Le dossier de la semaine

La chronique d’Ln de la semaine

Darwin au cinéma:

Les quotes de la semaine

  • “Avec toutes les saloperies qu’il y a dans l’alimentation, heureusement qu’il nous reste l’alcool pour oublier qu’on mange” – Laurent Ruquier
  • “Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson” – Confucius
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(Si vous avez manqué le début, c’est par ici: le défi alimentaire 1/2)

La semaine dernière, nous avons dressé un constat un peu mitigé de la réalité alimentaire aujourd’hui et des défis de demain. En résumé, tout le monde n’est pas nourri à sa faim alors que la demande va croissant et que les filières sont déjà saturées. Nous avons vu les limites de l’expansion et de l’intensification sous l’angle de leur impact environnemental. Nous savons que l’augmentation du niveau de vie dans les pays en forte croissance (Chine, Inde, Brésil notamment) s’accompagne d’une transition alimentaire impliquant d’élever encore plus d’animaux alors que les calories animales sont terriblement demandeuses en termes d’énergie, d’eau et ont un impact environnemental super important.

Alors quelles sont les solutions? C’est ce que nous allons tenter de voir cette semaine. Nous allons rapidement survoler l’entomophagie, suggérée par Pierre Kerner, soit l’idée de manger des insectes. Nous examinerons ensuite le bio, piste généralement présentée comme alternative saine et durable à l’agriculture intensive. Nous parlerons un peu d’agriculture intégrée et finalement nous nous étendrons sur les solutions que proposent les scientifiques à travers une étude publiée en octobre dernier dans la revue Science et nous verrons que pour venir à bout d’un problème complexe, on ne peut pas se contenter de solutions à l’emporte-pièce.

L’entomophagie

Je vous avouerai que lorsque Pierre a suggéré cette approche, accompagnée comme il se doit d’un livre de recettes (quand on est strange and funky, on a une réputation à tenir), je me suis dit que j’en toucherais un mot ici sous forme de clin d’œil. Sauf que… Après avoir lu l’article que Pierre a indiqué dans son commentaire, je me suis rendu compte que des gens très sérieux prenaient cette piste très au sérieux. Le papier en question est une présentation des travaux de plusieurs équipes de l’Université de Wageningen aux Pays-Bas qui bossent sur cette approche. Extraits choisis:

Environ 80% de la population mondiale mange des insectes. Sous les tropiques en particulier, ils font partie du régime ordinaire. Les insectes sont mêmes considérés comme des gâteries, pas juste comme des substituts car on ne trouverait rien d’autre. Les chenilles et les sauterelles sont populaires en Afrique. Les guêpes sont une délicatesse au Japon. Les crickets se mangent en Thaïlande. En Chine, on ne recule même pas devant le scorpion, proche cousin des insectes (…)

Les experts indiquent que les insectes ne sont pas juste succulents; leur élevage est bien plus durable que celui du bétail à tous les niveaux: les quantités d’eau nécessaires à leur production sont ridicules à côté de ce qu’il faut pour un kilo de viande de bœuf. Pas besoin d’antibiotiques. Les insectes ne sont pas porteurs de maladies transmissibles à l’espèce humaine. Et leur croissance est très efficace.

Effectivement, l’article indique qu’ils “aiment” vivre dans le noir les uns sur les autres et que, du fait de leur sang froid, ils convertissent 60% de ce qu’ils ingèrent en masse corporelle (vs 13% pour le bœuf par exemple).

Les insectes présentent un intérêt nutritionnel élevé: ils constituent une riche source de protéines, d’acides gras sains et de vitamines et minéraux importants. Avec 100 grammes de viande d’insecte, un adulte a couvert la totalité de ses besoins journaliers en protéines, en fer et vitamine B. (…)

Seule les régimes alimentaires occidentaux excluent totalement les insectes – si on fait abstraction du quart de kilo que nous ingérons chaque année sans le remarquer dans notre beurre de cacahuète, les légumes mal lavés ou encore les colorants roses à base de cochenille. (…)

La consommation à large échelle d’insectes est viable et constitue une solution écologique et durable pour faire face au défi de nourrir une population croissante avec suffisamment de protéines. Et pour nourrir les élevages d’insectes, il suffit de déchets ou de fumier, ce qui permettrait en outre d’éliminer les surplus (…)

A l’heure actuelle, il n’existe que quelques éleveurs d’insectes au Pays-Bas.

Nugett de sauterelle (piqué sur http://documents.plant.wur.nl/wur/WageningenWorld_0310_UK.pdf)Ce qui semble amplement suffisant car il n’y a pas vraiment de marché grand public pour le moment.

“C’est un vrai challenge de convaincre les Néerlandais à croquer dans une tête de sauterelle” indique l’un des entomologistes participant aux recherches, “la barrière culturelle et psychologique est difficile à franchir”. Le chercheur estime que pour conquérir les consommateurs, il faut éviter que les insectes soient trop reconnaissables: par exemple, on pourrait ajouter des protéines d’insectes dans la viande des garnitures de pizzas ou ajouter de la viande d’insecte dans les nuggets surgelés de poulet ou de porc”….

Voilà… On trouve plein d’autres ressources sur le sujet dans l’entrée “Entomophagie” sur Wikipédia, très complète, pour celles et ceux que ça intéresse.

Suivant directement le commentaire de Pierre Kerner qui nous proposait d’explorer cette piste, un commentaire de Didier Barthes nous proposait une réflexion sur son blog critiquant cette piste arguant d’une part qu’on propose en général de manger ces insectes frits, ce qui n’est pas idéal sur le plan diététique et se demandant, d’autre part, s’il ne s’agissait pas de l’étape suivante d’une fuite en avant effrénée: après avoir bouffé toute la viande, tous les poissons, on passerait aux insectes. Et quand on les aura finis, on s’attaquera aux bactéries? L’auteur du billet pense qu’il faudrait revoir notre croissance démographique plutôt que trouver toujours de nouveaux moyens de la soutenir. Le débat est ouvert.

Le bio

Impossible de regarder un reportage traitant de questions alimentaires qui ne se termine pas par une injonction à bouffer bio. OK, j’exagère un peu, mais il faut tout de même admettre que le bio est présenté comme une panacée: des fruits et légumes meilleurs pour la santé et  pour la nature grâce à des procédés non-intensifs respectueux des gens et de la planète. Qui dit mieux?

Ce n’est pas un hasard si le Grenelle Environnement, un ensemble de rencontres politiques organisées en France en septembre et octobre 2007, visant à prendre des décisions à long terme en matière d’environnement et de développement durable, avait fixé à la France des objectifs ambitieux en matière de développement de l’agriculture bio: 20 % de produits biologiques dans la restauration collective en 2012 et  passer en agriculture biologique 20% de la surface agricole utile en France en 2020. Rien que ça!

Comme tout quarantenaire bobo qui se respecte, je me suis laissé conquérir par les promesses du bio. Mais ma foi a été passablement ébranlée lorsque j’ai lu le livre “Denialism” du journaliste scientifique américain Michael Specter. Livre absolument génial, que je vous recommande chaleureusement d’ailleurs. Il passe en revue les attaques que subit la science de toutes parts et la montée des peurs irrationnelles (peur des vaccins, de la génétique, etc.) C’est bien écrit, richement documenté, ça se lit comme de rien. Mais il m’a franchement surpris en indiquant que la mode du bio et la demande croissante pour les produits bio vont de pair avec une sorte de militantisme anti-progrès qui veut croire à un retour possible à une espèce de jardin d’Eden. En fait, plus que choqué, ça m’a surtout vexé. Car je ne me sens pas du tout faire partie de la clique de fondamentalistes anti-science qu’il décrit et pourtant, comme tout le monde, j’achète de temps en temps des produits bio.

