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l'ornithorynque

 

Animal très curieux que cet ornithorynque, connu de son nom technique par ornithorhynchus anatinus, venant du grec ornitho qui signifie “oiseau” et rhynkhos “le bec”, anatinus signifiant pour sa part, “comme un canard”. Autrement dit, le “bec d’oiseau semblable à un canard”.

L’ornithorynque est un étrange mélange entre caractères reptiliens (ou aviaires) et caractères proprement mammaliens. Et le comble est que le caractère qui suggéra en premier que l’ornithorynque avait des caractères non mammaliens, était son “bec de canard”, qui n’est en réalité aucunement un bec, mais une adaptation à l’alimentation en eau douce purement mammalienne.

Dans un contexte historique, où les navigateurs se faisaient souvent escroquer par les empailleurs chinois, qui leur refourguaient des têtes ou des troncs de singes accolés à des parties arrières de poissons, on peut facilement comprendre la réaction très prudente de Georges Shaw qui fut le premier à décrire l’ornithorynque:

De tous les mammifères connus jusqu’ici, il me semble être le plus extraordinaire par son anatomie, dans la mesure où il présente un bec ressemblant parfaitement à celui d’un canard, greffé sur une tête de quadrupède. La ressemblance est si poussée qu’à première vue elle fait penser à une préparation truquée

 

L’ornithorynque, victime des idées reçues

Ce fameux “bec” a donc suscité de nombreux étonnements, mais la partie arrière est elle aussi très stupéfiante, car l’ornithorynque  possède, comme les reptiles, un cloaque, c’est à dire un orifice unique par lequel s’opèrent toutes les fonctions liées à l’excrétion et à la reproduction. Et cela contrairement aux mammifères qui possèdent des orifices distincts pour les processus de reproduction et d’excrétion. (cela explique l’origine de “monotrème” qui est le nom que l’on donne à la famille de l’ornithorynque et des échidnés, puisque monotrème signifie “un seul trou”)

Au niveau de l’anatomie interne, les oviductes (conduits qui acheminent les ovocytes issu des ovaires, et qu’on appelle trompe de Fallope chez les mammifères) ne se réunissent pas en un utérus (comme chez les mammifères), mais gagnent séparément le tube cloacal. Aussi, comme chez les oiseaux, l’ovaire droit des femelles ornithorynques est devenu rudimentaire et tous les ovules se forment dans l’ovaire gauche.

Ces caractéristiques étaient très troublantes pour les biologistes de l’époque, d’autant plus que nous sommes avant Darwin et que les animaux sont considérés comme appartenant à des catégories statiques ne pouvant donc pas présenter de caractéristiques intermédiaires. Les marsupiaux, également d’Australie, avaient déjà porté un sérieux coup à ce que l’on croyait être caractéristique des mammifères, et survient alors l’ornithorynque et son anatomie qui suggérait donc quelque chose d’impensable pour un mammifère: la ponte d’œufs! (Ses œufs n’avaient pas encore été découverts, c’est pour cela que j’emploie le terme “suggérer”)

En dehors des traits liés à la reproduction, l’ornithorynque paraît pourtant être un parfait mammifère : Il possède une fourrure complète et une caractéristique anatomique typique des mammifères: le présence d’un seul os à la mâchoire inférieure (le dentaire) et celle de trois osselets dans l’oreille moyenne (marteau, enclume, étrier). Les reptiles ont eux une mâchoire inférieure composée de plusieurs os et leurs oreilles n’en contiennent qu’un seul.

Mais malgré tout, même en dehors du système de reproduction, l’ornithorynque possède des caractéristiques reptiliennes, en particulier un os inter-claviculaire au niveau de l’épaule, que possèdent les reptiles et que ne présente aucun mammifère. Enfin il a également la démarche d’un reptile avec des pattes situées sur le côté du corps et non pas en dessous.

Ce mélange fantastique de caractéristiques animales fit que tous les grands biologistes de l’époque se fascinaient pour cet animal, et un débat commença à se centrer autour de sa reproduction (car comme dit plus haut, aucun œuf n’avait été retrouvé), et trois possibilités se dégageaient, avec chacune des défenseurs célèbres.

Pour l’anatomiste allemand Johann Friedrich Meckel et le français Blainville, l’ornithorynque était quand même vivipare. On ne retrouverait donc jamais d’œufs et les ornithorynques sont des mammifères ordinaires.

Pour l’anatomiste anglais Richard Owen, et Everard Home qui fut le premier à décrire en détail l’ornithorynque en 1802, l’ornithorynque serait ovovivipare, et si l’on n’avait pas retrouvé d’œufs, c’était parce que ceux-ci se dissolvaient dans le ventre de la femelle.

Mais pour les premiers évolutionnistes français, Lamarck et Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, l’anatomie ne pouvait pas mentir et l’ornithorynque devait donc être ovipare, et ils pensaient donc qu’on finirait un jour ou l’autre à trouver des œufs.

Au début du XIXe siècle, on n’avait toujours pas trouvé non plus, de glandes mammaires chez la femelle ornithorynque. puis en 1824, Meckel les découvrit. Mais comme l’ornithorynque ne fait rien comme tout le monde, ces glandes mammaires étaient assez spéciales, ce qui contribua à amplifier les débats plutôt qu’à les arrêter.Les glandes mammaires de l’ornithorynque sont énormes et s’étendent presque depuis les pattes antérieures jusqu’au pattes postérieures, mais la femelle n’ayant pas de tétine ou mamelle, les canaux lactifères ne conduisent pas à des orifices communs. En fait, la femelle excrète le lait par de nombreux pores disséminés sur une partie de la face ventrale que les progénitures viennent lécher. Mais cela fut découvert bien plus tard, si bien que Saint-Hilaire, qui en tant que partisan de l’oviparité, tenait à éloigner l’ornithorynque le plus possible des mammifères, et soutint donc que les glandes découvertes par Meckel n’étaient pas des organes mammaires, mais l’homologue des glandes odoriférantes qui figurent sur le flanc des musaraignes servant à sécréter des substances pour attirer les mâles. Puis lorsque Meckel réussit à extraire une substance lactée, Geoffroy admit que cela pouvait être une substance alimentaire mais qu’il pouvait s’agir de mucus qui fournirait de la nourriture aux jeunes ornithorynques, plutôt que du lait.

Et c’est un jeune biologiste britannique qui résolu l’énigme en 1884, qui put recueillir quelques œufs aidé de 150 aborigènes. Mais cela ne fit qu’aggraver le problème général, car cela prouvait que l’ornithorynque était un mélange et que par conséquent, il ne pouvait être assigné à aucun des grands groupes de vertébrés sans ambiguïté: Geoffroy avait eu raison au sujet des œufs et Meckel au sujet des glandes mammaires. Avant, il était difficile de concevoir, la Nature sans catégories établies et bien distinctes. C’est pour cela que Geoffroy militait pour les œufs et l’absence de lait et Meckel pour le lait et la mise bas.La découverte de Caldwell a lieu vingt ans après la publication de Darwin, la notion d’évolution avait rendu acceptable l’idée de formes intermédiaires et de mélanges de caractères.

 

Un mammifère primitif?

Mais à peine délivré d’un carcan, l’ornithorynque dut en supporter un autre, puisqu’il fut accusé de “primitivité”. On le considérait comme un mammifère à présent, mais comme une pauvre créature pitoyable marquée de la flétrissure reptilienne. Mais comme j’ai pu déjà le dire lors de mon premier passage dans le podcast, l’évolution n’est aucunement une échelle montante du progrès. L’évolution procède par branchements et bien qu’une lignée de reptiles ait effectivement donné, par évolution, les mammifères, les reptiles sont toujours là et se débrouillent parfaitement bien à leur manière. Et la présence de caractères reptiliens chez l’ornithorynque signifie simplement que la branche des monotrèmes s’est détachée précocement de celles conduisant aux mammifères placentaires, après que les traits fondamentaux des mammifères soient apparus. Les caractères reptiliens des ornithorynques sont donc le signe de ce branchement précoce et non une marque d’arriération: vieux ne signifie par arriéré dans le monde darwinien.

Si l’on met de côté ce mythe de la primitivité, on peut alors mieux apprécier les élégantes adaptions de l’ornithorynque et reconnaître son organisation anatomique performante. Il faut distinguer les adaptations propres aux mammifères et celles particulières à l’ornithorynque.

Dans la première catégorie, l’on trouve la fourrure qui protège l’ornithorynque des eaux souvent froides des rivières. Celle-ci étant imperméable, elle emprisonne même une couche d’air au-dessus de la peau, procurant ainsi une isolation supplémentaire. Toujours concernant la protection en eaux froides, l’ornithorynque est capable de maintenir sa température corporelle à un niveau élevé comme la plupart des mammifères. (La découverte de cette faculté a été retardée jusqu’en 1973, justement à cause de l’image primitive qu’avait l’animal jusque-là. La plupart des biologistes soutenaient que la température interne de l’ornithorynque baissait beaucoup en eau froide, l’obligeant à des retours fréquents au terrier pour se réchauffer. Ces caractéristiques sont donc typiquement mammalienne, mais ce qui nous intéresse réellement pour justifier que l’ornithorynque est le résultat d’une évolution ayant obéi à ses intérêts particuliers, et non pas un animal primitif, ce sont ses propres adaptions.

L’ornithorynque est un animal qui passe la plus grande partie de son temps dans l’eau, à la recherche de nourriture, principalement des larves d’insectes et d’autres petits invertébrés, en fouillant avec son “bec” dans les sédiments au fond des cours d’eau. Ses adaptations particulières lui permettent de faire face aux impératifs de la vie aquatique: un corps bien caréné qui lui permet de se déplacer aisément dans l’eau, ses pattes avant sont palmées pour une meilleure propulsion tandis que la queue et ses pattes arrières, qui sont partiellement palmées, lui servent de gouvernail.

D’autres traits ont sans doute une utilité d’un point de vue de la sélection sexuelle, même si cet aspect est relativement méconnu encore. Par exemple, le mâle porte des éperons creux au niveau de chaque cheville, reliés par un canal à une glande à poison située au niveau des cuisses. Ces éperons sont probablement utilisés lors des combats entre mâles, car ils deviennent plus gros lors de la saison de reproduction, et en captivité on a déjà vu des mâles tuer leurs concurrents au moyen de leur éperons venimeux.

 

Enfin reconnu à sa juste valeur!

