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L’évolution en 10 minutes

Ce n’est malheureusement pas l’école qui a fait de moi un passionné de sciences, mais des gens – des auteurs pour la plupart – qui se posaient les mêmes questions que moi et qui ne se satisfaisaient pas non plus de réponses à l’emporte-pièce.
C’est bien connu, un livre en cache un autre… Et de fil en aiguille, ou plutôt de bibliographie en bibliographie, je me suis retrouvé à lire tout ce qui me tombait sous la main en terme de biologie évolutive. Je m’intéresse à toutes les disciplines de la science, mais j’ai une affection toute particulière pour tout ce qui touche à l’évolution.
Lorsque Marc nous a proposé son dossier, je me suis dit qu’il fallait quand même lui fournir un peu de contexte. En effet, si nous avons effleuré l’évolution à maintes reprises, en parlant notamment de la preuve scientifique, des bonobos, de l’épigénétique, de la génétique mendelienne (à travers le daltonisme),  des bactériophages, de l’ADN mitochondrial, du dénialisme scientifique et plus récemment des tests ADN, nous n’avons en revanche jamais consacré de dossier ni à l’évolution ni à la géniale théorie de Charles Darwin qui reste, à ce jour, le meilleur modèle pour expliquer le phénomène.
Même si je commence à prendre un peu de bouteille au fil des épisodes, mes talents encore modestes de vulgarisateur  ne me permettent pas de résumer l’Origine des Espèces en 10 minutes (Origine des Espèces que je vous encourage d’ailleurs vivement à lire : en plus des pinsons, des scarabées et des vers de terre, l’autre truc que Darwin adorait dans la vie, c’était la poésie. Et ça se sent vraiment dans son style littéraire. Ce monument de la science moderne, ce livre qui a tout changé et qui fait encore figure d’autorité 150 ans après sa publication, eh bien, aussi incroyable que cela puisse paraître, ce livre formidable se lit comme un roman ! Pas besoin d’être spécialiste pour le lire. Si tous les scientifiques avaient le talent de Darwin, les vulgarisateurs seraient au chômage !) Je me suis tourné vers mon ami google, à qui j’ai demandé de dénicher des papiers intitulés « Evolution in a Nutshell ». Et il y a en a un qui m’a particulièrement plu (disponible ici). Il est bourré d’imperfections, les biologistes me pardonneront, mais il a le mérite de la clarté et constitue à mes yeux une excellente introduction. J’ai le plaisir de vous livrer traduit-tout-cuit ci-après :

La sélection artificielle

Nous savons tous que lorsqu’un éleveur doit envoyer certaines de ses bêtes à l’abattoir, il garde les meilleures pour la reproduction. Les chevaux de course les plus rapides vont au harras, les autres finissent à l’équarrissage. Idem pour les graines des fruits et légumes : on garde les meilleures pour la récolte suivante. Cette méthode d’optimisation des plantes et des animaux d’élevage fait partie de la culture collective et s’appelle la « sélection artificielle ». Les hommes le font depuis des milliers d’années.

La sélection naturelle

Mais quand un lion pourchasse une harde de gazelles, et s’empare de la moins rapide, c’est exactement le même phénomène qui se produit. En mangeant la gazelle la plus lente, le lion a très légèrement augmenté la vitesse moyenne du reste du troupeau. Seules les gazelles les plus rapides vont réussir à vivre assez longtemps pour se reproduire. Comme le cheval de course qui ne finit pas à l’abattoir. Sauf que dans ce cas, comme il n’y a pas d’humain impliqué, cela s’appelle la « sélection naturelle », mais les mécanismes, finalement, ont beaucoup en commun.
De la même manière, les lions les plus lents ne mangent pas beaucoup et sont donc plus faibles et ne gagnent pas les combats pour les femelles, et donc ne se reproduisent pas beaucoup. La vitesse du lion est donc corrélée à celle de la gazelle. Et la même tendance inexorable affecte toutes les choses qui vivent, plantes et animaux, bactéries, baleines, chacune à sa manière. L’avantage favorisé par la sélection naturelle ne réside pas toujours dans la vitesse : il peut s’agir de camouflage, de vision nocturne, de cornes ou de défenses, de la taille, de l’intelligence…

Ce processus n’est pas aléatoire !