Bio: fausses promesses et vrai marketing, le livre de Gil Rivière-Wekstein Lorsque j’ai parlé à  Jorj McKie de mon projet de dossier, il m’a prêté un petit livre intitulé “BIO Fausses promesses et vrai marketing” de Gil Rivière-Wekstein, le fondateur de la revue mensuelle agriculture et environnement, spécialiste des questions agricoles et environnementales. L’auteur a mené l’enquête avec rigueur pour passer à la moulinette chacune des idées reçues qui sont véhiculées par le sujet du bio. Je trouve l’approche plus intelligente que celle de Specter en l’occurrence car moins militante et systématiquement étayée. Là aussi, extraits choisis:

Idée n°1: Le bio est meilleur pour la santé

En 2003, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa, aujourd’hui intégrée dans l’Anses, l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a publié un important rapport sur ce sujet, dont les conclusions sont sans appel: “L’ensemble des données examinées dans le cadre de cette évaluation a montré, de manière générale, peu de différences significatives, et reproductibles, entre la composition chimique des matières premières issues de l’agriculture biologique et celles issues de l’agriculture conventionnelle. Les résultats des études sont parfois contradictoires. Les nombreux facteurs de variation intervenant dans la composition chimique et la valeur nutritionnelle des aliments (variété/race, saison, climat, stade de maturié ou de développement, stockage, conduite d’élevage…) sont souvent plus importants que l’impact des facteurs liés strictement au mode d’agriculture (nature de la fertilisation, des traitements sanitaires…)”

L’étude de l’Afssa vient d’être réactualisée par le nutritionniste Léon Guéguen et le toxicologue Gérard Pascal, directeurs de recherches honoraires de l’Inra. “En Europe du Sud, la principale motivation d’achat des produits AB demeure la protection de la santé. Pourtant, la vocation première de l’AB [pour Agriculture Biologique], reconnue par ses protagonistes officiels, est la préservation de l’environnement, et non pas la nutrition et la santé des consommateurs. L’AB a une obligation de moyens mais pas de résultats concernant les qualités nutritionnelles, sanitaires et gustatives de ses produits”, notent-ils en guise d’introduction.

“Face à la cacophonie actuelle des messages qui circulent, à tous les niveaux, vantant la qualité supérieure des aliments bio, il nous a semblé utile de refaire le point à partir du rapport de l’Affsa publié en 2003, et en y ajoutant les données nouvelles publiées (plus de 100 références)”, expliquent les deux experts, qui relèvent quelques différences dans certains fruits et légumes bio, comme “des teneurs plus élevées en vitamine C et en polyphénols, mais plus faibles en caroténoïdes“. “L’un des points forts du bio, c’est la richesse en antioxydants” affirme Bruno Taupier-Létage, responsable qualité à l’Itab [l'Institut Technique de l'Agriculture Biologique]. “La plante produit ces micro-constituants en réaction à certains stress comme l’attaque des ravageurs. En bio, elle doit se défendre par ses propres moyens”, explique-t-il. “Ce qui est parfaitement vrai. Toutefois, il faut également préciser que la formation des polyphénols s’accompagne de celle de centaines de métabolites secondaires [c'est à dire des molécules qui n'appartiennent pas au métabolisme primaire, comme des tanins par exemple], qui sont pour certains des toxines à action insecticide ou fongicide, et dont seulement quelques-uns on été étudiés pour leur toxicité, notamment les glycoalcaloïdes de la pomme de terre et de la tomate”, relativisent Léon Guéguen et Gérard Pascal. Pour eux, “les faibles différences observées entre aliments bio et conventionnels n’ont aucune répercussion significative sur la nutrition et la santé.

Les tenants du bio établissent un lien de causalité entre l’utilisation de pesticides et des cancers

Des propos que tenait précisément Claude Aubert en… 1979! “De nombreux indices montrent que, en dépit des progrès de la médecine, l’état de santé général de la population ne cesse de se dégrader et que cette évolution va en s’accélérant”, assurait le secrétaire général de Nature & Progrès (N&P). Or, comme l’a démontré un groupe de chercheurs travaillant dans le cadre de l’Observatoire européen des espérances en santé, on vit aujourd’hui sans incapacité jusqu’à 68 ans en moyenne dans l’Union européenne. En France, grand pays agricole, ces chiffres s’élèvent à 68 ans pour les hommes et 69 ans et 8 mois pour les femmes, alors qu’en Allemagne, il se situent respectivement à 63 ans et 62 ans. Toujours dans l’Hexagone, l’espérance de vie atteint 77,5 ans pour les hommes et 84,4 pour les femmes (chiffres de 2007), alors qu’en 1979, elle n’était respectivement que de 70 ans et 78 ans. En trente ans, elle n’a donc cessé d’augmenter, infirmant toutes les prédictions pessimistes de Claude Aubert, qui déclarait que “la mortalité, qui avait nettement diminué entre 1950 et 1971, recommence à augmenter légèrement”.

Gil Rivière-Wekstein démonte aussi cette idée qui veut que si les vieux vivent de plus en plus vieux, c’est parce qu’ils ont mangé bio à la cantine toute leur enfance, à l’époque d’une agriculture sans pesticides… Le problème, c’est que cette agriculture sans pesticides n’a jamais existé. En tout cas pas à la fin du XIXe / début du XXe. Documents à l’appui, l’auteur démontre qu’on faisait un usage massif d’insecticides: charbon-engrais contre le phylloxéra en 1890, capsules Jamin au sulfure de carbone et à la benzine en 1891. Désinfection des vignes et des arbres fruitiers avec du Lysol, une solution à base d’huiles lourdes de goudron de houille qui assure un traitement réparateur contre le phylloxera. On faisait également joyeusement usage de bouillies à base de mercure, des mélanges à base de térébenthine ou encore de jus de nicotine.

À partir des années 1950, nous dit l’auteur, les insecticides naturels ont progressivement disparu de la palette des produits phytosanitaires. Les agriculteurs leur préféraient en effet, des produits de synthèse plus performants. Seuls les agriculteurs “bio” ont continué à les utiliser, quitte à recourir à certains produits interdits depuis lors, compte tenu de leur toxicité. C’est le cas de la nicotine, un alcaloïde dont les propriétés insecticides sont bien connues et qui a été autorisé en agriculture biologique jusque dans les années quatre-vingt-dix… Alors qu’il est 40 fois plus toxique pour l’homme que le DDT! C’est aussi le cas de la roténone, un produit issu de plantes tropicales, très toxique pour les poissons et divers insectes – qu’il paralyse -, et qui est probablement à l’origine de certains cas de maladie de Parkinson. Car qui dit “pesticides naturels” ne dit pas “pesticides sans danger”!

Bon. Le bio n’est pas meilleur pour la santé. Mais alors, idée n° 2: il est meilleur au goût…

On ne souffle pas les goûts et les couleurs… L’auteur cite, entre autres, une enquête réalisée par 60 millions de consommateurs, dans son n° 446 de février 2010:

Lors de quatre séances de dégustation, soixante consommateurs ont été invités à communiquer leur impression générale sur le goût et la texture de plusieurs sortes d’œufs. “Les résultats de notre dégustation vont en décevoir plus d’un”, avertit le mensuel. Et pour cause! Les œufs de poules élevées en cage obtiennent la meilleure note, avec les œufs Label Rouge. Quant à l’œuf le moins apprécié, il s’agit d’un œuf bio!