Mais voici l’ironie suprême: le trait qui plaide le plus en faveur de l’adaptation particulière de cet animal est la structure même qui lui a valu son statut mythique de primitif: Il s’agit du mal-nommé “bec de canard”. C’est la plus belle invention propre à l’ornithorynque. Ce bec n’est aucunement l’homologue de celui des oiseaux. Il s’agit d’une structure originale apparue par évolution uniquement chez les monotrèmes (l’échidné en possède une version différente sous forme d’un long museau pointu). Il ne s’agit pas d’un simple organe dur, inerte et corné. Son armature rigide est recouverte d’une fine peau qui contient de nombreux organes sensoriels. Étrangement, lorsque l’ornithorynque est sous l’eau, il exclut tous ses autres systèmes sensoriels: des voiles de peau recouvrent ses minuscules yeux et ses oreilles, tandis qu’une paire de valves clôt les narines. Il ne  fait alors appel plus qu’à son bec pour localiser obstacles et nourritures.

Les dissection réalisées sur des crânes avaient d’ailleurs montré que les nerfs optiques et olfactifs sont presque rudimentaires, alors que les nerfs trijumeaux, qui apportent au cerveau les informations sensorielles en provenance de la face, sont remarquablement développés!

Des expériences en neurophysiologie moderne ont davantage souligné le caractère finement adapté du bec de l’ornithorynque: Des colonnes de cellules épithéliales (chacune étant sous-tendue d’un réseau complexe de récepteurs nerveux) sont distribuées sur toute la surface du bec et leur densité est quatre à six fois plus grande à l’avant de la partie supérieure du “bec”, là où se font les premiers contacts avec les obstacles et les pièces alimentaires.

Différents types de récepteurs nerveux ont également été mis en évidence, ce qui suggère que l’ornithorynque est capable de distinguer différentes sortes de signaux.

Les neurophysiologistes savent repérer les aires responsables de l’activation de parties définies du corps et délimiter ainsi une “carte” cérébrale du corps. Ces cartes cérébrales mettent en évidence l’importance d’organes particulièrement développés, car ils sont représentés par des aires extrêmement larges à la surface du cortex. Chez l’ornithorynque, les cartes cérébrales se ramènent presque entièrement à une représentation du bec.

L’ornithorynque a donc longtemps souffert d’une image dégradée mais il a finalement réussi à faire admettre sa valeur, notamment grâce à son bec. Et grâce aux importantes études qui ont eu lieu depuis les années 1970, nous avons appris à reconnaître que l’ornithorynque est un bijou d’adaptation…

 

Données complémentaires: L’ornithorynque est un animal relativement petit (le plus gros spécimen connu pesait 2,2 kg et dépassait à peine 60 cm de la tête à la queue). Il construit des terriers aux bords des ruisseaux et des rivières. les plus grands servent de nids à l’époque de la reproduction et peuvent faire jusqu’à 3,60mètres de long, d’autres sont plus petits et servent à l’usage quotidien.

Source: “La foire aux dinosaures” – Stephen Jay Gould

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Dossier d'intronisation pour Nico – L'infini : quand il n'y en a plus, il y a Cantor !

Retrouvez le dossier par ici !

Le mp3 de l'émission, par ici, mais également en haut ou en bas !

Et cette semaine, on a le bonheur d'avoir une illustration de Lucile, how do i use my ipad

sur l'infini” href=”http://www.podcastscience.fm/illustrations/2012/02/22/illustration-bref-jai-essaye-dexpliquer-une-blague-de-math/” target=”_blank”>par ici. C'est un bref-like en image, bref, nous on adore !

En bonus, une p'tite vidéo sur le paradoxe de l'hôtel de Hilbert !

Le lien vers le billet de Science étonnante dont on parle pendant l'émission !

Et enfin la fameuse quote, de Marco cette semaine :

L'éternité c'est long, surtout vers la fin

Woody Allen, ou Kafka, on est pas sur ! Si vous avez des informations, on est preneur !

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j'ai essayé d'expliquer une blague de math” src=”http://www.podcastscience.fm/wp-content/uploads/2012/02/Bref-Math3-590×1983.jpg” alt=”Illustration : bref j'ai essayé d'expliquer une blague de math” width=”590″ height=”1983″ />

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L’infini est depuis toujours dans la tête des hommes sans pour autant qu’ils arrivent à l’appréhender. Parfois objet de fantasme, on le croise dans beaucoup de publicités allant des forfaits téléphoniques illimités aux restaurants à volonté. D’autres fois objet d’inquiétude devant son immensité comme a eu l’occasion de le dire Pascal :

Le silence éternel de ces espaces infinis me terrifie – Pascal

L’infini peut être très grand, mais aussi très petit. Dans l’antiquité, Zénon d’Élée présente une première approche de cet infiniment petit par le biais d’un paradoxe. Prenons deux points A et B représentés sur la figure ci-dessous.

Ce paradoxe explique qu’un objet ne peut aller de A à B en un temps fini. En effet, pour atteindre B en partant de A, cet objet doit passer par le milieu M du segment. Puis il doit passer par le milieu M’ de MB, puis par le milieu M” de M’B et ainsi de suite… L’objet doit donc passer par une infinité de points, ce qui est impossible (selon Zenon) en un temps fini.

Ce très vieux paradoxe illustre que l’on peut aussi croiser l’infini dans des espaces finis (ici le segment AB) en pratiquant une simple opération de découpage par deux. Pour plus de détails sur ce paradoxe et sa résolution, je vous invite à aller écouter le petit dossier de Mathieu sur le sujet dans le n°9 du podcast.

Chez les mathématiciens, l’infini a été un des plus importants sujets de discorde de l’histoire. Il y a un siècle seulement a eu lieu un véritable tremblement de terre au sein de la communauté mathématique au point que certains ont voulu éliminer l’infini des limites autorisées dans cette science! Tout cela à cause des travaux d’un seul homme, Georg Cantor, qui pour la première fois dans l’histoire réussissait à appréhender l’infini avec rigueur, mais certains de ses résultats remirent en cause les bases sur lesquelles se fondaient les mathématiques depuis des siècles.

Ce dossier présente les principaux résultats de ce “corrupteur de jeunesse” (c’est le nom que lui donnait un autre scientifique célèbre de l’époque, Kronecker) et quelques-unes de leurs implications.

Réapprendre à compter

Une des premières rencontres avec l’infini se fait très tôt, en répondant à la question “jusqu’à quel nombre sais-tu compter?”. Contrairement à l’affirmation commune, on n’arrive jamais à compter jusqu’à l’infini, mais on connait une méthode pour à partir d’un nombre donner, trouver le chiffre suivant. Roman Opalka, un artiste contemporain, a bien essayé de compter jusqu’à l’infini (une de ses peintures ci dessous), mais après 40 ans de travail, il trouve toujours le chiffre suivant!

Il n’est donc pas possible en temps fini de compter tous les nombres. Mais est-il possible de savoir s’il y a plus de nombres entiers :

0,1,2,3,4,5,6,7,8,...

que de nombres pairs :

0,2,4,6,8,10,12,14,16...

La réponse semble être évidemment qu’il y a plus de nombres entiers que de nombres pairs étant donné que les nombres pairs sont strictement inclus dans les nombres, mais comment en être sûr?

Toutes les personnes ayant invité le temps d’une soirée des amis ont déjà trouvé, sans s’en rendre compte, une solution pour comparer efficacement des ensembles, même infinis! Pour qu’une soirée soit réussie, il est préférable que chaque invité ait un verre. On peut, bien sûr, compter le nombre des verres et le comparer avec le décompte du nombre d’invités. Étrangement, cette solution est rarement la plus efficace, que ce soit à cause d’un ami enfermé aux toilettes ou d’une erreur de compte pour cause d’ébriété.
Une méthode autrement plus efficace est de donner un verre à chaque invité. Si alors il reste des verres, c’est qu’il y a plus de verres que d’invité et inversement si des invités n’ont pas de verre c’est qu’il y a moins de verre que d’invité.

Pour comparer “l’ensemble des verres” et “l’ensemble des invités”, on a ainsi essayé d’associer à chaque invité un verre. Inversement, on sait retrouver à quel invité appartient le verre en regardant qui est au bout du bras qui le tient. Ce type d’application s’appelle en mathématique une “bijection”. Une bijection est une application entre deux espaces, elle associe à chaque élément de l’espace de départ (ici un invité) un unique élément de l’espace d’arrivée (ici un verre) et inversement à chaque élément de l’espace d’arrivée est associé un unique élément de l’espace de départ.

L’intérêt de ce type de transformation est de pouvoir comparer des ensembles. Ainsi, si chaque invité à un verre, on pourra dire que l’ensemble des verres contient autant d’éléments que l’ensemble des invités.

Armés de cette “bijection”, nous sommes à même de comparer des ensembles qu’ils soient finis ou infinis. Et c’est grâce à ce simple outil que Cantor a pu fabriquer sa théorie de l’infini.

Le merveilleux hôtel de Hilbert

Pour enseigner les nouvelles théories de Cantor, Hilbert, déjà un mathématicien célèbre à l’époque, propose une métaphore qui depuis porte son nom : l’Hôtel de Hilbert.

Cet hôtel est un lieu merveilleux puisqu’il contient une infinité de chambres. Et sa renommée à travers l’univers a fait ses preuves à tel point qu’aujourd’hui chacune des chambres est pleine. C’est-à-dire que quel que soit le numéro de chambre (par exemple la chambre n°1 345 765), il y a quelqu’un à l’intérieur. Un jour, se présente à la réception une personne souhaitant une chambre pour la nuit. Un propriétaire d’hôtel fini serait obligé de refuser cette nouvelle personne, mais le propriétaire de l’hôtel infini a plus d’un tour dans son sac. Il prend son micro et lance une annonce pour tous les résidents de l’hôtel :

“A chaque locataire, la direction a besoin de réorganiser l’hôtel, veuillez immédiatement rejoindre la chambre dont le numéro est immédiatement supérieur au vôtre. En nous excusant du dérangement”.

Ainsi, le locataire de la chambre 1 est maintenant dans la chambre 2
celui de la chambre 2 est maintenant dans la chambre 3
celui de la chambre 3 est maintenant dans la chambre 4

celui de la chambre 1 345 765 est maintenant dans la chambre 1 345 766

et ainsi de suite. Étant donné que chaque entier a un entier qui lui est directement supérieur, tous les locataires ont une chambre! Plus étonnant encore, grâce à cette réorganisation, il y a maintenant une place disponible dans la première chambre, on a donc

\infty=\infty+1
Ce résultat était connu de longue date et a perturbé beaucoup de scientifiques. En particulier, il est contraire à un des postulats de Galilée :

“Le tout est toujours plus grand que n’importe laquelle de ses parties”

Ici “le tout” est l’ensemble des entiers naturel strictement positifs, noté \mathbb{N}^+ :

\mathbb{N}^+=\{1,2,3,...\}

et “une de ses partie” est l’ensemble des entiers plus grand ou égal à 2 :

\mathbb{N}^+\setminus\{1\}=\{2,3,4,...\}
Déplier pour comprendre la notation du deuxième ensemble.

