalConnect, Orange, Saudi Telecom Group, Telecom Egypt, Vodafone et WIOCC. Le coût d’un tel chantier ne me semble pas encore divulgué. Mais très clairement le milliard d’euros à dû être dépassé puisque pour à peine traverser les 6 à 7 000 km de l’Atlantique, le coût s’élève autour de 250 millions d’euros.
Figure 38. Les non-raccordements entre Russie et États-Unis
Sciences politiques et historiques
La guéguerre des télécommunications
Des grandes entreprises internationales qui s’entraident pour connecter le monde. Des entreprises aussi, bien évidemment, à la recherche de nouveaux marchés. Voire la volonté d’avoir la main mise sur des axes de communications clés. Par exemple, les groupes grandes états-uniens Microsoft, Facebook et Google peuvent s’offrir et se sont offert la mise en place d’un câble sous-marins.
Ensuite à l’échelle du nation, si vous avez du temps à perdre pour vous amusez, juste en regardant quel pays est connecté à quel pays par les câbles sous-marins est intéressant. Il est par exemple cocasse que dans le Pacifique, aucun câble ne connecte Russie et États-Unis alors qu’il ont quand même un détroit entre la Russie et l’Alaska. Non. Dans le Pacifique les États-Unis sont majoritairement reliés au Japon. Ainsi, nous sommes certes dans un monde aux échanges mondialisés, mais les enjeux politiques et stratégiques peuvent être dessinés simplement en suivant le tracé des câbles de télécommunication.
En France, cette protection des câbles sous-marin et des ses données, est normalement sous responsabilité de l’Armée, de la Marine Nationale. Aujourd’hui, au moins 800 personnes de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) surveilleraient les câbles (France 24, 2022). Que ce soit sur le plan des données transitées que sur le plan physique et leur intégrité. (Par exemple, il n’y a pas longtemps – en Octobre 2022 – 3 câbles sous-marin ont été mystérieusement endommagés dans le sud de la France. Pour ce genre d’organisme lié à la sécurité, clairement, là, ce genre d’événement a dû les questionner.)
Bref. Tout un sujet géopolitique autour des câbles sous-marins. En France, on a par exemple Camille Morel, chercheuse en relations internationales, qui communique pas mal sur ce sujet centré sur les câbles sous-marins. Elle en a même écrit un bouquin, récemment, sorti cette année 2023, chez CNRS Editions. (Elle travaille notamment en association avec l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD) à mi-chemin entre les disciplines du droit et des sciences politiques.)
Figure 40. Exemple du câble « Amitie » entièrement possédé par le groupe Facebook
Sciences historiques
Tout un sujet géopolitique autour des câbles sous-marins que j’aimerais également évoquer peut-être dans un deuxième épisode rattaché à ce dossier. Et une histoire géo-politique qui ne date pas d’hier. Durant les guerres, les nations pètent des câbles. Par exemple lors des premières guerres mondiales, où couper les communications était évidemment quelque chose de clé. Car oui début XXème siècle, il y avait déjà des câbles sous-marins pour communiquer.
J’aurais pu en effet prendre l’axe historique pour vous raconter l’histoire des câble sous-marins et comment la fibre a été née. Et comment aussi les découvertes scientifiques peuvent faire péter un câble. Par exemple, lors de la première description de pouvoir guider la lumière dans un milieu précis en 1842 (https://youtu.be/MXIpl2meIJI). Ou encore, que la conception de deux couches de verre d’une fibre optique en 1970, par Charles Kao, ait pu être si révolutionnaire qu’elle soit quotidiennement utilisée. Ça a tellement fait péter un câble à l’humanité qu’il en a reçu le prix Nobel de Physique en 2009.
Que les câbles sous-marins pour télécommunication aient été mis en place depuis si longtemps me fait aussi personnellement péter un câble. Premier câble télégraphique vers 1850. À l’époque, les câbles étaient plein de cuivre, plus lourd, et les bateaux ne pesaient pas des tonnes avec de belles cubes d’enrouleur. Malgré tout, ils arrivaient – quelques fois mais pas toujours – à raccorder via la mer, différentes terres. En 1900 c’est 200 000 km de télécommunication qui a déjà été déposé (Arte, 2022 ; Takeshita et al., 2019).
Courant 2019 c’était 59% de la population mondiale qui était connectée à internet (El-Sahli, 2020). Aujourd’hui on peut imaginer encore plus encore. Comme vu tout le long de ce dossier, la data, le nombre de données et les capacités en télécommunication ne font toujours et encore qu’exploser.
Du milliard de millions de data
Un seul câble sous-marins peut renfermer 6 à 24 paires de fibres optiques pour ceux mis en réseau dans quelques mois. Un seul câble sous-marin c’est des des dizaines (autour de 8 paires de fibres optiques) voire des centaines de Térabits (12 à 24 paires de fibres optiques) à la seconde pour les plus récents : des milliards de lignes téléphoniques réunies, des milliers de DVD à la seconde (Takeshita et al., 2019).
On arrive même aujourd’hui à atteindre un débit du Pétabits à la seconde, soit 1 000 Terabits ou 1 millions de Gigabits ou un milliard de millions de 0 ou 1 à la seconde. Vous vous imaginez vous, de cliquer ce nombre de fois sur l’interrupteur de votre cuisine pour faire des « Jour/Nuit » ? Un milliard de million. Même dans une année je me poserais la question. Mais en une seconde bordel ! De quoi péter un câble.
Figure 42. Schéma des composants électroniques du Multiplexage par extron.com
Le Multiplexage
Pour arriver à un tel débit d’information, j’ai toutefois omis une information. Mince. Une perte de paquets qui ne sont pas arrivés. Je vous repasse alors la camionnette et la chanson. Vous savez dans une fibre optique, on envoie une onde lumineuse, avec plusieurs impulsions, n’est-ce pas ? Et ces impulsions ne peuvent pas être indéfiniment courtes pour toujours et encore plus y écrire un message, de l’information.
Pour augmenter le débit d’informations, on utilise alors d’autres type de lumière. On appelle ça du multiplexage (Wavelenght Division Multiuplexing : WDM). Par illustration, on peut envoyer du bleu, comme du rouge et du vert. Et tout ça dans le même chemin, dans la même fibreoptique pour les guider. On a alors des composants électroniques qui en amont et en aval du câble, trie à nouveaux les informations. Les camions verts vont avec les camions verts et les camions rouges vont avec les camions rouges. Mais durant le chemin tout le monde se déplace sur la même route. Pour une fibre optique, une seule, on peut faire passer une centaine de différente lumière. Une centaine de camionnette de différente couleur !
Figure 43. Le bordélique réseau internet illustré par Matt Britt (?) pour “the OPTE project” sur wikipedia
Et dans tout se bordel, comment personne ne s’y perd ?
Parmi ce nombre faramineux d’informations, certaines peuvent se perdent. On parle de perte de paquets, en terme technique. Malgré tout, comme illustré par mon petit paragraphe précédent sur le multiplexage, vous avez quand même reçu l’information. Pour recevoir les paquets perdus, côté chez nous ordinateur-routeur, on redemande alors là-bas au data center, de nous renvoyer la camionnette manquante.
Les causes d’une perte de paquet peuvent être nombreuses. Pour le côté réseau internet, non seulement il y a de plus en plus de brouhaha et de circulation dans les câbles, mais en plus le réseau internet est toujours et encore plus complexe, avec toujours plus de carrefours, et de branches, et de directions, et de sous-régions, et d’inter-connexions de sous-régions. Bref. C’est vraiment un réseau tentaculaire.
Toujours plus vite
Le temps que met une information pour arriver du data center à notre ordinateur est appelé temps de latence. C’est la fameux lag, qu’on peut entendre en expression ici et là. Maintenant qu’on connaît bien que l’information se propage par la lumière, on peut calculer le temps minimal que devrait mettre l’information pour arriver à la maison. Il faudrait juste connaître la distance de notre habitation avec le data center en question.
La lumière se propage dans la fibre optique standard, donc, dans du verre. Dans du verre, la lumière fait en une seconde en 200 000 km environ. Pour traverser les, disons environ 7000 km de l’Atlantique entre l’Amérique du Nord et l’Europe, la lumière devrait donc mettre 35 ms. En théorie bien sûr. Parce qu’en pratique, c’est toujours un plus lent à cause des fameux carrefours et embouteillages justement. On tourne autour des centaines de millisecondes, souvent.
Tout ça c’est dans les fibres optiques pleins de verre. On peut toutefois noter que dans l’air, la vitesse se propage plus rapidement, presque de l’ordre de la vitesse de la lumière dans le vite pas loin de 300 000 km/s. Les fibres optiques microstructurées où la lumière se propage dans l’air seront alors peut-être l’avenir qui sait.
