Billet publié dans le cadre de la semaine du cerveau, nouveau dossier Théma du C@fé des Sciences
La conscience
Pour commencer ce dossier, je vous invite à vous poser une question : qu’est-ce c’est qu’être conscient?
La conscience est la faculté mentale qui permet d’appréhender de façon subjective les phénomènes extérieurs, dixit wikipedia. Si je sais que je suis en train de vous présenter ce dossier de podcast science sur les rêves lucides, je suis conscient.
Mais qu’est-ce qu’appréhender de manière subjective? Qu’est-ce que savoir ? Une machine possédant des registres consultables lui indiquant, entre autre, l’action qu’elle est en train d’effectuer, est-elle consciente ?
On arrive facilement à des définitions récursives de type “non, car elle n’est pas consciente de ce que contient ce registre…”
Il y a quelques années, un ami sortant du master de science cognitive de l’ENS me résumait ainsi le problème : “quand on se penche sur la question de la conscience en neurosciences, il est assez difficile de ne pas considérer qu’à un moment, il y a un petit être qui se balade dans notre cerveau et consulte le contenu des différentes aires cérébrales.”
Une solution, vous serez d’accord avec moi, bien peu satisfaisante…
On a néanmoins instinctivement une assez bonne connaissance de cet état, à tel point qu’on se demande régulièrement si les animaux sont conscients ou si des être artificiels pourront l’être un jour. Que serait la litterature de science-fiction et particulièrement l’oeuvre d’Asimov sans ces questions ?
Par ailleurs, il est assez simple de définir les moments où l’on n’est pas conscient :
- on n’est plus conscient quand on est mort;
- quand on dort ou qu’on tombe de le coma.
Bref quand on est dans cet état qu’on appelle justement “inconscience”.
Il existe néanmoins, d’autres états à mi-chemin entre conscience et non-conscience (ou l’inconscience) : c’est ce que l’on appelle les états modifiés de conscience, ou “EMC”.
Alors qu’est-ce donc qu’un EMC ? Eh bien, c’est un état où nos perceptions ainsi que la manière dont nous pensons et prenons des décisions est modifiée…
Vous voulez un exemple concret? J’en ai un que vous avez sûrement déjà expérimenté après un verre ou deux de trop : l’ébriété est un état modifié de conscience.
Plus précisement, non seulement l’alcool, mais n’importe quel psychotrope (café et thé compris) et en particulier les hallucinogènes, vous mettent, à dose suffisante, dans des EMC (certains d’ailleurs pourraient affirmer que nous sommes finalement quasiment tout le temps dans un EMC). L’existence de ces substances chimiques – qui affectent nos actions et notre perception de la réalité – limite à mon sens fortement l’hypothèse du petit bonhomme évoquée précédemment. Mais je reviendrai là-dessus en fin de dossier.
Les autres formes d’EMC
On cite aussi régulièrement l’hypnose, certaines formes de méditation et pas mal de choses qui intéressent beaucoup les parapsychologues : expériences de mort imminente, out of body experience et consort…
Mais ici, je vais m’intéresser à une forme particulière d’EMC: les rêves lucides.
Le sommeil
Et avant de parler de rêves je vais vous dire quelques mots sur le sommeil : Alan avait d’ailleurs déjà abordé le sujet dans podcast science 95 au cours du dossier sur la sieste.
Mais pour rappel notre sommeil est constitué de cycles récurrents de 90 a 110 minutes qui sont eux-mêmes découpés en différentes phases :
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la somnolence, très proche de l’état éveillé (quelqu’un reveillé à ce moment prétendra généralement qu’il n’était pas en train de dormir; c’est en quelque sorte une phase d’endormissement) qui dure environ 10 minutes;
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Suivi par le sommeil léger où le rythme cardiaque et la respiration commencent à ralentir, et qui dure une vingtaine de minutes;
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Puis vient le sommeil profond, lui-même divisé en deux phases, qu’il est inutile de détailler ici, où l’activité musculaire disparaît progressivement, où la respiration se stabilise et où l’activité électrique du cerveau est constituée de que l’on appelle des ondes lentes. Cette phase dure un peu plus de 20 minutes et quelqu’un qui serait réveillé à ce moment-là, se sentirait groggy, très peu alerte.
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Enfin arrive le sommeil paradoxal ou phase REM qui est la partie du sommeil qui va nous intéresser ici. L’atonie musculaire persiste (l’atonie musculaire, c’est le relâchement des muscles), mais l’activité du cerveau se rapproche de celle de quelqu’un d’éveillé; le visage s’anime, et l’on peut observer des mouvements des yeux (d’ou le nom de cette phase du sommeil dite REM comme Rapid Eye Movement).
C’est en REM que nous rêvons et c’est aussi une phase qui, semble-t-il, pourrait jouer un rôle dans le transfert d’information de notre mémoire à court terme vers notre mémoire à long terme. Cette phase est très courte au départ mais s’accroît progressivement au fur et à mesure des cycles successifs qui composent notre nuit de sommeil.
Voilà pour les phases du sommeil, mais avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais revenir sur l’atonie musculaire. Le sujet a été rapidement abordé dans Podcast Science et a définitivement été abordé dans Scepticisme Scientifique, mais il mérite quelque mots ici.
Comme on l’a vu, une des caractéristiques du sommeil paradoxal et du sommeil profond est l’atonie musculaire, soit le fait que certains de nos muscles, nos muscles posturaux, ne se contractent plus. Elle est parfaitement expliquée scientifiquement et serait due à la libération d’un neurotransmetteur, la glycine3. Les commandes motrices n’activant donc plus certains muscles.
Les muscles posturaux sont les muscles qui nous servent à bouger et nous maintenir dans une position.
On ne peut donc plus marcher ou se tenir droit. Mais par opposition, l’atonie musculaire des muscles posturaux, n’affecte pas les muscles dont l’activité est vitale tels le coeur ou nos muscles respiratoires, ni les muscles qui commandent nos expressions faciales ou le mouvement de nos yeux, on verra par la suite que ce dernier point est très important.