Dans cette notation, \mathbb{N} désigne l’ensemble des entiers naturels. \{1\} désigne l’ensemble qui ne contient que le chiffre 1 et l’opération “\setminus” consiste à retirer les éléments du deuxième ensemble (ici 1) du premier (ici les entiers naturels).

L’ensemble \{2,3,4,...\} est contenu dans \{1,2,3,...\} et devrait donc, selon Galilée, être plus petit que \mathbb{N}. Or, le propriétaire de l’hôtel de Hilbert a trouvé une “bijection” entre les deux ensembles. Cette “bijection” que l’on va noter b associe à un entier l’entier qui le suit. Par exemple

b(1)=2
b(2)=3
b(3)=4

b(1 345 765)=1 345 766

Cette application associe bien à chaque entier de \{1,2,3,...\} un unique entier de \{2,3,4,...\}. Ces deux ensembles ont donc le même nombre d’éléments.

Revenons-en à l’hôtel infini. Devant ce succès pour loger le nouvel arrivant, par le bouche à oreilles, le mois suivant un bus infini arrive à l’hôtel encore une fois complet! Gardant son flegme légendaire, le propriétaire lance l’annonce suivante :

“A chaque locataire, la direction a besoin de réorganiser l’hôtel, veuillez immédiatement rejoindre la chambre dont le numéro correspond au double de votre numéro de chambre actuel. En nous excusant du dérangement”.

Ainsi, le locataire de la chambre 1 est maintenant dans la chambre 2
celui de la chambre 2 est maintenant dans la chambre 4
celui de la chambre 3 est maintenant dans la chambre 6

celui de la chambre 1 345 765 est maintenant dans la chambre 2 691 530 (celui-ci aura un peu plus de marche que les autres).

et ainsi de suite.

Le propriétaire a ainsi libéré toutes les chambres ayant un numéro impair \{1,3,5,...\} en envoyant tous ses locataires dans les chambres paires \{2,4,6,...\}, il reste donc une infinité de places libres pour loger les nouveaux arrivant. Ce qui permet d’affirmer

\infty=\infty+\infty
Et en particulier, il y a autant d’éléments dans l’ensemble des nombres pairs que dans l’ensemble de tous les nombres.

Ce résultat est correct, mais il est normal de ne pas l’accepter tout de suite, il va à l’encontre de l’intuition. Pourtant il est fondé, contrairement à l’intuition, sur un raisonnement logique. La vidéo ci-dessous résume avec brio ce qui vient d’être dit :

A ce stade, on a réussi à faire rentrer dans l’hôtel un ensemble infini qui paraissaient plus grand. On pourrait faire la même chose avec un bus infini qui possède une infinité d’étages, et ainsi de suite avec plusieurs ensembles infinis. En fait, les ensembles infinis “qui rentrent dans l’hôtel” ou, en termes plus mathématiques, les ensemble infinis pour lesquels il existe une bijection avec l’ensemble des entiers \mathbb{N}=\{0,1,2,3,...\} sont des ensembles “dénombrables”.

Une fois l’infini dénombrable identifié et défini, il en suit automatiquement une autre question : existe-t-il d’autres types d’infinis? C’est la réponse à cette question qui constitue le résultat le plus connu de Cantor.

La bibliothèque de Babel

La bibliothèque de Babel” est une nouvelle de Jorge Luis Borges. L’auteur y présente une bibliothèque dont l’une des caractéristiques est de contenir tous les livres pouvant exister. Plaçons-nous dans une telle bibliothèque et étendons les limites proposées par Borges (il ne considérait que des livres avec un nombre fini de pages). Imaginons que cette bibliothèque contient une infinité de livres qui chacun contiennent une infinité de pages. Comme Borges l’imagine, supposons alors que cette bibliothèque contient tous les textes possibles qu’ils soient lisibles ou non.

C’est-à-dire que quelque soit la suite (infini) de lettres ou “phrase” choisie :

\text{abzhiosdmjgaokmqljkfldqhkflqjhdgklmdlkflsklfmdkmklgJSDLMGjkmglqd...}

on pourra trouver un livre de la bibliothèque qui lui correspond. Avec les exemples de l’hôtel de la partie précédente, on sait que l’on peut dénombrer les livres de la bibliothèque. On peut donc numéroter chacune des phrases infinies contenues dans chacun des livres de la bibliothèque :

\begin{array}{lcl}\text{Livre 1 }&\text{: }& \text{ahfjklhjkemjagkejrflzamnbgjlknvefjklavefjkzljkefjkmlqghjlee...} \\  \text{Livre 2 }&\text{: }& \text{AuxamesbienneesLavaleurnattendpointlenombredesanneesfhzjkeh...} \\  \text{Livre 3 }&\text{: }& \text{zbvlabjklnfklekvzmebfvkljtnzaghrebqlmasjefqklafjklnkjnnjkln...} \\  \text{Livre 4 }&\text{: }& \text{jfzoejlekpodcastsciencetouslesmercredisgfdshjldmmpoinklefzk...} \\  \text{Livre 5 }&\text{: }& \text{hefzjkLexpositionserafermeedurantlexpositiondjhsklsdfjqkfdh...} \\  \text{ ... }&\text{ }& \text{ } \end{array}

Construisons alors la phrase constituée de la première lettre du premier livre 1, la deuxième du livre 2, la troisième du livre 3 et ainsi de suite (en gras ci dessous)…

\begin{array}{lccccccl}\text{Livre 1 }&\text{: }& \textbf{a}&\text{h}&\text{f}&\text{j}&\text{k}&\text{lhjkemjagkejrflzamnbgjlknvefjklave...} \\  \text{Livre 2 }&\text{: }& \text{A}&\textbf{u}&\text{x}&\text{a}&\text{m}&\text{esbienneesLavaleurnattendpointleno...} \\  \text{Livre 3 }&\text{: }& \text{z}&\text{b}&\textbf{v}&\text{l}&\text{a}&\text{bjklnfklekvzmebfvkljtnzaghrebqlmas...} \\  \text{Livre 4 }&\text{: }& \text{j}&\text{f}&\text{z}&\textbf{o}&\text{e}&\text{jlekpodcastsciencetouslesmercredis...} \\  \text{Livre 5 }&\text{: }& \text{h}&\text{e}&\text{f}&\text{z}&\textbf{j}&\text{kLexpositionserafermeedurantlexpos...} \\  \text{ ... }&\text{ }& \text{ } \end{array}

On obtient la phrase qui commence par “auvoj…”. Maintenant, choisissons pour chaque lettre de cette phrase la suivante dans l’alphabet (si la lettre est un “z”, on choisira un “a”). La phrase obtenue commençant par “bvwpk…” ne peut pas être dans le livre 1, car la première lettre ne correspond pas, ne peut pas être dans le livre 2, car la deuxième lettre ne correspond pas, ne peut pas être dans le livre 3, car la troisième lettre ne correspond pas, etc. Cette phrase ne correspond à aucun livre que contient la bibliothèque!

La seule hypothèse que nous avons pourtant faite est que la bibliothèque de Babel contient toutes les phrases possibles, c’est donc cette hypothèse qui est fausse. L’ensemble de toutes les phrases possible est un infini plus grand encore que l’infini dénombrable de l’ensemble des livres de la bibliothèque de Babel.

L’argument de la diagonale utilisé ici a été trouvé par Cantor en 1874. Pour la première fois, on distinguait deux infinis, l’infini dénombrable et l’infini indénombrable.

  • L’infini dénombrable est celui de l’ensemble des entiers \mathbb{N}=\{0,1,2,3,...\} et de tous les ensembles en bijection avec celui-ci.
  • L’infini dit “continu” est celui de l’ensemble de toutes les phrases que l’on peut former ou encore celui de l’ensemble des nombres décimaux entre 0 et 1 ou encore l’ensemble des réels (c’est à dire l’ensemble des nombres décimaux avec une infinité de décimales).
Pour le lien entre l'ensemble des phrases et les décimaux entre 0 et 1 ou des réels, déplier!

Les phrases correspondent à des suites de caractères. Chaque caractère est défini dans un alphabet de n lettres (dans la langue française sans accents ni majuscules ni ponctuation, n=26). D’autre part, un nombre entre 0 et 1 peut s’écrire en commençant par “0,” puis en continuant avec des chiffres choisis parmi \{0,1,2,3,4,5,6,7,8,9\}. Il correspond donc à un alphabet de 10 lettres.

On peut même amener l’ensemble des décimaux entre 0 et 1 (un segment) sur les réels (la droite). On va montrer ici comment associer les décimaux entre 0 et 1 sur la demi-droite positive. Une manière de faire est d’associer à chaque nombre x de ]0,1] son inverse \frac{1}{x}. Cela amène le segment sur la demi-droite positive.

Cantor ne s’est pas arrêté là, il a montré qu’il existe d’autres infinis plus grands. En fait, il a donné une méthode pour, à partir d’un espace, construire un autre espace plus grand (n’étant pas en bijection). Cela permet de montrer qu’il y a en fait une infinité d’ensembles infinis plus grands les uns que les autres.

Sa méthode consiste à considérer “l’ensemble des parties” d’un ensemble. Prenons un exemple, l’ensemble qui contient les trois premiers entiers non nuls,

E=\{1,2,3\}
L’”ensemble des parties de E” contient tous les ensembles inclus dans E. Il contient donc

E=\{\{1\},\{2\},\{3\},\{1,2\},\{1,3\},\{2,3\},\{1,2,3\},\emptyset\}
C’est à dire :

  • Les ensembles ne contenant qu’un seul élément comme \{1\}
  • Les ensembles contenant deux éléments comme \{1,2\}
  • Les ensembles contenant trois éléments soit E
  • L’ensemble vide noté \emptyset. Celui là est plus compliqué que les autres et pourrait être l’objet de nombreuses discussions… Pour le sujet qui nous interresse, il suffit de comprendre qu’il est inclus dans tous les ensemble et qu’il ne contient aucun élément. Si l’on imagine que l’ensemble E est un groupe de personnes (disons les membres de la même équipe de football), alors l’ensemble des parties de E correspond à la liste de tous les groupes de personnes différents que l’on peut créer (y compris celui ne contenant personne!).