Figure 44. Le chemin parcouru par le câble SACS
Réseau et complexité
Ainsi, normalement, si on connecte tout le monde entier avec des câbles sous-marins on devrait pouvoir toujours communiquer plus vite avec nos voisins ? Ça encore une fois, c’est en théorie. Parce qu’en pratique c’est plus compliqué que ça, comme le montre une étude sur le câble sous-marin reliant Angola au Brésil : le câble SACS, de 6 000 km et quelques de longs qui a coûté 278 millions d’euros (Fanou et al., 2020).
Les chercheurs de cette étude en sciences de l’information pure et dure, ont mesuré le temps d’aller-retour d’un message entre deux adresses IP, avant et après la pose du câble reliant le Brésil à l’Angola. Les chercheurs tentent alors de mesurer les effets du câble récemment connecté. Résultat le plus logique, grâce au nouveau câble sous-marin, les transmissions d’informations sont plus rapides entre Afrique et Amérique-du-Sud car le câble relie ces deux parties du monde.
En revanche, et c’est là que c’est intéressant, la moyenne du temps des échanges mondiaux des communications avec l’Amérique du Sud a baissé de quelques millisecondes. Dans l’article il parle de 38 %, mais ça ne reste qu’une médiane avec de nombreuses variations. La dégradation du temps de latence – ou du temps d’aller-retour du message – est notamment due à de plus grande latence de communication avec le continent asiatique et le continent européen.
En clair, rajouter un câble sous-marin ne veut pas automatiquement dire que ce soit entièrement bénéfique. Je ne sais pas si on peut approcher ça du Paradoxe de Braess. C’est une bizarrerie similaire qu’on peut illustrer par les réseaux routiers. Ajouter une voie sur une route, ou ajouter carrément une route, ne veut pas automatiquement dire améliorer la rapidité des trajets ou fluidifier un trafic. Lors de la construction d’un passage plus avantageux, tout le monde a tendance à le prendre dans tous les cas. Et donc on ne fait que déplacer voire empirer le bordel.
Figure 46. Quelques connexions établies à Marseille
D’autres styles de réseaux
Le problème étant qu’internet est pas mal centralisé. C’est-à-dire qu’il n’y a qu’une tête de data center duquel découle la colonne vertébrale de câbles. Par exemple, pas toutes les villes des côtes françaises accueillent les gros câbles sous-marins. Marseille est la première ville où atterrit la plupart des câbles sous-marins du pays. En 10 ans, par l’installation de ces câbles, la ville est passée de 44ème à 7ème ville mondiale du flux internet (siecledigital.fr). 17 câbles. Reliée à 45 pays. À quelques millisecondes 4,5 Milliards de personnes. Et ça c’est seulement au moment où je parle, début 2023. D’autres câbles sont en cours de construction et seront mis en place dans quelques années voire quelques mois.
Une vision plutôt centralisée d’internet, avec une tête et des gros nœuds. Les data centers sont la tête du bonhomme internet, et la colonne vertébrale sont les câbles sous-marins. Puis tout le reste du corps se connecte à la tête via la colonne vertébrale. Une vision centralisée du réseau. Mais il y a une autre façon de voir les choses : qu’au lieu que ce soit la tête qui détienne l’information, que ce soit un peu tout le monde au milieu des articulations. Que chaque petit ordinateur puisse être un mini data center (Peer to Peer : P2P). Voilà une autre vision du réseau qu’est internet.
Figure 47. Réseau veineux d’un blob
La leçon du Blob
Un internet centralisé. Des data centers et des voies sous l’emprise de grands groupes privés. Des voies de communication écoutées et espionnées. Des data centers qui demande une énergie considérable. Des pertes de paquets et de données. Des congestions des voies dans lesquelles c’est de plus en plus le brouhaha. L’ajout de voies qui parfois sont contre-productives. Bref. Créer un réseau parfait, c’est compliqué.
C’est bien pour ça qu’il existe d’ailleurs de centres entiers d’opérations du réseau pour gérer un peu tout ça. Finalement, ça a beau être technique et de plus en plus automatique, le fait que tout soit connecté complique la chose. Et il faut bien des humains pour gérer cette complexité. Ou alors on pourrait peut-être demander au blob de créer notre réseau internet parfait. Le blob étant un organisme unicellulaire – dont on a parlé en l’épisode 486 – qui arrive à créer un réseau veineux parfait pour acheminer sa nourriture le plus rapidement possible à son organisme.
Figure 48. La complexité des réseaux
Conclusion
Pour terminer ce dossier, je ne suis ni physicien, informaticien ou un expert des sciences de l’information. Je ne suis qu’un petit curieux qui s’est pris d’amitié pour les câbles sous-marins de télécommunication. Pris d’amitié. Oui pourquoi pas. Vous n’aimez pas les câbles ? Bref. Avis aux expertes et expertes du domaine, si une bourde ou une erreur est présente, n’hésitez pas à péter un câble en commentaire. On fera au mieux pour corriger l’information. Et je mettrais ça sur le dos du lag et des pertes de paquets.
Pour conclure, si on devait retenir qu’une seule chose de ce dossier, retenons qu’internet est loin d’être immatériel. C’est au contraire un petit bijou technologique. Qui utilise, qui consomme, que dis-je… Qui dévore de l’énergie électrique. Et qui, au fil du siècle, est devenu complexe. Au point qu’on commence à observer des phénomènes inverses à ce que l’on souhaitait. Alors si un jour vous n’avez plus internet. Peut-être est-ce à cause d’un chat qui a fait pipi sur un câble à l’autre bout de la planète…!
Salut internet ! Vous êtes bien connectés ? Si vous écoutez en ligne ce podcast, il est fort probable que son signal ait parcouru des centaines de kilomètres pour arriver sur votre ordinateur ou votre portable. Peut-être même que ce signal a traversé les océans, provenant d’un lieu dont vous n’êtes même pas au courant. En cet épisode 489 on va parler internet et camionnette et surtout câble sous-marin. Vous écoutez Podcast Science, en direct d’internet, nous sommes le 05 Avril 2023, bienvenue !
Bonjour, c’est Alan de Podcast Science. Une émission qui existe pour vous, grâce à vous. Si vous aimez ce que nous faisons et souhaitez nous soutenir, il suffit d’appuyer sur pause, de filer sur patreon.com/podcastscience et faire un petit don. Oh même tout petit hein. Pour même pas le prix d’un café par mois, vous nous aidez à servir la science dans la bonne humeur. Et c’est notre joie. Merci et bon épisode. Nous sommes le 22 Mars 2023. C’est l’épisode quatre-cents-huitante-huit. Bienvenue.
Tour de table
Bon vous l’aurez peut-être compris, ce n’est pas Alan qui parle. Je n’ai pas sa belle voix radiophonique. Je vous ai pranké, comme dirait une certaine génération, ou je vous ai brain, comme diraient des plus jeunes si ça a vraiment fonctionné. C’est Cleora. Et, justement, en cet épisode on va parler de fake, de faux, de canulars et des trucs qui sortent de l’ordinaire avec :
Alexa depuis Los Angeles
Taupo depuis Paris
et Pascal du côté de Mulhouse
Au menu on a des galaxies planquées, des croyances déglinguées, des plantes ensorcelées et des animaux complètement éclatés. Et je vous propose de commencer par les animaux.
Cleora: Prenez des notes sur le Dahu, après on part en expérimentation sur le terrain
nyves: @Pascal yep
kaou: en plus parfois c’est cross-genre voire même cross-famille
ashka: @nyves le dextre, le sénestre … et il y a un ambidextre qui est un peu … pas gâté par la nature 🙂
nyves: @ashka c’est moins pratique, ou alors c’est juste un chamois
kaou: et des dahus qui ne font que monter ou descendre face à la pente, y’en a ?
nyves: @kaou je pense pas, parce qu’une fois en haut ils sont emmerdé
Pascal: @kaou ceux là il doivent mojnter ou descendre en marche arriere
Blue Phenix: bah ils peuvent redescendre en marche arrière
nyves: ah oui, ca se tiens
ashka: @Cleora j’ai acheté le livre en deux tomes sur le sujet, avec des dahus représentés sur un portrait de Napoléon ^^
Taupo @pierrekerner@mastodon.social: moi maintenant j’y crois
ashka: @nyves je confirme, c’est moins pratique ^^
Taupo @pierrekerner@mastodon.social: @Alexa Sadier Explorabat 🦇 est trop crédible
nyves: y a des dunes impressionnates dans le sahara, ca m’etonne pas
nyves: Apres, je pense que les dahu sahariens doivent avoir des pieds plus larges pour pas s’enfoncer dans le sable
kaou: un ADN 99.8 % identique aux lichens
nyves: lol
ashka: il y a une vidéo sur un centre de réhabilitation de dahu, avec des attelles et tout et tout (peut-être partagé ici d’ailleurs?)
nyves: et on peut faire un dahu parc?