Tout cela est bien pratique car cela permet d’éviter que l’on mette en action nos rêves et effectuions des mouvements qui pourraient s’avérer dangereux. Ça nous empêche par exemple de taper la personne avec qui l’on partage son lit lorsque l’on rêve d’être un champion de boxe.
Mais il peut exister des dysfonctionnements :
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ce que l’on appelle les troubles du comportement en sommeil paradoxal, c’est à dire quand l’atonie musculaire ne marche pas ou marche mal. Le malade va alors avoir un sommeil particulièrement agité;
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et ce que l’on appelle la paralysie du sommeil, c’est-à-dire la persistance de l’atonie musculaire lors du réveil, ce qui est généralement une expérience particulièrement traumatisante. Ce dysfonctionnement est aussi à l’origine de pas mal d’histoires d’enlèvements par des ovnis, car elle s’accompagne souvent d’une sensation de suffocation ainsi que d’hallucination auditives, tactiles et visuelles, les yeux ouvert. C’est vraisemblablement lié à une forme de persistance des rêves caractérisant le sommeil paradoxal malgré le réveil. Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez aller jeter un oeil du côté de Scepticisme Scientifique ou sur Internet.
Dans les deux cas, le phénomène peut être plus ou moins important (paralysie avec ou sans hallucination, mouvements plus ou moins ralenti lors des troubles du comportement en sommeil paradoxal).
Je vous signale ces deux phénomènes alors qu’il ne sont pas exactement dans le sujet car ce sont des exemples de situation où notre cerveau fonctionne partiellement, comme au réveil et, partiellement, comme en sommeil paradoxal. Or, comme on va le voir tout de suite, c’est aussi le cas lors des rêves lucides.
Les rêves lucides
Entrons donc maintenant dans le vif du sujet. Et tout d’abord, qu’est-ce qu’un rêve lucide ? Et bien c’est rêver en etant parfaitement conscient que l’on est dans un rêve, en maintenant sa lucidite. Les rêves lucides sont généralement bien plus vivaces que les autres rêves. Il sont aussi particulièrement exaltants car ils offrent au rêveur la possibilité de contrôler son rêve : de s’envoler, de jouer les passe-murailles ou de réaliser ses fantasmes les plus inaccessibles.
Les premières mentions de tels rêves arrivent assez tôt; on les fait remonter a l’Antiquité. Homère et Aristote y font référence. Il est communément admis que les enfants font beaucoup plus souvent et beaucoup plus facilement des rêves lucides et vous en avez peut-être fait quand vous étiez plus jeunes puisque entre 20 et 80% de la population déclare en avoir déjà fait (cela varie en fonction de la manière dont on pose la question).
Petit disclaimer avant de continuer. Personnellement j’ai testé la chose il y a quelques années et j’avoue être plutôt convaincu de l’intérêt du phénoméne. Néanmoins, je sais aussi que c’est une raison supplémentaire d’être sur ses gardes et j’ai tout de même essayé de garder un oeil critique. Et avant de continuer j’aimerais donc mentionner quelques points susceptibles d’éveiller votre vigilance critique sur le sujet :
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Si vous faites une recherche sur Internet, vous constaterez que l’imagerie utilisée se rapproche beaucoup de celle utilisée par nombre de mystiques;
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Pas mal de personnes s’y intéressent pour des raisons absolument pas scientifiques (religion ou trip);
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La partie scientifique elle-même a été entre autre reprise par des gens pas très sérieux; c’est très populaire chez les Freudiens;
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Le premier chercheur a avoir mené une expérience sur les rêves lucides, Keith Hearne, est un parapsychologue qui a aussi mené des expériences visant à prouver que les femmes ont davantage de visions prémonitoires que les hommes;
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Certains chercheurs, tel que Stephen LaBerge – qui est de très loin celui à avoir le plus publié sur le sujet et qui semble être un scientifiques sérieu -, en ont fait leur business. En l’occurence LaBerge a créé un institut sur les rêves lucides qui vend de l’appareillage, ne publie que sur ça. Il se retrouve du coup dans une situation qui favorise les conflits d’intérêt;
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D’autres enfin, comme Allan Hobson, s’intéressant de manière plus large aux hallucinogènes, LSD et autres, dans une sorte de prolongation de la composante scientifique du mouvement Hippie… Dans la lignée de Timothy Leary, dont j’avais déjà parlé lors de mon dossier sur le transhumanisme. Personnellement, cela m’inquiète pas trop ou en tout cas beaucoup moins que les points précédent, mais je conçois que ça puisse aussi peut-être en effrayer certains.
Enfin pour finir sur un point un peu plus positif et rebondir sur le débat que nous avions eu avec Jean-Michel Abrassart, j’ai trouvé un texte de Susan Blackmore de 1991 où elle explique que pour elle nous venons de vivre le passage des rêves lucides de la parapsychologie vers les sciences sérieuses. Et elle prend comme comme point de bascule les expériences de LaBerge et de Keith Hearne.
(Petit rappel si vous ne savez pas ou plus qui est Susan Blackmore: c’est initialement une tenante de la parapsychologie qui a vécu – je crois – une expérience de mort imminente ou une out of body experience, et qui est par la suite devenue une sceptique très active puis s’est principalement intéressé à la nature de la conscience et à la mémétique.)
Si malgré tout ça, je ne vous ai pas fait fuir, veuillez me suivre dans cet univers passionnant!
La recherche
Alors justement, ça ressemble à quoi une expérience sur les rêves lucides ?
C’est Stephen LaBerge, dont je viens de vous parler, qui a mené les premières expériences sérieuses sur les rêves lucides au début des annees 80. L’enjeu était donc de savoir si ces rêves sont quelque chose de vérifiable et de mesurable. La question était donc de trouver comment un lucid dreamer pourrait prouver qu’il était bel et bien en train de faire un rêve lucide.