De l’ensemble à trois éléments E, on passe donc à huit éléments pour l’”ensemble des parties de E”. On peut en fait démonter que si un ensemble fini contient n éléments, l’ensemble de ses parties en contient 2^n. On remarque donc que dans le cas des ensembles de taille finies, l’ensemble des parties de E contient toujours plus d’éléments que E lui-même.

Cantor a démontré que cela se généralise aux ensembles de taille infinie. Ce résultat a même pris son nom, c’est le Théorème de Cantor. Sa démonstration n’est encore une fois pas compliquée à comprendre mais un peu plus à accepter.
Etant un peu plus technique, je laisse les plus courageux cliquer ici pour dérouler cette démonstration.

Pour démontrer que l’ensemble des parties de E, que nous noterons maintenant P(E) ne peut pas être mis en bijection avec E, on va encore une fois raisonner par l’absurde en supposant que cela est possible.

Si ces deux ensembles peuvent être mis en bijection, alors il existe une bijection b qui à chaque élément de E associe un élément de P(E). C’est à dire, en gardant l’image de l’équipe de foot, qui à chaque individus associe un groupe de membres de l’équipe. Il peut alors se passer deux choses pour un membre de l’équipe donné :

    • soit il fait parti du groupe qui lui est associé par la bijection
    • soit il ne fait pas parti du groupe qui lui est associé par la bijection

Cantor propose alors de définir l’ensemble D des personnes qui ne sont pas dans le groupe qui leur est associé par la bijection. Mathématiquement, on le noterai

D=\{x\in E,x\notin b(x)\}
littéralement : l’ensemble des éléments x de E tels que x n’appartient pas à b(x). Ou encore, avec l’équipe de foot, les membres de l’équipe qui ne sont pas dans le groupe qui leur est associé par la bijection. D est un groupe de membres de l’équipe de foot, donc en toute logique, on doit pouvoir trouver un membre de l’équipe, que l’on appelera y a qui on associe D par la bijection, c’est à dire tel que b(y)=D. Or :

        • Soit y est dans D, alors y n’appartient pas à b(y)=D donc il n’appartient pas à D.
        • Soit y n’est pas dans D, alors par définition y appartient à b(y)=D, donc il appartient à D!

D’où la contradiction! Très proche d’un paradoxe présenté par Russel, cette démonstration n’est pas des plus simples à accepter.

Le résultat du théorème de Cantor donne donc une méthode pour construire à partir d’un ensemble E un ensemble strictement plus grand P(E) et prouve donc qu’il existe une infinité d”infinis!

Ces démonstrations sur les infinis vont à l’encontre de l’intuition, mais sont parfaitement logiques. Les mathématiciens de l’époque ont été très perturbés et certains ont même cherché à bannir l’infini des mathématiques, mais la démonstration était là et était rigoureuse. Cantor lui-même, venant de démontrer un résultat similaire envoie un courrier célèbre à Dedekind, un de ses collègues avec qui il partageait ses résultats :

Tant que vous ne m’aurez pas approuvé, je ne puis que dire : je le vois, mais je ne le crois pas.

en d’autres termes, sa démonstration a prouvé le résultat, mais son esprit ne l’accepte pas encore.

Le problème irrésolu de Cantor

Après avoir montré que l’infini des réels était plus grand que l’infini des entiers, Cantor s’est demandé s’il existait des espaces entre ces deux infinis : avec strictement plus d’éléments que l’ensemble des entiers, mais moins que l’ensemble des réels. Il était convaincu qu’il n’existait aucun espace entre les entiers et les réels, cette hypothèse s’appelle “l’hypothèse du continu”. La démonstration de cette hypothèse l’occupa jusqu’à la fin de sa vie et ce n’est que 20 années après sa mort que tomba le résultat, l’hypothèse du continu est “indécidable”.

Une proposition indécidable (ou indépendante) est une proposition dont on ne peut ni montrer qu’elle est vraie ni montrer qu’elle est fausse. L’exemple le plus célèbre de proposition indécidable est l’axiome des parallèles d’Euclide :

Par un point extérieur à une droite, on ne peut tracer qu’une seule droite parallèle

Dans son livre “Les Elements”, Euclide pose les bases de sa géométrie, les axiomes. Les axiomes sont des hypothèses admises du type “tous les angles droits sont égaux” ou encore “entre deux points on peut toujours tracer un segment”. Le 12e axiome d’Euclide, énoncé ci-dessus, paraît beaucoup plus complexe que les autres. Beaucoup de mathématiciens se sont donc demandé si on ne pouvait pas le démontrer grâce aux onze autres. Il a été montré qu’il était indécidable et on peut l’illustrer en présentant un exemple où cet axiome est faux (alors que les 11 autres restent vrais).

Sur une sphère (la terre par exemple), les “droites” sont les cercles qui ont pour diamètre le diamètre de la sphère. Sur le dessin ci dessous (trouvé sur Wikipedia) par exemple M et D sont deux “droites”

Deux droites parallèles sont définies par Euclide comme deux droites qui ne s’interserctent jamais. Sur la sphère pour un point extérieur à une droite il n’existe aucune droite parallèle. Toutes les droites étant des grands cercles (du diamètre de la sphère), elles s’intersectent nécessairement en au moins deux points. Cantor avait passé la fin de sa vie à essayer de démontrer une proposition qu’on ne pouvait démontrer.

Pour en savoir plus :
- CANTOR de Jean-Pierre Belna : Livre dont je me suis beaucoup servi, mais dont je déconseille la lecture à quelqu’un qui n’a pas l’habitude de lire des mathématiques, il n’est pas très pédagogique.
- Gödel Escher et Bach de hofstadter : Un livre immense, mais passionnant et accessible pour tout le monde. Il contient un petit passage sur la diagonale de Cantor
- “The Infinite Book” ou “Une brève histoire de l’infini” de Barrow : en anglais, mais très accessible et très intéressant si le sujet de l’infini vous intéresse.
- Gödel de Pierre Cassou-Noguès : c’est dans ce livre où j’ai trouvé l’idée d’utiliser la bibliothèque de Babel pour montrer que l’infini continu et dénombrable n’avaient pas la même taille.
- Six Books of Euclid de Byrne aux éditions Taschen : Le livre d’Euclide où il définit les éléments et présente les axiomes nécessaires à sa géométrie. La particularité de cette édition est d’avoir remplacé toutes les variables par des couleurs. Ceci simplifie la lecture et en fait un très bel objet.
- La villa des hommes de Denis Guedj : Je ne l’ai pas encore lu, mais il m’a été conseillé. C’est une fiction très largement inspirée de la vie de Cantor.

Un merci à Robin pour les discussions que nous avons eu sur ce sujet!

Et pour accéder directement aux livres cités sur Amazon, c’est ici :

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Le dossier de la semaine

Cette semaine, David, alias Xilrian, du Podcast Alife Vie Artificielle nous parle de transhumanisme et de posthumanisme.

Quelques petits liens

Notamment ceux de Pierre Kerner

Pour les plus parisiens les plus rapides: RDV demain jeudi 16 février à la Taverne du Croissant, 146 rue Montmartre dans le 2e pour le 13e apéro du grand mix sciences & web où Pierre, justement, nous parlera de son projet Strip Science.
http://www.legrandmix.net/apero-sciences-web-13/

Podcast Science y envoie sa petite délégation (Franck et Alan), venez nombreux!

La quote de la semaine

By Ln:

Le principe de l'évolution est beaucoup plus rapide en informatique que chez le bipède. Jean Dion, Journaliste québecois

Rendez-vous la semaine prochain avec Nicotupe, qui nous parlera de l'infini en mathématiques!

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Posthumanisme et Transhumanisme

On 15.02.2012, in Dossiers, by Xilrian
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Quelques définitions :

L’idée directrice du transhumanisme est que nous approchons d’un tournant où la science et la technique vont rendre possible la création d’un homme pas – ou moins – soumis au vieillissement, et qui aura des capacités intellectuelles et physiques supérieures. Un post-humain ! En découle une volonté de changer l’homme. Pour les transhumanistes, cet objectif sera rendu possible par les progrès de la technique et aboutira au changement de la nature humaine. Derrière le post humanisme se cache une grande confiance en la science et une croyance en l'existence d’un progrès. Et si le terme n’était pas connoté négativement je dirais que le post humanisme est une forme de scientisme. Au passage vous vous demandez sûrement s’il faut faire une distinction entre “trans” et “post” humanisme.

Il me semble que dans le monde anglo-saxon le terme transhumanisme est beaucoup plus utilisé. Il me semble aussi qu’il n’y a pas de définition universellement admise faisant une distinction claire entre ces deux concepts. Mais le terme transhumanisme insiste naturellement plus sur la transition c’est à dire l’amélioration de l’homme actuel. Tandis que  le terme post humanisme peut faire référence à un posthumain ayant éventuellement quitté son statut d’humain.

La singularité est une idée, attribuée à John Von Neumann un brillant savant américain des années 40-50 dont les auditeurs de vie artificielle ont déjà entendu parler. JVN est l’un des pères de l’informatique avec Alan Turing et c’est aussi le créateur du concept de singularité technologique. Le concept de la singularité est qu’il y a une «accélération accélérée» du progrès technologique humain et que, si l’on représente ce progrès par une courbe, on approche d’une sorte de tangente verticale. Pour les partisans de la singularité, quand on passera ce point, cette tangente, la singularité, les progrès technologique seront si importants que l’on aboutira à une sorte d’explosion de l’intelligence dont les conséquences sont quasi impossibles à imaginer. La singularité est souvent présentée comme reliée à l’informatique : aux lois de Moore et à des Intelligence Artificielles ou des machine capables de créer des versions améliorées d’elles-mêmes. Ce qui est dans la droite lignée des travaux de John Von Neumann. Il est aisé d’imaginer que la singularité technologique puisse être conçue comme un moyen de créer des posthumains.

L'extropie, que l'on va aussi retrouver chez certains transhumanistes est l’idée que l’on soit capable, par la technique d’inverser l’entropie de l’univers. Ce qui semble pour le moins utopique.

Rapide historique

Les gens qui présentent le transhumanisme signalent généralement, il me semble à juste titre… Qu’il s’inscrit dans la droite lignée de traditions scientifico-mystiques  bien plus anciennes qui, elles aussi, cherchaient à découvrir les moyens d’accéder à l’immortalité. On peut citer la tradition gnostique du Christianisme, les recherches des alchimistes, certaines religions orientales… La légende de Gilgamesh. Héro sumérien cherchant à acquérir l’immortalité est aussi très fréquemment citée.