Blue Phenix: @ashka vas-y envoie je veux voir ça XD
nyves: la drogue c’est mal!
Blue Phenix: ah bah voila Kaou lol
nyves: ah, bas, va la
ashka: @nyves chez les poneys, c’est plutôt les camargues qui ont les pieds larges pour se débrouiller dans les terrains marécageux. Les arabes ont les pieds plutôt fin …
kaou: un hybride qui aurait toutes ses pattes de même longueur aurait du mal à survivre
Taupo @pierrekerner@mastodon.social: Le dahu l’intégral – Patrick Leroy Tome 1 légende vivante des montagnes Tome 2 encyclopédie complémentaire à la précédente
ashka: il est dans ma pile à offrir @Alexa Sadier Explorabat 🦇
nyves: @Pascal et pourquoi pas des renards senestres et dextres?
Johan Mazoyer 🪐: ahaha
Johan Mazoyer 🪐: moi j’ai douté du coup à un moemnbt
Blue Phenix: Dire qu’en ce moment je passe un DAEU … lol
nyves: le comité de relecture du journal international de dahu!
nyves: ca doit être du niveau des chasseurs des inconnus
ashka: j’ai des coupures dans le son, y a que moi ?
nyves: nope, ca fonctionne ici
barenziah : ici c’est ok
Blue Phenix: @ashka pas de coupure chez moi
kaou: j’en ai eu une y’a 10 bonnes minutes mais c’est tout
Alexa Sadier Explorabat 🦇: et bien oui il y a le dahu qui monte et qui descend !ahah
nyves: c’est les grèves
ashka: @nyves le même qui a publié sur les trottinettes et le colis…
Blue Phenix: @Alexa Sadier Explorabat 🦇 super chronique ^^ brao
Blue Phenix: bravo
nyves: les trottinettes et les colis?
ashka: @nyves je suis à Bruxelles 🙃
Pascal: @Alexa Sadier Explorabat 🦇 il y a des études sur l’accouplement des dahu dextre et senestre ?
Alexa Sadier Explorabat 🦇: 🙂
Blue Phenix: @Pascal pas d’accouplement en 69 XD
nyves: bravo @Alexa Sadier Explorabat 🦇
ashka: @nyves le covid … nouveau téléphone, mon correcteur manque encore de vocabulaire
Alexa Sadier Explorabat 🦇: ahah @Pascal pas encore mais on a mis des caméras pour voir
nyves: @ashka 😉
Alexa Sadier Explorabat 🦇: merci à tous c’était très marrant à écrire en tout cas 😀
nyves: et si un président américain prétends que ses adversaires mentent, alors qu’ils sont juste pas d’accord avec lui?
nyves: voir, ont des preuves?
nyves: le biais de confirmation est le plus répandu et le plus dangereux!
Blue Phenix: je confirme !
nyves: par exemple, je sais que j’ai raison mais personne ne me crois!
ashka: @nyves les biais, c’est aussi un truc de dahu?
Blue Phenix: mdr pas mal
nyves: bah, vi, quand ils sont sur une surface plate
Alexa Sadier Explorabat 🦇: xD
nyves: Macron qui intervient à 13h quand tout le monde bosse (comme par hasard!)
nyves: mon groupe FB préféré “Complot facile pour briller en société”
ashka: @nyves mais nooon, c’est pour parler aux territoires, tu sais, les gens qui rentrent chez eux le midi …
nyves: vi, vala
Blue Phenix: @nyves ah oui super ce groupe ^^
nyves: putain, mais non, @Cleora , me lance pas dessus, je vais exploser
ashka: ni de droite ni de gauche, c’est souvent très à droite… (le crayon média est un parfait exemple)
nyves: carrèment
barenziah : très bonne vidéo de hacking social sur ce thème
nyves: ou “on peut plus rien dire” -> avant on pouvait le dire mais c’était déguelasse
Blue Phenix: sans oublier les francs maçons et les illuminatis
nyves: le premier qui arrive a me définir woke gagne une galette complete
Blue Phenix: c’est une espèce de grosse poêle pour cuisiner des plats asiatiques
Agness: Aloha
nyves: arf, j’aurais du mieux définir
nyves: helo @Agness
ashka: @Blue Phenix c’est quand bien quand les ouvriers sont honnêtes …
barenziah : erreur @Blue Phenix je fais une excellente carbonara dans mon wok
nyves: @barenziah une carbonara à la crème?
Agness: Une bonne cuisson au wok c est top
barenziah : salut @Agness
Blue Phenix: salut @Agness
barenziah : OUI
barenziah : c’est bon la crème
Blue Phenix: Lol la question piège des carbonaras à la crème XD
Agness: C est pas un Carbo sibyabde la crème
Blue Phenix: c’est clair c’est meilleur avec ! et une tonne de fromage !
Pascal: @nyves ca veut dire “progressiste” non ?
ashka: @nyves si tu trouves qu’on peut plus rien dire, c’est qu’il est temps de fermer ta g***** (de Sandrine Deloffre)
nyves: @Agness c’est plus compliqué que ca
Blue Phenix: Woke c’est la culture de ceux qui sont se disent conscients de toutes les discriminations possibles lol
nyves: @Pascal c’est la définition de base, donc, je suis woke
nyves: @ashka excellent, je la resortirai
Blue Phenix: D’ailleurs c’est marrant, maintenant tu tapes woke dans la recherche d’image, t’as plus une seule poêle !
nyves: lol
kaou: faut pas mettre d’e
Blue Phenix: @kaou ahhhhh oui effectivement XD
ashka: @nyves celle de @Blue Phenix est plus proche : c’est pas tant être progressiste qu’être conscient sur les différents systèmes d’oppression
Blue Phenix: je l’ai toujours mal écrit en fait XD
nyves: oui, y a eu un billet dessus sur Skeptik with a K ou Skeptik Guide to the universe sur le débunkage
ashka:
nyves: @ashka yes, et c’est super compliqué quand tu es un homme blanc cis middle classe de t’en rendre compte
barenziah : ha ha 😅
Pascal: oui, c’est pour ca que je dis souvent que j’essaie d’être woke
Johan Mazoyer 🪐: ouhla ASTROLOGUEEE !
nyves: yep
Johan Mazoyer 🪐: pas Astroplogue, astronome 😀
Johan Mazoyer 🪐: on coupera au montage
nyves: Lao Tseu a dit : Attendez moi les mecs, je vais pisser
kaou: lol
Taupo @pierrekerner@mastodon.social: il a fé expré
kaou: 1935 c’est EPR
Blue Phenix: J’ai un voisin, il a des cornes, c’est un papillovirus aussi ?
Cleora: astroloooogue
Taupo @pierrekerner@mastodon.social: ou un cocu @Blue Phenix
nyves: @Blue Phenix c’est un bélier ou sa femme le trompe?
Agness: Snif je fini trop tard à chaque fois je vous rate…
Blue Phenix: les deux je crois !
nyves: la coupure brutale!
barenziah : clac
Johan Mazoyer 🪐: ahah
nyves: la violence
ashka: j’ai plus de son, je suis sur la 4g, je reste pour la papote
Blue Phenix: c’est pas coupé reclique sur la lecture
Agness: Oulala je sens les larmes monter
ashka: @nyves tu parles de macron?
nyves: pas de son
nyves: @ashka je pourrais
Blue Phenix: ahh non c’est le début qui reprend
Blue Phenix: lol
Taupo @pierrekerner@mastodon.social: Alexa continue à nous expliquer des trucs sur le Dahu
nyves: sinon, y a Cannibal Corpse qui est passé à Rennes, hier, ca devait être assez violent aussi
Blue Phenix: ah non, c’est bizarre ^^”
Blue Phenix: le lecture bug un peu je crois
barenziah : bonne nuit à tous
Blue Phenix: Bonne nuit @barenziah
kaou: baille baille
Blue Phenix: /moan
Agness: C est qd le prochain direct ?
Cleora: Bonne soirée !
nyves: en fait Macron me fait penser de plus en plus aux patrons de grosses boites et leurs DRH, qui t’enfume en disant qu’ils vont discuter avec les syndicats, qui décident tout seuls et après regrette que les organisations syndicales n’ait pas signé
Blue Phenix: @nyves bah à la fois quand tu vois où il bossait avant … ça ne m’a jamais étonné perso
nyves: j’en ai vu plein quand j’assisté encore aux réunion CSE
ashka: Le mec hors système qui a fait carrière dans les banques … lol
nyves: 😉
Blue Phenix: Fallait parler des poulets raptors ! c’est du véridique ça au moins ! lol
Agness: Tjrs ce méfier des hommes avec des cravates
Blue Phenix: Bah voila, ils nous disent même pas au revoir
Blue Phenix: !