Après, ce genre de résultats sont à considérer avec prudence, bien sûr: on ne souffle pas les goûts et les couleurs. Mais ce genre de tests démontrent que le bio n’est pas objectivement meilleur que le non-bio.

OK, mais idée n° 3: le bio est bon pour l’environnement!

Oui… Et non… C’est compliqué. L’agriculture bio est une démarche respectueuse de l’environnement. C’est sa raison d’être, c’est inscrit dans son ADN. Mais… Il y a plusieurs mais…

Avec des chutes de rendement de l’ordre de 30% à 50% pour le blé, les conséquences sur l’usage des sols et le climat ne sont pas négligeables. Ces chutes entraînent en effet une augmentation proportionnelle des surfaces cultivées, et par conséquent, des émissions de gaz à effet de serre.

L’auteur – qui expose également les positions des partisans du bio – indique que selon ceux-ci, on ne devrait pas se livrer à ce genre de comparaisons, car

Le passage à la consommation bio engendre moins de consommation carnée, donc moins d’élevage à viande, donc moins de céréales et oléagineux pour le bétail, et plus de surfaces pour l’alimentation humaine.

Personnellement, j’aime beaucoup cette idée, mais j’ai un peu de peine avec cet argument. La palette de viandes bio dans les supermarchés ne fait que croître à vue d’œil et je n’ai rien trouvé dans le cahier des charges “Bio Suisse” qui pousse à la réduction de la consommation de viande. Ceci dit, l’idée de réduire la consommation de viande, est une piste intéressante. Bio ou pas bio. On y reviendra plus tard.

L’Inra a réalisé entre 2001 et 2004 une évaluation agri-environnementale de la conduite de la vigne en agriculture biologique et en production intégrée. Il n’y a pas photo:

L’impact environnemental de la production intégrée est plus favorable que celui de l’agriculture biologique, notamment au niveau des indicateurs phytosanitaires. Pour principale raison, le nombre de passages pour les applications de cuivre, qui a un impact important sur le sol mais aussi sur les eaux de profondeur et l’air. En effet, pour faire face aux attaques de mildiou ou d’oïdium, les agriculteurs bio sont bien obligés de traiter. Comme ils ne disposent pas de produits de synthèse, ils ne peuvent utiliser que des formulations à base de soufre ou de cuivre. Or l’efficacité de ces produits n’étant pas extraordinaires, les doses utilisées sont importantes – jusqu’à plusieurs kilos à l’hectare – et les passages, fréquents.

Le cuivre est super toxique et il n’est pas biodégradable. Il s’accumule  année après année dans la terre:

(…) Les autorités sanitaires communautaires sont mal à l’aise avec le dossier. Il est vrai que l’on ne peut indéfiniment déverser des produits non biodégradables sur les sols. “Épandre cinq kilos par an correspond à déverser sur les sols une demi-tonne de cuivre sur chaque hectare au bout d’un siècle”, explique Denis Dubourdieu, professeur d’oenologie à l’université de Bordeaux. “Imaginez l’état des sols si l’on avait utilisé le cuivre depuis le début de la culture de la vigne, c’est-à-dire au moins deux mille ans!” poursuit-il. “Il existe de nombreux exemples où, dans des sols acides, les quantités de cuivre fongicide accumulées depuis un siècle d’usage empêchent aujourd’hui l’herbe, le blé ou même les arbres fruitiers, de pousser”, confirme Thierry Coulon, directeur technique de l’Institut français de la vigne.

Bref, le bio n’est pas meilleur pour la santé, le goût des produits bio n’est pas meilleur. Et le bilan environnemental est mitigé (ce dont je me doutais déjà en constatant que de nombreux produits bio viennent du bout du monde et contiennent parfois de l’huile de palme…) Et pourtant, on est prêts à payer davantage pour ces produits! Je commence à me demander si Michael Specter n’a pas raison au fond. Tout cela n’a plus grand chose de rationnel. On est au royaume de la croyance: le bio a atteint un statut quasi religieux dont la légitimité paraît très discutable. Ajoutez à cela que le courant bio trouve son origine dans les courants d’extrême-droite opposés au progrès (poujadistes en France, d’autres courants ailleurs en Europe) et le concept est tout suite nettement mois sexy. Et avec ses rendements catastrophiques, il est clair désormais que ce n’est pas ce mode d’agriculture qui nous donne un peu facilement bonne conscience dans les pays riches qui va nourrir la planète.

Ceci étant dit, je pense qu’il faut laisser au bio un immense mérite, celui d’avoir permis aux consommateurs de dire que ses promesses (santé, goût, environnement) sont importantes à leurs yeux. Même si ces promesses ne sont pas tenues au bout du compte.

L’agriculture intégrée

On l’a évoquée il y a un instant et on va y revenir en évoquant les solutions. Je vous rassure, pas de diatribe interminable, cette fois-ci, mais on va juste poser les bases pour comprendre de quoi on parle, avec l’aide de notre bon ami wiki:

Le concept d’agriculture intégrée caractérise des pratiques agricoles menant à des aliments de qualité en utilisant des moyens naturels et des mécanismes régulateurs pour remplacer les apports polluants et pour assurer une agriculture durable. L’accent en placé sur une approche holistique: l’exploitation est considérée comme une unité de base, au centre d’un agrosystème, comprenant un cycle équilibré des nutriments, et basé sur le bien-être de toutes les espèces animales dans les élevages. La préservation de la fertilité des sols et d’un environnement diversifié est un aspect essentiel. Les moyens biologiques, techniques et chimiques sont utilisés de manière équilibrée pour prendre en compte la protection de l’environnement, ainsi que les exigences économiques (rentabilité) et sociales. Enfin, l’agriculture intégrée fait appel aux méthodes de lutte intégrée, méthodes de protection des cultures tenant compte d’un seuil de nuisibilité du ravageur ou  de la maladie, au-delà duquel le résultat économique est touché. Ce n’est donc que lorsque ce seuil de nuisibilité, ou seuil de tolérance, est atteint, que la lutte chimique est déclenchée contre le ravageur, la maladie cryptogamique ou le virus en question.

Le site de l’Observatoire de l’Environnement de la région Poitou-Charentes précise encore:

L’agriculture intégrée se situe à mi-chemin entre l’agriculture conventionnelle et l’agriculture biologique. La valorisation des ressources naturelles et des mécanismes régulateurs est réalisée par exemple, par l’arbre qui recycle des éléments minéraux, grâce à la puissance de ses racines et la chute des feuilles. Certaines cultures comme le blé recyclent des quantités importantes de potasse par l’intermédiaire de la paille. Certains parasites tels les pucerons, limaces, ont des prédateurs naturels tels certains carabes.

C’est le concept assez génial de lutte biologique utilisé en agriculture intégrée. Ça consiste, à la place de chasser les prédateurs à grands coups de substances toxiques (en détruisant accessoirement toutes sortes de créatures qui ne sont pas du tout nuisibles), à la place, donc, on amène leurs prédateurs naturels. Comme les coccinelles pour lutter contre les pucerons. C’est propre et hyper-sélectif: on ne détruit pas tout ce qui bouge à des kilomètres à la ronde! Bon, ceci dit, en relisant ce dossier, Ln a modéré mes ardeurs:

Attention, le concept de lutte biologique n’est pas forcement si bien que ça. En effet si l’idée est raisonnable, la mise en pratique a tendance à implanter des prédateurs exotiques contribuant ainsi au problème des espèces invasives (cf les coccinelles asiatiques)

Voilà, c’était juste pour poser un peu le décor. Je vais maintenant vous parler de l’article de Science (version gratuite ici, en pdf) que j’évoquais en introduction.