Plus récemment le transhumanisme est aussi un descendant de l’humanisme et des lumières dans le sens où il se conçoit comme étant une idéologie fondamentalement rationnelle. Et qu’il met l’amélioration de la vie humaine au centre de son dispositif idéologique.

Le terme transhumanisme apparaît à la fin des années 50. Mais le transhumanisme tel qu’on le connaît aujourd’hui ne se structure en organisation que dans les années 90 sur des idées provenant des 60 à 80  comme la vague hippie. Ou des idées comme la sémantique générale qui postule qu’on peut changer l’homme, l’améliorer, en changeant le langage. On retrouve dans les mouvements transhumanistes les influences de trois idéologies qui s’entrecroisent : une gauche humaniste, un libertarianisme individualiste et un mouvement hippie en quête de sens…
En revenant un petit peu sur le mouvement hippie je vais vous parler de Timothy Leary qui représente assez bien l’excroissance technophile de ce mouvement. Il est connu pour avoir été l’un des prophètes du LSD. Mais aussi un scientifique reconnu pendant une partie de sa vie. Il développa peu avant sa mort un projet prônant l’augmentation de l'espérance de vie ainsi que l'extension de l’intelligence humaine, le tout associé à de la conquête spatiale. Trois thématiques qu’il est à mon sens cohérent d’associer et que l’on retrouvera dans le mouvement transhumaniste.
Les idées qui intéressent les transhumanistes sont souvent à la frontière de la science. Leurs idées ne sont pas franchement dans les pseudosciences, mais elles restent souvent assez marginales. L’imagerie transhumaniste provient en grande partie la SF et du cyberpunk. Mais je ne vais pas du tout développer cet aspect dans ce dossier. On peut tout de même citer le neuromancien de William Gibson comme œuvre ayant inspiré le mouvement et Serial Experiments Lain comme exemple d’œuvre inspirée par les idées transhumanistes.

Les organisations transhumanistes des années 90 à nos jours :

La première organisation transhumaniste à apparaître est l’extropy institute qui est fondée en 1992 et qui a disparu depuis. On retrouve ici, au moins dans le nom choisi pour l’association, un objectif particulièrement ambitieux, voire irréaliste. Par ailleurs, politiquement, l’institute était semble-t-il particulièrement libertarien et sans doute plutôt à droite. L’organisation a disparu en 2007 même si sa mailing-list reste plutôt active.
De l’autre côté, avec des ambitions affichées beaucoup plus raisonnable, apparaît en 1998 l'association mondiale de transhumanisme world transumanism association qui s’est depuis renommée humanity+. Elle propose deux définitions complémentaires du transhumanisme :

Le mouvement culturel et intellectuel qui affirme qu'il est possible et désirable d'améliorer fondamentalement la condition humaine par l'usage de la raison, en particulier en développant et diffusant largement les techniques visant à éliminer le vieillissement et à améliorer de manière significative les capacités intellectuelles, physiques et psychologiques de l'être humain.

L'étude des répercussions, des promesses et des dangers potentiels de techniques qui nous permettront de surpasser des contraintes inhérentes à la nature humaine ainsi que l'étude des problèmes éthiques que soulèvent l'élaboration et l'usage de telles techniques.

On voit donc ici que l’association se place non seulement en promoteur de la technique mais aussi comme un lieu de réflexions aux conséquences éthique de l’arrivée d’un post humain.
Dans la même lignée peut être encore un peu plus orienté vers le centre gauche si il faut la situer politiquement on trouve aussi une association française qui s’appelle Technoprog'.
Enfin à l’opposé, je dis à l’opposé car le monsieur ne me semble pas forcément outre mesure sympathique, il y a la singularity university de Ray Kurzweil. Le projet est en grande partie financé la NASA et par Google et son directeur Larry Page. L’association organise entre autre une Université d’été où les places sont extrêmement prisées. Le projet semble intéressant mais vu d’assez loin j’ai l’impression qu’il est très, trop orienté business et Networking. Ça semble davantage être l’endroit pour trouver comment commercialiser une invention révolutionnaire qu’un rassemblement de chercheurs.
Le deuxième point négatif tient pour moi à la personnalité de Ray Kurzweil : Ray se comporte comme un commercial. On a fréquemment l’impression qu’il cherche à vendre quelque chose. Et c’est souvent réellement le cas. L’homme nous vend une singularité que nous allons voir dans quelques année, il se vend lui même comme un génie alors que ses réalisations semblent assez modeste. J’ai lu en partie l’un de ses ouvrages les plus connu Fantastic Voyage, en français serons-nous immortels ? Je m’attendais à me trouver face à un livre de prospective me ventant des technologies qui allaient augmenter notre espérance de vie… Il y a de ça, un tout petit peu mais le livre est surtout un livre de régimes se proposant de nous expliquer comment nous alimenter pour augmenter notre espérance de vie. C’est déjà assez décevant. Mais en plus Kurzweil suggère dans le régime qu’il propose, d’acheter une série de compléments alimentaires, compléments alimentaires vendu par une société… De Kurzweil lui-même.
L’homme ressemble un peu à un richissime propriétaire de plusieurs restaurants étoilés qui s'apprêterait à écrire un guide des meilleurs restaurants… On ne peut s'empêcher de trouver ça suspect.
Gravite aussi autour de la singularity university des gens comme Craig Venter. Un scientifique ayant grandement contribué au séquençage du génome humain et étant devenu riche suite à la revente de son entreprise.  L’homme travaille actuellement sur la biologie de synthèse et a plus ou moins créé la première cellule vivante artificielle. J’ai une citation de lui qui m’avait été retransmise lors de l’ECAL11  (une conférence européenne bisannuelle sur la vie artificielle) mais dont je n’ai pas retrouvé la trace. Elle résume néanmoins assez bien le personnage. Une journaliste l’interroge et lui demande: “Don’t you think you are playing god modifying life like this? And Craig answers: But who said we are playing?” Venter reste quelqu’un d’intéressant. De même, je n’ai rien contre Google, au contraire. Mais l’association Google Venter Kurzweil NASA donne un sentiment un peu mitigé à l’ensemble on sent poindre quelque chose d’assez médiatique, mégalo et business. Il existe au moins une dernière association transhumaniste, dans laquelle est aussi impliqué Kurzweil, le singularity Institute.

Les avancées techniques qui pourraient caractériser le post humain

Généralement, l’élément avancé est l'espoir dans les technologies convergentes c’est à dire le développement conjoint des nanotechnologies, des bio-technologies et de l’informatique pour changer le monde et l’homme. Les meilleurs exemples et les exemples les plus concrets se retrouvent actuellement dans le traitement du handicap. Je pense par exemple à Oscar Pistorius, cet athlète handicapé qui court aussi vite que les athlètes valides. Difficile de dire dans son cas si ses jambes artificielles lui apportent un avantage ou le handicapent dans sa course. La performance reste comparable à celle des athlètes classiques, mais il semble acquis que les avancées de la techniques permettrons tôt où tard à des athlètes handicapés de courir plus vite que des athlètes valides.

how to get your ex back

iv>Mais d’ailleurs on pourrait aussi affirmer que les acteurs valides consommant des produits dopants sont eux aussi des hommes augmentés. En revenant sur le handicap et les réalisations concrètes, on peut aussi penser à l’artificial retina project qui permet de rendre la vue à certains aveugles. C’est une espèce d’œil artificiel qui cumule un implant au niveau des connexions nerveuse et une caméra branchée sur des lunettes de soleil et qui offre déjà une vision en noir et blanc avec une définition d’environs 200 px sur 200 sur les derniers modèles. Nul doute aussi que le développement de ce genre de dispositif pourrait à terme permettre à des aveugles de voir à des distances supérieures.