Pour cela, il était nécessaire de prouver à la fois que le rêveur était toujours en train de dormir et qu’il était bien conscient.
L’atonie musculaire ne concernant pas le mouvement des yeux, LaBerge postula que ces mouvements oculaires, pourtant en quelque sorte virtuels lorsqu’ils sont effectués dans les rêves, généreraient des mouvement similaire réels.
Je précise un peu car je n’ai pas forcément été très clair. L’idée est la suivante: si, dans un rêve, quelqu’un regarde à droite, ses yeux bougeront effectivement vers la droite tandis que s’il essaie de lever le bras son bras ne lui obéira pas, à cause de l’atonie musculaire.
Un protocole fut donc mis en place. Les rêveurs devaient prouver leur lucidité en ayant un mouvement des yeux particulier; une sorte de code morse. Tandis que d’autres appareils s’assuraient de vérifier que les dormeurs suivaient les phases naturelles de leur sommeil
Niveau appareillage, étaient utilisés :
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des électro-encéphalographes (EEG);
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des électro-oculographees (EOG ) – sans doute utilisés pour mesurer les mouvement des yeux du dormeur;
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des chin-électromyogrammes (EMG)
À partir de ces 5 dormeurs, LaBerge a obtenu :
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35 nuits de sommeil durant lesquelles les dormeurs ont signalé avoir effectué un rêve lucide;
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Parmi les quelles 30 nuits de sommeil durant lesquelles les rêveurs ont signalé avoir fait un rêve lucide et effectué un signal;
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Et ces 30 nuits de sommeil ont été ensuite découpées en petits morceaux de 30 secondes. à l’issue de chaque nuit où un signal par mouvement des yeux a été signalé par le rêveur, les données furent soumises dans le désordre (si j’ai bien compris) à un juge dont le rôle était d’identifier le moment où se produisait le signal pour éviter des biais de lecture.
Le juge a été capable de l’identifier 25 fois sur 30.
Et il y a, je pense, néanmoins trois éléments assez faibles et susceptibles d’introduire des biais dans l’expérience de LaBerge :
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Il était demandé aux dormeurs de se réveiller au terme du rêve lucide;
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Une méthode particulière pour induire des rêves lucide – la méthode MILD – était utilisée. Or cette méthode implique de réveiller le rêveur peu avant qu’il n’effectue un rêve lucide;
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Enfin, l’échantillon 5 rêveurs est très faible!
Néanmoins, des variantes de cette expérience ont été effectuées par la suite par d’autres équipes et l’on peut aisément comprendre les problèmes logistiques qui limitent les chercheurs.
Heureusement, ces expériences ne se limitent pas à prouver la réalité du phénoméne! L’une des prolongations récentes,par exemple, une expérience menée dans les annees 2000 par Allan Hobson, a un peu remis en question la vision de LaBerge en soulignant que l’activité du cerveau se rapproche davantage de son activité à l’état éveillé lors d’un rêve lucide que lors d’un rêve normal.
En particulier, le cortex préfrontal dorsolatéral serait davantage actif lors des rêves lucides.
Or cette partie du cerveau est le siège de la planification et du raisonnement déductif ainsi que l’élaboration de processus cognitifs complexes et réputé siège de l’ego, et serait aussi la zone du cerveau qui nous permettrait par exemple de mentir.
De même, des zones du cerveau typiquement humaines (c’est à dire moins développées chez les autres grands singes), inactives en phase REM, s’activeraient lors des rêves lucides.
À l’inverse, les zones arrières du cerveau – dont l’activation est typique du sommeil paradoxal – resteraient actives contrairement à ce qui se passe lors d’une phase complète de réveil.
Il me semble que ces élements peuvent nous amener à penser la conscience comme un phénomène émergent quelque peu localisé et peut-être spécifique à l’homme, ce qui nous permet de nous éloigner du petit être se baladant dans notre cerveau et consultant nos différentes aires cérébrales dont je vous parlais au début.
Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais il y a eu des expériences menées pour comparer l’écoulement du temps lors des rêves. Tout est parti d’une anecdote. À la fin du XIXe siècle, un rêveur a rapporté avoir fait un long rêve se déroulant lors de la Révolution Française et se terminant par sa propre mort, guillotiné. Le rêveur fut alors réveillé par un meuble tombant sur son cou. On en déduisit que les rêves se passent en accéléré et à l’envers. Le meuble lui tombant sur la gorge ayant généré son réveil et le rêve sur la Révolution Française.
C’est cette légende urbaine qui est reprise dans ce film un peu ridicule qu’est Inception avec ses multiples niveaux de rêves plus ou moins accélérés.
Le problème, c’est qu’on a entre temps découvert que ce n’est absolument pas le cas. Des expériences basées sur le réveil de volontaires pendant la phase REM de leur sommeil l’ont prouvé dès les années soixante et les rêves lucides ont permis de montrer que l’on compte et que le temps s’écoule à la meme vitesse dans un rêve lucide que dans le monde réel.
De telles expériences ont aussi permis de se rendre compte que faire des squats (s’accroupir et se relever) prenait plus de temps dans un rêve que dans le monde réel (je vous laisse méditer là-dessus).
On a aussi pu mesurer de légères activités dans les muscles sollicités par l’activité effectuée lors du rêve. On a constaté aussi que quelqu’un qui rêve qu’il retient sa respiration la retient effectivement. Il y a eu aussi quelques expériences menées sur l’orgasme. Effectivement, un orgasme effectué dans un rêve lucide donne, semble-t-il, lieu à un orgasme réel.
J’imagine que maintenant, surtout après cette petite conclusion sur les orgasmes, certains d’entre vous se demandent comment avoir des rêves lucides. Il y a eu un certain nombre d’études sur la question et ça va être l’avant-dernier point de mon dossier, mais avant cela, j’aimerais rajouter un petit point de méthodologie.
Point méthodologique
Je vais donc vous parler de quelques méthodes pour déclencher des rêves lucides que l’on retrouve dans la littérature.
