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Podcast science 125 – L’Amour est dans la Pipette

 

Événement radio-dessiné: l'amour est dans la pipette! Enregistré en public à l'ESPGG (Paris) le 23 mars 2013

«L’Amour est dans la Pipette», notre deuxième événement radio-dessiné avec nos amis de Strip Science s’est tenu à l’Espace des sciences Pierre-Gilles de Gennes, à Paris, le 23 mars 2013. Le principe est le suivant: Podcast Science enregistre une émission en public (avec une formule un peu revisitée: plein de chroniques courtes sur un thème donné) tandis que les artistes de Strip Science mettent tout cela en images. On nous avait demandé de parler d’amour, tout en inaugurant la nouvelle expo de l’ESPGG sur la chimie… Le thème de la soirée s’est imposé naturellement: la chimie de l’amour! Notre Nicotupe national a joué les “Monsieur Loyal” de circonstance pour faire le lien entre le podcast et les dessinateurs. Pas de dossier pour lui, donc, mais des mini-interviews tout au long de l’émission.

Les dossiers de la soirée

Les interviews des dessinateurs (et le lien sur leurs blogs)

Les images de la soirée

» Le compte-rendu de Strip Science, par Pierre Kerner

» Tous les dessins, scannés. C’est la classe!

» Encore quelques photos de la soirée par Guérinal des Bois. Merci 🙂

» Et le storify de la soirée. Merci Vincent! 🙂

 

La quote de la semaine

“For small creatures such as we, the vastness is bearable only through love.” Carl Sagan 

 

Plugs & Annonces

Pas d’annonces mais des remerciements! A Pierre Kerner: auteur de l’excellent blog SSAFT, vice-président du café des sciences et papa de Strip-Science, sans qui ce projet n’aurait tout simplement pas vu le jour. A l’équipe de l’ESPGG et au public venu nombreux, merci à tous de votre confiance et de votre fidélité A l’ensemble de l’équipe de Podcast Science, ce genre d’event demande une énergie folle, et tout le monde a foncé tête baissée. Enfin un immense merci tout particulier à Monsieur Smith qui nous a fourni les micros, les câbles, s’est assuré que tout fonctionnait bien, a hébergé l’un d’entre nous pour une nuit, était prêt à nous dégotter un autre lieu si cela n’avait pas fonctionné à l’ESPGG et cerise sur le gâteau, a assuré la captation vidéo de l’événement alors qu’il avait un programme déjà bien chargé pour la soirée. Merci Smith, franchement, cet event aurait eu moins de gueule sans toi!

Prochaine émission

Prochain live le jeudi 11 avril 2013, avec Nicolas Gisin pour parler de téléportation quantique Prochain event radio-dessiné à Lyon le 15 juin 2013. On vous en dira plus dès qu’on connaît un peu les détails.

Le viagra féminin

Mini-dossier publié dans le cadre de la soirée radio-dessinée “L’Amour est dans la Pipette“, enregistrée en public à Paris, à l’Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes avec le collectif Strip Science le 23 mars 2013

Ce mini-dossier aurait presque pu faire l’objet d’un vrai ou faux de Podcast Science!

En effet, me croiriez-vous si je vous annonçais que des recherches très sérieuses ont lieu autour de la mise au point d’un “viagra féminin” ?

Et me feriez-vous confiance si je vous annonçais que la consommation de “viagra” masculin peut aussi avoir un intérêt pour les femmes ?

Pas très instinctif tout ça ? Mais ceux qui ne me suivent pas dans ces affirmations ont peut-être tort… J’insiste sur le “peut-être” car, je dois vous avouer qu’après vous avoir préparé ce dossier, je n’ai toujours pas d’avis tranché. Quand j’ai choisi ce sujet, après avoir entendu nos confrères de quid novi (un podcast tech) en parler dans un de leurs épisodes, je m’attendais à quelque chose d’assez tranquille… Et bien pas du tout! Il y a de nombreuses polémiques autour de tous ces traitements et je vais essayer ici de ne pas trop prendre parti.

En rapide avant-propos, je vais devoir vous expliquer ce qu’est le viagra et comment il fonctionne chez les hommes. Le désir sexuel provoque la production d’oxyde nitrique, cet oxyde nitrique active lui-même une enzyme qui elle même augmente la quantité de guanosine monophosphate cyclique, et c’est ce messager au nom barbare qui va augmenter le flux sanguin dans les parties génitales et donc provoquer l’érection chez l’homme.

Le viagra va simplement empêcher la dégradation de la guanosine monophosphate cyclique. Le processus va donc rester le même, le désir sexuel – et non le viagra – restera le déclencheur, mais il faudra moins de guanosine pour obtenir le même effet.
Et qu’est-ce que tout ça va donner chez la femme ? Et bien un peu la même chose!  Le viagra masculin provoque (ou plutôt facilite) la vasocongestion génitale (en gros, ça aide à l’érecion du clitoris et à la lubrification du vagin), qui sont généralement problématiques chez les femmes souffrant de dysfonction sexuelle. Malheureusement, si des études montrent une amélioration en termes de vasocongestion, elles ne montrent en revanche pas grand chose en termes de satisfaction générale; les femmes souffrant de dysfonction sexuelle n’ont pas significativement (ou a peine) l’impression que l’acte sexuel se passe mieux  après la prise de viagra.

Au final, selon les études, l’éventail des conclusions va de l’inefficacité totale à une efficacité limitée au traitement de certains dysfonctionnements sexuels chez la femme, en particulier pour contrebalancer les effets secondaires de certains traitement hormonaux post-ménopause ou d’autres traitements médicamenteux de type “antidépresseurs”.

Voilà pour le viagra masculin chez la femme…

Mais il existe aussi ce que la marketing a nommé des “viagras féminins”

Je précise tout de suite que ces traitements n’ont absolument rien à voir avec le viagra précédemment cité et que l’emploi du terme “viagra” relève ici de la pure stratégie commerciale.

Que sont donc ces traitements ?

Tout d’abord, il existe des patches de testostérone à porter en permanence (voire des injections). Ces traitements sont utilisés après des ménopauses chirurgicale (une ménopause chirurgicale, c’est par exemple ce qui se produit quand on doit pratiquer une ablation de l’utérus suite à un cancer). L’idée, ici, est d’augmenter le désir sexuel et non de traiter un dysfonctionnement purement physiologique. Une fois encore, il y a controverse et l’interprétation des études publiées varie fortement d’un camp à l’autre. À tel point que ce genre de traitement, autorisés en Europe dans le cadre des ménopauses chirurgicales, n’a pas été accepté aux USA…

Récemment, on a aussi assez fréquemment entendu parler d’un viagra féminin en spray nasal. Il s’agit aussi de testostérone et de traitement du désir sexuel. Le produit est encore en phase de test au Canada. Il faut aussi souligner que tous ces traitement à base de testostérone mettent du temps à agir: les patches se portent en permanence et les spray mettent plusieurs heures à faire effet.

À ce stade, il me semble temps de vous résumer les points de vue des uns et des autres. D’après ce que j’ai pu voir (encore une fois, je ne prétends que vous donner un rapide aperçu du sujet et non pas vous livrer des conclusions définitives), on retrouve d’un côté les partisans d’une approche médicamenteuse du traitement (Industrie pharmaceutique et médecins se trouvant plutôt du côté de la médicamentation, certains psychiatres, par exemple), tandis qu’a l’oppose se rassemblent des partisans d’une approche plus psychothérapeutique.

L’industrie pharmaceutiques est accusée – sans doute à raison – de chercher à tout prix à mettre en place un business similaire à celui – très lucratif – du viagra (pour homme), et donc d’avoir une démarche essentiellement commerciale. Cet élément est appuyé par le fait qu’elles ont tour à tour cherché à “brander” comme du viagra féminin des médicaments traitant des dysfonctionnements physiologiques précis puis des produits augmentant le désir sexuel, ce qui n’a pas grand chose en commun… Par ailleurs, le fait qu’on soit ici dans un domaine où l’effet placebo marche particulièrement bien n’arrange rien à la chose.

Du côté de l’approche psychothérapeutique, il y a, j’ai l’impression, à l’inverse, un fort a priori négatif sur la possibilité même de traiter ces dysfonctionnements par voie médicamenteuse.

Le tout étant surplombé par des intérêts financiers évidents de part et d’autre, et les études étant peut-être rendus plus compliquées par l’efficacité renforcée de l’effet placebo dans cadre d’évaluations de la satisfaction suite à des rapports sexuels.

Sources:

Les mathématiques du mariage stable

Mini-dossier publié dans le cadre de la soirée radio-dessinée “L’Amour est dans la Pipette“, enregistrée en public à Paris, à l’Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes avec le collectif Strip Science le 23 mars 2013

Bienvenue à Tournez manège ! Bon, version mathématique, quand même… Et oui, les mathématiciens ont quelque chose à dire sur le mariage. De toutes façons, ils ont des choses à dire sur tout. Des fois, même, ce sont des gens qui sont venus les chercher. Deux sujets très différents pour avoir un aperçu de la chose…

Chez les Warpilis, en Australie, la vie est compliquée. Enfin, c’est l’avis des anthropologues, pas des Warpilis. Pour eux, c’est pourtant simple : évidemment que Sidonie (oui, les prénoms sont francisés, c’est assez compliqué comme ça) ne peut pas se marier avec Gérard, ni avec Marcel, ni bien sûr avec Sacha. En revanche, elle a tout le loisir de choisir entre Simon et François. Ils ont expliqué ça plusieurs fois aux anthropologues qui ne comprenaient que couic, alors qu’ils leur dessinaient gentiment des plans dans le sable. Même avec les dessins, ça restait assez compliqué. Heureusement pour eux, certains ont croisé des mathématiciens, ce qui, on ne le répètera jamais, peut souvent vous sortir d’embarras. Ainsi, Claude Levi-Strauss lui même, qui n’était a priori pas un imbécile, a grandement apprécié sa rencontre avec André Weil, frère de la philosophe, mais surtout très grand mathématicien (d’ailleurs on devrait évidemment dire que Simone Weil est la soeur du mathématicien, mais bon….). Parce que lui, quand il a entendu ces histoires, il a tout de suite pensé à les traduire en algèbre. Pour ceux qui n’ont pas entendu parler de maths depuis l’école, l’algèbre c’est au mieux de la résolution d’équations, au pire juste un truc auquel ils n’ont jamais rien compris. Pour les autres, c’est avant tout l’étude des structures, c’est à dire des liens entre des objets, et l’art de regrouper sous un même symbole, un même nom des objets ayant le même “comportement”. L’exemple le plus simple, c’est de dire qu’il y a un lien entre toutes les façons qu’on a de faire bouger un triangle équilatéral en le laissant pointe en l’air (en le faisant tourner, en prenant son symétrique…) et toutes les façons de ranger trois cartes. Il suffit pour s’en convaincre de numéroter les cartes 1, 2, 3 et les sommets du triangle aussi…

Revenons à nos mariages de Warlpiris. Ceux-ci sont divisés en 8 groupes. Faisons style on fait des maths : on va les appeler A, B, C, D et alpha, beta, gamma, delta. Pourquoi deux fois 4 ? Parce que c’est plus simple : quelqu’un du groupe A ne peut se marier qu’avec quelqu’un du groupe alpha, et réciproquement, B et beta, C et gamma, D et delta aussi. Dit comme ça, on a l’impression que cette tribu est séparée en 4 tribus distinctes, mais ce n’est pas le cas, grâce aux lois de filiation : les enfants d’une A sont des B, d’une B des C, et caetera, et de l’autre côté, ça tourne dans l’autre sens : les enfants d’une alpha sont des deltas, d’une delta des gammas, et ainsi de suite. On a donc deux cycles qui tournent en sens inverses l’un de l’autre.

Face à ça, et pour savoir directement les liens de parenté qui peuvent exister, un matheux que vous laissez réfléchir deux minutes va prendre un cube.

Il a bien 8 sommets, un par groupe, auxquels on va donc attribuer des lettres. Face à nous, par exemple, on écrira A, B, C, D, dans le sens des aiguilles d’une montre. Si je regarde une personne qui se trouve dans le coin en haut à gauche, pour trouver de quel groupe vient sa mère, il suffit que tourne le cube d’un quart de tour pour que la famille de la mère soit en haut à gauche. Simplifions nous la vie, et disons que pour trouver le groupe du conjoint, il suffit de faire tourner le cube à plat, pour que l’avant se retrouve à l’arrière. Si vous aviez un A en haut à gauche, il faut donc écrire alpha. Et les trois autres lettres se trouvent en tournant cette fois dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Trouver le groupe du père, c’est donc tourner le cube face à nous, puis lui faire faire un demi tour. Ce qu’on peut faire en une seule opération : échanger l’avant et l’arrière en gardant deux des côtés du cube au même endroit.