À problème complexe, réponse complexe. Les pistes de la science.

Différents chercheurs américains, canadiens, suédois et allemands, issus de plusieurs universités et représentant diverses facultés (géographie, biologie, climatologie, économie, …) ont réfléchi ensemble aux meilleures solutions pour nourrir la planète.

Après avoir posé la problématique comme nous l’avons fait la semaine dernière, les auteurs estiment que le défi est le suivant: doubler la production de nourriture au cours des quelques prochaines décennies tout en:

  1. réduisant de 80% les émissions de gaz à effet de serre dus à l’agriculture;
  2. réduisant les pertes d’habitats et les pertes de biodiversité;
  3. réduisant les utilisation de l’eau qui ne s’inscrivent pas dans une logique durable;
  4. supprimant progressivement la pollution des eaux par les apports chimiques de l’agriculture.

Doubler la production tout en diminuant les impacts environnementaux: l’équation semble impossible! Alors comment y parvenir?
Et bien on s’en doute, il n’y a pas de réponse toute simple. Ce serait trop beau. Les chercheurs proposent de combiner 4 stratégies simultanées pour y parvenir:

  1. stopper l’expansion agricole
  2. réduire les écarts de rendements (notamment entre le Nord et le Sud)
  3. accroître l’efficacité des ressources agricoles
  4. améliorer la distribution de la nourriture en changeant les régimes alimentaires et en réduisant le gaspillage
a. la situation actuelle. b. les objectifs de 2050

A. La situation actuelle (par rapport aux objectifs de 2050). B. La situation visée pour 2050.

Selon les auteurs, ce n’est qu’en combinant ces quatre stratégies qu’on arrivera à relever le défi alimentaire qui nous attend d’ici 2050. Examinons-les une par une:

1. Stopper l’expansion agricole

L’expansion de l’agriculture dans les écosystèmes sensibles a des effets considérables sur la biodiversité, le stockage du carbone et les services environnementaux que peuvent rendre ces écosystèmes. C’est particulièrement vrai lorsque ce sont des forêts tropicales qui sont abattues pour faire place aux nouveaux terrains agricoles. On estime que le phénomène cause la perte de 5 à 10 millions d’hectares de forêt chaque année. Le ralentissement, puis, finalement, l’arrêt total de l’expansion de l’agriculture constituera le premier pas vers une agriculture plus durable. Mais cela impactera-t-il négativement la production de nourriture? Les analyses des experts indiquent que non: les bénéfices de la déforestation tropicale sont souvent limités, particulièrement à la lumière des dégâts environnementaux qu’ils provoquent. Les régions de l’agriculture tropicale qui ont des hauts rendements – en particulier les cultures de cannes à sucre, d’huile de palme et de soja – contribuent typiquement assez peu aux fournitures caloriques mondiales, particulièrement lorsque les cultures sont destinées aux biocarburants. Les éventuelles pertes caloriques dues à l’arrêt de la déforestation pourraient être compensées par l’amélioration des rendements sur les terres agricoles existantes. Des encouragements économiques pour des solutions écologiquement viables ainsi que des certifications (label en écotourisme par exemple) pourraient permettre d’atteindre cet objectif.

2. Réduire les écarts de rendements (notamment entre le Nord et le Sud)

De récentes analyses ont montré de très importants écarts de rendements même au sein de régions disposant de conditions de culture similaires. Il existe des opportunités significatives d’augmenter les rendements des cultures dans de nombreuses régions d’Afrique, d’Amérique latine et d’Europe de l’Est, où la difficulté d’accès à l’eau et aux engrais est la plus forte. De meilleurs déploiements de variétés existantes, avec une meilleure gestion devraient déjà permettre de réduire de nombreux écarts, tandis que l’optimisation génétique permanente permettra probablement d’augmenter encore les rendements partout à l’avenir. Les analyses des chercheurs ont montré que si on pouvait augmenter tous les rendements à 95% de leur potentiel, la production globale de céréales augmenterait de 2.3 milliards de tonnes, soit 5×1015 kcal, ce qui correspond à une augmentation de 53% de la production totale. Et même si on n’atteignait que 75% du rendement (au lieu de 95%), ça nous ferait toujours une augmentation de 28%, ou 1.1 milliards de tonnes ou 2.8×1015 kcal. Il existe aussi des opportunités significatives du côté des variétés orphelines (qui n’ont pas bénéficié de beaucoup d’attention ou d’optimisations ces dernières années), ce qui contribuerait également augmenter la diversité des cultures. Réussir ce tour de force sans dégradation environnementale passera forcément par de nouvelles approches, comme la réforme de l’agriculture traditionnelle qui devra davantage s’inspirer des méthodes du bio et de l’agriculture intégrée. Cela nécessitera également de régler les problèmes économiques et sociaux que poseront forcément ces réorganisations.

3. Accroître l’efficacité des ressources agricoles

Ici, les chercheurs ont exploré deux problématiques: l’utilisation de l’eau et l’utilisation des engrais.

L’eau d’abord: l’irrigation est actuellement responsable du pompage de 2’800 km3 d’eau douce (nappes phréatiques, lacs et rivières). On l’utilise pour environ 24% des cultures et cela permet de délivrer 34% de la production agricole. En fait, sans l’irrigation, la production globale de céréales chuterait d’une vingtaine de pour cent. Du coup, si on la supprimait, il faudrait plus de terrains encore pour produire  la même quantité de nourriture. L’eau nécessaire aux cultures varie énormément selon les régions. On sait que 16 espèces de base demandent moins de 0.3 litres d’eau par kcal fournie; une piste pourrait consister à tenir compte de cela et privilégier la culture de variétés peu gourmandes en eau dans les régions plus sèches. Et là aussi, une meilleure gestion et l’application de certaines techniques simples pourraient grandement aider. Par exemple: réduire l’évaporation hors-champ de l’eau durant son transport et son stockage. Et réduire l’évaporation sur le champ avec un simple paillage ou encore réduire le nombre de labours sont des solutions toutes simples aux effets immédiats.

Sur les engrais maintenant. On observe de grandes disparités au niveau de la planète: tandis que certaines régions manquent d’engrais, d’autres en surconsomment et polluent gravement les ressources. La Chine, le Nord de l’Inde, les Etats-Unis et l’Europe de l’Ouest, typiquement, utilisent trop d’engrais: 10% des cultures mondiales sont responsables de 32% des surplus d’azote et de 40% des surplus de phosphore. Dans ce cas, ce sont des politiques ciblées visant à réduire la surconsommation d’engrais, à améliorer la gestion du fumier et à encourager le recyclage et d’autres pratiques plus durables qui vont permettre de constater une amélioration qui, de fait, aura également un impact sur les qualités des eaux.