Mais avant toute chose, je précise que l’on est ici dans ce que des sociologues appelleraient des études “qualitatives” et non “quantitatives”. Ce qu’on entend par qualitative, c’est que l’on a préféré étudier un petit nombre de cas avec attention plutôt que d’analyser des stats. Mais ce qu’il faut vraiment comprendre dans la distinction qualitatif/quantitatif, c’est que personne n’a mené d’expériences sur un nombre significatif de personnes. Contrairement à ce que leur nom semblent indiquer, on peut affirmer qu’en termes de preuve d’un phénomène, les études quantitatives sont de meilleure qualité que les études qualitatives. Avant de me faire plein d’ennemis parmi les chercheurs en sciences sociales adeptes de méthodes qualitatives et autre case studies, je précise tout de même que bien sûr, on a aussi besoin d’etude qualitatives pour savoir dans quelle direction aller. Bref, ce que je souhaitais indiquer c’est que si l’on sait que certaines personnes arrivent avec de l’entraînement à faire très régulièrement – voire systématiquement – des rêves lucides, on n’a pas de preuves que les méthodes que je vais vous présenter marchent dans tous les cas.
Comment faire des rêves lucides?
Pour commencer, quelques remarques très générales : les rêves lucides sont géneralement effectués en fin de nuit lors des dernier cycles du sommeil, quand les phases de sommeil paradoxal sont les plus longues; il est donc nécessaire de dormir longtemps.
Avant d’entamer ce dossier, je pensais qu’il n’existait que trois méthodes, mais en le réalisant je me suis rendu compte qu’elles sont réellement multiples.
La plus simple consiste à essayer de se rendre compte que l’on est en train de rêver pendant un rêve. Comment faire cela ? Et bien en se posant la question lors d’un rêve…
Il semble que se souvenir correctement de nos rêves y aide (ce qui se développe en y prêtant attention et en les notant, sic!)
Une méthode assez simple consiste à s’endormir avec l’intention d’effectuer un rêve lucide ou tout du moins en pensant au concept des rêves lucides.
Se poser fréquement la question “suis-je entrain de rêver?” dans le monde réel semble aussi aider à en faire.
On peut aussi prendre l’habitude de faire ce que l’on appelle des “tests de réalite”, c’est-à-dire d’effectuer des actions dont le résultat diffère dans le monde réel et dans nos rêves, dans l’espoir à un moment de les effectuer dans un réve et de s’en servir comme trigger.
Il y en a un certain nombre assez connus :
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se boucher le nez et inspirer;
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compter ses doigts;
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éteindre et rallumer la lumière;
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vérifier que sa vision diffère avec ou sans lunettes;
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être capable de se souvenir comment et pourquoi on est arrivé à cet endroit…
Personnellement, je n’ai jamais eu à effectuer de test dans un rêve; quand j’ai pensé à en effectuer un, j’ai tout de suite su que je me trouvais dans un rêve. Mais vous m’avourez qu’avec tout ce folklore il y aurait eu moyen de faire quelque chose de bien plus rigolo qu’Inception.
Après, il y a d’autres méthodes un peu plus compliquées.
En se basant sur des rapports de lucid dreamers expliquant qu’ils arrivaient à multiplier les rêves lucides en interrompant leur nuit, certains le faisaient pour lire, d’autres pour pratiquer une activité sexuelle ou de la méditation, LaBerge développa à partir de ces constatations la méthode MILD que j’ai déjà brièvement mentionnée (Mnemonic Induction of Lucid Dreams).
L’idée de la MILD est donc, en fin de nuit (donc toujours lorsque les phases de sommeil paradoxal sont les plus longues), de réveiller le dormeur un petit moment puis de le laisser se rendormir avec la ferme intention d’effectuer un rêve lucide.
Il existe aussi une méthode qui se rapproche de la méditation et qui consiste à s’endormir très lentement sans jamais totalement relâcher sa conscience.
Enfin, il existe aussi un certain nombre d’appareils permettant d’augmenter nos chances d’effectuer des rêves lucides; l’idee est généralement d’utiliser un masque qui détecte la phase REM et qui envoie alors des signaux lumineux qui seront perçus par le rêveur dans son rêve et qui lui permettront de se rendre compte qu’il se trouve dans un rêve. C’est justement le genre d’appareil vendus par LaBerge.
Pour conclure sur l’interêt de ce domaine de recherche je dois signaler que nombre de rêveurs lucides ont expérimenté par ce biais ce que d’autre décriraient comme des out of body experience ou des “voyages astraux” pour reprendre le vocabulaire des théosophes. J’ai déjà signalé que certaines techniques d’induction des rêves lucides commençaient par de la méditation pour progressivement entrer dans un rêve lucide, j’ai aussi mentionné des phénomènes tels que la paralysie du sommeil et je pense que l’on pourrait facilement ajouter les Near Death Experiences (NDE) à la liste. Et il me semble que le rêves lucides – ou des états proches de ces rêves lucides – nous offrent un magnifique cadre pour expliquer tout ces phénomènes comme étant des illusions plus ou moins auto-induites.
Cela offre aussi l’immense avantage d’expliquer comment, en toute bonne foi, un certain nombre de personnes, pourtant par ailleurs capables d’un discours rationnel, pourront vous expliquer avoir – par une certaine méthode – entamé une conversation mystique avec je ne sais quelle entité supérieure…
On le sait tous depuis l’enfance: il ne faut pas réveiller les somnambules qui dorment, au risque de provoquer je ne sais quel choc dont ils ne se remettraient pas. Et pourtant… En les réveillant, vous pourriez bien les empêcher de se blesser, de causer des dégâts, voire de tuer ou de mourir!
On a tendance à imaginer le somnambule marchant, les bras en avant pour passer d’une pièce à l’autre. En fait, le comportement des somnambules peut être beaucoup plus complexe que cela. En gros, on peut faire tout ce qu’on peut faire en état de veille: marcher, certes, mais également, manger, téléphoner, conduire, se battre.