La cybernétique est très présente dans le mouvement transhumaniste. Il y a aussi par exemple les travaux de Kevin Warwick qui travaille sur la connexion du système nerveux humain à des machines. Si je ne me trompe pas, il a commencé par s’implanter une simple puce qui permettait de le localiser et donc d’effectuer dans son laboratoire quelques interactions sympas mais pas extraordinaires, du type voir les portes s’ouvrir sur son passage ou la lumière s'allumer et s’éteindre. Par la suite, il a réalisé des expériences bien plus impressionnantes. Par exemple après avoir implanté une grille d’électrodes dans un nerf de son bras, il pouvait commander à distance son propre bras via un ordinateur. Il a aussi effectué une «connexion sensorielle» avec sa femme qui s’était implanté une grille d’électrodes similaire. Le monsieur promet que ses recherches pourront déboucher sur de la communication ressemblant à une communication télépathique par ce procédé en 2015… Donc demain.
Après, on peut citer les très nombreuses recherches autours du vieillissement cellulaire comme par exemple les travaux très contesté d’Aubrey de Grey qui identifie 7 causes du vieillissement et qui considère que nous sommes proches de les inverser.
Dans l’arsenal de solutions envisagées par les transhumanistes on retrouve aussi des modifications génétiques sur l'embryon par exemple pour prévenir une maladie génétique. Pour revenir sur les nanotechnologies on retrouve l’idée d’un assembleur moléculaire capable de construire de la matière atome par atome. Voire aussi capable de s’autorépliquer. On imagine que de telles machines auraient de multiples utilités potentielles y compris dans le domaine de la médecine.
On trouve aussi des idées beaucoup plus fantasques telles que la cryogénisation. Dont un détracteur expliquait que si ressusciter une personne cryogénisée n’était pas impossible, la difficulté serait comparable à la reconstitution d’une vache à partir d’un hamburger.
Enfin il y a la question de l’uploading : l’uploading, c’est l’idée qu’on pourra un jour uploader l’esprit humain dans une machine. C’est en quelque sorte la dématérialisation totale de l’essence de notre être. Se transformer en pure information. On est très loin de pouvoir réaliser cet uploading. Mais on arrive déjà à connecter une mémoire électronique à un cerveau de souris. Et certaines personnes envisagent d’utiliser ce genre de techniques pour soigner la maladie d’Alzheimer.
Pour terminer un petit peu sur ces réalisations techniques et pour revenir sur terre, on notera aussi que les projets mis en valeur sur les sites de humanity plus ou de la Singularity University tournent autour de l’empowerment avec par exemple des plan de RepRap sur humanity plus mais aussi du développement durable de l’humanitaire.
Quelques réflexions sur le transhumanisme
Une des thématiques qui revient fréquemment est la création de quelque chose d’autonome capable de se répliquer et de s’améliorer c’est la qu’on retrouve des thématiques proche de la vie artificielle et des recherches en intelligence artificielle.
J’en profite pour ajouter, pour faire le lien avec le précédent dossier, un mot sur que ce que Susan Blackmore appelle des temes. Ce sont des créatures technologiques auto-réplicatrices évoluant par sélection naturelle.
Même si ce mot n’est pas vraiment utilisé par les transhumaniste le concept qu’il couvre est intéressent et recouvre des thématiques et font parti des outils qui intéresse beaucoup les transhumanistes.
Pour rester dans le domaine de la sélection naturelle, les mèmes font aussi partie des thématiques mentionnées par  les transhumanistes. Il y a derrière cela l’idée que comprendre les mèmes pourrait expliquer nos pensées et donc permettre de s’améliorer. Un peu comme la sémantique générale dont je vous parlais précédemment.
Bien évidement, on retrouve une multitude d’autres thématiques telle la convergence homme machine, l’immortalité
On peut aussi se demander si nous ne sommes pas déjà des hommes augmentés; l’homme est caractérisé par l’utilisation d’outils.En quoi est-ce qu’un aveugle avec des yeux bioniques serait plus transhumain qu’un homme normal avec une paire de jumelles? Est-ce l’implant et la modification physique qui nous rend transhumain ? Alors les personnes tatouées ou avec des pacemakers sont déjà des transhumains…
L’imprimerie a aussi durablement changé l’homme…Et il semble que la pratique du net modifie grandement notre capacité à lire linéairement. Il n’y a mon sens qu’une différence de degrés entre le marteau et l’implant nous rendant télépathe de Warwick.
La question de la différence de nature n’arrive à mon sens qu’avec les modifications génétiques ou l’uploading qui semblent à l’heure actuelle l’un et l’autre assez lointains.
Après, le fait que l’on ait affaire à une différence de degrés et que l’on soit dans un processus largement entamé n'empêche pas de réfléchir aux conséquences de ces changements.
A mon sens le transhumanisme, c’est essentiellement de la prospective technologique et des réflexions sur les conséquences de ces technologies futures. Le tout accompagné d’un regard globalement optimiste sur ces technologies.   C’est un mouvement aussi très tourné vers la liberté individuelle
Il n’est pas question d’imposer mais de proposer ce changement.
Initialement, c’est quelque chose qui tient quasiment d’une quête personnelle… Et qu’on retrouve dans le côté livre de régime/manuel de développement personnel du livre de Ray Kurzweil où dans le côté auto-expérimentation de Warwick.
Mais on retrouve aussi cela dans la notion d’empowerment et la proximité idéologique avec des mouvements autour des fablab et autres hacklabs. C’est aussi cet aspect très libertarien qui éloigne le projet transhumanisme des dystopies totalitaires, c’est à dire des contre-utopies que sont 1984 d’Orwell et le meilleur des mondes d’Aldous Huxley. D’ailleurs Huxley était proche de Leary et frère du créateur du mot transhumanisme. Il a un peu plus tard écrit un roman l’Ile que je n’ai pas lu pour présenter une utopie technologique positive.
La structuration du mouvement en organisation à partir de la fin des années 90 marque une étape importante dans le passage d’un mouvement culturel individualiste à quelque chose d’un peu plus politique porteur d’une idéologie.
Un mouvement capable de faire du lobbying. Et il me semble aussi que le petit succès politique du transhumanisme répond à un relatif vide idéologique… La lutte entre pays communistes et monde libéralo-capitaliste semble actuellement dépassé et ce qu’il reste de ces deux idéologies ne fait plus rêver.
L'extrémisme religieux revient en force sans doute pour cette même raison mais l'influence des religions sur la société décroît au moins en occident et chez les personnes ayant effectué des études longues (et de mon point de vue c’est une très bonne chose).
Le post humanisme fournit une idéologie pour laquelle on peut envisager de militer, on retrouve d’ailleurs fréquemment des encouragements au prosélytisme sur les sites transhumanistes.
C’est aussi une idéologie potentiellement porteuse d'espoir. Espoir politique dans le sens ou l’on aperçoit un projet politique centré sur le développement de la technique et espoir qui remplace l’immortalité vendu pas les grandes religions puisque le transhumanisme laisse entre-apercevoir un mieux : une immortalité atteignable dans notre monde réel.
Par ailleurs, à mon sens, son antithèse existe aussi dans l’idéologie des mouvements décroissants.   Attention je ne dis pas que le post humanisme c’est la croissance et la consommation… Mais penser que la croissance ne soit pas un indicateur de progrès valable n’est pas une originalité du mouvement décroissant. Par contre une spécificité à mon sens caractéristique de ce mouvement est une forte hostilité à la technique. A noter que quand je parle de décroissance je ne parle pas développement durable d’écologie, ou même de certaine forme de simplicité volontaire, tout cela est tout autant compatible avec le post humanisme qu’avec la décroissance. Mais que j’oppose un mouvement (le posthumanisme) qui cherche le développement et le progrès humain par la technique et un autre mouvement (la décroissance) qui cherche à imaginer un développement sans cette  même technique.
Ce qui est assez ironique c’est que ces mouvements ont tout deux une filiation avec le mouvement hippie des années 70. Filiation idéologique pour le transhumanisme. Et filiation au minimum au niveau de l’image pour les décroissants.
Vous l’aurez compris présenté comme ça je me place plutôt du côté des transhumanistes… Néanmoins ce rêve d’immortalité qui caractérise aussi le transhumanisme pause de nombreux problèmes dont le plus évident est la surpopulation.
On peut imaginer ce problème résolu par un uploading massif mais ce n’est forcément possible ni forcément satisfaisant. Un contre argument que j’ai vu fréquemment avancé par les transhumanistes est la faible natalité des pays où l'espérance de vie est haute. Cet argument me semble assez naïf.
A la rigueur l’option conquête spatiale me semble être un contre-argument plus réaliste mais là encore, un tel projet pourrait difficilement se réaliser avant que le problème de la surpopulation ne se pose.
Le transhumanisme propose aussi, j’ai l’impression, mais ce n’est pas vraiment propre au transhumanisme, une vision utilitariste de la science… La science n’est plus une pure recherche de la connaissance mais un moyen de réaliser une innovation technique qui préexiste virtuellement dans l’imaginaire. De même, la question de l’accès équitable de ces technologies en devenir à l’ensemble de la population se pose.
Il est heureux que des associations transhumanistes posent cette question, il est davantage inquiétant qu’elles ne proposent pas de mécanismes permettant de s’assurer cette équité. À mon sens, le risque est plus là que du côté des dystopies totalitaires.
Conclusion
Pour terminer, on oppose souvent au transhumanisme que la vie immortelle perdrait son charme, sa beauté, deviendrait ennuyeuse… Pourtant, personnellement je peux difficilement imaginer quelque chose de plus charmant, de plus enthousiasmant que d’avoir le temps d’explorer tous les aspects de la culture, de voir progresser les connaissances humaines, et de partir découvrir l’univers…
Et si après avoir occupé quelques milliers d’années on s’ennuie… Alors il sera toujours temps de mourir.
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L'interview de la semaine:

Nous voulions en avoir le coeur net avec la mémétique alors Franck a invité des experts en la matière. Retour sur la mémétique avec deux invités,

  • Pascal Jouxtel (photo ci-dessous), auteur de “Comment les systèmes pondent” et co-fondateur de la Société Francophone de Mémétique et
  • Charles Mougel, président actuel de ladite société

Les liens évoqués pendant l'émis

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La quote de la semaine, par Ln, en avance pour la Saint-Valentin

« La science, comme l'amour, est aveugle. Voilà pourquoi elle se plaît à procéder par tâtonnements. »
(Jean O'Neil, écrivain québécois)

Rendez-vous avant la prochaine singularité!

Bonne semaine à toutes et à tous!

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Les liens de la semaine:

 La quote de la semaine (piquée à Mathieu):

The good thing about Science is that it’s true whether or not you believe in it – Neil De Grasse Tyson

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Les Horloges Géologiques

On 01.02.2012, in Dossiers, by Marco
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Un paléontologue est comme un détective arrivant après coup sur les lieux du crime. Pour savoir précisément quand des événements se sont produits, il se fonde sur les traces laissées par des processus liés au temps.
Pour étudier l’évolution, on n’a pas besoin d’une simple horloge qui donne l’heure qu’il est, comme un cadran solaire ou une montre, mais il faut quelque chose qui ressemble plus à un chronomètre qu’on peut faire redémarrer.
Il faut que l’horloge évolutive soit à zéro à un certain moment pour qu’on puisse calculer le temps qui s’est écoulé depuis un point de départ.
Les horloges radioactives pour dater les roches ignées (volcaniques) sont justement mises à zéro au moment où la roche se forme par solidification de la lave en fusion.
De plus il existe toute une panoplie d’horloges naturelles, recouvrant un spectre très large d’échelles de temps, dont la gamme de sensibilité se recouvre parfois et cela est une très bonne chose car on peut alors vérifier l’exactitude de chacune avec une autre.
Il existe des horloges radioactives qui pourraient mesurer des fractions de seconde, mais pour ce qui a trait  à l’évolution, les horloges les plus rapides dont les paléontologues ont besoin mesurent des siècles, ou éventuellement des décennies. A cette extrémité du spectre des horloges naturelles, on trouve la datation au carbone et la dendrochronologie (dendron= l’arbre/ Chronos= le temps/ Logos= l’étude. Donc la dendrochronologie est la science de la datation des arbres) très utile en archéologie.
A l’autre extrémité du spectre se trouvent des horloges capables de mesurer des centaines de millions, voire des milliards d’années.

Les cernes des arbres

Nous allons tout d’abord évoquer la dendrochronologie. Cette technique de datation est très précise, puisqu’elle a littéralement une précision à l’année près.
Son principe est simple, et plus ou moins connu par tous, puisque tout le monde a sûrement entendu dire que les cernes des arbres (c’est à dire les cercles concentriques que l’on voit en coupant un tronc) indiquent l’âge de l’arbre. Plus jeune,  je me suis souvent demandé si ce n’était pas encore une de ces vieilles légendes urbaines. Et il se trouve que le jour où je me suis décidé à la vérifier, j’ai été heureux de constater que cela était vrai!