Blue Phenix: Remboursé ! Remboursé !
nyves: la dictature c’est “tu peux pas parler” la démocratie c’est “cause toujours”
Blue Phenix: un banquier en plus ! tous des voleurs ! et on lui confit le pays !
nyves: @Agness ca doit bien faire 10 ans que j’ai pas porté de cravates et au moins 7 que je vais au taf que en T-shirt geek
Agness: Alors on peux te faire confiance….. 😁 😁
Blue Phenix: @nyves Président !!
nyves: ca dépend sur quoi!
nyves: oh, non pas président, mm pas en rêve j’en veux
nyves: déjà que j’ai refusé d’être chef au taf
ashka: vous voulez qu’on parle d’Elon Musk? je ne sais pas s’il porte des cravates mais il est en train de tourner en méchant de James bond
Blue Phenix: tourner ? non il a toujours été comme ça le mec
Agness: Pour faire de la politique faut vendre son âme au diable. ndre son âme au diable…
ashka: disons que ça se voyait moins avant je trouve
Blue Phenix: ça enlève rien à son côté … visionnaire on va dire, mais comme patron c’est une saloperie ouai
nyves: putain Musk, quand est ce qu’on lui coule une paire de botte en ciment et qu’on le balance dans la baie de SF?
Une TCC, une Thérapie Cognitive et Comportementale, est une approche psychothérapeutique. Une thérapie psychologique, donc, qui vise la santé mentale de l’individu. Commençons par là. La santé mentale. Une composante essentielle de la santé globale d’un individu souvent minimisée dont on ne parle certainement jamais assez. Quand on évoque la santé mentale ou pense tout de suite aux maladies mentales qui touchent au moins 1 personne sur 8 dans le monde selon l’Organisation Mondiale des Maladies (OMS). Les troubles mentaux tels, les dépressions, les schizophrénies, les troubles de l’anxiété et j’en passe.
Mais la santé mentale ce n’est pas que résoudre des problèmes complexes comme les troubles mentaux. C’est plus globalement s’assurer un bien-être mental pour qu’on puisse vivre ce qu’on a envie de réaliser et d’apporter à la société. En clair, contrer tout handicap et toute souffrance psychique qu’une personne pourrait rencontrer dans la vie par rapport à la personne moyenne. Que la personne soit autonome et en plein potentiel de ses ressources. Voilà le but ultime d’une bonne psychothérapie.
Figure1. Les interactions entre pensées, comportements et émotions. Qui est la cause de qui ? Là est toute la question dans l’histoire de la science qu’est la psychologie où plusieurs modèles et discussions ont vu le jour. Aujourd’hui on parle de « complexité » de « processus » et de « fonctionnement en réseau ». En TCC, on appuie davantage sur une prédominance causale des pensées sur les comportements et émotions.
On s’intéresse au « comment c’est là aujourd’hui »
Une TCC, une Thérapie Cognitive et Comportementale, vise la santé mentale donc, et plus particulièrement en se centrant uniquement sur l’individu. Centrée sur l’individu c’est-à-dire qu’on s’intéresse à sa subjectivité, ses comportements, ses émotions, ses pensées. Ou plus particulièrement, en TCC on s’intéresse à savoir comment tout ça – pensée, émotion et comportement – s’articule entre-eux : – comment cette émotion est arrivée là (analyse fonctionnelle, histoire de l’individu) ; – comment ce comportement est resté là avec le temps (habituation, conditionnement) ; – puis comment vivre avec (thérapie d’acceptation) ; – ou idéalement comment s’en débarrasser (restructuration cognitive).
Vous l’aurez compris, en TCC on ne s’intéresse pas au «pourquoi » (Pensée abstraite-analytique). On s’intéresse au «comment » (Pensée concrète-expérientielle ; Processing Mode Theory de Watkins, 2008) des problèmes, de manière concrète et actuelle contrairement à d’autres thérapies cherchant une résolution en cherchant le « pourquoi » dans les souvenirs passés. Pour paraphraser Jean Cottraux, psychiatre psychothérapeute français communiquant sur les TCC, on ne traite pas le symptôme. On change les chemins qui mène à ce symptôme. « […] Les TCC cherchent à modifier les facteurs de déclenchements et de maintien des perturbations perçues par le patient. » (Cottraux, 2020, p.5)
Tentative de définition simple d’une TCC
Ainsi, si je devais, moi, définir ce qu’est une TCC je la définirais comme ça : une TCC, une Thérapie Cognitive et Comportementale, vise la santé mentale de l’individu en modifiant sa propre manière de fonctionner via ses comportements, émotions et pensées.
Une TCC tente donc de modifier le fonctionnement d’une personne pour qu’elle devienne plus adaptée. Plus fluide. Plus à l’aise avec soi et son environnement. Du point de vue des TCC, un mauvais fonctionnement par rapport à son environnement équivaut à inadaptation, un handicap ou une maladie. Et ce mauvais fonctionnement est là parce qu’on l’a appris durant toute sa vie. C’est l’environnement qui a changé, et nous on est là avec un fonctionnement appris du passé.
Illustrer un peu le «fonctionnement inadapté »
Exemple simple, disons que je suis français et qu’au passage piéton j’ai l’habitude de traverser n’importe comment et n’importe quand. Un comportement habituel, quotidien et que la plupart des gens fait autour de moi. Imaginons que je change de pays. L’Allemagne par exemple. Et que je traverse sur un passage piéton alors que le petit bonhomme est rouge. Les allemands me verront réaliser un comportement comme totalement inadapté. Parce que eux attendent, évidemment, que le petit bonhomme soit vert pour traverser.
Bon. C’est un mauvais exemple. C’est un comportement culturel duquel on peut s’adapter facilement sans en être malade ou handicapé. Mais c’est juste pour illustrer l’idée que : un comportement appris devient inadapté quand l’environnement change.
TCC : une thérapie scientifique
Parmi la constellation de thérapies
D’autres psychothérapies centrées sur l’individu existent. Elles peuvent s’inspirer davantage par exemple de la psychanalyse, regroupées sous le nom de thérapie psychodynamique et psycho-analytique. D’autres sont plus axées sur l’expérience, la phénoménologie et l’humanisme sous le nom de thérapie existentielle, d’analyse transactionnelle ou de Gestalt-Thérapie. Toutes ces dernières, dont les TCC donc, sont grandement centrées sur l’individu, contrairement à d’autres psychothérapies plus sociales comme la thérapie de couple, thérapie systémique, thérapie interpersonnelle ou thérapie familiale.
D’autres psychothérapies encore, sont davantage dans le soutien. Les études scientifiques étant encore trop récentes actuellement, malgré des résultats prometteurs. Ces autres types de thérapies utilisent un média innovant. Par exemple le cheval, à travers l’équithérapie, ou plus globalement l’animal, et là on parle alors de Zoothérapie. Ou encore le média de l’art, à travers l’art-thérapie, la musicothérapie, la danse-thérapie voire même la dramathérapie par le théâtre et les jeux de rôles !
Figure 2 : classification PERSONNELLE (← rien d’officiel ou de scientifique, c’est juste pour illustrer ♥ ) des psychothérapies
Toute psycho-thérapie ne se vaut pas !
Parmi toutes ces thérapies citées, toutes sont prometteuses voire efficaces plus ou moins en fonction de la souffrance psychique. Les thérapies psychodynamiques auraient, par exemple, des effets positifs pour contrer certaines attaques de panique ou gérer les troubles de la personnalité (APA division 12, 2015 ; Fonagy, 2015). Tandis que nos thérapies cognitivo-comportementales sont efficaces pour la plupart des souffrances et troubles mentaux ; et notamment à prescrire en premier pour tous les troubles anxieux et dépressions de légère à modérée.
En dehors des psychothérapies citées, tout le reste avec le mot thérapie promouvant le bien-être a de grande chance d’être de l’ordre des pseudo-sciences comme l’auriculothérapie, sylvothérapie, lithothérapie… Quant aux phyothérapies et aromathérapies, je laisse Eléa en parler pour un futur dossier. 😀 Car il y a du bon et du mauvais. Du tri à faire. Et ça dépasse la psychothérapie seule allant jusqu’à la médecine et la pharmacopée soignant même le corps.
TCC : la meilleure des psychothérapies
Après cette mise au point parmi le vaste champs des thérapies, revenons à la meilleure ; revenons à notre TCC. Pourquoi je dis la meilleure ? Car c’est bel et bien la seule psychothérapie ayant autant d’études scientifiques à l’appui ! (Exemple du taulier rapport de l’Inserm.) Une TCC, une thérapie cognitivo-comportementale, est une thérapie scientifique. Basée sur les travaux scientifiques.