Pour trouver le groupe de la grand tante maternelle, qui est donc celui du grand père maternel son frère, donc le mari de la grand-mère maternelle : on fait tourner le cube deux fois face à nous, puis un demi tour. Là encore, un mouvement bien choisi suffisait. Et ainsi de suite. Les mathématiciens ayant depuis bien longtemps étudié le “groupe du cube”, c’est à dire l’effet de toutes les rotations, et symétries, et leurs enchaînements, il est donc simple de mettre au point un dictionnaire Warlpiri/Algèbre, pour être d’accord que “on ne peut pas se marier avec son cousin germain”, “ma belle mère et ma belle fille sont dans le même groupe”, “on peut se marier avec certains cousins issu de germain”je suis dans le même groupe que mon grand père paternel » sont des évidences… Et se marier avec sa belle mère complètement interdit, comme c’est très bien expliqué dans le texte d’anthropologie « la diagonale de la belle mère » ! (

D’autres règles existent, en Australie et ailleurs dans le monde : Des règles où les enfants d’une femme A et d’un homme B sont C alors que ceux d’un homme A et d’une femme B sont D, ou les A ne peuvent se marier qu’avec des B, et les C qu’avec les D, ou d’autres règles plus complexes encore.

Elles peuvent nous sembler absurdes, mais une chose est sûre : elles permettent toujours d’éviter la consanguinité trop proche. et comme ces règles se trouvent dans des tribus généralement toutes petites, ce n’est pas si débile. Je suis tombé sur une vidéo d’un membre d’une de ces tribus expliquant les règles (il y en a plein, il n’y a pas que le mariage), et disant que si l’une n’était pas respectée, la tribu serait “malade”… ça ne paraît pas si aberrant !

Passons à des choses plus proches de nous, comme “tournez manège“, ou Meetic, ou Adopte un mec.

Commençons par jouer les matheux entremetteurs avec le “lemme des mariages”. Prenez des filles et des garçons qui ont envie de se marier, autant de filles que de garçons. (Il y a des théorèmes sur les homos aussi, mais on n’a pas le temps de parler de tout…). Le lemme des mariages est parfaitement nul : il ne se préoccupe que de savoir s’il est possible de marier tout le monde quand soit les garçons, soit les filles ont une liste de gens avec qui ils veulent bien se marier. Prenons les filles, par exemple. Est on certain que toutes pourront se marier sans qu’il y ait conflit ? On imagine là qu’il n’y a pas d’ordre de préférence dans les listes de chacune, mais qu’il faut au moins un garçon dans chaque, bien sûr.

Il peut y avoir problème, par exemple s’il y a Brad Pitt dans le lot des garçons. Les filles vont toutes avoir la même liste de un garçon (j’aurais dû raconter l’histoire avec des mecs…) En fait, il y a problème dès qu’on peut trouver un groupe de filles tel que le nombre de garçons présents sur l’ensemble de leur liste est plus petit que le nombre de filles de ce groupe. C’est assez évident, on ne mariera pas 10 filles à 9 garçons, ça ne colle pas. Mais le lemme des mariages est rassurant : il dit que s’il n’existe pas une telle configuration, il y aura toujours moyen de marier tout le monde ! Allez les filles, soyez pas bégueules, on vaut largement mieux que Brad. La démonstration n’est pas très compliquée, il suffit comme souvent en maths de commencer par des petits nombres, et d’augmenter petit à petit…

Corsons les choses. Dans la réalité vraie, les garçons aussi ont le droit d’avoir des goûts. Et pire, des préférences. Là, on en arrive à la « théorie des mariages stables ». Et oui, les maths et l’amour, c’est hyper romantique. Donc voilà, imaginons des nanas d’un côté, et autant de mecs de l’autre, c’est tournez manèges, rien à dire. Chacun doit alors établir une liste des personnes d’en face dans l’ordre de ses préférences. La question est : est il possible de trouver une façon de marier tout le monde de façon “stable”, c’est à dire tel qu’on ne puisse pas trouver deux personnes non mariées qui préfèreraient toutes les deux être mariées ensemble plutôt qu’avec leur conjoint actuel. On ne dit pas “choisir qui ils veulent”, mais “avoir mieux”.

Rassurez vous là encore, un théorème nous affirme qu’il y a toujours au moins une solution, youhou ! Je pense sincèrement que les mecs qui ont mis au point cette théorie étaient traumatisés par le divorce de leurs parents. Pour démontrer ce résultat, il suffit de donner par exemple une méthode permettant d’atteindre cet équilibre (précaire il faut bien dire, parce que bon, au bout de 10 ans de vie commune…). Là encore, il faut choisir entre hommes et femmes… Disons les femmes. Première étape, chacune demande à son « number one » s’il veut bien d’elle. L’homme choisit celle qu’il préfère parmi toutes celles qui se présentent. Fin de la première étape. Les femmes “non casées” font alors leur demande à leur deuxième choix. Celu-ci choisit celle qu’il préfère, en remettant en jeu bien sûr celle avec qui il est déjà casé s’il y en a une (Santa barbara…) Et on recommence, jusqu’à ce que tout le monde soit casé.

En suivant cette méthode, on peut affirmer que cette affaire est stable. Voici une idée de preuve :

imaginons le drame suivant : Steven se retrouve avec Samantha, et Jackie avec John. Or Steven préfère Jackie à Samantha, et Jackie préfère Steven à John. Le drame se profile… Mais si on suit la méthode, Jackie a forcément demandé à Steve avant de demander à John ? Pourquoi donc cet abruti de Steve l’a lâchée pour Samantha qui lui plaît moins ?

D’autres questions essentielles se posent : et si on ne prends que des homos ?

Et des polygames (ou andres, on s’en fout) ?

Sachez que pour avoir lancé cette théorie a priori ridicule, deux mathématiciens viennent de récupérer le prix Nobel d’économie… Bon, pour ne pas donner l’impression que c’est volé, pensez donc aux attributions d’hôpitaux pour les internes, aux dons d’organes (dans quel ordre on distribue), aux problèmes d’optimisation divers… Bref, c’est de la belle mathématique appliquée, ça, messieurs dames !

Voir aussi

Phéromones, pas la guerre

Mini-dossier publié dans le cadre de la soirée radio-dessinée “L’Amour est dans la Pipette“, enregistrée en public à Paris, à l’Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes avec le collectif Strip Science le 23 mars 2013 et publié en crossover sur le site de son auteur, Pierre Kerner: l’excellent Strange Stuff and Funky Things

Ah l’Amour! L’Amour et ses moments magiques! Ce moment où la femelle Mante religieuse, affamée après ses rapports sexuels, dévore la tête de son partenaire…

La femelle mante religieuse dévore la tête de son partenaire
Cet instant merveilleux où le mâle de l’araignée du Malabar se brise les organes génitaux pour boucher ceux de sa femelle.

Les pédipalpes de l'araignée mâle Nephilengys malabarensis sont restés dans les voies génitales de la femelle

Cette pratique poétique de la punaise mâle d’inséminer sa partenaire en lui perforant l’abdomen pour l’infuser d’une myriade de spermatozoïdes qui navigueront dans son sang à la recherche de ses ovaires…

Insémination traumatique du mâle de la punaise des lits Cimex lectularius
Ah l’Amour, y’a pas à dire, c’est puissant! Si puissant d’ailleurs que c’est bien souvent l’Amour qui est à l’origine de l’émergence de nouvelles espèces. En effet, la définition la plus communément admise de la notion d’espèce est qu’il s’agit d’une population dont les individus peuvent potentiellement se reproduire pour donner une descendance viable. Et qui dit reproduction, dit amour. Et si une partie d’une population décide de ne plus faire l’amour avec une autre, on peut parier qu’au bout de plusieurs générations, on aboutira à deux espèces.
Prenez le cas de la grenouille d’Afrique occidentale Conraua alleni (comme ça, au pif…).

Conraua alleni, Rödel
Jusqu’il y a peu de temps, on pensait qu’elle était la seule à peupler des régions comme la Côte d’Ivoire. Et puis des herpétologues de renom ont découvert des grenouilles qui, de prime abord identiques, étaient différentes sur un point crucial : leur chant… Ca peut paraitre anodin, mais vous allez voir que c’est hyper important!

Conraua sp., Rödel
En effet, ces chercheurs ont remarqué que certains mâles émettaient un chant un peu différent que les autres. Comparez un peu dans cet enregistrement audio, le chant nuptial successifs de deux mâles :



On dirait pas comme ça, mais c’est trèèèèèèèèès différent! Et après une batterie de tests génétiques, ces chercheurs ont d’ailleurs pu confirmer que chaque population, avec son chant spécifique, correspondait en réalité à une espèce différente! La première garde le nom de Conraua alleni et la seconde porte le nom temporaire de Conraua sp. Et il est très probable que, si ces populations se sont scindées en deux espèces, ce soit justement à cause de cette histoire de sérénades. Imaginons-nous par exemple dans la peau gluante d’une femelle Conraua alleni. Soudain, un mâle de notre espèce nous fait la cour. Transposé en musique des 80’s, ça nous donne ça:


Vous conviendrez que c’est plutôt pas mal pour mettre l’ambiance, avant que le mâle vienne nous presser les flancs pour nous faire lâcher nos ovules et nous arroser le derrière de sa semence.
Si par contre un mâle Conraua sp. venait s’égosiller près de nous, ça ressemblerait plutôt à ça:


Moué… Niveau Sex-Appeal, va falloir repasser. Et bien pas pour tout le monde! Car Madame Conrau sp., elle, elle kiffe ce coassement rauque! Elle le préfère! Comme on dit, tous les gouts sont dans la nature!

Voilà donc un bel exemple du phénomène de spéciation, c’est à dire de la scission de deux espèces à partir d’une seule, très probablement causée par une histoire de séduction. Pour faire plus scientifique et carrément moins sexy on peut parler d’un isolement reproductif sympatrique: cela signifie, pour le commun des mortels, que, juste parce que elles se kiffent plus et donc ne se reproduisent plus ensemble, toutes ces grenouilles quasi identiques et qui vivent sur le même territoire se sont finalement séparées en deux espèces.

Mais quand même, moi, je me pose une question: comment ça a commencé ce bazar? Est-ce que ce sont certains mâles qui se sont mis à chanter faux? Est-ce que ce sont certaines femelles qui ont fait la fine oreille? Il semblerait que dans un cas comme dans l’autre, la variation mène à une impasse! Je m’explique: on a l’impression que dès qu’un individu essaie de faire l’original en terme de technique de drague, il risque de pas choper et donc de condamner ses possibilités de transmettre ses gènes. Dans cette histoire, le mystère n’est pas résolu et on est toujours à chercher qui, du mâle ou de la femelle, a commencé à mettre le souk.

Sans définitivement permettre de résoudre le dilemme, on peut trouver des éléments de réponse avec un autre exemple… chez les guêpes parasitaires!

La guêpe parasitaire, Nasonia vitripennis
Alors pourquoi prendre des guêpes parasitaires pour investiguer la question plutôt que de rester avec nos exotiques grenouilles? Et bien c’est parce que ces insectes ont un moyen de communication sexuelle très pratique à étudier: les phéromones! Les phéromones, ce sont des substances chimiques volatiles avec une composition bien spécifique et qui permettent à certains animaux ou plantes de communiquer et notamment, d’attirer des partenaires sexuels. L’avantage avec les phéromones par rapport au chant, c’est qu’il s’agit de molécules dont on peut déterminer précisément la composition. Prenez les guêpes parasitaires du genre Nasonia: pour se reproduire, les mâles attirent les femelles en émettant un cocktail de deux phéromones: le 4(R),5(S)-5-hydroxy-4-decanolide et le 4-methylquinazoline (qu’on va contracter en RS et MQ pour pas trop compliquer l’affaire).
4(R),5(S)-5-hydroxy-4-decanolide 4-methylquinazoline

Avec de la chance, une femelle perçoit les phéromones, rapplique et se fait féconder par le mâle:

Copulation de NasoniaEnsuite la femelle cherche une larve de mouche et va perforer sa peau pour lui pondre ses œufs directement dans son corps. Elle réalise ceci grâce à un ovipositeur, une sorte d’appareil ménager à tout faire: perforateur, injecteur d’œuf et inoculateur de venin pour diminuer les défenses immunitaires de la larve. Ensuite elle boit un peu du sang de la larve pour reprendre des forces et elle s’en va vaquer à ses autres occupations:

Quelques temps plus tard, c’est une dizaine de petites Nasonia qui éclosent, dévorent les entrailles de la larve, puis jaillissent de sa carcasse pour vivre de nouvelles aventures:
Nasonias en stade pupal dans la carcasse d'une pupe de mouche Calliphoridé
Ne plaignons pas trop ces larves de mouches cependant puisque les guêpes Nasonia ont une préférence pour les mouches du type Calliphoridé qui sont elles-même souvent parasitaires et donc réalisent exactement la même chose, mais dans la chair de mammifères, et parfois même des humains, ce qui donne des myases…

Trêve de myases, revenons à nos phéromones.

Pour que tous ces évènements miraculeux de la nature aient lieu, il faut que le mâle réussisse à attirer vers lui des femelles. Pour ce faire, tous les mâles Nasonia émettent leur cocktail de RS et MQ. Tous? Non! Car une espèce peuplée d’irréductibles mâles émet non pas 2 mais 3 phéromones. La troisième phéromone, le 4(R),5(R)-5-hydroxy-4-decanolide (RR pour faire plus court) est très proche de la molécule RS. C’est une des spécificité de cette espèce: Nasonia vitripennis.