Un arbre vivant produit du bois du côté interne de sa couche de cambium (J’aime bien donner l’origine des mots, car souvent ça aide à les mémoriser. Ici, Cambium vient du latin cambio qui signifie “j’échange” et le cambium est un tissu végétal qui marque la limite entre le bois et l’écorce)
Cela entraine donc l’augmentation de son diamètre. Généralement les arbres produisent leur bois entre le début du printemps et la fin de l’été.
Si on observe les cernes, on remarquera qu’il y a une partie claire et une partie plus sombre. La partie claire correspond au début de la saison, où la disponibilité de l’eau est à son maximum. Ainsi les cellules de xylème (ici, xylème = le bois) qui sont produites à cette période ont un large diamètre et une paroi cellulaire mince.
Par contre le bois produit à la fin de la saison a des cellules plus petites et une paroi cellulaire plus épaisse, ce qui donne la couleur plus foncée. Une fois la saison de production de bois terminé, le cambium stoppe sa production de cellules et rentre dans un état de dormance jusqu’au début du printemps suivant.
Ainsi une année est représentée par un cerne possédant une partie sombre et une partie claire (il faut noter toutefois que je parle là d’un principe général, dans une région où la différence entre les saisons est fortement marquée et pour une espèce d’arbre, comme les conifères, où cette différence entre partie claire et partie sombre est bien marquée. Mais pour certaines espèces cette différence n’est pas si évidente et il faut parfois avoir recourt au microscope pour observer les cellules)

Mais la croissance d’un cerne dépend beaucoup des conditions météo, qui varient d’une année sur l’autre. Grosso modo, les sécheresses retardent la croissance, et une bonne année en pluie va l’accélérer. Donc d’une année sur l’autre l’épaisseur d’un cerne ne va pas être la même, et le schéma des cernes larges et minces dans une région donnée, résultant d’une séquence particulière de bonnes et mauvaises années, est suffisamment caractéristique pour qu’on puisse les reconnaître d’un arbre à l’autre. Cette empreinte constitue une sorte de code-barre.

Grâce à ces codes-barres qui identifient donc un espace de temps donné, dans une région donnée, on peut alors, à rebours, établir les empreintes de cernes caractéristiques de temps antérieurs.
Par exemple en prenant un arbre vivant aujourd’hui et ayant 50 ans, en observant ses motifs de cernes, on en déduit à quoi ressemblent les motifs de cernes sur les 50 dernières années. Admettons que l’on possède une carotte d’un arbre quelconque de la même région qui a été établi il y a 30 ans alors que cet arbre avait alors 60 ans (Pour effectuer de la dendrochronologie, on n’abat pas les arbres pour observer leur tronc, tout cela se fait bien sûr en respect de la nature. Ce sont donc des carottes qui sont extraites)

Comme cette carotte date d’il y a 30 ans, le motif de cernes sur les 20 dernières années avant le carottage, doit se retrouver sur les 20 premières années de notre arbre moderne (qui a 50 ans). Ainsi cela donne le motif sur les 40 années précédant la naissance de notre arbre moderne. On a alors le motif de cernes représentatif de la région sur 90 ans. Et ainsi par suite de chevauchements de restants d’arbres pétrifiés, ou de bois utilisé dans des constructions anciennes, on peut établir le motif de cernes caractéristique d’une région donné.

Théoriquement, s’il se trouvait suffisamment de forêts pétrifiées pour accompagner en une chaîne continue notre voyage vers le passé, on pourrait remonter jusqu’à plusieurs millions d’années. Au lieu de dire “cet arbre date du Jurassique” on pourrait dire “cet arbre date de l’an 151 432 657 avant JC!”
Mais dans la pratique il n’existe pas de chaine ininterrompue et avec la dendrochronologie on remonte à seulement 11’500 ans.

Les cernes des arbres ne sont pas tout à fait le seul système qui promet une datation précise à l’année près.
Les varves sont des couches de sédiments déposées dans les lacs glaciaires (Nord de l’Europe, Scandinavie). Comme les cernes des arbres, elles varient selon les saisons. Durant l’été, la sédimentation est plus active à cause de l’alimentation par les eaux de fontes des glaciers. Cela dépose une couche claire. Par contre l’hiver c’est une couche foncée qui se dépose.
Ces 2 couches forment une varve. On peut donc y appliquer le même principe.

Les récifs coralliens eux aussi ont des cernes annuels de croissance, exactement comme les arbres.

Les horloges radioactives

Contrairement aux cernes des arbres, les horloges radioactives ne sont précises que dans une marge d’erreur à peu près proportionnelle à l’échelle de temps concernée.
Généralement la marge d’erreur est d’environ 1%.
Pour comprendre comment fonctionnent les horloges radioactives, il faut d’abord comprendre ce qu’est un isotope radioactif.
Il existe environ cent éléments, un peu plus si on compte ceux que l’on décèle uniquement en laboratoire, un peu moins si on ne compte que ceux que l’on trouve dans la nature. Chaque élément possède son atome caractéristique.
Trois types de particules entrent dans la composition de l’atome: Les électrons et celles qui forment le noyau et qui sont presque de la même taille, les protons et neutrons.
Le nombre de protons est fixe pour un élément donné, et égal à celui des électrons. Ce nombre est ce qu’on appelle le nombre atomique et il caractérise un élément. L’élément ayant pour numéro atomique 1 est l’hydrogène, le 2 est l’hélium, le 3 le lithium, le 4 le béryllium, le 5 le bore, le 6 le carbone, le 7 l’azote, le 8 l’oxygène, ainsi de suite jusqu’à des nombres comme le 92 qui est le nombre atomique de l’uranium.

(Petite phrase mnémotechnique pour retenir la 2e ligne de la classification des éléments: “Lili Bêche Bien Chez Notre Oncle François Nestor” ==> Li Be B C N O F Ne)
A la différence des protons, les neutrons ne permettent pas d’identifier un élément. Ainsi les atomes d’un même élément pourront se présenter sous différentes versions, qu’on appelle des “isotopes”. Pour un élément donné, le nombre de protons reste donc constant, et c’est le nombre de neutrons qui varie.
Certains éléments comme le fluor n’ont qu’un seul isotope qui se rencontre dans la nature. Le nombre atomique du fluor est le 9 et son nombre de masse 19 (la masse des électrons étant négligeable devant celles des protons et neutrons, le nombre de masse correspond donc au nombre d’éléments du noyau, c’est à dire le nombre de protons et de neutrons) On en déduit donc que le noyau d’un atome de fluor est composé de 9 protons, et 10 neutrons.
D’autres éléments ont un grand nombre d’isotopes: le plomb en a 5 qu’on rencontre couramment. Tous ont le même nombre de protons, qui est 82 le numéro atomique du plomb, mais leur nombre de masse varie entre 202 et 208.
Le carbone a lui 3 isotopes que l’on rencontre dans la nature: Le plus commun est le carbone 12 (6 protons 6 neutrons), mais il y a aussi le carbone 13, qui est très très rare donc on n’en parlera pas plus, et le carbone 14 qui est relativement rare et connu pour faire des datations.
Mais l’information importante à savoir pour comprendre le principe des horloges radioactives est que certains isotopes sont stables et d’autres instables. Pour le plomb, le Plomb 204, le Plomb 206, le Plomb 207 et le Plomb 208 sont stables, alors que le Plomb 202 est instable.
“Instable” veut dire que le noyau de l’atome peut se transformer spontanément en un autre atome à tout moment. “Instable” ici est synonyme de “radioactif”. Il existe plusieurs types de radioactivité. Il y a d’abord ceux qui transforment un neutron en proton, ou l’inverse, un proton en un neutron.
Cette modification n’entraîne pas de changement du nombre de masse, puisque proton et neutron ont sensiblement la même masse. Mais par contre le nombre atomique est modifié, donc l’atome devient un élément différent. Si un neutron se transforme en proton, le numéro atomique augmente alors que si un proton se transforme en neutron, il diminue.
Par exemple le sodium 24 (11p+13n) se transforme en magnésium 24 (12p+12n)

Puis il y a aussi un type de radioactivité pour lequel un atome éjecte une particule, qu’on appelle particule alpha, et qui est composée de deux protons et deux neutrons (on appelle cela la radioactivité alpha) Cela signifie que le nombre de masse diminue de 4, et le numéro atomique de 2.
Un exemple de radioactivité alpha est la transformation de l’isotope Uranium 238 (92p + 146n) en thorium 234 (90p + 144n)

Et maintenant autre point crucial: Chaque isotope radioactif à un rythme de décroissance qui lui est propre. Certains rythmes sont plus lent que d’autres, mais quoi qu’il en soit, il se font toujours de façon exponentielle. C’est à dire que ce n’est pas une quantité fixe qui se transforme en un temps donné, mais une proportion fixe. Et la mesure que l’on préfère utiliser pour le taux de décroissance est celle de la “demi-vie”, c’est à dire le temps qu’il faut pour que la moitié des atomes se transforment. Et cette demi-vie reste la même quelle que soit la quantité d’atomes restants. (d’où le terme “exponentielle”)
Pour donner quelques exemples, la demi-vie du rubidium 87 est de 49 milliards d’années et celle du fermium 244 de 3,3 millisecondes. Cela illustre la gamme d’horloges radioactives disponibles.
La demi-vie du carbone 15 est de 2,4 secondes, donc elle n’a pas d’utilité pour des datations anciennes, mais la demi-vie du carbone 14 est  de 5730 ans, ce qui est parfait pour  effectuer des datations sur des temps archéologiques.
Un isotope très utilisé est le potassium 40, qui a une demi-vie de 1,26 milliards d’années. Il décroit en argon 40 (qui se situe en dessous dans le tableau de Mendeleiev (K=19, Ar=18).
On appelle donc cette horloge, l’horloge potassium-argon.
Donc si on imagine que l’on a une certaine quantité de potassium dans un espace fermé et qu’il n’y a pas d’argon au départ. Au bout de quelques centaines de millions d’années, un scientifique découvre cet espace fermé et mesure les proportions relatives des deux éléments potassium 40 et argon 40.
En connaissant la demi-vie, d’après les proportions trouvées mais également en supposant qu’il n’y avait pas d’argon au départ, on peut estimer le temps qui s’est écoulé depuis le début du processus.