Il permet aux individus qui survivent de se reproduire, alors que les individus moins adaptés produisent moins ou peu ou pas de descendants. Génération après génération, les lignées les moins bien adaptées diminuent, voire disparaissent, tandis que les mieux adaptées deviennent la majorité.

Des niches pour limiter la concurrence

Les plantes et les animaux se portent également mieux là où ils ne se trouvent pas en concurrence directe avec d’autres représentants de leur espèce ou d’espèces similaires. Ce phénomène fait que petit à petit, chaque espèce trouve sa « niche » dans son écosystème, soit un espace de vie qui lui est propre. C’est pour cela qu’on ne trouve pas de lions dans les zones des tigres et vice-versa, ils seraient en concurrence directe pour les mêmes ressources alimentaires. Dans ces cas-là, un des deux groupes finit fatalement par disparaître, changer son régime ou s’en aller. On ne voit jamais deux espèces concurrentes partager la même niche pour bien longtemps.
Ces niches changent avec le temps, avec les changements climatiques, les plantes, animaux, oiseaux et insectes varient, les jungles et les déserts gagnent du terrain, se déplacent ou se retirent, le niveau des mers monte et redescend, des montagnes s’élèvent et s’érodent… Milliers d’années après milliers d’années, les créatures sont séparées les unes des autres et se retrouvent complètement changées. Des espèces au départ complètement identiques, longtemps séparées,  peuvent être si différentes après plusieurs générations qu’elles ne peuvent plus se croiser. C’est ainsi que les nouvelles espèces se forment ! C’est ça, l’évolution, et c’est un fait observé.

Micro-évolution versus macro-évolution

Certains détracteurs de l’évolution affirment que ce mécanisme ne décrit que la « micro-évolution ». La « macro-évolution » qui fait carrément émerger de nouvelles espèces n’aurait jamais été observée. C’est comme admettre que 1+1 font deux mais que comme personne n’a jamais compté jusqu’à 1 million, ce n’est pas possible de le faire en partant de 1. Ou « je peux marcher jusqu’à la supérette du coin, mais je ne peux pas marcher d’un bout à l’autre du pays » La réponse est la même dans tous les cas : tout ce qu’il faut, c’est du temps !

L’échelle de temps

Nous savons que l’âge de la Terre est de 4.55 milliards d’années, cela est basé sur une quantité inouie d’indicateurs concordants tous rigoureusement vérifiés. On le sait depuis depuis 1956. Mais qu’est-ce que cet âge signifie vraiment ? Au lieu de parler de temps, parlons un peu distances…
Admettons que 1 mètre égale 1 million d’années. 1 millimètre vaut 1000 ans. A cette échelle, une vie humaine a à peu près l’épaisseur d’un cheveu (environ 50 micromètres, soit 50 ans en moyenne).
Imaginez maintenant que vous teniez une règle d’un mètre entre les mains. Donc un million d’années. Sur cette échelle, les technologies modernes (comme l’électricité, la radio, la télévision, les ordinateurs, l’avion, la voiture) ont été développées sur une longueur de 2-3 cheveux. On était au Moyen-Âge il y a 20 cheveux. Les religions abrahamiques ont débuté il y a à peu près 2 millimètres. Les 4 millimètres suivants couvrent à peu près toutes les civilisations et leur déclins respectifs… Après, c’est déjà l’âge de pierre…
L’espèce humaine moderne a émergé il y a juste 10 centimètres dans le passé. Mais l’usage du feu est venu beaucoup plus tôt, quelque part entre 50 centimètres et 1.5 mètre. Notre règle d’un mètre ne suffit plus… Les dinosaures se sont éteints il y a 65 mètres. Ils étaient là depuis 250 mètres. La vie sur Terre a commencé plus de 10 fois plus loin que cela, environ 2.5 – 3.5 kilomètres. La Terre elle-même formée à 4.5 km à peu près. Et le Big Bang à 13.7 kilomètres… Vous vous souvenez toujours qu’une vie humaine, c’est un cheveu d’épaisseur, à cette échelle-là ?
Comment peut-on dire que l’évolution n’a pas eu le temps de créer la vie telle qu’on la connaît aujourd’hui ?