4. Améliorer la distribution de la nourriture en changeant les régimes alimentaires et en réduisant le gaspillage

Là, on revient au problème de la viande. Si au lieu de filer les céréales au bétail pour ensuite manger des steaks, on réservait toute la production de 16 souches céréalières  essentielles à notre consommation directe, on augmenterait d’un coup les kcalories disponibles de 49%! Ça ne paraît pas très vraisemblable, bien sûr, mais même des petits changements de régime peuvent avoir un effet spectactulaire aussi bien sur les calories à disposition pour le reste de l’humanité que sur l’environnement. Réduire sa consommation à défaut de la supprimer est déjà un progrès important. Troquer un bœuf nourri au grain contre du poulet, du porc, ou un bœuf nourri de pâtures a un effet très important. Des politiques restrictives sur les biocarburants auront également un effet majeur. Et bon… On l’a vu au début du dossier, troquer le steak saignant contre des chenilles juteuses aurait également un gros impact.

Accessoirement, un volume important de nourriture n’est jamais consommé, mais jeté, gaspillé, dégradé ou consommé par des parasites. Une étude récente de la FAO estime que cela concerne quelque 30% de la production. D’autres études parlent de 50%. Les pays en voie de développement perdent plus de 40% de leur production post-récolte en raison des mauvaises conditions de stockage et de transport. Les pays industrialisés perdent moins de leurs productions mais au niveau de la vente au détail et/ou du consommateur final, plus de 40% de la nourriture serait gaspillé (toutes les références à ces études sont disponibles dans l’article de Science).

En clair, réduire ces pertes et gaspillages et repenser les choix alimentaires, énergétiques et agricoles pourrait améliorer de manière substantielle le nombre de kcalories disponibles tout en préservant l’environnement…

A méditer…

Et pour méditer joyeusement, une petite vidéo bonus envoyée par Pierre Kerner au moment de la rédaction de ces dernières lignes du dossier:

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Le dossier de la semaine

La chronique d’Ln de la semaine

La science du film “Contagion”

Les plugs de la semaine

La science c'est pas du cinéma (Tu mourras moins bête, #1)La science c’est pas du cinéma by Marion Montaigne

Apprendre plein de trucs en étant plié de rire pratiquement du début à la fin, qui dit mieux? Juste génial! Et si vous ne pouvez pas attendre, retrouvez la professeure Moustache sur son blog: Tu mourras moins bête et sur l’excellent portail science/bd Strip Science.

 

Pedro & CoPedro & Co by Jul

Excellent! Bravo Jul pour ce premier opus! On se marre du début à la fin: du gros délire super bien rythmé qui n’a qu’un seul défaut: ça passe trop vite.
Vivement le 2e tome :)
Retrouvez Pedro sur le blog de Jul www.forzapedro.com et bien sûr sur l’excellente plate-forme Science/BD Strip Science

  • Encore un petit plug pour la route, un super blogpost de Pierre Kernerhttp://ssaft.com/Blog/dotclear/index.php?post/2012/03/14/Taxonomy-Fail-Index
    Idée d’Alex Wild, entomophotographe de renom qui tient un blog appelé Myrmecos. Irrité par des erreurs grossières sur divers sites, magazines, bouquins de vulgarisation ou encore boites de céréales, Alex Wild a mis au point un outil génial: le Taxonomy Fail Index (TFI) ou Indice d’Erreur Taxonomique (IET) en français.
    La formule du TFI est la suivante:
    Soit deux espèce A et B, A étant l’espèce véritable du spécimen observé et B l’espèce attribuée par erreur. T sera le nombre de millions d’années qui séparent l’une ou l’autre espèce de leur dernier ancêtre commun. Enfin, H est le nombre de millions d’années qui séparent le chimpanzé ou l’Homo sapiens de notre dernier ancêtre commun (6.4 millions d’années). Et donc ou pose:
  • Et un petit dernier, toujours dans le même univers:
    La semaine prochaine (dès le lundi 26), sur Strip-Science, c’est semaine spéciale “Sexualité des dinosaures” et ça va déchirer sa race!

L’événement de la semaine

  • Cette conférence exceptionnelle (en anglais) se tiendra en direct demain jeudi 22 mars à 19h (GMT+1) sur la nouvelle page Google+ de la Fondation Cartier.
    https://plus.google.com/u/1/b/100999695853417718614/
    SAVE THE DATE: MARCH 22, 2012 at 7 p.m. (G.M.T. +1)
    Algorithm and Curiosity: A Google+ Hangout Between “Mathematics, A Beautiful Elsewhere” AssociateScientists and Google Engineers.

Les news de la semaine

Et enfin la quote d’Ln

I’m not talking about losing [agricultural] diversity in the same way that you lose your car keys. I’m talking about losing it in the same way that we lost the dinosaurs: actually losing it, never to be seen again. -  Cary Fowler

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Pour ce dossier en deux épisodes, je vous propose le plan suivant: Aujourd’hui, nous allons

  • Poser le décor du défi alimentaire
  • Survoler l’histoire de l’alimentation humaine du néolithique à nos jours
  • Voir les contributions de la science à la sécurité alimentaire d’aujourd’hui
  • Explorer les limites du modèle d’agriculture actuel
  • Et enfin se faire une idée de ce que l’avenir proche nous réserve

La semaine prochaine, nous examinerons les solutions

  • Nous explorerons la piste du bio comme alternative à l’agriculture hyper-intensive d’aujourd’hui
  • Et nous verrons quelles pistes la science propose et quelles sont les vraies solutions

Avant de commencer, je souhaite adresser un chaleureux remerciement à Jorj X Mc Kie et Xavier Agnès qui m’ont fourni des tonnes de matériel pour la préparation de ce dossier.

La problématique

Sans vouloir être alarmiste, nous devons faire face à un problème plutôt sérieux si nous voulons enfin nourrir tout le monde sur notre petite planète. En effet, nous serions 7 milliards d’individus sur la planète depuis le 31 octobre 2011. Sur ces 7 milliards, la FAO (L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) estimait en 2010 à quelque 925 millions, le nombre de personnes souffrant encore de malnutrition. C’est un progrès par rapport au 1,023 milliard en 2009, mais il y a encore du boulot! (Pour l’anecdote, la FAO ne publie pas de chiffre pour 2011 car elle est en train de revoir sa méthodologie d’évaluation de la faim dans le monde, à la demande du Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale. Alors, comme d’habitude, attention aux chiffres qui circulent sur Internet et dans la presse. Les chiffres pour 2011 et 2012 ont de bonnes chances d’être totalement spéculatifs!) Le problème, donc, c’est qu’aujourd’hui, nous n’arrivons déjà pas à nourrir tout le monde, alors que les demandes des pays émergents grimpent sans cesse et que nous abusons déjà allègrement des ressources à disposition.