4(R),5(R)-5-hydroxy-4-decanolide
A vrai dire, cette molécule est identique d’un point de vue de la composition atomique, mais sa configuration dans l’espace est différente. En chimie, on parle de molécules stéréoisomères. Comment se fait-il que les mâles de cette espèce aient pu acquérir au cours de l’évolution cette nouvelle phéromone? Est-ce que cela ne compromet pas leur chance de se reproduire?
Pour en avoir le cœur net, des chercheurs ont isolé des femelles vierges appartenant à deux espèces de Nasonia, Nasonia vitripennis et Nasonia giraulti, et ont réalisé des tests avec un olfactomètre, c’est à dire un appareil à deux chambres permettant de diffuser des odeurs et de déterminer dans quelle chambre les femelles allaient rester le plus longtemps. Leurs résultats sont assez surprenants: d’une part, le cocktail RR, RS, MQ est tout aussi efficace que le cocktail RS, MQ pour attirer des Nasonia giraulti. Ensuite, la molécule RR seule, celle qui est spécifique à Nasonia vitripennis, est totalement inefficace pour attirer une guêpe de l’une ou l’autre espèce. C’est uniquement combinée avec les deux autres phéromones que RR permet d’attirer plus spécifiquement les femelles Nasonia vitripennis.
Qu’est ce que ces résultats laissent supposer? Et bien pour répondre à notre question du chant et de l’oreille, ou bien de la phéromone et de l’antenne, il est probable qu’ici la phéromone se soit modifiée avant l’altération de la perception à cette phéromone. Le scénario est le suivant: une nouvelle phéromone est générée, mais elle n’interfère pas avec les deux autres phéromones et elle est assez proche en structure pour que, par la suite, de nouveaux récepteurs évoluent facilement pour s’en accommoder.
Bien sûr, il est certain qu’il s’agit là d’un exemple et non d’une règle, mais c’est assez rare de pouvoir arriver à reconstruire des scénarios évolutifs complets et donc il faut savoir apprécier les fois où on y parvient.

Comme je vous le disais, c’est puissant l’amour! Mais parfois, est-ce que la phéromone peut-être plus puissante que l’amour?

Et bien les orchidées ont certainement intérêt à ce que ce soit le cas! En effet, bon nombre d’entre elles dépendent d’insectes pollinisateurs pour pouvoir se reproduire, le principe étant qu’elles doivent disséminer leur pollen d’une fleur à l’autre. La plupart des plantes offrent une récompense, comme du nectar, pour attirer les insectes pollinisateurs, mais un groupe d’orchidées européennes, les Ophrys, réalisent plutôt de la publicité aguicheuse… et mensongère! La cible? Les mâles en ruts! Si on observe ces orchidées, ont peut déjà remarquer qu’elles ressemblent grosso-modo à des insectes (mais bon faut vachement plisser les yeux… ou bien avoir des myriades de facettes pour se laisser berner par un tel déguisement):

Ophrys insectifera
Ophrys speculum

Ophrys splendida

Ophrys insictifera

Là où par contre, elles semblent exceller, c’est pour se parfumer comme une femelle guêpe ou une femelle abeille. En effet, normalement, les mâles ont tendance, quand ils sont en ruts, à s’écarter de leur colonie à la recherche de femelles prêtes à s’accoupler. Pour les aider, les femelles laissent, derrière leur passage, un sillage de phéromones aux notes envoutantes pour les guider jusqu’à elles. Quand ils se retrouvent, ils peuvent enfin copuler tout leur saoul, comme ce couple de Colletes cunicularius copulant:

Couple de Colletes cunicularius copulant
Les malignes orchidées émettent donc des phéromones qui attirent les mâles. Dupés, ceux-ci se ruent sur les fleurs et tentent désespérément de copuler avec elles. Dans le remue-ménage qui suit, le mâle à tôt fait de se frotter à la paire d’étamines de la fleur qui vont s’attacher à sa tête. Le mâle, penaud, n’aura plus qu’à chercher ailleurs si l’amour lui sourit… Mais il est maintenant orné de belles cornes de pollen. Avec de la chance, il va rencontrer une nouvelle fleur et, dans son nouvel essai, il déposera le pollen tout partout sur sa fausse-femelle. En gros, on peut considérer que ces mâles servent de pénis volants aux fleurs d’orchidées…

Un mâle Colletes cunicularius copulant avec une fleur d'Ophrys exaltata
Vicieux comme stratégie, non? C’est un peu comme si une banque de sperme déposait des poupées gonflables à chaque coin de rue pour obtenir des dépôts gratuits…
Voilà en tout cas à quoi ressemble le jeu de dupe dans cette vidéo de la BBC:

Traduction:
Certaines plantes par contre, ne donne aucune récompense à leurs pollinisateurs. Dans les parties les plus chaudes d’Europe vit un groupe entier de plantes qui embobinent leurs pollinisateurs en leur faisant croire qu’ils vont gouter à une récompense sensationnelle: une récompense sexuelle. Il s’agit de petites orchidées, et leurs fleurs reproduisent très fidèlement le signal qui permet au mâle abeille ou guêpe de reconnaitre une femelle de sa propre espèce. Plusieurs ont des tâches bleues. Une autre est bordé de ce qui ressemble à de la fourrure. Des ailes de guêpes, sous un éclairage particulier, brille d’un reflet bleu et son abdomen est recouvert d’une épaisse fourrure brune. Une femelle guêpe émet également un parfum qui l’identifie. Mais l’orchidée fait de même, et le résultat est irrésistible. Alors que le mâle avance en essayant de copuler, il bute contre les étamines qui vont se coller à sa tête, telles des cornes jaunes. Il semble avoir bien compris que quelque chose lui est arrivé, mais il ne peut rien y faire et il vole au loin pour tenter sa chance ailleurs. C’est d’ailleurs ce dont l’orchidée a besoin puisque cette fois-ci, il dépose le pollen sur une autre fausse-femelle. Les poils sur la plupart de ces orchidées sont orientées vers le bas, comme si la femelle est posée avec sa tête orientée vers le haut. Mais d’autres imitent la femelle en l’orientant avec la tête en bas. Le mâle doit atterrir dans ce sens là s’il veut copuler. Il aura alors le pollen accroché à son arrière-train. Celui-ci aussi semble conscience qu’il a obtenu autre chose que ce qu’il désirait. L’imitation de l’orchidée est si convaincante et enivrante que des fleurs peuvent attirer une entière mêlée de mâles en ruts! Certains, voulant copuler avec l’orchidée, vont en fait délivrer leur pollen. D’autres mâles, qui se trouvent sans fleur disponible, essaient de s’accoupler avec d’autres mâles…

On y apprend que la stratégie est si efficace qu’il n’est pas rare de voir un groupe de fleurs envahi par une horde de mâles en manque de sexe, qui, s’ils n’arrivent pas à accéder à la source de l’entêtant parfum, n’hésitent pas à calmer leurs pulsions en tentant de copuler avec leurs petits camarades. Une vraie débauche!
On s’attend dans cette histoire à ce que l’orchidée développe un parfum de phéromone le plus similaire possible à celui émis par les femelles. Encore une fois, des chercheurs ont malmené nos idées reçues. En effet, un groupe de biologistes qui voulaient étudier la question s’est rendu compte que dans le cas de l’orchidée Ophrys exaltata, les phéromones émises par la fleur ne ressemblaient pas totalement à celles émises par la femelle de l’abeille Colletes cunicularius. Il y a les mêmes ingrédients du cocktail, trois phéromones aux noms barbares: (Z)-7-heneicosene (Z)-7-tricosene and (Z)-7-pentacosene. Mais par contre les proportions sont drastiquement différentes. Et en parfum, les proportions, c’est crucial! Pourquoi l’orchidée se parfume-t-elle d’un cocktail si imparfait? Et bien tout simplement parce que son cocktail de phéromones est plus efficace que celui des femelles. Oui, oui: chez cette abeille, l’orchidée est plus irrésistible que la femelle! Quelle blagueuse l’évolution!
Pour mieux comprendre il faut savoir que chez la plupart des abeilles, les mâles ont tendance à vouloir s’éloigner le plus possible de sa colonie d’origine, afin d’éviter la consanguinité. Du coup, ils sont souvent plus sensibles à un parfum légèrement différent que celui qu’émet ses sœurs. Avec le parfum de l’orchidée, il se confronte à une sensation totalement étrangère : c’est l’appel de la nouveauté, de l’exotisme! Du coup la pression de sélection sur l’orchidée n’est pas d’obtenir des phéromones les plus semblables aux femelles qu’elles tentent d’imiter, mais bien de réaliser des formules inédites! C’est la course à l’originalité…

Ce qui est original en tout cas, c’est que par désir amoureux, ces mâles puissent dorloter des végétaux. L’amour rend bel et bien aveugle…

Mais toutes ces informations que je vous procure ne concerne-t-elle pas uniquement des bestioles de quelques cm au mieux? En quoi cela pourrait-il avoir un quelconque intérêt pour nous, humains? Tu te demandes si, nous humains, avons des phéromones? Et bien je peux te répondre car, oui, j’ai explication!

Si tu veux, mon gaillard, lâcher tes phéromones
Afin de t’attirer les faveurs de Simone
Il parait que tes poils garnissant tes aisselles

Et qui fleurent moins bon que l’haleine de Marcel
Seraient totalement imbibés de substances
Qui démultiplieraient ainsi ton attirance…
Seulement il y a un problème essentiel!
Pour décoder l’odeur, il faut le matériel!
Un organe précis, le voméro-nasal
Confère au rat, au chien ce pouvoir primordial

Mais chez nous, les humains il parait vestigial
Les phéromones humaines sont un mythe proverbial
Pour conquérir un cœur, tu vas devoir séduire
Oublie donc tes pratiques qui la poussent à s’enfuir
Et célèbre plutôt la nature bienveillante
Qui t’ôte le besoin, de renifler ses fientes

Liens:

Référence:

  • Daiqin Li, J. Oh, S. Kralj-Fišer and M. Kuntner, 2012. Remote copulation: male adaptation to female cannibalism. Biology Letters, 01 Feb 2012
  • Hillers, A., Loua, N. S., & Rödel, M. O. (2008). A preliminary assessment of the amphibians of the Fouta Djallon, Guinea, West Africa. Salamandra, 44(2), 113-122.
  • Niehuis et al. (2013). Behavioural and genetic analyses of Nasonia shed light on the evolution of sex pheromones. Nature 494 345-348.
  • Vereecken NJ, Schiestl FP: The evolution of imperfect floral mimicry. Proceedings of the National Academy of Sciences 2008, 105(21):7484-7488.
  • Trotier D: Vomeronasal organ and human pheromones. European Annals of Otorhinolaryngology, Head and Neck Diseases 2011, 128(4):184-190.

L’ocytocine, nouveau soma?

Mini-dossier publié dans le cadre de la soirée radio-dessinée “L’Amour est dans la Pipette“, enregistrée en public à Paris, à l’Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes avec le collectif Strip Science le 23 mars 2013

Sur cette thématique, il était impossible de ne pas parler de l’hormone de l’amour, j’ai nommé l’ocytocine (ou oxytocine)

Alors qu’est ce que cette hormone ? Et bien, physiologiquement, elle est fabriquée par l’hypothalamus et sécrétée par l’hypophyse, et c’est plus précisemment une neurohormone, c’est-à-dire un messager chimique produit par un neurone et qui agit comme une hormone.

Mais ce qui nous intéresse ici, ce sont surtout les effets de l’ocytocine :

Elle est entre autres secrétée lors de l’accouchement, où elle aide au déclechement des contractions de l’utérus et à l’éjection du placenta… De même, elle joue un rôle lors de l’allaitement et contribuerait à renforcer le lien entre la mère et l’enfant. 

Mais tout cela est, je pense, assez loin de ce que vous entendiez lorsque je vous parlais d’hormone de l’amour… Venons-en donc aux faits et découvrons ensemble pourquoi elle suscite tant d’enthousiasme dans certaines communautés.

Déjà, sa production est déclenchée par l’activité sexuelle (ainsi que par beaucoup d’autres choses d’ailleurs, comme le massage, la danse et même la prière). Par ailleurs, elle jouerait un rôle de désinhibiteur et favoriserait les comportements altruistes et l’empathie.

Cela a été montré par un nombre important d’expériences autour de la générosité, comme donner une somme d’argent à un groupe de volontaires puis les laisser choisir le montant qu’il souhaitaient céder à un partenaire. Celui-ci reçoit alors une somme multiple du don de son camarade et peut ensuite choisir ou non d’en restituer une partie sur les mêmes modalités à son bienfaiteur (le jeu n’est pas réitéré). Les volontaires ayant consommé de l’ocytocine se montraient alors davantage généreux que ceux ayant pris un placebo.

Il y en a eu pas mal d’autres que je n’aurai pas le temps de détailler ici. Elles ont entre autre montré que cette neurohormone favoriserait aussi la fidélité et le neuroéconomiste Paul Zak en fait même la molécule de la morale dans un TED talk :

 Certaines études montrant que la quantité d’ocytocine est moindre chez les autistes et certaines personnes souffrant de pathologies psychologiques, ses partisans suggèrent qu’elle pourrait donc être utilisée pour le traitement de ces pathologies (autisme) et la prévention des tentatives de suicide.