L’évolution en action

On ne trouve pas l’évolution que dans les fossiles. L’évolution au sein de populations d’organismes vivants se passe encore aujourd’hui, c’est désormais un phénomène observé. On a vu observé l’émergence de nouvelles espèces en laboratoire.
Une étude sur le poisson cichlidé du parc national du Malawi promet même de nous fournir un exemple de spéciation documentée, dans des conditions naturelles, accompagnée d’un journal des modifications génétiques. (Diverses études en fait, voir http://scholar.google.com/scholar?hl=en&q=cichlid&as_sdt=0%2C5&as_ylo=2009&as_vis=1 )
Voilà, je l’ai dit en préambule, cet article est incomplet, il y aurait encore beaucoup de choses à dire, mais je trouve que comme intro à l’évolution, c’est pas mal du tout.
Alors on le voit d’emblée, la notion de spéciation par l’isolement géographique est complètement incompatible avec l’histoire de l’arche de noé par exemple. Et le phénomène-même de l’évolution sur des milliards d’années est incompatible avec l’idée que les espèces ont pu être créées à une fois pour toutes à un instant T. A l’époque de Darwin, cela a fait l’effet d’une bombe car une interprétation littérale des textes sacrés n’était désormais plus compatible avec la science. Issu d’un milieu plutôt religieux, Darwin a d’ailleurs attendu 20 ans avant de publier sa théorie ! En 1858, apprenant qu’Alfred Wallace était sur le point de publier des conclusions similaires, Darwin s’est finalement décidé… Orgueil, quand tu nous tiens…
Depuis 1858, la géologie et d’autres disciplines ont confirmé l’âge de la Terre, via la datation par les horloges atomiques, notamment. La génétique, et notamment la découverte de la structure de l’ADN en 1953, a isolé le gène comme vecteur de la transmission héréditaire. Aucun doute n’est permis aujourd’hui quant à l’évolution, et pourtant on assiste à un retour en force des courants fondamentalistes qui la dénient.
Marc va décortiquer pour nous les arguments anti-évolution et nous allons voir s’ils tiennent la route…


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Dossier - Evolution vs créationnisme 1/3 - Introduction à l'évolution, 3.5 out of 5 based on 2 ratings
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  • Pingback: L’évolution face à ses détracteurs()

  • Je commence par dire que le challenge est de taille est que je n’ai qu’une seule critique à faire… mais de nombreuses éloges à transmettre d’abord: c’est clair, concis, simple, précis! Les exemples choisis sont pertinents et la manière de les agencer est cohérente. Enfin aucune affirmation n’est lancée avec précipitation et les tournures des phrases font que tu évites les écueils des généralisations sans soutien scientifique.
    En deux mots (et une ponctuation) : la classe!
    Maintenant il y a quand même un gros gros oubli au tout début de ton explication: la variation. Il y a deux facettes à l’évolution, deux forces qui s’opposent et qui explique son processus. Ce sont la variation et la sélection naturelle. La variation, c’est l’émergence spontanée de variabilité de caractères au sein d’une population. C’était un peu la matière noire de Darwin au moment de la rédaction de l’Origine des Espèces: sans savoir exactement comment cette variation émerge, Darwin a su s’affranchir d’un manque de connaissance à ce sujet pour la considérer comme un fait et pour réfléchir sur les conséquences de telles variations sur une population dans le cadre de l’origine des espèces.
    Maintenant, nous comprenons de mieux en mieux ce qui est à l’origine des variations morphologiques ou d’autres caractères physiques chez des individus: des mutations (plus ou moins aléatoires) qui altèrent notre information génétique contenue dans les molécules d’ADN qui constituent notre génome.
    Tu as touché une troisième composante cruciale à la théorie de l’évolution mais dont Darwin n’a pas pu expliquer les mécanismes: l’hérédité. De nos jours, on sait que les lois de l’hérédité sont intrinsèquement liées à notre patrimoine génétique (et c’est pour ça qu’hérédité et variation vont main dans la main et interagissent entre elles).
    Du coup, ce que tu as fait, c’est expliqué le corpus du travail de Darwin qui a été d’illustré les mécanismes de la sélection. Mais Darwin n’avait pas pour autant omis d’inclure variation et hérédité dans son schéma, car sans elles, point d’évolution.