Pour illustrer comment on étudie scientifiquement l’efficacité d’une psychothérapie, je vous propose alors d’éplucher une étude ensemble. N’allons pas chercher une souffrance psychique des plus extraordinaires. Parlons d’une des souffrances les plus simples que tout le monde peut s’imaginer : un mal de dos quotidien. Car oui, la souffrance d’un mal de dos chronique peut être traitée efficacement par une thérapie cognitive (Hoffman et al., 2007).
Figure 3 : les colonnes de Beck exemple tiré de anebquebec.com
Exemple d’une étude scientifique
Une étude sur la douleur chronique
J’ai pris une étude de 1993 (https://doi.org/10.1016/0304-3959(93)90128-C) réalisée par des chercheurs de Washington : Judith Turner psychiatre & Mark Jensen psychologue. Tous les deux sont toujours aujourd’hui spécialistes des douleurs chroniques. Je suis remonté à une vieille étude d’il y a 30 ans car aujourd’hui on mélange pas mal de variables. Ici, cette étude évalue la thérapie cognitive seule, sans la combiner avec quoique ce soit. De plus, elle est citée par plusieurs méta-analyses sur les thérapies cognitives ; je me remets donc à la crédibilité des scientifiques internationaux sur plusieurs années, pour tomber sur une bonne étude à illustrer.
Figure 4 : thérapie cognitive de Beck
Objectifs de l’étude
Dans l’étude, l’efficacité d’une thérapie cognitive est comparée à la fois à une thérapie centrée sur la relaxation et à un groupe contrôle n’ayant aucune thérapie. Trois groupes donc, plus un quatrième dans lequel on évalue l’efficacité de la combinaison des 2 thérapies : cognitive + relaxation. Pour un total de 102 participants – ayant un mal de dos chronique qui dure depuis plus de 6 mois – on a alors à peu près 25 personnes dans chaque groupe, qu’on suit avant, pendant et après la thérapie pendant un an.
Les participants faisant partie du groupe de la relaxation, suivent une séance hebdomadaire d’entraînement à la relaxation avec un praticien, pour la pratiquer quotidiennement. Quant aux participants faisant partie du groupe évaluant la thérapie cognitive, ils suivent un protocole d’une thérapie cognitive classique (Beck et al., 1979) avec un/e thérapeute :
identifier les émotions négatives liées à la souffrance ;
identifier les pensées inadaptées ou handicapantes liées à ces émotions ;
apprendre une manière plus objective et adaptée de penser les choses pour les contrer ;
noter les différentes manières de penser ou d’agir autrement.
Les patients-participants sont invités à réaliser ce protocole de manière quotidienne, en notant par exemple tout ça, émotions, comportements et pensées, sous une forme de tableau (appelé colonnes de Beck, cf. Figure 3).
Variables bloquées et contrôlées Vs Variables mesurées
Ensuite, pour limiter les variables qui peuvent influencer l’expérience, les chercheurs en contrôlent intelligemment le maximum. Par exemple, les attentes et motivations de chaque participant sont évaluées avant thérapie, ainsi qu’un retour sur expérience après thérapie. Les chercheurs ont même pris la peine de contrôler que la variable thérapeute ne soit pas prise en compte. Parce que peut-être qu’un thérapeute aurait pu être plus efficace qu’un autre, par exemple.
Quant aux variables mesurées, avant et après thérapie, c’est-à-dire les critères auxquels on s’intéresse pour évaluer l’efficacité de la thérapie, elles sont au nombre de 5 : – l’intensité de la souffrance (par le Visual Analogue Scale) ; – les difficultés ressenties comme handicapantes (par le Sickness Impact Profile) – la dépression (par le Beck Depression Inventory, cf. Figure 10) ; – le fonctionnement cognitif et pensées inadaptées (par le Cognitive Error Questionnaire) ; – une observation qualitative des comportements et signes visuels de souffrance par autrui, des personnes entraînées (grimaces, prudence, le fait de se tordre de douleur…).
Figure 5 : résumé de l’article en un petit schéma
Les observations intéressantes
Je dois avouer ne pas bien comprendre l’intérêt de ce dernier critère. Mais peu importe car c’est le seul pour lequel on observe aucune différence entre l’évaluation avant et après thérapie. Cela veut dire que finalement, peu importe l’intensité des signes visuels de souffrance que la personne fait ressortir, ce qu’elle ressent peut tout à fait être d’une intensité différente.
Tous les autres critères cliniques, donc, ont été amélioré quel que soit le groupe, quelle que soit le type de thérapie. Fait rigolo, c’est même le cas pour les personnes qui n’ont reçue aucune thérapie ! Le groupe contrôle donc. Juste le fait d’annoncer à ces personnes qu’ils participent à une expérience, sur ce qui leur fait souffrir au quotidien, permet déjà de baisser leur souffrance. Autrement dit, le simple fait de s’intéresser aux problèmes des gens, améliore leur bien-être. Irène et Eléa en avait déjà parlé dans l’épisode 350 :
On pourrait presque parler d’effet Hawthorne. C’est un effet observé scientifiquement la première fois lorsque des chercheurs se sont intéressés aux conditions de travail d’ouvriers dans une usine Hawthorne. Rien que le simple fait d’être au courant de participer à cette expérience, les personnes concernées ont augmenté leur productivité. Dit plus simplement donc, s’intéresser aux gens augmente déjà leur bien-être et leur motivation. Mais pas autant que ceux qui suivent en plus une thérapie appliquée. Bien sûr.
Figure 6 : L’usine Hawthorne Works
Les résultats attendus
En effet, l’amélioration des signes cliniques est significativement plus grande pour les groupes ayant reçu une thérapie par rapport au groupe contrôle. Ça montre donc l’efficacité de la thérapie cognitive. Mais aussi de la relaxation. Ces signes cliniques, sont, je le rappelle : l’intensité de la souffrance, les difficultés ressenties comme handicapantes, la dépression et le fonctionnement cognitif lié aux pensées inadaptées.
Ça c’était leur première hypothèse. Validée donc : (H1) Toutes les thérapies sont plus efficaces que le groupe contrôle. Les chercheurs avaient formulées 3 autres hypothèses comme quoi ils observeraient des différences sur certains signes cliniques mesurés entre les 3 autres groupes – le groupe avec thérapie cognitive, le groupe avec relaxation et le groupe ayant reçu les 2 thérapies : – (H2) Relaxation plus efficace que Thérapie Cognitive sur intensité de la souffrance – (H3) Thérapie Cognitive plus efficace que Relaxation sur le côté dépressif et fonctionnel – (H4) Le groupe ayant reçu les 2 thérapies observent la plus grande efficacité
Or, aucune différence n’a été observée entre les 3 groupes (avec thérapie(s)). Est-ce parce qu’il n’y a réellement aucune différence ou c’est à cause d’un échantillon trop faible ? C’est une question que les chercheurs posent en discussion. Est-ce qu’une simple relaxation est aussi efficace qu’une thérapie cognitive, même sur la cognition ? Tout ce qu’on peut dire aujourd’hui 30 ans plus tard, c’est que la relaxation fait maintenant partie intégrante d’un certain nombre de thérapies cognitivo-comportementales.
Les origines des TCC
La science, ce chemin de la connaissance : les 3 vagues
Figure 7 : les 3 vagues des TCC
Oui relaxation et thérapie cognitive ont finalement fusionné. En science il y a des courants et théories qui émergent, s’opposent ou s’additionnent. Hé bah, pour les TCC, c’est exactement pareil. Il y a 100 ans, au tout début c’était une science du comportement. On parle alors d’habituation et de conditionnement. Puis s’est ajouté l’aspect cognitif, il y a 50 ans. La cognition, c’est-à-dire nos processus et pensées pour utiliser et acquérir de la connaissance. De là, d’une thérapie comportementale, elle est devenue thérapie cognitive et comportementale. Et enfin depuis une vingtaine d’années, s’est ajouté l’aspect émotionnel ou « relaxionnel » si le mot pouvait exister.
On a l’habitude d’enseigner ça comme les « 3 vagues des TCC ». La vague comportementale, la vague cognitive puis la vague émotionnelle. Je ne vais pas m’attarder dessus. Il y a déjà pas mal de ressources sur internet. Et c’est tout un cours magistral avec plein de notions et de noms : Skinner jusqu’à Bandura pour l’aspect comportementale ; Beck ou Ellis pour l’aspect cognitif ; Rogers ou Hayes pour l’aspect humaniste et émotionnelle.
TCC : de la psychologie « froide et mécanique » ?