Si jamais on ajoute qu’elle favoriserait l’orgasme (source ici paraît il mais je n’ai pas acces a l’article 🙁 http://europepmc.org/abstract/MED/14563102 ) et qu’il est possible de la synthétiser et donc de consommer de l’ocytocine, on se retrouve à ce stade face à quelque chose qui ressemble beaucoup au Soma du Meilleur des Mondes. Le soma étant la drogue utilisée pour maintenir la cohésion sociale dans la contre-utopie d’Aldous Huxley.

Et puisqu’on aborde la question de la prise ou des traitements par ocytocine, signalons qu’elle peut etre consommée de deux manières :

On en donne parfois par injection aux femmes pour faciliter l’accouchement et l’éjection du placenta. Mais la prise d’ocytocine par injection ne permet pas d’obtenir des effets psychologiques à cause de ce que l’on appelle la barrière hémato-encéphalique qui empêche le sang et le système nerveux de communiquer trop étroitement… En effet, les capillaires de notre cerveau sont quelque peu exotique car les cellules endothéliales qui composent la paroi interne des vaisseaux sanguins y sont légèrement différentes et plus serrées qu’ailleurs. Elles agissent ici comme un filtre ne permettant pas, entre autres, le passage de l’ocytocine…

Dans le cadre d’expériences sur ses effets psychologiques, elle est donc consommée sous forme de spray nasal.

Mais maintenant que je vous ai bien vendu ce produit, il est temps de très fortement relativiser tout ça :

D’abord, les effets psychologiques de l’ocytocine varient fortement d’un individu à l’autre. Elle servirait de désinhibiteur uniquement pour les personnes les plus timides par exemple.

Par ailleurs, l’ocytocine est dégradée dans le sang en à peine 3 minutes et ses effets ne dépassent pas les 90 minutes dans une vision même maximaliste… On est donc très loin du soma et l’on peut fortement douter de l’utilité pratique de la chose en termes de prévention des tentatives de suicide. Néanmoins, on peut éventuellement imaginer des saunas d’ocytocine où il serait possible d’en inhaler de manière continue.

À ce stade, vous vous demandez sans doute aussi quel est l’intérêt évolutif de cette molécule… N’est-il pas contre-productif de produire une hormone qui nous rend davantage généreux ? 

Cette objection est quelque peu résolue par les conditions de déclenchement de la production d’ocytocine : l’activité sexuelle et l’allaitement sont des situations où la propagation de nos gènes passe par une certaine générosité vis-à-vis des personnes environnantes. Mais un second point permet peut-être de régler définitivement cette question : certaines études montrent que si l’ocytocine renforce dans une certaine mesure la générosité au sein du groupe de personnes connues, elle augmenterait similairement l’agressivité envers les individus extérieurs au groupe. On se retrouve alors avec de l’ocytocine favorisant la cohésion de groupe et la communication dans une logique tout à fait compatible avec la sélection de groupe et non avec une hormone miracle de l’amour et de la morale.

Mais… Désinhibition… Augmentation de la générosité et de l’agressivité… Pour faire le lien avec l’édition précédente de notre live en public à l’Espace Pierre-Gilles de Gennes (les sciences de l’apéro): les effets de l’ocytocine ne se rapprocheraient-ils pas un peu au final de ceux de quelques verres de vin ?

La chimie de l’amour

Mini-dossier publié dans le cadre de la soirée radio-dessinée “L’Amour est dans la Pipette“, enregistrée en public à Paris, à l’Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes avec le collectif Strip Science le 23 mars 2013

L’amour… Le sujet interroge depuis toujours les poètes, les peintres, les écrivains, cinéastes, chansonniers, les artistes en général… Et la science, qu’en dit-elle? Le phénomène va-t-il perdre de sa magie si on l’examine avec sérieux et rigueur? Pas dit… Comment prendre l’amour à la légère… Après tout, si nous sommes réunis ce soir, c’est que nous sommes le fruit d’une lignée ininterrompue de femelles et de mâles qui ont partagé leurs gamètes en s’aimant très très fort d’une manière très spéciale. Il faut un puissant moteur pour garantir le renouvellement des générations et la pérennité de l’espèce. On s’aime très fort, on aime très fort nos enfants, qui à leur tour trouveront le grand amour, s’aimeront très très fort d’une manière très spéciale et aimeront leurs enfants… Et chez l’humain moderne, c’est encore un peu plus compliqué, on est capable d’aimer sans qu’il soit forcément question de reproduction…

Ah les affaires de cœur…

De cœur? Pas exactement… C’est plutôt dans le cerveau que ça se passe. Eh oui, l’amour est un drogue! Observez  à l’IRMf le cerveau de quelqu’un d’amoureux, on dirait le cerveau de quelqu’un sous cocaïne!

Les manifestations cérébrales de l'amour passion (Image Scientific American)
L’amour-passion à la moulinette de la neuroimagerie, selon une étude de Stephanie Ortigue de l’Université de Syracuse

Lorsque l’on éprouve l’amour-passion, l’aire tegmentale ventrale du sujet (un élément essentiel du circuit de la récompense) s’emballe et lâche des salves de dopamine et de noradrénaline, activant non seulement le plaisir et le désir mais anéantissant à la même occasion tout sentiment de tristesse, ce qui aide à se mettre dans l’ambiance.

Le sang se charge de cortisol, l’une des hormones du stress, permettant au sujet d’être parfaitement à son affaire, de ne penser à rien d’autre, et d’oublier ses éventuelles douleurs.

Le noyau accumbens lâche sa sauce – si j’ose dire – en rafale… L’ocytocine – l’hormone de l’attachement, de la fidélité, de l’engagement, dont Mathieu nous avait un peu parlé aux tous débuts de Podcast Science et dont David va nous parler dans un instant – l’ocytocine, donc, va non seulement favoriser l’attachement et la confiance mais également réduire la peur.

Simultanément, le noyau paraventriculaire de l’hypothalamus balance de la vasopressine, une hormone proche de l’ocytocine mais aux effets très différents. Elle va agir sur l’attraction, l’excitation sexuelle et réduire l’anxiété.

campagnols amoureuxD’ailleurs, c’est marrant… Lorsqu’on gave des d’ocytocine et de vasopressine des campagnols des prairies encore célibataires (ces petites bêtes sont réputées pour leur monogamie),  ils dénichent presque instantanément leur campagnol(e) pour la vie!

Revenons à nos cerveaux humains amoureux, et à leur cocktail chimique… On a pu montrer qu’ils ont un très bas niveau de sérotonine, comme chez les personnes souffrant de troubles obsessionnels compulsifs (les fameux TOC qui obligent leurs victimes à se laver les mains 14 fois de suite ou à vérifier 18 fois qu’elles ont bien fermé la porte à clé). Cette quasi absence de sérotonine favorise les comportements hardis et les pensées obsessionnelles… Quand on est vraiment amoureux, cela occupe toutes nos pensées…

Le processus met moins d’un cinquième de seconde à se mettre en place, et contrairement à une idée largement répandue, cette chimie de l’amour peut durer des dizaines années (bon, cette affirmation est basée sur une étude qui s’est intéressée de manière très approfondie à une dizaine de relations sur le long terme seulement. C’est peu. Impossible de savoir s’il s’agit d’un phénomène rare, mais au moins, on sait que pour ces dix-là, ce n’est pas impossible!)

Alors je ne sais pas vous, mais pour moi, le fait de savoir que ce cocktail neuro-chimique au dosage hyper-subtil se met à l’oeuvre en moins d’un cinquième de seconde quand on tombe amoureux, et peut nous faire voir le monde autrement pendant des dizaines d’années, le fait de savoir que cette orchestration parfaite de plusieurs zones de notre cerveau et de nombreux organes, accélère le rythme cardiaque, provoque cet intense picotement dans le bas-ventre, nous pousse à nous aimer très fort d’une manière très spéciale et peut-être à avoir plein d’enfants, n’enlève rien au phénomène de sa magie! Au contraire, je trouve cela encore plus beau et fascinant! Et bon, je pense que la science ne fait encore qu’effleurer la pointe de l’iceberg… On ne sait encore presque rien de l’amour…

Tant qu’à faire, poursuivons un peu notre exploration… Depuis le temps qu’on répète sur Podcast Science que la science n’est pas forcément barbante et rébarbative, mais qu’elle peut carrément être sexy, voici une occasion de le prouver.

Si on parlait un peu science de l’orgasme?

On considère parfois les journalistes scientifiques comme des spectateurs plutôt que des acteurs de la science. Grave erreur! Certaines personnes sont prêtes à tout pour faire avancer la science. L’auteure américaine Kayt Sukel n’a pas hésité un instant à faire progresser les connaissances dans le domaine afin d’avoir de la matière pour son nouveau livre “This is your Brain on Sex” à paraître ces prochains jours. Elle s’est portée volontaire pour avoir un orgasme dans un scanner. Si si! Je vous passe les détails de la procédure… Mais cela a donné lieu à cette magnifique vidéo de 5 minutes qui montre un véritable feu d’artifice. Pas moins de 80 zones s’activent, c’est fascinant à regarder, on ne peut que rester scotché!

Que se passe-t-il au juste?

On peut découper l’orgasme en 4 phases : l’excitation, le plateau, l’orgasme et la résolution.

Petite explication au cas où il ne vous serait jamais venu à l’esprit de théoriser la chose…

L’excitation est la phase de montée du plaisir suite à des stimuli sexuels. Le cerveau stimule l’afflux de sang vers les organes génitaux, la pression sanguine augmente, les battements cardiaques s’accélèrent, la respiration aussi. Chez les deux sexes, les tétons durcissent la plupart du temps (particulièrement en cas de stimulation directe), selon les individus, la couleur de la la peau peut changer dans certaines zones, les muscles se tonifient. Chez les hommes, le pénis se met au garde-à-vous, partiellement ou totalement, dès les premières secondes de stimulation érotique. Chez les femmes, la réponse prend en général plus longtemps, de quelques minutes à quelques heures. Le clitoris, les petites lèvres et le vagin gonflent, l’utérus grandit et les parois vaginales commencent à se lubrifier.

Pendant la phase de plateau, la plus longue, caractérisée par un niveau d’excitation à peu près constant, un rythme cardiaque et une respiration toujours rapides, la sensibilité des organes génitaux est exacerbée, le système nerveux est presque complètement mobilisé chez les deux sexes, et envoie des signaux de plaisir au cerveau, plus particulièrement au circuit de la récompense, signaux si nombreux qu’ils finiront par produire l’orgasme.

Puis, c’est l’orgasme. Le cœur bat encore plus vite! Chez le Monsieur, elle se caractérise par la contraction du sphincter anal, de la prostate, des muscles à la base du pénis (qui avaient déjà connu des spasmes lors de la phase précédente) se contractent carrément et plouf – si j’ose dire -, c’est l’éjaculation, et une occasion de créer une descendance. La phase, chez l’homme, implique 3 à 10 secondes de plaisir intense. Chez la Madame, on assiste à une contraction de l’utérus, du vagin, des muscles pelviques et de l’anus. L’orgasme à proprement parler dure une vingtaine de secondes, et il peut y en avoir plusieurs.

La phase de résolution, enfin, permet aux muscles de se détendre, à la pression artérielle de revenir à la normale et au corps tout entier de se remettre de son état d’excitation. Pour la plupart des hommes, mais pas tous, cette phase est synonyme de période dite réfractaire… En gros, pour 3 secondes d’intense plaisir, l’appareillage est HS pour plusieurs minutes voire plusieurs heures. Ce phénomène se produit chez certaines femmes aussi, mais c’est moins systématique que chez les hommes.

Mais revenons un peu sur l’orgasme à proprement parler et intéressons-nous au chef d’orchestre de ce magnifique ballet chimique et des émotions qui l’accompagnent, le cerveau… Il s’en donne à cœur joie à grands coups de dopamine –  histoire qu’on en redemande – et d’ocytocine.  Un truc rigolo qu’on peut voir au PETscan (ou TEP pour tomographie par émission de positons), c’est que, aussi bien chez l’homme que chez la femme, le cortex orbitofrontal latéral se met en standby, inhibant toute velléité d’auto-évaluation, de raisonnement ou de contrôle… La bête prend littéralement le dessus! Plus aucune peur ou angoisse ne vient nous barrer le chemin. L’amygdale et l’hippocampe se détendent aussi, agissant sur les émotions. Avec des conséquences différentes pour le monsieur et la madame. Réduction de l’agressivité chez le premier, induction d’un état de transe chez la seconde.

Alors, c’est pas beau, la chimie de l’amour? Bon, je vous l’accorde, j’aurais pu faire plus poétique… Même si les nouveaux moyens d’observation du cerveau nous racontent une belle histoire, ce n’est pas encore du Verlaine… Alors pour finir sur une touche un peu plus geeko-poétique, voici une petite quote d’un auteur anonyme, glânée sur l’Internet mondial:

L’amour, c’est comme la chimie… Il faut deux corps pour avoir une réaction!

Sources et références

Contrairement aux femmes, les hommes pensent au sexe toutes les 7 secondes, info ou intox?

Mini-dossier publié dans le cadre de la soirée radio-dessinée “L’Amour est dans la Pipette“, enregistrée en public à Paris, à l’Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes avec le collectif Strip Science le 23 mars 2013

Intox bien sûr!