    Voilou, au final, je ne sais pas si l’explication aurait tenu en 10 minutes donc ne considère pas ça comme une critique vilaine: c’est du constructif.

  • Haha, quand j’indiquais en préambule que “les biologistes” allaient me taper sur les doigts, va savoir pourquoi, j’avais un biologiste bien précis en tête, mais je ne me suis dit que ce n’était pas du jeu, qu’il fallait aussi laisser leur chance aux autres, tout ça… 😉

    Tu as parfaitement raison bien sûr, mon intro était limite simpliste, c’est que j’ai réussi à faire de mieux dans le délai imparti, mais je ne suis pas super content. Je m’en voulais notamment de n’avoir pas parlé de sélection sexuelle par exemple, ni d’extinction, ni même d’épigénétique (c’est vachement cool, l’épigénétique!)

    Par contre, j’aurais juré que j’avais quand même parlé de variation, et non, effectivement, tu as raison, pas un traître mot… C’est un scandale!

    L’idée d’évolution tient la route sans sélection sexuelle ou transmission de caractères acquis, mais sans variabilité, effectivement, c’est très moyen…

    Mea maxima culpa, je reprendrai ton commentaire dans la prochaine émission.

    Un tout grand merci, comme toujours 🙂

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  • EricCyr

    Dans la section
    “Sélection naturelle” c’est Lion au lieu de Lien. à corriger, merci.

  • Alan Vonlanthen

    Bien vu, merci 🙂 C’est corrigé.

  • M. LeChercheur

    Les pinsons de Darwin

    Une partie de son œuvre consistât à l’observation des animaux vivants. Notamment les célèbres pinsons (13 espèces) résident sur les îles Galápagos qui à cause des variances de la taille de leurs becs, ont été considérées plus tard (non par Darwin) comme une preuve de l’évolution par la sélection naturelle quoique ce ne sont pas des synonymes. Ce que les évolutionnistes ne vous disent pas. La procédure usuelle pour différencier les espèces de vertébrés dont font partie les oiseaux n’est pas la forme de leur bec, mais leur système de reproduction. Dans le cas des supposées 13 espèces de pinsons des îles Galápagos, les évolutionnistes ont modifié les règles en faveur de leur théorie. S’ils avaient respectés la méthode usuelle de différencier les espèces, il n’y aurait pas eu 13 espèces de pinsons. Tous ces pinsons se reproduisent entre eux et produisent des « hybrides » viables. Aussi, des spécialistes sont d’avis qu’il s’agit en réalité d’une seule et même espèce. La différence de formes de becs se trouve simplement inscrite dans leurs gènes.

    On a observé le volume du bec de certains pinsons avait changés en période de sécheresse. Ils étaient mieux capables de se nourrir des graines enveloppées dans une coquille très résistante qui avaient elles-mêmes mieux survécu à la sécheresse. Ce n’est pas un phénomène unique, on le trouve chez d’autres oiseaux. Cela n’explique pas l’origine des espèces par la sélection naturelle, ces formes étaient potentiellement présentes dans la population originale, il n’y a pas de nouvelle information génétique. Ces changements sont aussi réversibles après la sécheresse, aucune évolution n’a eu lieu. Il y a une diversité préexistante dans le monde vivant (ex races de chiens).

    Les lions en période extrême de famine perdent leur crinière, mais la retrouvent en temps favorable. Même le métabolisme des humains change en période de famine, puis revient à la case départ quand il y a assez de nourriture. Une partie de la population survit mieux, chacun réagit différemment aux médicaments, mais ce sont tous des humains. Certains chats ont des goûts variés en nourriture, d’autres sont très sélectifs. Il ce peu qu’en période de pression extrême que ces derniers auront moins de chances de survit, mais ce sont toujours des chats qui possèdent le même caractère génétique.