Ce que je vous propose plutôt est de détailler les 5 grandes lignes, les 5 grandes étapes, du déroulement d’une thérapie cognitivo-comportementale. TCC qui, comme on vient de la voir avec la prise en compte du côté émotion et relaxation, contrairement aux idées reçues, n’est pas une thérapie froide et mécanique où on applique sèchement des protocoles pour que la personne entre dans un modèle parfait et idéal. Non. L’individu est pris en compte. Ses émotions. Ses ressentis. Bref, sa subjectivité. Les thérapies sont individualisées en fonction de l’histoire, des motivations et des attentes de la personne.
Exemple simple, une personne qui consulte de sa propre initiative a des attentes et une motivation différentes d’une personne qui est là parce qu’on lui a fortement invité à le faire. Autre exemple, une personne atteinte d’une anxiété sociale parce qu’elle a une faible estime de soi ne sera pas prise en charge de la même manière qu’une personne atteinte de cette même anxiété sociale parce qu’elle a été agressée par un groupe de personne dernièrement.
II. Déroulement d’une TCC
Étape 1 : analyse des difficultés
Figure 8 : grandes lignes du déroulement d’une TCC, SELON MOI
La souffrance parmi la triade biologie-psychologie-sociologie
Ce que l’on vient tout juste d’évoquer, par ces exemples, fait partie de la première étape essentielle au déroulement d’une psychothérapie. En terme technique on parle d’anamnèse, c’est-à-dire comprendre l’histoire de la personne (PSYCHO), son livre de bord personnel et médical. Des traitements pharmacologiques (BIO) aux relations sociales (SOCIO). On parle aussi d’analyse fonctionnelle, c’est-à-dire le travail réalisé par le ou la thérapeute pour comprendre la problématique évoquée parmi les facteurs psychologiques, biologiques et socio-environnementaux, puis commencer à entrevoir les hypothèses à travailler.
Reprenons l’exemple de l’anxiété sociale présente chez deux personnes : chez l’une elle est conséquente à une agression et chez l’autre conséquente à une faible estime de soi. On ne va pas travailler de la même manière cette anxiété sociale car les processus derrières sont différents. Hé bien, tout ce travail de comprendre les processus derrières, c’est ça l’analyse fonctionnelle.
L’armada d’outils d’entretien clinique
Pour la réaliser plusieurs outils et grilles d’analyse existent. En soi, ces grilles n’inventent pas grand-chose, mais elles permettent de ne rien oublier. C’est plus un mémo qu’autre chose, entre : – le côté contexte, social et environnement avec les stimulus déclencheurs ; – le côté psychologique avec l’histoire de la personne, ses attentes et motivations ; – le côté biologique du corps, les sensations et émotions ; – le côté cognitif avec les pensées, images, ruminations et traitement de l’information ; – et le côté comportementale dont le comment un tel comportement s’est maintenu au fil du temps.
Figure 9 : Environnement-bio-psycho
Le petit chercheur
Une fois cette analyse réalisée, le ou le thérapeute va pouvoir sélectionner des tests et questionnaires standardisés pour tenter d’objectiver les plaintes et souffrances de la personne. Au-delà de son retour subjectif, les tests et questionnaires aident à savoir à quel point la souffrance est hors des normes et problématique. Fréquence, intensité et handicap engendré au quotidien sont des indicateurs classiques par exemple.
Ces indicateurs et résultats aux questionnaires seront alors comparés avec ceux évalués en toute fin de thérapie, pour en conclure si la thérapie a eu son effet. Une TCC, une thérapie cognitivo-comportementale, est une thérapie scientifique. J’ai dit cette même phrase un peu plus tôt pour évoquer que ce sont sur les travaux scientifiques que les TCC sont basées. Mais cette phrase peut aussi évoquer la manière dont fonctionne les TCC. Patient et thérapeute réalisent, en quelque sorte, une petite étude scientifique sur les souffrances évoquées, en les évaluant avant et après l’expérience thérapeutique réalisée.
Un rapide exemple d’outil
Aujourd’hui bon nombre de questionnaires sont standardisés et sortent tout droit de papiers scientifiques. Pour ne prendre qu’un bon vieil et classique exemple, on peut reprendre l’un des outils utilisés dans notre étude épluchée sur le mal de dos chronique : l’Inventaire de Dépression de Beck (Beck Depression Inventory). Ce test mis en place à la fin des années 1980 par Aaron Beck (grand nom des TCC !), permet encore aujourd’hui d’aider à diagnostiquer l’intensité de la dépression d’une personne.
Un test rapide de 21 questions. Exemple d’item : on me demande d’indiquer si je pleure plus que d’habitude ou si je ne pleure pas plus qu’avant, ou si je pleure tout le temps, ou si finalement je ne suis plus capable de pleurer même si j’en ai envie.
On ne s’intéresse pas uniquement à ce qui ne va pas
Là c’est un exemple d’outil qui s’intéresse aux plaintes, souffrance et problématiques. Mais un thérapeute ne se limite pas qu’à ça. On prend la personne dans sa globalité. On ne va pas uniquement s’intéresser à ce qui ne va pas, mais aussi à ce qui va bien, aux comportements et processus qui ne sont pas problématiques.
Toute cette analyse qui précède la thérapie, permet de choisir laquelle prendre et d’individualiser cette dernière. Une grande première étape très importante donc qui se réalise donc durant l’une ou deux premières séances. S’enchaîne ensuite l’accord de la collaboration entre patient et thérapeute. Tous deux se mettent d’accord sur les objectifs à atteindre et donc de la thérapie choisie. Ça c’est la rapide deuxième étape, mais ô combien importante symboliquement car elle concrétise le début d’un « aller mieux ».
Figure 10 : inventaire de dépression de Beck
Étape 2 : mise en place d’objectifs
Confiance mutuelle : alliance thérapeutique
En psychothérapie, le ou la thérapeute doit jouer cartes sur table. Comme dans un papier scientifique. Il doit évoquer ses hypothèses, ses questionnements et inversement répondre aux questionnements du patient. Si le patient a envie de comprendre telle théorie derrière telle pratique, alors allons-y. Si le patient ne ressent pas un bon feeling ou a envie d’une autre approche de thérapie, alors tant pis, on change de thérapie ou on recommande d’autres collègues plus spécialisés.
Et surtout, le thérapeute ne doit pas hésiter à reformuler encore et encore pour bien qu’il comprenne les ressentis et les problématiques de la personne. Car oui, malheureusement, tout psychiatre ou psychologue n’arrive pas à lire dans l’esprit et les pensées des gens. Des petites techniques d’entretien ici et là fleurissent pour préciser la pensée d’une personne, comme la re-contextualisation, la reformulation, la répétition…
Je vous propose un exemple d’un dialogue entre thérapeute et patient où le patient consulte parce que, je le cite, il « n’arrive pas à parler aux gens comme tout le monde le fait. » Vient alors un moment où il dit clairement d’avoir peur des gens.
Avoir peur des gens. C’est sacrément vague. Alors le ou la thérapeute tente de recontextualiser : « Comment ça les gens ? Par exemple, moi, je vous fais peur ? – Un peu. Mais avec vous, ça va. Puis gros silence. Le thérapeute essaie alors de relancer pour l’inviter à préciser sa pensée : – C’est tous les gens ? Ou seulement certain type de personne ? – Nan, tout le monde. Mais genre… quand… Quand il y a plein de monde, je ne suis pas à l’aise. – Quand il y a plein de monde ça vous oppresse au point d’en avoir le souffle coupé ? Là il ou elle s’est tenté sèchement à une interprétation comme quelque chose autour d’une attaque de panique. Mais la patient le corrige directement. D’où la nécessité de reformuler encore et encore pour savoir exactement ce que ressent et pense la personne. – Non. J’ai… J’ai juste l’impression qu’on va me sauter dessus à tout moment. – Vous sautez dessus à tout moment ?, répète le thérapeute. – Oui comme s’ils allaient venir autour de moi pour me regarder de la tête aux pieds. – Qu’on vous juge donc ?, se tente le thérapeute à une nouvelle reformulation. – Ouais. Et même qu’on se moque de moi. Donc, de « j’ai peur des gens » on est arrivé à la peur du jugement par les autres. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres pour s’approcher de plus en plus à ce que pense et vis réellement la personne.
Confiance mutuelle : contrat thérapeutique
Encore une fois, en psychothérapie, le ou la thérapeute doit jouer cartes sur table. C’est une collaboration entre thérapeute et patient pour que ce-dernier se sente mieux. Ça le concerne lui. C’est avant tout lui qui doit être au courant de tout. Le ou la thérapeute évoque alors clairement ses interprétations et ses hypothèses, et propose la méthode de travail thérapeutique à suivre, propose les critères qu’on cherche d’abord à évaluer et améliorer. Tout doit être le plus clair possible. Dès fois, en psychologie, on parle même de « contrat thérapeutique ». C’est vraiment ça. Un plan d’action, clair et concret, pour aller au bout des choses. Certains thérapeutes mettent même carrément par écrit, sous forme réelle d’un contrat à signer, pour se mettre d’accord avec la personne sur le parcours thérapeutique à suivre.