Les épisodes de somnambulisme durent en général 5 à 15 minutes mais peuvent durer une heure. Cela concerne environ 15% des enfants et 2% seulement des adultes. C’est un peu plus fréquent chez les hommes que chez les femmes. La cause serait un problème de transition entre les phases de sommeil profond et les phases de sommeil paradoxal ou REM (voir notre dossier sur la sieste). Lorsqu’on dort, le corps est paralysé. Cela nous empêche de vivre physiquement ce que nous vivons en rêve. Et c’est tant mieux, parce que quand vous rêvez de grimper le long des murs ou de sauter depuis votre balcon vers la lune, ben, en vrai, ça peut faire très mal! Eh bien chez les personnes somnambules, ce phénomène de paralysie ne se produit pas. Les muscles restent opérationnels. Et si vous rêvez que vous marchez, eh bien, vous marchez… Sauf que dans votre rêve, vous êtes peut-être au milieu du désert. Alors qu’en réalité, vous êtes peut-être au bord de la cage d’escaliers.
Que se passe-t-il si on réveille un somnambule?
Exactement la même chose que si on réveille quelqu’un qui rêve… La personne sera sans doute un peu désorientée et sûrement très étonnée de se trouver au bord de l’escalier, mais elle sera certainement très contente que vous lui ayez évité de se casser bras et jambes en faisant un pas de plus.
L’histoire du Dr Karl dont je me suis inspiré ici relate de nombreuses anecdotes de personnes qui ont commis des meurtres en étant somnambules ou qui se sont empoisonnés accidentellement, confondant soude caustique et lait entier…
Alors, surtout, si vous croisez le chemin d’un somnambule, n’hésitez pas… saisissez-le gentiment par le coude et ramenez-le dans son lit. Et s’il se réveille, pas de souci, il ne va pas mourir d’un subit infarctus ou d’un choc quelconque mais vous en voudra peut-être pendant quelques instants de l’avoir empêché de se prendre pour Superman…

Source: Dis Information And Other Wikkid Myths (Dr Karl) http://amzn.to/PsO4oA
J’avoue, je me suis dévoué pour faire avancer la science. Pour valider mon dossier sur la sieste, j’ai dormi. Et quand on dort, on ne peut pas écrire de dossier. Mais l’internet est mon ami, alors je vais partager ici mon zapping sur le sujet, mes trouvailles, glânées au hasard de mes pérégrinations googliennes.
Ouverture des feux avec Futura-Sciences, toujours très bien référencé, qui donne dans le synthétique et l’efficace:
La sieste – y lit-on – est un moment de repos physiologique pour notre organisme. Chez les personnes qui manquent de sommeil, elle est indispensable pour rester en forme et efficace jusqu’au soir.
(…)
Une sieste de 10 à 20 minutes entre 13 et 15 heures permet d’abaisser le niveau des hormones liées au stress. Elle participe aussi à la récupération musculaire. Enfin, elle joue un rôle non négligeable dans la restructuration des neurones. De ce fait elle améliore la mémoire et la concentration.
Source mentionnée: Dr Eric Mullens, Institut du Sommeil et de la Vigilance. Alors ni une ni deux, hop, j’ouvre un nouvel onglet sur http://www.institut-sommeil-vigilance.org/. S’ouvre à moi un univers fascinant, on y trouve même un guide du bon sommeil plein de conseils pour bien dormir.
Les bonnes conditions pour un bon sommeil
J’y lis aussi quelques bêtises, notamment dans un des quizz proposés sur le site. Par exemple que si on dort à côté de son téléphone portable, on a le sommeil tout perturbé… A cause des ondes, vous comprenez… Selon une étude scientifique (qui n’est pas citée). Par contre, le logo du vendeur de literie qui sponsorise l’opération, lui, est bien visible et tout à fait cliquable. Quelle époque formidable. Cette histoire d’ondes électro-magnétiques qui perturbent le sommeil a m’intrigue, alors je regooglise un petit coup. Une fois zappés les articles militants qui font des ondes gsm la cause de tous les maux, je retiens deux articles. Le premier de TF1 News (je vous avais prévenus, hein…), je cite:
Utiliser un téléphone mobile avant d’aller au lit perturbe (…) le sommeil. La faute aux ondes électromagnétiques auxquelles sont soumis les usagers. Des chercheurs de l’Institut Karolinska (Suède) et de l’Université Wayne (Etats-Unis) sont parvenus à cette conclusion après avoir soumis la moitié d’un panel de 70 personnes des deux sexes aux rayonnements équivalents à ceux émise par un mobile.
Les “exposés” ont mis plus de temps à entrer dans la première phase de sommeil profond et leur phase de sommeil la plus profonde a duré moins longtemps. Les ondes agiraient sur des zones du cerveau qui activent et coordonnent le niveau de stress. Autre explication avancée par les chercheurs : les rayonnements pourraient perturber la production de mélatonine, une hormone qui contrôle l’horloge biologique interne (…)
On ne parle pas de dormir à côté de son téléphone portable. Sur la même page de résultats Google figure aussi un article de 20 Minutes (version suisse) titrant joyeusement “Les ondes ne perturbent pas le sommeil”, je cite:
La perturbation la plus fréquemment attribuée aux rayonnements électromagnétiques à haute fréquence est: des problèmes de sommeil.
Certaines études dans des laboratoires du sommeil ont effectivement laissé préjuger d’un tel lien: l’activité électrique du cerveau des personnes exposées avant de dormir à de forts rayonnements de téléphones mobiles se modifiait.
(…)
Dans une étude de l’Université de Bâle publiée dans le magazine spécialisé «Radiation Research», les chercheurs ont analysé les données de 1375 habitants de la région bâloise (…) :
Les recherches ont montré qu’il n’y avait pas de lien entre l’exposition aux rayonnements et la qualité du sommeil. Une personne exposée aux rayonnements électromagnétiques à haute fréquence ne risquait pas d’avoir davantage de problèmes de sommeil durant la nuit, ni de ressentir une fatigue extrême pendant la journée.