La transition alimentaire

Notre ami Jorj McKie, que j’ai eu la chance de rencontrer récemment à Paris, a eu la bonne idée de me brancher sur une vidéo très inspirante. Il s’agit d’un cycle de cours sur la gastronomie moléculaire organisé par Hervé This à AgroParisTech. Hervé This a invité un certain Pierre Combris, Directeur de recherche sur les comportements alimentaires à l’Institut National (Français) de la Recherche Agronomique (l’INRA) qui y parlait des différents modèles alimentaires en fonction des revenus. En gros, l’idée est assez simple: on observe la même tendance partout: quand on est pauvre, on bouffe des patates. C’est abordable et ça tient bien l’estomac. Surtout quand on est en permanent déficit de calories. Mais dès qu’on peut s’offrir mieux, on va systématiquement commencer à varier son alimentation et y introduire des aliments moins rentables en termes de nutrition et d’environnement. La première illustration montre les calories par personne et par jour consommées en France entre 1780 et 1980. Au départ, la population était, en moyenne, clairement sous-alimentée, avec un régime à moins de 2000 kcal par jour (la FAO en recommande environ 3000) alors que les besoins étaient sans doute beaucoup plus grands qu’aujourd’hui. On voit que la courbe grimpe progressivement jusqu’à culminer dans les années 1920 et fléchir légèrement après cela sans doute grâce à la généralisation de l’électricité, du chauffage, des transports en commun (je spécule un peu sur ce point, je ne suis pas allé vérifier si toutes les dates coïncidaient). Mais ce qui est intéressant, ce sont les 3 autres courbes du tableau: l’apport calorique issu des céréales et féculents (qui constituaient la majorité de l’apport calorique en 1780) monte en parallèle avec celle des calories totales pendant un siècle. Et dès que la ration moyenne de 3’000 kcal par jour est atteinte, les tendances changent. La courbe des céréales baisse et la courbe des produits animaux, fruits et légumes augmente. Idem pour la courbe des graisses et des sucres. Elle monte aussi au fur et à mesure que la courbe des céréales descend. Pierre Combris: la structure des apports énergétiques (France)   Le tableau suivant, pour la France, toujours, pendant la même période, montre que si la part des protéines reste à peu près stable dans le temps (dans les 11-12%), la part des glucides (c’est à dire les sucres et les sucres lents comme les farines et les pommes de terre) se casse complètement la figure (passant de plus de 70% aux XVIIIe et XIX siècles à moins de 50% en 2000), tandis que la part des lipides (c’est à dire les matières grasses) augmente dans les mêmes proportions. Pierre Combris: la structure des apports énergétiques (France)   Je vous passe les détails de ses explications. Si vous voulez en savoir plus, je vous invite vivement à consulter la vidéo du cours. Ce qui est vraiment fascinant, c’est qu’on découvre que tous les pays développés sont passés par ces mêmes tendances jusqu’à ce que le ratio entre les différents types d’apports ne se stabilise. Et on observe exactement la même tendance partout. Y compris, au Brésil, en Inde et en Chine. Le pouvoir d’achat augmente et on aspire à d’autres types d’alimentation. L’illustration ci-dessous montre les courbes de la Chine de 1960 à 2000. En gros, en 2000, les courbes en étaient au même point que les courbes françaises de 1920, c’est dire s’il y a de la marge. Et en termes d’exploitation des ressources, ça risque de faire mal, car, pour rappel, la Chine, c’est grand! Pierre Combris: la structure des apports énergétiques (Chine) Pierre Combris: la structure des apports énergétiques (Monde)

L’eau virtuelle

Pourquoi ça va faire mal si les Chinois se mettent à manger comme nous? D’abord parce qu’il faut en moyenne, toujours selon Pierre Combris, 7 kcal d’origine végétale pour produire 1 kcal d’origine animale. Une manière de voir la chose, serait de se dire qu’il faut 7 fois plus d’énergie pour produire un kilo de viande ou de poisson que pour produire un kilo de patates. Une autre explication, peut-être plus évocatrice, est la notion d’eau virtuelle. C’est un concept très intéressant qui associe aux biens de consommation la quantité d’eau nécessaire à leur fabrication. Voici quelques exemples piqués sur Wikipédia:

La production d’un kg de : utilise un volume d’eau de :
Lait 790 l
Blé 1 160 l
Riz 1 400 l
Porc 4 600 l
Bœuf 13 500 l

Un habitant des États-Unis, au régime alimentaire riche en viande, consommerait 5 400 litres d’eau virtuelle par jour, alors qu’un végétarien n’en utiliserait que 2 600 litres.

Cet article de Wikipédia reprend les chiffres d’un rapport de 2004 du Conseil Mondial de l’Eau  qui indique en outre les ratios suivants:

La production d’un kg de : utilise un volume d’eau de :
Volaille 4 100 l
Œufs 2 700 l

On pourrait se dire qu’après tout, on s’en fout, de l’eau, il y en a assez. En fait pas du tout. D’ailleurs, demain 22 mars 2012, c’est la Journée mondiale de l’eau et le thème de cette année, c’est justement “La planète a soif car le monde a faim”. Bruno Parmentier, directeur de l’Ecole Supérieure d’Agriculture d’Angers, dans son livre “Nourrir l’humanité“, nous dit ceci (je me permets de citer, j’espère ne pas avoir de soucis de copyright… C’est pour la bonne cause ;) )

(…) On peut mourir de soif dans de nombreuses régions, et l’on meurt de plus en plus de faim faute d’eau pour pratiquer l’agriculture (…) Si l’eau salée abonde, l’eau douce manque. Elle ne représente en fait que 2.5% des ressources en eau de la planète, dont les deux tiers sont figés dans les glaciers et les neiges éternelles. Au total, l’eau réellement disponible dans les nappes souterraines, les mers intérieures, les lacs et les rivières et qui n’est «ni salée ni gelée» ne représente même pas 1% des réserves de la planète. Pour l’agriculteur, cette eau douce, que l’on croyait très abondante, commence à devenir une denrée de plus en plus rare, en regard des phénomènes de réchauffement de la planète et de croissance de la population mondiale. Les réserves mondiales d’eau douce liquide s’élevaient à 16 800 m3 par personne et par an en 1950. Elles atteignent aujourd’hui 6 800 m3 et devraient tomber à 4 800 m3 en 2025. En fait, 3 milliards de personne ne disposeront que de 1 700 m3 par an (seuil d’alerte pour l’ONU), car cette eau douce est très inégalement répartie sur la planète (…)

Avec ces éclairages, pour ma part, je trouve cette notion d’eau virtuelle nettement moins virtuelle. Et en attendant que je finisse complètement végétarien, je n’hésiterai plus jamais au resto entre bœuf (13’500 l) et poulet (4’100 l)!

Et il n’y a pas que l’eau!

Dans le même ordre d’idée, j’ai déniché dans le rapport Agrimonde qu’il faut par exemple aux Etats-Unis, 2700 kcal d’énergie fossile pour produire 100 kcal de porc et 1600 kcal pour produire 100 kcal de bœuf, car un cochon, forcément, ça ne passe pas sa journée à brouter de l’herbe, ce qui ne simplifie pas les calculs… Bref… Manger des quantités gigantesques de viande commence à nous poser un énorme problème. Mais comment en sommes-nous arrivés là?