Figure 11 : juste pour la blague du contrat
Étape 3 : application concrète de la thérapie
Parfois on parle de « thérapie brève »
En troisième étape, après la mise en avant des difficultés puis l’objectif qu’on veut atteindre pour pallier à ces difficulté, bah… c’est l’application concrète de la thérapie. Une TCC s’étale sur plusieurs séances de quelques semaines à quelques mois. On est loin des années de psychanalyse. Là il y a un contrat à suivre avec un certain nombre de séances et un objectif à atteindre.
Alors concrètement comment ça se passe ? Reprenons ma petite définition des TCC : une thérapie cognitive et comportementale vise la santé mentale de l’individu en modifiant sa propre manière de fonctionner via ses comportements, émotions et pensées. Le but de la thérapie est alors de modifier, changer ou restructurer la manière dont on fonctionne. Et comment on fait ? Hé bah, ça dépend puisque toute thérapie est individualisée. Mais on peut essayer d’en tirer les gros traits communs.
Identification des pensées et émotions
Tout d’abord on cherche à identifier et objectiver ses pensées en se détachant de ses émotions. On est là en TCC pour du concret. Arriver en consultation et dire que « la vie c’est de la merde », c’est sacrément large et exagéré. On essaie alors de préciser petit à petit les pensées problématiques qui génèrent cet état général jugé inadapté et problématique. Des petites techniques appelées « questionnement socratique » ou « flèche descendante » sont parfois utilisées. Reprenons notre même exemple avec le patient souffrant d’une anxiété sociale :
« – Même si tout le monde se moque de vous. En quoi c’est si grave ? – Bah, j’aurais mauvaise réputation et je serais affiché pour toujours. – C’est quoi qui vous dérange ? Qu’on vous colle une étiquette ou qu’on pense à mal de vous ? – Qu’on pense mal de moi. Je suis déjà le bizarre de la promo. Et en vrai, ça… Je m’en fou de ça. Non. Juste qu’on pense mal de moi. Comme vous avez dit, la peur du jugement tout ça… Probablement. Enfin j’en sais rien… – Hmm.. »
Le fait de penser que tout le monde nous juge constamment est un « biais d’interprétation » aussi appelé « pensée automatique » ou « croyance limitante ». En réalité, nous sommes tous une personne hasardeuse parmi la masse de gens. C’est la première fois que la patient enchaîne 2 ou 3 phrases et libère sa parole. Le thérapeute laisse un blanc au patient semblant perdu dans ses pensées. Il tente malgré tout de relancer : « – Quel est le problème ? – Moi. – Comment ça ? – Bah c’est moi le problème. J’ai l’impression que tout le monde me regarde tout le temps et n’attend qu’une chose : se foutre de ma gueule. – Ce que vous voulez dire c’est que votre interprétation est fausse. Ça vous le savez. Mais elle est malgré tout là et vous tourmente. » Le ou la thérapeute reformule alors ses mots en essayant d’insister sur le fait que ce n’est pas lui le problème mais ses pensées. On n’est pas ses pensées. On n’est pas ses émotions. Pensées et émotions sont des manifestations, comme la sensation de froid en est une autre. Elles sont sur le même plan. Lui de son côté confirme par un oui de sa tête.
Le thérapeute continue : « Mais même si c’était le cas. Même si tout le monde se moquait réellement de vous en toute discrétion. Pourquoi c’est si grave ? Pourquoi est-ce si important qu’on ne se moque pas de vous ? – Bah c’est évident. On veut tous une belle image de soi. Pour se faire des amis tout ça… – Ah. En gros, ne pas se sentir rejeté. – Oui. Bah… oui. – Et c’est intéressant ce que vous venez de dire. Vous voulez que tout le monde ait une belle image de vous. Donc vous voulez être aimé par tout le monde ? Disons ça. Disons que toute personne veut être aimé par tout le monde. Pourquoi vous, vous voudriez être aimé par tout le monde ? – Bah pour être plus serein ! Le ou la thérapeute venais de toucher du doigt ce qu’on appelle en TCC une croyance fondamentale. C’est-à-dire en gros une croyance primaire, à la racine d’autres croyances, d’autres manière de penser, d’autres manière de fonctionner. Ici, croire que pour connaître le bonheur il faut être aimé par tout le monde.
Restructuration de la cognition
Une fois le fonctionnement problématique décelé, le but est d’apprendre une autre manière de fonctionner plus objective et adaptée. D’apprendre d’autres pensées, d’autres comportements alternatifs. Et de ce fait, d’apprendre que notre fonctionnement problématique ou croyances dysfonctionnelles sont inadaptées par rapport à la réalité. On peut par exemple établir une sorte de « raisonnement bayésien ». Après avoir listé plusieurs manières alternatives de fonctionner, on évalue d’abord nos préjugés en pourcentage sur chaque alternative, puis on les teste sur le terrain au moins trois fois avant d’en tirer une conclusion par de nouveaux pourcentages plus réalistes basées sur les expériences de terrain.
Concernant notre exemple avec la personne souffrant d’anxiété sociale, tout le but sera de démontrer à quel point ses croyances et pensées sont à côté de la plaque par de petites expériences sociales. Il se trouve qu’il se centre énormément sur ses propres ressentis quitte à les grossir encore et encore. Au point de penser que tout le monde puisse voir tous ses défauts : bégaiement, mimiques de stress ou bizarres et ridicules mouvements.
Il y a alors plusieurs possibilités pour le vérifier. Il y a la possibilité que notre patient demande de lui-même aux personnes autour d’elle si elles ont réellement remarqué, le fait de se gratter le visage nerveusement, le fait de rougir ou le fait de trembler des lèvres, par exemple. Tous les comportements que la personne juge comme extrêmement visibles. Une autre solution serait de se filmer en train d’interagir et de discuter. Ou encore, une autre petite expérience possible serait d’exagérer un comportement juger ridicule et voir que finalement rien de grave ne se passe ; et que les personnes autour de soi sont tout autant attentionnées, sans se moquer à gorge déployée.
Invitation à l’action
Ainsi une thérapie ne se fait pas qu’en consultation mais aussi à la maison ! Ça se travaille au quotidien, tout comme on ne guérit pas d’un rhume du jour au lendemain. Parfois est demandé de noter ses pensées lors d’événements particuliers. Parfois est demandé de tester et expérimenter d’autres manières de fonctionner. Et la méthodologie est clairement expliquée. Encore une fois, le but ultime d’une thérapie est qu’on puisse, par l’avenir, avoir ce recul plus objectif de manière autonome, sur nos émotions, comportements et pensées. On terme technique, on appelle ça la métacognition.
La mise en action est d’ailleurs une notion centrale des TCC. On parle de Thérapie d’Activation Comportementale pour remettre en route des activités centrées sur les motivations et valeurs principales de l’individu, surtout lors de dépression. Autre exemple, on parle d’Exposition Progressive notamment contre les phobies, où on ne va pas directement mettre une araignée dans les mains d’une personne arachnophobe au milieu d’une cave sombre ! L’exposition est progressive. D’abord juste en en parlant, dessinant ou en montrant des images avec son thérapeute dans un contexte sécurisant. Un contexte sécurisant duquel on décortique nos pensées et fonctionnements.
Gestions des émotions
Encore une fois, une TCC ne s’intéresse pas éternellement au « pourquoi » du passé, mais se focalise sur le concret du « comment » aujourd’hui au moment présent pour comprendre le fonctionnement. On invite également le patient à se focaliser sur ce moment présent,via différentes méthodes que ce soit la métacognition, la mise en action ou la relaxation. Cela permet notamment d’aider à la gestion des émotions.
Pour de plus en plus d’auteurs et de cliniciens, on parle de Thérapies d’Acception et d’Engagement ou encore de Thérapies de Pleine Conscience. Pleine conscience, c’est-à-dire d’accorder simplement et totalement son attention sur ce qui se passe là, tout de suite, en ce moment. Résolution de problème, apprentissage, hypnose, méditation, lecture, jeux vidéos, loisirs et autres activités absorbantes sont tous des exemples d’outils pour laisser de côté notre éternelle boîte à penser et se focaliser sur le moment présent.