Mais je m’égare… Ce n’est peut-être pas une bonne idée de me mettre tout l’Internet du monde entre les mains au moment où je devrais préparer un dossier… Je démarre avec la sieste et vlan, je me retrouve à parler d’ondes électro-magnétiques.
Revenons à nos moutons. Avec des publications un peu plus scientifiques… Ça aidera.
Sommeil et mémoire
Le Scientific American, d’abord, avec un article qui titre “Naps for Better Recall; Even a Six-Minute Snooze Boosts Memory” (“Des siestes pour mieux se rappeler. Même un somme de six minutes augmente la mémoire”)
Olaf Lahl de l’Université de Düsseldorf en Allemagne et ses collègues ont montré que s’endormir pendant seulement 6 minutes permet de renforcer la mémoire de manière significative. C’est la période de sommeil la plus courte dont on sait qu’elle impacte le fonctionnement mental. Cela suggère que quelque chose se passe juste au moment de la perte de conscience qui solidifie les souvenirs (…)
Les sujets de l’étude avaient deux minutes pour mémoriser une liste de 30 mots qu’ils devaient restituer une heure plus tard. Dans l’intervalle, ils étaient séparé en trois groupes. Un groupe est resté éveillé. Un autre a dormi pendant 6 minutes et le 3e plus longtemps (moyenne de 35 minutes). Le sujets du 1er groupe se sont souvenus de moins de 7 mots en moyenne. Le groupe ayant fait une mini-sieste de 6 minutes s’est souvenu de plus de 8 mots en moyenne. Et ceux qui ont fait la plus longue sieste se sont souvenus de plus de 9 mots. (…) Jusque là, Lahl pensait que les avantages du sommeil pour la mémoire étaient essentiellement passifs (en gros, l’état de conscience altérée ralentirait le rythme auquel les nouvelles expériences effaceraient les anciens souvenirs, mais les résultats de cette recherche l’ont fait changer d’avis, 6 minutes n’étant manifestement pas une durée suffisante pour oublier grand chose.
Bon c’est intéressant mais c’est pas non plus comme si les gens faisaient 30 sur 30 après avoir piqué un petit roupillon. L’article évoque quelques dissensions entre scientifiques sur le rôle exact du sommeil pour l’organisme avant d’aborder une autre question:
Sommeil et prise de décision
L’”Executive thinking” (que je ne sais pas très bien comment traduire à vrai dire: pensée managériale/pensée décisionnaire/pensée des responsabilités) est rendue particulièrement déficiente par le manque de sommeil. On est beaucoup plus aveuglé qu’on croit, on est moins capable de faire face à la nouveauté et d’évaluer les risques. Mauvaise nouvelle pour les professions médicales, les travailleurs de nuits, les chefs militaires. Et c’est peut-être ce qui explique que les casinos restent ouverts toute la nuit.
Aïe, je repars pour un petit zapping. La dame de fer ne se vantait-elle pas justement de ne dormir que 4 heures chaque nuit? Cela expliquerait peut-être une bonne partie de ses décisions. C’est reparti pour un tour de Google et cette fois, ce sont deux médias britanniques qui remontent en premier. La BBC avec un article intitulé ”What is Sleep?” (Qu’est-ce que le sommeil?) et le Daily Mail avec un article de novembre 2011 au titre fracassant: “Le gène “Thatcher”: des scientifiques découvrent une alarme secrète interne qui permet de ne dormir que quelques heures“. On va garder le gène du sommeil au chaud pour un autre dossier (il s’appelle ABCC9 si vous voulez creuser en attendant) et attardons-nous un instant sur le sujet proposé par la BBC qui pose bien les fondamentaux du sommeil:
Qu’est-ce que le sommeil?
Nous y consacrons un tiers de nos vies, indique l’article, Napoléon, Florence Nightingale et Margaret Thatcher - justement - s’en sortaient avec 4 heures seulement par nuit. Thomas Edison estimait que c’était une perte de temps.
Pourquoi dormons-nous? Cette question déroute les scientifiques depuis des siècles, et la réponse, c’est que personne n’est trop sûr. Certains croient que cela permet au corps de récupérer de ses activités de la journée, mais en réalité, la quantité d’énergie économisée pendant 8 heures de sommeil est minuscule, environ 50 kCal, l’énergie d’une tranche de toast.
Nous devons dormir car cela est indispensable pour maintenir un niveau normal de compétences cognitives comme la parole, la mémoire, la créativité, la pensée adaptative. En d’autres termes, le sommeil joue un rôle significatif dans le développement du cerveau.
Que se passerait-il si nous ne dormions pas?
On s’est tous senti mal une fois ou l’autre de n’avoir pas assez dormi. En cas de carence de sommeil continuelle, les zones du cerveau qui contrôlent le langage, la mémoire, la planification et le sens du temps sont sévèrement affectées, quasi désactivées. En fait, après 17 heures sans sommeil, déjà, on observe une baisse des performances équivalente à un taux d’alcool dans le sang de 0.5‰. Des recherches ont également montré que les individus privés de sommeil ont souvent de la peine à faire face à des situations qui changent rapidement et à porter des jugements rationnels. Dans la vraie vie, les conséquences peuvent être dramatiques, et le manque de sommeil serait un facteur important ayant contribué à une série de désastres internationaux tels que l’Exxon Valdez, Tchernobyl, Three Mile Island et l’explosion de la navette Challenger.
(L’article de la BBC ne cite pas sa source, alors mode zapping oblige, je l’ai dénichée, si ça vous intéresse: c’est une présentation de Sivaram Arabandi de l’Université Case Western de Cleveland dans l’Ohio faite lors du SSFW09, une conférence, à Milan en 2009. La prés’ est disponible ici (PDF, 1.4Mo) et il y est indiqué, en plus de cette longue liste de catastrophes, qu’un accident de la route sur 5 serait dû au manque de sommeil.)