Par contre, il est vrai les hommes y pensent plus souvent que les femmes…

Selon un mythe dont je n’ai malheureusement pas réussi à retrouver la source, mais qui est tenace sur l’Internet et les talkshows nocturnes américains,  les mâles Homo Sapiens seraient complètement obsédés par le sexe et envahis d’une pensée coupable toutes les 7 secondes en moyenne pendant les quelque 16 heures par jour de leur temps de veille. Rapide calcul: 16 heures x 60 minutes x 60 secondes. 57’600 secondes. 57’600 ÷ 7 (car ce n’est pas  à chaque seconde, hein, seulement une sur 7) = 8’228 pensées par jour!!

Bon, le mythe a des variantes… Selon les sources, ça peut aussi être une fois toutes les 15 secondes ou toutes les 3 minutes. Dans toutes les variantes, un semblant de statistique donne une allure scientifique à l’histoire, comme d’hab… Il faut parer l’histoire d’un minimum d’atours d’autorité si on veut que ça passe. Mais bon, pas besoin de passer dans un scanner: n’importe quel mec pourra vous affirmer, sans bluffer, que ce n’est juste pas possible.

Ce genre de mythe est bien ancré dans les cultures populaires. Si les ventes sont un peu retombées aujourd’hui, le livre  What Every Man Thinks About Apart From Sex (à quoi pensent les hommes quand ils ne pensent pas au sexe?) publié lors de la Saint Valentin 2011 a connu un joli succès de librairie: il était classé 744e dans les meilleures ventes d’Amazon au faite de son succès en 2011). Le livre consiste en tout et pour tout en 200 pages blanches. Je vous laisse méditer sur le sujet…

Kinsey (image Wikipédia)Selon la FAQ de l’Institut Kinsey (un institut de recherche spécialisé dans les questions de sexe, de genre, et de reproduction), 54% des hommes pensent au sexe chaque jour ou plusieurs fois par jour, 43% quelques fois par mois ou par semaine et 4% moins d’une fois par mois. Ce qui semble tout de suite plus réaliste, pas vrai Messieurs? Ces chiffres se basent sur une étude de 1948, l’une des plus complètes du genre, qui fait encore autorité aujourd’hui à bien des égards.

Compteur manuel (source: Wikipédia)Mais ce n’est pas la dernière en date. Début 2012, une autre étude a fait pas mal de bruit. Conduite par la psychologue Terri Fischer, de l’Université d’Etat de l’Ohio et publiée dans le Journal of Sex Research, cette recherche porte sur 283 étudiants (163 femmes et 120 hommes) à qui on a demandé, pour une grosse moitié d’entre eux (60%),  de compter toutes leurs pensées portant sur le sexe, et à une petite moitié (40%), de compter leur pensées relatives à la bouffe ou au sommeil (des besoins primaires, quoi…),  à l’aide d’un petit compteur manuel.

Les résultats de cette étude indiquent que les hommes disent effectivement penser au sexe davantage que les femmes, mais les scores respectifs ne rivalisent en rien avec le chiffre de plus de 8’000 pensées par jour annoncé il y a un instant… On parle de… 18 pensées par jour pour les hommes vs 10 seulement pour les femmes… Avec un record à 388 pensées en une journée pour un Monsieur particulièrement excité.

Ce qui est intéressant, c’est qu’on trouve le même genre de ratio pour les autres besoins primaires, manger et dormir. Les hommes disent y penser plus que les femmes.

Les chercheurs ont deux hypothèses pour expliquer le phénomène: soit les hommes sont plus conscients de leur état physique à tout instant, ou alors, ils sont plus à l’aise pour cliquer sur le bouton du compteur pour consigner leurs pensées relatives aux besoins du corps.

En résumé, donc, les hommes pensent plus au sexe que les femmes, mais ils pensent aussi davantage à manger et dormir. Et ils y pensent 457 fois moins souvent que la légende ne le prétend… un peu plus d’une fois par heure au lieu d’une fois toutes les 7 secondes…

Ceci dit, l’étude ne dit pas si ces pensées durent 1 seconde ou une demi-heure 😉

Sources:

La contraception orale masculine

Mini-dossier publié dans le cadre de la soirée radio-dessinée “L’Amour est dans la Pipette“, enregistrée en public à Paris, à l’Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes avec le collectif Strip Science le 23 mars 2013

Lorsque nous avons annoncé la présente soirée sur Facebook en teasant, entre autres, sur le viagra féminin, Chloé, une facebookonaute, nous a demandé avec un petit smiley ironique pourquoi nous ne parlions pas de contraception masculine. Excellente question! Qui m’a donné bien envie de relever le challenge…

On a énormément entendu parler de contraception orale masculine en 2006, lorsque tous les journaux titraient “Bientôt un contraceptif masculin!“,  en citant notamment les travaux de Peter Liu  de l’Université de Sydney, en Australie. Et depuis, plus rien, jusqu’à l’été 2012. Mêmes titres… On cite cette fois les travaux de James Bradner, oncologue à Boston. Ses recherches se veulent rassurantes pour les mâles soucieux de leur virilité. Tous les sujets traités avec la nouvelle molécule JQ1 – capable d’inhiber la production de spermatozoïdes sans pour autant perturber la production d’hormones mâles – ont retrouvé une fertilité intacte  après l’arrêt de leur traitement.

Bon, les sujets étaient des souris… Il faudra encore quelques années avant que la molécule soit en vente dans les pharmacies. Vous vous demandez sans doute pourquoi c’est un oncologue (c’est-à-dire un cancérologue) qui a publié cette étude? Eh bien parce que la molécule, au départ, a été mise au point pour traiter un cancer de l’épiderme. Et il se trouve qu’elle est finalement plus efficace pour ses vertus contraceptives. Tout comme le viagra avait été mis au point au départ pour traiter les angines de poitrine… C’est ce qu’on appelle des découvertes par sérendipité: c’est très courant dans le domaine pharmaceutique, on se souvient notamment de la chlorpromazine, issue de la recherche en anti-histaminiques, écartée car trop sédative et dont on a failli passer à côté des effets antipsychotiques! Idem pour le botox, au départ, un poison 40’000’000 de fois plus toxiques que le cyanure!  Ou encore la bupropione, commercialisée sous la marque Zyban. Cet anti-dépresseur s’est finalement révélé beaucoup plus efficace pour aider les gens à arrêter de fumer…

Mais je m’égare… Nous parlions contraception orale masculine. Son usage généralisé serait super intéressant dans la mesure où la responsabilité de la contraception ne reposerait plus que sur les femmes. À ce stade de la recherche, il y a encore du boulot… De fait, elle repose toujours sur les femmes et éventuellement sur quelques souris. À croire que les hommes ne sont pas du tout pressés. Je parierais que les hommes sont, au fond, morts de trouille…

Que voulez-vous, on y tient à nos petites gamètes! Et bon, je crois surtout que c’est une question d’enjeux personnels et de risques… La nature est injuste, Mesdames. Mais c’est vrai qu’en cas d’oubli, ce ne sont pas les hommes qui vont se taper 9 mois de grossesse et de nausées…

Ceci dit, la recherche continue:

  • Les bloqueurs de canaux calciques (qui empêchent le calcium d’entrer dans les cellules) peuvent provoquer une infertilité réversible en agissant sur les lipides des spermatozoïdes, les rendant incapables de fertiliser l’oeuf. Aujourd’hui, cette technique fonctionne parfaitement pour… Les souris!
  • Sinon, un composite qui interfère avec les circuits de la vitamine A a pu rendre des mâles stériles sans affecter leur libido. Là aussi, le mécanisme semble parfaitement réversible. Les mâles libérés du traitement retrouvent leur fertilité après quelques temps… Mâles… Souris, l’ai-je précisé?
  • L’adjudine et la gamendazole semblent être des molécules prometteuses pour bloquer la production de spermatozoïdes de manière réversible… Chez… Les rats!
  • Sinon, la phénoxybenzamine, une molécule utilisée pour lutter contre l’hypertension,  est également une candidate intéressante, en cela qu’elle bloque l’éjaculation, ce qui est assez efficace en termes de contraception. Là aussi, l’effet est réversible par simple arrêt du traitement.
  • Mieux, la silodosine,  une molécule utilisée dans le traitement de l’hypertrophie bénigne de la prostate bloque complètement l’éjaculation sans ôter la sensation d’orgasme. Et on ne parle pas de rats, pour une fois, mais de bonshommes bien humains. Ceci dit, ils ont plutôt l’air de considérer ça comme un problème…
  • D’autres méthodes, enfin, comme l’utilisation de certains anabolisants, réduisent le nombre de spermatozoïdes, mais en général pas sans effets secondaires

Bref, tout ça pour dire que ça bouge bien dans le domaine… Bon, ce n’est pas parce qu’une méthode marche bien sur des souris qu’elle marche forcément bien sur les humains… C’est le cas de la miglustate par exemple, un médicament qui sert à traiter des maladies rares, et qui a un effet contraceptif sur certaines souris mâles. On s’est rendu compte  qu’il n’a aucun effet sur d’autres mammifères et les recherches ont dû être abandonnées…

Ceci étant dit, la principale barrière dans l’adoption de ces nouveaux principes actifs va très certainement résider dans les mentalités… Pour que les hommes adoptent la pilule masculine, il faudra qu’ils soient totalement rassurés quant à leur virilité, ce qui demandera sans doute pas mal de travail d’éducation…

Affaire à suivre!

Sources

 

Podcast science 124 – L’origine du succès de certaines civilisations

Pourquoi est-ce que ce sont les Européens qui ont envahi les Américains et pas le contraire? Certains voudraient croire que c’est parce que nous sommes plus malins… Jared DiamondQuid de la science dans tout cela? Quelle théorie échafauder à partir des données disponibles sans trop de biais ni de préjugés? C’est ce que va explorer pour nous notre invitée Laure. Nous sommes le jeudi 28 mars et c’est l’épisode 124. Bienvenue sur Podcast Science!

Le dossier de la semaine

Laure: L’origine du succès de certaines civilisations, selon Jared Diamond

 

Les dessins de Nicotupe

Le son de la semaine

Les robots de la maison d’ailleurs

» Plus d’infos sur le page du son, merci @voyagecast

La quote de la semaine

What do I think of Western civilization? I think it would be a very good idea.
Mahatma Gandhi

Plugs & Annonces

  • Prochain évévement radio-dessiné le 15 juin 2013 à Lyon. Notez-bien la date! Détails suivront 🙂

 

Prochaine émission

Pas de live jeudi prochain mais la diffusion de notre épisode Pipette à la place 🙂

Prochain live le jeudi 11 avril 2013, avec Nicolas Gisin pour parler de téléportation quantique

A bientôt, bonne semaine!

La chatroom

Status #podcastscienceX

(no topic set)

[20:29] == podcastscience [webchat@85.218.109.18] has joined #podcastscience

[20:30] <alanvonlanthen> le pays du faux mage?

[20:31] <Robin____> Le “pays du faux mage” blague présente dans le dernier SVJ

[20:31] == ElJj [webchat@APuteaux-651-1-184-73.w92-154.abo.wanadoo.fr] has joined #podcastscience

[20:31] <Jorj_McKie> La holande au 20H

[20:32] == Xilrian [webchat@79.140.208.62] has quit [Ping timeout]

[20:33] <Jorj_McKie> T’as bu ?

[20:34] <Jorj_McKie> Yes

[20:34] == juju__ [webchat@85-218-39-187.dclient.lsne.ch] has joined #podcastscience

[20:34] == MrNause [webchat@ANantes-257-1-45-44.w90-25.abo.wanadoo.fr] has joined #podcastscience

[20:34] <MrNause> oui on vous entend alpha tango

[20:35] == ElJj_ [webchat@APuteaux-651-1-184-73.w92-154.abo.wanadoo.fr] has joined #podcastscience

[20:35] == juju__ [webchat@85-218-39-187.dclient.lsne.ch] has left #podcastscience []

[20:35] <MrNause> c est saucissonné

[20:36] <Jorj_McKie> Un disque du plein, l’autre qui le vide et on me demande si j’ai bu

[20:36] <MrNause> alan t as des coupures

[20:36] == Jorj_McKie [webchat@AMontsouris-554-1-116-7.w92-128.abo.wanadoo.fr] has quit [Quit: Page closed]

[20:36] <ElJj_> Ca robnocope

[20:37] <MrNause> robots

[20:37] <MrNause> hola

[20:37] == MrNause [webchat@ANantes-257-1-45-44.w90-25.abo.wanadoo.fr] has quit [Quit: Page closed]

[20:37] <ElJj_> C’est mieux

[20:37] == Jorj_McKie [webchat@AMontsouris-554-1-116-7.w92-128.abo.wanadoo.fr] has joined #podcastscience

[20:37] == MrNause [webchat@ANantes-257-1-45-44.w90-25.abo.wanadoo.fr] has joined #podcastscience

[20:37] <Jorj_McKie> Quitter + redemarer votre lecteur

[20:38] <MrNause> il y a des saccades auditives

[20:38] == Bebert_ [webchat@ADijon-158-1-90-168.w92-130.abo.wanadoo.fr] has quit [Quit: Page closed]

[20:38] == Bebert_ [webchat@ADijon-158-1-90-168.w92-130.abo.wanadoo.fr] has joined #podcastscience

[20:39] <Jorj_McKie> C’est bon

[20:39] <ElJj_> Ya pas de soucis, là

[20:40] == ElJj [webchat@APuteaux-651-1-184-73.w92-154.abo.wanadoo.fr] has quit [Ping timeout]

[20:41] <MrNause> ho la la

[20:41] <MrNause> on a comme un mauvais contact redondant

[20:43] <alanvonlanthen> toujours, là?