Comme toutes les horloges radioactives qu’utilisent les géologues, l’horloge potassium-argon ne fonctionne qu’avec les roches ignées (qui vient du matin ignis qui signifie “le feu”)
Pourquoi? Parce-que les roches ignées se solidifient à partir de roche en fusion (magma souterrain pour le granit, lave des volcans pour le basalte). Cette solidification se fait sous forme de cristaux, et plusieurs d’entre eux contiennent des atomes de potassium, dont une certaine proportion sont des atomes radioactifs de potassium 40.
Au moment où la roche en fusion se solidifie, il y a donc du potassium 40 mais surtout, il n’y a pas d’argon, et cela est très important car c’est ce qui permet de mettre l’horloge à 0, et donc de connaître à partir de quel moment le “chronomètre” a commencé à défiler. S’il y avait eu de l’argon, il n’aurait pas été possible d’utiliser cette horloge sans connaître les quantités initiales d’argon et de potassium (ce qui n’est pas possible)
L’horloge est donc “à zéro” dans le sens où il n’y a pas d’argon.
Par la suite, la quantité d’argon qui s’accumule est une mesure du temps qui s’est écoulé depuis que la roche s’est formée. Mais cette quantité n’a de sens que si elle est exprimée comme le rapport entre le potassium 40 et l’argon 40. Quand l’horloge était à zéro, ce rapport était de 100% en faveur du potassium 40. Au bout de 1,26 milliards d’années, ce rapport sera de 50 – 50. Au bout de 1,26 milliards d’années de plus, la moitié du potassium restant se sera converti en argon 40, et le rapport sera de 25% de potassium contre 75% d’argon, et ainsi de suite.
Ainsi lorsque les géologues mesurent le rapport potassium/argon dans une roche ignée qu’ils ramassent aujourd’hui, ils peuvent en déduire depuis quand la roche a commencé à se cristalliser en partant de son état de fusion.
L’explication concerne l’horloge potassium/argon, mais les roches ignées contiennent de nombreux isotopes radioactifs, et le fonctionnement est exactement le même. De plus, étant donné que les horloges radioactives couvrent une large gamme de temps, l’une peut être utilisée pour vérifier l’autre.

Mais alors comment dater des fossiles? En effet, on ne trouve quasiment jamais de fossiles dans les roches ignées. Les fossiles se forment dans des roches sédimentaires comme le calcaire ou le grès, qui ne sont pas de la lave solidifiée. Ce sont des couches de boue, de limon ou de sable qui se sont déposées peu à peu au fond d’une mer, ou d’un lac. Le sable ou la boue se compacte avec le temps et durcit sous forme de roche, et les cadavres qui sont pris dans la boue ont alors une petite chance de se fossiliser.
Le problème des roches sédimentaires est qu’elles ne peuvent pas être datées par radioactivité. Elles contiennent probablement du potassium 40 ou d’autres éléments radioactifs qui pourraient servir d’horloge. Mais ces horloges ne sont d’aucune utilité car elles ne se mettent pas bien à zéro, ou plutôt elles s’y mettent à des moments différents les unes des autres. Les particules de sable qui sont compactés pour faire du grès peuvent avoir été concassées à l’origine à partir de roches ignées, mais ces roches ignées se sont toutes solidifiées à des moments différents. Donc chaque grain de sable à une horloge qui s’est mise à zéro à son propre moment, et un moment qui a probablement eu lieu longtemps avant que la roche sédimentaire ne se soit formée.
Les roches sédimentaires qui contiennent les fossiles ne sont donc pas utilisables pour la datation.
Le mieux que l’on puisse faire, c’est de dater les roches ignées se trouvant à proximité de la roche sédimentaire, ou enfouies à l’intérieur.

Tout autour du monde on trouve des couches de roches sédimentaires qui présentent de grandes similitudes, et qui correspondent par conséquent à la même période. Ces couches avaient été identifiées bien avant la découverte des datations radioactives, et on leur avait donné des noms comme: Cambrien, Ordovicien, Silurien, Dévonien, Carbonifère, Permien etc… (Une phrase pour retenir les périodes de l’ère primaire ou paléozoïque est: Cambrone Ordonna Silence et Dévouement à ses Carabiniers Permissifs) Toutes ces périodes se reconnaissent à l’œil nu dans toutes les parties du monde, car elles sont similaires et contiennent les mêmes types de fossiles.
Les géologues connaissent donc depuis longtemps l’ordre dans lequel ces sédiments ainsi nommés se sont déposés. Simplement ils ne savaient pas quand!
On savait que les fossiles du Cambrien, étaient plus anciens que ceux de l’Ordovicien. Et dans ces mêmes couches, les géologues distinguent aussi des sous-divisions. Par exemple: Jurassique supérieur, Jurassique moyen, Jurassique inférieur.
Comme l’ordre relatif des strates est bien connu et que le même ordre se retrouve tout autour du monde, on peut se servir des roches ignées qui sont juste au-dessus ou juste au dessous des strates sédimentaires, ou qui y sont encastrées, pour dater ces strates, et donc les fossiles qu’elles renferment. On sait ainsi d’après les datations des roches ignées que l’on a trouvé associées à des roches du Dévonien, que cette période a commencé il y a environ 410 millions d’années, et s’est terminée il y a environ 360 millions d’années. On ajoute un peu de raffinement en évaluant la position du fossile dans la strate. Un fossile gisant près du haut sera plus récent que ceux gisant près du bas.
Faisons à présent une petite remarque sur les horloges radioactives, qui constituent un argument de poids en faveur de l’ancienneté de la Terre: On dénombre 150 isotopes stables et 158 isotopes instables. Sur les 158 instables, 121 ont soit quasiment disparu de la Terre, soit existent encore car ils se renouvellent constamment. Or si l’on regarde les 37 qui n’ont pas disparu, on remarque que chacun d’eux, sans exception, à une demi-vie supérieure à 700 millions d’années. Et si l’on regarde les 121 qui ont disparu, chacun d’entre eux sans exception a une demi-vie inférieur à 200 millions d’années. On comprend donc que les seuls isotopes que l’on trouve sur la Terre sont ceux dont la demi-vie est suffisamment longue pour avoir survécu sur une très vieille planète.

 

Le carbone

Le carbone est l’élément qui semble le plus indispensable à la vie, de par sa capacité à former des chaînes, des anneaux et différentes autres architectures moléculaires complexes.
C’est par les plantes qu’il entre dans le réseau alimentaire, et plus précisément par la photosynthèse, processus par lequel les plantes produisent des sucres, à partir d’eau, de l’énergie de la lumière du soleil, et du dioxyde de carbone absorbées.
Tout le carbone présent dans tous les êtres vivants vient en fin de compte du dioxyde de carbone de l’atmosphère, par l’intermédiaire des plantes.
La plus grande partie du dioxyde de carbone de l’atmosphère est faite de carbone 12, qui n’est pas radioactif. Mais quelques-unes de ces molécules (1 sur 1 billion = mille milliards) sont constituées de carbone 14 qui lui, est radioactif. Les plantes par contre ne font pas la différence entre carbone 12 et carbone 14, elles absorbent donc du carbone 14 en même temps que du carbone 12, et intègrent donc ces 2 types de carbone dans leurs sucres. Ainsi le carbone 14 se répand rapidement, à l’échelle des temps biologiques,  dans la chaine alimentaire, et tous les êtres vivants, que ce soient les plantes, les herbivores ou les carnivores, ont la même proportion de carbone 12 et carbone 14, qui est celle de l’atmosphère.
Et donc, à la mort de la créature vivante, l’horloge pour la datation se met à zéro, car à cet instant, elle se coupe de la chaîne alimentaire et donc de l’afflux de nouveau carbone 14.
A mesure que les siècles passent, la quantité de carbone 14 diminue progressivement, jusqu’à que la quantité soit trop infime pour qu’on puisse la mesurer. Mais si cette créature est retrouvée et testée avant ce moment, alors la proportion de carbone 14 et d’azote 14 serviront à la dater.
Il faut noter aussi que pour que cela fonctionne, il faut qu’il y est un stock de carbone 14 qui se renouvelle continuellement. Sinon il est évident que tout le carbone 14 de l’atmosphère aurait disparu depuis longtemps de la Terre. Et effectivement c’est le cas, puisqu’il est continuellement fabriqué dans un processus se réalisant en deux étapes: Dans un premier temps, les rayons cosmiques frappent les atomes de l’atmosphère, et éjectent des neutrons. Dans une deuxième étape, certains de ces neutrons vont alors frapper les noyaux d’azote 14 (qui est le gaz le plus répandu de l’atmosphère) et en éjecter un proton. L’atome d’azote, conserve donc le même nombre de masse, 14, mais a perdu un proton: il n’a plus 7 protons et 7 neutrons, mais 6 protons et 8 neutrons: On a donc du carbone 14.
Le rythme auquel s’effectue cette conversion est à peu près constant au cours des siècles, mais “à peu près” seulement (Plusieurs facteurs peuvent influencer les concentrations, plus ou moins localement, comme des essais ou des catastrophes nucléaires)


Heureusement, au tout début de ce podcast nous avons vu une technique de datation, précise à l’année près, qui se réalise avec les arbres, qui sont des êtres vivants. Cela implique donc que grâce à la dendrochronologie, on peut calibrer la datation au carbone 14 et en déduire les fluctuations du stock de carbone 14 dans l’atmosphère, et ainsi obtenir des résultat encore plus précis.

Et pour finir ce dossier, rien de tel que l’exemple le plus célèbre de datation au carbone 14 (mais également certainement le plus sujet au débat…): J’ai nommé le Suaire de Turin! Tout le monde connait la légende qui tourne autour de ce morceau de tissu qui porte la marque d’un homme barbu (non, ce n’est pas un membre des ZZ Top) Beaucoup de gens espèrent qu’il s’agit de la marque de Jésus.

Il est cité pour la première fois dans l’histoire, en 1350. Donc rien de tel que la datation au carbone 14 pour dater la mort du lin qui le compose.

Le Vatican a  autorisé le prélèvement d’une bandelette qui fut divisée en 3 parties chacune étant envoyée à un grand laboratoire spécialisé dans la datation au carbone: l’un se trouvant à Oxford, un autre dans l’Arizona et le troisième à Zurich, afin de travailler dans des conditions complétement indépendantes.

Oxford a donné une date d’environ 1200 après JC, Zurich 1274 et l’Arizona 1304. En tenant compte de marges d’erreurs normales, cela est tout à fait compatible avec la date de 1350 pour la première apparition du Suaire de Turin dans l’histoire…

Bien évidemment, la controverse n’est pas finie, puisque certains remettent en cause la datation, non pas au niveau de la technique, mais au niveau de contamination qu’aurait pu subir le Suaire, notamment lors d’un incendie qui a eu lieu en 1532. Difficile d’évaluer si effectivement il y a eu contamination. On pourrait penser que le Suaire était bien protégé, et qu’une contamination n’aurait pas donné des dates si cohérentes, mais cela est une autre question, et je ne m’avancerai pas plus loin dans le débat…

sources: “Le plus grand spectacle du monde” – Richard Dawkins

http://www.globecanada.ca/globe/francais/activites/dendrochronologie.cfm

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