Rapide survol historique

On peut dire que notre modèle actuel de production date de la révolution néolithique. A cette époque, plusieurs populations, en différents lieux du globe, sont passées, à peu près simultanément, d’une vie de chasseurs-cueilleurs nomades à une vie plus sédentarisée et agricole. C’est à ce moment-là qu’on a progressivement commencé à domestiquer certaines espèces végétales et animales. Selon Marcel Mazoyer, économiste et agronome, professeur émérite à Agro Paris-Tech, ancien expert auprès de la FAO, à cette époque – il y a environ 10’000 ans, donc –  la population humaine mondiale comptait 5 millions d’individus. C’était les balbutiements de l’agriculture. Le modèle a été couronné de succès puisque 5’000 ans plus tard, on dénombrait quelque 50-60 millions d’individus. On était quelque 200-250 millions au début de notre ère. 500 millions au Moyen-Âge et… 1 milliard en 1800 quand la révolution industrielle battait son plein en Angleterre. L’économiste britannique Thomas Malthus soutenait que l’agriculture ne pourrait jamais nourrir une population en croissance exponentielle. Evolution graphique depuis le néolithique, graphique piqué sur http://www.manicore.com/On s’est malgré tout débrouillés pour être 2 milliards en 1925, 6 milliards en 2000, 7 milliards aujourd’hui. Enfin, ça, donc, c’est le compte des humains vivant aujourd’hui… A ce sujet, vous avez sans doute déjà entendu circuler un mème selon lequel 75% des humains ayant jamais vécu sur Terre vivraient maintenant. Eh bien, selon le Population Reference Bureau, c’est tout à fait faux. L’une dans l’autre, nous aurions été, en tout et pour tout, depuis 50’000 ans 108’000’000 d’homo sapiens à vivre sur Terre. 7 milliards sur 108 milliards, ça ne faut pas 75% mais… 6.5%!) Je digresse, je digresse…. Depuis 1945, indique encore Mazoyer, on est bien dans une croissance exponentielle au niveau mondial. Le modèle de croissance anglais du début du XIXe, s’est étendu à toute la planète. La production agricole a augmenté un peu plus vite encore que l’augmentation de la population. Mazoyer, toujours, dans une conférence passionnante du 5 novembre dernier, dont notre ami Xavier Agnès a partagé la vidéo, indique qu’il n’y aura jamais plus de monde sur la planète que l’agriculture ne saura en nourrir et il précise  encore que ce parcours n’a pas été synomyme de sécurité alimentaire pour tout le monde: à chaque crise sociale et politique grave, correspond, par corrélation, une période de crise alimentaire. Par exemple, au XIXe siècle en Europe, suivant les lieux, la population avait doublé, triplé, voire quadruplé au cours des 3 siècles précédents relativement prospères et marqués par une révolution agricole médiévale extraordinaire. On s’est retrouvé, dans la moitié Nord de l’Europe en situation de surpopulation rurale relative avec une surexploitation des ressources disponibles. De grandes crises sociales ont suivi, puis un effondrement de la production et de la population, des troubles sociaux extraordinaires, et une réorganisation politique qui a mis un bon siècle à se réaliser avant que la Renaissance ne propose de nouveaux modèles pour repartir de l’avant, finalement, aux XVIII, XIX et XXe siècles. Ce qui m’intrigue dans cette énumération, c’est qu’on soit passés de 2 milliards en 1925 à 6 milliards en 2000. On était déjà 2 milliards, ce qui était complètement improbable un siècle plus tôt et on a réussi à tripler la population. C’est complètement fou quand on y pense. Le phénomène trouve racine dans plusieurs explications: la baisse de la mortalité infantile, la baisse de la mortalité tout court par des mesures d’hygiène appropriées (comme la possibilité de boire de l’eau sans se faire empoisonner par exemple…), l’augmentation de l’espérance de vie. La relative paix dans les pays riches depuis la sortie de la seconde guerre mondiale, les progrès inouïs de la médecine et notamment le miracle des antibiotiques, mais bon, si l’agriculture n’avait pas suivi, tout le monde serait mort de faim. Selon Bruno Parmentier, dans son livre “Nourrir l’humanité” que j’évoquais plus haut, les rendements moyens mondiaux des cultures de maïs, de riz et de blé ont presque triplé entre 1950 et 2000. Alors qu’est-ce qui a donné à ce point-là tort à Malthus?

Le rôle de la science dans tout ça…

On pourrait parler de plusieurs apports de la science dans les technologies agricoles: des techniques de sélection des semences à la mécanisation en passant par l’amélioration des moyens de communication… Les contributions sont nombreuses. Mais selon le journaliste scientifique britannique Fred Pearce (que vous pouvez entendre dans un récent épisode de l’excellent Science Weekly, podcast scientifique hebdomadaire du Guardian), si nous ne devions en retenir qu’une seule, ce serait incontestablement le procédé de Haber-Bosch mis au point par Fritz Haber au début du XXe siècle. La moitié de la population actuelle ne pourrait pas être nourrie sans ce procédé. Fritz Haber sur Wikipédia Fritz Haber était un chimiste allemand très ambitieux au tournant du XXe siècle. Juif allemand en période d’antisémitisme, il voulait prouver son dévouement à la patrie de manière spectaculaire. En 1880, il a décidé de nourrir l’Allemagne qui, d’une guerre à l’autre, était menacée de famine. Accessoirement, il y avait environ 1.5 milliard d’êtres humains vivant sur Terre à ce moment-là et on craignait la famine généralisée si le moindre rouage venait à se gripper. Dans les petits milieux renseignés, on savait précisément de quoi on avait besoin. D’un seul élément. L’azote. C’est un composant essentiel des acides aminés et des protéines. Quand on plante une graine dans la terre, si elle se met à pousser, c’est parce qu’elle arrive à extraire l’azote de son environnement pour bâtir les parois de ses cellules. Pas d’azote, pas de vie. Bien sûr, on trouve sans le procédé de Haber-Bosch de l’azote exploitable en agriculture, dans le purin par exemple ou la guano.  Mais à l’époque, on n’en trouvait simplement pas assez. L’Espagne et le Pérou sont entrés en guerre pour le guano des îles Chincha comme on entre aujourd’hui en guerre pour le pétrole. Carl Bosch sur Wikipédia Le pire, c’est que l’azote est un élément extrêmement fréquent dans la nature. 80% de l’air qui nous entoure est fait d’azote, c’est dire si cette situation de rareté est absurde. Mais le problème, c’est que l’azote sous forme gazeuse ne peut être exploité par les plantes pour leur croissance. Il faut une pression gigantesque pour détacher les atomes d’azote les uns des autres et les lier, par exemple, à des atomes d’hydrogène. Lorsqu’on y parvient, on obtient de l’ammoniac, que  les plantes savent utiliser pour leur croissance. Et c’est précisément ce que Fritz Haber a réussi à faire. Aujourd’hui, 100 millions de tonnes d’ammoniac sont produits selon son procédé et si nous pouvons tous bouffer ou presque, c’est incontestablement grâce à lui. (Le procédé s’appelle Haber-Bosch et pas juste Haber, du nom de Carl Bosch, l’ingénieur qui a permis son industrialisation.) Cela vaut la peine de s’arrêter deux minutes sur Fritz Haber. Si d’un côté il a permis de nourrir des milliards de personnes, dont vous et moi, et qu’on a envie de lui dire merci, on n’a pas forcément envie de le serrer dans nos bras non plus. Au moment où il recevait son Prix Nobel en 1918 pour son fameux procédé, il était également poursuivi par les autorités américaines pour crimes de guerre. En effet, son invention lui a également permis de mettre au point les premiers gaz de combat, le chlore gazeux en l’occurrence. Et on sait qu’il prenait plaisir à regarder mourir les jeunes soldats d’en face, qui se noyaient littéralement sous ses yeux en respirant le gaz qu’il avait mis au point. Il supervisait personnellement les agonies et s’en réjouissait, au nom des victoires de la patrie. Bref… Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à écouter l’épisode du 9 janvier dernier du formidable podcast Radiolab, qui traite justement de cet insoluble dilemme éthique. Mais revenons à nos moutons… Si tout le monde il est beau tout le monde (ou presque) il est nourri grâce au génial procédé de l’infâme Fritz, alors où est le problème? Ou plutôt les problèmes? Car j’en vois au moins quatre: Le premier problème, c’est que tout le monde n’est pas nourri justement. Le deuxième, c’est que l’agriculture actuelle n’est pas durable: nous ne pourrons pas continuer comme cela éternellement, il y a des limites à l’intensification et il semble que nous les avons allègrement dépassées. Le troisième, c’est qu’il n’y a plus de nouvelles surfaces disponibles pour l’agriculture, il y a aussi des limites à l’expansion. Enfin, le dernier c’est que la demande va croissant alors que les filières sont déjà saturées. En sortant de la pauvreté, les Indiens et les Chinois ont des aspirations alimentaires proches des nôtres, ce qui est totalement légitime, mais  qui va nécessiter soit de nouveaux miracles technologiques soit une révision fondamentale de nos régimes alimentaires. On l’a vu, l’impact environnemental de la consommation de viande plutôt que de pommes de terres est juste énorme. Nous verrons la semaine prochaine quelles pourraient être les solutions à cette équation a prioriimpossible, mais aujourd’hui, j’aimerais que l’on creuse un peu l’un des aspects que je viens d’énumérer: l’agriculture actuelle n’est pas durable. En quoi n’est-elle pas durable?

Les impacts environnementaux du modèle actuel

Certains impacts environnementaux de l’agriculture sont dus à son expansion (lorsque, par exemple, on remplace des écosystèmes naturels par des champs de céréales ou des pâtures), et d’autres impacts sont liés à son intensification (lorsque les terrains agricoles sont gérés de manière plus productive, via des méthodes d’irrigation, des engrais, des biocides et la mécanisation).

L’expansion

L’expansion agricole a des impacts sérieux sur les écosystèmes, la biodiversité, les émissions carbone et la qualité des sols. De fait, au niveau planétaire, l’agriculture a déjà converti 70% des prairies, 50% de la savanne, 45% de la forêt tempérée décidue  (c’est à dire du biome tempéré peuplé de très grands arbres aux feuilles caduques. Ce type de biome est aujourd’hui localisé principalement en Asie de l’Est, dans une grande partie de l’Europe, et en Amérique du Nord). L’agriculture aujourd’hui poursuit principalement son expansion dans les tropiques, où on estime que 80% des nouvelles terres cultivées remplacent des forêts, ce qui est plutôt inquiétant dans la mesure où les forêts tropicales constituent un riche réservoir de biodiversité et d’écosystèmes-clé. La destruction des forêts tropicales est aussi une source importante d’émission de gaz à effets de serre et on estime que cela produit quelque 1.1 x 1015 grammes de carbone par année, soit 12% des émissions de CO2 par l’homme (ou émissions anthropogéniques).

L’intensification

L’intensification a augmenté de manière spectaculaire au cours des dernières décennies. De manière bien plus importante encore que l’expansion. C’est elle qui est responsable de l’augmentation incroyable des rendements. Au cours des seules 50 dernières années, les surfaces cultivables irriguées ont doublé et l’usage d’engrais a augmenté de 500% (plus de 800% pour le seul azote). L’intensification est également responsable de la dégradation de l’eau potable dans de nombreuses régions, et d’une augmentation globale de la pollution. Ici, ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que 70% de l’eau douce exploitée par l’homme l’est à des fins agricoles et dédiée à l’irrigation des cultures. L’utilisation d’engrais, l’application de fumier et la culture de légumineuses (qui acidifient la terre en y fixant l’azote) ont complètement bouleversé les cycles globaux de l’azote et du phospore, avec des conséquences terribles sur la qualité de l’eau, sur les écosystèmes aquatiques et les pêcheries marines. Enfin, aussi bien l’expansion que l’intensification contribuent de manière importante au réchauffement climatique. L’agriculture est responsable de 30 à 35% des émissions de gaz à effet de serre, essentiellement en raison de 1) la déforestation tropicale, 2) des émissions de méthane par le bétail et la culture du riz et 3) par les émissions de protoxyde d’azote émanant des terres fertilisées. Il y aurait pas mal de choses à dire encore sur la surpêche, par exemple, l’utilisation des pesticides ou encore les élevages hyper intensifs, comme les élevages de crevettes qui détruisent tout, très durablement, sur leur passage, ou pire encore, de la demande croissante en biocarburants qui met directement en concurrence les  4×4 américains avec les estomacs mexicains… Mais bon, on ne peut pas parler de tout et le tableau est assez noir comme ça. Mon intention n’était pas de donner dans l’alarmisme, on va essayer de se calmer un peu ;) Si, tiens, à la réflexion… Quand même un mot sur les pesticides issu d’un rapport d’expertise intitulé “Pesticides, agriculture et environnement. Réduire l’utilisation des pesticides et en limiter les impacts environnementaux” rédigé en 2005 par un collectif d’experts de l’INRA et du Cemagref, renommé Irsteadepuis lors.

Année 1999 2000 2001 2002 2003 2004 Evolution 2001/2004
Herbicides 42 462 30 845 32 121 28 780 24 510 26 102 -19%
Fongicides dont cuivre et soufre 63 021 31 628 52 834 31 360 54 130 31 692 44 444 22 382 39 317 20 973 37 174 18 755 -31% -41%
Insecticides 3 612 3 103 2 488 2 316 2 223 2 469 -1%
Divers 11 407 7 911 10 896 8 009 8 480 10 360 -5%
Total (hors cuivre et soufre) 88 874 63 333 67 943 61 167 53 557 57 350 -16%
Total 120 502 94 693 99 635 83 549 74 530 76 105 -24%

En résumé: 24% de réduction de l’utilisation des pesticides en 5 ans sans baisse de rendements. Voilà enfin une bonne nouvelle :) Mieux, le rapport parle également de l’expérience danoise: ce pays a commencé à réduire son usage de pesticides en 1986 déjà. Après 20 ans, l’opération est un succès: diminution de 50% de l’utilisation des pesticides sans baisse de rendements. Comme quoi des politiques d’encouragement cohérentes peuvent parfois faire des miracles!

Et 9 milliards d’humains?

Je me suis demandé d’où pouvait bien sortir ce chiffre de 9 milliards d’humains en 2050… C’est le département des affaires économiques et sociales de l’ONU qui l’a produit. La plupart des analystes et prospectivistes ont travaillé avec la révision de 2006 du rapport. Le rapport a été encore révisé en 2010 et  rendu public en  2011.  Il s’appuie sur deux scénarios:

  1. La variante haute par une fécondité qui n’est supérieure que d’ « un demi-enfant » à celle de la variante moyenne. Cette variante aboutit à une population mondiale de 10,6 milliards en 2050 et 15,8 milliards en 2100.
  2. La variante basse aboutit, elle, à une population mondiale de 8,1 milliards en 2050, mais qui déclinerait ensuite jusqu’à 6.2 milliards en 2100.

La projection utilisée est la variante intermédiaire ou moyenne qui table sur 9 milliards d’habitants sur Terre en 2050. Ça pourrait être plus, ça pourrait être moins. Je ne crois pas qu’on ait pris en compte par exemple un risque de nouvelle épidémie par exemple (le rapport est un gros pavé et j’ai eu la flemme ;) )… Si une bonne âme se dévoue, je suis preneur :) Enfin… Quel que soit le scénario, il est indéniable que nous sommes de plus en plus nombreux sur la planète et qu’il va falloir trouver des solutions, rapidement pour nourrir tout le monde de manière intelligente et durable. C’est ce que nous verrons la semaine prochaine. Il y a beaucoup de bonnes idées, et des moins bonnes aussi. Nous parlerons bio, agriculture intégrée et verrons ce que proposent les scientifiques.

Suite du dossier ici: Le défi alimentaire 2/2

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