[20:43] <MrNause> c est moins flagrant quand tu parles

[20:43] <XilrianPrime> Moi oui :p

[20:45] <MrNause> parce…q… un…pod…cast…comm…ça…c’e…pa…tr…au….dible….

[20:45] <alanvonlanthen> c’est comme ça chez tout le monde?

[20:45] <XilrianPrime> Les autres ?

[20:46] <Jorj_McKie> non ca fonctionne

[20:46] <alanvonlanthen> pfiouuu

[20:46] <Jorj_McKie> relancer le lnavigateur

[20:46] == MrNause [webchat@ANantes-257-1-45-44.w90-25.abo.wanadoo.fr] has quit [Quit: Page closed]

[20:47] <Jorj_McKie> ils ne dispose pas de maladies

[20:48] <Jorj_McKie> ils les importent

[20:48] == MrNause [webchat@ANantes-257-1-45-44.w90-25.abo.wanadoo.fr] has joined #podcastscience

[20:48] == ElJj_ [webchat@APuteaux-651-1-184-73.w92-154.abo.wanadoo.fr] has quit [Ping timeout]

[20:49] == daniet [webchat@anon-172-163.vpn.ipredator.se] has joined #podcastscience

[20:51] <Jorj_McKie> Il n’y a pratiquement plus une variété végétale que l’on consommés il y a 50 ans. C’est ça l’agriculture.

[20:51] == XilrianPrime [webchat@79.140.208.62] has quit [Ping timeout]

[20:52] <Jorj_McKie> Ouaf, Ouaf

[20:53] <Jorj_McKie> C’est valorisant pour un chiwawa de descendre du loup

[20:53] <MrNause> et le marsupilami il se place où dans l echelle de l évolution?

[20:54] <Jorj_McKie> Phiogénétiquement un hypo c’est une vache

[20:54] <alanvonlanthen> non, c’est une baleine 😉

[20:54] <alanvonlanthen> à pattes

[20:54] <Jorj_McKie> Le marsupilami, à la queue de l’évolution 🙂

[20:54] <alanvonlanthen> 😀

[20:55] == Xilrian [webchat@79.140.208.62] has joined #podcastscience

[20:55] <MrNause> l’hippopotame est l un des animaux les plus dangereux au monde devant les requins et les serpents

[20:57] <alanvonlanthen> à ma connaissance, e requin n’est pas dangereux pour l’homme, à part dans les films hollywoodiens et les représentations collectives

[20:57] == Bebert_ [webchat@ADijon-158-1-90-168.w92-130.abo.wanadoo.fr] has quit [Quit: Page closed]

[20:57] <Jorj_McKie> Serge sort de ce corp

[20:58] <MrNause> il faut pas être surfeur et simuler la tortue de mer ^^

[21:01] == Yannick [webchat@AStrasbourg-551-1-57-70.w83-194.abo.wanadoo.fr] has joined #podcastscience

[21:02] <MrNause> Donc ce qui diffère l homo sapiens d hier et d aujourd hui c est son experience, pas son intelligence, non ?

[21:02] <MrNause> Donc ce qui diffère l homo sapiens d hier et d aujourd hui c est son experience, pas son intelligence, non ?

[21:02] <alanvonlanthen> c’est une jolie formulation, oui 🙂

[21:03] <Jorj_McKie> Non c’est sa stabilisation géographique

[21:03] <Jorj_McKie> donc l’agriculture= maitrise de la nature

[21:04] <MrNause> donc la sédentarité ?

[21:05] <MrNause> et l expension démographique?

[21:05] <Jorj_McKie> Et quellles sont les théories alternatives ?

[21:07] <Jorj_McKie> J’avais posée la question à Laure, quid de la caravelle et de l’écriture Gutenberg.

[21:07] <Jorj_McKie> Lamakien

[21:08] <Jorj_McKie> Et l’histoire du chien

[21:10] <Jorj_McKie> Je suis absolument d’accord avec xill

[21:10] <MrNause> on a inventé la roue? c est pas une connerie ça?

[21:11] == nicktalop [webchat@147-250.203-62.cust.bluewin.ch] has joined #podcastscience

[21:11] <MrNause> il y a toujours eu des rondins pour manipuler des objets

[21:12] <Yannick> A propos de roue, je me demandais si elle a été inventée pour “rouler” au départ ou plutôt pour faire quelque chose d’autre, comme servir de poulie par exemple ?

[21:13] <Robin____> Mais si on parle de la roue avec un axe, il y a bien invention

[21:13] <Robin____> parce que les rondins, pour faire rouler une voiture, c’est pas hyper efficace

[21:14] <MrNause> je crois que l invention de la roue est une idée reçue car à part les véhicules moyennageux je vois pas l homme de néanderthal l utiliser

[21:14] <MrNause> par contre l homme l a toujours utilisée sans pour autant l avoir inventée

[21:14] <nicktalop> mais on reçoit toujours des bûches…

[21:14] <MrNause> elle a tjrs fait parti de son environnement

[21:14] <Jorj_McKie> Grosso modo si les europeens n’avait pas eu la caravelle et gutenberg…

[21:14] <MrNause> oui nicktalop c pour ça

[21:15] <MrNause> les gars sur l ile de paques

[21:15] <Jorj_McKie> H2G2 c’est sérieux…

[21:15] <MrNause> ils déplaçaient leurs statues grace a des cordes et des rondins

[21:15] <MrNause> c etait deja une forme de roues

[21:16] <Jorj_McKie> même sans rondn

[21:16] <MrNause> oui

[21:16] == ElJj [webchat@APuteaux-651-1-184-73.w92-154.abo.wanadoo.fr] has joined #podcastscience

[21:16] <Jorj_McKie> asimov

[21:16] <MrNause> c était pour l illustration

[21:17] <Jorj_McKie> la psychohistoire 🙂

[21:17] <MrNause> : )

[21:19] <Jorj_McKie> ho non pas sans Robin

[21:19] <nicktalop> cool, le cantique des quantiques!

[21:20] <MrNause> j ai le bouquin ^^

[21:20] <MrNause> magnifique

[21:20] <MrNause> bien vulgarisé

[21:22] <Jorj_McKie> Résonance c’est une connerie

[21:23] <MrNause> on attend toujours l upload du podcast du samedi 23 mars sur “l amour est dans la pipette”

[21:23] <MrNause> au passage

[21:24] <NicoTupe> on viens de dire que vous l’aurez la semaine prochaine

[21:24] <ElJj> Il sera uploadé la semaine prochaine

[21:24] <Jorj_McKie> la jambe droite

[21:24] <Yannick> Et cela ne peut pas venir du fait que notre n’est pas totalement symétrique et que du coup, les yeux fermés on ne peut pas corriger le probleme d’équilibre ?

[21:25] <MrNause> j avais pas lu désolé 🙁

[21:25] <Yannick> Notre corps

[21:25] == nicktalop [webchat@147-250.203-62.cust.bluewin.ch] has quit [Quit: Page closed]

[21:25] <Jorj_McKie> Contrairement à ce que l’on croit, nous ne somme pas vraiment symétrique

[21:26] <Yannick> @Jorj : oui justement

[21:30] <Jorj_McKie> @ Yannick, on peut contrôler l’équilibre, pas la direction.

[21:34] <MrNause> un grillon mecha de fukushima qui chante

[21:35] <Jorj_McKie> La bierre n’est pas bonne ?

[21:36] <MrNause> j étais pas loin

[21:36] <MrNause> XD

[21:36] <MrNause> c est pas volontaire

[21:36] <ElJj> Aller en Irlande pour boire seulement du cidre, c’est pas malin

[21:37] <Jorj_McKie> Salaud

[21:37] <Yannick> @Jorj quand je parle d’équilibre dans ma phrase je ne veux pas parler de tomber ou tituber quand on a les yeux bandés, mais plutôt que notre moitié gauche et notre moitié droite n’ont pas la même masse et que donc on pourrait tirer un peu à droite ou à gauche une fois les yeux bandés ! Mais c’est juste une idée comme ça à l’improviste 😉

[21:38] <Jorj_McKie> ???

[21:38] <Jorj_McKie> Xill veut devenir un sein

[21:39] <Jorj_McKie> Un grand malade

[21:39] <MrNause> c’est anthropologique comme quizz?

[21:40] <Jorj_McKie> Chercheur restez en France

[21:40] <Yannick> En fonction où si tu as besoin d’une bourse aussi !

[21:41] <MrNause> il va falloir étudier les croisements d especes et de civilisation pour y répondre

[21:42] <MrNause> historiquement ça demande de la doc

[21:42] <Jorj_McKie> LaTex= préservatif dans le langage Geek. Le truc que l’on réverait d’utiliser.

[21:43] <alanvonlanthen> 😀

[21:43] <MrNause> parle pour toi ^^

[21:46] <MrNause> pas de vie sociale? fais des suduku.

[21:48] <Jorj_McKie> Oui mais xill va pouvoir tâter du sein.

[21:49] <Jorj_McKie> Et nous aussi on adore.

[21:52] <Jorj_McKie> Le son du podcast n’a jamais été aussi bon que se soir.

[21:52] <alanvonlanthen> héhé, petit coquin ce xil 😉

[21:52] <alanvonlanthen> sérieux Jorj, le son a été bon tout le long finalement?

[21:52] <alanvonlanthen> les miracles existent donc 😉

[21:53] <Yannick> @ jorj : très vrai 😉 . Je me demande à quoi ressemble le bureau d’Alan, ca doit être un beau b…. !

[21:53] <alanvonlanthen> indeed

[21:53] <Jorj_McKie> Oui bonne balance, pas de coupe etc..

[21:54] <alanvonlanthen> c’est la chambre de ma fille, en fait

[21:54] <alanvonlanthen> y’a des trucs de fille partout 😉

[21:55] <daniet> Bravo clap clap !

[21:56] <Jorj_McKie> Bravo Laure

[21:59] <Jorj_McKie> Incroyable prendre Todd ou Diamond pour des référence. Et que dire de Ted

[21:59] == Taupo [webchat@mar75-11-78-225-122-121.fbx.proxad.net] has joined #podcastscience

[22:00] <Jorj_McKie> Des TEDS

[22:00] <Taupo> J’arrive après la bataille

[22:01] <alanvonlanthen> indeed 😉

[22:01] == MrNause [webchat@ANantes-257-1-45-44.w90-25.abo.wanadoo.fr] has quit [Quit: Page closed]

[22:01] <Taupo> ça a pas l’air foireux déjà…

[22:01] <alanvonlanthen> bon, taupo, tu connais la conjecture de la saucisse?

[22:01] <Taupo> nope

[22:01] <Taupo> Mais niveau roue

[22:01] <alanvonlanthen> ah ouais 😉

[22:02] <Taupo> j’ai fait un article dessus déjà, niveau bio

[22:02] <ElJj> Parle des nombres de McNuggets !

[22:02] <Taupo> http://bit.ly/104bW2Y

[22:02] <Jorj_McKie> A quand un mathématicien qui va nous faire comprendre l’avantage des mathématique  pour illustrator et les courbe de Besier.

[22:02] == Taupo [webchat@mar75-11-78-225-122-121.fbx.proxad.net] has quit [Quit: Page closed]

[22:02] <ElJj> Ou du théorème de la pizza

[22:02] <Yannick> En bon strasbourgeois, je serai tres vigilant sur tout ce qui traite de la saucisse 😉

[22:02] <alanvonlanthen> 😀

[22:03] <Jorj_McKie> C’est de l’épidémiologie

[22:03] <ElJj> Ou du tri spaghetti

[22:03] <Yannick> Vous avez été très bien, tous !

[22:05] <Jorj_McKie> @eldj non les spaghetti ne sont pas  diffusable

[22:05] == daniet [webchat@anon-172-163.vpn.ipredator.se] has quit [Quit: Page closed]

[22:08] <Yannick> J’entends pas…

[22:08] <alanvonlanthen> ah? pourtant on diffuse toujours

[22:09] <ElJj> On entend, mais on écoute pas 😉

[22:09] <alanvonlanthen> 😀

[22:11] <Jorj_McKie> pourquoi faire simple quand on peu faire compliqué

[22:12] <Jorj_McKie> Bon je me casse lâchement avant d’avoir un sujet. Bisous Bisous.

[22:12] <alanvonlanthen> becs!

[22:13] <alanvonlanthen> à bientôt 🙂

[22:17] <Yannick> Vous avez deja fait quelque chose sur les systemes immunitaires ?