En outre, reprend l’article, les impacts majeurs de la privation de sommeil ne se limitent pas au seul fonctionnement cognitif mais concernent également la santé émotionnelle et physique. Des troubles tels que les apnées du sommeil qui provoquent une somnolence excessive en journée on pu être associés au stress et à l’hypertension artérielle. Des recherches ont également suggéré que le manque de sommeil pourrait augmenter le risque d’obésité dans la mesure où les hormones et autres substances chimiques qui jouent un rôle dans le contrôle de l’appétit et de la prise de poids sont produites pendant le sommeil.
Que se passe-t-il quand on dort?
Le sommeil se produit en cycles récurrents de 90 à 110 minutes et se divise en deux catégories. La catégorie non-REM ou sommeil lent (elle-même divisée en 4 phases) et la catégorie REM ou sommeil paradoxal.
Le sommeil lent (non-REM)
Phase 1: Somnolence (“Sommeil léger” dans le texte original)
Pendant la première phase de sommeil, on est mi-évéillés, mi-endormis. Notre activité musculaire ralentit et de légers spasmes peuvent se produire. C’est une phase de sommeil léger, ce qui signifie qu’on peut être réveillé facilement.
Phase 2: Sommeil léger (“Véritable sommeil” dans le texte original)
Après quelque 10 minutes de somnolence, nous entrons en phase 2, qui dure environ 20 minutes. Le schéma de respiration et la fréquence cardiaque commencent à ralentir. Cette phase constitue la part la plus importante (quantitativement) du sommeil humain.
Phases 3 et 4: Sommeil profond
Durant la phase 3, le cerveau commence à produire des ondes delta, soit des ondes larges (haute amplitude) et lentes (fréquence basse). La respiration et la fréquence cardiaque sont à leur minimum.
La phase 4 est caractérisée par une respiration très régulière et une activité musculaire limitée. Si on est réveillé pendant le sommeil profond, on ne s’ajuste pas immédiatement et on se sent souvent groggy et désorienté pendant plusieurs minutes. C’est pendant ces phases de sommeil profond que certains enfants mouillent leur lit, subissent des terreurs nocturnes ou sont somnambules.
Le sommeil paradoxal (REM)
La première période de sommeil paradoxal (REM pour Rapid Eye Movement, mouvement rapide des yeux) débute généralement quelque 70 – 90 minutes après l’endormissement. Nous connaissons entre 3 et 5 périodes de REM par nuit.
Bien que nous ne soyons pas conscients, le cerveau est très actif pendant cette phase, souvent davantage encore que lorsque nous sommes éveillés. C’est là que se produisent la plupart des rêves. Les yeux font des va-et-vient très rapides (d’où le nom Rapid Eye Movement), la respiration s’accélère et la tension artérielle augmente. Toutefois, le corps est paralysé, on pense que c’est le moyen qu’a trouvé la nature pour nous empêcher d’agir physiquement comme dans nos rêves.
Après le sommeil paradoxal, le cycle tout entier recommence.
De combien de sommeil avons-nous besoin?
Il n’y a pas de durée précise dont tout le monde aurait besoin; cela varie d’une personne à l’autre. Selon le sleep profiler (une enquête en ligne de la BCC), les gens aiment dormir entre 5 et 11 heures par jour avec une moyenne de 7.75 heures.
Comme l’a dit Jim Horne du Centre de Recherches du Sommeil de l’Université de Loughborough, “la quantité de sommeil dont nous avons besoin est celle qui nous permet de ne pas être somnolent dans la journée”
Les autres animaux ont aussi besoin de quantités variables de sommeil:
Espèce Heures moyennes de sommeil par jour Python 18 heures Tigre 15.8 heures Chat 12.1 heures Chimpanzé 9.7 heures Mouton 3.8 heures Éléphant d’Afrique 3.3 heures Girafe 1.9 heures Le record actuel pour la plus longue période sans sommeil est de 11 jours et a été établi par Randy Gardner en 1965. Au 4e jour de la recherche, il a commencé à avoir des hallucinations. Ensuite, il s’est pris pour un footballeur célèbre. Et étonnamment, il continuait de battre les scientifiques au flipper à la fin de sa recherche.
Bon, voilà pour l’article de la BBC, une très jolie introduction sur le sommeil, mais pas un mot sur la sieste. Zapping quand tu me tiens…
Et la sieste alors?
Tandis que je m’aidais de Wikipédia pour les traductions des différentes phases de sommeil, mon oeil a été attiré par le chapitre “siesta” de l’article Sleep de Wikipédia. Transition toute trouvée, on continue le zapping.
L’habitude de la sieste – peut-on y lire – a été récemment associée avec une réduction de 37% de la mortalité coronarienne. possiblement en raison d’un stress cardio-vasculaire réduit, avec le sommeil diurne comme médiateur. Ceci dit, des études épidémiologiques sur les liens entre la santé cardiovasculaire et la sieste ont conduit à des conclusions contradictoires, probablement à cause du manque de contrôle sur les différentes variables comme l’activité physique (…)
Bof, le paragraphe est plus long mais n’en dit pas davantage.
La durée idéale
Reprise du zapping. Avec le Boston Globe qui dans un article très graphique indique comment faire une bonne sieste. Jamais plus de 45 minutes! Passée la phase de somnolence, c’est la phase de sommeil léger qui permet de booster la vigilance et la concentration et d’aiguiser les capacités physiques. Après 45 minutes, on entre en phase 3 et on se sent groggy au réveil pendant une bonne demi-heure.
Le truc pour se réveiller?
Boire un petit café avant la sieste est, selon le Boston Globe, le petit secret pour une sieste parfaite. La caféine met une vingtaine de minutes avant de produire son effet excitant. Autant dire qu’elle vous réveille pile au bon moment! L’auteure de l’article s’appelle Jennifer Ackerman.
Rezap.