Cela permet par exemple de mettre de côté les ruminations focalisées sur le passé – telles les pensées bouclées sur : « je n’aurais pas dû faire ça, la honte, la honte. Qu’est-ce qu’ils vont penser de moi maintenant. Pourquoi j’ai fait ça ? Ils doivent me détester. » – ou de mettre de côté les anticipations anxieuses du futur – par exemple : « Je sens que ça va mal se passer. Je vais arriver là-bas je vais trembler de partout. Je vais bafouiller et me ridiculiser. Comme toujours. Et ça aura des conséquences graves. Je ne le sens pas. Ça va être horrible. »
Motivation et acceptation
Ainsi, contrairement aux idées reçues, une TCC n’est pas une thérapie froide et mécanique. Non. Les émotions et les ressentis subjectifs sont pris en compte. Malgré toutes ces techniques de gestion des pensées et émotions, elles sont toutefois difficiles à supprimer. On n’a malheureusement pas un clique droit puis à la corbeille pour une émotion ou une pensée. On ne peut que les gérer et les accepter. D’où un autre concept important des récentes TCC : la notion d’acceptation.
Le ou la psychiatre ou psychologue cherche à modifier la relation qu’à la personne à sa problématique, plus que de se concentrer sur la problématique en elle-même. Encore une fois, on s’intéresse au davantage « comment » du fonctionnement, c’est-à-dire les processus derrières. En bref, une TCC nous invite à prendre du recul, d’accepter que nous sommes qu’un simple être vivant avec des pensées, sensations et émotions et à revenir à ce qui nous importe le plus dans la vie : nos valeurs, nos premières motivations.
Étape 4 : les résultats en conclusion
Le petit chercheur
Comme on vient de voir ensemble, des TCC, il y en a plusieurs dont certaines fonctionnent plus que d’autres sur certains troubles. S’y ajoute à cela toute une armada de grilles d’observation, de tests et questionnaires pour évaluer le tout. Bah oui, psychologue c’est tout un métier ! À croire qu’ils ne font qu’écouter la personne. Mais non, c’est un bordel de boulot pour tout démêler. Surtout de manière la plus efficace possible, en se référant continuellement aux études scientifiques.
Donc oui. Une TCC, une thérapie cognitivo-comportementale, est une thérapie scientifique. Scientifique, pas uniquement ce sur quoi elle repose, mais aussi dans sa méthode. Le déroulement même d’une TCC se passe comme une étude scientifique. Peu importe le nom spécifique de la thérapie inspirée, on pose toujours des hypothèses puis on les teste en évaluant avant et après si ça a eu un effet. Voilà le résumé d’une TCC sur quelques séances. Le ou la thérapeute invite la personne à jouer au petit chercheur.
Une idée reçue qui est exagérée mais pas fausse
En quatrième étape, il est alors temps d’évaluer s’il y a eu progrès ou pas. On reprend les grilles d’évaluation choisies au tout début de thérapie. Puis on compare les résultats avec ceux d’aujourd’hui après thérapie. Si les hypothèses ont été bonnes. Si la personne se sent satisfaite, plus autonome, plus en bien-être.
Ainsi, contrairement aux idées reçues, une TCC n’est pas une thérapie froide et mécanique où on conditionne un comportement comme on conditionnerait un chien à donner la pa-patte. Non. Ou en fait, oui… mais pas uniquement, parce que, la vie de la personne, ses émotions et ses propres valeurs sont prises en compte. Mais ça reste une thérapie basée sur l’apprentissage voire le conditionnement. Comme le chien qui donne sa pa-patte… oui… si on veut.
Étape 5 : suivi du maintien sur le long terme
C’est bien appris et ancré ? Bien emballé et conditionné ?
Et justement, en toute dernière séance on cherche à savoir si la nouvelle manière de fonctionner a bien été ancrée, a bien été apprise. Ou, en d’autres termes si vous préférez, oui, si la nouvelle manière de fonctionner a bien été conditionnée. C’est la cinquième et dernière étape : le suivi sur le long terme. Le thérapeute propose au patient de se revoir dans plusieurs mois pour évaluer tout ça. Ouais. Tel un partiel ou un examen de fin d’études.
Les TCC restent avant tout des thérapies de l’apprentissage
En effet, bien que nos premiers préjugés annoncent avec des grands mots que les TCC conditionnent, comme si on conditionnait un animal de laboratoire, ou reprogramment comme si on injectait de nouveaux programmes informatiques préformées, en fait, beaucoup de choses repose sur le même schéma qu’un simple… enseignement. Les TCC ne restent pas plus pas moins que des thérapies d’apprentissage. On apprend comment à garder une posture plus objective en prenant du recul. On apprend comment rester calme malgré des situations stressantes qui étaient carrément envahissantes avant thérapie. On apprend à prévoir quand est-ce qu’un comportement compulsif va arriver. Bref, on apprend à mieux gérer ses pensées, émotions et comportements.
On utilise même d’ailleurs un terme pour ça. On parle de psychoéducation. En gros, une thérapie sert à mieux se connaître, comment on fonctionne. Et encore une fois, seules, les consultations avec le thérapeute ne sont pas suffisantes. C’est tous les jours qu’on s’adapte et qu’on apprend des choses. Le thérapeute peut alors recommander à la personne des auteurs, autrices et ouvrages auxquels il pourra se référer. Certains parlent de « bibliothérapie » : la thérapie par la lecture.
III. Conclusion
On ne « désapprend » pas (malheureusement)
Pour conclure, on peut lire parfois qu’une TCC s’apparente à une reprogrammation. Comme si on nettoyait les fichiers d’un ordinateur, en supprimant certains pour réorganiser le tout. Or, contrairement à certaines idées reçues et ce qu’on peut lire ici et là, une TCC n’a pas pour objectif de « déprogrammer », de « désapprendre » ou de « supprimer » les pensées, émotions et comportements gênants. Une TCC a pour objectif, non seulement d’apprendre à vivre avec, mais aussi d’apprendre « un comportement nouveau, incompatible avec le trouble présenté » (Cottraux, 2020, p.3) au point que ça devienne automatique et qu’il puisse, au quotidien, l’appliquer.
Une TCC, donc, n’est pas magique. On ne vient pas voir son thérapeute pour supprimer ce qui ne va pas et puis hop on repart. Non. On comprend et accepte notre fonctionnement puis on tente d’apprendre une nouvelle manière de fonctionner. Et ça, comme tout enseignement, ça demande quelques séances en plus des devoirs quotidiens à la maison pour le patient actif et engagé.
Les limites d’une TCC ?
Malgré tout, une TCC est limitée. En effet, on travaille sur les comportements, émotions et pensées. Mais encore faut-il qu’ils soient présents. Encore faut-il que la personne puisse elle-même en produire – des comportements, émotions et pensées – et prendre du recul par rapport à ces-derniers. Ça demande un effort cognitif et émotionnel que, certaines personnes dans un état plus grave, ne peuvent réaliser. Et dès fois, oui, même juste le simple de se lever de son lit ou de penser c’est déjà difficile à engendrer…
Enfin, comme définie au début de ce dossier, une TCC est centrée sur l’individu. Que c’est en restructurant le fonctionnement propre de l’individu que le problème peut être réglé. Mais il ne faut jamais oublié que le fonctionnement d’un individu est toujours en interaction avec son environnement. Ainsi, peut-être que finalement, le problème dès fois ne vient pas de lui, mais de son environnement.
Le problème ne vient pas que de soi : interaction (cf. Figure 9)
Exemple quotidien très simple. Si une femme citadine sort seule, le soir, dans la rue… Le fait d’être anxieuse et limite paranoïaque n’a rien d’anormal. Ce n’est pas son fonctionnement qui est problématique. Mais bien l’environnement et cette société où sexisme et agression sexuelle sont trop présents et presque sans poursuite…
Autre exemple extrapolé, sur le burn-out, avec Tupe et le psychiatre Gaetan interviewé dans l’épisode 350 :
S’il fallait retenir qu’une seule chose
Pour clore ce dossier sur les TCC. Si l’expression de thérapie cognitivo-comportementale ne vous parle pas, ou vous fait peur pour je ne sais quelle raison, souvenez-vous juste d’une seule chose : c’est une thérapie objective. Autrement dit, c’est une thérapie qui aide la personne à se détacher de ses habitudes, de ses apprentissages, de ses émotions, comportements et pensées, bref de sa subjectivité pour la voir d’un nouvel œil plus objectif. Et tout cela en collaboration avec un ou une psychiatre ou psychologue qui connaît les meilleures méthodes prouvées scientifiquement.
Et si c’est ce le mot « thérapie » qui ne vous plaît pas, imaginez cela comme un atelier pratique dans le but d’aller mieux au quotidien ! En bref, une thérapie cognitivo-comportementale, est un atelier pratique avec un ou une praticienne scientifique dans le but d’apprendre à être plus objectif au quotidien de manière automatique.