[22:17] <Jorj_McKie> Non c’est plus efficace quand c’est plus cher

[22:18] <Jorj_McKie> et Madona

[22:20] <ElJj> Le prochain 1er avril qui tombe un jeudi, c’est en 2021

[22:21] <ElJj> euh…

[22:22] <ElJj> Ya déjà trop de matheux sur PodcastScience

[22:22] <Jorj_McKie> Nonnnn Weber n’est pas un intelectuel

[22:22] <alanvonlanthen> c’est pas faux 😉

[22:22] <Yannick> La cryptographie serait tres intéressant 😉

[22:24] <ElJj> Je décline pour le moment

[22:24] <Jorj_McKie> Dans les oeufs au bacon la poule est impliqué, le cochon est engagé.

[22:27] <ElJj> Un dossier a déjà été fait sur le nombre d’or ?

[22:27] <NicoTupe> Non, c’est interdit

[22:28] <ElJj> Justement, il y a tellement d’idées reçues à casser

[22:28] <Jorj_McKie> Bon écouter le monde selon Klein c’est sur france ku et c’est formidable

[22:28] <Robin____> Je reviens sur cette page par hasard, et je ne suis pas loin d’etre aussi catégorique que Nico

[22:29] <Xilrian> Jorj_McKie: ouiiii 🙂

[22:29] <Xilrian> c’est génial

[22:29] <ElJj> Rassurez-vous, je suis d’accord avec vous sur le nb d’or !

[22:29] <Xilrian> c’est l’un des profs de mon master aussi :p

[22:29] <Robin____> il faut casser des idées reçues, mais le risque en les présentant, c’est de les diffuser

[22:29] <Jorj_McKie> procrastination quand tu nous tient

[22:29] <ElJj> La campagne de pub pour “le monde est mathématique” me déprime un peu…

[22:30] <Robin____> !!

[22:30] <Robin____> Et moi donc

[22:30] <Robin____> Quel slogan !

[22:30] <Robin____> J’ai l’impression qu’on est en train de saper le boulot qu’on tente de faire au quotidier

[22:30] <Robin____> avec des arguments genre “oui mais ça intéresse les gens”…

[22:30] <Robin____> Grrrrrr

[22:31] <ElJj> 🙂

[22:31] <Robin____> entre matheux, t'(occupe

[22:31] <Robin____> 😉

[22:31] <Yannick> Dernière idée de sujet : Les grands scientifiques suisses

[22:32] <Robin____> salut !

[22:32] <ElJj> Au revoir !

[22:32] == Jorj_McKie [webchat@AMontsouris-554-1-116-7.w92-128.abo.wanadoo.fr] has quit [Quit: Page closed]

[22:32] <Yannick> Ciao

[22:32] == Yannick [webchat@AStrasbourg-551-1-57-70.w83-194.abo.wanadoo.fr] has quit [Quit: Page closed]

[22:32] <Robin____> ah la vache, c’est violent quand on n’est que dans la chat room !

[22:32] <Robin____> pouf ils sont plus là !!

[22:33] <Robin____> Bon je retourne bosser

[22:33] <alanvonlanthen> @Robin, tu veux revenir sur skype?

[22:33] <ElJj> Bonne soirée !

[22:33] <alanvonlanthen> Ciao, bonne nuit!

[22:33] <Robin____> euh… Deux secondes, allez

[22:33] == ElJj [webchat@APuteaux-651-1-184-73.w92-154.abo.wanadoo.fr] has left #podcastscience []

[22:33] <alanvonlanthen> càd, tu reviens?

[22:34] <Robin____> ouaip

[22:34] == Robin____ [webchat@212-198-174-208.rev.numericable.fr] has quit [Quit: Page closed] [22:36] == NicoTupe [webchat@jem75-9-88-175-94-116.fbx.proxad.net] has quit [Ping timeout]

 

 

Pourquoi certains peuples s’en sortent mieux que d’autres ?

Dossier de Laure dans l’épisode #124.

Si l’on observe les sociétés humaines qui peuplent la planète à l’heure actuelle, on observe de grandes différences en termes de richesse et de développement humain : certaines sociétés sont complètement alphabétisées, d’autres moins, certaines utilisent des technologies de pointe, d’autres sont principalement agricoles, et quelques rares groupes humains subsistent de la chasse, de la cueillette et du troc.

Actuellement, les populations eurasiennes dominent le monde de leur richesse et de leur puissance. Les peuples anciennement colonisés se sont défaits de leur domination mais restent encore loin de cette richesse et de cette puissance.

Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi toutes les sociétés humaines n’ont pas évolué de la même manière et ne disposaient pas, à un instant T, des mêmes outils ou de la même organisation sociale ? Pourquoi certaines sociétés ont pu tirer leur épingle du jeu mieux que d’autres ? Est-ce le résultat de choix délibérés ou est-ce parce que certains sont mieux « dotés » que d’autres ?

Un exemple de collision civilisationnelle : la rencontre entre  Atahualpa et Pizarro

Pour entrer dans le vif du sujet, voici un épisode historique qui illustre la rencontre de deux sociétés ayant évolué séparément pendant des millénaires et le gouffre qui les sépare.

Atahualpa (Wikipédia)
Atahualpa (Wikipédia)

Francisco Pizarro (Wikipédia)
Francisco Pizarro (Wikipédia)

Cet épisode se déroule le 16 novembre 1532. Ce jour-là a lieu la rencontre entre l’empereur inca Atahualpa, monarque absolu de l’empire le plus vaste et le plus avancé du nouveau monde, et le conquistador espagnol Francisco Pizarro, représentant de Charles Quint, monarque du plus puissant Etat d’Europe.

Pizarro est à la tête de 168 soldats terrorisés et complètement isolés, à 1600 km des renforts les plus proches, sur une terre inconnue. Atahualpa est chez lui, à la tête d’un empire de plusieurs millions de sujets, entouré d’une armée de 80 000 soldats.

Malgré des troupes 500 fois plus nombreuses, quelques minutes à peine après la rencontre, l’empereur Atahualpa est fait prisonnier.

Plus incroyable encore, les Incas ne se rebellent pas et acceptent de se faire extorquer la plus forte rançon de l’histoire en échange de sa libération : on parle de 6 tonnes d’or et de 12 tonnes d’argent, qu’ils mettront 8 mois à rassembler.

Une fois la rançon empochée, Pizarro ne tient pas sa promesse de libération de l’empereur et il exécute Atahualpa– qui obtient pour ultime privilège de mourir étranglé plutôt que brûlé vif puisqu’il a accepté de se convertir au christianisme.

Cet événement est intéressant parce que les facteurs qui ont permis la capture d’Atahualpa sont fondamentalement les mêmes qui, à de nombreuses reprises, déterminèrent l’issue de collisions semblables entre colons et indigènes.

L’événement de la capture d’Atahualpa amène à se poser plusieurs questions :

Pourquoi est-ce que ce n’est pas Atahualpa qui est venu en Espagne capturer Charles Quint ?

L’intuition pousse immédiatement à penser à l’avantage technologique des Européens : la technologie maritime nécessaire pour atteindre le continent américain, des armes puissantes et la connaissance des récits des voyages de Christophe Colomb.

Pourquoi Atahualpa s’est-il laissé berner aussi facilement ?

Atahualpa était très mal renseigné sur les Espagnols, sur leur force militaire et leurs intentions. La connaissance de l’écriture était confiée à de très petites élites et il semble qu’Atahualpa n’ait pas été au courant de l’existence des Espagnols avant l’arrivée de Pizarro, alors même que Christophe Colomb avait débarqué 40 ans auparavant.

Atahualpa n’avait aucune expérience ni récit d’envahisseurs d’outre-mer là où Pizarro, bien qu’illettré lui-même, appartenait à une civilisation lettrée qui lui avait légué un immense héritage de connaissances sur l’histoire et les comportements humains.

A nos yeux, il paraît  assez naïf en pensant être libéré après le paiement d’une rançon. Mais si on se met quelques instants à sa place au moment de sa rencontre avec les étrangers, le scénario de la prise d’otages apparaît beaucoup plus vraisemblable que celui de la conquête permanente de tout un continent.

Il y a donc un gouffre entre Pizarro et Atahualpa du point de vue des informations à leur disposition, mais également un gouffre sur le plan de l’armement:

D’un côté on a des gourdins, des haches et des lance-pierres, de l’autre des épées en métal, des fusils et des chevaux.

Ce ne sont pas vraiment les fusils qui ont fait la différence puisque Pizarro en possédait à peine une douzaine, des arquebuses, difficiles à charger et à manipuler. Les fusils ont donc surtout servi à instaurer une terreur psychologique. La vraie différence joue plutôt sur les chevaux et les armes blanches tranchantes et les armures d’acier face aux armes des Indiens qui permettaient rarement de donner la mort. Les chevaux procurent un avantage considérable puisqu’ils permettent de se déplacer rapidement, en rattrapant éventuellement les sentinelles qui pourraient donner l’alerte, et d’avoir une position surélevée et protectrice pendant le combat.

La disparité technologique est si grande que les seuls indigènes qui ont réussi à résister à l’envahisseur sont ceux qui ont appris à se servir des fusils et à monter à cheval, comme les Sioux et les Indiens des Plaines.

Les épisodes similaires à la capture d’Atahualpa se suivent et se ressemblent dans les récits de bataille de Pizarro contre les Incas ou de Cortès contre les Aztèques : à chaque fois, il y a des milliers de morts côté indigènes, et aucun du côté des colons.

Cela dit, l’immense majorité des Indiens n’a pas péri par les armes mais par les maladies infectieuses apportées par les colons. L’épidémie de petite vérole a également eu un effet inattendu mais que Pizarro avait perçu en déclenchant une guerre de succession : le précédent empereur avait été terrassé et Atahualpa était aux prises avec une guerre civile qui laissait les Incas divisés et vulnérables.

On commence à mieux cerner les facteurs de supériorité des Espagnols : les technologies, les chevaux, l’écriture (apparue notamment chez les Zapotèques et les Mayas mais limitée à un système de comptabilité, le quipu, chez les Incas) et des germes très puissants.

Jared Diamond, professeur à l’université de Los Angeles, et auteur de l’ouvrage “De l’inégalité parmi les sociétés” qui lui a valu le prix Pulitzer à sa sortie en 1998, est allé plus loin dans cette analyse en s’interrogeant sur les facteurs ayant conduit à ce que certaines sociétés, comme la civilisation inca, soient mieux dotées en termes de technologie et de germes à transmettre.

Sur la ligne de départ

Pour répondre à ces questions, remettons les compteurs à zéro : vers 11 000 avant notre ère, c’est la fin du dernier âge glaciaire, tous les peuples du monde disposaient des mêmes outils et vivaient de la chasse et de la cueillette.

11 000 ans avant notre ère, l’humain est sorti d’Afrique, son berceau originel. Il est présent sur l’ensemble des continents, y compris en Amérique où il est arrivé à pied par le détroit de Béring.

Si l’on se replace sur cette ligne de départ imaginaire d’une course à la richesse et à la puissance, est-il possible de prédire le classement de l’avenir des participants ?

Assurément, le départ en tête n’est pas l’élément déterminant puisque l’Afrique, avec ses cinq millions d’années d’existence protohumaine, aurait dû partir avec un avantage considérable…

Pour Jared Diamond, la situation internationale actuelle est le résultat de processus entamés à cette période. Selon lui, les facteurs de succès sont avant tout les facteurs géographiques et biogéographiques qui conditionnent notamment l’apparition de l’agriculture dans une région donnée.

L’apparition de l’agriculture serait donc la clé du succès puisque la domestication des plantes et des animaux est synonyme d’accroissement des calories disponibles et des populations humaines. Et ce seraient les excédents alimentaires et la possibilité de transporter ces excédents qui auraient permis l’essor de sociétés sédentaires, politiquement centralisées, socialement stratifiées, économiquement complexes et technologiquement novatrices.

Une apparition de la production alimentaire déterminée par une dotation régionale inégale en plantes et en animaux domesticables

L’agriculture est née de la sélection des espèces de la biomasse disponible, dont l’immense majorité n’est pas comestible : à l’époque moderne, sur les dizaines de milliers d’espèces de plantes sauvages disponibles, une douzaine d’espèces seulement représente 80 % des espèces cultivées sur la planète (blé, riz,soja, banane…).

La domestication des plantes et des animaux

Mis à part quelques baies, comme les fraises des bois, les espèces sauvages sont radicalement différentes de leur version domestiquées.

Pour effectuer cette transformation, il a fallu faire évoluer ces plantes pour les rendre utiles à l’homme, en accentuant les caractéristiques recherchées (taille, goût, graines, fibres…) mais également maîtriser leur reproduction.

Mis à part les plantes qui se reproduisent de manière végétatives, comme les tubercules, l’immense majorité des plantes sont :

  • soit des hermaphrodites auto-incompatibles, c’est-à-dire incapables de s’autoféconder et qui doivent donc se mêler à d’autres hermaphrodites pour pouvoir se reproduire ;
  • soit des individus dioïques, c’est-à-dire strictement mono-sexués mâle ou femelle, qui se reproduisent avec des individus du sexe opposé et génétiquement différents d’eux.

l'intérieur peu appétissant d'une banane sauvage (Wikipédia)
L’intérieur peu appétissant d’une banane sauvage (Wikipédia)

Dans le premier cas, l’intervention de l’homme a consisté à sélectionner des variétés mutantes de plantes qui développaient des fruits sans même avoir été pollinisés (c’est le cas des bananes, du raisin et des oranges).