Je tombe sur un autre de ses articles, mais dans le très britannique Guardian, cette fois. Décidément, les autres journalistes n’avaient pas pris leur ristretto avant la sieste ce jour-là! Je suis méchant… Un nouveau petit onglet et hop, je (re)découvre que Jennifer Ackermann est une écrivain scientifique à succès et qu’elle s’est documentée à fond sur le sujet pour un de ses livres, Sex Sleep Eat Drink Dream: A Day in the Life of Your Body, que j’ai aussitôt ajouté à ma gigantesque liste de livres à lire un jour… Fermeture de l’onglet. Dans la version Guardian, c’est moins graphique mais plus instructif.
Une sieste de 60 minutes améliore la vigilance jusqu’à 10 heures. Des recherches sur des pilotes ont montré que les siestes de 26 minutes de la NASA (pendant que le co-pilote est aux commandes) amélioraient les performances de 34% et la vigilance générale de 54%. Une étude de Harvard publiée en 2008 a montré qu’une sieste de 45 minutes améliore l’apprentissage et la mémoire. Faire la sieste réduit le stress et diminue les risques d’infarctus, de diabète et de prise de poids excessive.
Les véritables bénéfices de la sieste
NASA, vous avez dit NASA?
re-zap!
Et un nouvel onglet me dit tout sur les expériences de la NASA dans le domaine du sommeil. Et c’est bien sûr proprement fascinant. On y a apprend que, la tête en bas, dans des fusées qui font un bruit de… fusées, les astronautes ont beaucoup de mal à dormir leur 8 heures chaque nuit. Même si la NASA leur recommande de le faire. Bravaches, ils dorment entre 0.5 et 2.5 heures de moins que le reste des Terriens. Mais manquer de sommeil dans ces conditions extrêmes n’est pas une bonne idée. Du coup, la sieste semble être une bonne solution pour ne pas être irritables, oublieux, et globalement à côté de la plaque. Sauf que, on l’a vu, une trop longue sieste vous rend groggy, c’est un effet qui s’appelle l’inertie du sommeil et qui n’est pas encore compris par la science. Et pour piloter une fusée, c’est pas trop indiqué. Alors la NASA a financé une étude du National Space Biomedical Research Institute, conduite par David Dinges (prononcer Dinguss), un prof de l’Ecole de Médecine de l’Université de Pennsylvanie.
“À notre plus grand étonnement, les bénéfices de la sieste ont surtout porté sur les performances de la mémoire de travail plutôt que sur la vigilance et la vivacité générale” indique Dinges dans l’article. Pour ces compétences particulières, qui permettent de rester concentré et de remarquer les détails importants, ce qui compte, ce sont les heures totales de sommeil en 24 heures.
Une autre découverte intéressante de ces travaux, c’est que la sieste ne fonctionne pas bien pour les travailleurs de nuit. S’ils font une sieste au milieu de la nuit, leur horloge biologique semble perdre la boussole. Chez ces sujets, l’inertie du sommeil dure plus d’une heure.
La sieste a donc un effet particulièrement bénéfique sur la mémoire. Intéressant, et quid de ce mythe qui voudrait qu’on puisse mémoriser ce qu’on entend pendant la sieste? Les méthodes de langues par exemple? Re-zap, nouvel onglet, et retour sur le site du Scientific American, dans une retranscription d’un récent épisode de l’excellent et très enjoué podcast 60 Seconds Science:
Vous vous souvenez de ces cassettes qui vous permettaient soi-disant d’apprendre pendant la nuit? Eh bien les recherches scientifiques ont démontré que c’est n’importe quoi, sauf, bien sûr, si vous restez debout toute la nuit pour les apprendre.
Mais si vous dormez réellement tout en écoutant quelque chose que vous avez déjà appris (une mélodie que vous auriez entraînée au piano, par exemple), eh bien vous risquez effectivement de l’apprendre plus rapidement. C’est ce que révèle une étude publiée dans Nature Neuroscience. [James Antony et al, Cued memory reactivation during sleep influences skill learning]
(…)
Je vous épargne le reste de mon zapping: l’interweb mondial est unanime. Toutes les recherches concordent, les siestes ne présentent que des avantages!
Pourquoi la sieste n’est-elle pas plus mainstream?
Alors ma question est: pourquoi ne la fait-on pas? Pourquoi est-ce que nos sociétés se sont organisées comme si nous étions tous Margaret Thatcher? Voire Randy Gardner?
C’est peut-être en train de changer. L’année dernière, un article du New-York Times permettait aux basketteurs jouant en NBA d’avouer leur penchant pour la sieste. Pourquoi se doper quand il suffit de piquer un petit somme, en somme? Même les héros font la sieste! Et c’est même pour ça qu’ils gagnent! Idem chez les hockeyeurs de la NHL. Ils dorment entre 20 minutes et 3 heures tous les après-midi!
La sieste dans le mode de l’entreprise
Mais dans les entreprises alors? Eh bien, c’est sur le blog OnlineMBA (un portail qui s’adresse aux cadres et recense les MBA en ligne), certaines grandes compagnies ont une politique encourageant leurs employés à faire la sieste au moment du coup de pompe. Dans le Top 10: Google, Ben&Jerry’s, Zappos, Nike (enfin là, mon petit doigt me dit que ça ne s’applique pas à toute la chaîne de production, allez savoir pourquoi…), AOL-Huffington Post, Pizza Hut, Deloitte Consulting et British Airways (j’espère juste qu’il y aussi une règlementation pour que pilote et co-pilote ne s’endorment pas en même temps au premier bâillement contagieux
)
Ça fait rêver, hein?
En bonus, de la part de Pierre Kerner, une vidéo qui résume tout ça en quelques minutes et nous apprend même qu’il existe des salons de sieste au Japon
Phase 1: Somnolence (“Sommeil léger” dans le texte original)
Phase 2: Sommeil léger (“Véritable sommeil” dans le texte original)
Phases 3 et 4: Sommeil profond










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