Dans le deuxième cas à sélectionner des hermaphrodites mutants ayant perdu leur auto-incompatibilité et donc capables de s’autoféconder, donnant par la même naissance à un nouvel individu strictement identique.

En ce qui concerne la domestication des animaux, on en voit tout-de-suite l’intérêt : ils peuvent servir à faire de la viande, du cuir, des produits laitiers, des œufs, mais également servir comme moyen de transport voire véhicule d’assaut militaire.

Il faut distinguer le simple domptage, comme pour l’éléphant capturé, de la domestication, qui implique un élevage et une sélection par l’être humain, qui contrôle son alimentation et sa reproduction.

Pour les animaux, comme pour les plantes, le nombre de candidats à la domestication est très restreint et les animaux domestiqués ont largement divergé de leur ancêtre sauvage : en général ils ont des cerveaux moins lourds et des sens moins aiguisés que leur ancêtre sauvage.

A première vue, ce ne sont pas les animaux qui manquent sur la planète, et pourtant seule une infime partie d’entre eux a été domestiquée. Les gros mammifères domestiqués sont un nombre très restreint, ils se limitent – en caricaturant-  au cheval, à la chèvre, au mouton, au cochon et à la vache (domestiqués il  entre – 8000 et – 6000).

Domestication_Egypte_Ancienne_Wikipedia
La domestication était déjà une tradition courante dans l’Egypte Ancienne (image Wikipedia)

De quoi dépend la domestication d’un animal ?

  • il faut que l’animal ait un régime alimentaire pas trop compliqué et assez rentable : pour faire 450 kilos de vache il faut 4500 kilos d’aliments, le rendement est donc de 10% ; par comparaison l’élevage de pandas géants est d’office éliminé puisque cet animal d’une centaine de kilos mange près de 20 kilos de bambou par jour ;
  • il faut que l’animal ait un rythme de croissance rapide, ce qui explique qu’on continue largement à capturer les éléphants qui mettent 15 ans à atteindre l’âge adulte plutôt que de les élever ;
  • il faut que l’animal se reproduise facilement en captivité, ce qui est encore très difficile pour de nombreuses espèces, d’autant plus que les mâles supportent rarement la proximité les uns des autres ;
  • il ne faut pas que l’animal soit trop dangereux pour l’homme – et là on abandonne rapidement tous les projets d’élevage de grizzlis ou d’hippopotames ;
  • Enfin, il est beaucoup plus facile de domestiquer les animaux ayant tendance à chercher la sécurité au sein d’un troupeau, qui supportent bien le fait d’être parqués, et qui respectent une hiérarchie qu’ils reportent en captivité sur l’homme au lieu de suivre le mâle ou la femelle dominante. C’est le cas de la majorité des animaux qui ont étés domestiqués.

 

carte de la domestication animale
carte de la domestication animale de -10’000 au XIXe s environ
(source: museum.agropolis.fr )

Un exemple d’échec de tentative de domestication

Toutes les tentatives de domestication des gazelles, programmées pour fuir au moindre danger, ont échoué : dans un enclos, l’animal tente de fuir à 80 km/h en faisant des bonds de plusieurs mètres de haut – donc soit les gazelles réussissent leur fuite, soit elles s’assomment jusqu’à se donner la mort…

Répartition géographique des candidats à la domestication 

La base du régime alimentaire humain est constituée de céréales (qui constituent toujours plus de la moitié des calories ingurgitées dans le monde) et de légumes à gousse, comme les lentilles ou le soja, qui viennent compenser le déficit en protéines des céréales.

Leur répartition est très inégale :

Selon le botaniste Mark Blumler, parmi les variétés d’herbacées à grosses graines, autrement dit les céréales, 60 % des espèces se trouvaient dans le croissant fertile, 20 % dans les Amériques et 3 % en Australie.

La région du croissant fertile, actuel proche Orient, où sont apparues les premières traces de domestication autour de –8500 avant notre ère présente indéniablement de gros avantages : sont déjà présentes à l’état sauvage 3 céréales (dont le blé et l’orge) et 4 légumes à gousse (pois) et 4 des animaux les plus utiles à l’homme qui ont été domestiqués rapidement : la chèvre, le mouton, la vache, le cochon.

Il faut dire que les importantes variations de températures du climat méditerranéen sélectionnent les plantes annuelles qui produisent de grosses graines pour pouvoir survivre sous forme de graines à la saison sèche et croître rapidement au retour des pluies. Cette inhibition de la germination facilite également le stockage des graines : il suffit de les garder au sec.

En plus le croissant fertile comptait des espèces de céréales  déjà très productives à l’état sauvage, nécessitant peu de modifications pour être domestiquées. Pour le blé par exemple, il a suffit d’une modification sur un gène, celui qui faisait tomber les grains une fois mûres afin qu’ils attendent sur pied d’être récoltés.

Enfin, le croissant fertile compte une proportion très élevée de plantes hermaphrodites capables de se féconder elles-mêmes ou d’être hybridées avec une autre espèce

la téosinte (à gauche), l'ancêtre "naturel" du maïs (à droite)
la téosinte (à gauche), l’ancêtre “naturel” du maïs (à droite), image piquée sur ssaft.com

En Amérique, pas de blé ou d’orge : le maïs est la principale culture céréalière. A l’état sauvage, l’ancêtre du maïs, la téosinte, quelques centimètres de long et était littéralement immangeable. Par opposition aux vertus immédiates du blé, l’ancêtre du maïs a dû subir de nombreuses modifications génétiques, y compris dans sa biologie reproductrice. Selon les biologistes, cette transformation a pris plusieurs milliers d’années.

Du côté des animaux, il y n’y a aucune espèce susceptible d’être domestiquée en Amérique du nord, à l’exception du dindon qui a effectivement été domestiqué, et seulement un : le guanaco, qui a donné naissance au lama et à l’Alpaga en Amérique du sud.

Les siècles nécessaires à la transformation génétique du maïs, principale céréale et le faible nombre d’animaux domesticables constituent les raisons pour lesquelles l’agriculture n’a pendant longtemps constitué qu’un complément mineur en Amérique. Elle n’a véritablement commencé que vers –3000 avant notre ère, soit 5000 ans après avoir commencé dans le croissant fertile.

En Nouvelle-Guinée, la seule céréale disponible était la canne à sucre et il n’y a à l’état sauvage ni de légume à gousse, ni aucun animal domesticable. Ce n’est donc pas par manque de connaissance mais par manque de « matériel biologique » que les populations vivant en Nouvelle-Guinée, n’ont pas développé l’agriculture, d’autant plus que ces peuples sont de véritables encyclopédies de la faune et de la flore.

L’effet “boule de neige”

L’agriculture se cumule avec d’autres facteurs de puissance :

Le don fatal du bétail

Les peuples qui entretiennent une relation intime avec le bétail, en buvant leur lait, en dormant à proximité, en manipulant leurs excréments pour faire de l’engrais attrapent des maladies infectieuses qui leurs sont transmises par les animaux. On peut citer la variole, la grippe, la tuberculose, la rougeole ou la peste…

Les microbes sont, comme les autres espèces, le fruit de la sélection naturelle. Le but d’un germe est sa propre survie et son succès se mesure par sa capacité à se reproduire et à se propager, mesurable entre autres par le nombres de victimes contaminées par malade et par son efficacité à se propager.

Dans les sociétés denses et sédentaires, les germes mutent car ils n’ont plus besoin de transiter par la terre ou les animaux sauvages comme ils le font pour atteindre les populations humaines isolées. Ils mutent en de véritables épidémies, des maladies de masse propres à l’homme.

Ainsi, les Espagnols, lorsqu’ils débarquent en Amérique, apportent des germes surpuissants face auxquels le système immunitaire et génétique des Indiens est complètement dépourvu puisque les Indiens n’ont commencé à vivre dans des sociétés denses que tardivement et n’ont pas la même proximité avec les animaux. Au final, dans les 100 ou 200 ans qui suivent l’arrivée de Christophe Colomb, le continent américain se vide de 95% de sa population (le Mexique par exemple voit sa population passer de 20 à 1,5 millions d’habitants).

Attention, les Eurasiens sont loin d’être invincibles et la colonisation de l’Asie du sud et de l’Afrique subsaharienne s’est heurtée à des maladies tropicales, ce qui explique notamment que le partage de l’Afrique a eu lieu 4 siècles après celui de l’Amérique.

L’écriture

L’écriture est une des clés du pouvoir dans la mesure où elle permet de transmettre le savoir de manière précise et détaillée depuis des terres lointaines et des temps reculés.

Elle était absente de l’Australie, les îles du Pacifique, de l’Afrique subéquatoriale et du Nouveau monde – exception faite d’une partie de la Mésoamérique. L’écriture seule ne permet pas toujours d’avoir le dessus : les Romains l’ont appris face aux Huns.

Rares sont les peuples qui ont totalement inventé l’écriture, la plupart des peuples ayant procédé par emprunt et adaptation.

On peut citer les Sumériens, en Mésopotamie, 3000 ans avant notre ère (écriture cunéiforme) et les Indiens du Mexique, 600 ans avant notre ère (signes syllabiques dérivés d’images représentant des mots commençant par la syllabe représentée).

On peut voir dans l’invention de l’écriture une origine agricole car elle est intimement liée aux besoins de gestion des stocks, des échanges et du prélèvement des impôts. Ainsi, 90 % des tablettes des sumériens sont des registres comptables.

La technologie

Du côté de la technologie, les découvertes naissent partout, les inventions complexes se développent par tâtonnement et cumul de bonnes idées plutôt que par des actes géniaux isolés.

De nombreuses inventions complexes ne sont nées qu’une seules fois et ont été acquises par emprunt puis améliorées. Ainsi, la roue, dont l’apparition attestée pour le première fois vers 3400 av notre ère près de la mer noire s’est rapidement diffusée dans toute l’Europe et l’Asie depuis son unique site d’invention et selon un unique modèle. Les nouvelles technologies se diffusent par le commerce, l’immigration, l’espionnage à l’occasion et la guerre.

En outre, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas la nécessité qui les fait naître, la technologie trouve en réalité ses débouchés après invention plutôt que l’inverse :

Ce n’est qu’après avoir observé que des résidus de sables et de calcium brûlés donnaient une substance vitreuse qu’a vraisemblablement été inventé le verre, tout comme l’usage de l’essence n’a été trouvé qu’après l’avoir considéré comme un déchet des lampes à pétrole pendant des siècles car trop volatile.
L’avantage de l’Eurasie tient notamment  au nombre d’inventeurs potentiels qu’elle abrite et aux dimensions de son territoire, qui n’oppose pas de barrières à la circulation des technologies.Ainsi l’Islam médiéval, au centre de l’Eurasie, a bénéficié des inventions de l’Inde et de la Chine tout en héritant des savoirs de la Grèce Antique.

Cet avantage est accru par l’agriculture qui nourrit plus d’inventeurs potentiels et autorise une partie de la société à se spécialiser dans l’artisanat et la science. De plus, avec la sédentarisation, on peut accumuler des biens non transportables, qui autorisent des inventions, comme le métier à tisser, inaccessibles aux peuples nomades.

L’Etat

Enfin, l’agriculture influence également le mode d’organisation humaine. L’Etat apparaît autour de – 3700 en Mésopotamie et autour de – 300 en Mésoamérique.

Avec l’agriculture naît en effet une notion qui va faire basculer les choses, la notion de propriété. Propriété des meilleurs terres, propriété des biens produits. Si l’on ajoute à cela l’augmentation de la densité de population, cela fait de nombreuses sources de conflit possible.

Une manière de régler ce problème a été de donner le monopole du droit d’employer la force à une autorité, l’Etat, qui devient centralisée et permanente, qui prend les décisions importantes, détient des informations importantes et se dote de lois afin de régler les conflits de manière pacifique.

Et les Etats constitués triomphent systématiquement des entités plus simples, comme les chefferies ou le tribus : ils concentrent les ressources, un avantage technologique et démographique et un mode de commandement centralisé qui permet de concentrer les troupes et les ressources sur un objectif unique.

Ajoutez à cela la force du patriotisme et des religions officielles qui encouragent les hommes à se battre jusqu’à la mort pour écraser le rival ou l’infidèle – il s’agit là d’une rupture radicale dans l’histoire de l’humanité – cela fait des adversaires assez redoutables.

Conclusion

En conclusion, et pour garder l’image d’une course à la richesse et à la puissance, on voit bien que les concurrents présents sur la ligne de départ étaient dotés d’outils bien inégaux pour se développer.

Jared Diamond a opéré un tour de force énorme en proposant une explication de l’histoire de l’humanité en un seul volume.

« De l’intégalité parmi les sociétés » est donc un livre utile, non seulement parce qu’il montre que ce sont des facteurs géographiques et biologiques qui ont conditionné le développement du monde, mais surtout parce qu’il réfute efficacement toute tentative d’explication raciste ou religieuse et toute idée d’une supériorité intellectuelle ou morale de l’homme blanc.

A lire, à regarder :

Enfin, une vidéo d’une conférence TED de Jared Diamond, sur l’effondrement des civilisations: